Des alertes pour réduire les besoins de soins intensifs
Les questions de fluidification des soins aux urgences et de prise en charge rapide pour éviter toute détérioration de l’état de santé font l’objet de multiples recherches, où l’IA est régulièrement mise à contribution pour atteindre de tels objectifs.
Des chercheurs de l’Icahn School of Medicine du Mount Sinaï se sont récemment penchés sur la question. « Nous voulions voir si des alertes rapides générées par l’IA et le machine learning, entraînées sur de nombreux types de données patient, pouvaient aider à réduire à la fois la fréquence des besoins en soins intensifs et les chances de décès à l’hôpital », a déclaré Matthew A. Levin, auteur principal de l’étude, professeur d’anesthésiologie, de médecine périopératoire et de gestion de la douleur, ainsi que de sciences génétiques et génomiques, à l’Icahn Mount Sinai.
Concrètement, ils ont donc mené une étude rétrospective non randomisée sur 2 740 patients adultes admis dans quatre unités médico-chirurgicales du Mount Sinai Hospital à New York. Ils ont été divisés en deux groupes : l’un a reçu des alertes en temps réel basées sur la probabilité prédite de détérioration, envoyées directement à leurs infirmières et médecins ou à une “équipe d’intervention rapide” composée de médecins de soins intensifs ; et dans l’autre groupe, les alertes ont été créées mais pas envoyées. Les auteurs de l’étude avaient émis l’hypothèse que les alertes générées en temps réel par machine learning réduiraient le phénomène d’escalade. Ils ont également observé l’impact de ces alertes générées par l’IA sur la fréquence des ordonnances ainsi que sur la mortalité à l’hôpital à 30 jours.
Les résultats de cette étude ont été publiés, avec un éditorial associé, le 13 juin dans la revue Critical Care Medicine.
Résultats : une réduction significative de la mortalité
Le taux d’escalade était de 12,3 dans le groupe IA contre 11,3 pour 1000 jours-patients dans le groupe contrôle. Ce qui ne constitue pas une différence significative.
Les patients hospitalisés étaient 43 % plus susceptibles de voir leurs soins intensifiés.
Les patients du groupe d’intervention étaient plus susceptibles de recevoir des ordonnances de médicaments cardiovasculaires (16,1% contre 11,3%).
La mortalité combinée à l’hôpital et à 30 jours dans le groupe recevant les alertes était de 7% contre 9,3% dans le groupe sans alertes, ce qui constitue une différence significative.
Au vu de ces résultats, l’hypothèse principale des chercheurs n’a donc pas été confirmée. « Nous avons constaté que les alertes en temps réel n’ont pas réduit le taux d’escalade », écrivent ces derniers. En revanche, ce système d’alerte en temps réel a accéléré les transferts en en soins intensifs dans les 12 à 24 heures suivant l’alerte.
Pas de lassitude liée aux alertes
Par ailleurs, plusieurs études antérieures ont mis en évidence un phénomène d’accoutumance aux alertes de la part des soignants. Dans cette étude, la stratification des alertes de niveau inférieur pour les infirmières principales et des alertes de niveau supérieur pour les équipes d’intervention rapide ont permis de limiter la « fatigue » liée aux alarmes.
Cependant, comme l’étude a dû être arrêtée prématurément à cause de l’apparition de la pandémie de COVID-19, seulement 44% des patients prévus ont été inscrits, ce qui a limité la puissance statistique. Des études supplémentaires sont donc nécessaires pour déterminer si ces résultats sont durables et reproductibles.
* Real-Time Machine Learning Alerts to Prevent Escalation of Care: A Nonrandomized Clustered Pragmatic Clinical Trial.
Levin, Matthew A. MD1–3; Kia, Arash MD1,4; Timsina, Prem PhD4; Cheng, Fu-yuan MS4; Nguyen, Kim-Anh-Nhi MS4; Kohli-Seth, Roopa MD5; Lin, Hung-Mo ScD6; Ouyang, Yuxia PhD1; Freeman, Robert RN, MSN, NE-BC4; Reich, David L. MD1.
Critical Care Medicine 52(7):p 1007-1020, July 2024. | DOI: 10.1097/CCM.0000000000006243
Présenté le 22 mai par Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités, Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédéric Valletoux, ministre délégué à la Santé et à la Prévention, la stratégie 2024-2034 pour organiser « un modèle français des soins d’accompagnement » vise à répondre à une situation critique du secteur :
la France occupe la quinzième place au sein de l’OCDE en termes de densité des SP ;
190 000 personnes sont prises en charge, ce qui ne couvre que 50 % des besoins, alors qu’en 2035, les besoins seraient de 440 000 personnes, soit 15 % d’augmentation, selon la Cour des Comptes ;
seulement 10 000 soignants (médecins, infirmiers, aides-soignants) sont spécialisés en SP ;
et seulement 5 maitres de conférence des universités-praticien hospitaliers (MCU-PH) et 4 praticiens hospitalo-universitaires en France.
Un modèle adapté aux réalités du pays
L’objectif de la stratégie est de sortir d’une “concentration des moyens sur les SP en fin de vie, pour développer une prise en charge de ces patients” de manière à d’abord les soutenir et accompagner la prise en charge thérapeutique, puis la fin de vie. Cela passera par une triple évolution :
en favorisant, dès le diagnostic, une prise en charge adaptée et anticipée de la personne malade et de son entourage par une équipe pluridisciplinaire ;
en renforçant l’accompagnement des patients par une prise en charge globale tant médicale que sociale et à proximité de chez soi ;
et en soutenant l’émergence d’une filière de formation universitaire en médecine palliative et d’accompagnement pour les médecins et les soignants.
4 objectifs stratégiques déclinés en 30 mesures
1️⃣ Un accès plus juste aux soins d’accompagnement sur tout le territoire (mesures 1 à 15) :
faire valoir les droits des patients :
en renforçant notamment la connaissance des droits (directives anticipées, personne de confiance ;
en inscrivant le droit de visite en établissement dans la loi ;
en prévoyant un plan d’accompagnement personnalisé pour chaque patient ;
renforcer l’offre de soins, par filière et par territoire, pour répondre aux besoins croissants de prise en charge :
en soutenant et développant les dispositifs actuels par des moyens supplémentaires (Recrutements, lits hospitaliers, HAD, équipes mobiles) ;
en créant une unité de soins palliatifs pédiatriques par région ;
en développant les structures « douleur chronique » (8 structures en 2024-2025) ;
en créant de maisons d’accompagnement hybrides entre l’hôpital et le domicile ;
en renforçant la qualité de la prise en charge palliative en ESSMS qui devront tous conventionner avec des acteurs spécialisés d’ici 2030.
2️⃣ Mobiliser l’ensemble de la société (mesures 16 à 25) :
mobiliser les aidants et les bénévoles :
en reconnaissant leur bénévolat d’accompagnement et de service ;
en renforçant les capacités des plateformes d’accompagnement et de répit ;
mobiliser et organiser les territoires (mesures 20 et 21) :
chaque ARS développera un Plan territorial des soins d’accompagnement (mesure 20) avec les collectivités, 500 gestionnaires de parcours pour une meilleure lisibilité et coordination des dispositifs par les patients ;
mieux accompagner le deuil en simplifiant le parcours des familles endeuillées, en les accompagnant ainsi que les professionnels de santé.
