MAACHETarek

  • Etude : une IA aide à diagnostiquer des maladies en analysant la couleur de la langue

    La langue, un miroir de la santé

    Le diagnostic médical basé sur l’observation de la langue n’est pas nouveau, mais les récentes avancées technologiques ont révolutionné cette approche traditionnelle. La langue peut révéler de nombreux indices sur l’état de santé d’une personne. En bonne santé, elle est généralement rose avec un léger revêtement blanc. Cependant, des modifications dans sa couleur, sa texture, sa forme ou son humidité peuvent signaler la présence et la progression de maladies sous-jacentes, telles que :

    • le diabète : langue jaune ou bleue avec revêtement;
    • le cancer : langue violette avec un revêtement épais ;
    • l’accident vasculaire cérébral (AVC) en phase aiguë : langue rouge et déformée ;
    • l’anémie ou carence en fer : langue blanche ;
    • les maladies hépatiques : langue jaune ;
    • des pathologies vasculaires ou gastro-instestinales : langue indigo ou violette ;
    • ou encore le Covid-19 : langue rose à bordeaux selon la gravité, souvent accompagnée d’inflammation.

    Ces observations cliniques sont souvent subjectives, mais les technologies modernes permettent désormais une analyse objective et automatisée, notamment grâce aux systèmes de vision par ordinateur et aux algorithmes d’apprentissage automatique ou machine learning (ML).

    Une analyse précise grâce à l’IA

    Les chercheurs ont mis au point un système d’imagerie capable d’analyser la langue en temps réel qui se base sur cinq espaces colorimétriques différents (RGB, YcbCr, HSV, LAB et YIQ) et six algorithmes d’apprentissage automatique, dont le Naïve Bayes (NB), le Support Vector Machine (SVM) et l’algorithme XGBoost.

    L’étude s’appuie sur deux ensembles de données :

    • 5 260 images de langues saines et pathologiques, classées en sept catégories de couleurs (rouge, jaune, vert, bleu, gris, blanc, rose) ;
    • et 60 images anormales de langues de patients atteints de diverses maladies (diabète, asthme, Covid-19, anémie…), collectées dans des hôpitaux irakiens entre 2022 et 2023.

    Ces images ont permis d’entraîner et de tester les algorithmes. Les modèles ont ensuite été validés en situation réelle pour vérifier leur efficacité.

    Un système d’imagerie performant :

    Le dispositif d’imagerie se compose d’une caméra haute résolution reliée à un ordinateur exécutant le logiciel Matlab, utilisé pour analyser les images de langue capturées en temps réel. Une interface graphique simplifie cette analyse en affichant la couleur détectée et les maladies associées.

    Grâce à des techniques de segmentation d’image, seules les “zones d’intérêt” de la langue sont extraites, éliminant les éléments parasites comme les lèvres ou les dents. Les images sont ensuite converties dans différents espaces colorimétriques pour une analyse approfondie, avant d’être traitées par des algorithmes d’apprentissage automatique.

    Diagramme en blocs du système d'analyse de la couleur de la langue - @ Technologies, 2024
    Diagramme en blocs du système d’analyse de la couleur de la langue – @ Technologies, 2024

    Résultats : une précision de 96,6 %

    L’algorithme XGBoost a été désigné par les chercheurs comme le modèle principal pour le diagnostic en temps réel, intégrant à la fois des analyses colorimétriques et une prédiction des maladies. Lors de tests en temps réel, le système d’imagerie utilisant XGBoost a atteint une précision globale de 96,6 %, ce qui en fait un outil prometteur pour la détection rapide de pathologies via l’observation de la langue.

    Parmi les six algorithmes testés :

    • XGBoost a montré la plus grande précision avec 98,71 % ;
    • suivi de près par d’autres modèles comme le SVM et le k-plus proches voisins (KNN) ;
    • l’algorithme Naïve Bayes, bien qu’efficace, a obtenu une précision plus faible de 91,43 %.
    Un exemple d'image d'une langue rose (cas sain) capturée en temps réel - @ Technologies, 2024
    Un exemple d’image d’une langue rose (cas sain) capturée en temps réel – @ Technologies, 2024

    Une innovation prometteuse, mais des défis à relever

    Cette étude démontre que les avancées en IA peuvent transformer des méthodes traditionnelles en solutions modernes, sécurisées et efficaces pour le diagnostic médical. Les chercheurs soulignent que cette approche ouvre la voie à des applications cliniques pratiques et rentables, notamment dans les configurations de point-of-care. Cependant, plusieurs défis restent à relever, notamment liés aux réflexions de la caméra qui peuvent altérer la précision des couleurs analysées. Pour y remédier, les études futures devront intégrer des processeurs d’image plus performants et des techniques d’apprentissage profond pour augmenter encore la fiabilité du diagnostic. Le système étudié dans le cadre de cette recherche ouvre néanmoins de nouvelles possibilités pour le diagnostic de la langue dans une approche de médecine prédictive.

     

     

    * Tongue Disease Prediction Based on Machine Learning Algorithms

    Hassoon, A.R.; Al-Naji, A.; Khalid, G.A.; Chahl, J.

    Technologies, 2024, 12, 97. https://doi.org/10.3390/technologies12070097

  • Prévention : vaccination et dépistage au cœur des enjeux de santé en entreprise (conférence MGEN)

    Parmi les leviers de l’amélioration de la santé au travail, la vaccination et le dépistage se présentent comme des priorités pour les entreprises et, plus généralement, pour le système de santé. Quels dispositifs innovants existent-ils aujourd’hui ? Comment passer à l’action et quels sont les résultats attendus ? Pour répondre à ces questions, le groupe MGEN a organisé, le 25 septembre à Parisanté Campus, une conférence où experts et acteurs du secteur ont abordé les enjeux et innovations dans le domaine du dépistage et de la vaccination, en mettant l’accent sur le rôle des entreprises dans la prévention de la santé de leurs salariés.

    Des avancées prometteuses pour la prévention

    Le Pr Odile Launay, professeur en maladies infectieuse à l’Université Paris Cité et coordinatrice du Centre d’investigation clinique de vaccinologie Cochin-Pasteur, a ouvert la conférence en présentant les innovations dans le domaine de la vaccination, notamment la possibilité nouvelle d’administrer des vaccins par voie nasale. Cette approche permettrait d’améliorer l’immunité mucosale, un complément intéressant aux vaccins existants, notamment contre le Covid-19, et pourrait, à terme, contribuer à élargir l’offre vaccinale.

    Un grand impact sur la prévention des cancers :

    Après avoir évoqué le rôle croissant des pharmaciens, qui pourraient devenir des acteurs majeurs du parcours vaccinal, rendant le processus plus fluide pour le grand public, le Pr Launay a souligné la place des vaccins dans la prévention des cancers, citant l’exemple du vaccin contre le HPV (virus du papillome humain), qui non seulement prévient l’infection, mais réduit aussi à long terme les risques de complications graves comme le cancer du col de l’utérus. Elle s’est appuyée sur des études internationales, menées notamment en Australie et au Royaume-Uni, qui montrent que l’éradication du cancer du col de l’utérus est envisageable grâce à la vaccination.

    Le rôle des employeurs en matière de prévention :

    S’agissant de l’intérêt que peuvent jouer les employeurs pour la santé de leurs patients, à travers des actions préventives concrètes, Jérémie Sécher, directeur général adjoint stratégie transformation coopération et risques de MGEN, rappelle que les infections, ainsi que leurs complications, peuvent entraîner des arrêts de travail significatifs, comme observé pendant la pandémie de Covid-19. Il a noté que la majorité de la population n’est pas opposée à la vaccination, mais qu’une grande fraction des hésitants nécessite surtout des informations claires concernant la sécurité des vaccins et leur accessibilité, que ce soit dans les pharmacies ou en entreprise.

    Les employeurs doivent assumer une responsabilité accrue en matière de santé et de sécurité au travail, en assurant des conditions optimales et en soutenant les personnes en situation de vulnérabilité. Des entreprises comme la MGEN organisent des campagnes de vaccination, notamment contre la grippe en automne, sensibilisant ainsi leurs collaborateurs aux enjeux de la vaccination et du dépistage. Jérémie Sécher a également mentionné que le retour sur investissement de la prévention est considérable : « entre 2 à 4,8 euros pour chaque euro investi », grâce à la réduction du taux d’absentéisme et des coûts qui lui sont associés.

    Une accélération de l’innovation grâce à l’IA :

    Afin d’illustrer la révolution en cours de ces méthodes et pratiques, Dr Tarek Maache, consultant chez Care Insight, a présenté quelques points clés de l’étude Health&Tech Intelligence sur l’IA et la prévention. Parmi les 42 cas d’usage de l’IA en prévention​ définis dans cette étude, quatre exemples spécifiques à la vaccination et au dépistage ont été partagés avec l’audience de cette conférence :

    dans la vaccination :

    • l’atténuation de l’hésitation vaccinale par des campagnes d’information et de sensibilisation ciblées ;
    • et la planification des rendez-vous de vaccination ainsi que l’automatisation des rappels.

    dans le dépistage :

    • l’analyse du profil génétique pour identifier les prédispositions à certaines maladies ;
    • et la recommandation de plans de prévention personnalisés, incluant des modifications de mode de vie, un dépistage régulier et des interventions ciblées.

    Plusieurs initiatives déjà en place

    Mon Espace Santé (MES), la plateforme dédiée à la centralisation des informations médicales, est, selon Pierre Dubreuil, directeur de projet, Délégation au numérique en santé (DNS), un moyen d’améliorer la prévention : elle plateforme propose des fonctionnalités spécifiques pour le dépistage, la vaccination et des bilans de santé préventifs adaptés aux différentes tranches d’âge. Cela s’avère d’autant plus pertinent que le taux d’utilisation de MES continue d’augmenter, avec une couverture atteignant 97 % de la population française. Pierre Dubreuil rapporte que plus de 14,4 millions d’utilisateurs ont déjà activé leurs comptes, avec « une dynamique continue » dans l’utilisation de l’application.

    Pour sa part, Matthieu Girier, directeur de la performance des ressources humaines à l’Agence nationale d’appui à la performance (Anap), a observé qu’une hésitation à l’égard de la vaccination peut être observée dans certaines situations, comme cela a été le cas face aux vaccins anti-Covid-19. Il a, par ailleurs, plaidé pour un passage d’une logique curative à une logique plus préventive, soulignant l’importance de l’alliance qui est en train de se construire, au niveau des services publics, autour de la prévention.

