Nabil

  • Fin de la 2G en 2026 : des centaines de milliers de dispositifs de téléassistance à remplacer

    La fin des réseaux 2G/3G menace la continuité des services

    L’annonce de l’extinction progressive des réseaux mobiles 2G d’ici fin 2026, suivie de celle de la 3G à l’horizon 2029, suscite des inquiétudes parmi les professionnels des services connectés, notamment dans le champ sanitaire et médico-social. Orange prévoit l’arrêt de la 2G dès septembre 2026, Bouygues Telecom et SFR à la fin de la même année.

    Dans le domaine de la santé, les réseaux 2G et 3G demeurent largement utilisés pour des équipements essentiels comme les dispositifs de téléassistance à domicile, particulièrement en zones rurales ou mal couvertes par la 4G. Ces systèmes permettent aux personnes âgées ou en situation de handicap de contacter une aide d’urgence, via des boîtiers ou pendentifs connectés. Leur remplacement complet, estimé à plusieurs centaines de milliers d’unités, représenterait un chantier logistique et financier important, avec un risque de rupture de service en cas de défaillance ou de retard.

    Des délais « irréalistes » inquiètent les acteurs du secteur

    À quelques mois de cette échéance, l’Association française de téléassistance (Afrata) alerte sur l’ampleur du chantier à venir : environ 200 000 transmetteurs devront encore être remplacés à domicile pour assurer leur compatibilité avec les réseaux plus récents. Un remplacement à grande échelle qui représente un défi logistique, technique et financier.

    L’Afrata juge ces délais “irréalistes”, estimant qu’ils ne tiennent pas compte de la diversité des secteurs concernés ni des capacités d’adaptation des acteurs. Outre la santé, les réseaux 2G/3G sont encore utilisés dans la gestion de l’éclairage public, la télégestion de l’eau, les systèmes d’alarme, ou encore les ascenseurs, où ils assurent la communication avec les services de secours. Si les opérateurs justifient cette transition par une volonté de libérer des fréquences pour la 4G et la 5G, les acteurs du secteur appellent à un accompagnement renforcé, notamment en matière de financement, de coordination technique et de calendrier. Sans réponse adaptée, le risque est réel de voir certains usagers, en particulier les plus fragiles, confrontés à une interruption de services critiques, avec des conséquences sur leur sécurité.

  • E-santé en contexte de crise : quatre projets primés pour leur capacité d’action sur le terrain (Prix 2025 de l’ODESS)

    50 000 € par projet : la Fondation Pierre Fabre renforce son soutien à la e-santé dans les pays du Sud

    Quatre initiatives numériques retenues pour leur impact terrain en contexte de crise

    Dans un contexte international marqué par des crises sanitaires, climatiques et économiques, la Fondation Pierre Fabre, via l’ODESS, réaffirme son engagement en faveur d’un accès équitable aux soins. Depuis sa création en 2016, l’ODESS a identifié 191 projets de e-santé dans 80 pays, et en a soutenu 44, avec un accompagnement financier allant jusqu’à 50 000 € par initiative. À deux mois de sa 9e conférence internationale, l’Observatoire de la e-Santé dans les pays du Sud (ODESS) a distingué quatre projets numériques déployés en Asie et en Afrique, choisis parmi un nombre record de candidatures

    La conférence internationale 2025 de l’ODESS se tiendra le 9 octobre à Lavaur (Tarn, France), sur le thème « Santé numérique en contexte de crise ». L’événement réunira des acteurs institutionnels et de terrain venus de plus de dix pays, dont les ministères de la Santé du Liban et de la Thaïlande, l’UNICEF et le HCR. Il sera accessible en ligne, en direct et en replay.

    Surveillance, formation, environnement, maternité : les quatre axes des Prix ODESS 2025 et leur capacité à passer à l’échelle

    Parmi les 347 candidatures, quatre projets ont été retenus par un jury international, composé notamment d’Isabelle Adenot (Agence du numérique en santé), Cheick Oumar Bagayako (DIGISANTE-Mali) et Antoine Geissbuhler (Université de Genève).

