Rapport

  • La HAS systématise l’usage de la e-santé dans ses recommandations (rapport d’activité 2023)

    Faciliter l’accès à l’innovation

    La HAS a publié le 26 juin 2024 son rapport d’activité 2023. Évaluer, recommander et améliorer le système de santé français sont les missions de la HAS.

    Une partie de ses actions s’est portée sur la santé numérique et l’accès à l’innovation pour les usagers. Le rapport cite : “l’innovation est un levier majeur pour améliorer la qualité des soins… Les connaissances progressent, les nouvelles technologies se multiplient et les organisations évoluent”. La HAS identifie les solutions numériques qui prouvent une efficacité, et facilite leur accès pour la population. En complément, elle cible les professionnels de santé et les développeurs de solutions en intégrant l’évaluation des dispositifs d’e-santé dans son périmètre d’analyse. C’est notamment le cas pour les dispositifs médicaux numériques qui ont fait l’objet de recommandations pour éclairer les praticiens dans les choix et les usages de ces outils.

    Des recommandations pour les usagers, les praticiens et les industriels du secteur numérique

    La HAS a reconnu, par exemple, le caractère innovant du test de diagnostic salivaire Endotest, développé par la société Ziwig, et qui peut être réalisé en troisième intention pour diagnostiquer l’endométriose, une pathologie difficile à détecter.

    Toujours en termes de santé numérique, les activités de la HAS s’adressent également aux professionnels de santé et aux développeurs de dispositifs médicaux numériques. Le “guide d’aide au choix des dispositifs médicaux numériques à usage professionnel” évalue les DMN et aide les praticiens à faire leur choix parmi les nombreuses solutions disponibles sur le marché.

    Pour les industriels qui développent les DMN, la HAS a publié un guide pratique pour la prise en charge anticipée des dispositifs innovants. Un décret du 30 mars 2023 permet une prise en charge “par avance” pour deux types de DMN : les dispositifs thérapeutiques et ceux qui concernent la télésurveillance médicale. Ce rapport donne les bonnes pratiques et les éléments à fournir pour engager une instruction de demande de prise en charge anticipée.

    Le Cediag, créé en avril 2023 par la HAS, a pour objectif d’évaluer les technologies diagnostiques, pronostiques et prédictives. Cette commission est opérationnelle et a déjà travaillé sur l’échographie de contraste hépatique, les médicaments radiopharmaceutiques, ainsi que sur les PCR multiplex. L’ambition de cette commission est d’être le point d’entrée pour simplifier le parcours d’évaluation et d’autorisation de certaines techniques de diagnostic, là où plusieurs commissions étaient nécessaires pour statuer.

    Des accès anticipés pour 100 000 patients

    Le dispositif d’accès précoce aux médicaments présumés innovants est effectif depuis le 1er juillet 2021. La HAS et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ont publié en 2023 un bilan positif sur les autorisations d’accès précoce (AAP) délivrées durant les deux dernières années. 100 000 patients, souvent dans une impasse thérapeutique, ont bénéficié d’un accès anticipé à des médicaments (sur 125 décisions, 8 sur 10 ont été favorables).

    Dans le domaine de la data, la HAS a initié un partenariat avec la BNDMR (Banque nationale de données des maladies rares) pour suivre en vie réelle les médicaments prescrits pour les maladies rares. Un modèle de protocole d’utilisation thérapeutique et de recueil des données, intitulé PUT-RD, a été créé par la HAS pour exploiter le SDM-T (set de données minimum pour les traitements) du BNDMR. Grâce à ce dispositif, la HAS a accordé un accès précoce au SKYCLARYS (omaveloxolone) contre l’ataxie de Friedreich.

    Rendre l’information accessible aux usagers

    La HAS et l’Institut national du cancer ont développé une plateforme en ligne afin d’aider les femmes concernées par la mastectomie à obtenir des informations claires, comme une cartographie pour rechercher des hôpitaux ou des cliniques qui réalisent des reconstructions mammaires.

    La prise en charge des actes de téléconsultation par l’assurance maladie est conditionnée par l’obtention d’un agrément. La HAS propose un référentiel de bonnes pratiques et d’évaluation au regard de la téléconsultation (ex : transmettre les documents médicaux dans le respect de la réglementation). Ce guide garantit l’accessibilité et la qualité des services rendus aux usagers.

    Inclure la e-santé dans les recommandations

    La HAS propose d’inclure systématiquement dans ses travaux de recommandations un volet e-santé afin d’intégrer le numérique en faveur de la fluidité des parcours de soins et de la santé populationnelle en général. Exemple, dans le plan de recommandations “Accompagner les personnes en situation de grande précarité présentant des troubles psychiques” dans lequel elle a intégré une partie dédiée aux outils numériques, mentionnant l’aspect inclusif et informationnel que ces outils peuvent avoir pour les personnes en situation d’isolement social et d’éloignement thérapeutique.

    Dans le cadre d’un rapport dédié à la coordination des soins et à l’accompagnement des personnes épileptiques, la HAS préconise le recours à la télésanté et aux outils d’e-parcours pour structurer l’ensemble des étapes (du diagnostic au traitement).

    La mise en œuvre du règlement EU sur l’évaluation des technologies de santé :

    Mobilisée sur le plan européen, la HAS est membre fondateur (depuis 2005) de la coopération volontaire entre les agences européennes d’évaluation des technologies de santé, et a produit 20 guides méthodologiques et procédures dans le cadre du règlement EU 2021/2282. Ce même règlement doit entrer en application pour 2025.

     

     

  • Cancer du sein : des indicateurs précoces de l’impact de l’utilisation de l’IA dans le dépistage

    Contexte de l’étude:

    L’étude publiée dans la Revue Radiology, vise à comparer la charge de travail et les performances de dépistage avant et après l’intégration de l’IA. Cette étude rétrospective a analysé deux groupes de femmes âgées de 50 à 69 ans, qui ont subi un dépistage biennal par mammographie dans la région de Copenhague, au Danemark. Dans un contexte où Il a été démontré que le dépistage régulier du cancer du sein par mammographie réduit considérablement les taux de mortalité par cancer du sein et où les systèmes d’intelligence artificielle (IA) montrent des signes de maturité prometteurs, les chercheurs explorent l’apport  d’une approche combinée qui utilise des outils d’IA pour assister les radiologues dans l’analyse fine des mammographies contenant des marqueurs de lésions pour réduire la charge de travail des radiologues et préserver la sensibilité du dépistage.

    Système d’IA:

    Le système d’IA commercialement disponible utilisé pour le dépistage était Transpara (v.1.7.1; ScreenPoint Medical) . Ce système se compose de modèles d’apprentissage profond entraînés pour mettre en évidence et évaluer les lésions suspectes et les calcifications dans les mammographies. Les résultats de l’IA sont présentés au radiologue lors des lectures assistées par l’IA, avec un maximum de deux résultats par vue. De plus, le système d’IA génère un score d’examen variant de 1 à 10, qui est utilisé pour stratifier les dépistages en fonction de la probabilité de cancer du sein. Un score de 1 indique une très faible probabilité de cancer du sein, tandis qu’un score de 10 indique une forte probabilité de cancer du sein. Le système d’IA a été entraîné sur des mammographies provenant de sites en Europe et aux États-Unis, mais pas sur des mammographies de la région de la capitale du Danemark.