    Un virage préventif en entreprise :

    Un changement d’état d’esprit serait-il en train de s’opérer dans les entreprises depuis la pandémie du Covid-19 ? Oui, d’après Nicolas Baudelot, cofondateur de Medicalib, du moins en ce qui concerne le dépistage et la vaccination. Les employeurs prennent conscience de leur rôle dans la santé de leurs salariés, et cela génère un enthousiasme notable envers les campagnes de dépistage des maladies chroniques, par exemple. Nicolas Baudelot recommande ainsi aux entreprises de sonder régulièrement leurs salariés sur leurs attentes en matière de santé et de s’engager dans la mise en place de dispositifs d’information et de dépistage, tout en veillant au respect de la confidentialité de leurs informations personnelles.

    L’incitation et la récompense plutôt que la culpabilisation :

    Directrice de la prévention chez MGEN, Mélusine Harlé a quant à elle insisté sur l’importance de changer de paradigme culturel en matière de prévention. Elle a expliqué que les recherches en neurosciences montrent que des mécanismes d’incitation et de récompense sont efficaces pour encourager des comportements préventifs. D’où l’importance d’une approche basée sur la communication positive et la prise en compte des déterminants de santé lors de la conception d’actions de prévention. Deux expérimentations récentes, un Check-up santé et un bus médical pour le dépistage du cancer de la peau, illustrent l’engagement de la MGEN dans cette démarche.

    Une troisième initiative, en partenariat avec Medicalib, consiste en des sessions de dépistage qui ont été organisées en juillet 2024, et qui portaient sur le diabète et les maladies cardiovasculaires, a rencontré un grand succès auprès des salariés, selon Mélusine Harlé et Nicolas Baudelot. Ses résultats montrent que 98 % des salariés inscrits ont répondu présents et que 30 % d’entre eux ont pu être réorientés vers leur médecin traitant pour un suivi supplémentaire.

     

  • Les apports du numérique au bien-vieillir : moins 20% de chutes chez les personnes âgées

    Des usages tout au long du parcours de vie

    Le numérique prend une place de plus en plus grandissante dans les stratégies de bien-vieillir. Il contribue, sur plusieurs plans, à l’amélioration de l’état de santé et du bien-être, tant des seniors que de leurs aidants, leurs proches et les professionnels de santé qui les prennent en charge, notamment :

    • l’autonomie ;
    • la prévention ;
    • le suivi médical et la gestion des soins ;
    • la qualité de vie ;
    • ainsi que le soutien de l’entourage et la socialisation.

    Dans cet article, Health & Tech Intelligence recense les principaux apports du numérique rapportés dans la littérature scientifique.

    Autonomie et suivi médical à distance :

    Le numérique permet aux seniors de surveiller leur santé à distance grâce à des dispositifs connectés (capteurs, montres intelligentes, applications de santé). Cela facilite le suivi des maladies chroniques et améliore la prévention des complications médicales.

    Les travaux sur la télésurveillance des personnes âgées ne sont pas nouveaux. Une étude d’il y a plus de 10 ans (Pecina et al., 2013) explore les effets de la télésurveillance sur la qualité de vie des personnes âgées atteintes de maladies chroniques. Elle montre comment la télémédecine améliore les résultats de santé tout en réduisant les hospitalisations (1).

    Une autre étude (Jahromi et al., 2023) analyse les effets de la télémédecine sur la qualité de vie des personnes âgées, en particulier en matière de sécurité et de soutien à domicile, où elle permet une plus grande indépendance pour les seniors (2).

    Prévention des chutes et sécurité :

    Les technologies numériques, telles que les systèmes de surveillance intelligents et les capteurs, contribuent à la prévention des chutes, qui représentent un risque majeur pour les seniors. L’usage de capteurs domestiques et de systèmes d’alerte en cas de chute améliore la sécurité des personnes âgées vivant seules, réduisant ainsi l’anxiété liée à la mobilité et aux accidents à domicile​.

    L’étude (Delbaere et al., 2021) sur le programme StandingTall en Australie a montré que, bien que le programme d’exercice d’équilibre basé sur une application numérique n’ait pas eu d’effet significatif sur les résultats primaires (taux de chutes et proportion de personnes ayant fait une chute après 12 mois), il a permis de réduire de 16 % le taux de chutes et de 20 % le nombre de chutes avec blessures sur une période de deux ans. Les participants ont aussi montré des améliorations modestes en équilibre debout et qualité de vie, avec une bonne adhésion au programme, mais les différences après 12 mois n’étaient pas statistiquement significatives (3).

    Amélioration de la qualité des soins :

    Le numérique permet une gestion plus précise des soins grâce à des plateformes de suivi des traitements, des applications pour rappeler les prises de médicaments et des téléconsultations avec les professionnels de santé.

    ​Une étude (Ienca et al., 2021) sur les interventions numériques pour un vieillissement en bonne santé montre que ces technologies peuvent améliorer la sécurité et l’autonomie des personnes âgées, contribuant ainsi à une meilleure qualité des soins en favorisant leur maintien à domicile plus longtemps. Cependant, elle souligne également que pour être efficaces, ces solutions doivent être bien adaptées aux capacités des utilisateurs, en particulier en ce qui concerne la littératie numérique et les préférences individuelles ​(4).

    Socialisation et lutte contre l’isolement :

    Les plateformes numériques permettent de maintenir le lien social à travers des appels vidéo, des réseaux sociaux, ou des applications dédiées aux seniors, réduisant ainsi l’isolement social, un facteur aggravant de la détérioration de la santé mentale chez les personnes âgées. L’utilisation de technologies comme les tablettes et les applications de messagerie pour les seniors favorise le maintien des interactions sociales, réduisant ainsi les sentiments de solitude et améliorant la qualité de vie globale des personnes âgées​.

    Une étude (Alison et al., 2023) de la Johns Hopkins University montre que l’isolement social est un facteur de risque important pour la démence chez les personnes âgées. Elle suggère que des technologies simples, comme l’utilisation de téléphones mobiles ou d’e-mails, peuvent significativement réduire ce risque. Le recours à ces technologies de communication a permis de réduire l’isolement social chez les personnes âgées vivant à domicile, ce qui a contribué à une baisse de 31 % du risque d’isolement (5).

    Soutien aux aidants et professionnels de santé :

    Les technologies de santé numérique permettent aussi de soulager les aidants en leur offrant des solutions de surveillance à distance des seniors, ainsi que des informations en temps réel sur l’état de santé de leurs proches. Les systèmes de télésurveillance et de notifications en temps réel allègent considérablement la charge mentale et physique des aidants familiaux, leur permettant de concilier plus facilement leurs responsabilités quotidiennes avec l’accompagnement des seniors​.

    Une autre étude (Hongtu Chen et al., 2023) publiée dans Frontiers explore les innovations technologiques pour aider les aidants des personnes âgées. L’utilisation de technologies de l’information et de la communication (TIC), comme les systèmes numériques de formation et de soutien, aide les aidants à acquérir des compétences pour mieux gérer les patients atteints de troubles cognitifs, tout en améliorant leur propre bien-être. Ces technologies permettent une meilleure communication et un meilleur accès aux informations sur les soins (6).

    Rééducation et maintien des capacités cognitives :

    Le numérique permet également des activités de rééducation cognitive via des jeux interactifs, des applications d’entraînement cérébral, et des outils de stimulation cognitive, essentiels pour prévenir les maladies neurodégénératives. L’utilisation régulière d’applications de stimulation cognitive par les seniors aide à ralentir le déclin cognitif chez les personnes à risque de démence et d’Alzheimer, améliorant ainsi leur autonomie et qualité de vie.

    Selon une étude (Dequanter et al., 2021) portant sur l’utilisation des technologies mobiles, les outils numériques tels que les appels vidéo et les réseaux sociaux améliorent l’engagement cognitif des personnes âgées, réduisant ainsi les sentiments de solitude et contribuant à maintenir leurs capacités mentales. Cette utilisation des technologies contribue à une meilleure qualité de vie et à une réduction des symptômes de dépression chez les personnes âgées isolées (7).

    Bibliographie :

    • (1) Impact of telemonitoring on older adults health-related quality of life: the Tele-ERA study. Pecina, J.L., Hanson, G.J., Van Houten, H. et al. Qual Life Res 22, 2315–2321 (2013). https://doi.org/10.1007/s11136-013-0361-5
    • (2) Eslami Jahromi, M., Ayatollahi, H. Impact of telecare interventions on quality of life in older adults: a systematic review. Aging Clin Exp Res 35, 9–21 (2023). https://doi.org/10.1007/s40520-022-02294-7
    • (3) Delbaere K, Valenzuela T, Lord SR, Clemson L, Zijlstra GAR, Close JCT, Lung T, Woodbury A, Chow J, McInerney G, Miles L, Toson B, Briggs N, van Schooten KS. E-health StandingTall balance exercise for fall prevention in older people: results of a two year randomised controlled trial. BMJ. 2021 Apr 6;373:n740. doi: 10.1136/bmj.n740. Erratum in: BMJ. 2021 Aug 17;374:n1908. doi: 10.1136/bmj.n1908. PMID: 33824131; PMCID: PMC8022322.
    • (4) Ienca, M., Schneble, C., Kressig, R.W. et al. Digital health interventions for healthy ageing: a qualitative user evaluation and ethical assessment. BMC Geriatr 21, 412 (2021). https://doi.org/10.1186/s12877-021-02338-z
    • (5) Social isolation and 9-year dementia risk in community-dwelling Medicare beneficiaries in the United States Alison R. Huang PhD, David L. Roth PhD, Tom Cidav MS, Shang-En Chung ScM, Halima Amjad MD, MPH, PhD, Roland J. Thorpe Jr. PhD, Cynthia M. Boyd MD, MPH … See all authors First published: 11 January 2023
    • (6) Technological innovations to address social isolation and loneliness in older adults. Hongtu Chen, Sue E. Levkoff, Helianthe Kort, Quentin A. McCollum, Marcia G. Ory. Editorial article, Front. Public Health, 06 February 2023, Sec. Aging and Public Health, Volume 11 – 2023
    • (7) The effectiveness of e-Health solutions for ageing with cognitive impairment: a systematic review. Dequanter S, Gagnon M-P, Ndiaye M-A, Gorus E, Fobelets M, Giguére A, et al. Gerontologist. (2021) 61:e373–94. doi: 10.1093/geront/gnaa065

     

  • Usage du numérique par les seniors : Impliquer les utilisateurs dés la conception des outils

    Le “double visage” de la Silver Tech ?

    Le vieillissement croissant de la population entraine de nouveaux enjeux sociétaux et socio-économiques, notamment en termes d’adaptabilité des technologies, qui interpellent de nombreux scientifiques. Plusieurs projets et travaux de recherche sur la numérisation de la santé des personnes âgées sont menés dans différents pays. Une numérisation parfois considérée comme ayant un double visage, ou un « visage de Janus » (divinité romaine de la dualité qui a deux visages), pour illustrer la dualité des avantages et des inconvénients ou défis des technologies numériques.

