L’Académie Nationale de Médecine ainsi que l‘Académie Nationale de Pharmacie ont adopté, les 19 et 20 juin 2018, un rapport intitulé « la biologie médicale face aux défis de l’évolution des besoins de santé » rédigé par des membres de ces Académies spécialisés en biologie médicale.
Le point de départ du rapport est la publication de l’ordonnance du 13 Janvier 2010 ratifiée par la loi du 30 mai 2013. En effet, depuis la publication de cette réglementation « la biologie médicale en France a connu une restructuration massive avec apparition de regroupements pouvant atteindre plusieurs centaines de laboratoires », explique le rapport, selon lequel cette évolution qui aboutit à une « réduction considérable du nombre de structures » pose cinq problèmes majeurs.
Ces problématiques, détaillées dans le corps du rapport, sont liées :
– aux difficultés d’accréditation rencontrées par les laboratoires ;
– à la financiarisation et l’industrialisation croissantes de la biologie médicale ;
– à la disparition du lien de proximité entre biologistes, prescripteurs et patients ;
– à la baisse d’attractivité de la biologie médicale pour les étudiants, causée par les phénomènes précédents.
Health and Tech Intelligence propose dans le présent un article un résumé des conclusions de ce texte ainsi qu’une présentation des recommandations émises à la fin du rapport, disponible intégralement via le lien ci-contre.
Conclusions du rapport
« La biologie médicale a subi une restructuration brutale…
D’après le rapport, une révision complète du rôle du biologiste médical dans le système de santé est imposée par :
- « les contraintes financières et organisationnelles découlant de l’obligation d’accréditation et des réductions successives de la nomenclature des actes de biologie médicale » ;
- « les regroupements et fusions de laboratoires autour de plateaux techniques de plus en plus automatisés mais éloignés des sites de prélèvement, pouvant allonger les délais d’acheminement des prélèvements et de rendu des résultats en urgence » ;
- « l’introduction de plus en plus prégnante de groupes financiers et de fonds de pension dans le capital des laboratoires » ;
- « la désaffection des étudiants en médecine et, dans une moindre mesure, en pharmacie pour cette spécialité » ;
- « le développement rapide de l’automatisation et de l’intelligence artificielle ».
…qu’il conviendrait de stabiliser. »
Le rapport encourage à faire du biologiste médical un expert-consultant capable d’orienter la prise en charge et le suivi des patients. Si ce poids sur le traitement et le suivi nécessiterait évidemment une plus grande concertation avec le médecin prescripteur des analyses biologiques, le rapport rappelle que le biologiste médical pourrait influer sur les traitements « au même titre que ses confrères issus d’autres spécialités médicales ».
Dans cet objectif, le rapport incite notamment à :
- mieux valoriser l’excellence de la formation et des compétence des biologistes médicaux en renforçant leur capacité d’intervention dans l’aide au diagnostic et au suivi des patients ;
- sensibiliser les biologistes à l’analyse critique des résultats rendus par les automates ;
- faire des biologistes médicaux des acteurs de la prévention et du dépistage ;
- développer la biologie interventionnelle.
Recommandations
À partir du rapport établi, les deux Académies ont émis des recommandations articulées en quatre axes.
Concernant le rôle en santé du biologiste médical
1- Affirmer le rôle indispensable du biologiste médical, soit :
- associer les biologistes aux centres de santé et maisons de santé pluriprofessionnelles ;
- inviter les biologistes à prendre part aux réunions de concertation pluridisciplinaire.
2- Assurer un conseil biologique de proximité en maintenant l’obligation de la présence physique d’un ou plusieurs (en fonction du nombre de patients pris en charge) biologistes par site pour une surveillance étroite des conditions de prélèvement et de pré-traitement des échantillons, les échanges avec le prescripteur, l’information et le dialogue avec les patients, l’éducation thérapeutique, etc.
3- En dehors des cas d’urgence, s’opposer à un envoi non validé par le biologiste des résultats du patient au prescripteur.
4- Valoriser la contribution des biologistes aux activités de prévention et de dépistage par la mise en place d’une rémunération indépendante de l’acte technique proprement dit.
Concernant la formation
1- Maintenir l’unicité de formation des biologistes par la voie du Diplôme d’études supérieurs (DES) de biologie médicale et la possibilité de compléter cette formation des base par des autorisations d’exercice dans un ou plusieurs domaines restreints de la spécialité.
2- Proposer aux étudiants issus d’une formation pharmaceutique une formation clinique.
3- Restaurer l’attractivité de la biologie médicale pour les étudiants en :
- communiquant plus et mieux à propos de la spécialité, par exemple au moyen de forums métiers, de visites de laboratoires, de stages en laboratoire pendant le deuxième cycle des études médicales ;
- faciliter l’accès à une année-recherche pour les internes et améliorer la lisibilité des carrières hospitalo-universitaires ;
- diversifiant la formation des futurs biologistes (communication, management, nouvelles technologies, etc.).
Concernant l’accréditation de certaines analyses « rares »
1- Supprimer l’obligation d’accréditation des analyses rarement effectuées ou très spécialisées et la remplacer par d’autres processus d’évaluation de ces analyses.
2- Accorder plus d’importance aux évaluations techniques que normatives dans les procédures d’accréditation.
Concernant la réglementation
1- Limiter la financiarisation de la biologie médicale en faisant respecter les dispositions réglementaires qui l’encadrent.
2- Lutter contre les conflits d’intérêt et les abus de position dominante.
3- Plafonner le nombre de dossiers qu’un biologiste est capable de valider au cours d’une journée de travail.
4- Préserver un maillage territorial afin de restaurer une proximité suffisante entre le biologiste, le prescripteur et le patient ;
5- Préserver la possibilité d’effectuer des analyses urgentes dans de bonnes conditions.