Nabil

  • Le CHU de Poitiers dématérialise les comptes-rendus de laboratoire pour réduire son empreinte écologique

    Zéro papier pour les comptes-rendus 

    Dans une logique de simplification des processus et d’engagement environnemental, le CHU de Poitiers a officialisé, le 21 juillet 2025, la dématérialisation complète des comptes-rendus de laboratoire. Les résultats sont désormais exclusivement accessibles en ligne via le portail Hôpitaux86, à l’exception des comptes-rendus destinés aux patients mineurs, toujours envoyés par courrier.

    L’établissement hospitalier vise par cette mesure une réduction de son impact environnemental, tout en améliorant la fluidité de ses services. L’initiative concerne l’ensemble des patients adultes, ainsi que les médecins traitants et prescripteurs, qui devront désormais consulter les résultats via une interface sécurisée.

    Un compte Hôpitaux86 requis pour accéder aux résultats

    Pour accéder aux documents, les utilisateurs – patients comme professionnels de santé libéraux – doivent disposer d’un compte sur le portail Hôpitaux86. L’adresse e-mail utilisée doit être personnelle et unique. Elle doit être transmise dès l’accueil au CHU afin de permettre la notification dès mise à disposition des résultats.

    Le CHU de Poitiers s’inscrit ainsi dans une tendance plus large de numérisation des échanges médicaux, en cohérence avec les exigences écologiques actuelles et les attentes croissantes en matière de réactivité et de traçabilité dans la gestion des données de santé.

  • UK : Jusqu’à 135 M£ d’économies de temps pour le système de santé londonien grâce au London Care Record

    3,3 millions d’heures économisées grâce au partage de données patients

    57 ETP économisés chaque mois

    Mis en place en 2020 par le partenariat OneLondon, le London Care Record (LCR) centralise l’accès aux informations médicales et sociales des patients pour les professionnels du Grand Londres et des zones limitrophes. Selon une actualisation de l’évaluation économique indépendante réalisée par Queen’s University Belfast pour OneLondon, les gains de temps générés par l’usage du LCR sont estimés à 135 millions de livres sterling depuis son lancement, soit l’équivalent de 3,3 millions d’heures de travail.

    L’analyse s’appuie sur les statistiques actualisées d’usage (près de 71 millions d’utilisations cumulées fin mars 2025) et les dernières données de rémunération du personnel NHS. Le calcul modélise différents scénarios de temps gagné par accès, dont le plus réaliste évalue que 75 % des consultations du LCR permettent un gain d’une minute. En janvier 2025, cela représente jusqu’à 109 000 heures gagnées en un mois, soit l’équivalent de 57,3 ETP (équivalents temps plein).

    Les scénarios les plus prudents estiment les économies à 24 M£ depuis 2020, les plus optimistes à 135 M£. L’actualisation montre un doublement des économies mensuelles par rapport à l’analyse de 2023 (2,1 M£/mois à l’époque).

    London Care Record : un outil plébiscité par les soignants pour sa valeur clinique et organisationnelle

    Le London Care Record réduit les redondances et accélère les décisions

    Les témoignages recueillis illustrent les bénéfices ressentis sur le terrain. Les médecins généralistes, urgentistes, infirmiers, psychiatres et personnels du secteur médico-social saluent l’accès instantané à des données critiques (résultats d’examens, traitements en cours, antécédents hospitaliers, courriers de spécialistes…). Plusieurs situations montrent des évictions d’actes redondants, des décisions plus rapides, et un temps de consultation recentré sur le patient.

    L’estimation des économies repose sur cinq scénarios de modélisation intégrant ;

    • la ventilation des utilisateurs par secteur (28,6 % en soins primaires, 71,4 % en établissements) ;
    • le niveau de rémunération (y compris charges, pensions, majoration londonienne) ;
    • et des hypothèses de temps gagné par accès.

    Ces scénarios ont été reconduits avec les données actualisées pour l’étude 2025. Depuis deux ans, OneLondon a étendu l’accès au LCR à davantage de professionnels et de structures, rendant l’outil plus riche. L’actualisation de l’évaluation confirme la valeur ajoutée du LCR, tant en efficacité opérationnelle qu’en qualité des soins. Elle contribuera à guider les futurs investissements de la région en matière de santé numérique.

    Lawler M, McFerran E, Readman L, Gautama S, Koczan P, Palmer J, Pace E. Economic analysis of digital health infrastructure: The case of OneLondon’s impact on time efficiency and safety in healthcare service. Queen’s University Belfast; 2025.

  • Dispositifs médicaux numériques : la HAS précise ses exigences pour les voies PECAN et LATM

    Remboursement des DMN : la HAS publie ses attentes pour PECAN et la télésurveillance

    Depuis 2023, les dispositifs médicaux numériques (DMN) peuvent être remboursés selon deux modalités spécifiques :

    • La prise en charge anticipée (PECAN) pour les DMN présumés innovants,
    • Et la liste des activités de télésurveillance médicale (LATM) pour les dispositifs utilisés dans un cadre de télésurveillance.

    Ces voies visent à accélérer l’accès des patients aux technologies numériques de santé, sous réserve d’une évaluation préalable par la Haute Autorité de santé (HAS).

    La HAS publie aujourd’hui les principes qui guideront l’évaluation des demandes de remboursement de ces dispositifs. Cette initiative fait suite à l’examen des premiers dossiers reçus par la Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé (CNEDiMTS). L’objectif est d’aider les entreprises du secteur à mieux comprendre les critères attendus, afin d’améliorer la qualité des dossiers et fluidifier les procédures d’instruction.

    LATM : évaluer l’intérêt médical et l’impact organisationnel

    Pour être inscrite sur la LATM, une activité de télésurveillance médicale doit démontrer un bénéfice supérieur à celui du suivi médical conventionnel, ou équivalent à une activité déjà inscrite dans la même indication. Les nouveaux principes précisent les scénarios d’évaluation envisageables et les éléments nécessaires pour étayer la demande. La HAS souligne le rôle transformateur de la télésurveillance sur l’organisation des soins. Toutefois, les impacts organisationnels — souvent invoqués mais peu documentés — doivent faire l’objet d’une démonstration plus structurée. Cette documentation est désormais considérée comme un élément essentiel dans l’appréciation de la réponse au besoin.

    PECAN : sécuriser l’innovation dans l’attente des données complètes

    La voie PECAN permet un remboursement transitoire pour les DMN à visée thérapeutique ou de télésurveillance, lorsque les données cliniques définitives ne sont pas encore disponibles mais que l’intérêt présumé est jugé suffisant. La HAS insiste ici sur la qualité des études en cours et la nécessité d’une planification rigoureuse des étapes d’évaluation jusqu’au droit commun. Les guides publiés intègrent une section pratique listant les points forts attendus dans un dossier de demande PECAN. Comme pour LATM, l’impact organisationnel revendiqué doit être mieux argumenté.

    Webinaire : la HAS détaille les évolutions des voies de remboursement des DMN

    La HAS collabore avec son homologue allemand depuis un accord signé en juin 2025, pour comparer leurs approches d’évaluation (DiGA en Allemagne, PECAN en France) et préparer d’éventuelles évaluations communes au niveau européen. La publication des principes PECAN et LATM est l’occasion pour la HAS de mettre à jour d’autres référentiels d’évaluation, notamment ceux relatifs à la LPPR, à la liste intra-GHS (guide de 2018) et à la prise en charge transitoire PECT (guide de 2022). Ces voies sont également ouvertes, sous conditions, à certains dispositifs numériques.

    Un webinaire intitulé « Rendez-vous de l’innovation » est disponible à destination des exploitants et consultants du secteur, afin de présenter en détail ces principes d’évaluation. Parallèlement, la HAS collabore avec l’Inria pour développer une méthodologie permettant de mieux documenter l’impact organisationnel des DMN. Ce travail vise à offrir davantage de lisibilité aux industriels.