    Protocole d’imagerie et diagnostic :

    • Toutes les femmes ont eu des vues mammographiques numériques complètes mediolatérales obliques et craniocaudales de chaque sein, capturées à l’aide des systèmes Mammomat Inspiration ou Mammomat Revelations (Siemens Healthineers). Toutes les acquisitions ont suivi les lignes directrices danoises;
    • Tous les cancers dans cette étude étaient des cancers invasifs détectés lors du dépistage ou des carcinomes canalaire in situ confirmés par biopsie à l’aiguille suivant un rappel, un spécimen chirurgical, ou les deux ;
    • Les données sur les résultats de la biopsie et de la chirurgie (diagnostics, pathologie, positivité ganglionnaire et taille de la lésion) ont été extraites du Registre de pathologie danois entre le 1er octobre 2020 et le 15 avril 2023, garantissant au moins 180 jours de suivi après la mammographie de dépistage pour toutes les femmes .

    Résultats:

    Les taux de détection du cancer selon les catégories de densité du système BI-RADS (Breast Imaging Reporting and Data System),tels que déterminés par le deuxième radiologue sénior. Les barres d’erreur indiquent les IC à 95 %. * = P < .05. ns = non significatif.
    • Au total, 60 751 femmes ont été dépistées avant la mise en œuvre du système d’IA et 58 246 femmes après (âge médian : 58 ans [IQR, 54-64 ans] pour les deux cohortes);
    • Dans une étude rétrospective comparant 60 751 et 58 246 femmes dépistées pour le cancer du sein avant et après la mise en œuvre d’un système d’intelligence artificielle (IA), respectivement, 66,9 % (38 977 sur 58 246) des dépistages après l’implémentation du système d’IA ont été lus une seule fois, et 33,1 % (19 269 sur 58 246) ont été lus deux fois avec l’aide de l’IA.
    • La mise en œuvre du système d’IA a amélioré le taux de détection du cancer (0,70 % avant l’IA vs 0,82 % avec l’IA ; P = .01), le taux de faux positifs (2,39 % vs 1,63 % ; P < .001), la valeur prédictive positive (22,6 % vs 33,6 % ; P < .001), et le taux de petits cancers parmi tous les cancers invasifs diagnostiqués (36,6 % vs 44,9 % ; P = .02).
    • Le dépistage avec l’IA a réduit la charge de travail de lecture des radiologues de 33,5 % (38 977 sur 116 492 lectures) et le taux de rappel de 20,5 % (3,09 % avant l’IA vs 2,46 % avec l’IA).
    • Le diagramme de flux illustre les protocoles de lecture mammographique :avant (A) et après (B, C) la mise en œuvre d’un système d’intelligence artificielle (IA) dans le dépistage, avec (B) le seuil d’examen IA original (avant le 3 mai 2022) ou (C) un seuil IA plus élevé (le 3 mai 2022 ou après) pour sélectionner les dépistages pour une lecture unique. Les cases vertes indiquent les dépistages probablement normaux sélectionnés pour une lecture unique ; les cases jaunes indiquent les dépistages sélectionnés pour une double lecture assistée par IA, où les radiologues (*) avaient accès à un support décisionnel sous la forme de lésions mises en évidence par le système d’IA. Abréviations : neg. = négatif, pos. = positif.

     

     

  • Déserts médicaux : un mapping de 139 start-ups pour une « santé pour tous » (Xange)

    Quels leviers face aux défis des déserts médicaux ?

    Selon l’Assurance maladie, en 2023, en France, la densité moyenne des médecins généralistes est de 147 pour 100 000 habitants, avec 57 % de libéraux. Pour les spécialistes la densité est de 193 pour 100 000 habitants avec 33 % de libéraux. Dans ce contexte, la technologie et la digitalisation de la santé peuvent-elles être des leviers efficaces pour répondre à ces enjeux ? C’est la question à laquelle tente de répondre Xange. Sa cartographie recense ainsi :

    • 35 start-ups de téléconsultation, jouant un rôle dans l’amélioration de l’accès aux soins ;
    • 59 start-ups de télésurveillance pour aller plus loin que la téléconsultation et assurer un suivi des patients ;
    • 34 start-ups de diffusion de l’expertise médicale ;
    • et 11 start-ups de fluidité des carrières afin d’encourager la mobilité géographique par le biais de plateformes de mise en relation ou de solutions de gestion de carrière.

    Source: Xange, 2024

    Des innovations en dehors des cadres traditionnels

    Xange souligne également que l’intelligence artificielle (IA) et les thérapies numériques (DTx) démocratisent l’accès à l’information et à l’expertise médicale, contribuant ainsi à réduire les inégalités en matière de santé.

    On y retrouve deux grandes catégories :

    • la diffusion directe de l’expertise médicale aux patients (avec l’exemple de Ouihelp, qui propose la livraison de médicaments à domicile et des services d’aide à domicile, ou Viabeez et Padoa dans le domaine de la santé au travail) ;
    • et la diffusion de cette expertise entre professionnels de santé (comme avec Téo dans l’ophtalmologie).

    Malgré les opportunités offertes par l’innovation et le numérique, une collaboration étroite entre les patients, praticiens et collectivités territoriales est essentielle pour faciliter les usages au sein du territoire.

    Pour Nadja Bresous Mehigan, partner impact chez Xange, “le numérique et l’IA peuvent contribuer à des parcours de soins plus fluides, plus accessibles et éviter la “perte de chance”. Il ne s’agit pas de remplacer les médecins, mais de gagner en productivité pour permettre au praticien de se concentrer sur sa valeur ajoutée médicale et également d’apporter de l’expertise médicale à distance.” Et d’ajouter : “Les impacts sur le patient peuvent être très directs à court terme sur le diagnostic ou le suivi à domicile. Les innovations sont également très nombreuses autour de la valorisation des données cliniques par l’IA avec un impact peut-être plus long terme sur les thérapies en oncologie notamment ou sur les maladies rares. Sur tous ces sujets, notre partenariat avec la Mutualité Française notamment, mais aussi avec La Poste nous apporte beaucoup.”