    L’idée qui veut que les personnes âgées soient souvent perçues comme ayant du mal à s’adapter aux avancées technologiques est pourtant en train de changer. De plus en plus de seniors adoptent et bénéficient des nouvelles technologies. Les outils de santé numérique offrent de nombreux avantages pour améliorer leur prise en charge, leur qualité de vie, leur autonomie et leur bien-être :

    en 2017 déjà, une enquête réalisée par Odoxa montrait que 60 % des personnes âgées étaient positives quant au potentiel de l’intelligence artificielle (IA), contre 51 % des actifs seulement ;

    en 2024, le Baromètre du numérique 2023 rapporte que, désormais, 64 % des personnes âgées de 70 ans ou plus sont internautes.

    Principaux bénéfices perçus :

    Lorsqu’ils les adoptent, les utilisateurs finaux des technologies de santé du grand âge peuvent en percevoir de nombreux avantages, dans au moins cinq domaines :

    • autonomie : les objets connectés (IoT), comme les capteurs de chute, ou la domotique permettent aux personnes âgées de vivre de manière plus autonome en réduisant leur dépendance vis-à-vis des aidants ou des membres de leur famille ;
    • sécurité et santé : les outils de télésurveillance médicale ou de téléassistance peuvent aider les seniors à surveiller leur état de santé en temps réel (tension artérielle, rythme cardiaque, prises de médicaments, etc.), permettant à leurs soignants de suivre leur évolution et d’intervenir rapidement si besoin ;
    • socialisation et inclusion : les réseaux sociaux, les robots compagnons et les outils de communication immersifs permettent à la personne âgée de rester en contact avec ses proches et de lutter contre l’isolement social, un problème fréquent notamment dans les établissements médicosociaux ;
    • stimulation cognitive : la réalité virtuelle (VR), les jeux numériques et les tablettes interactives adaptées aux seniors représentent des opportunités pour eux de rester actifs mentalement et découvrir de nouvelles formes de divertissement ;
    • simplification du quotidien : les assistants vocaux, les robots et les chatbots peuvent faciliter la gestion des tâches quotidiennes et répondre aux questions de santé pour rassurer ou orienter, le cas échéant, les personnes âgées dans leur parcours de soin.

    Défis à l’adoption des technologies :

    Les innovations de santé au service des personnes âgées font face aux mêmes défis que les technologies des autres champs de la vie des personnes âgées. Plusieurs obstacles freinent ainsi leur adoption et leur inscription dans les usages routiniers :

    • littératie numérique : n’étant, pour la plupart d’entre eux, pas digital natives, les seniors peuvent être intimidés par l’utilisation de certains dispositifs numérique, leur crainte de mal utiliser ces outils ou de commettre des erreurs peut limiter leur adoption ;
    • complexité des interfaces : les interfaces utilisateur de certaines technologies ne sont pas toujours adaptées aux seniors, en particulier pour ceux ayant des problèmes de vision, de motricité ou de compréhension, la complexité perçue des appareils peut décourager leur utilisation régulière ;
    • freins psychologiques : selon un retour d’expérience des Relais numériques d’Emmaüs Connect, certaines personnes âgées peuvent présenter des signes de démotivation, d’anxiété ou “des performances moindres lors de l’apprentissage du numérique en conséquence de l’intégration du stéréotype négatif sur les seniors vis-à-vis du numérique”, cela s’accompagne parfois de “signes de dépression : un sentiment d’inutilité, de solitude, d’abandon, d’être une charge pour les autres et la société” ;
    • manque de formation et de soutien : les seniors peuvent se sentir démunis face à un manque de formation ou de soutien technique pour utiliser ces technologies, sans accompagnement personnalisé, leur adoption est souvent partielle ou temporaire ;
    • coûts et modèles économiques : bien que prometteuses, les solutions de Silver Tech peuvent être coûteuses et donc considérées comme inaccessibles par beaucoup de seniors disposant de revenus modestes, surtout s’ils ne bénéficient pas d’aides financières ;
    • préoccupations liées à la vie privée : comme chez tous les groupes démographiques, l’utilisation d’outils numériques soulève des inquiétudes quant à la protection des données personnelles, notamment pour les dispositifs de suivi de santé ou de géolocalisation.

    Quels axes d’amélioration pour mieux répondre aux besoins des seniors ?

    Face à une perception de la Silver Tech par les seniors oscillant entre enthousiasme et appréhension, l’apport de la santé numérique pour cette population demeure indéniable (autonomie, gestion de la santé lutte contre l’isolement). C’est un allié pour améliorer la qualité de vie des personnes âgées. Pour une adoption réussie et généralisée, plusieurs actions peuvent être mises en place pour simplifier l’usage et renforcer la littératie numérique et de santé.

    📌 Simplifier les interfaces numériques :

    Il est essentiel de concevoir des interfaces intuitives et adaptées aux besoins spécifiques des seniors. Cela inclut des interfaces vocales, des textes agrandis, des couleurs contrastées et des commandes rapides. Des dispositifs plus ergonomiques pourraient aussi réduire les obstacles liés aux handicaps physiques.

    📌 Former et accompagner :

    Des programmes de formation réguliers pour initier les seniors aux nouvelles technologies, avec des ateliers pratiques et des supports pédagogiques simples, pourraient améliorer leur adoption. De tels modules peuvent être intégrés dans le parcours d’éducation thérapeutique de gérontologie.

    📌Adapter les financements :

    Proposer des solutions financières durables pour rendre ces technologies plus accessibles (subventions, remboursements via les assurances ou les mutuelles) reste le meilleur moyen pour faciliter leur acquisition et leur utilisation.

    📌 Renforcer la confiance en matière de sécurité :

    Il est primordial d’offrir des garanties de confidentialité solides, en communiquant de manière claire sur la gestion des données personnelles et en offrant des moyens de contrôle sur les informations partagées par les dispositifs.

    📌 Impliquer les utilisateurs dès la conception :

    Impliquer les utilisateurs finaux dans le processus de conception des technologies permet de mieux comprendre leurs attentes, leurs besoins réels et leurs limitations. Cela conduit à des solutions mieux adaptées à leur quotidien et augmente leur acceptation.

    Bénéfices, défis et axes d’amélioration

    L’acceptabilité et l’accessibilité des silver techs en santé varient selon les trois groupes d’utilisateurs cibles :

    • les seniors ;
    • les professionnels de santé ;
    • et les aidants.

    Chacun de ces groupes perçoit ces solutions avec des avantages et des obstacles spécifiques.

    Cibles Bénéfices perçus défis Axes d’amélioration
    Seniors Autonomie accrue
    Bienêtre et sécurité
     Complexité des outils
    Fracture numérique
    Inquiétudes sur la vie privée
     Simplification des interfaces
    Formation dédiée
    Accessibilité financière
    Professionnels de santé  Suivi médical à distance
    Précision des données
     Surcharge de travail
    Manque de formation
    Doute sur la fiabilité des données
     Formation continue
    Meilleure intégration des outils numériques
    Aidants  Soulagement de la charge
    Soutien émotionnel
     Apprentissage difficile
    Coût des technologies
     Soutien technique pour les aidants
    Solutions financières adaptées

    Sources :

    • Pirhonen, J., Lolich, L., Tuominen, K., Jolanki, O., Timonen, V. (2018). “These devices have not been made for older people’s needs” – Older adults’ perceptions of digital technologies in Finland and Ireland. Technology in Society, 62.
    • Takano, E.; Maruyama, H.; Takahashi, T.; Mori, K.; Nishiyori, K.; Morita, Y.; Fukuda, T.; Kondo, I.; Ishibashi, Y. User Experience of Older People While Using Digital Health Technologies: A Systematic Review. Appl. Sci. 2023, 13
    • Ienca, M., Schneble, C., Kressig, R.W. et al. Digital health interventions for healthy ageing: a qualitative user evaluation and ethical assessment. BMC Geriatr 21, 412

     

  • Automatisation, data, IA… Comment les organisations de santé se positionnent-elles ? (Future health index)

    Des attentes et des craintes

    L’édition 2024 du “Future Health Index”, une enquête internationale sur l’avenir de la santé réalisée par Philips, analyse les priorités et les perspectives de 3 000 dirigeants du secteur issus de 14 pays (dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Chine et l’Inde). Face aux pénuries de personnel, aux contraintes financières et à une demande croissante de soins, les systèmes de santé peinent à fournir des soins de qualité, accessibles à tous et au bon moment. Ce rapport explore les lacunes et les solutions possibles pour surmonter ces obstacles. Parmi les défis majeurs auxquels doivent faire face les systèmes de santé à travers le monde, les répondants soulignent les pénuries de personnel, les contraintes financières ainsi que l’accès limités à des soins de qualité.

    Renforcée par des entretiens qualitatifs, cette enquête rapporte notamment les résultats suivants :

    • 99 % des dirigeants estiment que l’automatisation des tâches répétitives est essentielle pour pallier les pénuries de personnel ;
    • 94 % font face à des défis d’intégration des données, ce qui affecte la capacité à fournir des soins de qualité en temps voulu ;
    • 89 % des dirigeants estiment que les soins virtuels peuvent contribuer à résoudre les pénuries de personnel ;
    • 87 % craignent que l’intelligence artificielle (IA) n’accentue les disparités en matière de santé en raison des biais dans les données ;
    • 65 % estiment que les professionnels de santé sont sceptiques quant à l’utilisation de l’automatisation ;
    • les principaux domaines cliniques d’application de l’IA sont : la surveillance des patients hospitalisés, la gestion de la médication, planification des traitements, radiologie et soins préventifs.

    L’automatisation, solution prometteuse mais controversée ?

    La grande majorité des dirigeants sondés (92 %) est optimiste quant à l’avenir de l’automatisation des tâches répétitives. Ils y voient une réponse aux pénuries de personnel et un moyen de libérer du temps soignant pour les professionnels de la santé. Ils reconnaissent cependant que leurs équipes de professionnels de santé restent réticentes face à cette évolution. Une inquiétude encore plus marquée dans le domaine de la radiologie. Ce scepticisme s’explique notamment par des préoccupations concernant la qualité des soins et la perte potentielle de compétences clés si l’automatisation prend une très grande place dans la pratique.

    Priorité aux processus administratifs :

    Aujourd’hui, l’automatisation est principalement utilisée pour alléger la charge administrative, comme la gestion des rendez-vous. Les dirigeants identifient la priorisation des flux de travail comme la plus grande opportunité des trois prochaines années. Cela pourrait aider les professionnels à gérer un volume important de patients, grâce à des systèmes de tri automatisés ou à l’analyse préliminaire des images médicales.