     

  • MedGPT : une IA française pour les soignants, plus performante que ChatGPT au concours de l’internat

    Conçue avec des cliniciens pour les usages quotidiens

    La start-up bordelaise Synapse Medicine annonce le lancement de MedGPT (disponible depuis le 16 septembre) un assistant conversationnel médical destiné aux professionnels de santé. Entraîné et calibré par des médecins français, l’outil s’adresse aux praticiens de toutes spécialités : généralistes, spécialistes, pharmaciens, infirmiers, sages-femmes, dentistes. Il offre des réponses médicales sourcées, contextualisées, sécurisées, et adaptées aux référentiels français. MedGPT intègre des sources officielles à jour — recommandations HAS, données de l’ANSM, textes réglementaires, consensus professionnels — et fournit des réponses en cohérence avec les usages médicaux en France. Il ambitionne de devenir une alternative souveraine aux grands modèles américains utilisés en médecine. Selon deux études citées par Synapse Medicine, 66 % des médecins américains et 20 % des généralistes britanniques ont déjà recours à ChatGPT dans leur pratique.

    Une évaluation comparative sur les ECNi 2023

    MedGPT a été soumis à une évaluation basée sur les Épreuves Classantes Nationales informatisées (ECNi) 2023, qui servent de référence pour l’affectation des internes en médecine. Résultat : MedGPT surclasse ChatGPT (GPT-5) de 7 points si l’on ne prend en compte que les réponses strictement exactes.

    À score global équivalent :

    • MedGPT atteint le niveau du top 500, soit mieux que 95 % des étudiants candidats à l’internat.
    • GPT-5 se situe aux alentours du top 2000, correspondant à 75–80 % des candidats.

    Autrement dit, MedGPT se positionne parmi les 5 % meilleurs étudiants en médecine, et démontre une capacité d’analyse et de réponse alignée sur les référentiels français. L’outil vise à s’intégrer dans la routine des professionnels – comme un assistant clinique – en facilitant l’accès rapide à une information médicale fiable : posologies, interactions, critères diagnostiques, conduite à tenir … Ce lancement intervient alors que les usages de l’IA générative en santé se développent, tout en soulevant des enjeux de qualité, supervision, responsabilité et souveraineté numérique.

    La bêta est disponible sur la plateforme MedGPT.fr, en libre accès pour les professionnels.

  • e-notice : 600 médicaments en phase pilote pour tester les notices numériques d’ici 2027

    Suppression progressive des notices papier : l’ANSM lance une phase pilote sur 2 ans

    L’expérimentation e-notice démarre officiellement en octobre 2025 avec la mise sur le marché des premières boîtes de médicaments intégrant un QR code. Cette phase pilote, prévue pour durer deux ans, permettra d’évaluer l’accessibilité et l’utilité des notices numériques pour les patients, les professionnels de santé et les industriels. Près de 600 spécialités pharmaceutiques sont concernées, en ville comme à l’hôpital.

    Coordonnée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), la phase pilote repose sur une approche progressive et adaptative. À l’issue d’un appel à candidatures clôturé fin 2024, les laboratoires participants ont été sélectionnés selon un cahier des charges adapté au circuit de distribution.

    • En ville, la notice papier est maintenue mais accompagnée d’un QR code sur la boîte, redirigeant vers la version numérique hébergée sur la base de données publique des médicaments (BDPM).
    • À l’hôpital, la notice papier est supprimée pour les médicaments concernés, jugée peu utilisée en pratique et génératrice de déchets. L’accès numérique reste possible via les logiciels d’aide à la prescription ou à la dispensation (LAP/LAD) et la BDPM.

    420 médicaments à l’hôpital, 170 en ville

    Au total, environ 600 spécialités sont impliquées :

    • 420 en milieu hospitalier, couvrant un large éventail thérapeutique : anticancéreux, immunothérapies, antibiotiques, antiviraux, produits sanguins, gaz médicaux, agents radiopharmaceutiques, médicaments innovants (thérapies géniques et cellulaires), ou encore génériques/biosimilaires à usage hospitalier.
    • 170 médicaments en ville, choisis pour leur fréquence d’usage et leur accessibilité : paracétamol adulte, statines, inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), vaccins du calendrier ou ciblés selon les populations.

    1 500 usagers interrogés pour évaluer l’utilité du format dématérialisé

    L’évaluation s’appuiera sur des indicateurs qualitatifs (questionnaires de satisfaction, enquêtes auprès des utilisateurs, retour ciblé selon les publics) et quantitatifs (fréquentation des notices numériques, origine du trafic, type de support utilisé, usage des contenus enrichis). Deux enquêtes seront conduites auprès d’un panel de 1 500 personnes : une à mi-parcours (mi-2026), l’autre à la fin de l’expérimentation (octobre 2027). Un formulaire de satisfaction sera également accessible directement sur le site de la BDPM. L’approche vise à documenter l’accessibilité réelle des e-notices pour tous les publics et leur utilité perçue par rapport à la version papier.

    Dossier thématique – Une phase pilote, et après ? – ANSM

    Les e-notices séduisent par leur faible impact

    Une étude publiée par la Fédération européenne des industries pharmaceutiques (EFPIA) révèle que les notices électroniques de médicaments (e-notices) présentent un impact environnemental jusqu’à 98 % inférieur à celui des notices papier. Réalisée pour le laboratoire Takeda par le cabinet Long Trail Sustainability, l’analyse s’inscrit dans le contexte de la révision de la législation pharmaceutique européenne, qui envisage la suppression des notices imprimées. Cette perspective suscite toutefois des réticences, notamment en France, où des associations de patients défendent le papier comme support d’information plus accessible.

  • LLM en santé : jusqu’à 83 % de réponses erronées face à une seule donnée inventée, selon Mount Sinai

    Des hallucinations massives dans les modèles d’IA médicale

    Les chercheurs de Mount Sinai alertent sur un phénomène préoccupant : les grands modèles de langage (LLM), largement utilisés dans les contextes médicaux, sont hautement vulnérables aux hallucinations dites « adversariales ». En insérant volontairement un seul élément fictif dans des scénarios cliniques simulés, les chercheurs ont observé que les six modèles testés — dont ChatGPT et DeepSeek R1 — génèrent dans 50 à 83 % des cas des contenus erronés, parfois en détaillant des pathologies, signes cliniques ou résultats biologiques inexistants. Cette étude, publiée dans Communications Medicine en août 2025, complète une première alerte lancée par le Dr Eyal Klang, chef de l’IA générative à Mount Sinai, sur la manière dont les LLM peuvent « halluciner » lorsqu’ils rencontrent un terme inventé. Un seul mot fictif peut suffire à faire dériver la réponse dans une direction entièrement fausse.

    Une évaluation rigoureuse sur 5 400 prompts cliniques

    L’équipe de recherche a conçu 300 cas cliniques validés par des médecins, chacun contenant un unique détail inventé : nom de pathologie, résultat d’examen ou signe clinique. Chaque cas a été décliné en deux formats (court et long), et testé auprès de six LLM selon trois conditions : configuration par défaut, ajustement du paramètre de température à 0, et ajout d’un prompt de mitigation invitant l’IA à se limiter à des informations validées.

    Les résultats sont sans appel :

    • Taux moyen d’hallucination sous configuration par défaut : 65,9 % ;
    • Taux réduit à 44,2 % avec le prompt de mitigation ;
    • Aucun effet significatif de la température zéro (66,5 %)

    Parmi les modèles testés, GPT-4o s’est montré le plus robuste (hallucinations dans environ 50 % des cas par défaut, et seulement 23 % avec mitigation), tandis que Distilled-DeepSeek-R1 affichait les taux les plus élevés (jusqu’à 83 %). Les cas courts génèrent plus d’erreurs que les longs (67,6 % vs. 64,1 %), même si la différence n’est pas toujours significative.