3️⃣ Développer la formation et la recherche (mesures 26 à 28) :
recruter des universitaires dans chaque université :
100 postes de chef de clinique en 2024 ;
100 postes d’universitaires titulaires, 10 par an à partir de 2025 ;
postes d’assistants spécialiste ;
donner une réelle reconnaissance universitaire à la médecine palliative et d’accompagnement par la création d’un diplôme d’études spécialisée de médecine palliative et soins d’accompagnement ;
développer et soutenir la recherche pour faire émerger 3 équipes de recherche médicale (Inserm) ou de sciences humaines.
4️⃣ Piloter tous les acteurs (mesures 29 et 30) :
créer un comité scientifique d’orientation de la recherche et de formulation des bonnes pratiques ;
mettre en place une instance de gouvernance, de pilotage et d’évaluation de la stratégie.
Chiffres clés des soins d’accompagnement en France :
Capacité en SP 2021
Unités SP : 33 266 patients
Lits identifiés SP : 40 030
Soins de suite et réadaptation : 1 7671
Pris en charge hospitalière MCO : 7 297
Hospitalisations courte durée : 3 039
Hospitalisations à domicile :4 6371
Hôpital de jour : 2 137
Soins de ville : 52 000
Equipes mobiles de SP : 23 000
Ehpad et SSIAD : non disponibles
A venir :
460 lits supplémentaires de soins palliatifs (unité de soins palliatifs) d’ici 2034
18 nouvelles unités de soins palliatifs pédiatriques pour les prises en charge les plus complexes dans les régions qui n’en disposent pas
412 EMSP (équipes mobiles) 15 supplémentaires dès 2024, puis ouverture de nouvelles équipes pour ensuite couvrir tout le territoire
50 000 personnes supplémentaires prises en charge en hospitalisation à domicile d’ici 2034.
274 structures douleur chronique (SDC) existantes et ouverture de 12 nouvelles exclusivement pédiatriques et 15 nouvelles à dominante oncologique à venir.
300 postes universitaires créés dans le cadre de la stratégie.
400 plateformes d’accompagnement et de répit d’ici 2026 pour accompagner les aidants (contre 296 actuellement).
Photographie des effectifs de patients pris en charge en 2021 – @ Stratégie décennale des soins d’accompagnement
Des objectifs de la feuille de route 2023-2027 déjà atteints
Comme tous les six mois depuis 2016, les acteurs publics et privés de la e-santé se sont réunis au ministère chargé de la Santé et de la Prévention, le 18 juin 2024, à l’occasion de la 11e édition du CNS. Ce conseil se veut être un temps de concertation et d’échanges pour faire un état des lieux du secteur en France. C’est aussi l’occasion pour communiquer des annonces qui ont vocation à faire progresser le numérique en santé.
L’évènement a, par ailleurs, été l’occasion pour la DNS de faire un point sur la progression de la feuille de route du numérique en santé 2023-2027, qui est décliné en 4 axes, 18 priorités et 65 objectifs dont certains qui ont déjà été atteints, comme :
le déploiement du programme Care ;
le renforcement de la souveraineté de l’hébergement des données de santé ;
ou encore la publication de la cartographie des services numériques régionaux mis en œuvre par les ARS et les Grades, avec les niveaux de maturité à la doctrine, des synergies et des premières perspectives de décommissionnement prévues.
D’autres objectifs sont encore au stade de réflexion. C’est le cas notamment :
de la fonctionnalité qui permettra de donner aux patients la possibilité de choisir les médecins qui pourront accéder à leur “espace santé” ;
du lancement d’un groupe de travail du CNS sur les transports sanitaires ;
ou encore du développement de fonctionnalités de prévention et de gestion populationnelle dans les logiciels de professionnels de santé.
Insister sur l’échange entre industriels et pouvoirs publics
La charte “engagés pour la e-santé” qui lie les entreprises de la santé et les pouvoirs publics a pour objectif de “définir les principes partagés, ainsi que les engagements respectifs des pouvoirs publics, d’une part, et des industriels, d’autre part”. Après une première charte signée en 2021 et le déploiement des référentiels et services socles au terme de la vague 1 du Ségur numérique, les deux parties ont signé cette nouvelle version qui les lie par 10 engagements respectifs chacun, ainsi que par des principes partagés : le maintien d’un climat de confiance mutuelle, de concertation et de co-construction des étapes à franchir dans le cadre de la feuille de route du numérique en santé, ainsi que le partage des valeurs éthiques et humanistes qui “animent l’ensemble des travaux”.
Parmi les 10 engagements des pouvoirs publics :
continuer à consulter les entreprises du numérique en santé lors de l’élaboration des référentiels et services socles, à chaque évolution, dans le respect des standards internationaux ;
mettre à disposition un outil gratuit permettant l’évaluation écologique de leur service numérique en santé ;
et mettre en œuvre de conditions nécessaires à la formation initiale de l’ensemble des professionnels de santé aux enjeux du numérique et aux référentiels et services régaliens.
Du côté des industriels, les engagements sont plus centrés sur les outils et solutions qu’ils développent. Ils s’engagent notamment à :
améliorer en continu la résilience de leurs solutions aux risques cyber ;
partager de façon sincère et transparente la charge associée et les délais de mise en conformité aux exigences des référentiels de sécurité, d’interopérabilité et d’éthique rendus opposables par la puissance publique ;
ou encore accompagner les professionnels de santé clients dans le respect des principes d’éthique, de sécurité et de protection des données personnelles.
De manière générale, les deux parties prenantes s’engagent à œuvrer pour un échange continu entre l’industrie et les pouvoirs publics.
Soutenir la transformation numérique de la médecine de ville :
Un autre partenariat a été signé lors de cette onzième édition du CNS : la DNS et l’association 100000médecins.org ont annoncé une collaboration qui va s’étendre sur une durée de trois ans, dans le but de soutenir la transformation numérique de la médecine de ville.
Concrètement, après avoir constaté que les professionnels de santé avaient un niveau de connaissance très variable au sujet des outils numériques – qui sont devenus, depuis plusieurs années, une “partie intégrante du quotidien des médecins libéraux” -, l’association et la DNS s’associent pour permettre aux médecins de se saisir de ces solutions et de contribuer directement à leur évaluation et à leur évolution.
4 axes pour faire émerger des innovations en santé mentale
Pour “faire émerger des technologies de santé numériques innovantes en santé mentale et en psychiatrie” et assurer l’accès aux dispositifs médicaux numériques (DMN) “permettant de répondre aux besoins (non couverts ou partiellement couverts) des patients, des aidants et des professionnels pour la prévention, le diagnostic, la prise en charge, le suivi et le rétablissement dans le champ de la santé mentale”, le Plan d’action du Grand Défi “DMN numériques en santé mentale” a été mis à l’honneur et présenté par la DNS. Pour rappel, la santé mentale et la psychiatrie sont des priorités de santé publique.