    • Digital Disease Surveillance (Thaïlande) : Porté par le ministère thaïlandais de la Santé publique, ce système national de surveillance épidémiologique suit 60 maladies à déclaration obligatoire. Interfacée avec 1 500 établissements, la plateforme permet une collecte et une analyse en temps réel des données, facilitant une réponse sanitaire rapide.
    • Z-Waka (Vietnam, Cambodge, Myanmar) : Lancée en 2021, cette plateforme de formation continue certifiante a déjà été adoptée par 60 000 professionnels de santé. Conçue avec des partenaires publics et privés locaux, elle propose webinaires, conférences et modules e-learning pour renforcer les compétences hospitalières.
    • AI Respiratory Cloud (Afrique du Sud) : Développé par le projet AIrSynQ, ce dispositif associe capteurs environnementaux et intelligence artificielle pour surveiller les risques respiratoires liés à la pollution de l’air, responsable de 4,72 millions de décès en 2021 (GBD). Il vise également à orienter les politiques publiques environnementales.
    • Safe Delivery+ (Népal et 70 pays) : Créée par l’ONG Maternity Foundation, cette application mobile gratuite, traduite en cinq langues, a été utilisée par 455 000 professionnels. Elle améliore les compétences des sages-femmes dans les pays à revenu faible et intermédiaire via une approche d’apprentissage mixte.

    9 octobre : une conférence axée sur la résilience numérique en temps de crise

    La journée du 9 octobre abordera plusieurs enjeux liés à la santé numérique en situation de crise : santé mentale, désinformation, surveillance épidémiologique ou usage des données contextuelles. Elle sera ponctuée de tables rondes, keynotes et interviews des lauréats. Parmi les temps forts : une table ronde sur la santé mentale en crise, une keynote sur la lutte contre la désinformation, une discussion sur la surveillance épidémiologique par données géospatiales, ainsi qu’une intervention sur l’usage des données contextuelles.

  • ESMS numérique : 86 M€ mobilisés pour 2025, avec de nouvelles règles de financement et d’éligibilité

    Dernière phase pour le programme ESMS numérique

    À l’approche de la fin de la phase de généralisation du programme ESMS numérique (2022–2025), le ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles a publié, le 5 septembre 2025, une nouvelle instruction (n° DNS/DGCS/CNSA/2025/100) qui modifie l’instruction précédente du 16 avril. Ce texte fixe les conditions de déploiement pour cette ultime année de financement, avec une enveloppe portée à 86 millions d’euros.

    Seuls certains AHI devront atteindre les cibles sur la MSS et Mon Espace Santé

    L’instruction introduit des ajustements importants, notamment pour les établissements et services d’Accueil, Hébergement et Insertion (AHI). Désormais, seuls certains types d’établissements AHI, définis par un arrêté à paraître courant 2025, seront éligibles au Système ouvert et non sélectif (SONS) – Vague 2. Pour ces établissements, l’accès aux crédits est conditionné à l’atteinte d’objectifs d’usage, notamment en ce qui concerne la Messagerie Sécurisée de Santé et Mon Espace Santé. En revanche, les structures AHI non éligibles à SONS seront dispensées de ces obligations tout en pouvant bénéficier des financements ESMS numérique. Cette différenciation vise à garantir une allocation plus ciblée des ressources.

    Répartition de l’enveloppe 2025

    Les 86 M€ mobilisés pour 2025 se répartissent ainsi :

    • 76,5 M€ sont affectés au programme ESMS numérique :
      • 56 M€ délégués aux agences régionales de santé (ARS) pour les appels à projets régionaux (1re délégation FMIS).
      • Jusqu’à 7,5 M€ prévus pour une 2de délégation, selon les besoins des régions.
      • 12,7 M€ pour les projets nationaux, pilotés par la DNS et la CNSA.
      • 0,3 M€ pour les frais de gestion de la Caisse des Dépôts.
    • 6,5 M€ sont alloués à l’abondement du programme SONS Vague 2, visant à accompagner les éditeurs de logiciels et les maîtrises d’ouvrage.
    • 1,5 M€ pour soutenir l’innovation numérique dans le médico-social.
    • 1,5 M€ pour le renforcement des ressources régionales Ségur.

    Une gestion déconcentrée appuyée sur les ARS et les GRADeS

    Le pilotage du programme reste fortement déconcentré, avec un rôle central confié aux ARS, en lien avec les conseils départementaux et les GRADeS. Les crédits sont répartis au prorata du nombre d’ESSMS dans chaque région. Les montants alloués varient ainsi de 500 000 € pour les régions ultramarines à plus de 8,3 M€ pour l’Auvergne-Rhône-Alpes. Le programme ESMS numérique est financé exclusivement par des fonds européens, via le Plan national de relance et de résilience (PNRR) et la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR). Aucun autre financement européen ne peut être cumulé avec ce dispositif.