    Un autre secteur où l’automatisation est envisagée concerne la maintenance des équipements médicaux. En outre, l’automatisation de la documentation et des comptes rendus, qui pourrait permettre aux cliniciens de passer plus de temps avec les patients et moins sur la documentation, fait partie des plan prioritaires des dirigeants ayant participé à cette enquête.

    Etat actuel et futur du déploiement de l'automatisation - @ Philips
    Etat actuel et futur du déploiement de l’automatisation – @ Philips

    L’évolution de l’IA : de l’exploration à la mise en œuvre

    Les résultats du Future Health Index montrent que les dirigeants de la santé ont déjà commencé à intégrer l’IA pour le soutien à la décision clinique dans plusieurs domaines hospitaliers. Parmi les principaux domaines d’application figurent :

    • surveillance des patients hospitalisés ;
    • gestion de la médication ;
    • planification des traitements ;
    • radiologie ;
    • et soins préventifs.

    L’IA s’étend des hôpitaux aux domiciles :

    Au cours des trois prochaines années, les leaders de la santé prévoient de mettre l’accent sur l’implémentation de l’IA dans le suivi des patients à distance, avec pour objectif d’améliorer les soins au-delà des murs de l’hôpital.

    Malgré son déploiement croissant, les inquiétudes concernant les biais de données persistent, nécessitant une vigilance accrue pour garantir une utilisation équitable et efficace de l’IA dans la santé.

    Cas d'usage actuels et futurs de l'IA pour l'aide à la décision clinique - @ Philips
    Cas d’usage actuels et futurs de l’IA pour l’aide à la décision clinique – @ Philips

    L’essor de l’IA générative :

    L’IA générative (GenAI) intéresse de plus en plus les dirigeants du secteur de la santé, surtout depuis l’année dernière. Le rapport rapporte que 85 % d’entre eux investissent déjà ou prévoient d’investir dans cette technologie dans les trois prochaines années. Toutefois, des disparités existent selon les pays en ce qui concerne la rapidité de son adoption, ce qui reflète également les différences dans les cas d’usage de l’IA d’aide à la décision clinique.

    L’enjeu grandissant du développement durable

    86 % des dirigeants du secteur de la santé estiment que réduire les émissions de CO2 et l’impact environnemental des soins de santé doit être une priorité pour le secteur. 90 % pensent que cela devrait également figurer en tête des priorités des gouvernements.

    Conscients de cette urgence, ils mettent déjà en place certaines actions stratégiques :

    • le recyclage des déchets ;
    • l’élimination des substances dangereuses ;
    • la conservation de l’eau ;
    • et la réduction de la consommation énergétique.

    D’ici trois ans, ils prévoient d’aller plus loin avec des mesures comme la sélection de fournisseurs ayant des objectifs de durabilité, l’adoption de pratiques d’achat durable, l’utilisation d’équipements circulaires ainsi que l’investissement dans des bâtiments et infrastructures écologiques.

     

     

    * Better care for more people. Bridging the gaps in healthcare. Philips, 2024.

     

  • ESMO 2024 : le modèle d’IA GigaPath révolutionne la prédiction des mutations du cancer

    Un modèle performant pour la prédiction des mutations

    Présenté lors de l’édition 2024 du congrès de la Société européenne d’oncologie médicale (ESMO), le modèle d’IA soutenu par Microsoft, GigaPath, a démontré sa capacité à prédire les mutations du cancer, en particulier dans le cas des cancers du poumon. Il s’est démarqué en devançant ainsi les autres méthodes existantes, avec :

    • un score Auroc (mesure utilisée pour évaluer la performance d’un modèle de classification) de 0,626 pour l’adénocarcinome pulmonaire ;
    • et une précision de 18,7 % pour la prédiction de la charge mutationnelle tumorale (TMB).

    Cela marque une avancée significative dans la précision des prédictions liées à certaines mutations génétiques comme celles du gène EGFR, et pourrait favoriser l’optimisation des traitements en oncologie et renforcer l’utilisation de la médecine personnalisée.

    Amélioration des prédictions de la charge mutationnelle :

    GigaPath se base sur un vaste jeu de données de pathologie numérique comprenant plus d’un milliard d’images provenant de 28 centres de cancérologie du réseau de santé américain Providence, et collectées auprès de 30 000 patients, couvrant au total 31 types de tissus majeurs. L’intégration de données génomiques et cliniques dans son apprentissage renforce sa robustesse et sa capacité à traiter des cas variés, ce qui lui permet de modéliser des contextes pathologiques complexes.

    Malgré les progrès dans le domaine de la pathologie numérique, l’impact global de l’IA reste limité jusqu’à présent. Cependant, des modèles comme GigaPath promettent de changer la donne, grâce à leur capacité à apprendre sans étiquettes prédéfinies et à généraliser les informations issues des images. Le modèle est également accessible en open source, permettant aux chercheurs d’améliorer les résultats de manière continue et indépendante et de réaliser des tests dans d’autres domaines médicaux.

    Ayant pour objectif de prédire, avec une précision accrue, la charge mutationnelle des tumeurs et les mutations spécifiques, GigaPath exploite l’IA pour analyser les biopsies et résections tumorales, en intégrant des informations issues des données génomiques et des rapports pathologiques.

    Une avancée vers la médecine personnalisée

    L’IA commence déjà à s’intégrer à diverses modalités d’imagerie, comme les scanners et IRM, et même à interagir via la voix avec des bases de données de patients. GigaPath ouvre la voie à une utilisation plus efficace de la pathologie numérique, rendant la médecine plus précise et adaptable aux besoins des patients. Il pourrait ainsi devenir un outil clé pour l’avenir de la médecine prédictive et personnalisée, offrant des perspectives nouvelles pour le diagnostic et la gestion des cancers. Sa capacité à traiter et analyser des images de haute résolution permet une caractérisation fine du microenvironnement tumoral, promettant de révolutionner le diagnostic et le traitement du cancer.

     

     

    * Application of GigaPath: An open-weight billion-parameter AI foundation model based on a novel vision transformer architecture for cancer mutation prediction and TME analysis.

    Bifulco C, Poon H, Usuyama N, et al.

    Présenté lors de l’édition 2024 du congrès de l’ESMO (Barcelona, 13-17 septembre 2024). Abstract 1942O.

     

  • Prévention : les enjeux de l’innovation discutés à l’Agora du soin digital de l’Hôtel-Dieu

    Le numérique redessine-t-il la prévention de demain ?

    Le 19 septembre dernier, l’Hôtel-Dieu de Paris a accueilli une après-midi riche en échanges et en réflexions sur la prévention, dans le cadre de la troisième édition de l’Agora du soin digital (18-20 septembre 2024). De nombreux experts et acteurs de la santé numérique, du monde des startups, de l’industrie et des institutions, se sont réunis pour débattre des solutions innovantes et des défis liés à la transformation digitale de la prévention.

    Anne-Marie Armanteras, présidente du think tank Health&Tech, a inauguré cette après-midi en soulignant l’importance de la prévention dans la stratégie de santé publique et le rôle croissant du numérique pour accompagner ce changement. Elle a insisté sur le besoin d’une implication politique forte afin que le digital devienne un levier pour une stratégie nationale de prévention. Face à l’augmentation des maladies chroniques et du vieillissement de la population, qui mettent en péril la soutenabilité du système de soins, la prévention devient un enjeu central.

    “Une stratégie claire, une approche populationnelle, le développement d’outils d’évaluation et un cadre éthique solide”, telles sont les conditions qui doivent être réunies, selon Anne-Marie Armanteras, pour passer d’une approche plus préventive que curative du système de santé, soutenue par “une politique de prévention basée sur le numérique et intelligence artificielle (IA)”. L’implication des payeurs, conclue-t-elle, tels que l’Assurance maladie, les mutuelles et les agences régionales de santé au niveau des territoires, sera par ailleurs essentielle pour garantir des gains de santé et réduire les dépenses.

    La révolution annoncée par l’IA :

    Le numérique et l’IA offrent, en effet, des perspectives révolutionnaires en matière de dépistage, de prédiction et de personnalisation des soins. Ces technologies permettent de cibler des populations à risque et d’adapter les interventions de santé, tout en intégrant les dimensions sociétales et comportementales. Pour illustrer cela, le Dr Tarek Maache, lead Prévention et Soin digital chez Care Insight, a présenté en avant-première la nouvelle étude Health&Tech Intelligence (H&TI) dédiée à l’IA en prévention, avec une synthèse des points clés de la revue bibliographique réalisée, un panorama international des tendances émergentes ainsi que des cartographies des cas d’usages de l’IA en prévention au service de la santé publique et des solutions d’IA disponibles en France.

    Au total, 42 cas d’usage sont rapportés, répartis sur cinq axes principaux que sont : la modélisation prédictive, l’aide à la décision, le changement des comportements, le ciblage et l’optimisation des processus. En France, l’étude H&TI recense au moins 44 solutions dédiées, dont la majorité est focalisée sur les maladies chroniques. (Pour accéder à l’étude dans son intégralité, cliquez ici.)

    Opportunités, défis, obstacles… 5 start-ups témoignent

    Proposant chacune des solutions numériques pour améliorer la prévention et le changement de comportement des individus face à leur santé. Cinq femmes représentant cinq start-ups sont intervenues. Il s’agit de :

    📌 Camille Corman, CEO et fondatrice de 1food1me et Prevent.bio :

    Ces deux entreprises cherchent à modifier les habitudes alimentaires grâce à l’intervention d’experts diététiciens à des moments clés du parcours patients. Bien qu’indispensable, cette approche pose des défis d’industrialisation. Un contrat en cours avec un hôpital privé pourrait néanmoins créer un parcours d’accompagnement prometteur.

    📌 Kristy Hood, directrice générale de Fizzup :

    Fizzup vise à prédire les capacités à l’effort physique tout en luttant contre les trois freins majeurs à l’exercice identifiés, à savoir : la difficulté, le manque de motivation et et le coût. Avec un taux de rétention de 20 %, l’application développe des programmes accessibles pour encourager la régularité d’une activité physique adaptée.

    📌 Emilie Riotte, chargée de marketing de Kwit :

    En misant sur la gamification, la pair-aidance et la thérapie comportementale (TCC), les deux solutions, Kwit et Sobero, disponibles en 13 langues et réunissant 4 millions d’utilisateurs à travers le monde, aident à lutter contre le tabagisme et la consommation d’alcool.

    📌 Dr Charlotte Berthaut, CEO et fondatrice de Dépist&vous :

    Dépist&vous se donne pour mission d’aider les individus à se poser les bonnes questions sur le dépistage, en ciblant prioritairement les 14-49 ans, une génération qui connaît une augmentation alarmante de la prévalence des cancers. Son objectif est d’accompagner cette population dans des démarches de prévention active, tout en sensibilisant les entreprises, mutuelles et assurances à l’importance de faire monter leurs salariés en compétences en matière de santé. Selon Charlotte Berthaut, le dépistage précoce représente un retour sur investissement économique significatif, en réduisant les coûts du cancer pour l’Assurance maladie et les employeurs. “Cette approche pourrait nécessiter la création de nouveaux métiers, précise-t-elle, permettant d’amener la prévention hors des cabinets médicaux et des hôpitaux, pour toucher un public plus large de manière efficiente et rapide.”