Construit à la suite de l’audition de 153 acteurs et en concertation avec le comité d’experts du Grand Défi mis en place début 2024, ce plan d’action se décline en 4 axes :
1️⃣ innovation et recherche sur les DMN en santé mentale et en psychiatrie ;
2️⃣ génération de preuves et évaluation de l’intérêt des DMN en santé mentale et en psychiatrie ;
3️⃣ prise en charge, intégration dans la pratique, adoption par les usagers des DMN en santé mentale et en psychiatrie ;
4️⃣ sensibilisation et formation des usagers et des professionnels
L’expérience et la satisfaction des patients concernant leur parcours de soin et leur traitement deviennent des indicateurs de qualité de plus en plus importants pour les systèmes de santé à travers le monde. La mesure de ces paramètres fait cependant face à de nombreux défis, méthodologiques notamment. Cette étude comparative des approches européennes et américaines vise à expliquer les processus de mesure, de publication et d’utilisation des données sur l’expérience, ainsi qu’à déterminer des pistes d’amélioration. Elle porte sur les articles publiés entre 2000 et 2021 à propos des retours et témoignages des patients sur les réseaux sociaux mais aussi de l’influence des caractéristiques sociodémographiques et hospitalières sur leur satisfaction. Ses résultats montrent que bien que la collecte de données soit efficace, la diversité des questionnaires rend la comparaison internationale difficile.
L’étude recommande l’utilisation de questionnaires plus uniformisés et mis à jour régulièrement pour améliorer la comparabilité et la validité des résultats. Elle souligne, par ailleurs, que les réseaux sociaux sont considérés comme une source de plus en plus importante de retours des patients. Malgré les efforts déjà en place, il existe un potentiel d’amélioration significatif dans la collecte et l’utilisation des données sur l’expérience et la satisfaction des patients. Des initiatives internationales visant à unifier les méthodes de mesure devraient être poursuivies pour obtenir des résultats plus comparables et exploitables.
Résultats
L’étude examine la mesure de l’expérience et de la satisfaction des patients dans des pays avec des systèmes de santé très développés en Europe (Allemagne, Suède, Finlande, Norvège, Royaume-Uni) et aux États-Unis. Ses principaux résultats sont les suivants :
📌 Collecte de données :
Tous les pays étudiés collectent bien les données sur la satisfaction et l’expérience des patients et les rendent disponibles publiquement. Cependant, les différents questionnaires utilisés rendent la comparaison des résultats difficile et les conséquences tirées de ces données restent en grande partie floues.
📌 Problèmes de comparabilité :
La diversité des approches et des mandats des systèmes de santé entraîne des différences de validité et de fiabilité des enquêtes existantes (comme HCAHPS, PPE-15, et PEQ). Cela complique la comparaison des résultats entre les pays.
📌 Améliorations suggérées :
L’utilisation de questionnaires plus unifiés et régulièrement mis à jour aiderait à résoudre certains des problèmes mentionnés. De plus, les plateformes de médias sociaux devraient être considérées comme une source de plus en plus importante pour élargir la gamme de retours des patients.
📌 Impact économique :
Les retours des patients influencent également le remboursement et la réputation des hôpitaux dans certains systèmes de santé, ce qui en fait un facteur économique important.
📌 Mesures standardisées :
Les mesures des résultats rapportés par les patients (PROMs) et des expériences rapportées par les patients (PREMs) sont couramment utilisées pour évaluer la vue des patients sur les soins reçus. L’étude suggère que des améliorations dans la standardisation des enquêtes et la prise en compte des retours via les médias sociaux pourraient aider à mieux comprendre et utiliser les données sur la satisfaction et l’expérience des patients.
Des standards internationaux et une culture du changement ?
Selon les auteurs de cette étude, une standardisation des recommandations pour la collecte et la publication des données sur l’expérience des patients serait nécessaire. Et ces recommandations devraient être obligatoires. Les résultats résumés devraient être fournis de manière transparente pour l’orientation des patients, tandis que des données plus détaillées et longitudinales devraient être facilement accessibles aux chercheurs pour des comparaisons nationales et internationales.
En outre, les résultats des enquêtes patients gagneraient, selon les chercheurs, à être exploités par les structures de gestion du changement pour que les modifications planifiées et réalisées pour améliorer les soins aux patients soient facilement accessibles au public. Une telle approche pourrait favoriser une culture dynamique du changement dans la santé, coconçue par les patients et les prestataires de soins, et ainsi fournir des réponses plus complètes aux questions sur les méthodologies et objectifs de ces travaux.
Distinguer expérience et satisfaction des patients
Les auteurs proposent des perspectives dépassant les frontières nationales pour l’expérience patient, visant à fournir une base pour améliorer l’utilisation des données recueillies. Ils suggèrent que les efforts internationaux pour unifier les méthodes de mesure de l’expérience des patients, comme cela a déjà été fait avec le développement du Norpeq (the nordic patient experiences questionnaire), devraient être généralisés. Car, bien que la distinction entre l’expérience et la satisfaction des patients soit déjà une étape essentielle vers une évaluation systématique, les questionnaires devraient, selon eux, être améliorés pour refléter cette distinction et obtenir une meilleure comparabilité des résultats.
* Measuring Patient Experience and Patient Satisfaction-How Are We Doing It and Why Does It Matter? A Comparison of European and U.S. American Approaches.
Friedel AL, Siegel S, Kirstein CF, Gerigk M, Bingel U, Diehl A, Steidle O, Haupeltshofer S, Andermahr B, Chmielewski W, Kreitschmann-Andermahr I.
🗣️ Des efforts pour améliorer l’expérience patient (L. May-Michelangeli)
Laetitia May-Michelangeli – @ DR
Dans un entretien exclusif avec Health & Tech Intelligence, le Dr Laetitia May-Michelangeli, cheffe du service Évaluation et outils pour la qualité et la sécurité des soins à la HAS, revient sur le programme e-Satis qui vise à évaluer et à améliorer l’expérience des patients dans les établissements de santé. Mais aussi sur la définition et la mesure de l’expérience patient à travers des questionnaires standardisés, ainsi que les défis rencontrés et les perspectives d’avenir pour renforcer l’utilisation et l’impact de ces évaluations dans le système de santé français.
L’apport du questionnaire e-Satis :
La HAS, à travers son programme e-Satis, définit l’expérience patient comme une évaluation objective du parcours de soins vécu par les patients dans les établissements de santé. Cette approche vise à compléter la mesure de la satisfaction en capturant les dimensions spécifiques de leur expérience. Initialement développé à partir de l’ancien programme Compaqh (coordination pour la mesure de la performance et l’amélioration de la qualité hospitalière), le questionnaire e-Satis est conçu en collaboration avec des groupes de travail pour s’assurer qu’il couvre toutes les étapes critiques de la prise en charge médicale. Cette méthodologie rigoureuse garantit que les questionnaires sont métrologiquement validés et adaptés aux divers contextes de soins.
