À Rennes (Ille-et-Vilaine), le « Humanlab » – un fablab, soit laboratoire de fabrication numérique ouverts au public – permet à toute personne souffrant d’un handicap d’apprendre à « se réparer soi-même » aux côtés de bénévoles technophiles. Le local est notamment équipé de cinq imprimantes 3D, d’une découpeuse laser, de différents systèmes électroniques et d’un oscilloscope.
Yohann Veron, l’un des manager du HumanLab, revient pour H&TI sur les avancées de ce lab. « On ne fait pas de la prestation. On fait gagner les personnes handicapées en compétences en les faisant agir sur leur handicap en s’auto-réparant », explique-t-il à son retour d’Inde, où avec une délégation de l’HumanLab il était parti partager son expertise au STEAM Fabrikarium.
« Le Human Lab, c’est toute une histoire… Je suis enseignant en mécanique automobile dans un lycée près de Rennes. Dans mon temps libre, depuis longtemps, je fabrique des synthétiseurs analogiques. En 2013, quand le fablab de Rennes a ouvert, j’ai appris que des « bidouilleurs » y partageaient leurs connaissances et j’ai proposé mon savoir. Il y avait là du matériel et des gens qui bricolaient, qui avaient des compétences et étaient prêts à les partager dans un lieu accessible à tous et gratuit.
Le temps des mains-robot
Un jour, Nicolas Huchet, un jeune homme qui avait été amputé de sa main droite dix ans auparavant est venu à notre rencontre. Il utilisait une prothèse myo-éléctrique et voulait s’en fabriquer une moins chère que celle du commerce. On s’est dit qu’on pouvait l’aider. C’est à plusieurs « makers » que nous avons conçu une main bionique, capable de bouger tous les doigts, en open source pour moins de 1 000 €.
Celle-ci a été réalisée grâce à des plans en libre accès sur Internet, une imprimante 3D, un moteur, une carte électronique et des capteurs, pour détecter au niveau du coude les contractions musculaires qui commandent l’ouverture et la fermeture des cinq doigts.
Le prototype de cette prothèse originale a fait grand bruit en 2014. Nicolas Huchet s’est fait inviter à travers le monde pour en faire la démonstration. C’est ainsi que nous avons fondé l’association Myhumankit, qui a notamment permis de facturer ces interventions. Nicolas Huchet est devenu le président de l’association puis, lorsqu’il en a pris les fonctions de directeur du développement, j’ai été élu président. Nous sommes allés frapper à la porte de la Fondation de France, de Google, de l’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées), de la région Bretagne et de la mutuelle GMF, qui nous subventionnent pour trois ans, ce qui nous a permis d’employer cinq salariés : Nicolas Huchet, Delphine Bézier, qui a une maîtrise en arts numériques, Hugues Aubin, philosophe, Guillaume Sabin, sociologue et moi-même. MyHumanKit recherche davantage des profils d’ingénieux que d’ingénieurs !
Aujourd’hui, l’association regroupe en plus une trentaine de bénévoles, mais surtout une communauté internationale qui communique ensemble au quotidien autour d’idées pour aider les gens à s’autoréparer.
« Quelque chose en plus »
Très vite, nous nous sommes rendu compte qu’agir sur le handicap de Nicolas, ça lui avait fait changer de statut : il n’était plus dans une posture d’avoir une chose « en moins » mais il était doté, avec sa main bionique, de « quelque chose en plus ». On s’est dit qu’il fallait faire la promotion du HumanLab afin de permettre à plus de personnes en situation de handicap de transformer leurs limitations en motivations.
Aussi, depuis 13 mois, nous ouvrons tous les jeudis les portes de l’HumanLab au public atteint d’un handicap, pour aider tout un chacun à réaliser ses aides techniques sur-mesure. Il ne s’agit pas d’une prestation, mais de « faire-ensemble » : nous leur faisons gagner en compétences en les auto-réparant.
Pour cela, le HumanLab est notamment équipé d’une découpeuse laser, de cinq imprimantes 3D, de matériel électronique, d’un fer à souder, d’un oscilloscope et d’outillage divers.
Des exemples de réalisations uniques
- Le tourne-tête de Mathilde. Mathilde est une personne atteinte de dégénérescence cérébrale dont les membres s’atrophient. Elle dispose d’un appui-tête qui la maintient mais elle ne peut tourner la tête ni à droite, ni à gauche. Plusieurs bénévoles travaillent depuis 8 mois avec elle sur un projet d’appui-tête électrique fixé à son fauteuil roulant qu’elle pourra facilement actionner avec un bouton.
- Le bras anti-gravité de Nicolas. Le jeune homme, myopathe, ne peut pas bouger les bras. Son bras gauche appuie sur son ventre ce qui entraîne des douleurs. Il doit demander l’aide d’un tiers pour le déplacer à intervalles réguliers. Un bénévole l’aide actuellement à aller au bout de son idées de bras articulé, qui lui permettra d’avoir un minimum de mobilité sans trop d’effort. Ils s’inspirent d’un projet Open source qui existait déjà en plastique imprimé 3D, qu’ils vont adapter avec des tubes d’acier.
- Des aides à la mobilité. Nous avons récupéré des moteurs électriques de vélos à assistance électrique de la ville de Rennes. Nous allons nous en servir pour réaliser un tricycle, une planche multi-roues ou encore une cinquième roue pour un fauteuil roulant, qui va remplacer la personne qui pousse.
Quand un projet est porté par l’association, c’est MyHumankit qui finance le prototype. Une fois que la personne est satisfaite du projet, c’est à elle d’acheter le matériel et de le reproduire. Nous gardons le prototype afin de le documenter et l’exposer. Ce qui est sûr, c’est que c’est peu cher pour la personnes en situation de handicap, mais cela prend du temps puisque la R&D est faite avec les bénéficiaires et les bénévoles.
Retour d’Inde
Nous nous sommes rendus à Bombay, en Inde du 10 au 14 février 2018 pour le STEAM Fabrikarium, une sorte de hackaton géant co-organisé par Makers Asylum et MyHumankit, regroupant 80 personnes qui, pendant ces 4 jours ont réfléchi, fabriqué, cassé, créé amélioré des aides techniques aux handicaps. Le HumanLab y a présenté cinq projets. L’objectif était de montrer l’intérêt de lier la technologie avec les personnes.
Les personnes en situation de handicap, nombreuses dans les pays en voie de développement, sont en train de se rendre compte du potentiel des fablabs, qui permettent de réaliser des prothèses et des fauteuils roulants électriques à bas prix. Nos projets sont tous open source – ce qui permet aux projets de grandir à longueur d’années car des hôpitaux, des centre de rééducation ou encore des ingénieurs des écoles s’en emparent et les améliorent. En Inde, comme ailleurs, les HumanLab ont vocation à rassembler des gens pour partager, en réalisant ensemble des aides techniques au handicap. »