    Des risques bien documentés, mais encore mal maîtrisés

    L’étude met en lumière un comportement connu des LLM : leur tendance à confirmer les données introduites dans le prompt, sans vérifier leur validité, surtout si le ton du prompt est assertif. Ce biais de confirmation automatique rend les IA vulnérables aux erreurs accidentelles (ex. copie erronée, mauvaise orthographe d’un dosage) comme aux manipulations malveillantes. Dans une analyse qualitative complémentaire, les chercheurs ont soumis aux modèles des affirmations erronées bien connues, telles que le lien entre vaccins et autisme ou l’origine 5G du COVID-19. Résultat : la majorité des réponses évitent les hallucinations, mais certains cas ambigus persistent, notamment autour de l’immunité naturelle versus la vaccination.

    Mitigation partielle, mais vigilance indispensable

    La mitigation via prompt spécifique, qui incite l’IA à reconnaître les incertitudes et à ne pas extrapoler, apparaît comme la stratégie la plus efficace à court terme. À l’inverse, les ajustements de température n’ont pas démontré d’impact mesurable. Toutefois, même les meilleurs modèles — GPT-4o compris — ne sont pas exempts de dérives. Ces résultats rejoignent d’autres travaux récents pointant la fréquence des erreurs dans les synthèses médicales, la génération de références fictives ou la mauvaise classification de données cliniques. L’étude souligne que les hallucinations sont probablement enracinées dans l’architecture même des modèles et que, sans supervision humaine, leur usage en santé peut entraîner des risques concrets.

    Des perspectives techniques et réglementaires encore floues

    Alors que l’IA générative se déploie dans les hôpitaux pour soulager la charge administrative et améliorer l’efficience des soins, la question des erreurs reste centrale. Les chercheurs de Mount Sinai plaident pour des garde-fous techniques (prompting, évaluation continue) mais aussi réglementaires. Le récent plan d’action de la Maison Blanche pour l’IA dans les secteurs critiques, dont la santé, est jugé insuffisant sur l’aspect sécurité. Les acteurs du secteur — institutions, start-ups comme Abridge ou Ambience Healthcare, ou coalitions comme Health AI ou Digital Medicine Society — devront conjuguer innovation et rigueur pour garantir une intégration sûre de l’IA dans les pratiques cliniques.

    Omar M, Sorin V, Collins JD, Reich D, Freeman R, Gavin N, Charney A, Stump L, Bragazzi NL, Nadkarni GN, Klang E, et al. Multi‑model assurance analysis showing large language models are highly vulnerable to adversarial hallucination attacks during clinical decision support. Communications Medicine. 2025;5:330. doi:10.1038/s43856-025-01021-3

  • AAP France 2030 : pour soutenir les technologies de rupture dans la santé, l’écologie, la sécurité et l’industrie

    Une structuration en trois phases

    Opéré par Bpifrance en partenariat avec l’Agence de programmes Numérique portée par l’Inria, l’appel à projets (AAP) “Pionniers de l’IA” vise à soutenir des solutions dites AI-native, conçues pour transformer des filières, notamment dans la santé, la transition écologique, la sécurité ou la production industrielle. Contrairement aux précédents dispositifs sur l’IA générative, ce nouveau programme se distingue par un parcours en trois étapes, avec financement progressif :

    • Phase 1 (6 à 12 mois, 100 à 200 k€) : validation de la faisabilité technique ;
    • Phase 2 (6 à 18 mois, 400 à 800 k€) : conception d’un démonstrateur ;
    • Phase 3 (1 à 3 ans, 3 à 8 M€) : industrialisation avec produit minimum viable et premier déploiement.

    Le passage d’une phase à la suivante n’est pas automatique. Il est conditionné à l’atteinte des objectifs, à la soumission d’un nouveau dossier et à une nouvelle sélection. Chaque projet aura un parcours individualisé selon ses objectifs, ses jalons et son niveau de maturité technologique.

    Priorité aux enjeux stratégiques nationaux

    Les projets attendus devront cibler des points critiques de la chaîne technologique de l’IA et produire des effets d’entraînement sur les écosystèmes concernés. Les priorités d’investissement incluent : la santé, la transition écologique, la sécurité, la conception et la production industrielle. Les projets devront aussi préciser les critères de performance visés et les impacts attendus, notamment sur leur filière d’application. Si les thématiques prioritaires sont définies, des projets dans d’autres domaines pourront être admis, de manière moins prioritaire.

    Les porteurs de projets devront s’inscrire dans l’un des trois parcours suivants lors du dépôt initial :

    • Création d’entreprise, opéré par l’Agence de programmes Numérique ;
    • Partenariats industriels, également sous l’égide de l’Agence ;
    • Parcours générique, géré directement par Bpifrance.

    Les dossiers sont à déposer exclusivement sur la plateforme de Bpifrance. Trois relèves sont prévues : 5 novembre 2025, 10 mars 2026, ou le 9 juin 2026.

  • 13 solutions d’IA en prévention santé : 62% françaises, du dépistage individuel à la santé populationnelle

    Sur les 13 solutions analysées, plus de la moitié sont françaises, validées sur le terrain, et pour la plupart centrées sur la prévention primaire et secondaire. Cinq des 13 solutions sont étrangères ; elles visent des enjeux de santé populationnelle à grande échelle, notamment l’épidémiologie spatiale, le profilage populationnel et l’analyse de données réelles.

    Prévention primaire : anticiper l’apparition des maladies

    La prévention primaire, qui vise à réduire l’incidence des maladies, s’illustre par plusieurs initiatives innovantes. En France, Kor Platform, déployée à l’Hôpital Européen de Marseille et au sein du groupe Elsan, réalises en 15 à 20 minutes une évaluation couvrant plus de 180 indicateurs de santé. Elle s’appuie sur un moteur de recommandations intégrant plus de 3 000 règles médicales issues de l’OMS et d’autres organismes de référence.

    L’Obesity Risk Predictor de l’Université de Washington utilise la vision par ordinateur. Basé sur 150 000 images et 96 catégories de points d’intérêt (POIs), il permet d’analyser les images satellite afin de prédire les zones urbaines à risque d’obésité, soutenant ainsi la prévention territoriale.

    À Chicago, le projet XGBoost + Shap Predictor (Northwestern University) a été construit à partir de l’enquête NHANES 2017–2020, un modèle entraîné sur 6 146 adultes avec 78 variables atteint une sensibilité de 91% et une AUC de 0,8295, en fournissant des prédictions interprétables via SHAP, permettant d’identifier des facteurs clés biologiques et comportementaux pour la prévention et le suivi de l’obésité.

    Prévention secondaire : dépister et agir tôt

    En prévention secondaire, l’IA permet de limiter la prévalence des maladies en agissant de manière précoce. Le logiciel e-santé Citana, conçu pour les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS), les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) et les centres de soins, déployé au CHU de Bordeaux et au CHU de Montpellier, facilite la coordination des soins et organise des actions de prévention et de dépistage.

    L’application mobile française, Chronik Care centralise les données de santé, offre un suivi personnalisé des patients chroniques, en intégrant gamification, rappels et fiches pédagogiques pour renforcer l’adhésion thérapeutique. ACCOORDIA, développé au CHU de Brest, renforce la prévention du risque suicidaire en associant entretiens téléphoniques analysés par IA à une application d’auto-évaluation, personnalisant les interventions et contribuant à la réduction des récidives.

    Presage Care est un dispositif médical de télésurveillance prédictive pour personnes âgées à domicile. Grâce à un algorithme de ML, il analyse les données hebdomadaires des aidants, identifiant 15 risques majeurs (dont chute, dénutrition et isolement) pour anticiper les hospitalisations non programmées sous 7 à 14 jours, et déclencher des alertes aux professionnels de santé.