Au fil des années, e-Satis, d’abord conçu pour les patients hospitalisés plus de 48h en médecine chirurgie et obstétrique, a étendu sa portée pour inclure différents types de séjours hospitaliers tels que la chirurgie ambulatoire et les soins de suite et de réadaptation (SSR). Les récentes améliorations incluent l’automatisation du recueil des données via une interface de programmation d’application (API) développée par l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH), facilitant ainsi la collecte et l’analyse des réponses des patients. De plus, l’intégration de commentaires libres dans les résultats permet une évaluation plus approfondie et qualitative ainsi qu’une meilleure compréhension des besoins et des attentes des patients.
Laetitia May-Michelangeli souligne plusieurs actions de la HAS liées au programme e-Satis, qui montrent son évolution et son engagement pour la mesure et l’amélioration de l’expérience patient à travers le système de santé français :
développement du questionnaire e-Satis : questionnaire e-Satis, initialement lancé pour les patients hospitalisés plus de 48 heures en médecine, chirurgie et obstétrique (MCO), a été progressivement étendu à d’autres secteurs du soin ;
publications et validation métrologique : pour assurer la fiabilité des questionnaires e-Satis, ainsi que leur adaptation aux spécificités des différents secteurs de soins ;
déploiement : un déploiement progressif du questionnaire e-Satis dans les établissements de santé à travers la France, ainsi que les campagnes nationales de mesure de l’expérience patient ;
intégration de nouvelles technologies : mise en place d’une API par la ATIH pour automatiser la collecte et le traitement des questionnaires e-Satis, facilitant ainsi leur gestion par les établissements de santé ;
ajout d’une information à la main des établissements pour préciser le niveau d’exploitation (service, UF, pôle) ;
améliorations continues : des efforts continus pour améliorer la collecte des données, intégrer les commentaires des patients et faire face aux défis spécifiques comme ceux rencontrés avec l’hospitalisation à domicile (HAD), ou la santé mentale.
Quels progrès dans la mesure de l’expérience patient ?
L’ambition de la HAS est d’enrichir et de diversifier les mesures de l’expérience patient, en adaptant ses méthodologies et ses outils pour répondre aux besoins spécifiques des différents secteurs de la santé. Un de ses objectifs est de fournir des résultats permettant la comparaison entre les établissements de santé. Cela vise à informer sur la qualité des soins à travers un score global, tout en permettant une analyse plus détaillée pour identifier des axes d’amélioration spécifiques à chaque service. L’ATIH a introduit, dans ce sens, une colonne supplémentaire pour que les établissements précisent comment ils souhaitent utiliser ces résultats, facilitant ainsi leur exploitation au niveau du service, unité fonctionnelle ou pôle.
Des expérimentations en santé mentale et sur l’hygiène des mains :
La HAS a été sollicitée par la DGOS pour créer un e-Satis spécifique en santé mentale. Malgré les difficultés rencontrées sur le terrain, un nouveau questionnaire d’expérience pour les adultes pris en charge est actuellement en phase d’expérimentation. Les résultats seront évalués pour validation métrologique, en septembre 2024, avant de le déployer à l’échelle nationale pour établir une classification.
Autre sujet ancien mais hautement important pour les établissements, et qui a été ouvert pour compléter voire remplacer l’indicateur actuel sur les consommations hydro-alcooliques : l’hygiène des mains. Il concerne les questionnements des patients concernant l’hygiène des mains des professionnels de santé. De nouvelles méthodes ont été développées pour analyser ces résultats et établir des indicateurs d’expérience. Le recueil des données a été finalisé et le groupe de travail va analyser, d’ici la fin de 2024, les qualités métrologiques du questionnaire et proposer une restitution en indicateur.
Outre cela, afin d’améliorer l’exploitation des verbatims pour mieux comprendre les retours des patients et renforcer l’implication des établissements dans l’amélioration continue de l’expérience patient, une interface de restitution des commentaires libres des patients est annoncée pour septembre 2024. Une phase pilote qui a débuté les intégrera dans la plateforme e-Satis.
Utilisation des résultats d’e-Satis et évolutions futures (certification, MES, IA…) :
Malgré ses succès, e-Satis rencontre plusieurs défis, parmi lesquels l’exploitation efficace des verbatims des patients pour en tirer des enseignements concrets au niveau des établissements de santé. Il est essentiel que ses résultats soient pleinement intégrés dans les pratiques d’amélioration continue pour avoir un impact significatif sur la qualité des soins. La certification des établissements les intègre désormais, incitant les professionnels de santé à analyser les commentaires pour identifier des axes d’amélioration.
La HAS envisage, à l’avenir, d’étendre e-Satis à de nouveaux domaines tels que les urgences et la maternité, tout en explorant la piste de l’intégration des résultats avec des plateformes numériques, comme Mon Espace Santé (MES), pour une collecte de données plus fluide et une participation accrue des patients dans l’évaluation de leur expérience de soins. À long terme, elle vise à améliorer l’expérience patient dans tous les établissements de santé, y compris en médecine de ville.
Par ailleurs, les nouvelles technologies telles que l’intelligence artificielle (IA) et les applications mobiles joueront un rôle dans l’amélioration de la collecte et de l’analyse des données sur l’expérience patient. L’IA est actuellement exploitée pour la gestion des commentaires libres.
💊 La perspective de l’industrie pharmaceutique
Selon une enquête du Leem (dont les résultats ont été publiés en janvier 2022 et repartagés en mars 2024 à la suite d’un webinaire dédié à la compréhension des “questionnaires patients et leurs usages dans le médicament”), les industriels de la Pharma définissent les deux principaux indicateurs patients identifiés comme suit :
les PROMs(patient-reported outcomes measures) sont des indicateurs de résultat selon la perspective propre au patient, sans interprétation par un acteur tiers. Ils sont mesurés via des questionnaires standardisés de qualité de vie, remplis directement par le patient ou l’aidant. Ces questionnaires peuvent être génériques ou spécifiques à une pathologie.
les PREMs (patient-reported experience measures) capturent la perception du patient sur l’expérience de soins ou le service reçu. Ils sont mesurés par divers indicateurs, souvent non validés, et recueillis via des questionnaires ou enquêtes. Exemples : temps d’attente, accès aux services, implication dans la décision, qualité de la communication, etc.
La définition des PROMs par les industriels est en accord avec celle des autorités de santé. Les PROMs sont perçus comme un outil clairement intégré, surtout au cours de la phase d’évaluation. Ils sont collectés et évalués à différents niveaux, de la demande d’accès précoce à la mise sur le marché des médicaments. Quant à la définition des PREMs, elle est moins claire pour les industriels et perçue comme plus large que celle proposée par les autorités de santé. Ils voient les PREMs comme difficiles à transposer au médicament dans les usages et définitions actuelles des autorités. Toutefois, les PREMs peuvent fournir des informations utiles sur le fardeau de la maladie, l’expérience avec le traitement, les modalités d’administration et les solutions connectées.