  • Sénat : 4 axes de recommandations pour des usages de l’IA en santé justes et efficaces

    Des promesses d’efficacité et des défis éthiques

    Dédié à l’IA en santé, ce deuxième rapport thématique de la délégation sénatoriale à la prospective a été publié le 21 mai 2024. Les rapporteurs (Christian Redon-Sarrazy, sénateur socialiste de la Haute-Vienne, et Anne Ventalon, sénatrice apparentée Les Républicains de l’Ardèche) rappellent dans leur introduction que les dépenses publiques en santé et en activités médicales représentent près de 10 % du produit intérieur brut (PIB) en France, ce qui fait de ce secteur un domaine essentiel du service public. En raison de la production massive de données dans le secteur de la santé et de la complexité de leur traitement, l’IA est perçue comme “une aide précieuse pour la pratique médicale”. Cependant, selon le rapport, la transformation rapide qu’elle induit ouvre “de nouveaux champs d’interrogations sur l’éthique, tant la perspective d’une médecine totalement mécanisée et déshumanisée est jugée inacceptable”.

    La technologie de l’IA étant désormais disponible, les deux sénateurs estiment qu’il est ” illusoire de penser qu’on pourra
    échapper aux risques qu’elle comporte par des interdictions”. Toute technologie performante étant forcément utilisée, le véritable enjeu pour eux est de créer un cadre de régulation afin d’en tirer le meilleur parti. Un cadre qui se met progressivement en place, et “l’adoption de l’AI Act à l’échelle européenne constitue à cet égard une étape importante”.

    Le juste milieu entre un “techno-enthousiasme excessif” et un “techno-pessimisme” :

    Sans chercher à fournir une analyse exhaustive des technologies d’IA dans le domaine de la santé, le rapport essaie d’identifier les différents scénarios de déploiement de l’IA, “en s’appuyant sur les utilisations déjà existantes ou celles actuellement développées par des startups en lien avec les professionnels de santé”. Il insiste par ailleurs sur la nécessité d’éviter aussi bien un “techno-enthousiasme excessif” qui verrait dans l’IA une panacée pour le système de santé, que le “techno-pessimisme” qui surestimerait les difficultés et les risques liés aux adaptations nécessaires pour un déploiement généralisé des outils basés sur l’IA. Les rapporteurs prônent ainsi une approche équilibrée pour maximiser les bénéfices de l’IA tout en minimisant ses inconvénients.

    L’exigence de la confiance :

    L’IA a le potentiel de transformer radicalement les modes de vie et de travail dans nos sociétés modernes, comparable aux révolutions technologiques passées comme l’électricité et Internet. Dans le secteur public, cependant, les expérimentations restent limitées et les discours prudents. L’IA générative pourrait améliorer l’efficacité et l’accessibilité des services publics, en les rendant plus équitables et personnalisés. Pour que l’IA soit adoptée avec succès, il est essentiel que les citoyens et les agents publics aient confiance en cette technologie. Cette confiance repose sur la connaissance des possibilités et des limites de l’IA, ainsi que sur des garanties de respect des droits, des libertés et de l’intégrité administrative et démocratique.

    4 axes de recommandations

    Les rapporteurs considèrent qu’à l’avenir, “l’économie de la santé et celle du numérique seront davantage imbriquées”, et concluent en soulignant que “l’enjeu d’une IA souveraine n’est pas à négliger dans les politiques publiques nationale et européenne”. Pour une IA en santé efficace et juste, ils ont identifié 4 axes de travail pour la France :

    1️⃣ Développer une culture de l’IA en santé par la formation initiale et continue des soignants :

    La formation à l’IA doit être intégrée aux cursus universitaires pour les médecins et les professions paramédicales. Il est également nécessaire de renforcer la formation continue pour les personnels de santé en poste. De plus, un nouveau métier d’opérateur de l’IA en santé pourrait émerger pour gérer la complexité et assurer une médiation entre les acteurs du système.

    2️⃣ Accélérer l’accès des chercheurs et des startups aux données secondaires de santé :

    Il est essentiel d’adopter des normes d’interopérabilité pour les producteurs de données de santé afin de faciliter les croisements de données et de renforcer le rôle du Health Data Hub comme fédérateur des différentes bases de données. De plus, des contrats types pourraient lever les obstacles contractuels entre producteurs et utilisateurs de données, en définissant des normes de partage de la valeur.

    3️⃣ Construire un cadre éthique robuste de l’IA en santé :

    Patients et soignants doivent comprendre précisément la portée et les limites des solutions d’IA disponibles. Les exigences éthiques doivent être intégrées dès la conception des dispositifs d’IA (ethics by design) et incluses dans la formation des soignants. Ces exigences doivent également être traduites juridiquement et appliquées concrètement. Les instances nationales de contrôle, comme la CNIL en France, doivent disposer de moyens renforcés pour mener des investigations et appliquer des sanctions efficaces.

    4️⃣ Financer efficacement la “course à l’IA” :

    L’objectif de créer un écosystème autonome en IA pour la santé implique également l’accélération du projet de cloud sécurisé souverain. Cela garantirait que les données de santé, tout comme les données de sécurité et fiscales, ne soient pas exposées au risque de transmission à des puissances étrangères. De plus, pour que la course à l’IA bénéficie concrètement aux patients, il est important de trouver un modèle économique durable pour financer ces nouveaux outils au-delà des investissements initiaux. Une approche envisageable serait de dédier des fonds spécifiques au secteur hospitalier, sur le modèle du financement des missions d’intérêt général, afin de favoriser l’acquisition et la maintenance de solutions logicielles performantes.

     

  • Data : la préparation des données, priorité pour le déploiement de l’IA (rapport Fivetran-MIT)

    Mesurer la préparation des entreprises à intégrer l’IA

    L’IA générative (GenAI), comme l’IA prédictive avant elle, suscitent l’intérêt des dirigeants d’entreprise. L’adoption de ces nouvelles technologies pour des applications commerciales a le potentiel d’améliorer les chiffres d’affaires et les résultats nets des organisations qui sauront les exploiter. Pour comprendre comme ces dernières se préparent à la nouvelle ère qui s’annonce, MIT Technology Review Insights publie, en partenariat avec leader mondial de la circulation des données, Fivetran, ce nouveau rapport intitulé “AI readiness for C-suite leaders“, qui synthétise les résultats d’une enquête mondiale menée auprès de 300 cadres dirigeants et responsables technologiques dans 11 secteurs d’activité, dont la santé.

    L’indispensable stratégie data :

    L’étude révèle que les dirigeants considèrent l’intégration des données et l’accès sécurisé à toutes leurs sources comme des domaines d’investissement essentiels pour exploiter les technologies d’IA et d’IA générative. Ils jugent également indispensable de pouvoir partager et combiner les données provenant de tous types de sources, y compris :

    • les applications Saas (service as a software) ;
    • les bases de données héritées ;
    • et les applications personnalisées.

    Une telle conclusion démontre le rôle primordial pour une entreprise d’avoir une stratégie data solide, qui lui permettra de libérer tout le potentiel de l’IA et de la GenAI en matière d’innovation et d’excellence opérationnelle.