    Prévention tertiaire : limiter complications et réhospitalisations

    KanopuMed a développé l’outil Pred’IC qui développe d’un POC sur les données de l’entrepôt de données de santé (EDS) du CHU de Montpellier et validation dans le SNDS pour prédire en temps réel le risque de réhospitalisation des patients en insuffisance cardiaque, visant la personnalisation de la prise en charge et son intégration dans le workflow clinique.

    apTeleCare, plateforme française modulable de télésurveillance médicale, 100% personnalisable et modulable, permet amélioration le suivi des pathologies chroniques grâce à la collecte des constantes, une communication sécurisée avec les soignants et des alertes personnalisées. En gériatrie, RevealCare exploite le big data et le machine learning pour identifier et prioriser les besoins des seniors, anticiper les risques liés au vieillissement et optimiser les investissements en prévention.

    Les infrastructures transversales de la santé populationnelle

    Au-delà des solutions par stade de prévention, certaines plateformes constituent l’infrastructure numérique essentielle à la gestion de la santé populationnelle. Aux États-Unis, IMO Clinical AI, propose une gamme de solutions d’intelligence clinique et de gestion des données de santé, standardise et normalise les données cliniques issues de multiples sources, améliorant la qualité des décisions médicales, la recherche et la conformité réglementaire.

    En Espagne, la Data Space Platform d’Iomed facilite l’analyse des données de vie réelle (Real-World Data), soutenant les études observationnelles, le profilage des populations et l’optimisation des essais cliniques. Enfin, GenHealth AI propose des solutions basées sur l’IA générative pour analyser les données historiques de santé, anticiper les risques, coordonner les soins en temps réel et optimiser la gestion des coûts, tout en améliorant les scores de qualité tels que HEDIS et STARS.

     

    @Heatlh & Tech Intelligence

     

  • Prévention en Europe : pourquoi certains pays réussissent là où d’autres peinent ?

    • L’accès à la prévention reste inégal en Europe (les personnes les plus éduquées et les plus aisées recourent davantage aux services de prévention).
    • Ces inégalités existent même lorsque les services sont gratuits (les écarts d’usage sont particulièrement marqués pour les dépistages des cancers).
    • La densité de médecins généralistes est positivement corrélée à l’usage des services de prévention (en revanche, les pays avec système de “gatekeeping” – filtrage par le généraliste- ont un recours plus limité aux soins préventifs).
    • Des incitations financières bien calibrées peuvent augmenter la prescription d’actes préventifs.
    • Les pays performants ont des stratégies nationales claires, avec objectifs précis et pilotage structuré (une gouvernance fragmentée freine la coordination entre les acteurs)
    • L’utilisation d’indicateurs de suivi permet d’évaluer et d’ajuster les actions de prévention.
    • Un financement dédié et décentralisé favorise l’adaptation aux besoins locaux.
    • La réduction des inégalités est un levier essentiel dans les pays les plus avancés.

     

    🧓Prévention chez les plus de 50 ans : des écarts persistants entre les pays européens malgré des recommandations harmonisées

    Des disparités marquées d’un pays à l’autre et selon les profils sociaux

    En Europe, les populations les plus aisées et les mieux éduquées accèdent davantage aux services de prévention, malgré des systèmes de santé publics. À partir des données de l’enquête SHARE et du British Household Panel Survey, une étude conduite par Florence Jusot, Zeynep Or et Nicolas Sirven met en évidence de fortes variations dans l’utilisation des services de prévention chez les personnes âgées de 50 ans et plus dans 14 pays européens. Les services considérés sont la vaccination antigrippale, l’examen ophtalmologique, le dépistage du cancer du sein et celui du cancer colorectal. Les données montrent également une inégalité d’accès à la prévention en fonction du niveau de revenu et d’éducation. Les groupes à revenu élevé et les personnes ayant un niveau d’éducation supérieur ont significativement plus recours aux services de prévention, y compris dans les pays où ces services sont gratuits. Les écarts sont particulièrement marqués pour les examens ophtalmologiques, les consultations de spécialistes et les dépistages des cancers.

    Plus de prévention là où les généralistes sont nombreux et rémunérés à l’acte

    Au niveau des systèmes de santé, la densité des médecins généralistes et le niveau des dépenses publiques de santé sont corrélés à une utilisation plus élevée des services de prévention. En revanche, la densité de spécialistes ne montre pas d’effet significatif. L’organisation des soins joue également un rôle. Dans les pays dotés d’un système de « gatekeeping », où le généraliste filtre l’accès au spécialiste, on observe une moindre utilisation non seulement des soins spécialisés mais aussi de certains actes de prévention.

    Le mode de rémunération des professionnels de santé apparaît aussi important d’après l’étude : la rémunération à l’acte favorise l’usage de l’ensemble des services étudiés, y compris les actes de prévention secondaire comme les coloscopies ou les mammographies. À l’inverse, la rémunération au forfait (capitation) ou au salaire est associée à une moindre utilisation de ces services. Ce résultat est cohérent avec les mécanismes incitatifs attendus : en l’absence de motivation financière directe, les professionnels pourraient moins proposer ou orienter vers ces actes.

    👨‍⚕️Miser sur les généralistes, les incitations et l’équité sociale

    Les politiques de prévention doivent tenir compte de l’âge et du contexte social

    L’étude relève également une baisse de l’usage du dépistage du cancer du sein chez les femmes âgées de 65 à 69 ans, bien que les recommandations européennes préconisent un dépistage régulier jusqu’à 70 ans. Ce recul d’usage avec l’âge, observé également pour d’autres actes, pourrait traduire une forme de désengagement du système ou de moindres sollicitations, y compris dans les pays à couverture universelle.

    Les auteurs insistent sur la nécessité de concevoir des politiques de prévention mieux adaptées aux caractéristiques individuelles et aux structures des systèmes de santé. Les résultats suggèrent que le ;

    • Renforcement du rôle des généralistes.
    • Le calibrage des incitations financière.
    • Et une meilleure prise en compte des freins sociaux pourraient améliorer l’efficacité et l’équité des politiques de prévention à l’échelle européenne.

    En matière de prévention, les pays européens adoptent des approches très différentes. Alors que la France reste marquée par une gouvernance fragmentée, d’autres États membres misent sur des stratégies coordonnées, ancrées dans les territoires et orientées vers la réduction des inégalités sociales de santé.

    🏛️Renforcer l’efficacité par la gouvernance, un financement et des évaluations

    Des écarts d’investissement : 4 % en Finlande et moins de 2,5 % en France

    Les approches de la prévention en Europe divergent d’un pays à l’autre. Le rapport “State of Health in the EU – Companion Report 2023” insiste sur cette hétérogénéité, notant que certaines pays disposent de stratégies nationales cohérentes et financées, tandis que d’autres se focalisent plutôt sur des campagnes ponctuelles ou à des programmes sectoriels.

    Par exemple certains pays comme la Finlande, la Suède ou les Pays-Bas ont mis en place des stratégies nationales de prévention claires, financées et multisectorielles, axées sur la lutte contre les maladies chroniques, la promotion de la santé et la réduction des inégalités. Ces politiques reposent sur des plans opérationnels, des indicateurs de suivi et un ancrage territorial. En Finlande, les municipalités pilotent directement les actions. À l’inverse, des pays comme la France appliquent des approches fragmentées, souvent réduites à des campagnes ponctuelles ou des plans sectoriels. La prévention y reste secondaire par rapport au curatif, freinée par une gouvernance éclatée et un manque d’évaluation.

    Cette diversité se traduit également dans les niveaux d’investissement. Selon l’OCDE et l’Observatoire européen des systèmes de santé, la moyenne européenne des dépenses de santé consacrées à la prévention est de 2,8 %, mais ce chiffre varie. La Finlande, l’Italie et la Croatie y consacrent plus de 4 %, tandis que la France, l’Allemagne ou la Belgique restent sous les 2,5 % [OCDE, Repenser l’évaluation de la performance des systèmes de santé].

