4 cadres d’intervention de l’IA en santé mentale
Bien que l’intégration de l’IA en santé mentale représente une avancée majeure pour la médecine prédictive, personnalisée et participative, la mise en place de mécanismes de contrôle, d’éthique et de formation est indispensable pour garantir la sécurité et l’efficacité des soins, mais aussi le respect des droits des patients. Cette technologie promet ainsi de transformer, de différentes manières, la prévention et la prise en charge des patients en santé. Le rapport publié par le collectif Mentaltech, dédié aux usages de l’IA en santé mentale, identifie quatre principaux cadres d’intervention de l’IA dans ce domaine :
1️⃣ la prédiction de valeurs : utiliser des données pour prédire des comportements ou des états émotionnels. Par exemple, identifier une émotion à partir d’une vidéo ;
2️⃣ la génération de texte : faciliter les interactions écrites ou orales, notamment à travers des agents conversationnels permettant d’engager un dialogue en temps réel avec un patient ;
3️⃣ la génération d’activités : créer des exercices ou des jeux thérapeutiques, tels que des activités visant à réduire le stress ;
4️⃣ et la recommandation de ressources : offrir des informations pertinentes aux patients ou au personnel soignant, comme la suggestion d’articles ou de traitements en lien avec les symptômes d’un patient.
Cas d’usages actuels et potentiels de l’IA en santé mentale
Le rapport met en lumière une série d’applications pratiques de l’IA dans le domaine de la santé mentale, organisées autour de trois axes principaux :
📌 Diagnostic et évaluation :
L’IA peut aider à détecter des troubles psychiques à partir de phénotypes numériques, soit par des procédés passifs (analyse de vidéos ou de textes sans interaction directe), soit actifs (réponses à des stimuli). Ces technologies réduisent la subjectivité dans les diagnostics, augmentant la précision tout en posant des défis éthiques liés à la confidentialité et au consentement.
L’aide à la décision clinique permet aux professionnels de santé d’utiliser des algorithmes pour évaluer les risques et les pronostics de leurs patients. Néanmoins, des risques liés à la “boîte noire” des algorithmes, difficiles à interpréter, sont soulignés. Il est important que les professionnels de santé restent au centre de la décision.
📌 Traitement et suivi :
L’IA est employée pour suivre les patients à distance à travers des capteurs biométriques (surveillance du stress, par exemple), et les agents conversationnels fournissent un soutien motivationnel. Ces outils réduisent les barrières à l’accès aux soins, mais comportent des risques si l’IA ne répond pas de manière appropriée aux besoins des patients.
La réalité virtuelle et les jeux sérieux sont également mis en avant comme outils thérapeutiques prometteurs, en particulier pour traiter des phobies ou renforcer les compétences émotionnelles des patients. Ils doivent cependant être encadrés par des experts pour éviter tout risque de frustration ou de mauvaise interprétation.
📌 Amélioration des pratiques et de l’accès aux soins :
L’IA contribue à améliorer l’accès aux soins en facilitant l’orientation des patients et la télésurveillance. Néanmoins, des risques existent en cas d’erreurs d’orientation, pouvant décourager les patients à poursuivre leurs démarches.
Des solutions basées sur l’IA pour la gestion du stress, comme des exercices de relaxation guidés, sont également explorées. Le rapport insiste sur la nécessité de boucles de contrôle humaines pour superviser et ajuster les recommandations faites par l’IA.
Prédiction des crises, suivi, et thérapies préventives : focus sur la prévention
Le rapport du collectif Mentaltech aborde la prévention dans plusieurs sections, notamment en ce qui concerne la détection précoce des troubles et l’amélioration de l’accès aux soins grâce à l’IA :
- Prédiction des crises et des épisodes aigus : L’IA est utilisée pour anticiper les crises (dépression, rechutes, etc.) en se basant sur des données historiques et en temps réel (biométrie, reconnaissance faciale). Cela permettrait de réduire les rechutes et d’améliorer la qualité de vie des patients en identifiant les risques avant qu’ils ne se concrétisent. Cependant, des faux positifs (crises détectées alors qu’elles n’existent pas) et faux négatifs (crises non détectées) sont des risques à prendre en compte.
