Rapport

  • Rapport : recommandations pour aider la biologie médicale à s’adapter aux besoins de santé actuels

    L’Académie Nationale de Médecine ainsi que l‘Académie Nationale de Pharmacie ont adopté, les 19 et 20 juin 2018, un rapport intitulé « la biologie médicale face aux défis de l’évolution des besoins de santé » rédigé par des membres de ces Académies spécialisés en biologie médicale.

    Le point de départ du rapport est la publication de l’ordonnance du 13 Janvier 2010 ratifiée par la loi du 30 mai 2013. En effet, depuis la publication de cette réglementation « la biologie médicale en France a connu une restructuration massive avec apparition de regroupements pouvant atteindre plusieurs centaines de laboratoires », explique le rapport, selon lequel cette évolution qui aboutit à une « réduction considérable du nombre de structures » pose cinq problèmes majeurs.

    Ces problématiques, détaillées dans le corps du rapport, sont liées :
    – aux difficultés d’accréditation rencontrées par les laboratoires ;
    – à la financiarisation et l’industrialisation croissantes de la biologie médicale ;
    – à la disparition du lien de proximité entre biologistes, prescripteurs et patients ;
    – à la baisse d’attractivité de la biologie médicale pour les étudiants, causée par les phénomènes précédents.

    Health and Tech Intelligence propose dans le présent un article un résumé des conclusions de ce texte ainsi qu’une présentation des recommandations émises à la fin du rapport, disponible intégralement via le lien ci-contre.

    Conclusions du rapport

    « La biologie médicale a subi une restructuration brutale…

    D’après le rapport, une révision complète du rôle du biologiste médical dans le système de santé est imposée par :

    • « les contraintes financières et organisationnelles découlant de l’obligation d’accréditation et des réductions successives de la nomenclature des actes de biologie médicale » ;
    • « les regroupements et fusions de laboratoires autour de plateaux techniques de plus en plus automatisés mais éloignés des sites de prélèvement, pouvant allonger les délais d’acheminement des prélèvements et de rendu des résultats en urgence » ;
    • « l’introduction de plus en plus prégnante de groupes financiers et de fonds de pension dans le capital des laboratoires » ;
    • « la désaffection des étudiants en médecine et, dans une moindre mesure, en pharmacie pour cette spécialité » ;
    • « le développement rapide de l’automatisation et de l’intelligence artificielle ».

    …qu’il conviendrait de stabiliser. »

    Le rapport encourage à faire du biologiste médical un expert-consultant capable d’orienter la prise en charge et le suivi des patients. Si ce poids sur le traitement et le suivi nécessiterait évidemment une plus grande concertation avec le médecin prescripteur des analyses biologiques, le rapport rappelle que le biologiste médical pourrait influer sur les traitements « au même titre que ses confrères issus d’autres spécialités médicales ».

    Dans cet objectif, le rapport incite notamment à :

    • mieux valoriser l’excellence de la formation et des compétence des biologistes médicaux en renforçant leur capacité d’intervention dans l’aide au diagnostic et au suivi des patients ;
    • sensibiliser les biologistes à l’analyse critique des résultats rendus par les automates ;
    • faire des biologistes médicaux des acteurs de la prévention et du dépistage ;
    • développer la biologie interventionnelle.

    Recommandations

    À partir du rapport établi, les deux Académies ont émis des recommandations articulées en quatre axes.

    Concernant le rôle en santé du biologiste médical

    1- Affirmer le rôle indispensable du biologiste médical, soit :

    • associer les biologistes aux centres de santé et maisons de santé pluriprofessionnelles ;
    • inviter les biologistes à prendre part aux réunions de concertation pluridisciplinaire.

    2- Assurer un conseil biologique de proximité en maintenant l’obligation de la présence physique d’un ou plusieurs (en fonction du nombre de patients pris en charge) biologistes par site pour une surveillance étroite des conditions de prélèvement et de pré-traitement des échantillons, les échanges avec le prescripteur, l’information et le dialogue avec les patients, l’éducation thérapeutique, etc.

    3- En dehors des cas d’urgence, s’opposer à un envoi non validé par le biologiste des résultats du patient au prescripteur.

    4- Valoriser la contribution des biologistes aux activités de prévention et de dépistage par la mise en place d’une rémunération indépendante de l’acte technique proprement dit.

    Concernant la formation

    1- Maintenir l’unicité de formation des biologistes par la voie du Diplôme d’études supérieurs (DES) de biologie médicale et la possibilité de compléter cette formation des base par des autorisations d’exercice dans un ou plusieurs domaines restreints de la spécialité.

    2- Proposer aux étudiants issus d’une formation pharmaceutique une formation clinique.

    3- Restaurer l’attractivité de la biologie médicale pour les étudiants en :

    • communiquant plus et mieux à propos de la spécialité, par exemple au moyen de forums métiers, de visites de laboratoires, de stages en laboratoire pendant le deuxième cycle des études médicales ;
    • faciliter l’accès à une année-recherche pour les internes et améliorer la lisibilité des carrières hospitalo-universitaires ;
    • diversifiant la formation des futurs biologistes (communication, management, nouvelles technologies, etc.).

    Concernant l’accréditation de certaines analyses « rares »

    1- Supprimer l’obligation d’accréditation des analyses rarement effectuées ou très spécialisées et la remplacer par d’autres processus d’évaluation de ces analyses.

    2- Accorder plus d’importance aux évaluations techniques que normatives dans les procédures d’accréditation.

    Concernant la réglementation 

    1- Limiter la financiarisation de la biologie médicale en faisant respecter les dispositions réglementaires qui l’encadrent.

    2- Lutter contre les conflits d’intérêt et les abus de position dominante.

    3- Plafonner le nombre de dossiers qu’un biologiste est capable de valider au cours d’une journée de travail.

    4- Préserver un maillage territorial afin de restaurer une proximité suffisante entre le biologiste, le prescripteur et le patient ;

    5- Préserver la possibilité d’effectuer des analyses urgentes dans de bonnes conditions.

  • Les Centres Unicancer ont multiplié les initiatives innovantes en santé en 2017 (rapport d’activité)

    Unicancer a publié le 28 juin 2018 son rapport d’activité pour l’année 2017 qui répertorie entre autres les démarches innovantes engagées par les 18 Centres de Lutte Contre le Cancer (CLCC) d’Unicancer au cours de l’année 2017, telles que le recours aux applications mobiles, à l’intelligence artificielle, à la réalité virtuelle, etc.

    Au cours de 2017 de nombreuses initiatives ont été conduites par les CLCC en matière d’innovations technologiques destinées à améliorer le suivi des patients et à accompagner l’exercice médical des professionnels de la santé. En voici une liste non exhaustive, consultable en détails dans le rapport d’activité du réseau hospitalier Unicancer.