    📌 Enfin, Hélène Viatgé, cofondatrice et co-CEO d’Appthera, plateforme qui permet aux médecins d’identifier et de prescrire la bonne thérapie numérique (DTx) à leurs patients, a soulevé la question des modèles économiques des dispositifs médicaux numériques (DMN), notamment ceux à visée thérapeutique qui peuvent bénéficier de la prise en charge anticipée numérique (Pecan) depuis avril 2023. Elle souligne que l’aspect curatif prime encore sur la prévention dans le cadre de ce dispositif de remboursement.

    Des promesses et des perspectives sur le changement de comportement :

    De son côté, Nicolas Castoldi, directeur délégué auprès du directeur général et directeur exécutif de l’initiative @Hôtel-Dieu à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), a tenu à rappeler que le changement de comportement est un processus complexe et qui nécessite un accompagnement permanent. Les solutions numériques, comme les DTx, peuvent permettre d’ancrer définitivement des changements, mais elles doivent encore, selon lui, prouver leur capacité à s’intégrer durablement dans le système de santé. “Si tout le monde s’accorde sur la nécessité de la prévention, sa pérennisation reste un défi majeur”, conclue-t-il.

    Comment passer à l’échelle ?

    Lors de la table-ronde consacrée à la question du passage à l’échelle des initiatives de prévention, Thomas Lavirotte, vice-président transformation et développement stratégique en santé de Siemens Healthineers, a souligné les difficultés rencontrées pour financer la prévention, et en particulier la prévention secondaire. “Le calendrier politique n’est pas celui de la prévention”, a-t-il déclaré. Et d’ajouter : “L’énergie doit être collective pour faire comprendre au système de santé qu’il doit investir massivement dans la prévention, tout en prenant le temps long que cela prendra.”

    Le soutien à l’innovation en santé a également été réaffirmé par Sylvie Troy directrice médicale adjointe de Pfizer, qui a mentionné plusieurs initiatives d’accompagnement de start-ups actives dans le champ de la prévention (Prevent2Care, Pfizer Healthcare Hub…). Quant à Florence Dupré, global health officer de La Poste, elle a partagé l’expérience du programme iCop pour les soins intégrés aux personnes âgées.

    Pour parvenir à cette vision d’un système de santé basé sur des approches préventions, le consensus qui se dégage de cette session de l’Agora du soin digital est qu’une collaboration étroite entre start-ups, industriels, mutuelles et institutions politiques est nécessaire. Le numérique ouvre des perspectives prometteuses, mais son inscription dans les pratiques dépendra de la capacité des acteurs à unir leurs forces pour surmonter les nombreux défis économiques, culturels et structurels auxquels il est confronté. Le nouvel appel à projets “Challenge prévention”, axe central de la stratégie d’accélération de l’innovation en prévention présentée par l’Agence de l’innovation en santé (AIS), a justement pour ambition de répondre à ces problématiques.

     

  • Prévention : quelles perspectives pour l’usage de l’IA au service des priorités de santé publique ?

    L’IA émerge comme un levier stratégique majeur de la prévention en santé publique. Grâce à sa capacité à analyser des volumes considérables de données, l’IA offre des perspectives inédites pour améliorer les stratégies de prévention. En permettant une identification plus précise des individus à risque, une prédiction plus fiable des maladies et une optimisation des ressources, elle pourrait transformer le paysage de la santé publique. Les avancées récentes dans ce domaine, illustrées par une croissance exponentielle des publications scientifiques, témoignent de son potentiel à transformer les approches préventives.

    Dans cette nouvelle étude premium, Health & Tech Intelligence explore les perspectives offertes par l’IA pour soutenir les priorités de santé publique. Une revue approfondie des applications actuelles de l’IA en prévention y est proposée, ainsi qu’une analyse des initiatives innovantes en France et des tendances internationales qui façonnent l’avenir de la prévention. Un entretien exclusif avec le Dr Nicolas Leblanc, président du syndicat national des médecins de santé publique (SNSP) vient compléter ces travaux.

    En mettant en lumière les cas d’usage de l’IA, l’étude vise à offrir un panorama complet de ses contributions potentielles pour une prévention plus efficace et mieux ciblée.

    🔎 Analyses

    Maladies chroniques, santé mentale des jeunes, santé des femmes… Les priorités nationales en matière de prévention

    Avec 100 000 décès annuels évitables et 24 millions de patients souffrant de maladies chroniques, le renforcement de la prévention devient urgent en France. Il s’agit désormais d’élargir l’usage des outils existants qui fonctionnent bien (DMP, téléconsultation) tout en développant de nouveaux dispositifs innovants. Un budget de 170 M€ est alloué pour faire émerger et soutenir ces innovations.

    👉 Plus de détail sur le contexte français de l’innovation en prévention sont disponibles dans cet article.

    Revue de la littérature : comment l’IA peut-elle soutenir la prévention et renforcer la santé publique ?

    L’IA transforme la prévention en analysant d’importants volumes de données pour aider professionnels et autorités de santé à optimiser leurs stratégies. La croissance exponentielle du nombre d’études publiées ces 20 dernières années, surtout à partir de 2020-2021, témoigne de son intérêt pour la santé publique, pour une efficacité et une efficience améliorées.

    👉 Une analyse détaillée de la sémantique de la prévention dans la recherche et de l’évolution récente des publications, ainsi qu’une sélection bibliographique spécifique, sont à retrouver ici.

    Les acteurs de la santé s’engagent pour relever les défis du grand âge et des maladies chroniques :

    Portée par l’innovation technologique et la demande croissante de soins préventifs, de plus en plus d’acteurs de la santé se mobilisent au service de la prévention. Hôpitaux, start-ups, laboratoires pharmaceutiques et assureurs mettent en place des initiatives ciblées pour personnaliser les soins, réduire les risques et améliorer la qualité de vie des patients.

    👉 Un tour d’horizon des initiatives de prévention, lancées récemment en France, est disponible sur ce lien.

    Entretien expert : “L’accompagnement humain au changement est essentiel pour favoriser l’adoption de l’IA” (N. Leblanc, SNSP)

    Ciblage des populations à risque, amélioration des diagnostics et le suivi des traitements… Dans un entretien exclusif, le Dr Nicolas Leblanc, président du syndicat national des médecins de santé publique (SNSP), explore l’impact croissant de l’IA à différents niveaux de la prévention, tout en soulignant l’importance d’un accompagnement humain constant pour favoriser son adoption et maximiser son intérêt.

    👉 Entretien à lire ici.

    Pour aller plus loin :

    Le Think Tank Health&Tech a fêté 2 ans de travaux sur la Prévention et le numérique, le 12 septembre à Parisanté Campus. Le Pr Didier Lepelletier, président du HCSP, et le Dr Lise Alter, directrice générale de l’AIS, ont fait voix commune pour appeler à une volonté politique incarnée et une coordination nationale des financements des actions de prévention soutenues et accélérées par le numérique.

    👉 Vous pouvez consulter l’article consacré à cette rencontre sur ce lien : AIS et HCSP appellent à une ambition politique coordonnée de financement des actions soutenues par le numérique.

    🗺️ Cartographies

    Cartographie des cas d’usage de l’IA en prévention et au service de la santé publique

    De la surveillance des maladies et des épidémies à l’analyse des déterminants de santé et la lutte contre les inégalités, au moins 42 cas d’usage de l’intelligence artificielle (IA) en prévention peuvent être recensés. Ils se répartissent sur 5 axes principaux que sont : la modélisation prédictive, l’aide à la décision, le changement des comportements, le ciblage et l’optimisation des processus.

    👉 Un tableau détaillé des cas d’usage repérés ainsi qu’une infographie illustrant la répartition des cas d’usage de l’IA en prévention sont disponibles ici.

    Panorama des tendances internationales de l’innovation en prévention

    Du big data aux thérapies numériques (DTx), en passant par la gestion de la santé populationnelle et la vaccination, des initiatives utilisant le numérique ou l’IA existent à différents niveaux de la prévention. Elles permettent de mieux comprendre les facteurs de risque, de détecter précocement les maladies et d’améliorer la qualité de vie des patients.

    👉 Article à consulter en suivant ce lien.

    Cartographie des entreprises proposant une solution d’IA en prévention en France :

    Au moins de 44 solutions d’intelligence artificielle (IA) dédiées à la prévention sont présentes en France. Les maladies chroniques en concentrent le plus grand nombre, suivies de la perte d’autonomie et des actions sur les déterminants de santé.

    👉 Cette cartographie est accessible ici.

     

  • Revue de la littérature : comment l’IA peut-elle soutenir la prévention et renforcer la santé publique ?

    📝 Sémantique de la prévention dans la recherche

    Réaliser une revue bibliographique sur la “prévention en santé” pose plusieurs défis, notamment en termes de sémantique et de choix des mots-clés :

    • d’un côté, le terme “prévention” est polysémique et englobe une variété d’interventions (primaire, secondaire, tertiaire), ce qui peut entraîner une dispersion des résultats ;
    • de l’autre, selon les disciplines et les pays, les vocabulaires peuvent différer pour désigner des concepts similaires (par exemple, le terme “vaccination” peut être inclus sous des termes plus larges comme “immunisation” ou “prophylaxie”).

    Par ailleurs, les variations terminologiques liées à la “santé préventive”, aux “interventions préventives” ou même à la “promotion de la santé” nécessitent une attention particulière pour ne pas exclure des études pertinentes. De plus, la prévention étant un domaine transdisciplinaire, elle peut être abordée sous l’angle de la médecine clinique, de la santé publique, de la sociologie ou de l’épidémiologie. Cela complexifie davantage la recherche et le tri des articles en raison des cadres théoriques et méthodologiques variés, et pourrait expliquer la spécialisation des revues ou revues systématiques publiées ces dernières années, qui visent le plus souvent une aire thérapeutique ou une pathologie bien définies.

    De la “prévention” à la “santé publique” et inversement :

    Bien que n’étant pas interchangeables, car se référant à des concepts distincts, les termes « prévention » et « santé publique » sont souvent utilisés dans des contextes similaires dans la littérature scientifique. La prévention est un sous-ensemble des activités de santé publique : toutes les actions de santé publique ne sont pas préventives (par exemple, le traitement des maladies existantes), et toute la prévention ne relève pas nécessairement de la santé publique (certaines approches sont individuelles ou communautaires). Quelques définitions pour y voir plus clair :

    La prévention :

    La santé, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est définie comme un état de complet bien-être physique, mental et social, et non simplement l’absence de maladie (OMS, 1946). Cette approche globale de la santé inclut des aspects médicaux ainsi que les déterminants sociaux qui influencent les conditions de vie des individus, tels que la naissance, l’éducation, le travail et la vieillesse.