- Suivi et monitoring : L’IA permet le suivi continu de certains indicateurs de stress ou d’épuisement, ce qui favorise une intervention préventive avant l’apparition de symptômes graves.
- Serious games, VR… Des thérapies préventives : L’IA propose des outils comme les jeux sérieux et la réalité virtuelle pour travailler sur la gestion des émotions, le stress et la prévention des crises en exposant les patients à des situations simulées de manière contrôlée.
Contactée par Health&Tech Intelligence, Alexia Adda, directrice générale de Klava et une des membre du Collectif ayant rédigé ce rapport, est revenue sur la meilleure façon d’intégrer l’IA dans des stratégies globales de prévention en santé mentale : “Pour une meilleure intégration de l’IA dans les stratégies globales de prévention en santé mentale, il est essentiel que les professionnels de santé soient formés à son utilisation dès leur cursus universitaire. Du côté des patients, ils doivent être informés de manière adéquate sur l’utilisation de l’IA et les bénéfices qu’elle peut apporter à leur prise en charge. La formation de ces acteurs constitue donc un enjeu clé.“
Interrogée sur les principaux freins actuels à l’utilisation de l’IA pour la prévention en santé mentale, Alexia Adda explique que les principaux obstacles “résident dans les dérives potentielles qu’elle peut engendrer” :
- une mauvaise utilisation par les patients et les médecins ;
- des erreurs de diagnostic et de suivi ;
- ainsi que des interprétations erronées des résultats, entre autres.
Pour les surmonter, l’intégration de l’IA dans les stratégies de prévention en santé mentale doit, selon elle, être rigoureusement encadrée : “Il est essentiel que le développement de ces technologies soit étroitement supervisé par des humains”, précise-t-elle. Et d’ajouter : “La création de comités externes, composés de médecins, de responsables réglementaires et d’ingénieurs, pourrait assurer un contrôle efficace du bon fonctionnement des IA. De plus, une notice d’utilisation destinée aux patients devrait être rendue obligatoire afin de garantir une utilisation optimale et sécurisée de ces solutions.“
Différents types de technologies exploitables
Parmi les technologies d’IA les plus efficaces actuellement pour la prévention des troubles mentaux, la dirigeante de la start-up basée à Paris et à Nice, cite :
- les chatbots conversationnels, qui orientent les patients vers les structures de soins les plus appropriées ;
- la personnalisation des thérapies via des systèmes de recommandation, permettant de fournir des conseils et traitements adaptés au bon moment ;
- la détection et la prédiction des rechutes, grâce à l’utilisation de capteurs physiologiques et des données déclaratives, notamment pour les personnes souffrant de troubles mentaux récurrents (dépression, bipolarité, etc.).
Recommandations pour un usage encadré de l’IA
En travaillant ensemble, technologues, professionnels de santé et régulateurs pourront exploiter pleinement le potentiel de l’IA tout en limitant ses risques. Pour atténuer ces derniers et maximiser les avantages de l’IA en santé mentale, les auteurs émettent sept préconisations principales :
1️⃣ Élaborer une notice d’information claire pour les utilisateurs : chaque dispositif IA doit expliciter son fonctionnement, ses avantages et ses risques, tout en assurant une information adaptée et compréhensible.
2️⃣ Constituer un comité scientifique pluridisciplinaire : ce comité inclurait des médecins, des experts en IA, des éthiciens, et des spécialistes de la réglementation pour superviser le développement et l’usage des outils.
3️⃣ Impliquer les professionnels de santé dans le développement algorithmique : les médecins doivent jouer un rôle actif dans la création et la validation des algorithmes pour garantir leur pertinence clinique.
4️⃣ Dispenser des formations aux professionnels de santé : ces formations devront inclure l’évaluation des systèmes d’IA et leur usage éthique en santé mentale.
5️⃣ Assurer une explicabilité des décisions prises par l’IA : le cheminement logique des décisions doit être tracé pour permettre aux praticiens de comprendre les conclusions des algorithmes.
6️⃣ Prévenir les conflits d’intérêts : il est impératif de dissocier les acteurs qui développent des outils de dépistage de ceux impliqués dans les traitements pour éviter toute dérive.
7️⃣ Utiliser des métriques adaptées et justifiées : les indicateurs de performance des algorithmes doivent être pertinents pour les cas d’usage spécifiques.