    Les structures de gouvernance jouent également un rôle. Les pays nordiques comme la Suède ou la Finlande optent pour des modèles centralisés avec déclinaisons locales, alors que l’Espagne ou l’Allemagne privilégient une mise en œuvre régionale, favorisant une hétérogénéité territoriale dans les résultats.

    🇫🇷 Prévention en France : une ambition à renforcer par la coordination et l’évaluation des mesures

    La prévention gagne en visibilité en France, dans un système historiquement tourné vers les soins. Mais malgré l’existence de nombreux plans nationaux (PNNS, plans tabac, alcool, santé mentale…), ces plans souffrent d’une gouvernance fragmentée (Cour des comptes). Le pilotage national est souvent éloigné des agences régionales de santé, et les collectivités locales sont peu impliquées [State of Health in the EU, 2023].

    La Stratégie nationale de santé (SNS) 2018-2022 a tenté de structurer l’action autour de quatre axes, dont la prévention à tous les âges et dans tous les milieux. Elle s’aligne sur des approches internationales, à l’image de la Finlande ou de la Suisse, mais sans parvenir à résoudre les problèmes structurels de coordination et d’évaluation [DREES, Annexes 4]. Les rôles et responsabilités ne sont pas toujours bien définis, ce qui nuit à l’efficacité des actions sur le terrain. Le manque d’évaluation des actions menées freine l’ajustement des politiques en fonction des résultats.

    Voir aussi l’article : Vers une prévention plus intégrée, incitative et durable : repenser le pilotage et les moyens en France

    🇪🇺 Pays nordiques, Allemagne, Portugal et Slovénie :  les modèles intégrés

    🇫🇮 La Finlande mise sur la durée, la proximité et les résultats

    La Finlande et la Suède figurent parmi les pays européens les plus avancés en matière d’intégration de la prévention dans les politiques de santé publique. Leur force réside dans une approche cohérente, inscrite dans la durée, fondée sur des objectifs définis, un pilotage local fort et un engagement multisectoriel. En Finlande, la Strategy 2030 s’étale sur 12 ans et mobilise les municipalités pour promouvoir la santé au quotidien, avec des indicateurs de suivi.

    L’une des spécificités du modèle finlandais est la mobilisation directe des municipalités. Celles-ci sont responsables de la mise en œuvre des actions de prévention, notamment dans les domaines de la santé mentale, de l’alimentation, de l’activité physique et de la lutte contre les addictions. L’État assure le cadre stratégique et l’évaluation, tandis que les collectivités locales adaptent les interventions aux besoins de leur population.

    Par exemple : La ville d’Helsinki a intégré dans son plan de ville santé des actions contre l’obésité infantile dès l’école maternelle. Le système de suivi repose sur des indicateurs partagés entre les ministères et les municipalités, via des outils comme le National Institute for Health and Welfare’s Sotkanet indicator database.

    🇸🇪 Prévention en Suède : agir sur les inégalités pour améliorer la santé de tous

    La Suède, quant à elle, a lancé en 2018 la politique « För en god och jämlik hälsa » (« Pour une bonne santé et une santé équitable »). Cette stratégie est centrée sur la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé, en s’attaquant directement aux déterminants sociaux : logement, emploi, éducation, environnement.

    Elle repose sur huit domaines prioritaires, parmi lesquels :

    • Des conditions de vie et de travail favorables à la santé.
    • Une petite enfance équitable.
    • Des environnements sociaux sûrs et inclusifs.

    Chaque domaine est décliné localement avec un soutien des 21 régions sanitaires (landsting) et des 290 municipalités du pays. L’État suédois joue un rôle d’impulsion, tandis que, comme en Finlande, les acteurs territoriaux assurent la mise en œuvre, avec des objectifs mesurables. Quelques exemples :

    • Le programme national de dépistage des cancers inclut un volet d’accès renforcé pour les populations rurales et immigrées.
    • Des subventions spécifiques sont allouées aux municipalités qui développent des projets pour réduire les écarts d’espérance de vie entre quartiers défavorisés et zones plus aisées.

    🇩🇪 Prévention en Allemagne : un financement encadré, des actions locales, mais une évaluation à renforcer

    En Allemagne, la prévention en santé a pris un tournant important avec l’adoption, en 2015, de la Loi sur la prévention et la promotion de la santé (Präventionsgesetz). Cette législation marque une volonté de faire de la prévention un axe de la politique de sané, en inscrivant des obligations claires dans le fonctionnement du système d’assurance maladie.

    Un financement obligatoire, réparti sur quatre domaines clés

    Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, les caisses d’assurance maladie (qui couvrent la majorité de la population allemande dans le cadre du système public) sont tenues de financer des actions de prévention dans quatre grands domaines :

    • Les établissements scolaires, avec des programmes sur la nutrition, l’activité physique ou la prévention des addictions.
    • Les milieux professionnels, via des actions de santé au travail et de lutte contre les troubles musculo-squelettiques ou le stress?
    • Le secteur des soins, en soutenant par exemple la prévention secondaire et la réadaptation?
    • Les communautés locales, pour renforcer la promotion de la santé auprès des populations vulnérables (personnes âgées, quartiers défavorisés, etc.).

    Cette approche contractualisée donne un cadre clair à la prévention, avec des budgets spécifiques alloués par les caisses d’assurance. En 2021, celles-ci ont dépensé environ 600 millions d’euros pour des actions de prévention et de promotion de la santé, soit près de 7,3 euros par assuré (source : GKV-Spitzenverband, rapport annuel).

    Mais une évaluation encore faible

    La force du modèle allemand réside dans sa structuration juridique et la mobilisation systématique des financeurs que sont les assureurs publics. Il garantit ainsi un socle stable de financement pour les actions préventives.

    Malgré cette avancée, le suivi des résultats reste limité. Le rapport “State of Health in the EU – Companion Report 2023” souligne que l’évaluation d’impact des actions mises en œuvre dans ce cadre est encore trop peu développée. Les données disponibles sont souvent parcellaires, peu comparables entre régions, et les résultats ne sont pas systématiquement utilisés pour ajuster les politiques.

    De plus, le caractère fédéral du système de santé allemand, où les Länder ont une large autonomie en matière de santé publique, introduit une grande variabilité territoriale dans la mise en œuvre des programmes. Cela peut freiner une vision nationale cohérente, malgré le cadre législatif.

    🇵🇹 / 🇸🇮 Portugal et Slovénie : ancrage local de la prévention

    Le Portugal et la Slovénie adoptent une orientation vers une prévention ancrée localement. Au Portugal, la stratégie repose sur une approche ascendante, fondée sur les centres de santé de proximité et la mobilisation des communautés locales, qui participent à la mise en œuvre d’actions de promotion de la santé (alimentation, activité physique, vaccination). En Slovénie, ce sont les centres de santé communautaires qui jouent un rôle , en proposant des services de prévention à tous les âges, y compris dans des domaines souvent négligés comme la santé mentale ou la parentalité positive. Ces deux pays montrent qu’une politique de prévention proche des citoyens, intégrée au tissu local, peut renforcer l’équité d’accès et améliorer l’impact sur la santé des populations [State of Health in the EU, 2023].

    ✅ Les leviers d’efficacité : ce qui fait la différence

    Les pays européens les plus avancés en matière de prévention — comme la Finlande, les Pays-Bas ou la Suède — présentent des facteurs communs de réussite, identifiés dans plusieurs rapports, notamment celui de l’OCDE et du programme State of Health in the EU.