L’intégration des PROMs et PREMs dans l’écosystème français actuel :
L’usage des PROMs et PREMs est variable au cours du cycle de vie du médicament. Les PROMs apparaissent comme intégrés tout au long du cycle de vie du médicament et de façon formalisée, du niveau européen au niveau national. A l’inverse, les PREMs sont mesurés en bout de course et à l’échelle du système de soins principalement. Pour le médicament, ils sont principalement recueillis de façon informelle par les industriels avant la mise en place des essais cliniques pour définir les besoins des patients, y compris par des indicateurs non structurés.
En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) HAS ise en place des études post-inscription. Dans ce cadre, les degrés de prise en compte de la perspective patient sont variables mais sans impact explicite direct sur l’évaluation et la prise en charge des médicaments. Des éléments de détails sont retrouvés dans le Tableau 1.
Usage des indicateurs patients au long du cycle de vie du médicament :
Bien que des indicateurs patients soient remontés tout au long du cycle de vie du médicament, leur degré de maturité, leur niveau d’intégration et leur impact sur le processus décisionnel des autorités de santé est aujourd’hui limité. L’usage des PREMs et autres indicateurs non structurés fait l’objet d’initiatives non systématiques de la part d’industriels avec des degrés de structuration variable. En janvier 2022, le Leem tirait les conclusions suivantes concernant l’usage des indicateurs patients à chaque étape du cycle de vie du médicament :
essais cliniques : il s’agit d’une phase centrale de recueil de données qui conditionnent les futures évaluations, cependant un certain nombre d’indicateurs (PREMs ou indicateurs non structurés) sont recueillis en amont afin de définir les besoin et priorités des patients ;
accès précoce : la définition des besoins et indicateurs qui comptent pour les patients a été intégrée par les autorités qui attendent une prise en compte et un recueil pour bénéficier d’un accès précoce ;
Autorisation de mise sur le marché (AMM) : ces données n’impactent que peu ou pas l’obtention d’une AMM car l’évaluation se fait principalement sur des CROMs ;
demandes de remboursement : bien que la collecte de données de qualité de vie soit une exigence clairement établie par les autorités de santé, la prise en compte de ces données lors de la décision de remboursement au terme de l’évaluation reste minime et peu explicite – le poids implicite des contributions d’associations dans la décision n’est pas détaillé et semble ainsi variable dans le vote de la décision finale ;
négociation de prix : la place de la perspective patient dans la négociation de prix n’est pas clairement établie ;
études de suivi post-AMM : l’intégration de la perspective patient par les industriels du médicament répond principalement à des demandes des autorités, mais ces indicateurs patients peuvent également être remontés si un besoin précis a été identifié par le laboratoire ;
pratique courante : les indicateurs recueillis en pratique courante dépendent fortement des contextes médicaux et des produits et sont souvent le fruit d’initiatives industrielles non systématisées ou publiées avec un degré variable de structuration.
Maturité des usages des indicateurs patients dans le cycle de vie du médicament – @ Leem, janvier 2022
Recommandations du Leem :
Les recommandations du Leem concernant l’intégration et la valorisation des PROMs et des PREMs dans le domaine pharmaceutique visent à améliorer leur définition, leur reconnaissance et leur utilisation dans le cycle de vie des médicaments, en impliquant toutes les parties prenantes et en simplifiant les processus administratifs et méthodologiques. Cela devrait permettre une meilleure prise en compte des expériences et des résultats rapportés par les patients, améliorant ainsi la qualité des soins et la valorisation des thérapies. Ces recommandations ont été élaborées pour répondre aux principales limites du développement des indicateurs patients, qui s’articulent autour de 5 thématiques :
1️⃣ Manque de définition consensuelle :
Les différentes parties prenantes (autorités de santé, industriels, patients) ne sont pas alignées sur la définition des PREMs et des autres indicateurs non structurés. Le Leem recommandait :
de créer une définition commune des PREMs avec les autorités de santé, les représentants des usagers et les industriels, de préférence au niveau européen ;
et de développer des supports de formation communs pour les entreprises, basés sur les filières académiques existantes.
2️⃣ Faible valorisation par les autorités de santé :
Les autorités de santé ne valorisent pas suffisamment les indicateurs patients dans l’évaluation des médicaments. Le Leem recommandait :
d’étendre les indicateurs patients acceptés, même ceux moins structurés, pour les intégrer à une gamme plus large de thérapies ;
de créer une grille de lecture claire des impacts de l’intégration des indicateurs patients dans les évaluations des médicaments ;
de promouvoir l’utilisation des indicateurs patients au-delà de l’évaluation initiale, en incluant des modalités de paiement à la performance ;
et de systématiser les auditions des représentants des patients dans les processus décisionnels pour donner plus de visibilité aux décideurs.
3️⃣ Difficultés liées à la collecte de données :
Alors que le manque de connaissances et de communication limite la collecte d’indicateurs patients, la lourdeur administrative décourage la collecte de ces données. Le Leem recommandait :
de sensibiliser patients et professionnels de santé à l’importance des indicateurs patients via des actions de communication ;
de mettre en place des outils numériques de collecte pour optimiser le temps et améliorer les taux de réponse ;
et de simplifier et accélérer les processus de collecte et d’accès aux données.
4️⃣ Complexité des processus internes :
Les processus internes des entreprises pharmaceutiques pour la collecte et l’intégration des indicateurs sont souvent mal définis et non uniformisés. Le Leem recommandait de formaliser une approche centrée sur le patient dans chaque laboratoire, impliquant les patients dès les phases de recherche et développement.
5️⃣ Alignement international :
Difficultés d’alignement entre les filiales locales et les équipes globales des entreprises pharmaceutiques. Le Leem recommandait d’harmoniser les indicateurs recommandés par les autorités selon des standards internationaux pour faciliter les échanges globaux et améliorer la communication entre filiales et agences de régulation.
📊 L’enjeu de l’échange des données selon l’OCDE
Les résultats préliminaires de l’enquête Patient reported indicator surveys (PaRIS), réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et publiée à l’occasion de réunion ministérielle sur la santé de janvier 2024, révèlent que l’échange efficace de données améliore le vécu des patients qui, lorsqu’ils pensent bénéficier de soins primaires de qualité, se sentent en meilleure santé et ont une plus grande confiance dans le système de santé. Cette enquête porte sur 60 000 patients et 1 200 cabinets médicaux répartis dans 15 pays de l’OCDE.
Selon le rapport résumant ces résultats, intitulé “La santé du point de vue des patients. La prochaine génération d’indicateurs de résultats des soins de santé” :
78 % des patients des pays de l’OCDE font confiance à leurs prestataires de soins primaires ;
les personnes estimant bénéficier de soins primaires de qualité se sentent en meilleure santé, même lorsqu’elles souffrent de plusieurs maladies chroniques ;
un vécu positif des soins primaires par le patient est corrélé à une plus grande confiance de sa part dans le système de santé, en particulier dans les maladies chroniques.