    En parallèle, 2025 marque aussi le lancement de la deuxième vague du SONS, amorcée en 2022 pour aligner l’effort des établissements et des éditeurs.

    Une instruction à application immédiate

    Signée le 2 septembre, l’instruction est applicable dès sa publication au Bulletin officiel. Elle confirme le recentrage stratégique du programme sur les usages et l’interopérabilité.

    Instruction n° DNS/DGCS/CNSA/2025/100 du 2 septembre 2025 modifiant l’instruction n° DNS/DGCS/CNSA/2025/40 du 16 avril 2025 relative à la mise en œuvre de la phase de généralisation du programme « ESMS numérique »

     

  • Appel à projets France 2030 : 3 solutions retenues (IA, télésurveillance et données de vie réelle) et soutenues par France 2030

    IA, télésurveillance et données de vie réelle soutenues par France 2030

    Theremia, Emobot et Résilience sélectionnés pour développer des DMN en psychiatrie

    À l’occasion de la journée de la filière IA et Cancer du 4 septembre 2025, Yannick Neuder, ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins, a dévoilé les résultats de deux appels à projets du plan France 2030, dans le cadre de sa stratégie Santé numérique. Trois dispositifs médicaux numériques (DMN) en santé mentale ont été retenus lors de la première vague de l’appel à projets dédié, opéré par Bpifrance.

    Ces projets ont pour objectif d’améliorer le diagnostic, le suivi et la prise en charge des troubles de l’humeur en s’appuyant sur des solutions technologiques évaluées cliniquement et coconstruites avec les acteurs de terrain.

    • Theremia développe un outil d’aide à la prescription d’antidépresseurs, basé sur l’intelligence artificielle et les données de vie réelle. En collaboration avec l’INRIA, l’entreprise ambitionne de mieux adapter les traitements aux patients, en particulier les jeunes adultes, en réduisant les errances thérapeutiques.
    • Emobot poursuit la validation clinique de EMOCARE, dispositif de télésurveillance passive et continue des troubles de l’humeur. Grâce à une IA multimodale analysant visage, voix, sommeil et activité, la solution détecte les signes de rechute sans interaction du patient. L’essai clinique REMOOD soutient l’obtention du marquage CE.
    • Résilience, via sa division psychiatrie Edra, développe EDRA PRO, un dispositif médical de télésurveillance destiné aux adultes en traitement pour dépression. Le financement obtenu permettra une étude clinique sur les bénéfices médicaux et économiques du suivi personnalisé à grande échelle.

    29 expérimentations numériques supplémentaires dans les tiers lieux

    En parallèle, 29 projets ont été sélectionnés dans le cadre de la troisième vague d’appel à projets pour les tiers lieux d’expérimentation, créés par la Stratégie d’accélération Santé numérique et opérés par la Banque des Territoires. Ces espaces permettent aux professionnels de santé, chercheurs et industriels de tester des solutions numériques dans des conditions réelles. Avec ces nouveaux lauréats, 115 expérimentations ont été financées depuis le lancement de ce dispositif, dans les 37 tiers lieux couvrant l’ensemble du territoire. Une dynamique soutenue par des conventions signées entre le ministère, UniHA et le Resah pour favoriser l’intégration des solutions validées dans les établissements de santé et médico-sociaux.

  • Gustave Roussy obtient l’aval de la Cnil pour un entrepôt de données de santé apparié au SNDS sur 20 ans

    L’EDS INTERCEPTION dédié à la prévention des cancers à Gustave Roussy

    L’Institut Gustave Roussy a obtenu, via la délibération n°2025-062, l’autorisation de la Cnil pour mettre en œuvre un traitement automatisé de données personnelles de santé en vue de créer un entrepôt de données, dénommé “INTERCEPTION”. L’établissement, centre de lutte contre le cancer d’intérêt collectif, avait déposé sa demande le 19 février 2025. L’entrepôt servira notamment à centraliser les données issues de la cohorte INTERCEPTION et à évaluer des stratégies de prévention personnalisée.

