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  • Nouvelle ère de l’oculome : Plus de 110 000 scans rétiniens révèlent des biomarqueurs précoces de démence

    MIRA et RETIPROGRAM : deux outils d’IA pour analyser le fond d’œil et prédire les risques visuels

    L’ophtalmologie recourt à l’IA pour repérer des anomalies visuelles dès leurs premiers stades. Les algorithmes analysent des images médicales de la rétine – tomographies (OCT), angiographies ou clichés détaillés – et détectent des signes de maladies spécifiquement oculaires ; comme la rétinopathie diabétique, la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) ou encore le glaucome. Grâce au deep learning, des images simples de la rétine suffisent pour identifier des anomalies difficilement visibles à l’œil nu. Ce faisant, l’IA permet d’orienter vers des traitements adaptés : injections intravitréennes, séances de laser ou ajustements thérapeutiques. Dans le cas de la rétinopathie diabétique, ce repérage anticipé peut prévenir la perte de vision.

    Le projet européen Retina Read Risk (RRR) par exemple développe deux systèmes d’IA pour améliorer la détection précoce de la rétinopathie diabétique :

    • MIRA : analyse des images du fond d’œil grâce à des réseaux neuronaux convolutifs et classe la maladie en quatre niveaux de gravité. 
    • RETIPROGRAM : exploite des dossiers médicaux électroniques via la méthode random fuzzy forest (algorithme décisionnel) pour évaluer le risque de développer la maladie. 

    OphtAI : 80 % de sensibilité au diagnostic du glaucome modéré

    D’autres solutions comme l’algorithme d’IA OphtAI, testé au Centre Ophtalmologique Sorbonne Saint-Michel, a montré des performances intéressantes dans le diagnostic du glaucome primitif à angle ouvert (GPAO), avec une sensibilité de 80 % pour les stades modérés. Son efficacité reste limitée aux stades précoces, avec seulement 47 % de sensibilité, contre 66 % en moyenne et une spécificité de 76 %. L’étude, portant sur 227 yeux de 136 patients, souligne que si l’IA offre un appui au diagnostic, elle ne peut pour l’instant se substituer à l’évaluation multimodale d’un spécialiste (rétinographie, OCT, champ visuel). Contrairement à la rétinopathie diabétique où l’usage d’IA est validé, le glaucome reste difficile à détecter précocement par ce type de solution, ce qui en limite aujourd’hui l’intégration en pratique clinique courante.  

    L’œil comme fenêtre sur la santé globale

    Une étude internationale relie amincissement rétinien et 294 gènes associés aux maladies chroniques

    Les solutions d’IA liées à l’ophtalmologie permettent également de détecter d’autres maladies, en dehors du champ ophtalmologique. L’examen du fond d’œil en particulier révèle l’état vasculaire général du patient et peut mettre en évidence des signes précoces de maladies comme l’hypertension, l’Alzheimer, ou encore la polyarthrite rhumatoïde. 

    Une équipe internationale de chercheurs menée par l’Institut Walter et Eliza Hall (WEHI) en Australie a analysé plus de 50.000 images de rétines grâce à l’IA. Publiés dans Nature Communications, leurs travaux montrent que l’épaisseur rétinienne pourrait devenir un indicateur pour détecter précocement des maladies chroniques comme le diabète de type 2, la démence ou la sclérose en plaques. La rétine agirait ainsi comme une « fenêtre sur le cerveau ». Les chercheurs ont identifié un amincissement rétinien lié à 294 gènes, associé à l’évolution de pathologies neurologiques et métaboliques. Ces résultats s’inscrivent donc dans le champ émergent de l’oculomique, qui explore l’examen de l’œil comme méthode de dépistage non invasive. L’objectif à terme est d’intégrer l’analyse rétinienne aux examens médicaux de routine, à l’image des mammographies pour le cancer du sein. 

    90 % de performance : l’IA change la donne pour le dépistage de la rétinopathie diabétique

    Récemment, des modèles tels que DeepDR Plus (Nature Medicine, 2024) ont démontré leur capacité à prédire la progression de la rétinopathie jusqu’à cinq ans à l’avance. Parallèlement, des recherches menées en Chine et publiées dans npj Digital Medicine montrent que l’analyse d’images ultra grand-angle du fond d’œil permet aussi de dépister précocement la néphropathie diabétique, avec des performances supérieures aux approches classiques. L’IA explore également la détection de la neuropathie diabétique via l’imagerie cornéenne et l’évaluation du risque de complications cardiovasculaires et neurodégénératives. Si ces outils offrent des perspectives de dépistage individualisé et précoce, leur validation sur des populations plus diversifiées et en conditions de vie réelle reste indispensable avant une intégration en routine clinique.

    Analyse rétinienne automatisée : 70 à 80 % de précision dans la prédiction cardiaque

    Les progrès en imagerie ophtalmique, notamment l’OCT structurelle et l’OCT-angiographie 3D, permettent de détecter des altérations de l’ordre du micron, potentiellement associées à des biomarqueurs de maladie. Intégrées à des modèles d’IA, ces technologies permettent d’automatiser l’analyse et d’étendre le dépistage à des populations larges. 

    Une autre étude internationale publiée en janvier 2022 dans Nature Machine Intelligence montre qu’un système d’intelligence artificielle, développé par l’Université de Leeds et ses partenaires, peut analyser des scans rétiniens pour prédire le risque d’infarctus dans l’année avec une précision de 70 à 80 %. En utilisant des données de plus de 5 000 patients issues de la UK Biobank, l’algorithme estime la taille et la fonction du ventricule gauche à partir de l’examen du fond d’œil, offrant une méthode de dépistage complémentaire aux bilans cardiovasculaires classiques et potentiellement plus accessible.

    En moins de 20 secondes, CLAiR évalue les risques cardiovasculaires à partir de la rétine

    La startup Toku développe la plateforme CLAiR, un outil de dépistage basé sur l’analyse des vaisseaux sanguins rétiniens. Grâce à un algorithme, CLAiR évalue en moins de 20 secondes le risque de maladies cardiovasculaires, d’hypertension ou d’excès de cholestérol. La solution utilise les scanners rétiniens déjà présents en pharmacie ou chez les opticiens, sans nécessiter de modification matérielle ni de formation spécifique, ce qui facilite son déploiement dans les examens de routine. Son lancement est prévu fin 2025, avec l’objectif de rendre accessible le prescreening cardiovasculaire au plus près des usagers.

    Plus de 110 000 scans rétiniens révèlent des marqueurs précoces de la démence

    Des chercheurs de City St George’s, Université de Londres, et de l’Université d’Édimbourg mettent au point une intelligence artificielle capable d’analyser la rétine pour identifier précocement les signes de maladies neurodégénératives. Leur outil, baptisé Quartz, examine la structure des vaisseaux sanguins de l’œil — largeur, torsion, anomalies — pour établir un lien avec la santé cérébrale. En comparant ces données à des tests cognitifs réalisés sur plus de 63 000 patients, les chercheurs ont montré que certaines altérations vasculaires sont associées à une baisse des performances en mémoire, temps de réaction et intelligence. Ces résultats suggèrent que la rétine reflète des changements neurologiques subtils avant tout symptôme clinique.

    Cette méthode repose sur une simple photographie de la rétine et pourrait rendre le dépistage plus accessible et plus fréquent. Le projet NeurEYE, mené à Édimbourg, complète cette approche en exploitant l’apprentissage automatique sur près d’un million de scans pour créer un modèle prédictif à grande échelle. Cette stratégie permet non seulement de détecter les patients à risque, mais aussi de suivre l’évolution de la maladie dans le temps. L’équipe vise une intégration en pratique dès 2026, confiant aux opticiens un rôle dans la prévention des troubles neurodégénératifs. Au-delà du dépistage, NeurEYE pourrait accélérer la recherche en facilitant l’inclusion de patients à haut risque dans des essais cliniques et en permettant un suivi longitudinal des participants.