    Unicancer rappelle que ses Centres de Lutte Contre le Cancer (CLCC) sont « animés par la culture de la recherche et de l’innovation dans tous les domaines. Ils investissent dans les équipements technologiques les plus innovants, testent les nouvelles possibilités de la santé connectée et misent sur la recherche ».

    Centres de Lille, Marseille, Rennes, Toulouse

    Améliorer le suivi à domicile grâce aux applications smartphone

    En 2017, plusieurs Centres ont lancé des applications mobiles destinées à faciliter la vie des malades en rassemblant rendez-vous, dossier médical et contacts avec l’équipe soignante. Ces applications sécurisent le retour à domicile via des questionnaires de suivi et la saisie de constantes médicales, un système censé alerter l’équipe soignante en cas de problème et l’aider à contacter rapidement les patients prioritaires.

    Toulouse a lancé un projet pilote de suivi à distance via un portail Web, qu’il sera possible de généraliser à potentiellement tous ses patients suivis en chirurgie ambulatoire, en sénologie.

    Centres de Dijon, Marseille, Montpellier, Nancy, Nice, Rouen

    Des équipements de pointe

    Les Centres de Marseille et de Montpellier ont acheté un accélérateur linéaire de particules avec IRM embarquée, pour une radiothérapie de précision y compris sur les tumeurs « mobiles » qui oscillent avec la respiration. A Nice, le scanner 4D permet de « filmer » les tumeurs, y compris celles qui bougent avec la respiration, pour cibler les contours à irradier.

    Pour la radiothérapie stéréotaxique, Nancy a investi dans un CyberKnife M6 de dernière génération et Rouen dans un TrueBeam Novalis STx Normand. Dijon s’est pour sa part équipé du premier TEP Scan numérique français.

    « L’apport d’Unicancer »

    Les marchés mutualisés d’Unicancer ont permis l’achat de plusieurs de ces machines.

    Institut du cancer de Montpellier

    Le supermarché virtuel, innovation au service de la prévention

    Epidaure, le département de prévention de l’Institut du cancer de Montpellier a conçu un supermarché virtuel « ludique et interactif » destiné à faire réfléchir les jeunes sur l’influence de la publicité, des techniques de vente, et leurs proches sur les choix alimentaires essentiels pour la santé et la prévention du cancer.

    Centre Henri Becquerel, Rouen

    Intelligence artificielle en imagerie médicale

    Le logiciel Body Comp AI aide à diagnostiquer la sarcopénie (perte musculaire). L’intelligence artificielle facilite l’analyse des scanners qui nécessite normalement une expertise pointue de radiologie.

    Centres de Caen, Lille, Lyon, Paris-Saint-Cloud, Rennes, Villejuif

    La recherche des Centres rayonne à l’American Society of Clinical Oncology

    Plusieurs Centres ont présenté leurs recherches au congrès de l’ASCO 2017 (American Society of Clinical Oncology), rendez-vous de la communauté internationale des cancérologues. Les résultats de l’essai Latitude sur le cancer de la prostate (Gustave Roussy) étaient présentés en conférence plénière, tout comme l’étude Profiler (Centre Léon Bérard) qui propose des traitements ciblés existant en fonction d’anomalies moléculaires détectées. Les centres de Caen, Lille, Paris-Saint-Cloud et Rennes y ont également présenté leurs travaux.

    Centres de Lyon et Saint-Cloud

    Réalité virtuelle avant les traitements

    Les traitements en oncologie peuvent être sources d’anxiété. Pour la réduire, le Centre Léon Bérard propose aux patients un casque simulant une plongée sous-marine pour une séance relaxante avant la chirurgie. A Curie, la réalité virtuelle sert avant la pose de chambre implantable, petit boîtier inséré sous la peau facilitant l’administration de la chimiothérapie.

    Centre Antoine Lacassagne, Nice

    Une fédération de recherche en radiothérapie

    Une fédération de recherche sur les interactions des radiations ionisantes de l’Université Côte d’Azur (UCA) associant le Centre Antoine Lacassagne a vu le jour en 2017. La Fédération Claude Lalanne rassemble une dizaine de structures et équipes de recherche autour de la recherche en radiothérapie.

    Le rapport d’activité 2017 est consultable et disponible au téléchargement en suivant ce lien.

  • Innovation médicamenteuse : un rapport sénatorial préconise de renforcer l’accès à l’innovation

    Un rapport d’information consacrée à l’innovation médicamenteuse, rédigé par les sénateurs Yves DAUDIGNY (Sénateur de l’Aisne, Groupe socialiste et républicain), Catherine DEROCHE (Sénatrice du Maine-et-Loire, Groupe les Républicains) et Véronique GUILLOTIN (Sénatrice de Meurthe-et-Moselle, Groupe RDSE) au nom de la Mission d’évaluation et de contrôle de la sécurité sociale du sénat, a été publié sur le site internet de l’institution le 13 juin 2018.

    Les rapporteurs relèvent en guise d’introduction que si la France « s’est doté(e) il y a plus de vingt ans d’une politique pionnière et ambitieuse en matière d’accès précoce aux médicaments, ce « modèle français » montre aujourd’hui des signes de fragilisation ». Le rapport vise à en identifier les « freins » et les voies permettant de « rétablir l’attractivité de la France ».

    A cette fin, les auteurs de ce rapport évoquent successivement :
    -les étapes de la chaîne d’accès des patients aux médicaments, des essais cliniques à leur commercialisation après l’obtention d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) ;
    -le système spécifique et dérogatoire des autorisations temporaires d’utilisation (ATU).

    Les points saillants du rapport peuvent se résumer ainsi :
    -Les procédures standardisées sont jugées inadaptés aux enjeux et contexte actuel de l’innovation ;
    -La procédure de fixation des prix des médicaments est relativement longue, et place la France « loin derrière » ses partenaires européens ;
    -Les médicaments onéreux pris en charge à 100% à l’hôpital représentaient 3 milliards d’euros en 2016 : la gestion de la liste en sus et du RIHN serait à ce titre perfectible ;
    -La France semble être en position de stagnation en matière de recherche sur les innovations médicamenteuses ;
    -La mission identifie enfin des freins organisationnels et administratifs qui mettent à mal l’attractivité de la France en matière d’essais cliniques.

    La Mission propose de « consolider le dispositif des ATU en l’adaptant aux réalités nouvelles de l’innovation »

    L’ATU, évalué à 1 Md d’euros par an en 2014 et 2016

    Concernant l’autorisation temporaire d’utilisation (ATU), les sénateurs constatent qu’il s’agit d’un dispositif « quasiment unique en Europe », unanimement plébiscité par les patients atteints de pathologie grave qui bénéficient ainsi d’un « gain de chance considérable » et approuvé par les laboratoires, qui fixent librement l’indemnité prise en charge par l’Assurance maladie.