    La finalité du traitement est l’analyse des données de patients inclus dans le programme, afin de réduire l’incidence des cancers graves et d’identifier des actions de prévention individualisées. Pour cela, l’entrepôt intégrera des données issues de la plateforme mutualisée “MyInterception” et du Système national des données de santé (SNDS), grâce à un appariement déterministe via le NIR. L’usage de ces données est encadré, excluant tout usage à des fins commerciales, d’assurance ou de prospection, conformément au Code de la santé publique.

    Pseudonymisation, appariement, conservation : les garanties techniques

    Les données concernées incluent, pour les patients, des informations sur l’âge, la santé, la génétique, et la qualité de vie, et, pour les professionnels de santé, leurs identifiants, coordonnées et activités. Ces informations seront pseudonymisées dans un environnement sécurisé, avec un cloisonnement technique strict entre les différents systèmes, conformément aux exigences du RGPD et du référentiel “entrepôts de données dans le domaine de la santé”.

    Plusieurs sous-traitants participent à l’implémentation du projet :

    • Euris Health Cloud, pour l’hébergement HDS des plateformes “MyInterception” et de l’EDS.
    • Health Data Trust, en charge de l’appariement avec le SNDS.
    • CEMKA, comme bureau d’études.
    • Les centres investigateurs du programme, utilisateurs de la plateforme mutualisée.

    Tous ces traitements devront être encadrés par des contrats conformes à l’article 28 du RGPD. Les données seront conservées pendant 20 ans à compter de la dernière saisie dans “MyInterception”, avec un enrichissement semestriel par les données du SNDS sur une période glissante de 20 ans. L’infrastructure d’hébergement, homologuée jusqu’en septembre 2027, devra être renouvelée à cette échéance. L’Institut devra également transmettre à la Cnil un rapport triennal sur le fonctionnement de l’EDS et les recherches menées.

    L’EDS INTERCEPTION inscrit pour 19 ans, sous suivi réglementaire renforcé

    Par ailleurs, l’accès aux données SNDS sera conditionné à une inscription dans le répertoire public de la Plateforme des données de santé. Une information individuelle est prévue pour les patients comme pour les professionnels, accompagnée d’une information publique en ligne.

    L’autorisation délivrée par la Cnil est valable pour une durée de 19 ans, à laquelle s’ajoute l’année en cours. La conformité à la réglementation, notamment en matière de sécurité, d’information et de pseudonymisation, fera l’objet d’un suivi continu. Toute réutilisation des données à des fins de recherche devra être encadrée par des formalités propres, au titre des articles 66 et suivants de la loi “informatique et libertés”.

  • US : Le Queen’s Health Systems réduit de 63,9 % l’attente aux urgences grâce au command center

    Un comand center hospitalier pour fluidifier les parcours et réduire la saturation des urgences

    Face à la saturation des urgences et aux retards de prise en charge, The Queen’s Health Systems, seul centre de traumatologie de niveau 1 d’Hawaï, a ouvert en 2024 un centre de commandement hospitalier sur son site de Honolulu. Ce projet s’inscrit dans une transformation entamée plusieurs années auparavant, centrée sur l’optimisation du parcours patient, la gestion proactive de la capacité et l’amélioration de la coordination clinique. Avant l’ouverture du centre Aukahi, l’organisation a mis en place une série de chantiers structurels :

    • Une gouvernance des flux patients intégrant toutes les parties prenantes pour renforcer la responsabilisation collective.
    • Des discussions pluridisciplinaires de sortie (MDRs), limitées à 90 secondes par patient, appuyées sur un rapport de planification des sorties.
    • Un plan de gestion de capacité avec protocoles de gestion des pics d’activité.
    • L’optimisation de l’attribution des lits grâce à des workflows standardisés et des données en temps réel.
    • Un centre de commandement virtuel en amont du lancement physique, pour valider les processus et renforcer la coordination en temps réel.

    Superviser plus de 575 lits

    Ces changements ont repositionné les superviseurs administratifs de flux comme leaders opérationnels, chargés de fluidifier les prises de décisions au quotidien. En 2024, le centre Aukahi a ouvert pour assurer la coordination entre l’établissement principal de 575 lits et un hôpital communautaire de 120 lits. Ce hub regroupe équipes, données et outils pour faciliter la synchronisation des processus d’admission, de transfert et de sortie. Son rôle : fournir une vision partagée et en temps réel des capacités hospitalières, tout en appuyant une prise de décision centralisée.