    Le dépistage systémique par IA oculaire confronté au manque de données harmonisées

    Une revue publiée par Huimin Li et al. (Diagnosing Systemic Disorders with AI Algorithms Based on Ocular Images, 2023) démontre également que l’IA appliquée aux images oculaires (fond d’œil, OCT, sclère) permet de prédire diverses maladies chroniques, dont les pathologies cardiovasculaires, neurodégénératives, rénales et hématologiques, avec des performances élevées (AUC souvent >0,8). Cette approche non invasive et peu coûteuse pourrait compléter certains dépistages traditionnels. Son adoption clinique reste freinée par l’opacité des modèles, le manque de données harmonisées, la prédominance d’études rétrospectives et la complexité des comorbidités. Les auteurs appellent à des protocoles standardisés, à l’intégration des données cliniques et à des validations prospectives multicentriques.

    L’étude pointe plusieurs freins :

    • L’opacité des algorithmes (effet « boîte noire ») qui limite leur interprétabilité en pratique clinique.
    • Le manque de données harmonisées et accessibles, conduisant à des prédictions biaisées selon les cohortes (ex. différences ethniques relevées entre bases asiatiques et européennes).
    • La rareté des études prospectives, la plupart des travaux étant rétrospectifs.
    • La complexité des comorbidités, qui introduisent des signaux confondants dans les images oculaires.

    Les auteurs recommandent de renforcer la collaboration interdisciplinaire, de standardiser la collecte et le partage des données, et d’intégrer les métadonnées cliniques aux images pour améliorer la précision. Les chercheurs insistent aussi sur la nécessité de validations prospectives et multicentriques avant toute intégration en routine clinique.

  • EDS en ophtalmologie : une réponse aux besoins de cohortes larges et structurées

    De 3 en 2017 à 100 en 2024 : les EDS se développent en France

    Un entrepôt de données de santé (EDS) est une infrastructure qui rassemble un large volume de données médicales provenant de différentes sources : établissements de soins, professionnels de santé, pharmacies ou encore patients eux‑mêmes. La finalité est de permettre la réutilisation de ces informations à des fins de pilotage de l’activité sanitaire (gestion, contrôle, évaluation) et de recherche et d’études scientifiques. Qu’ils soient mis en place par des acteurs publics — comme les hôpitaux — ou privés, ces dispositifs doivent obligatoirement respecter un cadre réglementaire (CNIL, RGPD, hébergement certifié HDS). Pour les soins, les EDS facilitent le suivi des parcours patients, l’évaluation en vie réelle des traitements, la détection de signaux de sécurité et l’émergence d’innovations diagnostiques et thérapeutiques.

    Depuis 2017, la dynamique autour des entrepôts de données de santé (EDS) s’est accélérée en France : 100 projets avaient été mis en œuvre ou étaient en cours de déploiement en 2024, portés par 88 acteurs différents selon une cartographie publiée par la CNIL.

    Cartographie des entrepôts de données de santé en France – CNIL

    Les EDS peuvent être généralistes ou spécialisés. Les établissements hospitaliers, en particulier les CHU, mettent souvent en place des EDS généralistes couvrant l’ensemble des spécialités médicales (dont l’ophtalmologie), afin de soutenir des recherches transversales. Parallèlement, certains services ou instituts développent des EDS thématiques centrés sur une aire thérapeutique précise. Ces derniers permettent de constituer des cohortes homogènes, d’affiner le suivi de pathologies spécifiques et de mener des études plus ciblées, comme SYNAPSE au CHU de Nice pour les tumeurs oculaires ou l’EDS de l’hôpital des 15-20 dédié à l’ophtalmologie.

    L’hôpital des 15-20 investit dans un EDS pour le phénotypage et le génotypage en ophtalmologie

    En 2022, l’hôpital national des quinze-vingts a donc mis en place un EDS dédié à l’ophtalmologie. L’initiative a pour objectif de structurer et exploiter, avec le soutien de l’IHU FOReSIGHT, un volume important de données cliniques pour renforcer la recherche. Chaque année, l’hôpital des 15-20 enregistrait plusieurs centaines de milliers de consultations, d’actes chirurgicaux et d’examens, constituant l’une des plus importantes bases de données ophtalmologiques en France. Face à l’hétérogénéité des pathologies oculaires et à la nécessité d’une évaluation clinique, l’établissement avait déployé un EDS de nouvelle génération.

    L’EDS doit permettre la constitution de larges cohortes de patients pour affiner le phénotypage et le génotypage, et de conduire des études sur des données collectées en vie réelle. Ces travaux développent des outils d’aide à la décision médicale améliorent les parcours de soins en ophtalmologie. Le projet a été confié au Dr Maxime Wack, médecin de santé publique spécialisé en recherche clinique, informatique médicale et data science. Passé par la Harvard Medical School et l’Hôpital Européen Georges Pompidou (AP-HP), il accompagne en parallèle la transformation numérique de l’hôpital et de l’IHU FOReSIGHT, en soutien aux projets de recherche et d’innovation.

    SYNAPSE : un entrepôt de données certifié HDS pour les pathologies oculaires rares

    Un autre Entrepôt de Données de Santé (EDS) baptisé SYNAPSE, mis en place par le Département d’Onco-Ophtalmologie Niçois en aout 2023, recueille des données médicales de patients atteints de tumeurs oculaires, avec l’objectif d’alimenter la recherche et d’améliorer la prise en charge.

    Les tumeurs oculaires, pathologies rares, incluent les tumeurs de la conjonctive, intraoculaires, palpébrales et orbitaires. Jusqu’à présent, la recherche reposait surtout sur des études rétrospectives, exposées à de nombreux biais. SYNAPSE vient répondre à ce besoin en collectant des données dès le suivi clinique des patients. Ces données, rendues non-nominatives, sont destinées à des recherches n’impliquant pas directement la personne humaine. Dans SYNAPSE, les informations incluent l’identification (date de naissance, genre, commune et département de naissance), les données cliniques et pathologiques tumorales, les antécédents, traitements, informations génétiques tumorales non constitutionnelles et données ethniques.
    Une analyse d’impact (AIPD) a été réalisée et l’hébergement est assuré par ITinSell Cloud, société française certifiée HDS.

    Parmi les études inscrites figurait l’analyse du microenvironnement tumoral du mélanome conjonctival. L’EDS SYNAPSE devait ainsi offrir une ressource précieuse pour mieux comprendre l’évolution de ces pathologies rares et améliorer la prise en charge des patients.

  • Visionum et OdySight : 500 000 tests au service des 2,25 millions de patients attendus en 2030 (le TLE Novavue)

    • La DMLA touche 1,5 million de personnes en France, une prévalence qui pourrait augmenter de 50 % d’ici 2030 avec le vieillissement démographique.
    • Inscrit dans la stratégie nationale des Tiers-Lieux d’expérimentation, Novavue cible la basse vision (acuité visuelle < 3/10).
    • Plus de 800 professionnels spécialisés et 26 000 bénéficiaires ont été impliqués depuis le lancement.
    • OdySight, dispositif médical de Tilak Healthcare, permet un suivi visuel à domicile : 25 000 patients, 1 000 ophtalmologistes et près de 500 000 tests réalisés, avec 71 % de satisfaction.
    • L’essai clinique TIL002 (105 yeux, 58 patients, 18 mois, 3 centres) confirme la fiabilité d’OdySight, avec 82 % des tests présentant un écart ≤ 9 lettres par rapport à la méthode ETDRS.