    Selon une définition de l’OMS en 1948, la prévention est “l’ensemble des mesures visant à éviter ou réduire le nombre et la gravité des maladies, des accidents et des handicaps”. Il en existe trois niveaux  :

    • primaire, pour empêcher l’apparition d’une maladie (vaccination…) ;
    • secondaire, pour détecter la maladie à un stade précoce pour en limiter les conséquences (dépistage…) ;
    • et tertiaire, pour réduire les complications d’une maladie déjà installée (réhabilitation, gestion des maladies chroniques…).

    De ce fait, la prévention a pour principaux enjeux l’optimisation des ressources, en fonction de l’impact potentiel des différentes actions, ainsi que l’équité en santé pour s’assurer que les stratégies de prévention atteignent toutes les couches de la population, surtout celles les plus vulnérables.

    Quant à la promotion de la santé, définie dans la Charte d’Ottawa (1986), elle vise à donner aux individus les moyens d’améliorer leur santé à travers cinq axes : l’élaboration de politiques favorables à la santé, la création d’environnements favorables, le renforcement de l’action communautaire, l’acquisition d’aptitudes individuelles et la réorientation des services de santé. Enfin, l’éducation pour la santé vise à fournir des connaissances et des savoir-faire pour préserver et améliorer la santé des individus.

    La santé publique :

    En 1952, l’OMS définit la santé publique comme “la science et l’art de prévenir les maladies, de prolonger la vie et d’améliorer la santé physique et mentale à un niveau individuel et collectif”. Son champ d’action inclut donc tous les systèmes de promotion de la santé, de prévention des maladies, de soins et de réadaptation. Plus concrètement, la santé publique se réfère à l’ensemble des efforts organisés par les gouvernements, les institutions et la société pour prévenir les maladies, prolonger la vie et promouvoir la santé des populations. Elle ne se limite pas à la prévention, mais englobe également la surveillance des maladies, l’élaboration de politiques de santé, la gestion des systèmes de soins, la recherche épidémiologique, la promotion de comportements et de modes de vie sains.

    Le champ lexical bibliographique de l’IA en prévention :

    Pour trouver des études spécifiques aux usages de l’intelligence artificielle (IA) en prévention, plusieurs termes sont à explorer et à croiser, en fonction des thématiques particulières.

    D’abord autour de la prévention :

    • dépistage (screening) : identification précoce les maladies chez les individus asymptomatiques ;
    • vaccination (immunization) : stratégies préventives pour protéger contre des infections spécifiques ;
    • prédiction (prediction) : utilisation des données pour prévoir le risque d’apparition d’une maladie ;
    • santé préventive (preventive health) : ensemble des actions destinées à éviter la survenue de maladies ;
    • intervention préventive (preventive intervention) : actions ciblées pour prévenir une maladie ou un état de santé dégradé ;
    • promotion de la santé (health promotion) : incitation des individus à adopter des comportements sains (alimentation, activité physique, arrêt du tabac) ;
    • gestion des risques (risk management) : identification et limitation des risques pour la santé ;
    • éducation à la santé (health education) : formation et sensibilisation du public aux pratiques préventives ;
    • prévention des maladies chroniques (chronic disease prevention) : programmes et stratégies pour éviter l’apparition de maladies comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires ;
    • hygiène et prévention (hygiene and prevention) : prévention des maladies infectieuses à travers l’amélioration des pratiques d’hygiène.

    Ensuite autour de l’AI :

    L’IA a un potentiel considérable pour soutenir la prévention et renforcer la santé publique. La littérature scientifique présente un éventail de domaines où l’IA apporte des avancées significatives, grâce à ses différentes composantes et différents modèles. Les mots-clés suivants sont à prendre considération :

    • artificial intelligence (AI) ;
    • l’apprentissage automatique ou machine learning (ML) ;
    • l’apprentissage profond ou deep learning (DL) ;
    • l’IA générative ou generative AI (GenAI) ;
    • ou encore les grands modèles de langage ou large language models (LLM).

    ↗️ Une explosion du nombre de publications depuis 2020

    Sur la plateforme Pubmed, une première recherche sur les deux mots-clés “prevention” et “artifcial intelligence” dans les “titres” des articles n’obtient que 82 résultats, compris entre 2012 (un article) et 2024* (23 articles). Un petit chiffre mais qui témoigne quand même d’une augmentation importante du nombre d’études mettant en avant, de manière directe, ces deux terminologies. En enlevant la condition du “titre”, la recherche est significativement plus fructueuse : 15 820, entre 1974 (un article) et 2025 (déjà un article prévu), avec un pic autour de 2 800 articles par an, entre 2022 et 2024. Si l’on ne s’intéresse qu’aux vingt dernières années, c’est-à-dire de 2004 à 2024, on obtient 15 400 résultats.

    Evolution du nombre d'articles scientifiques publiés entre 2004 et 2024, remontés par Pubmed pour les mots clés "(prevention) AND (artificial intelligence)" - @ Pubmed
    Evolution du nombre d’articles scientifiques publiés entre 2004 et 2024, remontés par Pubmed pour les mots-clés “(prevention) AND (artificial intelligence)” – @ Pubmed

    * Pour cette étude H&TI, les résultats de recherche portant sur l’année 2024 concernent la période du 1er janvier au 16 septembre.

    IA, prévention et santé publique :

    Suivant relativement la même tendance ces vingt dernières années, c’est-à-dire une augmentation significative dès 2020, le nombre de publications mentionnant “IA” et “prévention” ou “santé publique” dépasse les 100 000 au total. Il se rapproche de 10 000 articles en l’an 2020 seul, et atteint son pic en 2022 avec 14 042 articles recensés sur Pubmed. En 2024, la bibliothèque médicale américaine compte déjà 12 342 articles.

     

    Evolution du nombre d'articles scientifiques publiés entre 2004 et 2024, remontés par Pubmed pour les mots-clés (prevention) OR (public health) AND (artificial intelligence) - @ Pubmed
    Evolution du nombre d’articles scientifiques publiés entre 2004 et 2024, remontés par Pubmed pour les mots-clés (prevention) OR (public health) AND (artificial intelligence) – @ Pubmed

    IA, DL, ML, LLM…

    Lorsque la recherche est élargie pour inclure du vocabulaire plus précis concernant les technologies de l’IA, en croisant “prévention” ou “santé publique” avec “IA” ou “deep learning” ou “machine learning” ou “LLM”, le nombre total de résultats sur Pubmed, entre 2004 et 2024, augmente jusqu’à près de 123 000. Le pic (19 490) est observé en 2023. De janvier à septembre 2024, 16 153 articles sont enregistrés.

    Evolution du nombre d'articles scientifiques publiés entre 2004 et 2024, remontés par Pubmed pour les mots-clés ((prevention) OR (public health)) AND ((((artificial intelligence) OR (deep learning) OR (machine learning) OR (LLM)))) - @ Pubmed
    Evolution du nombre d’articles scientifiques publiés entre 2004 et 2024, remontés par Pubmed pour les mots-clés ((prevention) OR (public health)) AND ((((artificial intelligence) OR (deep learning) OR (machine learning) OR (LLM)))) – @ Pubmed

    🤖 Quel rôle de l’IA dans le soutien aux initiatives de santé publique ?

    Capables d’apprendre à partir des data et de faire des prédictions ou de proposer des décisions pour améliorer la prévention des maladies et l’optimisation des services et du système de santé, les outils d’IA analysent de grandes quantités de jeux de données (dossiers de santé, épidémiologie, environnement, réseaux sociaux…) pour aider les professionnels de santé, les chercheurs et les décideurs du secteur à opter pour les meilleures orientations, qu’elles soient stratégiques, cliniques ou socioéconomiques.

    Grâce à cette amélioration des processus de prise de décision par les autorités et les administrations de la santé, l’IA contribue à l’élaboration d’interventions en santé publique plus efficaces et efficientes (1, 2, 3).

    S’appuyer sur le ML pour formuler des politiques de santé publique :

    En traitant des ensembles de données complexes, les algorithmes d’apprentissage automatique peuvent identifier des tendances et des facteurs de risque associés à diverses maladies. Le machine learning aide également dans la modélisation prédictive (prévoir les besoins et d’allouer les ressources adéquates). Mais aussi dans l’identification des populations vulnérables et des disparités en matière de santé, favorisant ainsi des interventions plus ciblées. D’où l’indispensable vigilance à avoir vis-à-vis des biais sociaux dans les systèmes d’IA, de la qualité et de la représentativité des données utilisées, qui risquent de reproduire les mêmes inéquités entre les populations et différents groupes démographiques. (4, 5).

    … Ainsi que sur le DL :

    L’apprentissage profond peut lui aussi contribuer à l’amélioration de la prévention, du diagnostic, du traitement et, plus globalement de la gestion des soins. Ses capacités à reconnaitre les schémas et à prédire les évolutions font de lui un outil essentiel pour relever les défis modernes de la santé publique (6). Il est plus efficace lorsqu’il traite des ensembles de données vastes et complexes. La littérature scientifique regorge en exemples de cas d’usage du deep learning en prévention :

    • analyse d’images médicales : l’interprétation des images médicales, telles que les radiographies, les IRM et les scanners permet la détection précoce des maladies et par là même une initiation plus rapide des traitements pour de meilleurs résultats thérapeutiques (7).
    • diagnostic et évaluation des risques : le traitement de vastes quantités de données de patients, y compris leurs dossiers électroniques et informations génétiques, permet d’identifier des schémas qui pourraient indiquer le début de maladies ou déterminer les facteurs de risque d’un individu.
    • épidémiologie et prévision des épidémies : l’analyse de sources de données, telles que les réseaux sociaux, les recherches en ligne et les données d’objets connectés (IoT), permet de prédire les épidémies et de suivre leur progression (10, 11).
    • surveillance des dispositifs connectés : la collecte des données en temps réel grâce à l’IoT, en fournissant des informations sur l’activité physique, l’état physiologique, les habitudes de sommeil, etc., aide à une gestion proactive des maladies et à la promotion de modes de vie plus sains (12, 13).
    • analyse génomique : le déchiffrage de données génomiques complexes est précieux pour identifier les marqueurs génétiques associés aux maladies, il nourrit les approches de médecine de précision (14).
    • télésurveillance : l’analyse des données collectées depuis les foyers des patients permet aux professionnels de santé d’intervenir rapidement si nécessaire, en particulier dans les déserts médicaux (15).
    • surveillance des tendances en santé publique : l’analyse des données provenant des rapports d’actualité, des agences de santé gouvernementales et des réseaux sociaux aide à identifier en temps opportun les menaces potentielles pour la santé et à formuler des réponses appropriées (16, 17).