    Trois principales difficultés liées à l’ATU ont été identifiées

    • Les extensions d’indication, « trou dans la raquette » majeur du dispositif

    Le cadre des ATU, rappellent les rapporteurs, « ne permet pas les extensions d’indication ». Le mode d’action des nouveaux médicaments d’immunothérapie contre le cancer permet toutefois le développement rapide d’indications successives. « En conséquence », poursuivent les auteurs du rapport, « le mécanisme ne garantit pas à tous les patients de recevoir le traitement disponible le plus efficace ».

    • Un régime de régulation financière devenu excessivement complexe

    L’article 97 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2017 a modifié le mode de régulation financière des ATU. « La complexité de ce mode de calcul remet en cause la lisibilité du système et pourrait éroder son attractivité, en particulier pour les entreprises de biotechnologies qui constituent des acteurs majeurs de l’innovation », concluent les auteurs du rapport.

    • La question du suivi des produits concernés

    Tous les médicaments bénéficiant d’une ATU ne sont pas des ruptures d’innovation. Il convient à ce titre d’assurer un « meilleur suivi de l’efficacité des produits en vie réelle » dans le but de payer l’innovation au juste prix et d’éviter les situations délicates (dans lesquelles les industriels doivent rembourser des montants importants à l’Assurance maladie et les pouvoirs publics doivent avancer des sommes élevées ne correspondant pas au service thérapeutique rendu).

    Le rapport formule donc quatre propositions visant à « restaurer l’attractivité et l’efficacité des ATU ».

    La Mission parlementaire propose également de « fluidifier l’accès de droit commun aux médicaments innovants après leur autorisation de mise sur le marché »

    Un circuit long et complexe

    Le circuit du médicament comporte plusieurs étapes :

    • Recherche et dépôt du Brevet ;
    • Essais pré-cliniques (test sur des modèles animaux) ;
    • Essais cliniques en trois phases ;
    • Obtention de l’autorisation de mise sur le marché par l’ANSM ou par l’Agence européenne du médicament (EMA) au niveau européen pour les produits innovants ;
    • Évaluation par la Haute Autorité de Santé (HAS) : Avis de la commission de transparence et avis (éventuel) du CEESP sur l’évaluation médico-économique ;
    • Négociation et Fixation du prix dans un cadre conventionnel devant le CEPS ;
    • Avis publié au Journal Officiel ;
    • Fixation du taux de remboursement par l’UNCAM ou arrêté ministériel d’admission au remboursement ;
    • Mise à disposition du médicament aux patients en ville ou à l’hôpital.

    La durée optimale de cette procédure est fixée à 180 jours. Toutefois, le délai moyen entre l’AMM et la commercialisation en France était évaluée à 408 jours sur la période 2011-2014 et 530 jours sur la période 2014-2016, « ce qui classe la France loin derrière l’Allemagne, le Royaume-Unis ou encore l’Italie » précisent les rapporteurs (d’après des chiffres de la Fédération européenne des entreprises pharmaceutiques).

    Quels sont les freins identifiés par la mission parlementaire ?

    • Des modalités d’évaluation par la HAS à réinterroger ;
    • La phase de fixation des prix cristallise les tensions : « les exigences de prix des industriels sont jugées trop élevées voire extravagantes, tandis que ceux-ci considèrent que l’innovation n’est pas toujours reconnue, valorisée et rémunérée à sa juste valeur »;
    • Des procédures standardisées jugées « inadaptées au contexte actuel de l’innovation ».

    Les rapporteurs formulent donc sept recommandations pour mieux anticiper l’innovation et adapter l’offre de médicaments à la demande.

    La Mission préconise par ailleurs de « garantir l’équité d’accès des patients aux innovations »

    Les médicaments onéreux à l’hôpital : un mode de prise en charge fragilisé

    La liste « en sus », qui permet une prise en charge à 100% des médicaments onéreux facturés en marge des prestations hospitalières, représentait une dépense de 3 milliards d’euros en 2016, soit 23% de plus qu’en 2009. Outre ce montant élevé, les critères d’inscription et de radiation de la liste « en sus » sont contestés et jugés trop rigides, souligne le rapport, qui note par ailleurs une in-équité d’accès des patients à certains traitements, selon l’établissement qui les accueille et leur mode de prise en charge.

    Les enjeux émergents relatifs au financement des actes de biologie innovants

    « Le mode de prise en charge » des tests dits « compagnons », indispensables au développement de la médecine de précision en oncologie, s’inscrit dans le cadre du RIHN (Référentiel des actes innovants hors nomenclatures). Ce mode de prise en charge constitue « un frein à leur développement » d’après les rapporteurs car l’enveloppe annuelle de 380 millions d’euros « ne permet pas de financer l’ensemble des actes réalisés par les établissements de santé, d’où des pratiques différenciées », conclut le rapport.

    La mission formule donc quatre propositions améliorer la gestion de la liste en sus et du RIHN

    La mission préconise enfin de « conforter le rôle des essais cliniques dans l’accès précoce des patients aux traitements innovants »

    Un sentiment de décrochage quant à l’attractivité de la France pour la recherche clinique

    La qualité de la recherche clinique française en matière d’innovation thérapeutique est indiscutable. « Un sentiment général de décrochage prédomine » toutefois : « la France paraît ainsi en position de stagnation dans une Europe qui décroît face à des concurrents comme les États-Unis ou la Chine ».

    Des freins administratifs et organisationnels persistants

    La Mission identifie plusieurs freins au renforcement de l’attractivité de la France dans le domaine des thérapies innovantes :

    • longueur des procédures d’autorisation des essais cliniques ;
    • caractère « inadapté » des essais cliniques aux enjeux de l’innovation.

    Les rapporteurs formulent ainsi trois recommandations pour « consolider l’attractivité de la France en matière d’essais cliniques » :

    Le rapport et sa synthèse sont consultables sur le site internet du Sénat.

  • France Stratégie interroge les usages et les limites de la blockchain (Rapport)

    France Stratégie publiait le 21 juin 2018, un rapport intitulé « Les enjeux des Blockchains » présidé par Joëlle Toledano, professeur émérite d’économie à l’université Paris-Dauphine. Le rapport interroge les enjeux actuels de la Blockchain, ses usages et limites, et le rôle de l’État en la matière.

    Une question sous-tend le document : « quels sont les vrais enjeux de la Blockchain à ce stade et comment l’action publique peu-elle accompagner son passage de l’expérimentation à la maturité, en combinant régulation et soutien à l’innovation? ».

    La Blockchain, une manière inédite de stocker de l’information

    La blockchain est « une nouvelle façon de stocker de l’information, de la préserver sans modification, d’y accéder et d’intégrer de nouvelles informations qui deviennent infalsifiables. Ces nouvelles données peuvent résulter de l’exécution d’une opération, d’une transaction ou de l’exécution « automatique » d’un programme informatique. Elles sont inscrites sur l’équivalent d’un vaste registre « distribué », c’est-à-dire partagé par tous les membres du réseau un système qui permet transparence et auditabilité ».