🏨 Impact de l’expérience patient sur les organisations de santé
En conclusion, l’expérience patient peut avoir un impact significatif sur les organisations de santé, et ce à plusieurs niveaux :
sur la qualité des soins : l’expérience patient améliore la qualité des soins en identifiant les domaines à améliorer grâce aux PREMs, cela permet aux organisations de santé d’ajuster leurs pratiques cliniques pour mieux répondre aux besoins des patients.
sur la prise en charge personnalisée : les PROMs facilitent une prise en charge plus personnalisée en suivant les résultats rapportés directement par les patients, cela renforce la communication patient-soignant et favorise les décisions médicales partagées.
sur la conformité et la gestion des risques : intégrer l’expérience patient assure la conformité aux normes de qualité des soins et aux exigences réglementaires, essentielles pour maintenir les accréditations et certifications nécessaires.
sur la réputation de l’établissement et la fidélité des patients : une expérience positive renforce la réputation d’un établissement et fidélise les patients, assurant une continuité des soins et une stabilité financière accrue.
sur le plan économique : une meilleure expérience patient réduit les coûts associés aux erreurs médicales, optimisant ainsi l’utilisation des ressources et soutenant des modèles de remboursement basés sur la performance.
sur l’innovation et et la recherche : l’écoute des patients stimule l’innovation et guide la recherche clinique, améliorant l’efficacité des nouvelles thérapies et solutions numériques.
* Résultats de l’enquête sur l’utilisation des PROMs en ville ou en établissements de santé (accessible ici)
Un transfert d’expertise du secteur automobile à la santé
Better World concentre aujourd’hui la majeure partie de ses activités dans le secteur de la santé (plus de 60 %). Cependant, c’est dans l’industrie automobile que l’entreprise française a initialement développé sa solution. Daniel Ritter, président et cofondateur de Better World, explique que les ingénieurs automobiles ne communiquent pas avec les utilisateurs et se basent sur des groupes de discussion limités, ce qui ne reflète pas les avis de millions d’utilisateurs rencontrant des problèmes quotidiens avec leur voiture. En 2017, Better World a donc eu l’idée de recueillir tous les retours des clients sur leurs voitures à partir des millions de témoignages disponibles sur internet et notamment en s’appuyant sur les forums spécialisés. C’est en 2019, que des acteurs du secteur de la santé se sont intéressé à la solution développée par Better Word et ont suggéré que cette méthode pourrait s’appliquer à l’expérience patient.
Aujourd’hui, Better World est le leader en France dans l’analyse des verbatims patients par l’intelligence artificielle (IA). L’entreprise collabore avec plus de 600 établissements de santé et médico-sociaux. En moyenne, cela représente entre 5000 à 10 000 verbatim par établissement et par an, mais pour des grands groupes d’hospitalisation privés, cela peut aller jusqu’à plusieurs centaines de milliers de verbatim
Notons que l”évènement du SNITEM : “Quelle est la place du numérique dans le secteur industriel du dispositif médical ?” en date du 17 juin, a été l’occasion pour l’entreprise Better World de présenter cette solution devant les acteurs du DM.
Better Wolrd se base sur plusieurs sources afin de collecter le maximum d’avis clients :
grâce au dispositif national e-SAtis de la Haute autorité de santé (HAS) permettant de mesurer en continu la satisfaction et l’expérience des patients qui ont été hospitalisés, dans le public comme dans le privé ;
dans les propres enquêtes que font les établissements et au travers notamment du questionnaire de sortie ;
les feedbacks présents sur le web que les patients rédigent, notamment au travers des avis Google ;
grâce au QR codes placés par l’entreprise dans des lieux stratégiques du parcours patient (les chambres, les lieux d’accueil).
Une fois la collecte d’informations réalisée, l’objectif sera de d’analyser l’information, cette analyse se déroule en 3 temps :
L’analyse par la classification :
Grâce au traitement automatisé du langage (NLP) qui est l’une des deux principales branches de l’IA, englobant à la fois l’analyse d’images et l’analyse de textes. Cette étape consiste à catégoriser les remarques des patients. “Cela consiste à savoir, à partir d’une remarque comme ‘le personnel est très attentif’, que l’on parle du niveau d’écoute et d’attention. Cette étape est ce que l’on appelle la classification”, explique Daniel Ritter ;
L’analyse du sentiment :
L’IA détermine si les patients parlent de manière positive ou négative, et avec quelle intensité. Cette analyse aide à comprendre le ton général des retours patients et à identifier les domaines nécessitant des améliorations. Cette étape permet d’identifier les sentiments et de prioriser les interventions en fonction de la gravité des problèmes perçus.
Segmentation des retours sous forme de mapping @ Better World
L’échantillonnage :
Pour garantir la fiabilité, Better World procède par échantillonnage, en demandant à des humains de catégoriser des extraits de verbatims et de les situer sur une échelle de sentiments. Les résultats humains sont ensuite comparés à ceux de l’IA pour s’assurer de la précision. Daniel Ritter précise, “L’objectif est de s’assurer que les résultats fournis par la machine soient toujours représentatifs statistiquement, c’est-à-dire supérieurs à 90 % dans la justesse de l’analyse du sentiment et dans la classification.”
Notons que toutes les informations recueillies n’ont cependant pas la même importance stratégique : “dans la plupart des établissements, le moment de la sortie du patient est crucial car c’est il est souvent source de mauvaises expériences : soit parce que l’on ne sort pas au moment où on l’avait prévu, soit parce qu’on arrive pas à avoir un taxi en partant, soit parce qu’on a pas reçu son ordonnance. C’est un moment de stress”.
La solution développée par Better World représente également une opportunité pour les fabricants de dispositifs médicaux en ce qu’elle pourrait les aider à concevoir des dispositifs plus adaptés aux patients cela grâce à la collecte et l’analyse des avis.
L’enjeu de l’expérience patient est d’inciter les professionnels de santé à évoluer en intégrant la perspective du patient, non seulement en termes de soins, mais aussi en considérant les interactions avant et après les consultations, ainsi que l’organisation du retour à domicile. Ce concept, encore récent en France, suscite un grand intérêt et une adhésion de principe, car il valorise la dimension humaine des soins et l’aspiration à offrir un meilleur service.
« La somme de toutes les interactions, façonnées par la culture d’une organisation, qui influencent les perceptions des patients tout au long du continuum de soins », telle est la définition proposée par The Beryl Institute de l’expérience patient, reprise par l’Institut français de l’expérience patient (Ifep).
Axe prioritaire de Ma Santé 2022 : les dates clés de l’expérience patient en France
2016 : création de l’Institut français de l’expérience patient (Ifep) dont l’objectif est de placer l’expérience patient au cœur des priorités des décideurs et des établissements. L’Ifep participe notamment à de nombreuses conférences et événements à travers le monde pour promouvoir l’expérience patient et en faire un levier de performance dans les établissements français.