    Des résultats mesurables en moins d’un an

    Dix mois après son ouverture, les effets sont significatifs :

    • -1,07 jour sur la durée moyenne de séjour.
    • -248 minutes sur le délai d’admission depuis les urgences.
    • -63,9 % de patients en attente de lit aux urgences.
    • +22,2 % de transferts inter-hospitaliers acceptés.
    • 20 M$ d’économies, liés à la réduction des durées moyennes de séjour.

    Le tout sans ajout de lits, grâce à une meilleure orchestration des ressources. Selon les dirigeants du projet, le succès ne repose pas uniquement sur la technologie. Il tient à la préparation organisationnelle : outils de pilotage, protocoles de coordination, implication des équipes, et transformation des pratiques en amont du lancement.

  • AAP : la Fondation Cœur & Recherche mise sur l’IA en cardiologie et la santé cardiovasculaire pédiatrique

    Recherche cardiovasculaire : deux priorités pour 2025 soutenues par la Fondation Cœur & Recherche

    Pour son appel à projets 2025, la Fondation Cœur & Recherche – émanation de la Société Française de Cardiologie (SFC) – étend le périmètre des thématiques éligibles. Deux axes viennent compléter les domaines déjà soutenus les années précédentes :

    • L’intégration de l’intelligence artificielle dans la recherche cardiovasculaire,
    • Et la prise en charge du cœur de l’enfant.

    La Fondation entend encourager les travaux intégrant l’IA à différents stades de la prise en charge : aide au diagnostic, stratification du risque, prédiction d’événements cardiovasculaires, ou personnalisation des traitements. Cette orientation s’inscrit dans une dynamique portée par la SFC, qui a récemment initié le Cercle Cardio-IA, un collectif multidisciplinaire chargé de structurer les usages de l’IA en cardiologie.

    Deuxième priorité identifiée cette année : la protection du cœur de l’enfant. Les projets attendus dans ce domaine pourront porter sur la compréhension des mécanismes précoces de la maladie cardiovasculaire, l’amélioration de la détection et de la prise en charge des cardiopathies congénitales, ou encore sur des stratégies de prévention à déployer dès la petite enfance. En mettant en lumière cette thématique, la Fondation souligne l’écart persistant entre la recherche cardiovasculaire adulte et pédiatrique, et appelle à rééquilibrer les efforts d’investigation.

    AAP ouvert jusqu’au 6 octobre

    Les chercheurs souhaitant proposer un projet doivent le faire en ligne avant le 6 octobre 2025. Tous les détails de l’appel à projets, y compris les critères d’éligibilité et les modalités de financement, sont disponibles sur le site de la Fondation.

  • Inauguration d’une pépinière hospitalière dédiée à l’e-santé et à l’IA médicale

    Cross Care Data Lab : Une pépinière de 20 entreprises en santé numérique

    Installé dans un ancien bâtiment du Centre hospitalier spécialisé (CHS) de Sarreguemines, le Cross Care Data Lab (CCDL) a vu le jour en seulement quatre mois. La structure, inaugurée officiellement, met à disposition 400 m² d’espaces aménagés comprenant six bureaux, un open space, une cuisine, une salle de réunion, un lieu de détente et des espaces de formation. Elle peut héberger jusqu’à 20 entreprises.

    Le projet s’inscrit dans une stratégie portée par le Groupement hospitalier de territoire (GHT) Moselle-Est. Jacques Hubert, directeur du système d’information et du développement au sein du GHT, insiste sur la double ambition : attirer de jeunes médecins et préparer les établissements à la médecine de demain. Les données de santé deviennent ainsi un levier essentiel pour améliorer la prise en charge et renforcer la pertinence des prescriptions.

    Un accès aux données de santé pour startups et chercheurs

    Trois premières entreprises accueillies

    Le CCDL compte déjà trois entreprises résidentes :

    • SmartBiotic, dirigée par le médecin réanimateur Mathieu Raad, développe un logiciel d’aide à la prescription antibiotique fondé sur des données locales. Déjà déployé au Canada, en Grande-Bretagne et dans plusieurs hôpitaux français, l’outil bénéficie de collaborations avec les universités de Londres et Montréal. L’intégration dans la pépinière permet une proximité directe avec les médecins.
    • Capcir, qui propose un suivi du patient informatisé et anticipe les enjeux d’interopérabilité et de cybersécurité, en lien avec le programme Ségur numérique.
    • Okantis, spécialisée dans l’accompagnement des établissements de santé dans leur transition numérique, et qui mise sur la coopération transfrontalière avec l’Allemagne.