    Contribution des LLM aux systèmes de santé publique :

    Les LLM peuvent contribuer aux systèmes de santé publique de plusieurs manières, notamment en prévention :

    • surveillance des maladies : en traitant et analysant de grandes quantités de données provenant de réseaux sociaux, d’articles de presse et de forums en ligne, les LLM détectent des tendances subtiles liées aux maladies, permettant aux autorités de santé de surveiller les symptômes, les déplacements et les réactions, facilitant ainsi une détection précoce des épidémies (18, 19).
    • diagnostic et traitement : en analysant les données des patients, les dossiers médicaux et les publications scientifiques pertinentes, les LLM détectent des corrélations et des anomalies non évidentes pour les cliniciens, contribuant à des diagnostics plus précis et personnalisés (21, 22).
    • politiques de santé publique : en analysant divers ensembles de données (dossiers de santé, épidémiologie…), les LLM découvrent des connexions cachées et identifient des facteurs de risque potentiels, prévoient les trajectoires des maladies et évaluent l’efficacité des stratégies d’intervention (21).
    • éducation des patients : en adaptant leur contenu aux besoins individuels, au contexte culturel, à la langue et aux antécédents, les LLM personnalisent les matériaux éducatifs pour les patients, améliorant leur compréhension, engagement et taux d’observance (21, 23, 24).

    ➡️ 6 principaux domaines d’application de l’IA

    1️⃣ Surveillance des maladies et détection précoce des épidémies :

    Analyse de données, reconnaissance de tendances et de signaux inhabituels, surveillance en temps réel et modélisation prédictive… Les capacités de l’IA permettent aux systèmes de santé publique de détecter précocement les épidémies et de prendre des mesures informées pour les atténuer (25) :

    • intégration et analyse des données : une compréhension complète et dynamique du paysage sanitaire, améliorant la capacité à identifier des anomalies et des indicateurs potentiels de maladies (26) ;
    • reconnaissance de motifs et détection des anomalies : une reconnaissance des écarts de comportement (augmentation soudaine des publications sur internet mentionnant certains symptômes, des visites dans les établissements de santé ou un pic dans les recherches sur Internet liées à des maladies spécifiques) qui pourraient indiquer le début d’une épidémie (27) ;
    • surveillance en temps réel, monitoring et alertes précoces : lorsqu’un signal potentiel d’épidémie est identifié grâce à l’analyse continuelle des flux de données entrants, l’IA déclenche des alertes précoces, fournissant aux autorités de santé publique des informations clés pour enquêter davantage et initier des protocoles de réponse rapide (28) ;
    • modélisation prédictive et prévisions : formée sur les données des épidémies passées, l’IA peut générer des scénarii prédictifs, permettant l’élaboration de stratégies d’intervention et la mise en œuvre des campagnes de santé publique ciblées (29) ;
    • aide à la décision : les tableaux de bord et les visualisations alimentés par l’IA offrent un aperçu clair des tendances des maladies facilitent la prise de mesures préventives appropriées (confinement, restrictions de voyage, vaccination…) (30) ;
    • collaboration mondiale et partage d’informations : en diffusant rapidement des aperçus situationnels et des alertes d’épidémies, l’IA aide à coordonner des réponses internationales et à minimiser la propagation des maladies au-delà des frontières (31).

    2️⃣ Prévision et modélisation des maladies infectieuses :

    Les modèles d’IA utilisés pour l’analyse de textes médicaux et la visualisation des données offrent aux professionnels de la santé publique une vision simple de la situation à partir d’ensembles de données complexes (32, 33).

    L’IA peut améliorer la prévision et la modélisation des maladies infectieuses en intégrant des données sur les facteurs environnementaux et démographiques, les images satellites et les modes de transmission des maladies. Elle prédit ainsi la propagation des maladies et accélère la planification des interventions (34, 35). Parmi les cas d’usage rapportés dans la littérature :

    • intégration et fusion des données : les modèles alimentés par l’IA créent une vue d’ensemble des facteurs influençant la transmission des maladies, offrant une perspective holistique qui permet une compréhension plus précise et nuancée de la dynamique des épidémies (36) ;
    • reconnaissance de schémas complexes : en déchiffrant les relations complexes entre les conditions climatiques, la mobilité humaine, les indicateurs socioéconomiques et les taux de transmission des maladies, l’IA révèle des informations cachées que les modèles traditionnels pourraient négliger (37) ;
    • surveillance en temps réel et détection précoce : en identifiant rapidement des événements inhabituels dans l’incidence des maladies, l’IA soutient les systèmes d’alerte précoce (38) ;
    • modélisation prédictive et planification des scénarii : les modèles prédictifs d’IA permettent aux décideurs de simuler différentes stratégies d’intervention, allocations de ressources et mesures de confinement, facilitant ainsi une planification efficace et une optimisation des ressources (35, 39) ;
    • apprentissage adaptatif et mise à jour : l’IA peut s’adapter aux conditions changeantes en apprenant en continu à partir de nouvelles données, cette adaptabilité garantit que ses modèles de prévision restent pertinents et précis, même face à des scénarii d’épidémie en évolution (40) ;
    • analyse géospatiale et visualisation : ces représentations visuelles fournissent des aperçus intuitifs sur la répartition géographique des cas, les clusters ou zones potentielles de propagation et les tendances au fil du temps (41, 52) ;
    • allocation des ressources et planification des interventions : en identifiant les zones avec le plus grand besoin, la modélisation alimentée par l’IA assure une adéquation efficace des ressources, réduisant ainsi l’impact d’une épidémie (43, 44) ;
    • communication et sensibilisation du public : la communication proactive alimentée par l’IA, facilement compréhension par le grand public, favorise la sensibilisation, le respect des consignes et l’engagement communautaire (45, 46).

    3️⃣ Amélioration de la distribution et de l’adhésion aux vaccins :

    L’IA peut améliorer la distribution et l’adhésion aux vaccins en prédisant la demande, en identifiant les populations à risque et en optimisant la logistique de distribution. Elle contribue de manière significative à atteindre une couverture vaccinale étendue. En voici quelques exemples de son exploitation à ces fins (47, 48) :

    • prédiction de la demande et optimisation de la chaîne d’approvisionnement : en analysant les données historiques sur la vaccination, les données démographiques de la population et les tendances épidémiologiques pour prédire la demande future en vaccins, l’IA peut permettre d’éviter les pénuries et les gaspillages tout en améliorant l’efficience des interventions (49) ;
    • identification des populations à risque : en fonction de facteurs tels que l’âge, l’état de santé et la localisation géographique, l’IA aide à prioriser la distribution des vaccins aux groupes plus vulnérables et optimise de ce fait l’impact des campagnes de vaccination (50, 51) ;
    • optimisation de la logistique et de la distribution : l’IA garantit que les vaccins sont transportés, stockés de manière efficace et sous les conditions appropriées et livrés aux zones éloignées ou mal desservies (52, 53) ;
    • suivi en temps réel et ajustement de l’allocation : si certaines zones connaissent une adhésion inattendue ou une demande plus élevée, les systèmes alimentés par l’IA peuvent rapidement ajuster les plans de distribution pour garantir une couverture vaccinale équitable (54) ;
    • atténuation de l’hésitation vaccinale : l’IA identifie les préoccupations des citoyens et les fausses informations qui contribuent à leur hésitation, favorisant la conception de campagnes d’information ciblées (55, 56) ;
    • planification des rendez-vous et rappels : les plateformes de planification alimentées par l’IA simplifient le processus de vaccination en offrant des options de rendez-vous pratiques pour les individus, avec des rappels automatisés, par SMS ou par e-mail personnalisés, pour le taux de rendez-vous manqués (57) ;
    • aperçus basés sur les données pour les politiques : en analysant la couverture vaccinale, les résultats et d’autres indicateurs pertinents, l’IA favorise la prise de décisions politiques basées sur les preuves (58).

    4️⃣ Analyse des déterminants de santé et lutte contre les inégalités :

    L’implication de l’IA dans l’analyse des déterminants sociaux de la santé et la lutte contre les inégalités est essentielle pour promouvoir l’équité et améliorer la santé globale de la population. Cela implique que les ensembles de données utilisés pour entraîner les modèles d’IA soient représentatifs et diversifiés en termes de genre, d’ethnie, d’âge, de localisation géographique et d’autres facteurs pertinents afin d’éviter les biais (59-61). Parmi les exemples d’application de l’IA dans ce domaine :

    • intégration complète des données : en intégrant des données multidimensionnelles (niveaux de revenu, éducation, conditions de logement, statut d’emploi, environnements de quartier…), l’IA dessine un tableau complet des interactions complexes entre les facteurs sociaux et les résultats en matière de santé (62) ;
    • analyse des corrélations : en examinant les déterminants sociaux en parallèle avec les données de santé, l’IA identifie des connexions qui pourraient ne pas être apparentes par une analyse traditionnelle (59) ;
    • identification des populations vulnérables : en repérant les régions avec un accès limité aux soins de santé, des conditions de vie précaires ou des ressources insuffisantes, l’IA aide à prioriser les interventions et l’allocation des ressources vers les zones les plus nécessiteuses (63) ;
    • accès équitable aux soins de santé : en reconnaissant certains obstacles (accès aux soins, barrières linguistiques, problèmes de transport ou illettrisme en santé), des solutions alimentées par l’IA peuvent être développées pour faciliter la navigation des patients, fournir des ressources multilingues et offrir des options de télémédecine, favorisant un accès équitable à des soins de qualité (33) ;
    • stratégies d’intervention personnalisées : la précision permise par l’IA assure que les interventions sont contextuellement pertinentes et efficaces – si, par exemple, une zone mal desservie manque d’accès à des aliments nutritifs, l’IA peut guider le développement d’initiatives telles que la création de jardins communautaires ou de programmes de distribution alimentaire mobile (64, 65) ;
    • modélisation prédictive pour des interventions ciblées : en identifiant les interventions les plus susceptibles de réduire les disparités en matière de santé, l’IA aide à optimiser l’utilisation des ressources, à travers des modèles qui simulent différents scénarii, permettant la prise de décisions éclairées pour un impact maximal (66) ;
    • suivi et évaluation en temps réel : en ajustant les stratégies en fonction des données en cours d’analyse, l’IA garantit que les efforts d’intervention restent alignés avec les besoins changeants et l’évolution des disparités (33) ;
    • aide la décision et soutien aux politiques publiques : les décideurs peuvent utiliser les analyses de l’IA pour plaider en faveur d’interventions ciblées, allouer des fonds à des programmes spécifiques et élaborer des réglementations centrées sur les déterminants sociaux de la santé (33).