    Un potentiel d’utilisation prometteur

    Ses applications sont nombreuses dans le domaine de l’assurance, de la banque et de la logistique.

    « En tant que registre mémorisant sans possibilité de falsification toutes les opérations effectuées, la blockchain pourrait se révéler un outil révolutionnaire en matière de logistique. C’est tout le cycle de vie d’un produit qui peut être ainsi certifié », souligne le rapport.

    Deux usages possibles

    La blockchain n’est pas circonscrite aux seules activités financières. Le rapport identifie deux types d’usages opérationnels à moyen terme :

    • les applications de type notarial liées à la tenue d’un registre partagé ;
    • les « smart contracts », des programmes informatiques conçus dans le but d’exécuter les termes d’un contrat d’assurance par exemple, de façon automatique.

    L’utilisation de la Blockchain se heurte encore à des obstacles

    • « les cas d’usage réellement opérationnels sont rares » souligne le rapport.
      • des freins de nature « technique ».
      • « Le mécanisme de validation historique de la blockchain, avec ses procédés cryptographiques, est source de lenteur. »
      • la consommation en électricité des opérations de cryptographie est importante ;
      • la question de l’identité électronique des biens ou des personnes dont la blockchain enregistre les transactions ou tout simplement celle du « choix du protocole de consensus », c’est-à-dire des modalités d’accès à la blockchain.
    • Deuxième type de limites identifiées par le rapport : celles qui touchent aux enjeux monétaires et financiers.
    • La question juridique et fiscal reste ouverte :
      • Puisque la blockchain revendique une fiabilité totale sans intervention d’un tiers de confiance, les certifications qu’elle enregistre doivent avoir une portée probatoire avérée. À défaut « d’un droit de la preuve de type blockchain », l’insécurité juridique risque de freiner le développement de la technologie.
      • Même défaut de réglementation côté fiscal : « la nature juridique des actifs numériques reste imprécise » – ce qui explique notamment que les établissements bancaires refusent de gérer les comptes des entreprises ayant des cybermonnaies à leur patrimoine – ; il manque « une politique fiscale claire et adaptée aux cryptomonnaies ».

    Le rapport formule sept recommandations pour lever ces difficultés

    Ces recommandations « doivent être considérées comme de premières orientations au niveau national ». 

    • promouvoir des travaux de recherche et développement interdisciplinaires notamment dans les domaines de la formalisation, la sécurité, la qualité de service et la gouvernance ;
    • développer la formation, sans se cantonner aux spécialistes, c’est-à-dire aller au-delà de la nécessité de former de (bons) développeurs, en investissant aussi dans l’appropriation des systèmes complexes, condition nécessaire au développement des usages ;
    • préciser les règles fiscales et comptables, statut juridique des jetons, valeur de preuve d’une inscription sur une blockchain, lutte contre les usages illicites… ;
    • instituer « des régulations de base qui soient raisonnablement attractives » ;
    • contribuer au financement des projets d’infrastructure logicielle pour construire « les infrastructures blockchain publiques de demain » ;
    • soutenir des secteurs d’excellence ou d’intérêt stratégique en France – logistique, lutte contre la contrefaçon, traçabilité, banque et assurance, santé ;
    • tester, expertiser, former et équiper au sein des pouvoirs publics, en développant notamment une cellule d’agents publics ayant une expertise dans le domaine des blockchains, capables d’intervenir en appui des services de l’État.

    Le rapport est consultable et disponible au téléchargement sur le site internet de France Stratégie.

  • Inde : les hôpitaux investissent dans l’IA pour mieux gérer l’afflux de patients (rapport IDC)

    Le dernier rapport d’IDC Health Insights intitulé « PeerScape: pratiques de soins pour adopter l’IA en Inde » et publié début juin 2018 décrit les meilleures pratiques en matière d’intelligence artificielle (IA) opérées par les hôpitaux en Inde.

    Les auteurs de l’étude estiment que le marché des soins, comprenant les hôpitaux, les sciences de la vie, les dispositifs médicaux et les compagnies d’assurance maladie, est le principal moteur de la technologie de l’IA dans la région.

    L’aide à la décision basée sur l’IA pour traiter un volume important de patients

    Les hôpitaux en Inde traitent un nombre très important de patients, un volume incomparable à n’importe quelle autre région du monde. Cette surcharge est en grande partie due à une grave pénurie de médecins dans le domaine des soins primaires, à un secteur de santé spécialisé surpeuplé et à un temps de consultation des médecins inférieur à deux minutes.

    « Les systèmes de validation clinique et d’aide à la décision basés sur l’IA pour identifier les possibilités de soins, faciliter un volume massif de diagnostics et renforcer la gestion à long terme des maladies grâce à des solutions centrées sur le patient deviendront les principes clés pour ajouter de la valeur aux [services de soins] du futur », a déclaré Anamika Suresh, analyste de marché pour le secteur public à IDC Asie-Pacifique (source : Enterpriseinnovation.net).

    IA : l’industrie de la santé indienne devrait faire des progrès importants d’ici 2023

    La majeure partie des investissements en intelligence artificielle examinés par IDC en 2018 étaient centrés sur « les expériences des patients, l’amélioration de l’efficacité clinique et des services mais aussi des synergies opérationnelles dans un continuum de soins en constante expansion », a commenté Gerald Wang, chef du secteur public à IDC Asie-Pacifique. « Chacun d’entre eux avait néanmoins un objectif commun : permettre à un grand nombre de patients de bénéficier de l’IA en raison de l’importante population du pays. »

    « Essentiellement dirigé par les grands hôpitaux privés, le marché indien de la santé devrait faire des progrès importants dans la mise en œuvre, l’utilisation et la vulgarisation de [l’intelligence artificielle] dans les cinq prochaines années », a-t-il analysé.

    Les hôpitaux vont investir dans des algorithmes de deep learning d’ici deux-trois ans

    Selon M. Wang, les hôpitaux auront franchi l’étape de l’expérimentation avec une automatisation simple au cours des deux ou trois prochaines années et commenceront à investir dans des algorithmes d’apprentissage en profondeur (deep learning) « qui ont un sens et qui génèrent des informations exploitables parmi les ensembles de données non structurés (…) grâce à des systèmes de gestion des informations de santé personnelles et hospitalières ».

  • Le rapport « le CHU de demain » présenté aux Assises Hospitalo-universitaires, 14/12/18, Poitiers

    Le rapport sur l’avenir des CHU intitulé « le CHU de demain », demandé à l’occasion des 60 ans des CHU, sera présenté le vendredi 14 décembre 2018 au Futuroscope de Poitiers devant Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé, et Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation à l’occasion des 16e Assises nationales Hospitalo-universitaires.

    300 professionnels sont attendus à cet événement.