    DMLA : 1,5 million de personnes touchées, une prévalence en hausse de 50 % avec le vieillissement de la population 

    La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) touche environ 8 % de la population française, avec une prévalence en augmentation après 50 ans : 1 % entre 50 et 55 ans, jusqu’à 30 % après 75 ans. Actuellement, plus de 1,5 million de personnes de plus de 65 ans présentent des signes, même mineurs, de la maladie. Avec le vieillissement démographique, cette population pourrait atteindre 2,25 millions d’ici 2030, soit une hausse de 50 % par rapport à aujourd’hui. 

    Le Tiers-Lieu Novavue mobilise 800 professionnels pour tester des solutions numériques dédiées à la basse vision 

    Coordonné par Streetlab, filiale de l’Institut de la Vision, le projet Novavue fédère cinq structures issues des secteurs hospitalier, mutualiste et associatif : le Centre Hospitalier National d’Ophtalmologie des Quinze-Vingts (CHNO), le groupe VYV3, l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild (HFAR), l’Association Valentin Haüy (AVH), ainsi que le Forum des Living Labs en Santé et en Autonomie (LLSA).  Inscrit dans la stratégie nationale des Tiers-Lieux d’expérimentation, Novavue offre un cadre collaboratif dans lequel solutions numériques et dispositifs médicaux sont testés en conditions réelles auprès des usagers. Le projet cible spécifiquement la basse vision, définie par une acuité visuelle inférieure à 3/10, et s’adresse aux patients malvoyants, à leurs aidants ainsi qu’aux professionnels de santé. Depuis son lancement, 800 professionnels spécialisés ont été mobilisés dans l’expérimentation de ces outils, au bénéfice de plus de 26 000 personnes. 

    Protocoles, co-conception, sensibilisation : la méthode Novavue pour tester l’innovation 

    Novavue propose un ensemble de services articulés autour de trois axes :

    • Le premier concerne l’aide méthodologique, avec un appui à la rédaction de protocoles expérimentaux, la réalisation de plans d’analyse statistique, l’accompagnement réglementaire (notamment CNIL, RIPH, RGPD), ou encore la préparation aux démarches Article 51 pour l’expérimentation par la Sécurité sociale.
    • Le second axe porte sur la co-conception et l’évaluation : définition des besoins utilisateurs, tests de faisabilité, ateliers de design thinking, constitution de panels, mobilisation de professionnels qualifiés, ou encore évaluation des impacts sur la qualité de prise en charge. 
    • Enfin, le troisième volet est centré sur la sensibilisation : ateliers d’initiation aux outils numériques testés, sensibilisation au handicap visuel et actions de rééducation. 

    Visionum et OdySight : deux solutions numériques en test pour améliorer le suivi des patients malvoyants 

    Dans le cadre de ce Tiers-Lieu d’expérimentation, deux projets numériques sont en cours de test pour améliorer le suivi et la prise en charge des patients malvoyants. Visionum, développé par Streetlab, propose un programme de rééducation orthoptique à distance, et OdySight, dispositif médical développé par Tilak Healthcare, qui permet le suivi à domicile de la vision chez les patients atteints de pathologies chroniques comme la DMLA.

    • Visionum : une application pour la rééducation orthoptique à distance 

    Le projet Visionum vise à améliorer la rééducation orthoptique des patients malvoyants.  L’application propose un programme personnalisé d’exercices à réaliser à domicile. L’expérimentation permet d’en mesurer l’acceptabilité, l’efficacité, et les impacts médico-économiques. 

    • OdySight : 500 000 tests visuels réalisés via l’application mobile de Tilak Healthcare (71% de satisfaction) 

    Ce dispositif médical, sous forme d’application mobile aussi, permet un suivi à distance des paramètres visuels de patients atteints de pathologies chroniques comme la DMLA. La solution renforcer la surveillance visuelle tout en gardant un lien avec le médecin. Novavue soutient l’expérimentation pour documenter les taux d’adoption et d’accessibilité, notamment auprès des publics âgés, en vue de favoriser sa prescription. 25 000 personnes ont bénéficié d’une prescription d’OdySight en France, avec 1 000 ophtalmologistes utilisateurs, et près de 500 000 tests visuels réalisés, 71 % des utilisateurs se déclarant satisfaits de l’expérience 

    Fiabilité pour OdySight : 89 yeux testés, 18 mois d’étude, 3 centres en France 

    Tilak Healthcare a publié en janvier 2024 les résultats de l’essai clinique TIL002, mené sur 58 patients et 105 yeux dans trois centres français sur une période de 18 mois, pour évaluer la fiabilité de l’application mobile OdySight. L’analyse, portant sur 89 yeux testés le même jour avec OdySight et la méthode standard ETDRS, montre une différence moyenne de 0,33 lettre entre les deux mesures, avec 82 % des tests OdySight présentant un écart inférieur ou égal à 9 lettres. 

    OdySight prolongée malgré l’avis défavorable de la HAS

    Plus de 20 000 téléchargements et une nouvelle prolongation de l’expérimentation

    En mars, la Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé (Cnedimts), relevant de la Haute Autorité de santé (HAS), a rendu un avis défavorable à la prise en charge d’OdySight dans le droit commun. Elle a estimé que son intérêt par rapport au suivi médical conventionnel n’était pas établi. L’avis concerne les patients adultes atteints de maculopathies chroniques compliquées d’une néovascularisation choroïdienne ou d’un œdème maculaire, nécessitant un traitement par injections intravitréennes ou par laser, ou susceptibles de développer ces complications. Début juillet, un arrêté publié au Journal officiel a prolongé de cinq mois l’expérimentation « article 51 » de télésurveillance en ophtalmologie utilisant l’application OdySight, malgré l’avis défavorable.

    Selon Tilak Healthcare, plus de 20 000 téléchargements ont été enregistrés depuis 2018, avec 1 000 nouveaux utilisateurs chaque mois. En mars dernier, la moitié des patients respectait la recommandation de la HAS consistant à réaliser un test hebdomadaire via l’application.

    Tiers-Lieu Novavue : mesurer l’utilisabilité, l’efficacité et l’impact médico-économique des innovations 

    Le Tiers-Lieu Novavue apporte donc un cadre d’expérimentation pour évaluer la solution en vie réelle, avec des indicateurs ciblés sur l’utilisabilité, l’acceptabilité (notamment pour Odysight qui vise une population âgée), l’efficacité clinique et l’impact médico-économique. Il permet également de mobiliser un réseau de professionnels spécialisés en basse vision et de recueillir des données pour affiner le programme de rééducation à distance. 

     

     

  • 16,1 millions de passages aux urgences en 2024 (en hausse de 1,9 %) : Argenteuil et Valenciennes expérimentent de nouveaux modèles d’organisation

    • Les urgences hospitalières ont enregistré 16,1 millions de passages en 2024, soit une hausse de 1,9 % par rapport à 2023, avec une augmentation marquée chez les plus de 75 ans (+5 %).
    • Selon la classification CCMU, 85 % des patients relèvent de cas non vitaux (niveaux 2 et 3) et seulement 2 % sont en situation critique (niveaux 4 et 5).
    • La durée de passage a augmenté : la moitié des patients ont passé plus de 3 heures aux urgences, contre 2 h 15 en 2013.
    • La densité médicale déclinante se traduit dans les usages : 21 % des patients déclarent être venus faute d’accès à un médecin traitant, contre 14 % dix ans plus tôt.
    • Les motifs principaux varient selon l’âge, mais la traumatologie reste dominante, suivie par les pathologies gastro-entérologiques et cardio-circulatoires.
    • Un modèle d’organisation modulaire a été mis en place à Argenteuil, combinant tri, réorientation ambulatoire, UHCD et coopération avec la médecine de ville ; à Valenciennes, une IA est utilisée pour estimer en temps réel les temps d’attente et prévoir l’activité jusqu’à cinq jours à l’avance, avec la possibilité d’anticiper les renforts en cas de pic prévisible.
    • La Cour des comptes alerte sur une désorganisation chronique des soins non programmés et appelle à refonder le pilotage des urgences via une meilleure régulation, des admissions directes et des outils de gestion en temps réel.