    • Stratégies nationales claires :Tout d’abord, ils s’appuient sur des stratégies nationales claires, dotées d’objectifs précis, souvent pluriannuels, qui permettent de structurer l’action dans la durée. Ces stratégies ne se limitent pas à des intentions générales : elles sont traduites en plans d’action opérationnels, et déclinés localement.
    • Indicateurs de suivi utilisés pour l’évaluation : l’usage systématique d’indicateurs de suivi, qui permettent non seulement de mesurer l’impact des actions, mais aussi d’ajuster les interventions en fonction des résultats. Par exemple, la Finlande utilise des bases de données partagées entre l’État et les municipalités pour piloter ses politiques locales.
    • Le financement dédié : Il est souvent décentralisé, ce qui renforce la capacité des acteurs locaux à adapter les actions aux réalités de terrain. Aux Pays-Bas, par exemple, les municipalités reçoivent des budgets spécifiques pour déployer des actions ciblées en prévention.
    • Vers la réduction des inégalités : Les politiques de prévention intègrent une volonté de réduire les inégalités sociales et territoriales de santé, en ciblant les publics les plus vulnérables.

    Ces pays réussissent aussi à intégrer la prévention dans les services de santé de première ligne, comme les centres de santé communautaires ou les maisons médicales, afin de toucher plus facilement la population au quotidien.

    ⚠️ Les freins structurels : ce qui limite l’efficacité

    À l’inverse, les pays en difficulté partagent un certain nombre de freins ;

    • Gouvernance éclatée : Le premier frein tient à une gouvernance éclatée et à un cloisonnement institutionnel : plusieurs acteurs interviennent sans coordination suffisante, ce qui dilue les responsabilités et fragilise la cohérence d’ensemble.
    • La mauvaise coordination entre les niveaux national, régional et local freine également la mise en œuvre. Les priorités définies au sommet ne sont pas toujours reprises ou adaptées sur le terrain, ce qui crée un décalage entre la stratégie et la réalité opérationnelle.
    • Culture d’évaluation insuffisante : Peu de pays disposent d’un système structuré pour mesurer les résultats des actions préventives, et encore moins pour les utiliser comme base d’amélioration continue.
    • Prévention marginalisée par rapport au curatif : Dans de nombreux cas, la prévention reste marginale par rapport aux soins curatifs, tant dans les mentalités que dans les financements. Elle est perçue comme un “plus”, et non comme un pilier de la politique de santé.
    • Enfin, certaines stratégies souffrent d’un manque d’objectifs clairs et de temporalités définies, comme en Espagne ou en Italie, ce qui rend difficile le suivi et l’évaluation des progrès dans le temps.

    💶 En somme, les systèmes les plus performants en prévention partagent une approche structurée, pilotée, financée et orientée vers la réduction des inégalités. À l’inverse, l’absence de coordination, d’évaluation et de priorisation limite l’impact des politiques dans de nombreux pays. Des pays comme les États-Unis (non-européens mais inclus dans l’étude) se distinguent avec plus de 1 200 objectifs mesurés dans le cadre du programme Healthy People 2020.

     

    Sources :

    Or, Z., Gandré, C., Jusot, F., & Yilmaz, E. (2024). Variations in preventive care utilisation in Europe. European Journal of Public Health, 34(1), 40–47. doi:10.1093/eurpub/ckad179

    OCDE, Observatoire européen des systèmes et politiques de santé. Repenser l’évaluation de la performance des systèmes de santé [Internet]. Paris: OCDE; 2022 [cited 2025 Sep 16]. Available from: https://www.oecd.org/health/repenser-evaluation-performance-systemes-sante.htm

    DREES. Annexes – Les politiques de prévention en Europe : entre convergence des objectifs et diversité des dispositifs [Internet]. Paris: Ministère des Solidarités et de la Santé; 2023 [cited 2025 Sep 16]. Available from: https://www.drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2023-02/Annexes4.pdf

    Cour des comptes. La prévention en santé : une politique à structurer et à piloter [Internet]. Paris: Cour des comptes; 2021 [cited 2025 Sep 16].

    European Commission, OECD. State of Health in the EU: Companion Report 2023 [Internet]. Brussels: Publications Office of the European Union

  • Vers une prévention plus intégrée, incitative et durable : repenser le pilotage et les moyens

    • La prévention représente 2,2 % des dépenses de santé en France, contre 3 % en moyenne dans l’OCDE. 
    • Les autres postes de dépenses de santé (hospitaliers, médicaments, ambulatoire) sont en forte hausse. 
    • Le Bilan Prévention, gratuit et lancé en 2022, est encore peu utilisé sur le terrain (absence d’indicateurs publics pour évaluer l’impact de leurs actions (Cour des comptes). 
    • Les complémentaires santé disposent de programmes mais peinent à impliquer les assurés. 
    • Les outils actuels peinent à évaluer le retour sur investissement de la prévention à long terme. 
    • 48 % des plus de 50 ans ne participent pas aux dépistages (Roche) 
    • 45,6 % des adultes asymptomatiques présentent une pathologie ou un risque non diagnostiqué (étude Zoī). 
    • Le SNDS ne contient pas encore de données sur les comportements (tabac, alimentation, sommeil…). 
    • Le manque d’interopérabilité freine l’exploitation des données pour la prévention personnalisée. 

    ⚕️Un levier collectif aux multiples facettes 

    Campagnes éducatives, soins précoces, dépistage, la prévention santé s’appuie sur une approche émiéttée, portée par l’État, la Sécurité sociale, les collectivités, les professionnels de santé, les associations et les assureurs, avec des dispositifs adaptés à l’ensemble de la population comme à des publics spécifiques. Selon l’OMS, la prévention santé regroupe toutes les actions destinées à éviter l’apparition, l’aggravation ou les conséquences de maladies, en améliorant l’état de santé global de la population. Elle comprend des campagnes d’information, des actions éducatives, des actes de soin, mais aussi des mesures sociales favorisant l’accès à la santé. 

    La prévention est classée en trois niveaux : 

    • Primaire : éviter la survenue des maladies en agissant sur les facteurs de risque (alimentation, activité physique, vaccination). 
    • Secondaire : favoriser le dépistage, notamment des cancers et le traitement précoce (médecine du travail,). 
    • Tertiaire : limiter les complications ou les séquelles d’une pathologie (éducation thérapeutique, suivi au long cours). 

    Elle peut aussi être définie par ses champs d’action : 

    • Universelle : éducation sanitaire pour l’ensemble de la population. 
    • Sélective : prévention pour les groupes exposés à des risques (travailleurs, adolescents, femmes de plus de 50 ans). 
    • Ciblée : interventions sur des sous-groupes avec des facteurs de risques particuliers (ex. : glycosurie chez la femme enceinte). 

    📉Dépenses de prévention, retour aux niveaux pré-Covid 

    La France consacre 2,2 % de ses dépenses de santé à la prévention, contre 3 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Selon les derniers comptes de la santé publiés par la DREES, les dépenses de prévention ont reculé de 38,3 % en 2023, pour s’établir à 7,5 milliards d’euros, contre 12,1 milliards en 2022. Ce repli marque un retour à un niveau proche de celui de 2019 (5,7 Mds€), bien en deçà des pics enregistrés durant la crise sanitaire (16,5 Mds€ en 2021). Cette baisse s’explique essentiellement par l’arrêt des dispositifs exceptionnels liés au Covid-19, notamment les campagnes de dépistage massif et de vaccination. Ce recul contraste avec la hausse généralisée des autres postes de dépenses : soins hospitaliers (+5,7 %), soins ambulatoires (+5,7 %), médicaments en ambulatoire (+3,1 %) ou encore dispositifs inclus dans la réforme du 100 % santé (+5,9 %). En volume, l’activité des cliniques privées dépasse même de 16 % son niveau de 2019, quand celle des hôpitaux publics reste inférieure de 5 %. 

    Dans ce contexte, la prévention représente une part marginale de la dépense courante de santé, sans dynamique comparable aux autres segments du système. Alors que la France investit par ailleurs dans la maîtrise du reste à charge (274 € par habitant en 2023), la faible part allouée à la prévention interroge sur la soutenabilité d’un modèle encore centré sur le curatif. 