    D’après la lettre de mission datée du 10 novembre 2017 et signée par les deux ministres, il est attendu de ce rapport, placé dans le cadre de la stratégie nationale de santé et de l’écosystème de soins, qu’il propose :
    – des évolutions en réponse aux enjeux d’organisation territoriale, de santé publique notamment de prévention, de pluriprofessionnalité, d’accès aux soins, de pertinence et de qualité des actes et prises en charge ;
    – des solutions permettant de favoriser la recherche et l’innovation en santé ;
    – des évolution du rôle du CHU dans la formation professionnelle.

    La conférence des directeurs généraux de CHU, la conférence des présidents de CME de CHU, la conférence des doyens des facultés de médecine, la conférence des présidents d’université, la conférence des doyens des facultés de pharmacie, la conférence des doyens des facultés de chirurgie dentaire auront toutes les six co-rédigé ce document.

    Programme à venir.

    Cet événement comprend la conférence des directeurs généraux de CHU, la conférence des présidents de CME de CHU, la conférence des doyens des facultés de médecine, la conférence des présidents d’université, la conférence des doyens des facultés de pharmacie, la conférence des doyens des facultés de chirurgie dentaire.

  • Un rapport parlementaire préconise de réformer l’organisation des soins non programmés

    Dans un rapport remis le 22 mai 2018 à Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, le député Thomas Mesnier (LREM) examine la situation des soins non programmés en France, définis comme « exprimant une demande de réponse en 24 heures à une urgence ressentie relevant prioritairement de la médecine de ville ».

    Le rapport porte sur les soins non programmés hors permanence de soins ambulatoires (PDSA), c’est-à-dire aux soins dispensés entre 8h et 20h en semaine et le samedi matin. Ses auteurs formulent 19 recommendations pour améliorer la coordination entre les soins de ville et les services hospitaliers d’urgence.

    Contexte : un recours croissants aux services d’urgence

    Depuis près de 20 ans, la France est confrontée à une augmentation ininterrompue de la fréquentation de ses services hospitaliers d’accueil des urgences. Cette hausse est estimée à 3,5% en moyenne annuelle. Le nombre de passages dans ces services s’établit à 20,3 millions par an. Selon la Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DREES), 43% des passages aux urgences pourraient être pris en charge par la médecine ambulatoire, rappelle Thomas Mesnier. 

    La question de l’accès aux soins non programmés, un enjeu national

    La question de l’accès aux soins dits « non programmés » est un des enjeux du plan national pour renforcer l’accès territorial aux soins, présenté le 13 octobre 2017 à Châlus (Haute-Vienne) par Edouard Philippe, Premier ministre et Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, avec 4 priorités :  

    • « Le renforcement de l’offre de soins dans les territoires au service des patients : une présence médicale et soignante accrue » ;  
    • « La mise en œuvre de la révolution numérique en santé pour abolir les distances » ;  
    • « Une meilleure organisation des professions de santé pour assurer une présence soignante pérenne et continue » ; 
    • « Une nouvelle méthode : faire confiance aux acteurs des territoires pour construire des projets et innover dans le cadre d’une responsabilité territoriale. »

    Cette question est également inscrite dans la Stratégie de transformation du système de santé (STSS) lancée par la ministre le 9 mars 2018 : « Qualité des soins et pertinence des actes », « Organisation territoriale », « Modes de financement et de régulation », « Numérique », « Ressources humaines et formation ».

    Objectifs de la mission conduite par le député Thomas Mesnier

    Dirigée par le député Thomas Mesnier, député de Charente, la mission a bénéficié de l’aide de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de la direction générale de l’offre de soins (DGOS). Elle s’est déroulée du 10 janvier au 20 avril 2018. Les membres de la mission se sont entretenus avec les représentants des Agences Régionales de Santé (ARS). Ils ont réalisé des auditions et des visites de terrain.

    La mission s’est efforcée de : 

    • dresser un diagnostic des organisations de prise en charge des soins non programmés ;
    • recueillir les attentes des usagers et des professionnels de santé ;
    • recenser les expériences et stratégies des ARS ;
    • identifier les freins à l’accueil de cette demande ;
    • proposer les éléments que pourrait intégrer un cahier des charges national afin de définir les modalités minimales de fonctionnement et de portages de structures d’accueil des soins non programmés.

    Constats et propositions de la mission

    L’auteur du rapport en conclut à l’urgence de la structuraction de la réponse à la demande de soins non programmés par les acteurs de médecine ambulatoire. Le fonctionnement actuel est susceptible d’altérer un peu plus le fonctionnement des urgences hospitalières.

    Le rapport propose à ce titre 19 mesures concrètes. Parmi elles :

    Améliorer la coordination des soins à l’échelle des territoires

    • le rapport propose « d’encourager les professionnels de santé, au premier rang desquels les professionnels ambulatoires, à structurer le service public qui leur est confié au plus près des territoires de santé et dans une optique de soins coordonnés et avec le concours actif des agences régionales de santé et des collectivités territoriales » ; 

    Rembourser les consultations d’un médecin de premiers soins autre que le médecin traitant

    • « à l’instar de ce qui existe au sein d’une maison de santé pluridisciplinaire, la consultation d’un médecin appartenant au réseau de premiers soins autre que le médecin traitant du patient puisse être remboursée sans pénalité liée au parcours de soins ; cela implique une modification législative » ; 

    Mener une campagne d’information sur le numéro d’appel d’urgence

    • Mener « une campagne massive d’information sur le numéro d’appel et le bon recours au niveau pertinent » dont les grands médias audio-visuels, les réseaux sociaux, les municipalités, les établissements de santé, les caisses primaires d’assurance maladie, les professionnels de santé, les associations d’usagers du système de santé, les organisations représentatives des médecins et les ordres professionnels doivent se faire les relais.

    Mener des actions d’éducation, d’information et de sensibilisation à la santé

    • Mener « des actions d’éducation à la santé, sur le modèle de celles mises en place par la Mutualité sociale agricole » auprès de la population pour lui rappeler les gestes simples de prise en charge par soi-même des problèmes de santé bénins.
    • Mener « des actions de sensibilisation et de formation (…) en direction des élus peu familiarisés avec le fonctionnement et les contraintes de notre système de santé » ;
    • Finaliser la construction du portail sante.fr, administré par le Ministère des Solidarités et de la Santé, offrant un outil de géolocalisation de l’offre de médecine ambulatoire disponible à proximité de l’endroit où se trouve le patient demandeur de soins non programmés ; 

    Accompagner le déploiement des DMP et MSS et le développement de la télémédecine

    • Accompagner le déploiement des dossiers médicaux partagés (DMP) et des messageries de santé sécurisée (MSS) « par la structuration et l’indexation des informations versées au DMP, pour qu’ils puissent être réellement utilisés par les professionnels de santé » ; 
    • Accompagner le développement de la télémédecine pour en faire « un point d’application tout particulier pour les personnes à mobilité réduite demeurant à domicile et dans les Ehpad » ; 
    • Reconnaître à ce titre dans les Ehpad au médecin coordonnateur « une capacité de prescription pour pallier l’absence du médecin traitant du résident ».
    • Revaloriser la rémunération des visites à domicile « tant pour les médecins que pour les infirmières ». 
    • Etendre à la journée, la régulation téléphonique des centres 15.