    Pour George Fraser, PDG de Fivetran : “L’intégration des données n’est pas seulement un défi technique – c’est un impératif stratégique qui sous-tend toutes les initiatives d’IA réussies.” Et d’ajouter : “Alors que les technologies d’IA continuent d’évoluer, la capacité à intégrer et à gérer efficacement les données distinguera les leaders de l’industrie de ses concurrents.”

    L'intégration des données arrive en tête des priorités - @ MIT
    L’intégration des données arrive en tête des priorités – @ MIT Technology Review Insights

    Principales conclusions du rapport de MIT

    Préparer les données d’une organisation pour l’IA présente cependant un ensemble de nouveaux défis et opportunités. Ce rapport examine la préparation des fondations de données des entreprises, ainsi que les défis de la construction d’une infrastructure de données nécessaire pour tirer pleinement parti de cette technologie. Ses principales conclusions concernent les trois points suivants :

    1️⃣ L’intégration des données, priorité absolue pour préparer l’exploitation de l’IA :

    82 % des dirigeants de niveau C-suite et autres cadres supérieurs conviennent que “la mise à l’échelle de l’IA ou de l’IA générative pour créer de la valeur commerciale est une priorité absolue”. Mais pour s’y préparer, 45 % d’entre eux estiment que le principal défi pour atteindre une bonne préparation à l’IA est “l’intégration des données et les pipelines”. Interrogés sur les aspects difficiles de ladite intégration, ils citent quatre éléments :

    • la gestion du volume de données ;
    • le transfert des données des installations sur site vers le cloud ;
    • la facilitation de l’accès en temps réel ;
    • et la gestion des changements de données.

    2️⃣ La recherche de solutions durables :

    83 % des participants à l’enquête affirment que leur “organisation a identifié de nombreuses sources de données” à réunir pour lancer leurs projets d’IA. Bien que les technologies dépendantes des données des dernières décennies aient conduit à des programmes d’intégration et d’agrégation de données, ceux-ci étaient généralement adaptés à des cas d’utilisation spécifiques. Désormais, les entreprises recherchent quelque chose de plus évolutif et indépendant des cas d’utilisation : 82 % des répondants donnent la priorité aux solutions “qui continueront à fonctionner à l’avenir, indépendamment des autres changements apportés” à leur stratégies et leurs partenariats.

    3️⃣ 2 préoccupations majeures : gouvernance et sécurité des données

    Les préoccupations en matière de gouvernance et de sécurité des données sont le deuxième défi le plus fréquent en matière de préparation des données, citées par 44 % des répondants. Ceux des secteurs hautement réglementés étaient deux à trois fois plus susceptibles de citer la gouvernance et la sécurité des données comme une préoccupation, et les directeurs des données, ou chief data officers (CDO), considèrent ce défi deux fois plus souvent que leurs pairs de la C-suite. D’où la nécessité, selon le rapport, d’aborder ces deux problématiques dès le début de toute stratégie d’IA, afin de garantir que les données sont utilisées et accessibles de manière appropriée.

    Défis d'intégration des données identifiés par l'enquête MIT Technology Review Insights, 2024 - @ MIT
    Défis d’intégration des données identifiés par l’enquête de Fivetran, 2024 – @ MIT Technology Review Insights

    Maximiser la valeur commerciale de l’IA Générative :

    Bien que l’IA générative offre un ensemble impressionnant et puissant de capacités, sa valeur commerciale n’est pas garantie, conclue l’étude de Fivetran et de Technology Review Insights. Si certains modèles puissants sont aujourd’hui ouverts à l’utilisation publique, ils ne servent pas de différenciateur pour les organisations qui cherchent à devancer la concurrence et à déployer l’IA de manière généralisée et efficace. Pour obtenir de tels avantages, il serait primordial pour ces organisations d’enrichir les modèles d’IA “avec leurs propres données, afin de créer des perspectives et des opportunités commerciales uniques.”

     

  • GenAI : des promesses et des risques potentiels pour la sécurité des patients (rapport IHI)

    🔍 Points clés du rapport

    1️⃣ IA pour une sécurité des patients améliorée :

    Dans ce rapport, les membres du panel d’experts du think thank Lucian Leape Institute de l’IHI sont globalement optimistes quant au potentiel de la GenAI pour améliorer de nombreux aspects des soins, y compris la sécurité des patients. Cependant, ils indiquent qu’une navigation prudente est nécessaire pour atténuer les nouveaux risques.

    2️⃣ 3 cas d’usage majeurs :

    Le panel d’experts a examiné trois cas d’utilisation, sélectionnés pour leur large représentation des utilisations cliniques anticipées de l’IA au cours des prochaines années.

    • aide à la documentation : réduit l’épuisement des cliniciens et améliore la précision des dossiers des patients ;
    • aide à la décision clinique : aide à la détection précoce des préoccupations de sécurité, y compris les infections et les événements indésirables liés aux médicaments ;
    • chatbots à destination des patients : améliore l’engagement et l’éducation des patients.

    3️⃣ Des risques potentiels :

    Le panel d’experts a également identifié divers risques notamment :

    • la dépersonnalisation des soins ;
    • la possibilité que l’IA générative produise des prédictions et des recommandations inexactes (voire fabriquées) ;
    • la faiblesse de la supervision humaine des résultats technologiques généralement précis ;
    • la tendance des organisations de soins à transformer toute efficacité générée par l’IA en attentes accrues de productivité ;
    • et les défis de l’intégration de l’IA dans les flux de travail existants pour les cliniciens et les patients.

    Bénéfices et défis de l’IA

    Biais potentiels et risque de perte de compétences :

    Il est possible que le biais puisse être atténué en garantissant une représentation large dans les ensembles de données de l’IA, une transparence totale concernant les conflits d’intérêts qui peuvent influencer les résultats, et par de nouvelles méthodes computationnelles. De nouveaux cliniciens, entrant en exercice après la mise en œuvre généralisée de l’IA, pourraient ne jamais acquérir les compétences des cliniciens plus expérimentés.

    Charge de travail réduite :

    Les gains d’efficacité de l’IA ne devraient pas conduire à une augmentation de la charge de travail des cliniciens sans soulagement cognitif. Les membres du panel sont enthousiastes quant au potentiel des outils d’IA générative pour réduire l’épuisement des cliniciens et la charge cognitive, faciliter la fourniture de pratiques fondées sur des preuves, améliorer la précision diagnostique et potentiellement réduire les coûts. Une IA bien conçue a également le potentiel d’identifier les lacunes dans les soins et les situations sujettes aux erreurs ; le faire en temps réel peut offrir des opportunités d’intervention rapide pour prévenir certaines erreurs.

    Amélioration des méthodes d’évaluation et plans d’action :

    Jusqu’à présent, les méthodes d’évaluation dominantes — l’analyse des événements indésirables et des conditions dangereuses — ont été réalisées par le biais de rapports d’incidents et d’analyses des causes profondes. De nombreuses études ont montré que les rapports d’incidents produisent des résultats insatisfaisants, manquant de nombreux problèmes et capturant souvent des problèmes périphériques au problème de sécurité pertinent.