     

    📈Urgences hospitalières : +1,9 % de passages en 2024, avec une hausse marquée chez les plus de 75 ans

    85 % des cas relèvent d’affections non vitales selon la classification CCMU

    Les urgences hospitalières ont accueilli 16,1 millions de patients en 2024, soit une augmentation de 1,9 % par rapport à 2023, selon les données de la FEDORU. Cette croissance confirme une tendance déjà observée ces dernières années, dans un contexte où l’accès aux soins de premier recours reste difficile. L’organisation des soins, malgré certaines réformes, n’a pas suffi à contenir la hausse de fréquentation. Les personnes âgées de 75 ans et plus, dont le nombre de passages a augmenté de 5 %, concentrent une part élevée de l’activité des services. Les enfants représentent 24,7 % des passages, avec une hausse modérée (+0,8 %).

    @ Health & Tech Intelligence

    L’évaluation de la gravité via la Classification Clinique des Malades aux Urgences (CCMU) indique que seuls 2 % des patients étaient en situation de pronostic vital engagé (niveaux CCMU 4 et 5). 85 % relevaient des niveaux CCMU 2 et 3, c’est-à-dire des cas bénins à modérément graves nécessitant une évaluation ou un acte médical. Chez les patients de plus de 75 ans, les cas graves (CCMU 4 et 5) atteignent 4 % des passages, contre 2 % tous âges confondus.

    🕐Durée de passage aux urgences : plus de 3 heures pour la moitié des patients en 2023, contre 2 h 15 en 2013

    L’attente reste un indicateur critique. Selon une étude publiée en mars 2025 par la DREES, la moitié des patients pris en charge aux urgences lors d’une journée d’enquête en juin 2023 y sont restés plus de 3 heures, contre 2 h 15 en 2013. Cette hausse touche l’ensemble des profils de patients et des parcours, y compris ceux qui, en majorité (80 %), rentrent à domicile après leur passage. Parmi ces derniers, la durée médiane est passée de 1 h 50 à 2 h 30. Pour les patients hospitalisés sans passage préalable en unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD), elle atteint désormais 5 h 20 contre 3 h 55 en 2013. Ceux passés en UHCD sans hospitalisation ultérieure y ont passé en moyenne près de 15 heures.

    Les patients restent plus longtemps s’ils sont âgés ou pris en charge dans des services de taille importante

    Les durées de passage sont corrélées à la taille des services : moins de 2 heures dans les petits points d’accueil (moins de 40 patients en 24 h), contre 3 h 50 dans les plus fréquentés (plus de 120 passages). L’âge influence fortement le temps passé aux urgences. En 2023, 36 % des patients de 75 ans ou plus y restent plus de 8 heures, contre 24 % en 2013. Cette population, plus sujette à des investigations médicales complexes et à des hospitalisations, est également touchée par la pénurie de lits d’aval.

    La baisse de la densité de médecins généralistes se reflète aux urgences : 1 patient sur 5 s’y rend faute d’accès à un médecin traitant en 2023

    21 % des patients déclarent être venus aux urgences faute d’avoir pu consulter un médecin. En 2013, ils étaient 14 %. Cette évolution coïncide avec la baisse de la densité de médecins généralistes sur la période. Près de 16 % des personnes se sont rendues aux urgences sur recommandation du Samu-SAS, soit plus du double qu’en 2013. L’appel au 15, désormais encouragé avant tout déplacement, semble porter ses effets. Néanmoins, 53 % des patients viennent toujours de leur propre initiative ou sur conseil d’un proche.

    Trois motifs dominants selon l’âge

    Les principales causes de recours sont la traumatologie (un tiers des passages), suivie des pathologies gastro-entérologiques et cardio-circulatoires (10 % chacune). Chez les enfants de moins de 5 ans, les pathologies sont variées. La traumatologie devient dominante de 5 à 14 ans. Chez les plus de 75 ans, les passages sont davantage motivés par des pathologies générales, cardio-circulatoires ou respiratoires.

    @Health & Tech Intelligence

    🏥Vers des organisations modulaires pour adapter les flux : le cas d’Argenteuil

    Certains établissements testent des services d’urgence modulaires, structurés selon la gravité des cas et les types de prise en charge : accueil et orientation (IAO), fast-track pour les cas bénins, médecine d’urgence générale, réanimation, secteur de déchoquage, unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD). Ce modèle améliore l’orientation dès l’arrivée, optimise les ressources humaines et réduit les temps d’attente.

    Avec 110 000 passages par an, les urgences de l’hôpital d’Argenteuil ont mis en place un protocole de tri dès l’entrée, avec des orientations vers différents circuits selon la gravité des symptômes. Résultat : seuls cinq patients par jour nécessitent une prise en charge vitale, tandis qu’une centaine relèveraient de la médecine de ville. Pour gérer ces patients non urgents, des généralistes accueillent dans des structures préfabriquées attenantes. Ce circuit ambulatoire permet de réduire les délais pour tous. L’équipe a aussi déployé 28 lits de médecine pour les patients âgés aux pathologies non graves mais nécessitant une sortie hospitalière coordonnée, souvent vers des structures médico-sociales. Environ 70 % de ces patients ne restent pas à l’hôpital.

    Ce modèle, qui allie tri, réorientation, et coopération entre médecine hospitalière et de ville, ne masque pas les tensions RH. Argenteuil compte 250 agents (brancardiers, aides-soignants, infirmiers) avec un turnover important. La province attire plus que l’Île-de-France. Les services font aussi face à des comportements agressifs récurrents, source de fatigue pour les soignants. Même situation chez les médecins, dont le départ entraîne des ruptures de continuité des soins. À Langres, faute de lits disponibles, le garage du SMUR a été réaménagé en zone d’attente digne, avec lits et chauffage. Les patients restent parfois jusqu’à 72 heures aux urgences, en attente d’une hospitalisation.

    Des territoires qui expérimentent : maisons de santé et coopération

    Dans plusieurs départements comme la Mayenne ou la Haute-Marne, des initiatives territoriales permettent de compenser partiellement les défaillances du système. Maisons de santé pluridisciplinaires, assistants médicaux, télémédecine, gardes partagées… Les élus et les médecins rappellent que ces dynamiques doivent être consolidées et dupliquées. À Langres, par exemple, un système de garde libérale fonctionne tous les week-ends, avec des médecins sur place. Le lien entre médecine de ville, hôpital public et cliniques privées est mis en avant comme une solution fonctionnelle dans certains pôles de santé intégrés. Mais cette coopération reste inégale selon les territoires.