    🔍Non-recours à la prévention : un paradoxe face à l’adhésion déclarée des Français 

    Prévention : le non-recours atteint 48 % chez les plus de 50 ans 

    Un baromètre Roche Diagnostics–CSA révèle un déficit de dépistage en France : 46 % des femmes n’ont pas réalisé de mammographie depuis deux ans, et près de 50 % des plus de 50 ans n’ont pas été dépistés pour le cancer colorectal. Parmi les non-participants, beaucoup ne se sentent pas concernés. Le renoncement aux soins touche 34 % des Français, jusqu’à 55 % chez les aidants familiaux. Des disparités régionales fortes sont relevées, notamment dans les Hauts-de-France. Roche appelle à cibler les zones sous-dotées, à faciliter l’accès aux tests et à renforcer la sensibilisation, la France reste en retard par rapport à d’autres pays européens où les taux de dépistage dépassent les 70 %.  

    45,6 % des adultes asymptomatiques porteurs d’une pathologie ignorée, selon Zoī 

    Selon les données issues de la première cohorte longitudinale de la start-up Zoī, spécialisée en santé préventive, 45,6 % des 1 000 participants à une étude, pourtant asymptomatiques, sont porteurs d’au moins une pathologie chronique ou d’un marqueur de risque avancé non diagnostiqué. Alors que 84,4 % se considèrent en bonne santé, l’étude révèle un fort écart entre perception et réalité, avec des affections silencieuses fréquentes comme l’hypertension, l’hypercholestérolémie, le prédiabète ou l’apnée du sommeil. Les jeunes adultes présentent également des niveaux de risque préoccupants, notamment cardiovasculaire, parfois supérieurs à ceux de leurs aînés. Par ailleurs, 88 % des adultes sans symptômes présentent au moins un déséquilibre biologique précoce, et un tiers cumule trois anomalies ou plus. Zoī plaide ainsi pour une prévention systématique, structurée et continue, plutôt que ponctuelle, et met gratuitement à disposition de la recherche publique ses données standardisées et pseudonymisées, enrichies selon les normes SNOMED CT, LOINC et FHIR-like. 

    L’exemple de l’obésité : 12,7 milliards d’euros de coûts en 2024, des politiques de prévention à renforcer 

    Selon une étude menée par le cabinet Asterès pour Novo Nordisk, 18,1 % des adultes français sont concernés par l’obésité. Le coût socio-économique de ses complications est évalué à 12,7 milliards d’euros en 2024, un chiffre qui pourrait atteindre 15,4 milliards à l’horizon 2030. Dans le détail, 80 % de ces dépenses sont supportées par l’Assurance maladie, principalement pour la prise en charge de pathologies associées : le diabète (38 %), les maladies cardiovasculaires (27 %) et certains cancers (13 %). À cela s’ajoutent environ 1,5 milliard d’euros à la charge des complémentaires santé et 1 milliard pour les entreprises, en raison des arrêts de travail, pertes de productivité et décès prématurés liés à l’obésité. L’étude souligne que, malgré 25 ans de prévention et politiques publiques dans ce domaine, la prévalence de l’obésité continue de progresser en France. 

    77 % des Français prêts à suivre un programme de santé personnalisé 

    L’enquête Anticyp menée en juin 2025 auprès de 4 301 personnes, montre que 77 % des Français se déclarent prêts à suivre un programme de santé préventive et 92 % envisagent d’investir personnellement dans leur santé, malgré des budgets souvent limités. L’accès aux soins est cité comme principal problème par 39 % des répondants, devant le coût des soins (23 %) et le manque de prévention (21 %). La moitié des sondés (48 %) soutient l’idée d’une consultation préventive obligatoire tous les deux ans, tandis que 47 % consulteraient même sans remboursement. Le principe d’une rémunération des médecins liée à leur capacité d’anticipation est approuvé par 67 % des participants. Ces résultats traduisent une adhésion croissante à une approche plus préventive et participative de la santé. 

    🏥Mon Bilan Prévention : un outil encore peu mobilisé 

    Lancé en 2022, Mon Bilan Prévention est un dispositif gratuit proposé aux assurés à quatre âges clés (18-25, 45-50, 60-65, 70-75 ans). Il repose sur un questionnaire et un entretien de 30 à 45 minutes avec un professionnel de santé (médecin, infirmier, sage-femme ou pharmacien), pour repérer les comportements à risque et construire un plan d’action personnalisé. 

    Malgré son potentiel reconnu, « Mon Bilan Prévention » reste encore peu utilisé par les pharmaciens d’officine, alerte Alexis Berreby, président de l’Union des Pharmaciens de la Région Parisienne. 

     Pour Alexis Berreby, également co-président du groupement Leadersanté, l’urgence est “d’activer tous les leviers” pour favoriser son adoption : pédagogie, outils numériques, collaboration entre professionnels, et surtout, cohérence au niveau national. Contrairement à d’autres dispositifs comme les entretiens AVK (d’antivitamine K) ou asthme, « Mon Bilan Prévention » repose sur une approche plus globale. Le pharmacien y aborde avec le patient l’ensemble des déterminants de santé : alimentation, sommeil, activité physique, hygiène de vie, consommation de tabac. L’objectif est d’anticiper les risques de maladies chroniques à des moments-clés de la vie. Ce bilan donne lieu à la remise d’une feuille de route au patient, destinée à initier une démarche durable et coordonnée avec d’autres professionnels de santé. Mais malgré cette approche transversale, les retours du terrain sont encore faibles. 

    👔Complémentaires santé : un savoir-faire en prévention peu exploité selon PwC et la Cour des comptes 

    Des outils mal adaptés aux publics ciblés par les complémentaires 

    Selon France Assureurs, les complémentaires santé disposent d’un savoir-faire en matière de prévention, notamment dans les contrats collectifs en entreprise, présentés comme des « territoires de santé ». Pourtant, les assurés mobilisent peu ces dispositifs, souvent méconnus ou perçus comme peu personnalisés. Une étude de PwC souligne ce paradoxe : les organismes de complémentaire santé investissent dans la prévention, mais peinent à engager les assurés. L’enjeu, selon le cabinet, est de digitaliser les parcours, segmenter les offres et s’appuyer sur les données pour cibler les populations les plus à risque. La Cour des comptes regrette dans son rapport de 2021 l’absence d’évaluation rigoureuse des dispositifs déployés par les complémentaires santé : ni indicateurs de résultats, ni données publiques accessibles, ni études d’impact longitudinales. Les programmes proposés (coaching santé, bilans de prévention, accompagnement en ligne, téléconsultation spécialisée, etc.) souffrent aussi d’un manque de structuration nationale et de faible articulation avec les campagnes publiques de prévention. Les inégalités de reste à charge restent fortes pour les ménages modestes ou les seniors, qui sont aussi les cibles prioritaires des actions de prévention. Selon la DREES, la couverture complémentaire ne garantit pas un accès équitable à la prévention, surtout lorsque celle-ci repose sur une logique volontaire ou sur des outils numériques inadaptés à certaines populations. 

    📋Dépistage, vaccination, fiscalité : les 10 mesures de l’Assurance Maladie pour renforcer la prévention 

    Face à la progression attendue des pathologies chroniques, qui pourraient concerner 43 % de la population d’ici 2035, l’Assurance Maladie place la prévention au cœur de son rapport « Charges et Produits pour 2026 ». Elle propose une stratégie articulée autour de plusieurs mesures : 

    • Création d’une coalition des financeurs. 
    • Instauration d’une demi-journée de prévention pour les salariés (vaccination, dépistages, bilan). 
    • Dépistage généralisé de l’hypertension en pharmacie. 
    • Tableau de bord prévention individualisé dans Mon espace santé. 
    • Interdiction des dépassements d’honoraires sur les actes de dépistage organisé. 
    • Promotion du Nutri-Score. 
    • Révision de la fiscalité des produits nocifs. 
    • Et intensification des campagnes de vaccination. 