    Au-delà de l’hébergement et des services mutualisés, le CCDL offre un accès encadré à un Entrepôt de données de santé (EDS), un accompagnement juridique, réglementaire et éthique, ainsi qu’un environnement hospitalier qui favorise les expérimentations cliniques. Le projet se déploie aussi dans une dimension européenne, via l’Eurodistrict SaarMoselle et la convention santé MOSAR, afin de développer des coopérations avec la Sarre et le Luxembourg.

    La pépinière est ouverte aux startups, entreprises innovantes, chercheurs et porteurs de projets souhaitant intégrer cet écosystème.

  • ChatGPT jugé moins performant dans une étude sur la thérapie cognitivo-comportementale

    IA vs praticien : 75 professionnels évaluent ChatGPT en situation de TCC simulée

    Une étude pilote publiée dans la revue Psychotherapy a évalué l’efficacité comparative de ChatGPT-3.5 face à un thérapeute humain dans la délivrance de thérapies cognitivo-comportementales (TCC) en format textuel. Réalisée auprès de 208 professionnels et étudiants en santé mentale – dont 75 ont mené l’évaluation jusqu’à son terme – cette recherche visait à tester les capacités d’un agent conversationnel dans un cadre de thérapie simulée.

    Les participants ont évalué deux transcriptions de sessions TCC : l’une animée par un thérapeute humain, l’autre par ChatGPT-3.5, chacune portant sur des scénarios cliniques strictement identiques. L’évaluation s’est appuyée sur la Cognitive Therapy Rating Scale (CTRS), outil de référence pour juger de la qualité d’une intervention TCC, complétée par une analyse qualitative des commentaires des évaluateurs.

    Les professionnels jugent le thérapeute humain plus efficace que ChatGPT

    52 % des évaluateurs donnent la meilleure note au thérapeute humain, contre 28 % pour ChatGPT

    Les résultats montrent une supériorité nette du thérapeute humain dans la majorité des dimensions mesurées. Ainsi, 52 % des répondants lui ont attribué la note maximale (6) pour la mise en place de l’agenda thérapeutique, contre seulement 28 % pour ChatGPT-3.5. De manière plus globale, 29 % des participants ont qualifié le thérapeute humain d’« hautement efficace », une appréciation que seuls 9 % ont accordée au modèle IA.

    Sur le volet du guided discovery (approche structurée pour aider le patient à identifier ses schémas cognitifs), le thérapeute humain reste également en tête (24 % contre 12 %, p<0.001). Toutefois, sur la compréhension de la réalité intérieure du patient, les résultats sont plus nuancés : 36 % ont estimé que ChatGPT-3.5 y parvenait, contre 19 % pour le thérapeute humain (p=0.004).

    Des interactions jugées pertinentes mais trop peu personnalisées

    Dans les retours qualitatifs, les professionnels ont relevé une interaction parfois pertinente mais perçue comme impersonnelle et rigide dans le cas du chatbot. Cette perception limite aujourd’hui l’usage de ChatGPT-3.5 à un rôle de complément plutôt que de substitut à la relation thérapeutique humaine.

    Les auteurs, affiliés à plusieurs institutions universitaires américaines (notamment Rutgers University), précisent que ces résultats ne peuvent être étendus à l’ensemble des dispositifs de thérapie assistée par IA. Le test portait sur un usage textuel et limité du modèle GPT-3.5, sans explorer d’autres formats ou versions plus récentes.

    Acevedo S, Aneja E, Opler DJ, Valera P, Jarmon E. Evaluating the Efficacy of ChatGPT-3.5 Versus Human-Delivered Text-Based Cognitive-Behavioral Therapy: A Comparative Pilot Study. Psychotherapy (Chic). 2024;61(3):229-238. doi:10.1176/appi.psychotherapy.20240070.