    📜Pacte de refondation des urgences : un plan global pour réorganiser l’accès aux soins

    Le Pacte de refondation des urgences, lancé après les alertes des professionnels en 2019, avait identifié plusieurs leviers : le calcul du besoin journalier en lits (BJML), la régulation en amont via le 15, la réorganisation des flux entre soins programmés et non programmés, ou encore la sortie rapide vers des structures médico-sociales. Mais les professionnels estiment que ces solutions sont restées sans suite, ou appliquées de manière inégale. Une étude internationale, intitulée No Bed Night, a démontré une surmortalité de 40 % chez les patients passés la nuit sur un brancard, chiffre qui double pour les patients les plus fragiles. Le Premier ministre Gabriel Attal a réaffirmé que « l’hôpital est en haut de la pile », promettant 32 milliards d’euros d’investissements supplémentaires sur cinq ans. Mais le secteur reste sceptique : les réformes annoncées en 2022 par François Braun, ex-président du Samu, n’ont pas été suivies d’effets structurels.

    Plus précisément, le Pacte de refondation des urgences, présenté en septembre 2019, prévoit plus de 750 millions d’euros d’investissements jusqu’en 2022 pour désengorger les urgences hospitalières et améliorer l’accès aux soins non programmés. Il repose sur douze mesures articulées autour de trois axes : proposer des alternatives en ville (création d’un service d’accès aux soins – SAS –, renforcement des consultations sans rendez-vous, développement des CPTS), améliorer l’organisation et les conditions de travail à l’hôpital (reconnaissance salariale, protocoles de coopération, pratique avancée, réforme du financement), et fluidifier l’aval des urgences (meilleure gestion des lits, coordination territoriale, solutions d’hébergement post-urgence). Le plan vise à réorienter les patients vers des prises en charge adaptées tout en soutenant les professionnels, dans le cadre de la stratégie Ma Santé 2022.

    🏛️Recours inapproprié, délais, brancards : la Cour des comptes déplore une désorganisation chronique des soins non programmés

    En novembre 2024, la Cour des comptes alerte dans un rapport récent sur l’état critique des services d’urgences hospitalières en France. Sollicitée par la présidente de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, elle dresse un diagnostic inquiétant: des services sur-sollicités, en tension permanente, victimes d’un recours excessif pour des cas peu graves. La hausse tendancielle s’explique par la démographie vieillissante, le manque d’alternatives en ville et une désorganisation des soins non programmés. Les conséquences sont immédiates : délais de prise en charge rallongés, patients sur brancards pendant des heures, fermetures temporaires de services. Pour la Cour, ces dysfonctionnements affectent directement la qualité du service rendu, voire la sécurité des patients. Le rapport souligne que plus de 70 % des passages ne sont pas justifiés par des situations d’urgence réelle, mais s’expliquent par l’indisponibilité des médecins généralistes, notamment en dehors des heures ouvrables.

    Une pénurie de personnel critique

    Le manque de médecins urgentistes et de soignants pèse sur l’ensemble du dispositif. Les hôpitaux peinent à recruter et fidéliser leurs équipes, ce qui conduit à des fermetures ponctuelles ou des restrictions d’accueil. La Cour appelle à mieux mutualiser les effectifs entre établissements, et à organiser une gestion régionale des lits pour éviter les engorgements. Les infrastructures sont également pointées du doigt : inadaptées ou vieillissantes, elles peinent à absorber l’augmentation des flux. Des efforts de rénovation ont été engagés, mais restent limités au regard des besoins.

    Pour enrayer la crise, la Cour formule plusieurs recommandations articulées autour de trois priorités :

    • Réguler les urgences et renforcer les soins de ville : La Cour préconise le développement des Services d’accès aux soins (SAS) pour mieux gérer les soins non programmés. Objectif : détourner les patients des urgences lorsqu’une prise en charge en ville est possible, et mieux orienter selon la gravité.
    • Organiser les admissions directes : Autre proposition,  faciliter l’admission directe à l’hôpital pour certains patients fragiles, notamment les personnes âgées, sans passage préalable par les urgences. Cette mesure suppose une coordination accrue entre hôpital et médecine de ville.
    • Moderniser les outils de pilotage : La Cour recommande la création d’un tableau de bord national, recensant en temps réel les capacités disponibles (lits, personnel). Cette gestion dynamique des ressources permettrait d’anticiper les tensions et de fluidifier les parcours.

    Former, mieux répartir et mieux informer : la Cour des comptes appelle à une refonte du pilotage territorial et de la formation des soignants

    Le rapport souligne également la nécessité de renforcer la formation des médecins urgentistes et des personnels soignants, afin de remédier à la crise des vocations. Des conditions de travail revalorisées, associées à une meilleure répartition territoriale des effectifs, sont jugées indispensables pour éviter les fermetures répétées de services. Enfin, la Cour recommande d’améliorer l’information à destination du public sur l’offre de soins disponible : temps d’attente aux urgences, structures alternatives, qualité de service. Une communication régulière pourrait contribuer à limiter les passages non justifiés, tout en recentrant les urgences sur leur mission première.

    La Cour des comptes appelle à une refonte globale du pilotage des urgences, reposant sur une coordination renforcée à l’échelle des territoires, une meilleure anticipation des ressources, et un partage d’information efficace entre tous les acteurs. La mise en œuvre de ces recommandations suppose un engagement soutenu des pouvoirs publics, des hôpitaux, des professionnels de ville et des agences régionales de santé. À défaut, la pression sur les urgences hospitalières continuera de s’accroître.

    🤖l’IA en appui du triage et du prédiagnostic à partir des données

    L’usage de l’intelligence artificielle aux urgences ouvre des perspectives pour renforcer les outils existants de triage, comme la CCMU, en apportant une aide au prédiagnostic et à l’orientation des patients. En s’appuyant sur les données issues des Résumés de Passage aux Urgences (RPU), collectées par la FEDORU, ces technologies pourraient contribuer à fiabiliser les décisions cliniques, optimiser la gestion des flux et soutenir les professionnels dans un contexte de forte sollicitation.

    Le cas du CHU de Valenciennes :  l’IA prédit jusqu’à 5 jours d’activité aux urgences

    À l’entrée des urgences du centre hospitalier de Valenciennes (CHV), un écran affiche depuis quelques semaines le temps d’attente estimé avant la prise en charge. Alimenté par une intelligence artificielle, cet outil informe les accompagnants dès leur arrivée : le temps peut aller de moins d’une heure à plus de six, selon l’affluence. Cette estimation permet aux visiteurs d’anticiper leur attente, voire de quitter temporairement les lieux. Au-delà de l’information immédiate, le système basé sur l’IA analyse les données pour prédire l’évolution de l’activité hospitalière jusqu’à cinq jours à l’avance. Lorsqu’une hausse de fréquentation de plus de 20 % est détectée – par exemple un passage de 210 à 240 patients quotidiens –, la direction peut déclencher des renforts. L’appel à un médecin supplémentaire se fait alors sur la base du volontariat, avec un délai d’anticipation maximal de 48 heures.

    Un récent AMI pour expérimenter l’IA dans les SAMU et services hospitaliers

    Dans le cadre de sa stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle et de données de santé, la direction générale de l’offre de soins (DGOS), accompagnée par l’Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale (Anap), avait lancé en juillet 2025 un appel à manifestation d’intérêt (AMI) destiné à expérimenter des usages ciblés de l’IA dans les services d’urgence hospitaliers et les centres 15.

    • Premier axe testé : la retranscription automatique des appels reçus par les centres 15. L’objectif est d’améliorer la qualité des dossiers de régulation médicale, d’en renforcer la traçabilité, tout en facilitant le travail des assistants de régulation médicale (ARM) et des médecins. Ce recours à l’IA vise aussi un gain de temps sur les tâches de documentation, pour recentrer les équipes sur l’analyse clinique.
    • Deuxième cas d’usage prévu : l’aide au triage des patients à leur arrivée aux urgences. En mobilisant des données objectivées, les solutions IA devront soutenir la décision des professionnels soignants et médicaux. Il s’agit d’optimiser l’orientation des patients, avec des algorithmes capables d’analyser rapidement les signes cliniques et les antécédents disponibles.
    • Troisième expérimentation soutenue par l’AMI : l’utilisation de l’IA pour estimer en temps réel les durées d’attente et anticiper les flux de patients. L’enjeu est d’ajuster la mobilisation des ressources humaines et logistiques, et de faciliter les parcours en réduisant les engorgements dans les services.

