Le renforcement des moyens financiers et des effectifs du secteur du grand âge, notamment par le financement d’un référent technologie dans chaque établissement, est l’idée centrale qui ressort des 10 préconisations mises en avant dans le rapport sur « les innovations numériques et technologiques en gérontologie ». Ce rapport, présenté le 20 juin 2019 au Conseil national de la silver économie, a été commandé en mars par le conseil à Jean-Pierre Aquino, médecin gériatre, secrétaire général de la SFGG, et à Marc Bourquin, conseiller technique à la FHF.
Les auteurs partent du constat selon lequel les technologies de santé sont sous-utilisées dans la prise en charge des personnes âgées dépendantes, à cause du « techno-scepticisme » qui accompagne les innovations liées au vieillissement mais aussi à l’absence des innovations technologiques dans les politiques publiques la difficulté à soutenir le passage à l’échelle des solutions technologiques et numériques.
Parmi les recommandations des 2 rapporteurs figure l’objectif d’un plan d’investissement de 3,5 milliards d’euros sur 10 ans subventionné à 50 % par le PLFSS, la CNSA ou les conférences des financeurs.
Le document fait suite au rapport de Dominique Libault sur la concertation « Grand âge et autonomie », remis en mars à la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn. Il sera adressé avant la fin juin à la ministre ainsi qu’aux parlementaires.
Une sous-utilisation du numérique en santé pour le grand âge
Avec la progression de l’espérance de vie, le nombre de personnes touchées par les maladies liées à l’âge pourrait doubler tous les 20 ans, indiquent les chiffres officiels. Dans leur rapport, Jean-Pierre Aquino et Marc Bourquin présentent les nouvelles technologies comme un atout pour favoriser le maintien de l’autonomie et l’optimiser en fin de vie. Dans le cadre de cette publication, 21 acteurs du secteur du grand âge ont été interrogé sur les modifications de la prise en charge du grand âge et les craintes liées au déploiement du numérique en santé, notamment celui de la déshumanisation des soins.
Selon les 2 rapporteurs, la dynamique du numérique en santé ne rencontre pas la révolution démographique et la silver tech demeure à l’état embryonnaire, y compris dans les Ehpad. Ce phénomène serait d’abord dû à un « techno-scepticisme » et à une crainte de la déshumanisation de l’accompagnement de la fragilité ou de la perte d’autonomie. Une vision démentie dans le rapport, dans lequel il est indiqué que l’utilisation intelligente et mesurée de la technologie permettra de multiplier les rapports humains entre les personnes âgées et les aidants.
De plus, les innovations technologiques sont les grandes absentes des politiques publiques. Dans son rapport, Dominique Libault a reconnu cette absence et a encouragé la filière silver éco à s’emparer du sujet. Enfin, le passage à l’échelle des solutions technologiques et numériques est un enjeu. Notre pays propose un écosystème favorable à la création de start-up mais peine, selon les rapporteurs, à offrir un soutien suffisant à celles qui souhaitent passer à un niveau de distribution supérieure.
Un socle commun de technologies
Les auteurs du rapport préconisent ainsi la mise en place d’un « pack technologique » dans les établissements accueillant des personnes âgées pour engager la modernisation technologique. Ce pack permettrait de déployer à grande échelle des solutions nouvelles, d’abaisser les coûts de production et de mettre en route un processus d’acculturation en établissement et à domicile.
Il intègrerait un « socle commun de technologies » avec :
- des outils domotiques pour maintenir l’autonomie (luminosité, volets, télévision, rails de transfert, fauteuils électriques, clés électroniques…) ;
- des dispositifs de « levée de doute » en Ehpad comme à domicile (détection électronique des chutes, géolocalisation) ;
- des dispositifs de traçabilité et d’accès effectifs aux soins (dossiers patients informatisés et interopérables, télémédecine, verres connectés pour lutter contre la déshydratation, piluliers connectés pour assurer l’observance) ;
- des outils favorisant le lien social et luttant contre l’isolement et les troubles cognitifs (robots sociaux, serious games, réalité virtuelle).
Financer un référent technologie
L’effort d’investissement supplémentaire est évalué à 5 000 euros par place soit 3,5 milliards d’euros sur les 10 ans qui viennent. Le PLFSS, la CNSA ou les conférences des financeurs pourraient subventionner un investissement massif à 50 %, soit 175 millions d’euros par an. Par ailleurs, le budget de fonctionnement des établissements et services serait abondé à hauteur de 600 millions d’euros.
L’objectif de ce plan serait d’intégrer progressivement dans les tarifs l’amortissement des équipements à hauteur de 625 euros par an (renforcement du forfait soins de 430 millions d’euros) mais surtout de financer un poste de référent « technologie » partagé entre opérateurs à raison de 0,5 ETP pour 100 lits ou places, soit un coût de 170 millions d’euros pour l’ensemble des Ehpad, USLD, Ssiad.
Un rapport complet sera adressé avant la fin du mois à la ministre des Solidarités et de la Santé ainsi qu’aux députés et sénateurs intéressés par ces sujets en prévision des prochains débats parlementaires.