« Vous avez le droit de savoir qui vous soigne », affiche le site MediEval4i, lancé le 15 avril 2019 par la société Medicine4i, qui propose aux patients d’évaluer leurs médecins sur 5 critères non-médicaux : accueil, ponctualité, explication, écoute, temps consacré.
Les patients souhaitant participer à l’évaluation doivent créer leur profil sur la plateforme avec une adresse électronique ou par le biais d’un compte Gmail ou Facebook, une démarche gratuite. Ils peuvent ensuite chercher dans le moteur de recherche la fiche du médecin qu’ils veulent noter, et cocher un à cinq cœurs pour chaque critère, ce qui donne une « note globale » également sur cinq. Sur cette page qui évoque celle d’un hôtel ou d’un restaurant sur Tripadvisor, l’utilisateur doit laisser un avis d’ « au moins 100 caractères » avec un titre. MediEval4i permet aussi de préciser les conditions de la prise de rendez-vous ou la raison pour laquelle elle a été impossible.
« Au vu de l’utilisation de mes données personnelles sans mon consentement, vous êtes en infraction avec le RGPD, proteste sur Twitter Bertrand Legrand, secrétaire général de la CSMF 59-62. Je vous remercie de me retirer immédiatement de votre base de données. Ma notoriété ne sera pas votre publicité. » Le généraliste propose sur sa page Facebook à l’intention de ses confrères une lettre demandant à MediaEval4i le retrait de leur profil sous « un délai maximal de deux mois ». Le docteur Jérôme Marty (UFML-S) « invite » pour sa part « tous les médecins à rappeler les bases même du RGPD » à Medieval4i et à « demander le retrait de leur fiche personnelle de ce site, exploitée sans leur autorisation ». « Cette ‘société’ ne fera pas son beurre de l’exploitation des données des médecins », commente-t-il.
Médecins et patients partagés
« Les difficultés d’accès aux soins génèrent des problèmes relationnels entre médecins et patients mais ce n’est pas la bonne méthode car si c’est le défouloir, cela va envenimer encore les relations », déclare le Dr Luc Duquesnel, président du syndicat Les Généralistes-CSMF (source : Le Quotidien du médecin). « Quand c’est ok, Personne ne note, Mais quand un patient est fâché, il note forcément », fait observer le kinésithérapeute Gildas Ribot. Président de la section éthique et déontologie du Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom), Jean-Marie Faroudja, estime de son côté que ce service risque « d’altérer la relation de confiance entre le médecin et le patient ».
Alain-Michel Ceretti, président de France Assos Santé, qui fédère 85 associations de patients, juge au contraire que « c’est légitime de noter une structure où notre vie est en jeu ». « Quand les médecins savent qu’ils sont évalués, ça peut changer les choses », ajoute-t-il.
M. Mattalah (Medicine4i), un « serial entrepreneur dans le domaine de la santé »
MediEval4i est un service de la société Medicine4i, fondée et présidée par Mathias Mattalah. Ce dernier est le fondateur du cabinet de conseil spécialisé en santé Jalma, liquidé en 2018. Il a aussi fondé Smartsanté, éditeur de solutions e-santé spécialiste de l’accompagnement des malades chroniques, qui a développé Cardiosens, une solution de prévention du risque cardiovasculaire destinée aux salariés.
Mathias Mattalah se présente sur le site de Medicine4i comme « un serial entrepreneur dans le domaine de la santé depuis près de 25 ans » dont les entreprises « ont permis aux consommateurs de santé de réduire le coût de leurs soins les moins bien remboursés par l’assurance (dentaire, optique, chirurgie, etc.) et d’investir de manière ciblée dans l’avenir de leur santé ». Il se fixe aujourd’hui comme objectif d’«accompagner les entrepreneurs et investisseurs de la médecine du futur », de « les aider à franchir les obstacles que les tenants de l’ordre établi vont dresser sur leur chemin » et d’ «anticiper les attentes des consommateurs de santé ».
« Il est temps de faire évoluer les comportements »
« Il est temps de faire évoluer les comportements », se défend l’entrepreneur dans Le Parisien : il se fonde sur un sondage qu’il a commandé à Harris Interactive selon lequel « seuls 17 % des sondés ont reçu à chaque fois que nécessaire une information sur les effets secondaires des médicaments prescrits ». Il prévoit de financer son site gratuit par un « comparateur d’offres en optique » rémunéré par les opticiens, et de lancer par la suite « un site de recommandations médicales à partir de sources indiscutables ».
Les sites de notation des praticiens ont jusqu’ici tous dû fermer en France
La notation des médecins est banale aux États-Unis, où les sites spécialisés abondent. Un des plus connus est RateMDs.com, qui revendique 2,5 millions d’évaluations et affiche sur sa page d’accueil un classement des meilleurs praticiens (« Best Doctors ») par spécialité. Les sites qui se sont lancés en France sur ce créneau (Note2bib.com, Notetondoc.com et Demica.com) ont tous dû fermer.