    Réactions suscités par le rapport du Dr. Thomas Mesnier

    Interrogée le jeudi 24 mai 2018 sur France Inter, Agnès Buzyn insistait sur la nécessité d’« articuler les deux réflexions : celle sur les numéros de grande urgence et celle sur la régulation des soins non programmés parce que les Français ont du mal à accéder à un médecin en libéral aujourd’hui ».

    Dans un article publié le mercredi 23 mai 2018, le Quotidien des Médecins explique pour sa part que « le rapport du Dr Thomas Mesnier sur les soins non programmés, rendu ce mardi au ministère de la Santé, a fait réagir les syndicats de médecins libéraux, qui redoutent derrière certaines des 19 recommandations un retour sur le principe de volontariat des gardes médicales en ville ».

    Le rapport est consultable et disponible au téléchargement sur le site internet du Ministère des Solidarités et de la Santé.

  • Il est impératif d’améliorer l’analyse de données sur la santé des jeunes travailleurs (rapport OIT)

    L’Organisation Internationale du Travail (OIT) publie, à l’occasion de la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail (28 avril 2018), un rapport intitulé « Améliorer la Sécurité et la Santé des jeunes travailleurs ». Elle recommande notamment d’améliorer l’analyse et la collecte des données sur la santé des jeunes travailleurs, en vue d’améliorer leurs conditions de travail, qui demeurent difficiles et sous-évaluées dans de nombreux pays.

    Les jeunes travailleurs, une population vulnérable 

    Selon des estimations de l’OIT, 2,78 millions de travailleurs meurent chaque année dans le monde des suite d’accidents et de maladies liés à leur profession. Les jeunes travailleurs « sont nettement plus touchés par les lésions professionnelles que les travailleurs adultes ». A titre d’exemple, le risque de lésion professionnelle non mortelle aux Etats-Unis est deux fois plus élevé chez les travailleurs de 15-24 ans que parmi ceux de 25 ans ou plus, d’après des chiffres du Centers for Disease Control and Prevention (CDC) datant de 2010.

    Les accidents et maladies professionnels représentent une perte annuelle estimée par l’OIT (2017) ) 3,94 % du PIB mondial. Le coût social des jeunes travailleurs victimes de lésions graves, souffrant par la suite de manière durable, « peut être plus élevé que celui induit par des travailleurs adultes présentant des lésions similaires ».

    Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail 2018

    La note de l’OIT s’inscrit dans le cadre de la préparation de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail 2018, qui entend faire advenir « une génération en sécurité et en bonne santé ». Le document analyse les risques qui pèsent actuellement sur la santé des jeunes travailleurs », examine les facteurs d’augmentation des risques liés au travail, et formule des recommendations, en matière notamment de collecte et d’analyse des données disponibles au sein des systèmes nationaux.

    Améliorer la collecte et l’analyse des données sur la santé des jeunes travailleurs

    L’OIT préconise « d’améliorer la collecte et l’analyse de données et d’informations sur la sécurité et la santé au travail et sur les jeunes travailleurs ». L’analyse « efficace » des données est essentielle à l’identification des menaces sur le lieu de travail, des secteurs dangereux et des groupes de travailleurs vulnérables. Ce travail permet également de définir et de mettre en oeuvre des mesures de prévention « pertinentes », selon le rapport.

    En 2007, à l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, l’OIT avait constitué une « boîte à outils » rassemblant des ressources et informations utiles à la constitution de systèmes nationaux de données de santé et sécurité au travail (SST). L’OIT rappelle à ce titre : 

    • qu’il incombe aux gouvernements de constituer un système national pour la déclaration et l’enregistrement des accidents du travail et des maladies professionnelles, capable de fournir en temps réel des données fiables sur l’incidence des accidents du travail indépendamment du statut du travailleur (salarié ou indépendant). L’OIT rappelle à ce titre que « les jeunes travailleurs occupent souvent un emploi informel ou un emploi temporaire, deux catégories rarement prises en compte par les systèmes nationaux de déclaration et d’enregistrement. Sont également exclus, dans de nombreux pays, des secteurs comme le service domestique et l’agriculture, qui emploient beaucoup de jeunes travailleurs ».
    • qu’il appartient aux employeurs d’enregistrer les accidents du travail et maladies professionnelles, au risque de faire l’objet de sanctions.
    • qu’il revient aux jeunes travailleurs, enfin, de fournir des informations sur leur état de santé et celui de leurs collègues, sans craindre de s’exposer à des mesures disciplinaires.

    L’OIT recommande à ce titre aux gouvernements de : publier régulièrement des statistiques nationales ventilées par âge, sexe, statut migratoire et secteur ; d’élaborer des stratégies et des mesures de prévention en matière de sécurité et de santé au travail ; de concevoir des régimes d’indemnisation des travailleurs appropriés et efficace.

    L’OIT a conçu une méthode en deux étapes

    La première étape consiste à évaluer toutes les données de SST pertinentes, stockées dans les référentiels de divers organismes nationaux de SST, de santé et de sécurité sociale. 

    La seconde consiste à définir et mettre en place des procédures spécifiques pour la déclaration des accidents du travail et des maladies professionnelles par les employeurs, les organismes d’assurance, les services de santé au travail, les hôpitaux, d’autres prestataires de soins de santé et d’autres entités qui collectent ces données. 

  • « La donnée comme infrastructure essentielle » : rapport de l’administrateur général des données

    Henri Verdier, administrateur général des données (AGD), a remis le 11 avril 2018 à Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargé du Numérique, son rapport 2016-2017 intitulé « La donnée comme infrastructure essentielle ». L’AGD y prône la construction d’une infrastructure de la donnée, nécessaire pour en garantir la qualité, la circulation et la meilleure exploitation possible.

    Le rapport est structuré en trois parties : 
    – La première partie détaille les grandes lignes de la politique de la donnée.
    – La deuxième partie est dédiée à l’analyse d’un thème central : la donnée comme infrastructure. Elle recommande la création d’une véritable infrastructure de données dans lequel l’État peut et doit jouer un rôle central.
    – La troisième partie propose des pistes pour renforcer les actions de l’État en matière de données sur l’année 2018.