    Un financement total de 4 millions d’euros est prévu pour l’ensemble des projets retenus, afin de couvrir les coûts liés à l’expérimentation (acquisition de matériel, intégration technologique, formation, etc.).

  • Un test prédictif pour éviter une escalade thérapeutique inutile chez 20 % des patientes à haut risque de cancer du sein ER+/HER2–

    Sur 6 164 patientes, un outil classe 20 % des cas à haut risque

    Une équipe dirigée par François-Clément Bidard (Institut Curie) a mis au point un algorithme pronostique intégrant données cliniques et pathologiques classiques à des caractéristiques morphologiques extraites automatiquement de lames histologiques numérisées. Développé à partir de 6 164 dossiers de patientes atteintes de cancer du sein précoce ER+/HER2–, l’algorithme distingue deux groupes : “faible risque” et “non faible risque” de rechute à distance. L’objectif : éviter à certaines patientes considérées à haut risque selon les critères actuels une escalade thérapeutique potentiellement inutile.

    L’outil a été validé de manière indépendante sur deux cohortes de patientes à haut risque ne recevant pas d’inhibiteurs de CDK4/6 : CANTO (n = 402) et UNIRAD (n = 231). L’algorithme a identifié environ 20 % des patientes comme étant à faible risque de rechute malgré des caractéristiques initialement défavorables (tumeur de grade 3, ≥4 ganglions atteints, taille ≥50 mm ou Ki-67 ≥20 %). Dans cette population, le taux de survie sans rechute à distance à 9 ans atteignait 95,4 %, contre 76,8 % dans le groupe “non faible risque”.

    Un algorithme combinant 4 critères cliniques et 10 histologiques atteint 96 % de concordance entre échantillons

    L’algorithme intègre 14 variables : 4 clinico-pathologiques (taille tumorale, grade, nombre de ganglions atteints, pourcentage de cellules PR+) et 10 issues de l’analyse d’image (architecture tumorale, microenvironnement, prolifération). Il dépasse les performances des modèles utilisant uniquement les données cliniques ou histologiques, avec un hazard ratio de 0,21 pour la survie sans rechute à distance (p < 0,001). Les analyses multivariées confirment que ce score apporte une information pronostique indépendante des critères usuels. L’algorithme a montré une robustesse technique élevée, avec plus de 96 % de concordance inter-échantillons et inter-scanners.

    Actuellement, les recommandations internationales suggèrent l’ajout d’un inhibiteur de CDK4/6 chez les patientes présentant des facteurs de haut risque. Ce test permettrait de cibler plus finement les candidates à ces traitements onéreux et potentiellement toxiques. Selon les auteurs, son usage pourrait s’apparenter à celui des signatures génomiques dans les essais TAILORx ou RxPONDER, qui ont permis d’éviter une chimiothérapie chez certaines patientes à risque intermédiaire.

    Le test exclut les tumeurs >5 cm ou ≥10 ganglions, mais reste applicable à 74 % des cas à haut risque

    Le test n’identifie toutefois pas de sous-groupe à faible risque parmi les patientes avec tumeur >5 cm ou plus de 10 ganglions atteints. Son application reste donc limitée à un sous-ensemble des patientes à haut risque. Basé sur des lames histologiques H&E standards et des données cliniques de routine, cet outil se prête à une intégration rapide en pratique hospitalière. Il pourrait être proposé en complément des décisions multidisciplinaires pour affiner les indications thérapeutiques et limiter la surmédicalisation.

    Le développement a été soutenu notamment par l’Institut Curie, le ministère de la Santé, Unicancer et plusieurs partenaires industriels (Spotlight Medical, Novartis, etc.). Les auteurs suggèrent que des essais prospectifs seront nécessaires pour confirmer la valeur clinique du test dans la prise de décision thérapeutique.

    Bidard F-C, Gessain G, Bachelot T, Frechin L, Vincent-Salomon A, Drubay D, Lemonnier J, et al.
    Identifying Patients With Low Relapse Rate Despite High-Risk Estrogen Receptor–Positive/Human Epidermal Growth Factor Receptor 2–Negative Early Breast Cancer: Development and Validation of a Clinicopathologic Assay | Journal of Clinical Oncology  2025;43(XX):JCO-25-00742. doi: 10.1200/JCO-25-00742

  • Commande publique : seuls 30 % des acheteurs formés à l’achat responsable dans la santé (rapport OCDE)

    Achats durables : un retard dans l’intégration des critères environnementaux à l’hôpital

    Le rapport de l’OCDE intitulé « Promouvoir les marchés publics stratégiques et écologiques en France : Professionnaliser la fonction achats de l’État » analyse la capacité des acheteurs publics à intégrer des critères environnementaux à chaque étape du cycle d’achat. L’organisation y rappelle le poids économique des marchés publics – près de 8 % du PIB et plus d’un quart des dépenses publiques – et examine leur rôle dans la mise en œuvre des obligations prévues par la loi Climat et résilience (2021) et le Plan national pour des achats durables 2022-2025.

    En 2023, 54,7 % des marchés publics de l’État comprenaient une dimension environnementale, contre 21 % en 2022. Mais cette progression reste fragile : elle ne garantit pas que les segments les plus émetteurs, comme les achats hospitaliers, soient ciblés de manière prioritaire.

    Des critères environnementaux encore peu pris en compte dans les achats publics : l’OCDE souligne les freins dans le secteur de la santé

    Cycle de vie, connaissance des marchés, segments d’achat …

    Le rapport de l’OCDE souligne plusieurs difficultés spécifiques : manque d’outils de calcul du cycle de vie, connaissance insuffisante des capacités du marché, ou encore difficulté d’intégrer les considérations environnementales dans certains segments d’achat comme les prestations intellectuelles ou certains achats hospitaliers. Dans le secteur de la santé, les acheteurs peinent à intégrer ces exigences dans toutes les étapes du cycle d’achat – définition des besoins, rédaction des appels d’offres, attribution et suivi de l’exécution. La formation reste un levier sous-exploité : seuls 30 % des acheteurs interrogés ont suivi une formation sur les achats responsables au cours des deux dernières années. La dispersion territoriale des acteurs hospitaliers complique également l’accès aux formations et ressources.

    Recommandations pour verdir les achats hospitaliers

    Pour accélérer l’intégration des critères environnementaux dans les achats hospitaliers, l’OCDE recommande de structurer un appui plus ciblé à destination des acheteurs du secteur santé, en tenant compte de leurs contraintes propres (temps, ressources, complexité technique des produits). L’OCDE invite la France à s’inspirer d’initiatives internationales, comme les stratégies ciblées aux Pays-Bas ou les centres d’aide en Belgique, pour accompagner les acheteurs du secteur santé dans cette transition.