  • Maladies neurodégénératives : 1,6 M de patients et une stratégie nationale pour structurer la réponse d’ici 2030

    Le gouvernement relance une stratégie nationale interrompue depuis 2021

    Une feuille de route pour anticiper le doublement des cas d’ici 2050

    Le 4 septembre 2025, le gouvernement a lancé la Stratégie nationale Maladies Neurodégénératives (MND) 2025-2030, marquant la reprise d’une politique publique interrompue depuis 2021. Cette feuille de route interministérielle vise à anticiper le doublement attendu du nombre de cas d’ici 2050, avec déjà 1,6 million de personnes concernées en 2024, dont 300 000 pour la maladie de Parkinson et 140 000 pour la sclérose en plaques. Elle mobilise six ministères, dont ceux de la Santé, de l’Autonomie, du Handicap et de la Recherche.

    La stratégie repose sur 6 axes et 37 mesures. Elle propose une réponse structurée sur l’ensemble du parcours de soin et de vie : communication grand public, prévention, repérage précoce, soins à domicile, transformation des EHPAD, recherche, et appui aux aidants. L’accent est mis sur l’inclusion sociale, la désinstitutionnalisation, le diagnostic précoce, la réduction des inégalités territoriales et la coordination des acteurs. Le programme prévoit, entre autres, le doublement des équipes spécialisées à domicile (ESMND), la création de structures pour les jeunes malades, et le développement des consultations mémoire.

    Parmi les objectifs prioritaires affichés :

    • Améliorer l’accès aux soins via le développement de la médecine de proximité.
    • Appuyer l’innovation par une stratégie de données et de recherche (avec un PEPR et une consolidation de la Banque Nationale Alzheimer).
    • Et renforcer le soutien aux aidants.

    Ce dernier point mobilise notamment 6 000 solutions de répit supplémentaires d’ici 2027 et l’intégration de 1 100 psychologues dans les services à domicile d’ici 2034.

    Une cellule de veille pour adapter la stratégie MND aux futures innovations thérapeutiques et organisationnelles

    Le dispositif a été coconstruit avec les associations de patients, professionnels de santé, chercheurs et aidants. Il s’appuie sur l’expertise de trois garants médico-scientifiques : la Pr Florence Pasquier (CHU Lille), la Pr Maria Soto-Martin (CHU Toulouse/IHU Health Age) et Étienne Hirsch (Inserm). Plusieurs expérimentations sont intégrées dans le plan, comme PassCog’ pour le diagnostic ambulatoire ou des unités mobiles de soins somatiques.

    Un comité stratégique piloté par les ministères concernés se réunira semestriellement pour évaluer les avancées. Une cellule de veille des innovations accompagnera les évolutions scientifiques et organisationnelles sur la période 2025-2030, avec des bilans annuels.

    Données, numérique et innovations dans la stratégie

    Des données de santé dans le pilotage et la recherche

    La stratégie prévoit quelques actions autour de la structuration et l’exploitation des données de santé, le suivi des parcours et le développement de traitements :

    • Extension du SNDS (Système national des données de santé) à l’ensemble des maladies neurodégénératives, afin d’inclure les bases de données cliniques, biologiques, d’imagerie et de vie réelle.
    • Consolidation de la Banque Nationale Alzheimer (BNA), présentée comme un entrepôt de données de référence et un outil de surveillance pour les maladies neurocognitives.
    • Soutien à la recherche via les données : l’objectif est de permettre l’analyse longitudinale, la modélisation des trajectoires de soins et l’identification de facteurs de risque.

    Des moyens sectoriels, sans enveloppe budgétaire globale annoncée

    La stratégie MND 2025-2030 ne s’appuie pas sur un financement centralisé unique mais sur la mobilisation de crédits existants dans les champs sanitaire, médico-social, de l’autonomie et de la recherche. Plusieurs mesures intègrent des objectifs chiffrés : déploiement de 1 100 psychologues dans les services à domicile d’ici 2034, création de 6 000 solutions de répit pour les aidants d’ici 2027, doublement des équipes spécialisées MND à domicile, ou encore mise en place de 500 Centres de ressources territoriaux (CRT) d’ici 2028. En recherche, un Programme Prioritaire (PEPR) est annoncé, sans enveloppe précisée, tout comme le soutien à la Banque Nationale Alzheimer. La gouvernance du plan, assurée par un comité stratégique inter-administratif, prévoit un suivi semestriel des actions et une veille sur les innovations, avec ajustement possible des moyens au fil de l’évolution du contexte.