2018 : la stratégie « Ma santé 2022 » place l’expérience patient dans un de ses axes prioritaires : « placer le patient au cœur du système et faire de la qualité de sa prise en charge la boussole de la réforme ». Cette approche vise à mettre le patient au centre des préoccupations et des décisions médicales afin d’améliorer la qualité des soins et garantir que chaque intervention médicale apporte une valeur ajoutée significative au patient.
2018 : création d’un comité de pilotage à l’Institut Mutualiste Montsouris afin d’améliorer l’expérience patient au sein de l’établissement. Cela s’est concrétisé par l’organisation d’une journée dédiée en 2019, pilotée par Nathalie Bass, avec l’ambition d’intégrer systématiquement cette dimension dans les projets institutionnels confiés à la direction Qualité, Gestion des risques et relations avec les usagers.
2019 : la Haute autorité de santé (HAS) intègre cette approche dans ses priorités pour son projet stratégique 2019-2024. L’objectif est de mesurer le résultat perçu par le patient à travers trois mesures :
la mesure des résultats de soins rapportés par le patient : patient reported outcome measures (PROMs) ;
la mesure de l’expérience du patient concernant son parcours de soins : patient reported experience measures (PREMs) ;
la mesure de la satisfaction du patient vis-à-vis du soin reçu.
2019 : création du Conseil pour l’engagement des usagers à la HAS. Ce conseil a pour mission d’accompagner, soutenir et évaluer les actions de la HAS pour promouvoir et intégrer l’engagement des patients et des usagers dans le système de santé, en offrant des avis et en participant aux réflexions éthiques et stratégiques. Un de ses rôles est de s’assurer que l’expérience patient est au cœur des réformes et des améliorations, alignées avec les objectifs de la stratégie « Ma santé 2022 ».
2020 : publication par la HAS des recommandations sur l’engagement des usagers. Ces dernières soulignent un intérêt pour la prise en compte de l’expérience patient à travers les recueils de satisfaction.
L’expérience patient de plus en plus intégrée dans les stratégies des établissements en 2021
2021 : la Clinique Pasteur crée une direction dédiée à la relation et à l’expérience patient sous la direction du Dr Céline Orhond (aujourd’hui directrice de l’innovation, du développement médical et de l’expérience patient dans le groupe Hoppen). La direction a notamment mis en place des outils numériques comme le portail Yooli permettant au patient de suivre et d’interagir avec son dossier grâce aux bornes de la clinique. Le boîtier Moodow a également permis de recueillir les étapes du parcours durant lesquelles le patient est stressé ou apaisé.
2021 : Vivalto Santé crée également une direction Expérience patient, occupée de 2021 à 2024 par Caroline Desaegher. Dans le cadre de cette démarche, la solution de Better world a été utilisée pour analyser les verbatims du questionnaire e-Satis de la HAS et les avis Google afin de permettre au groupe d’établir des plans d’actions grâce à la restitution de ces analyses.
2021 : les Hospices Civils de Lyon (HCL) lancent les projets de partenariat et expérience patient en santé dans le cadre du déploiement Pulsations 2023. Mais au-delà du recueil, les HCL souhaitent identifier une action par an pour améliorer significativement l’expérience patient dans leurs établissements.
2023 : Vivalto Santé, par le biais de sa Direction recherche, lance une série d’études scientifiques pour évaluer le bénéfice de l’expérience patient.
Comment l’expérience patient devient un levier de performance ?
Schéma de l’expérience patient @ H&TI
Les PROMs mesurent les résultats perçus par les patients en termes de santé et de qualité de vie, et les PREMs mesurent l’expérience subjective des patients avec les services de santé. La satisfaction du patient est définie par le fait de répondre de manière appropriée aux attentes et aux besoins du patient. L’expérience patient englobe ces deux aspects tout en mettant l’accent sur une vision plus large et inclusive du parcours de soins du patient.
Ces 4 piliers montrent le processus. L’expérience patient se concentre sur la perception du patient en prenant compte de :
la qualité ;
la sécurité ;
le confort ;
la pertinence des soins reçus ;
la prise en compte des aspects humains, c’est-à-dire le relationnel ;
les aspects émotionnels, la prise en compte du stress ou du bien-être du patient ;
et l’aspect organisationnel.
L’amélioration de la transparence et de la qualité des soins est un des enjeux de l’expérience patient. Un rapport pour la stratégie de transformation du système de santé, dans le cadre de « Ma Stratégie 2022 », visait à élaborer des indicateurs de qualité des parcours de soins afin de renforcer la confiance des usagers en mesurant leur satisfaction concernant leur prise en charge. Ce rapport mettait en lumière les faiblesses de l’information disponible qui entravaient la capacité des patients à prendre des décisions éclairées et autonomes concernant leur parcours de soins. En suggérant de mettre systématiquement en place et de diffuser des indicateurs de résultats et d’expérience rapportés par les patients (PROMs et PREMs), le comité « Chantier Qualité et Pertinence » de la stratégie Ma Santé 2022 soulignait que cela permettrait une information plus rigoureuse, transparente et utile aux usagers.
Pour résumer, ces informations permettraient aux patients de mieux s’orienter dans le système de santé, mais aussi aux professionnels de la santé de s’améliorer en comparant leurs résultats à ceux d’autres établissements.
Remettre le patient au centre des soins
Ces démarches font écho à celle du « patient traceur ». Défini par la HAS comme suit : « Le patient traceur est une méthode d’évaluation et d’amélioration des pratiques », cette méthode permet d’analyser de manière rétrospective le parcours de soins d’un patient en comparant les pratiques réelles aux référentiels de bonnes pratiques.
En retraçant le parcours d’un patient spécifique depuis son admission jusqu’à sa sortie, cette méthode permet une analyse détaillée et pluridisciplinaire des différentes étapes de la prise en charge. Elle intègre les pratiques des professionnels de santé et les perceptions/retours des patients eux-mêmes, offrant une vision globale et centrée sur le patient.
D’après la première circulaire de la campagne tarifaire et budgétaire et un arrêté du ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités, publié le 16 juin au Journal officiel détaillant les dotations régionales pour l’année 2024, le montant total de la délégation de crédits des établissements de santé s’élève à 28,104 milliards d’euros. L’objectif national des dépenses d’assurance maladie des établissements de santé (Ondam ES) pour 2024 a, lui, été fixé à 105,6 milliards d’euros, soit une augmentation 3,2 % par rapport à 2023.
Pour soutenir la recherche et l’innovation, un budget de 2,3 milliards d’euros est prévu, dont :
2 milliards d’euros pour la dotation socle des missions d’enseignement, de recherche, de référence et d’innovation (Merri) ;
et 260 millions d’euros pour le financement des actes hors nomenclature.
La circulaire mentionne aussi :
1 milliard d’euro pour le financement des études médicales ;
1 milliard d’euro pour des mesures et plans de santé publique, dont notamment :
409 millions pour couvrir service d’aide médicale urgente (Samu) ;
191 millions pour le plan maladies rares ;
et 10 millions pour des mesures en faveur des personnes âgées.