    En termes de plans d’action, les analyses des causes profondes — examens interdisciplinaires détaillés des événements indésirables — ont été le principal moyen par lequel les systèmes de santé ont compris et abordé les problèmes de sécurité. L’utilisation créative de l’IA générative pourrait identifier des modèles de soins et suggérer des solutions basées sur des événements passés au sein d’un établissement de soins  donné (ou d’autres si leurs données sont accessibles). Les outils d’IA pourraient également aider à surveiller si ces solutions fonctionnent au fil du temps.

    Surveillance en temps réel et gestion documentaire :

    En créant un mécanisme pour examiner continuellement le dossier patient à la recherche de signes d’événements indésirables et de conditions dangereuses, l’IA générative a le potentiel de transformer la manière dont les systèmes  apprennent sur la sécurité. En effet, une telle surveillance en temps réel des systèmes d’IA a déjà été intégrée dans les DPI et a permis de détecter plus de 10 fois plus d’incidents de dommages, en temps réel, et de prédire les dommages jusqu’à 72 heures avant qu’ils ne se produisent.

    Parallèlement aux problèmes de charge de documentation pour les cliniciens, le travail des professionnels de santé est actuellement caractérisé par une énorme quantité de temps (plus de 50 % selon certaines estimations) consacrée à l’examen des dossiers, souvent dans le but de remplir les exigences de documentation pour  les assureurs et autres. L’examen des dossiers basé sur l’IA générative a le potentiel de libérer une grande partie de ce temps peu productif. Il est crucial que les organisations de soins réaffectent une partie de ce temps libéré à des activités de sécurité et de qualité plus significatives, plutôt que de réduire proportionnellement les effectifs du département.

    Recommandations de l’Institut Lucian Leape

    Malgré ces préoccupations sérieuses, les panelistes restent généralement enthousiastes quant aux promesses de l’IA générative pour améliorer la sécurité et la qualité. En poursuivant le développement continu des outils d’IA générative et leur intégration dans la prestation des soins cliniques, le panel d’experts a formulé les recommandations suivantes :

    • impliquer les patients et les associations de patients dans le développement, la mise en œuvre, la gouvernance et la surveillance des outils d’IA générative ;
    • apprendre avec, engager et recueillir le feedback des cliniciens ;
    • évaluer et assurer l’efficacité de l’IA et son absence de biais ;
    • établir une gouvernance stricte de l’IA, une supervision et des directives à la fois pour les systèmes individuels de prestation de soins et le gouvernement ;
    • être intentionnel avec la conception, la mise en œuvre et l’évaluation continue des outils d’IA ;
    • et s’engager dans un apprentissage collaboratif entre les éditeurs.

    En plus de ces recommandations, d’autres garde-fous doivent être mis en place en fonction des préoccupations suivantes soulignées par le panel :

    • se fier uniquement aux cliniciens pour vérifier l’exactitude des résultats et des recommandations de l’IA est une stratégie de sécurité peu fiable ;
    • le risque de déqualification est élevé et nécessitera des stratégies de mitigation proactives ;
    • les gains d’efficacité générés par l’IA entraîneront simplement davantage de tâches assignées aux cliniciens, sans soulagement de leur charge de travail et de leur fardeau cognitif actuels.

    Comment l’IA peut améliorer la sécurité des patients ?

    L’IA générative pourrait aider à rationaliser les tâches lourdes associées à la déclaration des incidents et à exploiter les données des épisodes de soins et des patients pour mieux identifier les conditions dangereuses et proposer des solutions. Par exemple, les outils d’IA générative pourraient soutenir les fonctions suivantes :

    • agrégation et analyse des rapports d’incidents, des épisodes de soins et des données d’analyse des causes profondes ;
    • utilisation des données pour l’identification et la résolution en temps réel des préoccupations de sécurité ;
    • identification des facteurs contributifs aux problèmes de sécurité au fil du temps ;
    • amélioration du suivi des audits et aide à la refonte des flux de travail pour les rendre plus efficaces et intuitifs ;
    • formation des professionnels de la sécurité et de la qualité ;
    • intégration des expériences et des retours des patients dans les efforts de sécurité ;
    • aide à l’identification des diagnostics et à la détection précoce des problèmes courants de sécurité des patients hospitalisés, y compris les infections nosocomiales, les événements indésirables liés aux médicaments, la thrombo-embolie veineuse et les complications chirurgicales ;
    • réduction de la charge de travail du personnel de sécurité des patients et d’amélioration de la qualité, permettant une meilleure allocation des ressources pour la mise en œuvre des efforts de sécurité des patients.

    L’intégration de ces capacités IA dans les systèmes de soins de santé pourrait transformer les approches de la sécurité des patients, passant d’une réaction aux erreurs à une prévention proactive, améliorant ainsi globalement la qualité des soins et réduisant les incidents de sécurité

    Chacune de ces fonctions a le potentiel d’aider les professionnels de la santé à passer d’une réaction aux erreurs et aux dommages à une prédiction proactive. Elles pourraient également améliorer la capacité des professionnels de la sécurité  à répondre en temps réel avec des solutions basées sur les données.

     

  • Femtech : la taille du marché devrait atteindre 135 Mds$ d’ici 2030 (Wavestone)

    Plus de 700 entreprises aux USA

    Avec une prévision de croissance atteignant 135 milliards de dollars d’ici 2030, selon le nouveau baromètre publié par Wavestone, le marché de la Femtech est en pleine expansion au niveau mondial. Cela est notamment marqué dans les segments du suivi menstruel, de la fertilité, de la ménopause mais aussi de la santé mentale.

    En 2023, les États-Unis représentaient le principal marché avec plus de 700 entreprises. Un développement dû à plusieurs facteurs, notamment :

    • une sensibilisation accrue aux besoins de santé spécifiques des femmes ;
    • l’augmentation des investissements dans les technologies de la santé ;
    • ainsi que l’essor des start-ups innovantes.

    42,8 M€ de chiffre d’affaire en France

    De la même manière, le marché français de la femtech est lui aussi en plein essor, avec une croissance exponentielle attendue dans les années à venir. En 2023, le chiffre d’affaire cumulé des start-ups femtech françaises est évalué à 42,8 millions d’euros. En avril 2024, 140 entreprises sont recensés dans le secteur.

    Source : Baromètre Wavestone 2024

    La France représente le principal marché pour 87 % de ces entreprises, bien que beaucoup adoptent une stratégie de développement international dès le départ. Les régions les plus ciblées après l’Europe sont l’Amérique du Nord et l’Afrique. En termes de pays, les startups visent principalement la France, suivie de la Belgique et de la Suisse.