    • Déployer des modules de formation courts, contextualisés pour les achats hospitaliers, en binôme acheteur-prescripteur
      La diversité des achats dans le secteur hospitalier – équipements biomédicaux, dispositifs médicaux à usage unique, services externalisés – nécessite des formations spécifiques, courtes, accessibles et orientées vers les cas d’usage. L’OCDE préconise de privilégier un format en binôme acheteur-prescripteur, afin d’assurer une appropriation conjointe des enjeux environnementaux et une meilleure articulation entre définition du besoin et rédaction des marchés.
    • Centraliser les ressources méthodologiques dans un guichet unique d’information
      Les outils existants sont dispersés et parfois méconnus des acteurs hospitaliers. Le rapport souligne l’intérêt de regrouper l’ensemble des guides, référentiels, modèles de clauses et retours d’expérience au sein d’une plateforme nationale accessible, en lien avec le Commissariat général au développement durable (CGDD). Ce guichet unique doit offrir une entrée simplifiée pour les acheteurs hospitaliers et faciliter la mise à jour régulière des ressources disponibles.
    • Développer des outils de calcul spécifiques au secteur santé
      Les acheteurs signalent un manque d’outils adaptés pour évaluer l’impact environnemental des biens et services médicaux. L’OCDE propose la mise à disposition de calculateurs prenant en compte le coût du cycle de vie, l’empreinte carbone ou les déchets générés, adaptés aux équipements hospitaliers ou aux consommables. Ces outils doivent être simples à prendre en main et compatibles avec les contraintes budgétaires et réglementaires propres aux établissements de santé.
    • Mobiliser les référents achats responsables dans les établissements de santé
      Le rapport recommande d’élargir le rôle des référents achats responsables au sein des établissements. Ces agents pourraient devenir des points de contact pour les équipes achats, assurer une veille réglementaire, relayer les bonnes pratiques et coordonner les retours d’expérience sur les démarches d’achats durables. Leur ancrage opérationnel permettrait un accompagnement de proximité, mieux adapté aux réalités de terrain.
    • Inclure les fonctions achat hospitalières dans les campagnes de sensibilisation nationales
      Enfin, l’OCDE souligne la nécessité de ne pas cantonner la communication sur les achats durables aux administrations centrales. Les établissements de santé doivent être pleinement intégrés aux campagnes nationales, avec des messages ciblés et des actions dédiées. Cette visibilité est jugée essentielle pour renforcer l’attractivité de la fonction achat hospitalière et valoriser les démarches déjà engagées sur le terrain.

     

     

    Examens de l’OCDE sur la gouvernance publique – Promouvoir les marchés publics stratégiques et écologiques en France – Professionnaliser la fonction achats de l’État

  • 30 millions d’euros pour renforcer la coordination et la santé publique dans les centres de santé

    Un accord signé après quatre mois de négociation

    Jeudi 28 août, les neuf organisations représentatives des centres de santé (Adedom, FMF, FNMF, FNCS, UNADMR, UNA, C3SI, Fehap, CANSSM) ont conclu avec la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) un nouvel accord national. Négocié depuis le printemps, cet accord, dénoncé en avril dernier dans sa précédente version, vise à consolider le modèle économique des centres de santé en valorisant la coordination des soins, les missions de santé publique et la prise en charge des patients vulnérables. Il représente un investissement de 30 millions d’euros pour l’Assurance maladie à partir de 2026. La présidente de la Fédération nationale des centres de santé (FNCS), Dr Hélène Colombani, souligne que l’accord a nécessité des ajustements importants pour intégrer l’ensemble des structures, y compris les centres de santé dits « atypiques » (ceux s’adressant à des publics spécifiques comme les étudiants, les migrants ou situés en outre-mer). Des groupes de travail sont programmés dès fin 2025 pour leur consacrer un avenant spécifique.

    Simplification, coordination, vulnérabilité : les axes structurants

    Parmi les principales évolutions introduites par l’accord :

    • Suppression des prérequis : remplacés par des indicateurs socles et optionnels, pour alléger le dispositif et en faciliter la lisibilité.
    • Renforcement de la coordination : meilleure articulation entre médecin traitant, infirmier et kinésithérapeute, notamment pour les patients en affection longue durée (ALD) ou percevant l’allocation aux adultes handicapés (AAH).
    • Valorisation des missions de santé publique : un nouvel indicateur prendra en compte l’engagement des structures en matière de santé environnementale.
    • Accompagnement des publics vulnérables : élargissement des critères de calcul de la précarité avec la prise en compte des patients en ALD non bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (C2S) ou de l’aide médicale d’État (AME).
    • Nouvelles modalités de rémunération : introduction progressive de modèles expérimentaux issus des dispositifs « Peps 2 » et « Ipep », avec un calendrier fixé à l’issue de l’expérimentation prévue jusqu’à l’été 2026.

    Vers un contrat territorial pour structurer l’engagement

    À partir du premier semestre 2026, plusieurs groupes de travail thématiques sont prévus. L’un d’eux sera consacré à la création d’un contrat d’initiative territoriale d’amélioration de l’offre de soins (Itaos), censé reconnaître l’engagement des centres dans leur rôle de coordination et de responsabilité territoriale. Ces travaux viseront aussi la valorisation du temps de coordination externe, souvent mobilisé dans les conventions avec d’autres structures locales (hôpitaux, EHPAD, médico-social). La FNCS insiste sur le fait que 60 % des centres de santé ont déjà formalisé de telles coopérations, et que le temps qui leur est consacré doit être reconnu et financé.

    Des mesures d’application immédiate et des chantiers à venir

    Outre les dispositifs à construire, plusieurs mesures sont applicables rapidement :

    • Revalorisation des rémunérations selon les horaires d’ouverture et les missions réalisées.
    • Facilitation du recrutement des assistants médicaux (passage du quota maximal de 4 à 8 contrats par centre, déplafonnement dans les zones sous-denses).
    • Automatisation des contrats démographiques pour tous les professionnels de santé éligibles, à l’exception des centres dentaires.

    Une reconnaissance affirmée par la Cnam

    Pour Thomas Fatôme, directeur général de la Cnam, cet accord marque une reconnaissance formelle du rôle des centres de santé dans l’accès aux soins, la coordination et la qualité. Il affirme que ces structures « ont un rôle encore plus grand à jouer » et salue une approche renouvelée fondée sur le développement de rémunérations forfaitaires liées à l’atteinte d’objectifs. En parallèle, la Cnam et les fédérations poursuivront leurs travaux sur la simplification du tiers payant, l’accès à Amelipro, et d’autres sujets techniques ne relevant pas nécessairement d’un avenant.

  • Innovation santé : le guichet Diagnostic DM de Bpifrance élargit son soutien avec deux nouveaux volets dès septembre 2025

    Bpifrance adapte le guichet Diagnostic aux exigences de l’ANS et de Mon espace santé

    Le guichet Diagnostic Dispositif Médical (DM), piloté par Bpifrance, s’apprête à élargir son champ d’action avec l’ouverture, en septembre 2025, de deux nouveaux volets de financement. Objectif : accompagner les entreprises innovantes dans les démarches de conformité aux référentiels de l’Agence du Numérique en Santé (ANS) et au référencement sur Mon espace santé.

    Mis en place pour aider les startups et PME à naviguer dans le cadre réglementaire des dispositifs médicaux (DM) et de diagnostic in vitro (DMDIV), le guichet Diagnostic DM soutient les étapes clés de la mise sur le marché : mise en conformité aux normes européennes, constitution des dossiers techniques, et validation clinique des produits. Trois volets étaient jusqu’ici couverts :

    • Volet 1 : mise en place d’un système qualité selon la norme ISO 13485.
    • Volet 2 : constitution ou mise à jour de la documentation technique pour le marquage CE des DM (classes IIa, IIb, III) et DMDIV (classes B, C, D).
    • Volet 3 : rédaction de protocoles d’investigation clinique pour démontrer le bénéfice clinique ou médico-économique.