    5️⃣ Prédiction et prévention des maladies chroniques :

    L’identification précoce des individus à risque permet de mettre en place des interventions ciblées pour favoriser les changements de comportement. L’IA peut contribuer à cet objectif de plusieurs manières :

    • analyse des facteurs de risque : en identifiant des corrélations et des fils conducteurs au sein des données analysées, l’IA discerne les facteurs de risque associés aux maladies chroniques, tels que les maladies cardiaques, le diabète et le cancer, ce qui permet aux prestataires de soins de proposer des interventions et des conseils en temps opportun aux individus concernés(67) ;
    • analyse du profil génétique : en étudiant le profil génétique d’un individu, l’IA identifie des marqueurs qui le prédisposent à certaines maladies, cela encourage la mise en œuvre précoce de dépistages ciblés, de stratégies de prévention personnalisées et d’interventions sur les risques génétiques eux-mêmes (68) ;
    • habitudes de vie et comportements : en examinant les données de l’IoT sur la qualité du sommeil, l’activité physique, les habitudes alimentaires et les niveaux de stress, l’IA donne une idée précise sur les facteurs de risque des maladies chroniques liés aux comportements avec des recommandations personnalisées sur les changements de mode de vie que les individus doivent effectuer  (67, 69) ;
    • détection précoce des maladies : en prenant en compte plusieurs variables (facteurs génétiques, mode de vie, antécédents médicaux), l’IA peut identifier les individus à risque plus élevé de maladies chroniques grâce à une modélisation prédictive (70) ;
    • plans de prévention personnalisés : ces plans incluent des recommandations pour les modifications de mode de vie, les dépistages réguliers et les interventions ciblées, garantissant la personnalisation et l’efficacité des stratégies de prévention à travers l’amélioration de l’adhésion des patients (71) ;
    • suivi et retour d’information continus : les plateformes de télésurveillance alimentées par l’IA offrent un soutien continus aux patients en suivant leurs indicateurs de santé et en les encourageant à adopter des comportements sains et à rester engagés dans la gestion de leur santé (70, 71) ;
    • gestion de la santé populationnelle : à une échelle plus large, l’IA aide les autorités de santé publique à identifier les tendances et les motifs liés à la prévalence des maladies chroniques au sein des populations, et donc à développer des campagnes de santé publique et à allouer des fonds aux zones présentant les taux les plus élevés de maladies chroniques (71).

    6️⃣ Détection des produits de qualité inférieure ou falsifiés :

    L’IA peut renforcer la vigilance vis-à-vis des médicaments et autres produits de santé falsifiés ou de qualité inférieure :

    • analyse des données : en analysant des données des enregistrements de ventes, des chaînes d’approvisionnement et des données réglementaires, l’IA peut détecter des tendances d’achat inhabituelles, identifier des anomalies dans les itinéraires de distribution ou signaler des irrégularités dans l’étiquetage des produits (cela nécessite une robustesse des systèmes de gestion logistique des produits de santé, ce qui n’est pas le cas dans de nombreux pays) (76, 77) ;
    • reconnaissance d’images : en comparant des images de produits authentiques avec des contrefaçons suspectes, l’IA peut rapidement identifier des écarts visuels ou des incohérences, les codes QR et autres marqueurs de sécurité pourraient faciliter cette vérification par les consommateurs, notamment dans les pays avec des systèmes réglementaires fragiles (78) ;
    • NLP : le traitement du langage naturel des discussions liées aux médicaments falsifiés sur internet peut aider les autorités à recueillir des indices et identifier les sources potentielles des problèmes (77, 79) ;
    • analytique prédictive : l’IA peut prédire les emplacements et les cas potentiels de distribution de médicaments falsifiés en se basant sur des données historiques et des tendances inhabituelles, cela pourrait être particulièrement pertinent dans les pays ayant des frontières perméables (77, 79) ;
    • surveillance en temps réel : l’IA peut surveiller en temps réel les marketplaces en ligne pour identifier les annonces ou les publications faisant la promotion de médicaments falsifiés, cette approche proactive peut conduire à une identification et à une suppression plus rapides de ces annonces0 (80, 81) ;
    • réseaux collaboratifs : les systèmes alimentés par l’IA peuvent faciliter le partage d’informations entre les parties prenantes concernées (organismes de réglementation, agences de maintien de l’ordre, associations de patients, entreprises pharmaceutiques et prestataires de soins) pour améliorer la capacité à suivre et à lutter contre la circulation des produits falsifiés et de qualité inférieure de manière efficace, une approche multisectorielle, incluant les patients, est nécessaire (82).

    Pour aller plus loin :

    👉 Cartographie des cas d’usage de l’IA en prévention et au service de la santé publique.

    Défis et limites de l’IA en prévention

    L’IA permet d’analyser de vastes ensembles de données et d’optimiser les actions en santé publique. Son utilisation doit cependant être accompagnée de mesures qui garantissent la transparence, l’éthique et la protection des données pour assurer des impacts positifs durables. Elle apporte des solutions innovantes pour soutenir la prévention et la santé publique, notamment par la surveillance épidémiologique, la personnalisation des interventions de santé et la réduction des inégalités. Mais elle reste confrontée à trois défis majeurs :

    • qualité et accessibilité des données : les algorithmes d’IA dépendent de la qualité des données, es biais présents dans les données peuvent conduire à des conclusions erronées et à la perpétuation des inégalités en matière de soins ;
    • confidentialité et sécurité des données : la collecte de données personnelles, souvent nécessaire pour les algorithmes d’IA, pose des questions éthiques sur la confidentialité et la gestion des informations sensibles ;
    • manque de transparence et biais algorithmiques : les systèmes d’IA, en particulier ceux basés sur des réseaux de neurones, sont souvent perçus comme des boîtes noires, ce qui rend difficile la compréhension et la justification des décisions prises ; cela interroge sur la responsabilité médicolégale et l’adoption des outils par les professionnels de santé.

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  • Cartographie des cas d’usage de l’IA en prévention et au service de la santé publique

    Des actions et interventions plus efficientes

    L’IA peut jouer un rôle essentiel dans l’identification des individus à haut risque et la prédiction des risques de maladie, permettant ainsi des interventions préventives en temps utile. En abordant les problèmes de santé à un stade précoce, les systèmes de santé publique peuvent réduire le besoin de traitements coûteux et d’hospitalisations, entraînant des économies substantielles. Des approches qui ont le potentiel de transformer les stratégies de prévention et de traitement, en permettant une action proactive et en optimisant les ressources.

    L’IA améliore ainsi la surveillance, la gestion des ressources et la lutte contre les inégalités dans le domaine de la santé, contribuant ainsi à rendre les interventions de santé publique plus efficaces et mieux ciblées.

    5 axes de l’usage de l’IA en prévention

    📌 Modélisation prédictive :

    Utilisation de l’IA pour analyser des données historiques et actuelles afin de prévoir des tendances futures, telles que l’évolution des épidémies ou l’apparition de maladies, permettant des interventions préventives ciblées.

    📌 Aide à la décision :

    L’IA fournit des analyses et des recommandations basées sur des données pour soutenir les professionnels de santé dans la prise de décisions éclairées et rapides en matière de prévention et de soins.

    📌 Changement des comportements :

    L’IA propose des solutions personnalisées, comme des recommandations de santé, pour encourager des habitudes de vie saines et prévenir les maladies chroniques en influençant positivement les comportements individuels.

    📌 Ciblage :

    L’IA identifie les populations à risque ou les zones géographiques nécessitant des interventions spécifiques, permettant ainsi une meilleure allocation des ressources et une efficacité accrue des actions de santé publique.

    📌 Optimisation des processus :

    L’IA améliore l’efficacité des systèmes de santé en automatisant et en optimisant les flux logistiques, les chaînes d’approvisionnement ou encore la distribution des ressources médicales, réduisant les coûts et les délais.

    Des cas d’usage dans 6 domaines de la prévention

    1️⃣ Surveillance des maladies et détection précoce des épidémies :
    L’IA analyse en temps réel les données sanitaires, détecte les tendances inhabituelles et anomalies (comme l’augmentation des recherches liées à des symptômes), émet des alertes précoces et modélise des scénarios prédictifs pour anticiper et atténuer les épidémies. Elle facilite aussi la coordination internationale en partageant rapidement les informations critiques.

    2️⃣ Prévision et modélisation des maladies infectieuses :
    L’IA permet une meilleure compréhension des dynamiques épidémiques grâce à l’intégration de multiples facteurs (environnementaux, démographiques). Elle détecte rapidement les anomalies et propose des scénarios prédictifs pour optimiser les ressources et les interventions, tout en s’adaptant aux conditions changeantes des épidémies.

    3️⃣ Amélioration de la distribution et de l’adhésion aux vaccins :
    L’IA prédit la demande vaccinale, identifie les populations à risque et optimise la logistique de distribution des vaccins. Elle aide également à sensibiliser contre l’hésitation vaccinale via des campagnes d’information ciblées et en automatisant les rappels pour les rendez-vous de vaccination.

    4️⃣ Analyse des déterminants de santé et lutte contre les inégalités :
    L’IA analyse les déterminants sociaux (revenus, logement, éducation) pour identifier les populations vulnérables et proposer des interventions ciblées. Elle contribue à assurer un accès équitable aux soins de santé, et guide les décideurs dans l’élaboration de stratégies visant à réduire les inégalités.

    5️⃣ Prédiction et prévention des maladies chroniques :
    L’IA identifie les individus à risque de maladies chroniques (diabète, maladies cardiaques) en analysant des facteurs de risque (génétiques, comportementaux). Elle aide à développer des plans de prévention personnalisés et soutient la surveillance continue des patients grâce à la télémédecine et à des recommandations pour des changements de mode de vie.

    6️⃣ Détection des produits de santé falsifiés ou de mauvaise qualité :
    L’IA détecte les anomalies dans les chaînes d’approvisionnement et les écarts visuels dans les produits pour repérer les médicaments falsifiés. Elle surveille les discussions en ligne, identifie les tendances suspectes et coordonne les actions entre les parties prenantes pour lutter contre la circulation de ces produits.

    Pour aller plus loin :

    👉 Plus de détails concernant chacun de ces cas d’usage peuvent être consultés dans la revue de la littérature réalisée pour cette étude H&TI dédiée à l’IA en prévention : Comment l’IA peut-elle soutenir la prévention et renforcer la santé publique ?

    Cartographie des cas d’usage :

     

    Cartographie des cas d'usage de l'IA en santé - @ Health & Tech Intelliegnce
    Cartographie des cas d’usage de l’IA en santé – @ Health & Tech Intelliegnce