    18 % du marché français sur le segment de la santé menstruel :

    Les startups femtech françaises se concentrent majoritairement sur la santé menstruelle, représentant 18 % du marché. Viennent ensuite la santé globale (16 %), les pathologies chroniques hors cancer (14 %) et la santé pelvienne (14 %). En revanche, des segments cruciaux comme la ménopause et les maladies cardiovasculaires, qui constituent la première cause de mortalité chez les femmes en France, sont encore largement sous-exploités. Dans le domaine de la santé menstruelle, les produits de grande consommation sont les plus fréquents. Pour la santé globale, les espaces de santé sont les plus répandus. Les pathologies chroniques sont dominées par les tests diagnostics, tandis que la santé pelvienne voit une prévalence des objets connectés.

    Concernant les secteurs d’activité, le bien-être, qui inclut des produits et services visant à améliorer la qualité de vie et la santé des utilisatrices, domine légèrement avec 53 % du marché, devant le secteur de la santé (47 %), qui regroupe les produits et services liés aux soins médicaux.

    25 % des innovations concernent les produits de grande consommation :

    Un quart des innovations créées par les startups femtech françaises interrogées concerne des produits de grande consommation, tels que les protections menstruelles, les produits nutritionnels ou les infusions. Viennent ensuite les logiciels de santé (10 %), suivis à égalité par les applications mobiles, les compléments alimentaires et les dispositifs médicaux (9 % chacun). Par secteur, les produits et services les plus fréquents en santé incluent les logiciels (Saas), les tests diagnostics et les dispositifs médicaux. En bien-être, les produits de grande consommation, les compléments alimentaires et les applications mobiles sont les plus courants.

    Financements, partenariats et initiatives gouvernementales

    59% des startups femtech françaises ont levé des fonds :

    En 2023, 59 % des startups femtech françaises ont levé des fonds, tandis que 9 % se sont financées exclusivement via des fonds d’investissement. Par ailleurs, 50 % des startups bénéficient de financements combinant plusieurs sources, parmi lesquelles on trouve principalement :

    • Le financement de la Banque publique d’investissement (BPI) associé aux Business angels ;
    • Les fonds d’investissement combinés aux Business angels ;
    • La combinaison de fonds d’investissement, de la BPI et de Business angels.

    L’autofinancement constitue la deuxième source de financement la plus fréquente, représentant 34 % des startups, en raison des difficultés d’accès aux fonds dans ce secteur. 4 % des startups n’ont recours à aucun financement externe, tandis que 3 % bénéficient de bourses ou de subventions. le financement reste un défi pour les startups femtech, qui ont vu un ralentissement en 2023 mais la présence d’entreprises de niveau série A et B sur le marché devrait encourager les acteurs du financement à créer des fonds spécialisés.

    Samsung et Pierre Fabre misent sur la femtech :

    En mai 2024, Samsung Medison a signé un accord pour acquérir la totalité des parts de Sonio pour 92,4 millions de dollars. Sonio, qui développe des solutions technologiques pour optimiser les soins prénataux, continuera d’opérer de manière indépendante tout en assurant la compatibilité de ses produits avec les dispositifs à ultrasons de différents fabricants. La finalisation de cette transaction est soumise à l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires.

    En septembre 2023, MiYé a annoncé l’entrée des Laboratoires Pierre Fabre dans son capital. Ce partenariat stratégique permettra à MiYé de bénéficier de l’expertise médicale et de la connaissance approfondie du marché des Laboratoires Pierre Fabre. Cette collaboration vise à accélérer la croissance de MiYé, à renforcer ses activités de recherche et développement, et à élargir sa présence dans les pharmacies et parapharmacies.

    Pour surmonter les défis du secteur, 59 % des startups femtech bénéficient de partenariats stratégiques. Les hôpitaux, les professionnels de santé et les laboratoires de recherche sont les principaux partenaires. Ces collaborations couvrent divers domaines tels que la recherche et développement, l’innovation clinique, ainsi que l’éducation et la prévention. Par exemple, en 2023, Femtech France a noué un partenariat de trois ans avec l’AP-HP pour promouvoir l’innovation en santé des femmes à l’hôpital, réduire les disparités de données liées au genre et encourager les travaux de recherche.

    L’Inserm consacre 30 M€ à la recherche en santé des femmes :

    Les initiatives gouvernementales sont également essentielles pour soutenir le développement de la femtech. Depuis 2022, le gouvernement français a mis en place une stratégie nationale pour lutter contre l’endométriose, axée sur la recherche, le diagnostic rapide et la sensibilisation. Un programme de recherche “Santé des femmes, santé des couples” financé à hauteur de 30 millions d’euros sur cinq ans a été lancé par l’Inserm. De plus, la région Île-de-France a introduit le plan “Smart-Santé” 2023-2028, avec un accent particulier sur l’innovation en santé des femmes.

    20 % des startups françaises ont entamé les démarches de remboursement :

    Les startups femtech en France se heurtent à plusieurs obstacles majeurs dans leur développement. Parmi les principaux freins identifiés, la complexité et le coût élevé des démarches pour obtenir le remboursement par l’Assurance maladie constituent un défi significatif. Seulement 20 % des startups ont commencé les démarches de remboursement, tandis que 44 % prévoient de le faire mais n’ont pas encore entamé le processus. Le manque de connaissance des modalités de remboursement et la difficulté d’accès à des cahiers des charges adaptés aux solutions innovantes constituent des obstacles notables.

    Glissement vers le B2B2C dans les offres de santé en entreprise :

    La santé des femmes en entreprise émerge comme un thème fort, avec un glissement des modèles économiques du B2C vers le B2B2C. Les assureurs montrent un intérêt croissant pour des offres de santé globales, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur. Toutefois, des domaines comme la santé hormonale et la santé mentale des femmes restent sous-adressés, mais représentent des opportunités de croissance future.

     

  • Santé respiratoire : prévention, prise en charge, pilotage… 7 recommandations de la Cour des comptes

    Les maladies respiratoires en progression

    Le rapport de la Cour des comptes publié le 15 mai 2024 souligne l’augmentation des maladies respiratoires en France. Il met en évidence une prédominance de pathologies chroniques telles que l’asthme, la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) et le cancer du poumon. Ces maladies touchent respectivement quatre millions, 3,5 millions et 160 000 individus. La prévalence de ces affections est en hausse depuis deux décennies, principalement en raison du tabagisme et du vieillissement de la population.

    Les femmes de plus en plus touchées :

    Bien que si les hommes présentent une prévalence plus élevée des pathologies respiratoires, le cancer du poumon et la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) connaissent une augmentation significative chez les femmes, attribuée principalement à la consommation de tabac :

    • le nombre de nouveaux cas de cancer du poumon chez les femmes a septuplé entre 1990 et 2023 ;
    • les décès continuent d’augmenter, dépassant même ceux dus au cancer du sein en 2025 ; la BPCO progresse également avec une augmentation du taux de mortalité, contrairement à celui des hommes ;
    • et l’asthme, bien que moins fréquent chez les femmes que chez les hommes à l’enfance, devient plus répandu chez les adultes de sexe féminin – les femmes présentent un risque accru de décès et d’hospitalisation liés à l’asthme par rapport aux hommes.