    Cybersécurité et interopérabilité : les nouveaux axes d’accompagnement

    À partir de septembre 2025, deux nouveaux volets viendront renforcer le guichet :

    • Volet 4 : accompagnement à la stratégie de cybersécurité et d’interopérabilité, en lien avec les exigences de l’ANS et les conditions d’accès au catalogue de services de Mon espace santé.
    • Volet 5 : réalisation d’audits de cybersécurité dans le cadre de cette mise en conformité.

    Maintenir la dynamique : un dispositif déjà mobilisé par 264 entreprises

    Depuis son lancement en 2022, le guichet a permis de financer 411 diagnostics auprès de 264 entreprises, pour un montant global de 9 millions d’euros. 192 entreprises issues du secteur de la santé numérique ont bénéficié de 260 diagnostics, représentant plus de 5 millions d’euros d’aides. Bpifrance couvre jusqu’à 50 % des dépenses, avec un plafond de 110 000 euros HT par projet. Ce soutien financier vise à faciliter l’accès au marché des dispositifs médicaux innovants en réduisant les obstacles réglementaires.

    Pour assurer la pérennité du guichet, Bpifrance encourage un recours de la part des entreprises.

     

  • Appel à candidatures : 12 sièges à pourvoir pour la mandature 2025-2030 de la commission nationale d’agrément

    Renforcer la représentation des usagers

    Dans le cadre du renouvellement de la mandature 2025-2030, le ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles engage un appel à candidatures pour nommer 12 membres au sein de la Commission nationale d’agrément des associations représentant les usagers dans les instances hospitalières ou de santé publique (CNAarusp). Cette instance est chargée d’émettre des avis sur les demandes d’agrément, condition préalable à la représentation des associations dans les instances de gouvernance du système de santé.

    La Commission nationale d’agrément intervient en amont des désignations d’associations de patients ou d’usagers dans les établissements de santé et les instances publiques. Elle rend un avis contraignant sur les dossiers d’agrément déposés, fondé sur l’activité des associations et leur capacité à défendre les droits des malades. Les membres de la Commission sont nommés par arrêté ministériel pour une durée de cinq ans. La fonction est exercée à titre bénévole. Les réunions se tiennent une demi-journée par mois, principalement en visioconférence, avec un format en présentiel une fois par trimestre. Les membres peuvent également être mobilisés pour des auditions ou rencontres thématiques, et doivent instruire un à deux dossiers environ dix jours avant chaque séance.

    Profils recherchés et sièges à pourvoir

    Six postes de titulaires et six postes de suppléants sont ouverts, répartis selon deux profils :

    • 3 titulaires et 3 suppléants au titre des personnalités disposant de compétences en santé ou en lien avec les associations ;
    • 3 titulaires et 3 suppléants au titre des personnalités ayant une expérience associative.

    Les candidats doivent avoir une bonne maîtrise des outils numériques, les dossiers étant transmis de manière dématérialisée.

    Dépôt des candidatures ouvert jusqu’au 30 septembre 2025

    Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 30 septembre 2025. Les résultats seront notifiés dans le mois suivant la clôture. Les membres seront nommés par arrêté en novembre 2025, pour une entrée en fonction au 30 novembre. Des précisions sur les missions de la Commission et le dispositif d’agrément sont disponibles sur le site des ministères sociaux.

  • Budget, prévention, et éthique en santé : retour sur les annonces et avancées des chantiers engagés cet été

    Assurance Maladie : 3,9 milliards d’euros d’économies attendues en 2026 grâce à 60 recommandations

    La Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) vise 3,9 milliards d’euros d’économies dès 2026, soit le double de 2025, avec un plan de 60 recommandations présenté dans son rapport « Charges et Produits pour 2026 ». Face à un déficit prévisionnel de 16 milliards en 2025, susceptible d’atteindre 41 milliards d’ici 2030, l’institution alerte sur l’impact du vieillissement et de l’explosion des maladies chroniques, qui pourraient concerner 18 millions de Français en ALD en 2035. Pour infléchir cette trajectoire, la CNAM mise sur la prévention (dépistage généralisé de l’HTA, Nutri-Score, fiscalité sur les produits nocifs, campagnes vaccinales), la coordination des soins entre ville et hôpital, la création d’un statut de “risque chronique” et une meilleure hiérarchisation des prix des médicaments. Le rapport insiste aussi sur la lutte contre la fraude, l’encadrement des arrêts de travail (+28 % en quatre ans) et l’intégration du numérique en santé, avec Mon espace santé, la télésurveillance et l’IA appliquée à la détection des fraudes, à l’imagerie et à la prescription. L’objectif est de générer 22,5 milliards d’euros d’économies cumulées à horizon 2030, dans un contexte de débats avec les industriels du médicament et les professionnels de santé.

    PLFSS 2026 : 5,5 milliards d’économies attendues, franchises médicales et arrêts maladie ciblés

    Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, a détaillé les mesures envisagées pour atteindre 5,5 milliards d’euros d’économies dès 2026 dans le cadre du prochain PLFSS. Parmi elles figurent le doublement du plafond annuel des franchises médicales à 100 €, un encadrement renforcé de la sortie du dispositif ALD, et une révision du remboursement intégral de certaines cures et médicaments à faible service médical rendu. Le gouvernement prévoit aussi un plafonnement des arrêts maladie en ville à 15 jours, voire un mois après hospitalisation, et envisage de transférer une partie du coût des arrêts courts aux employeurs. Sur le plan préventif, la vaccination contre la grippe deviendrait obligatoire en Ehpad. Enfin, l’exécutif cible des baisses tarifaires dans certaines spécialités comme la radiologie ou la dialyse, jugées sur-financées.

    Programme Care : un troisième appel à financement de 45 M€ pour la cybersécurité des hôpitaux

    Ethique et IA en santé : 43 critères pour garantir transparence et équité des IA médicales

    La Délégation au numérique en santé (DNS) a publié en juillet 2025 un guide de 43 critères destinés à encadrer l’éthique des systèmes d’intelligence artificielle médicale. Élaboré après trois ans de travaux collaboratifs et aligné sur l’AI Act européen, ce référentiel opérationnel vise à concilier innovation et confiance des soignants comme des patients. Il couvre l’ensemble du cycle de vie des systèmes d’IA en santé – du cadrage au suivi – et repose sur les valeurs du Cadre de l’éthique du numérique en santé : bienfaisance, non-malfaisance, autonomie, équité et écoresponsabilité. Parmi les recommandations figurent la mise en place de comités scientifiques et éthiques, l’explicabilité des algorithmes, la traçabilité des décisions, la collecte proportionnée des données ou encore la prévention des risques liés à l’IA générative. Bien que non contraignant, ce guide pourrait inspirer de futurs référentiels obligatoires, à l’image de ceux déjà déployés pour la téléconsultation.

    HAS : vers un cadre structuré d’évaluation des dispositifs médicaux numériques à usage professionnel

    La Haute Autorité de santé (HAS), saisie par la Délégation du numérique en santé (DNS), a publié en juillet 2025 une note de cadrage proposant de structurer une démarche d’évaluation des dispositifs médicaux numériques (DMN) à usage professionnel. Constatant l’absence de cadre national et l’hétérogénéité des pratiques, la HAS souligne les risques d’un usage non éclairé et la difficulté pour les établissements ou praticiens d’apprécier la valeur de ces outils. L’objectif est de guider les choix des utilisateurs, favoriser l’adoption de technologies utiles et la production précoce de données probantes, tout en développant des processus d’évaluation agiles et coopératifs. Le projet, qui s’inscrit dans la stratégie 2025-2030 de la HAS sur le numérique et l’IA en santé, prévoit la réalisation d’une cartographie des évaluations existantes, la consultation des parties prenantes et l’élaboration de guides méthodologiques pour permettre à des tiers de réaliser eux-mêmes les évaluations.