Dans le sillage de la mobilisation du 30 janvier 2018 des personnels travaillant en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), la commission des affaires sociales du Sénat a entendu, le mercredi 7 mars 2018, les conclusions de Bernard Bonne, rapporteur de la mission d’information sur la situation des Ehpad. Intitulé « Ehpad : quels remèdes ? », le rapport comporte trois parties.
Il propose en premier lieu une évaluation des effets de la réforme en cours de la tarification des Ehpad ; le deuxième axe concerne le modèle de ressources humaines, dont le rapporteur propose la révision intégrale ; enfin, M. Bonne esquisse plusieurs pistes de réflexion pour redessiner les contours de l’Ehpad de demain. Le rapport, accessible en ligne sur le site internet du Sénat, formule ainsi 24 propositions pour réformer les modes de financement et d’organisation des Ehpad.
La réforme de la tarification des Ehpad présente plusieurs limites
Les modalités de la réforme tarifaire introduite par l’article 58 de la loi du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement font actuellement l’objet d’importantes contestations. Sans remettre en cause le principe même de la réforme tarifaire, qui consiste à attribuer des dotations budgétaires fondées sur les besoins objectivés des résidents en Ehpad, le rapporteur identifie deux points de clivage.
Assurer une plus large diffusion des Cpoms
Il lui semble nécessaire de diligenter une enquête afin d’évaluer les pertes financières liées à la réforme tarifaire, « qui concernent essentiellement des établissements publics » (proposition 1). Il regrette également que la réforme ait été mise en oeuvre avant « le plein déploiement des contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (Cpom) », empêchant ainsi de nombreux établissements publics de se préparer et d’ « absorber les chocs consécutifs à la tarification ». Le rapporteur préconise ainsi d’interrompre la mise en oeuvre de la réforme tarifaire et de la reprendre une fois atteinte une couverture de Cpom « suffisante » (proposition 2).
Diminuer le reste à charge des résidents les plus modestes
Enfin, concernant le « reste à charge » qui finance principalement l’hébergement des résidents en Ehpad, le rapporteur propose de « l’atténuer » en augmentant le seuil de récupération sur succession des sommes versées au titre de l’Aide Sociale à l’Hébergement (ASH) et de permettre aux directeurs d’établissements d’adapter le prix de journée aux ressources des résidents (propositions 3, 4 et 5). Les recommandations du rapporteur concernant la réforme tarifaire des Ehpad sont ainsi résumées dans la synthèse du rapport :
Le rapporteur en appelle à la refonte des missions des personnels d’Ehpad et à la réorganisation du travail
Le rapporteur propose de réviser « en profondeur » le modèle de ressources humaines en Ehpad.
Favoriser l’appropriation de dispositifs innovants, comme la télémédecine
Le rapport d’information traite des actes de télémédecine. Son auteur propose d’ « ouvrir la possibilité au médecin coordonnateur d’accomplir des actes de télémédecine » et en précise les modalités de rémunération (proposition 15). A cela s’ajouterait notamment le développement de pharmacies à usage interne au sein des Ehpad (proposition 19).
Attribuer un pouvoir de prescription au médecin coordinateur
Le rapporteur préconise également de revoir les missions du médecin coordinateur, « dont les attributions actuelles ne prévoient pas de pouvoir prescripteur à l’égard des résidents ». L’organisation actuelle pose deux problèmes : le maintien du lien entre le résident et le médecin de ville génère des difficultés de gestion et se traduit parfois par l’augmentation « non justifiée » des dépenses de soins de ville, concurremment au forfait global de soins versé à l’Ehpad.
Il conviendrait ainsi, selon l’auteur du rapport, de doter le médecin coordonnateur d’une capacité de prescription individuelle, d’inclure les interventions des médecins libéraux extérieurs dans le champ des contrats de coordination avec l’Ehpad pour limiter la prescription d’actes redondants et proscrire le cumul de fonctions de médecin coordonnateur et de médecin traitant d’un résident (proposition 8).
Faire de l’infirmier un « manager intermédiaire » et réviser ses cycles de travail
Le rapporteur propose de déléguer l’aide à la prise de médicaments de l’infirmier à l’aide-soignant pour « libérer du temps au premier et lui permettre de s’installer dans un rôle de « manager intermédiaire » (proposition 9). L’auteur du rapport préconise par ailleurs de modifier le décret du 4 janvier 2002 pour permettre à chaque Ehpad public de procéder à des aménagements du temps de travail et instaurer des cycles de travail fondés sur des journées de 12h (proposition 12).
Préciser les contours de l’Ehpad de demain
Le rapporteur déplore enfin « l’approche excessivement médicalisée de la prise en charge » des personnes âgées. Il en appelle à des « assouplissements budgétaires et gestionnaires » pour définir des parcours moins médicalisés. M. Bonne pose enfin les bases d’une possible réforme du financement de la dépendance (propositions 20, 21, 22, 23 et 24).
Les propositions non traitées dans cet article sont consultables en ligne.