     

    Mieux lutter contre le tabagisme et la pollution atmosphérique :

    Le tabac demeure la principale cause des maladies respiratoires, suivi par des facteurs environnementaux tels que la pollution atmosphérique et les expositions professionnelles. Les politiques publiques, centrées historiquement sur la lutte contre le tabagisme et l’amélioration de la qualité de l’air, n’ont pas réussi à enrayer la progression des maladies respiratoires. La consommation de tabac reste élevée, notamment chez les femmes et les populations les plus modestes. Les impacts du réchauffement climatique pourraient exacerber les maladies respiratoires, surtout l’asthme allergique. Le rapport de la Cour des comptes insiste sur l’importance d’amplifier les efforts de prévention, en particulier en direction des populations les plus fragiles.

    Une hausse des dépenses publiques :

    Les dépenses publiques liées à la prévention et au traitement des maladies respiratoires sont en augmentation. En 2021, elles ont atteint 6,7 milliards d’euros, en grande partie à cause des coûts de traitement du cancer du poumon. Cependant, l’efficacité de ces dépenses n’est pas encore mesurée de manière adéquate. La prise en charge des maladies respiratoires reste suboptimale, avec des lacunes dans la détection précoce et une offre de soins de proximité insuffisante, entraînant des hospitalisations évitables.

    Des initiatives récentes, comme les expérimentations de nouveaux modes de prise en charge et de financement, pourraient améliorer la situation, mais nécessitent encore des renforcements pour être pleinement efficaces.

    Les 7 recommandations de la Cour des comptes

    Pour faire face à la progression des maladies respiratoires et améliorer la pertinence et l’efficacité des actions de préventions et des modalités de prises en charge, 7 recommandations sont formulées dans le rapport de la Cour des comptes.

    Pour améliorer la prévention et la prise en charge :

    • utiliser l’espace numérique de santé pour envoyer des messages de prévention personnalisés aux patients à risque ; 
    •  inclure un auto-questionnaire en cinq questions dans le “bilan prévention” à 45 ans pour orienter les patients vers des tests de dépistage respiratoire, selon les résultats des expérimentations menées ; 
    • et encourager l’utilisation des dispositifs numériques pour favoriser l’autonomie des patients, en particulier les jeunes asthmatiques, et assurer leur référencement.

    Pour optimiser la stratégie et le pilotage :

    • intégrer des objectifs sanitaires mesurables en santé respiratoire dans la stratégie nationale de santé, alignés avec ceux du plan national santé environnement (PNSE) ; 
    •  adopter une feuille de route spécifique aux maladies respiratoires chroniques, avec des objectifs quantitatifs, en cohérence avec le PNSE et la stratégie nationale de santé ; 
    • inclure des objectifs sanitaires mesurables pour l’asthme, la BPCO et le cancer du poumon dans le PNSE, et les décliner dans les plans régionaux santé environnement, tout en ajoutant un indicateur de suivi de la dépense ; 
    • et intégrer systématiquement un volet consacré à la qualité de l’air extérieur et intérieur dans les contrats locaux de santé.

     

  • Gen AI : Microsoft s’engage à développer des systèmes respectant le RGPD

    Un engagement construit autour de 6 principes

    Alors que les gouvernements cherchent à embrasser la transformation numérique et à répondre aux demandes des citoyens pour des services plus rapides et personnalisés, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a publié ses premières recommandations en avril 2024. C’est dans ce contexte que Microsoft développe des ressources pour aborder les préoccupations liées au RGPD et démontrer comment ses solutions d’intelligence artificielle (IA) peuvent être adoptées de manière conforme au règlement.

    Dans son guide pour le secteur publique, Microsoft s’engage ainsi à ce que ses systèmes d’IA soient développés de manière responsable et digne de la confiance des personnes. Un engagement est concrétisé selon six principes clés qui s’alignent étroitement avec les priorités du secteur public et les principes fondamentaux énoncés à l’article 5 du RGPD :

    • équité : les systèmes d’IA doivent être conçus pour traiter équitablement toutes les personnes, sans biais ni discrimination ;
    • fiabilité et sécurité : les systèmes d’IA doivent être fiables et sûrs, avec des mécanismes intégrés pour prévenir les erreurs et minimiser les dommages ;
    • responsabilité : les créateurs des outils d’IA et les développeurs qui les utilisent doivent être responsables de leurs systèmes ;
    • confidentialité et sécurité : les systèmes d’IA doivent respecter la vie privée des individus et la sécurité de leurs données ;
    • inclusivité : les systèmes d’IA doivent être conçus pour être accessibles et utilisables par tout le monde, y compris les personnes en situation de handicap ;
    • transparence : les systèmes d’IA doivent être transparents et explicables, avec une documentation claire de leur fonctionnalité et de leurs processus de prise de décision.

     

    Les mêmes engagements pris pour le cloud appliqués aux produits d’IA

    Se voulant rassurant envers ses clients du service public, Microsoft explique que les principes fondamentaux du RGPD s’appliquent au même titre que pour le traitement des données personnelles dans tout autre contexte, tel que le cloud. Cela est justifié par le fait que les principes et les processus d’évaluation des risques et de conformité au RGPD restent les mêmes. Ainsi, les engagements existants de Microsoft en matière de confidentialité,  s’étendent à ses produits commerciaux d’IA.

    Il existe un certain nombre d’obligations clés en vertu du RGPD que les organisations du secteur public doivent prendre en compte lors de l’acquisition de services d’IA générative. le guide  inclut des détails sur ces obligations et le soutien et les ressources associés que Microsoft peut offrir, y compris en ce qui concerne les transferts internationaux de données personnelles, la transparence, les droits des personnes concernées, les obligations des sous-traitants, les mesures de sécurité techniques et organisationnelles, et les outils de responsabilisation et de protection “data protection impact assessment” (DPIA).

    Microsoft ne revendique pas la propriété de quelconques demandes de clients ou du contenu généré par ses solutions d’IA générative. De plus, aucune donnée client (y compris les demandes ou le contenu généré) n’est utilisée pour entraîner des modèles de base sans l’autorisation du client. La promesse du géant américain est de continuer à offrir des outils, des ressources et un soutien de premier plan au fur et à mesure qu’évoluera le paysage règlementaire européen dans le parcours avec l’IA.

     

  • Femtech : la France 2e sur le marché européen (18,3%) derrière le Royaume-Uni (rapport 2024)

    Une croissance soutenue du marché

    Le marché mondial de la Femtech a été évalué à 22 milliards de dollars en 2020 et devrait atteindre plus de 60 milliards de dollars d’ici 2027 selon le rapport de Sie Ventures pour 2023-2024. Cette croissance est alimentée par une prise de conscience accrue des besoins spécifiques en matière de santé féminine, souvent sous-estimés par les systèmes de santé traditionnels. Les domaines clés incluent la santé reproductive, la ménopause, la gynécologie, et la fertilité féminine. 