    Ces actions, portées par une approche collective impliquant assureurs, employeurs, collectivités, école et citoyens, visent à ralentir la croissance des maladies chroniques et préserver la soutenabilité du système de santé. 

    📋Le HCSP recommande une évaluation en trois phases, de l’acceptabilité aux effets comportementaux 

    Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a proposé une stratégie d’évaluation progressive du dispositif. Une première phase qualitative, à conduire rapidement, doit mesurer l’acceptabilité et la faisabilité du Bilan Prévention. Une seconde intégrera des données quantitatives et des focus qualitatifs réguliers. Enfin, une évaluation devra analyser les évolutions de comportement chez les patients et les professionnels. 

    Le HCSP recommande également : 

    • De limiter le nombre d’indicateurs de suivi tout en renforçant les analyses qualitatives. 
    • De réfléchir à la pertinence d’une évaluation médico-économique. 
    • D’adapter les systèmes d’information pour permettre une évaluation continue. 
    • Et d’observer les effets du dispositif sur les inégalités sociales de santé. 

    « Il faut qu’on passe à la vitesse supérieure » 

    Pour Alexis Berreby, la réussite du dispositif dépend d’un engagement collectif. Il plaide pour une meilleure pédagogie auprès des pharmaciens, un soutien managérial dans les officines et une plus grande lisibilité des objectifs au niveau national. Sans ces ajustements, l’outil risque de rester sous-utilisé, malgré les ambitions affichées. 

    📋l’Institut Montaigne appelle à refonder la gouvernance et la coordination 

    La France investit en prévention, mais sans stratégie claire ni résultats probants 

    Selon l’Institut Montaigne, la France consacre près de 15 milliards d’euros par an à la prévention, un niveau comparable à celui du Royaume-Uni ou de l’Allemagne, mais dont l’impact reste limité en raison d’un pilotage défaillant, d’une fragmentation institutionnelle et d’un système historiquement orienté vers le soin curatif. Le think tank souligne que le problème tient moins aux moyens engagés qu’à la manière dont ils sont employés : évaluation insuffisante des résultats, faible adhésion aux campagnes de dépistage, et absence de coordination entre les multiples acteurs impliqués. Il propose trois axes pour provoquer un “choc de prévention” : 

    • Clarifier la gouvernance par une coordination interministérielle.
    • Réformer les outils budgétaires en créant un ONDAS (Objectif national d’Assurance santé) doté d’une vision pluriannuelle.
    • Et faire du numérique et de l’intelligence artificielle des leviers majeurs de personnalisation et d’anticipation des actions de santé publique. 

    🏛️Prévention en santé : pourquoi l’État ne parvient pas à en faire une priorité durable ? 

    La prévention reste sous-financée et mal pilotée, alertent deux anciens ministres 

    Réunis pour une table ronde sur la prévention en santé, les anciens ministres Xavier Bertrand et Aurélien Rousseau ont pointé les faiblesses du système français, à l’occasion de la 6e édition de la Soirée des hôpitaux. Tous deux s’accordent à dire que la prévention, bien que régulièrement invoquée, n’est pas véritablement intégrée dans les priorités politiques ni budgétaires. Pour Xavier Bertrand, cela tient à un « modèle économique inadapté », qui a des difficultés à mesurer les bénéfices différés de la prévention, à l’image de la réduction des fractures ou des hospitalisations évitées. Aurélien Rousseau évoque, lui, une absence de « combat culturel » gagné : « La prévention reste perçue comme un supplément, jamais comme une priorité. » 

    Les deux anciens ministres ont souligné l’héritage curatif du système de santé français, historiquement construit autour de l’excellence hospitalière. Résultat : le débat sur la prévention est souvent évacué des discussions budgétaires. Une autre limite évoquée est l’incapacité des outils actuels à modéliser le retour sur investissement des politiques préventives. « Si l’on fait bien notre travail en prévention, cela a un effet sur les retraites. C’est un sujet difficile à intégrer dans les équations financières actuelles », note Aurélien Rousseau. 

    Pour Xavier Bertrand, le pilotage de la prévention doit être renforcé, en redonnant un poids politique au ministère de la Santé. Il pointe également un manque de stabilité ministérielle : « Depuis 20 ans, la France a connu une dizaine de ministres de la Santé, là où l’Allemagne a maintenu une ministre en poste pendant six ans. » Aurélien Rousseau, de son côté, souligne le rôle stratégique de la Direction de la sécurité sociale, souvent sous-estimé dans la hiérarchie de l’administration d’État. Il estime que la culture du court terme, notamment à Bercy, freine l’investissement en prévention, en l’absence d’économies immédiates à démontrer. 

    Elle souligne également l’intérêt des données de santé pour personnaliser la prévention, tout en déplorant l’absence actuelle de données sur les habitudes de vie (tabac, alimentation, sédentarité) dans le système national des données de santé (SNDS). 

    💻Quid du numérique ? Un potentiel limité par le manque d’interopérabilité dans les données de santé 

    Le recours au numérique ouvre des perspectives nouvelles pour adapter la prévention aux risques individuels. Grâce à l’analyse de données et à l’IA, il devient possible d’anticiper certaines pathologies de manière plus fine. L’outil Mammorisk, par exemple, combine questionnaire, mammographie et analyse salivaire pour proposer un dépistage personnalisé du cancer du sein dès 40 ans. Mais plusieurs obstacles freinent cette transformation. 

    • Des données fragmentées et peu interopérables : Les données de santé proviennent de multiples sources (Assurance maladie, établissements, professionnels, applications mobiles), mais restent peu interconnectées. Ce manque d’interopérabilité limite leur exploitation dans les outils de prévention. 
    • Une réglementation contraignante sur les données : Le cadre juridique, bien qu’indispensable à la protection des patients, ralentit l’accès aux données, y compris lorsqu’elles sont anonymisées. Selon une enquête Ipsos pour BMS France et l’EDHEC, 42 % des Français se disent inquiets pour la sécurité de leurs données de santé, ce qui souligne l’importance de la transparence mais aussi d’une simplification des procédures d’accès pour les acteurs habilités. 
    • Un déficit d’évaluation des outils numériques : Malgré la multiplication des applications et dispositifs numériques en santé, peu d’études documentent leur efficacité réelle sur les parcours de soins ou la qualité de vie. Des critères d’évaluation plus stricts pourraient être envisagés, notamment pour les outils référencés dans Mon espace santé. 
    • Intégration des données de santé personnalisées : Absence de données sur les habitudes de vie (tabac, alimentation, sédentarité) dans le système national des données de santé (SNDS). 

    🚀Vers un modèle plus lisible, structuré et collectif 

    La prévention est largement reconnue comme un levier par les pouvoirs publics, les professionnels et la population. Si sa place dans l’organisation et le financement du système de santé représente approximativement 2,2 % des dépenses de santé en 2023, les bases d’une évolution sont posées. Le recentrage post-crise sanitaire ouvre l’opportunité d’inscrire durablement la prévention dans les priorités de politique publique 

    Les attentes de la population sont fortes : 77 % des Français se disent prêts à s’engager dans un programme de santé personnalisé. Ce décalage entre l’adhésion citoyenne et l’usage encore limité des dispositifs existants (comme le Bilan Prévention ou les programmes des complémentaires santé) souligne la nécessité d’agir sur plusieurs leviers mentionnés dans les différents rapports : lisibilité, accès, articulation des offres et évaluation de l’impact. 

    Face à la progression attendue des pathologies chroniques – qui pourraient concerner 43 % de la population d’ici 2035 – et à un coût socio-économique croissant des maladies évitables (12,7 milliards d’euros pour l’obésité en 2024), les recommandations convergent. Clarifier la gouvernance, stabiliser les financements, mobiliser les territoires, intégrer les données et renforcer la coordination entre acteurs : autant de conditions pour donner à la prévention une plus grande portée.