    L’Administrateur général des données est en charge de l’exploitation de la données

    Fonction créée en septembre 2014 par le décret n°2014-1050 du 16 septembre 2014, l’administrateur général des données (AGD) coordonne l’action des administrations en matière d’inventaire, de gouvernance, de production, de circulation et d’exploitation des données. Cette fonction doit permettre à l’Etat français de mieux exploiter ses données à des fin d’évaluation des politiques publiques, d’amélioration et de transparence de l’action publique, et d’animation de la recherche. L’AGD encourage l’usage des pratiques des datasciences au sein de l’administration.

    Lors de sa création en 2014, il s’agissait de la première instance de ce type à l’échelle d’un gouvernement, inspirée des chief data officers qui commençaient à apparaître dans certaines grandes villes américaines et de grandes entreprises privées. L’AGD est tenu de remettre chaque année au Premier ministre un rapport public sur l’inventaire, la gouvernance, la production, la circulation, l’exploitation des données par les administrations. La premier partie du rapport publié le 10 avril 2018 propose un état des lieux de la politique de données. Son contenu est accessible sur le site internet de l’administrateur général des données.

    Construire une infrastructure de la donnée

    Dans la deuxième partie du rapprt, l’AGD en appelle à la construction d’une infrastructure de la donnée, comme il existe des routes, lignes ferroviaires, des réseaux d’énergie et de télécommunications.

    Le rapporteur considère qu’ « il faut aujourd’hui considérer les données comme l’une de ces infrastructures essentielles et critiques. Essentielles car, dans une économie de l’information, l’accès à la donnée de référence fiable et à jour est la condition du développement des services numérique. Critiques car il faudra s’assurer que la fourniture de ces données ne puisse être interrompue, qu’il s’agisse de défaillances involontaires ou d’actes malveillants ».

    Les exemples internationaux sont à ce titre éclairants. Plusieurs pays européens ont mis en place une telle infrastructure nationale de données. La deuxième partie du rapport présente des initiatives britannique (UK Registers), de l’Estonie (X-Road), du Danemark (Basic Data) et de la France (service public de la donnée). La mise sur pieds d’une telle structure, précise le rapport, nécessite de mobiliser des leviers budgétaires, contractuels, juridiques et techniques, dont il explicite la nature, les modalités et possibilités de mise en oeuvre.

    Il reste à définir un modèle de gouvernance pour organiser cette infrastructure de la donnée. « Un certain degré de centralisation est nécessaire, ne serait-ce que pour fixer a minima des règles des standards communs à l’ensemble des bases de données de références », précise Henri Verdier.

    Quelles orientations pour les  données, et notamment les données de santé ?

    Le rapport présente en guise de conclusion la feuille de route de l’administrateur général des données pour les deux prochaines années, qui s’articule autour de cinq axes : 

    • Mettre à disposition les données, les ressources et les infrastructures ; renforcer et amplifier la dynamique engagée autour du service public de la donnée ;
    • Développer la doctrine de la circulation de la donnée au sein de la sphère publique ; 
    • Renforcer le réseau des administrateurs ministériels des donnés, pour décliner la politique de la donnée (production, circulation et exploitation) au sein de chaque ministère ;
    • Développer un pôle de compétence en intelligence artificielle, pour faire de l’Etat l’un des premiers utilisateurs de ces outils, définir les conditions d’une utilisation éthique et responsable des algorithmes publics ; 
    • Soutenir l’écosystème des utilisateurs de données publiques, documenter les impacts économiques et sociaux d’une meilleure circulation de la donnée.

  • L’IA peut transformer les métiers de la santé de manière significative -rapport de France stratégie

    Le premier trimestre 2018 a été marqué par la publication du rapport du député Cédric Villani et la présentation de la stratégie gouvernementale dans le domaine de l’intelligence artificielle, Placée auprès du Premier ministre, France stratégie s’est également saisie du sujet, en examinant les conséquences de la diffusion l’IA sur certaines professions médicales (cardiologues, radiologues, médecins généralistes et biologistes), ses principaux vecteurs de diffusion et les freins éventuels à son utilisation.

    Les applications de l’IA dans le domaine de la santé sont nombreuses (aides au diagnostic, recommandations de prise en charge). Selon les experts de France Stratégie, l’IA est amenée à faire évoluer les métiers du secteur médical (notamment en radiologie, cardiologie et la médecine générale) et contribuera à améliorer le suivi et la prise en charge des patients en ville, à domicile et à l’hôpital. En revanche, plusieurs facteurs doivent être pris en compte avant sa généralisation, dans un secteur médical et médico-social marqué par « des résistances aux transformations » significatives, d’après le rapport de France Stratégie paru le 28 mars 2018 que H&TI s’est procuré.

    Les applications de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé

    L’aide au diagnostic et aux recommendations de prise en charge

    Les applications actuelles de l’IA sont nombreuses en oncologie, cardiologie, radiologie, détection de maladies spécifiques (telles que diabète et Alzheimer, etc.) ou santé mentale (l’IA est notamment utilsée pour détecter la dépression ou autres troubles psychologiques). Les algorithmes alimentés et entraînés par des données massives sont programmés pour identifier des maladies selon des protocoles prédéfinis par des équipes médicales. 

    L’outil emblématique de cette application est le logiciel Watson, introduit par le groupe IBM en 2005 sur le marché de la santé américain. Utilisé pour l’aide au diagnostic et à la proposition thérapeutique, le logiciel synthétise de nombreuses informations issues de rapports médicaux, dossiers patients, tests cliniques, etc.

    Lors du sommet AI for Humanity organisé au collège de France le jeudi 29 mars 2018, le professeur Ran Balicer illustrait les usages de l’IA en santé dans les hôpitaux israéliens. L’IA y est utilisé pour détecter et prévenir les risques d’insuffisance rénale, dans le suivi des maladies chroniques et la détection de cancers.

    « Selon une étude récente, l’intelligence artificielle a été capable d’une détection automatisée du cancer du sein avec un taux de réussite de 92%, presque équivalent à celui des spécialistes (96%). Lorsque sont combinés les analyses du médecin et les méthodes de diagnostic issues du logiciel automatisé, le taux de réussite s’élève à 99,5%, avec un risque d’erreur fortement diminué ». France Stratégie, citant une étude américaine publiée en 2016.

    L’utilisation de l’IA fait évoluer les métiers de la santé 

    Radiologie : vers une spécialisation accrue en radiologie interventionnelle

    Selon les experts de France stratégie, l’IA est amenée à jouer un rôle croissant dans la lecture d’imagerie médicale, posant à terme la question de « l’intervention du radiologue dans l’établissement du diagnostic ». L’automatisation de la radiologie conventionnelle pourrait être réalisée par des manipulateurs radio formés à l’élaboration de diagnostics, souligne France Stratégie. Elle pourrait également être effectuée par un médecin non radiologue. L’IA permettrait donc à terme aux radiologues de consacrer davantage de temps à l’analyse de cas complexes.