    Le marché européen continue d’émerger :

    Globalement, l’investissement en capital-risque dans le Femtech a dépassé les 2 milliards de dollars pour la première fois en 2021, et le marché mondial est estimé à plus de 60 milliards de dollars d’ici 2027. En Europe, bien que le marché soit encore en émergence, il est projeté d’atteindre 35 milliards de dollars d’ici 2032. Le rapport souligne que l’Europe commence à rattraper son retard sur les États-Unis bien que toujours en phase initiale comparée à l’amérique du nord, avec des pays comme le Royaume-Uni (31,8%), la France (18,3%) et l’Allemagne (12%) en tête du marché européen du Femtech. 

    Sie Ventures a identifié plus de 540 entreprises actives dans l’écosystème Femtech européen, présentes dans 23 des 44 pays européens. Le marché Femtech en Europe est à ses débuts et manque d’une base de données robuste centrée sur l’Europe. Retrouvez ci-dessous la carte européenne complète de la Femtech créée par Sie Ventures : 

    Les soins menstruels et la santé génésique prioritaires :

    En 2023, les innovations dans la Femtech se concentrent sur des domaines tels que les soins maternels avancés, la gestion de la ménopause, et l’automatisation de la fertilité. Ces innovations répondent à une demande croissante pour des solutions de santé personnalisées et accessibles. De plus, les entreprises mettent de plus en plus l’accent sur la durabilité et la protection des données, répondant ainsi aux attentes des consommateurs modernes.

    À l’échelle mondiale, les principaux segments de Femtech à recevoir du capital-risque sont la santé générale et le bien-être, la santé génésique et l’oncologie. En comparaison, en Europe, les segments principaux sont les soins menstruels et la santé génésique, suivis de la santé générale et du bien-être. Ces différences reflètent des priorités régionales distinctes en matière d’investissements et d’innovations dans la santé féminine, illustrant un clivage entre les tendances mondiales et européennes dans le domaine de la Femtech.

    De nombreux obstacles à l’évolution du secteur 

    Une disparité des financements obtenus selon le genre des fondateurs :

    Malgré une majorité de startups Femtech ayant au moins une fondatrice, les entreprises fondées par des hommes ont levé en moyenne des fonds plus importants. Les startups fondées par des femmes ont levé en moyenne 4,6 millions de dollars, contre 9,2 millions pour celles fondées par des hommes. Cette disparité est en partie attribuée à la faible représentation des femmes parmi les partenaires de fonds de capital-risque en Europe.

    Le manque d’investissement et le ralentissement économique défavorables :

    L’industrie de la Femtech fait face à plusieurs défis majeurs :

    • le manque d’investissements : 65 % ; 
    • le ralentissement économique : 65 % ;
    • le financement insuffisant en recherche et développement : 52 % ;
    • le manque de soutien public : 46 % ;
    • les effets historiques : 31 % ;
    • le rythme de l’éducation : 29 % ;
    • les autres obstacles : 21 % ;
    • et les risques fiscaux : 8 %. 

    Un environnement réglementaire complexe :

    Les startups Femtech doivent naviguer dans un environnement réglementaire complexe et développer des stratégies de mise sur le marché claires. En 2023, l’ICO britannique a annoncé des audits des applications de santé féminine, soulignant la nécessité de conformité aux normes de protection des données. Cependant, les collaborations croissantes entre le secteur public et privé, ainsi que l’augmentation de la visibilité des femmes dans ce domaine, sont prometteuses pour le futur de la Femtech en Europe.

    Parmi les tendances observées, le soutien accru aux problèmes de santé féminine dans les politiques européennes stimule l’innovation dans ce secteur. Des changements réglementaires significatifs, tels que le programme national de soutien à la ménopause au Royaume-Uni ou la stratégie nationale sur l’endométriose en France, occupent un rôle clé dans cette dynamique.

    Le rapport identifie également des segments prometteurs comme la gestion de la santé menstruelle et reproductive, la santé générale et le bien-être. Cependant, des défis subsistent, notamment l’accès inégal aux financements et la nécessité de plus de recherche et de données cliniques pour accélérer le développement des technologies Femtech.

    Accélérateurs et tendances à surveiller

    Le rôle des accélérateurs et organisations à but non lucratif :

    Les Femtech Accelerators sont à l’avant-garde de l’innovation dans le domaine de la santé et du bien-être féminins. De Paris à Londres, en passant par Zurich et Dublin, ces initiatives mondiales catalysent la transformation de la santé des femmes à travers des programmes d’accélération et des plateformes de soutien. Des accélérateurs tels que Station F à Paris, Femtech Lab à Londres, et DAYA à Gothenburg fournissent des programmes d’accélération spécifiquement conçus pour les startups FemTech.

    En parallèle, des initiatives telles que Femtech.Live, Femtech Insider, et FemTech World diffusent des informations et offrent une visibilité médiatique à cette industrie émergente. Des groupes communautaires tels que Women of Wearables fournissent des plateformes de réseautage et de soutien pour les innovatrices féminines. Zurich accueille FemTechnology, un sommet rassemblant les principaux acteurs de l’écosystème Femtech . 

    Les initiatives de Sie Ventures, telles que les programmes Sie catalyst et Sie syndicate, visent à renforcer l’écosystème technologique inclusif en Europe et à soutenir les entreprises dirigées par des femmes. Avec une communauté croissante de fondateurs et d’investisseurs dédiés. 

    8 tendances futures à surveiller :

    Dans un contexte de marchés Femtech florissants et une pression croissante des régulateurs et du milieu professionnel pour soutenir la santé des femmes, les tendances suivantes devraient stimuler les prochaines innovations sur le marché de la Femtech : 

    • les entreprises privilégient une approche centrée sur le patient, mettant l’accent sur la commodité et l’accessibilité tout au long du parcours client ;
    • avec une sensibilisation croissante du public, la Femtech se développe dans de nouvelles catégories, stimulée par des campagnes d’éducation ; 
    • l’augmentation des consommateurs avisés en matière de données conduit à des expériences plus personnalisées grâce à l’analyse des données pour gérer la santé et le bien-être ; 
    • des solutions sur mesure émergent pour répondre aux besoins sociaux et culturels des diverses populations de patients, y compris les femmes de couleur et les différents niveaux socio-économiques ;
    • le développement doit être conforme à des réglementations strictes en matière de confidentialité des données telles que le RGPD pour garantir le traitement sécurisé des données de santé sensibles ;
    • les entreprises doivent se différencier par des fonctionnalités ou des services uniques pour se démarquer ;
    • la Femtech s’aligne sur la tendance plus large vers la durabilité observée dans d’autres industries, en mettant l’accent sur les pratiques respectueuses de l’environnement ;
    • et les entreprises constituent des équipes produit expérimentées pour stimuler l’innovation dans un éventail croissant de catégories Femtech.