De la démarche personnelle engagée par le président du Syndicat des Managers Publics de Santé, Jérémie Sécher, en collaboration avec Philippe Denormandie, chirurgien orthopédique et directeur des relations santé de MNH GROUP, est née l’initiative du groupe de réflexion sur l’avenir du système de santé qui vise notamment à repenser la place et le rôle du service public à moyen et long terme. L’initiative a vu jour une semaine après l’annonce de la stratégie de transformation du système de santé par le Premier ministre Édouard Philippe, le 21 février 2018.
Réfléchir à l’organisation du soin, des parcours, la place du patient, le rôle de l’hôpital et du CHU de demain, du réseau sanitaire au service du patient à l’échelle de l’établissement ainsi que du territoire, tels sont les objectifs du groupe. Les paradigmes de la réalité hospitalière ont subi des modifications fondamentales et le système de santé ne peut pas les ignorer. Pour les appréhender, le groupe entame une réflexion autour des notions du temps et du sens pour repenser le rôle de l’hôpital de demain.
Le groupe de réflexion s’est engagé à formuler des recommendations opérationnelles pour début mai 2018 à destination notamment des pouvoirs publics.
Le rapport de l’usager-patient avec l’établissement au cœur de la réflexion
La motivation du groupe, dont les membres actuels sont listés ci-dessous, consiste à apporter une réponse collective et convergente aux défis que rencontrent les professionnels de santé hospitaliers et s’inscrit dans la discussion actuelle autour de la transformation du système de santé. Les membres du groupe sont différents acteurs de la santé issus du monde hospitalier et des représentants d’usagers.
Le travail du groupe s’articule autour de 2 axes principaux avec en perspective l’élaboration d’un livrable rapide à destination du public et des autorités à horizon Hôpital expo 2018. Il inclura des propositions opérationnelles et très probablement des études d’appui.
Les deux thématiques qui vont alimenter la réflexion des hospitaliers tournent autour de :
- l’impact des nouvelles attentes des usagers, du nouveau rapport aux technologies de l’information, des télécommunications et de l’émergence des collectifs et des associations sur le système hospitalier à l’échelle des établissements, d’une part, et des territoires, d’autre part ;
- la façon dont on peut redonner du temps et du sens aux professionnels de santé.
Les membres placent au cœur de leur démarches les usagers, car toutes les réformes de l’organisation hospitalières n’ont de sens que si elles sont au service des usagers. L’usager et ses rapports à l’hôpital seront examinés à travers le prisme des paradigmes régissant la vie des établissements qui sont en train de se métamorphoser.
Le professionnel n’est plus le détenteur de la connaissance
Le constat est fait d’une rupture dans la démarche du patient envers sa santé, résultat notamment de l’accès du patient à une grande quantité d’informations en amont de la rencontre avec le professionnel de santé qui influe sur la relation soignant-soigné où le patient veut être acteur et constructeur de la décision clinique et qui doit être empreinte de croyance, au sens de la confiance en le médecin, en le système de soin.
Ce changement a des conséquences à différents niveaux – le professionnel de santé n’est plus le détenteur de la connaissance, mais doit posséder de bonnes compétences pour construire une relation permettant un parcours clinique efficace et garant de résultats. L’implication du patient est nécessaire dans un processus de décision totalement nouveau qui a un impact sur le rapport avec le médecin, avec les professionnels et l’établissement de santé et aussi sur l’organisation des soins et les structures de santé de façon globale.
La question se pose de savoir quel sens doit être donné aux organisations de santé pour répondre à ces nouvelles exigences du patient.
Cette question du rapport au soin a un lien direct avec une deuxième notion structurante, celle du temps.
La temporalité du soin et le temps administratif
Les professionnels de santé n’ont pas le temps d’exercer leur métier.
Le temps est la grande interrogation des professionnels de santé tous secteurs confondus. Qu’il s’agisse du temps matériel dont les professionnels disposent, que l’on organise, ou du temps immatériel qui est la sérénité du professionnels le plaçant dans de bonnes dispositions face à son patient pour une relation de qualité.
Le Dr Denormandie évoque la pénétration du digital dans les soins et le temps que les soignants passent face à un écran et non pas face aux patients, notamment pour gérer les tâches administratives. Il souligne l’influence de cet aspect sur le rapport des médecins à leurs patients et les rapports entre les professionnels de santé eux-mêmes.
Pour bien comprendre les rapports entre ces différentes catégories, le groupe de réflexion se propose d’établir un portrait sociologique des différents intervenants et de redéfinir le sens des missions et du relationnel à différents niveaux – hôpital-ville, entre différentes catégories professionnels, etc.