EDS, interopérabilité et numérisation
Pour ce qui est des investissements hospitaliers, la campagne 2024 annonce les financements suivants :
3,1 millions d’euros pour des projets d’interopérabilité ;
et 3 millions d’euros pour le programme national Simphonie qui accompagne les établissements de santé dans leur démarche de simplification administrative (accueil, facturation, recouvrement, gestion de trésorerie), grâce au numérique (dématérialisation des échanges d’informations et automatisation des tâches).
Une enveloppe de 400 millions d’euros est, par ailleurs, consacrée à d’autres mesures d’accompagnement financier, dont 300 millions en soutien aux établissements en difficulté financière et 65 millions de dotation de responsabilité territoriale pour les hôpitaux de proximité.
Une collaboration renouvelée pour répondre aux enjeux “santé-environnement”
Fort de son succès lors de la première édition, l’appel à projet (AAP) “La donnée pour la recherche et l’innovation en santé – environnement” a été reconduit en décembre 2023. Cette initiative, portée par le Green data for health (CGDD) et le Health data hub (HDH), vise à répondre à l’engouement croissant pour les enjeux de santé-environnement.
Un engagement pour la santé et l’environnement :
Cet AAP s’inscrit dans les priorités du 4e Plan National Santé Environnement ainsi que dans celles de France Nation Verte. Il cible des initiatives dans des domaines prioritaires tels que le changement climatique et la santé publique, dans une démarche “Une seule santé” (One Health). Les cinq projets lauréats illustrent cette ambition.
Soutien et financement :
Les cinq équipes lauréates bénéficieront d’un accompagnement humain et technique pour une durée de 18 mois, ainsi que d’un financement maximal de 115 000 euros par projet.
Une collaboration bénéfique pour la santé publique
Cette collaboration renouvelée vise à mobiliser les données pour éclairer l’action publique, particulièrement dans les domaines de la prévention en santé et de l’adaptation au changement climatique. Pour Thomas Cottinet, responsable de l’Ecolab au Commissariat général au développement durable (MTECT-Mer), les résultats des projets sélectionnés “seront cruciaux pour déterminer les actions concrètes à entreprendre pour relever les défis environnementaux et sanitaires, notamment dans nos territoires.” L’objectif ultime qu’ils produisent “des résultats significatifs et bénéfiques pour la santé publique”, afin de renforcer “notre résilience aux changements climatiques”.
De son côté, Stéphanie Combes, directrice du Health data hub, souligne que “ces actions s’inscrivent dans les recommandations de la mission Marchand-Arvier pour améliorer la coopération entre hubs de données, un objectif au cœur de la démarche portée par le GD4H et le HDH.”
Les 5 projets lauréats
➡️ Hhavoc : ce projet évalue les liens entre vagues de chaleur et hospitalisations en France, ainsi que la vulnérabilité du bâti à la chaleur.
➡️ E-rises : ce projet consiste en le développement d’un modèle de prédiction en temps réel des consultations pour exacerbation d’asthme ou de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) par les services d’urgence en Nouvelle-Aquitaine.
➡️ Child-environment & development : il s’agit d’une étude de l’impact de l’exposome sur le développement psychomoteur et la santé mentale des enfants.
➡️ Orbe : ce projet est une évaluation de l’impact de l’aménagement urbain sur la santé cardiovasculaire et ses interactions avec les vagues de chaleur.
En plus des chefs d’état ou de gouvernement de la France, de l’Allemagne, du Canada, des États-Unis, de l’Italie, du Japon et du Royaume-Uni, le sommet 2024 du G7 a enregistré, comme le veut la tradition, la participation de représentants d’autres États et organisations internationales invités, à l’image de l’Algérie, l’Argentine ou la Turquie. A l’issue des travaux de cette édition, la déclaration des dirigeants du G7 a porté sur de nombreux sujets, dont l’IA, la “santé unique” et la cybersécurité.
Dans cet article, Health & Tech Intelligence analyse cette déclaration, avec un focus sur les parties dédiées à l’IA, la santé, la science, la technologie, l’innovation et à la cybersécurité.
Pour une IA sûre et une libre circulation des données
Dans le préambule des déclarations finales de ce G7, l’accent est mis sur la nécessité d’approfondir la coopération entre les différents pays dans le domaine de l’IA, afin d’exploiter ses avantages et de gérer ses risques. Concrètement, l’ambition est de promouvoir et mettre en place “une IA sûre, sécurisée et digne de confiance, soutenant une transformation numérique inclusive et centrée sur l’humain”. La gouvernance de l’IA a, elle aussi, été désigner comme une priorité afin de maximiser les bénéfices de cette technologie, tout en gérant les risques et en respectant les droits humains qui peuvent être compromis dans certains mauvais usages.
Par ailleurs, les membres du G7 ont également mis l’accent sur l’utilisation des données, et cela dans tous les secteurs. Ils ont ainsi réitéré leur volonté de “rendre opérationnelle la libre circulation des données avec confiance” au travers de l’initiative “Data free flow with trust” de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Cette initiative a pour objectif de permettre des flux de données transfrontaliers fiables afin de “revigorer l’économie numérique dans son ensemble, tout en préservant la capacité des gouvernements à répondre à l’intérêt public légitime”.
Promouvoir la “santé unique”
Dans le domaine de la santé, les membres du G7 ont renouvelé leur volonté :
de mettre un terme aux grandes pandémies telles que le VIH, la tuberculose et le paludisme ;
de soutenir les initiatives régionales de fabrication de vaccins ;
et de prendre en compte les effets du changement climatique sur les maladies infectieuses.
Pour ce faire, le G7 appelle à soutenir de manière continue le Fonds de lutte contre les pandémies, notamment à travers l’élargissement de la base de donateurs et la collecte d’au moins 2 milliards de dollars de dons.
Les pays du g7 mettent, en outre, l’accent sur l’importance de la prévention tout au long de la vie et du vieillissement en bonne santé. Ils expriment aussi leur volonté de promouvoir des modes de vie et des régimes alimentaires sains, ainsi que de continuer à combattre les causes des maladies non transmissibles, en particulier les troubles mentaux et le cancer.
L’approche globale des enjeux de santé, “one health“, est le point phare de cette déclaration : les pays du G7 insistent sur la nécessité de la promouvoir. Englobant la santé des animaux, des végétaux et des êtres humains, ainsi que les perturbations de l’environnement générées par l’activité humaine, cette approche soutient que les organismes vivants et les écosystèmes sont interconnectés et que la santé des uns dépend de celle des autres.
Un groupe de travail sur la cybersécurité
La déclaration finale du G7 2024 annonce un groupe de travail sur cybersécurité, qui sera piloté par les sept pays ensemble. Ce groupe de travail aura pour objectif de lutter contre les cyberactivités malveillantes :
en promouvant un comportement responsable des états dans le cyberespace ;
en améliorant la cybersécurité, y compris dans le secteur privé ;
et en développant et utilisant des outils pour dissuader et répondre aux comportements malveillant, ainsi qu’aux cybercriminels en perturbant les infrastructures qu’ils utilisent.