    MND 2025-2030 : 37 mesures pour anticiper le doublement des cas d’ici 2050

    Axe 1 — Informer et changer le regard

    • Campagne nationale “MND : Tous concernés” : sensibilisation sur la stigmatisation et les symptômes précoces.
    • Formation des agents publics pour l’inclusion sociale des patients.
    • Intégration de l’éthique dans les parcours de soin.
    • Diffusion du nouveau cadre de conduite automobile adapté aux troubles cognitifs.
    • Actualisation des données épidémiologiques (via la DREES) pour affiner les projections 2050.

    Axe 2 — Prévenir et repérer plus tôt

    • Prévention à tous les âges de la vie, articulée avec les politiques publiques sur la nutrition, l’activité physique, l’isolement ou la santé mentale.
    • Renforcement du dispositif ICOPE : 2 millions de personnes suivies d’ici 2027.
    • Formation de 170 000 professionnels à domicile d’ici 2030 pour détecter les signes précoces.
    • Recrutement dans les 570 consultations mémoire labellisées : neuropsychologues, infirmiers spécialisés.
    • Déploiement national de l’expérimentation PassCog’ pour le diagnostic ambulatoire en médecine de ville.
    • Déploiement du Service Public Départemental de l’Autonomie (SPDA) : coordination locale, orientation des droits, intégration ICOPE.

    Axe 3 — Améliorer la prise en charge et soutenir les aidants

    • Création d’équipes mobiles hospitalières dédiées aux jeunes malades, pour interventions à domicile.
    • Structures d’accueil spécifiques pour les moins de 60 ans atteints de MND.
    • Intégration des MND dans les cursus santé, via la mission 3e cycle.
    • Facilitation des soins somatiques (ex. dentaires) avec intégration au droit commun dès 2026.
    • Encadrement de la préparation des doses à administrer (PDA) pour réduire la iatrogénie.
    • Déploiement des interventions non médicamenteuses (INM) : activité physique adaptée, stimulation cognitive, nutrition.
    • Promotion de l’Éducation Thérapeutique du Patient (ETP).
    • Renforcement des psychologues en soins à domicile : 100 en 2025, 1 100 d’ici 2034.
    • 6 000 solutions de répit créées d’ici 2027, avec une plateforme d’accompagnement et de répit par département.
    • Généralisation du “relayage de longue durée” jusqu’à 6 jours consécutifs.

    Axe 4 — Renforcer l’accompagnement à domicile

    • Transformation des ESA en ESMND (équipes spécialisées MND), effectif doublé d’ici 2030.
    • Développement des accueils de jour, encore peu mobilisés.
    • Amélioration de l’HAD pour les patients MND, y compris réforme tarifaire.
    • Déploiement de 500 Centres de Ressources Territoriaux (CRT) d’ici 2028, avec doublement du “volet 2” pour les cas complexes.
    • Soutien à l’habitat partagé et inclusif, en alternative à l’EHPAD.

    Axe 5 — Répondre aux besoins complexes en établissements

    • Transformation domiciliaire des EHPAD rénovés ou construits.
    • Formation de 100 000 professionnels en EHPAD pour la prise en charge des troubles psycho-comportementaux.
    • Généralisation des PASA (Pôles d’activités et de soins adaptés) en EHPAD.
    • Déploiement d’Unités Cognitivo-Comportementales (UCC) dans tous les départements d’ici 2030.
    • Organisation de filières MND territoriales, associant ville, médico-social et centres experts.
    • Amélioration de la prise en charge palliative, avec structuration des étapes d’anticipation.

    Axe 6 — Stimuler la recherche et l’innovation

    • Relance des centres d’excellence MND, avec nouveaux objectifs.
    • Consolidation de la Banque Nationale Alzheimer (BNA) comme base de référence.
    • Extension du SNDS aux données MND, pour alimenter les travaux scientifiques.
    • Lancement d’un PEPR (Programme Prioritaire de Recherche) dans le domaine des MND.
    • Engagement dans le partenariat européen “BrainHealth” dans le cadre d’Horizon Europe.
    • Création d’une cellule de veille des innovations (thérapeutiques, diagnostiques, numériques).

     

    Ministère de la Santé et de la Prévention. (2025). Stratégie nationale Maladies Neurodégénératives 2025-2030