Une réflexion plurielle face à une perte de sens généralisée et un cadre de soins profondément modifié
Les différentes catégories de professionnels de santé sont unanimes et partagent la sensation de perte de sens dans la cadre de l’exercice de leur métier.
Les professionnels de santé adoptent une démarche unie et pluri-professionnelle pour agir sur l’adaptation du modèle de soin en prenant en compte les problèmes au sein des établissements de santé et les nouvelles exigences posées par l’évolution de la société :
- la gestion des maladies chroniques nécessitant des prises en charge innovantes ;
- le besoin d’une réponse collective de plusieurs spécialités face à des pathologies nouvelles ;
- l’individualisation des thérapies pour une réponse optimale par le patient ;
- les modèles de formation professionnelle enfermés dans une approche de silos entre catégories professionnelles et loin d’un modèle de transmission de compétences transversales ;
- la synchronisation du temps médical, administratif et de soin à l’hôpital et l’impact sur les équipes ;
- la capacité à travailler ensemble et la création de conditions favorable à l’émergence de la cohésion d’équipe ;
- la nécessité de réorganisation des parcours et des structures pour une réponse médicale adaptée et efficace face à des changements de paradigmes de soins majeurs ;
- la modification de l’offre et de l’organisation de soin au sein de l’établissement et au sein des territoires ;
- la prévalence des nouvelles technologies dans la société contemporaine ;
- les attentes du patient vis-à-vis du médecin qui le suit ;
- les risques psycho-sociaux chez les professionnels et la détection de situations anormales ;
- la motivation professionnelle de jeunes praticiens et des perspectives d’évolution de carrière ;
- l’usage comme partie prenante dans l’élaboration des stratégies d’établissements de santé.
Selon les professionnels de santé, tous ces éléments ont besoin d’être interrogés et leur rôle dans la santé ainsi que leurs interactions et rapports qui les animent, redéfinis.
Oui au numérique s’il peut être synonyme de gains de temps
Le numérique, les systèmes d’information et les outils au service de la traçabilité introduisent trop de contraintes pour les professionnels de santé. Pour sortir de cette perception de charge numérique, il faut penser les outils numériques dans une logique d’usage afin qu’ils ne constituent pas une perte de temps, mais un moyen d’en gagner. Selon le Dr Denormandie, il faut sortir de la logique technologique et adopter celle de l’usage pour produire des outils adaptés.
Par ailleurs, les directions d’établissement manque de visibilité sur l’utilité que peuvent présenter certains nouveaux outils et la façon dont ils pourraient être implémentés dans la finalité de faciliter le quotidien des professionnels. Le groupe envisage de se pencher sur la question et de guider les professionnels dans les usages qu’ils pourraient faire de nouveaux outils numériques.
Les membres actuels du groupe de réflexion
Les promoteurs du groupe de réflexion, qui n’a toujours pas de nom officiel, ont souligné leur volonté d’associer l’ensemble des acteurs et des professionnels de santé. C’est pourquoi la composition du groupe est appelée à évoluer en enrôlant de nouveaux membres.
Actuellement, il se compose des membres suivants:
- Jérémie SECHER, Directeur d’établissements, Président du Syndicat des Manageurs Publics de Santé (SMPS)
- Dr Philippe DENORMANDIE, Chirurgien orthopédique, Conseiller Médical, Directeur Relations Santé MNH GROUP
- Pr Laurent BERTOLETTI, Médecin Pneumologue, CHU de Saint Etienne
- Dr Rachel BOCHER, Médecin Psychiatre, Présidente de l’Intersyndicat National des Praticiens Hospitaliers (INPH)
- Guy COLLET, ancien Conseiller FHF et Directeur d’ARH
- Philippe EL SAIR, Directeur Général du CHU de Brest
- Dr Bruno FAGGIANELLI, Médecin urgentiste, Président de CME, Secrétaire Général, Association des Médecins Urgentistes de France (AMUF)
- Dr Pierre FOUCAUD, Médecin, CH de Versailles, ARS Ile-De-France
- Thierry GAMOND RIUS, Directeur d’établissements, Président de la Conférence Nationale des Directeurs de Centres Hospitaliers (CNDCH)
- Marie HIANCE, Déléguée Nationale du Syndicat des Manageurs Publics de Santé (SMPS)
- Laurent HOUDART, Avocat, Cabinet HOUDART
- Dr Jean Patrick SALES, Chirurgien, Vice-Président Comité Économique des Produits de Santé
- Thomas SANNIE, Représentant des usagers, Président de l’association française des hémophiles, Représentant des usagers au conseil d’administration de l’AP-HP
- Dr Pierre SIMON, Médecin, ancien Président de la Société Française de Télémédecine
- Guillaume WASMER, Directeur d’établissements, Administrateur de la Fédération Hospitalière de France (FHF).