    Ainsi, « le métier de radiologue pourrait évoluer vers une spécialisation accrue en radiologie interventionnelle à visée diagnostique (ponctions, bopsies, etc.) pour des cas complexes ou à visée thérapeutique guidée par l’imagerie médicale ». France Stratégie

    France stratégie recommande à ce titre d’adapter le cadre règlementaire actuel, notamment le décret n°2016-1672 du 5 décembre 2016 relatif aux actes et activités réalisés par les manipulateurs d’électroradiologie médicale.

    Cardiologie : recentrage de l’activité du cardiologue sur les cas complexes

    Des logiciels fondés sur l’IA sont aujourd’hui capables d’interpréter des électrocardiogramme (ECG). « Ces logiciels détectent des pathologies avec un degré d’efficacité comparable, voire supérieur, à celui d’un cardiologue », souligne France Stratégie. Ceci pourrait s’avérer bénéfique à la médecine générale et aux urgences françaises : les médecins généralistes et urgentistes pourraient à l’avenir mobiliser ces outils à toute heure sans recourir au cardiologue.

    D’après le rapport de France Stratégie, l’IA permettra d’aider les urgentistes dans l’orientation de leurs patients ; d’étendre l’usage de l’ECG à davantage de spécialités médicales comme les urgentistes, généralistes, gériatres, et non médecins comme les infirmières, pompiers  et enfin, de libérer du temps aux cardiologues qui traiteraient ainsi des cas plus complexes.

    L’intelligence artificielle, conclut France Stratégie, est susceptible « d’accentuer la tendance à la sur-spécialisation de leur métier ». 

    En médecine générale, l’IA « augmentera le niveau de compétence « technique » du médecin »

    Les assistants médicaux sont à l’avenir susceptibles de faire évoluer la médecine générale à plusieurs titres, selon France Stratégie : le médecin pourra bénéficier d’une aide à l’établissement de diagnostics de cas complexes, « avec une plus grande sécurité dans la prise de décision » ; l’IA sera par ailleurs amenée à « augmenter en continu le niveau de compétence « technique » du médecin au fur et à mesure que celui-ci pourra exploiter pleinement les connaissance cliniques et les pratiques médicales les plus actualisées ».

    Enfin, s’agissant des laboratoires d’analyses médicales, l’IA est susceptible d’automatiser intégralement les analyses et de fait, d’induire de profondes transformations du métier de biologiste.

    Le suivi connecté des patients et l’usage de la robotique en santé

    Amélioration de la prise en charge des patients

    Certains outils connectés s’intègrent déjà dans une prise en charge globale des patients, comme le pilulier intelligence ou le tensiomètre relié à un médecin. Couplé à l’IA, ces dispositifs permettent un suivi automatisé des patients à partir de l’analyse des données recueillies et enrichies.

    D’après France Stratégie, l’usage d’outils de suivi des patients présente un intérêt au domicile des patients, à l’hôpital comme dans le cadre de la médecine de ville.

    • A domicile, des plateformes de suivi de patients à distance permettent de prédire les risques d’exacerbation d’une maladie inflammatoire comme l’asthme, de détecter une rechute de cancer du poumon, de personnaliser le traitement du diabète, à titre d’exemple ; 
    • A l’hôpital, « une plateforme de suivi médical connecté de patients, avant et après une hospitalisation, permet de centraliser tout ce qu’une infirmière aurait contrôlé à l’hôpital » ; 
    • En ville, enfin, peuvent se constituer des réseaux entre médecins généralistes, spécialistes et infirmières de coordination (comme le prévoit le programme « Territoire de soins numérique »).

    La robotique appliquée 

    « De nouvelles générations (de robots) à base d’intelligence artificielle sont en train d’émerger« , rappelle France stratégie, « avec une autonomisation accrue par rapport au chirurgien ». Les applications actuelles et futures des robots fondés sur l’IA en médecine sont nombreuses. Le rapport en propose une liste non exhaustive : simulation d’opération sur écran ou sur un clone virtuel ; assistance domestique pour les personnes âgées ou en situation de perte d’autonomie ; prise en charge de patients souffrant de troubles cognitifs ou comportements comme l’autisme ou Alzheimer ; enfin, pour les aides-soignants et les infirmiers, les robots IA peuvent les appuis dans leur pratique professionnelle ».

    Plusieurs facteurs doivent être pris en compte avant d’envisager la diffusion de l’IA dans le secteur de la santé

    • La situation de l’emploi des professionnels de santé : France Stratégie rappelle que les études prévoient à courte et moyenne échéance un creusement des inégalités d’accès aux soins à l’échelle du territoire français ; dans un tel contexte, le recours à la télémédecine et le développement de solutions innovantes permettrait d’assurer un meilleur accès aux soins.
    • L’augmentation de la qualité des données : la diffusion de l’IA favorise l’augmentation en volume et en qualité des données disponibles, issues de sources multiples (Assurance maladie, établissements de santé, médecine génomique, objets connectés, applications mobiles, commentaires des patients, etc.).
    • L’acceptabilité sociale : « si les logiciels livrent leur clé de fonctionnement », souligne France Stratégie, « ils pourront répondre aux aspirations des patients/citoyens à l’autonomisation. Dans le cas contraire, si les logiciels restent des formes de boîtes noires, la diffusion de l’IA sera freinée par le manque d’acceptabilité sociale ». Dans le cadre de la mission confiée au député Cédric Villani, Ethik IA propose de clés de régulation positive de l’IA et de la robotisation en santé.

    Quels sont les scenari de diffusion de l’IA en santé ?

    « Le secteur est plutôt enclin à résister aux transformations »

    Il existe en France une certaine « résistance à l’innovation », couplée à un modèle économique encore « incertain », qui explique que le secteur de la santé est « enclin à résister aux transformations induites par l’intelligence artificielle. Quelles sont les causes de ces « résistances »? D’après France Stratégie, elles seraient imputables « à l’important degrés de règlementation ». Si des progrès « ont été réalisés depuis 2017 avec la création d’un système national de données de santé », « le cadre permettant de répondre aux besoins croissants de protection en matière d’accès, de partage et de protection ou de garantie de fiabilité n’est pas encore abouti ».

    Ainsi, conclut France stratégie, « la difficulté d’accès aux données a été identifié comme un frein au développement de l’intelligence artificielle, notamment dans les possibilités de transfert des travaux de recherche », ce qui a été mis en avant dans le rapport remis par Cédric Villani au Président de la République.

    Toutefois, relève France Stratégie, « la règlementation n’empêchera pas la diffusion de l’IA là où les acteurs prévoient des gains importants ».

    « Les conditions qui pourraient conduire à une scénario disruptif »

    Les acteurs placés en situation de concurrence et de dimension internationale – comme l’industrie du médicament et des dispositifs médicaux et le secteur de l’assurance complémentaire santé – peuvent conduire à l’émergence d’un « scénario disruptif » et servir de vecteur de la diffusion de l’IA dans le secteur de la santé.