Actualité

  • 77 % des algorithmes d’IA approuvés par la FDA en 2025 relèvent de la radiologie, mais peu sont cliniquement évalués

    Une domination de la radiologie

    En 2025, la radiologie concentre 77 % des autorisations de dispositifs médicaux embarquant de l’intelligence artificielle aux États-Unis, selon la dernière mise à jour de la FDA.

    • La cardiologie arrive en deuxième position,
    • suivie par la neurologie, qui progresse.

    Toutefois, nombre de ces solutions dites « radiologiques » sont en réalité utilisées dans d’autres spécialités cliniques, comme l’oncologie ou la médecine cardiovasculaire, en raison de leur nature image-guidée. Une classification plus fine de la FDA est attendue pour refléter les usages réels.

    @JAMA Netw Open – FDA Approval of Artificial Intelligence and Machine Learning Devices in Radiology A Systematic Review

    Peu de dispositifs (29%) évalués avant autorisation

    Une étude* publiée le 7 novembre dans JAMA Network Open souligne que la majorité de ces dispositifs d’IA n’ont pas fait l’objet d’une évaluation clinique rigoureuse. Sur les 723 dispositifs d’imagerie homologués entre novembre 1995 et juin 2024, 717 disposaient d’une documentation publique : seuls 208 (29 %) ont été testés cliniquement. Moins de 10 % ont été évalués sur des humains, et seulement 5 % de manière prospective. Les auteurs de l’étude, dont Ram Sivakumar (Institut de radiologie Mallinckrodt, université Washington de St. Louis), relèvent qu’à peine 15 dispositifs ont été testés à la fois de façon prospective, clinique, et sur des humains. La grande majorité des autorisations repose sur la procédure 510(k), qui ne requiert pas de données cliniques indépendantes démontrant les performances ou la sécurité du dispositif.

    Les chercheurs appellent à une gouvernance institutionnelle renforcée pour valider la qualité des tests réalisés et vérifier que les dispositifs fonctionnent comme attendu. Ils recommandent également d’intégrer des cadres réglementaires post-market, à l’image de l’évaluation des technologies de santé en Europe, afin de mieux cerner la valeur clinique et économique des solutions d’IA.

    Des géants du MedTech dominants, mais sous pression

    Les entreprises en tête des autorisations restent les grands groupes historiques du secteur. Toutefois, trois tendances pourraient affaiblir leur position :

    • La volonté des établissements d’éviter le verrouillage fournisseur,
    • la limitation du choix induite par les plateformes propriétaires,
    • et l’impossibilité pour ces acteurs d’agir comme des agrégateurs neutres, leurs solutions étant perçues comme concurrentes par d’autres développeurs.

    Concurrence internationale et ralentissement de la croissance : 46 % de croissance annuelle des algorithmes d’IA en santé depuis 2015, mais un net ralentissement depuis 2022

    Si les États-Unis demeurent largement en tête, des entreprises issues d’Allemagne, du Japon, des Pays-Bas et de Corée du Sud apparaissent désormais dans le top 30 mondial. Par ailleurs, le rythme d’approbation ralentit : de +46 % par an depuis 2015, il est passé à +17 % par an depuis 2022. Chaque mise à jour d’un algorithme nécessitant une nouvelle approbation, les contraintes réglementaires apparaissent de plus en plus inadaptées au rythme de développement du machine learning. Des ajustements réglementaires sont attendus.

    L’approbation ne garantit pas l’adoption clinique

    Enfin, l’autorisation de la FDA signifie que l’algorithme est « sûr », mais pas nécessairement qu’il est efficace en pratique clinique. Plusieurs établissements hospitaliers rapportent des problèmes d’intégration et de performances, notamment en lien avec des alertes inappropriées ou des interférences avec les workflows. L’autorisation réglementaire n’est qu’une étape dans un processus d’adoption bien plus long, qui dépend de la démonstration de la valeur ajoutée réelle.

    *Sivakumar R, Escobar M, Ziegler E, et al. Evaluation of Clinical Testing of FDA-Authorized Artificial Intelligence Algorithms for Medical Imaging. JAMA Netw Open. 2024;7(11):e2440305. doi:10.1001/jamanetworkopen.2024.40305

  • Thaïlande : une plateforme d’IA distinguée pour accélérer la veille épidémiologique

    Des méthodes conventionnelles limitées

    La surveillance épidémiologique vise à anticiper grippe, dengue et autres infections grâce à une collecte continue de données. Cependant les approches conventionnelles, telles que la sérologie ou la PCR, restent souvent incomplètes dans les pays asiatiques à ressources limitées :

    • Systèmes fragmentés
    • Sensibilité insuffisante
    • Délais prolongés et couverture restreinte

    Ces contraintes affaiblissent la détection précoce et le contrôle rapide des épidémies.

    Un système cloud-IA pour un suivi immédiat

    Pour combler ces lacunes, le Department of Disease Control thaïlandais a développé une plateforme sécurisée reposant sur :

    • Une architecture cloud assurant disponibilité et montée en charge
    • Des algorithmes d’IA analysant en continu les signaux épidémiques via un tableau de bord et des alertes proactives

     Intégration horaire et diffusion ciblée

    La plateforme Digital Disease Surveillance :

    • Intègre des données biomédicales, environnementales et sociales via des processus automatisés d’extraction-transformation-chargement (ETL) horaires pour garantir des mises à jour en temps réel.
    • Assure l’interopérabilité avec les systèmes locaux et propose une interface intuitive pour les autorités sanitaires.
    • Diffuse automatiquement les alertes via des messageries comme LINE, largement utilisée en Asie.

    Un déploiement régional en 2026

    Après une phase concluante en Thaïlande, une validation nationale est prévue avant un déploiement élargi en 2026 dans l’ensemble de l’ASEAN, qui regroupe dix pays d’Asie du Sud-Est.

  • Enquête : l’usage de l’IA inquiète de plus en plus les psychologues (APA)

    La nouvelle enquête* Practitioner Pulse de l’American Psychological Association (APA) a été publiée en décembre 2025.

    Depuis deux ans, l’IA générative gagne du terrain dans les métiers de la santé mentale. Elle sert à résumer des notes, rédiger des documents ou assister les praticiens sur des tâches répétitives. Les psychologues restent cependant très prudents, à l’inverse d’autres professions médicales — radiologie et dermatologie notamment. Dans ces spécialités plus techniques, l’IA est déjà intégrée à des tâches codifiées comme l’analyse d’images ou le codage administratif.

    Une adoption croissante de l’IA

    En psychologie, le travail clinique repose sur la relation, l’interprétation et le contexte, ce qui limite pour l’instant l’usage de l’IA dans les tâches centrales. L’enquête APA 2025 montre cependant une progression nette de l’adoption : de plus en plus de psychologues utilisent ces outils au quotidien, mais principalement pour des fonctions périphériques — rédiger, synthétiser, organiser. « Les psychologues sont attirés par ce métier parce qu’ils veulent améliorer la vie des gens, mais ils peuvent perdre des heures chaque jour dans des tâches administratives ou la navigation complexe des assurances », indique Arthur Evans Jr., directeur général de l’APA.

    L’enquête Practitioner Pulse 2025 a été menée en ligne auprès d’un échantillon aléatoire de 30 000 psychologues invités à compléter un questionnaire entre le 3 et le 29 septembre 2025. Au total, 1 742 professionnels ont répondu (taux de complétion : 6,6 %). Le questionnaire portait sur leurs pratiques, leur usage de l’IA, leurs préoccupations, ainsi que leur charge administrative et l’évolution de la demande en santé mentale.

    Résultats : 9 psychologues sur 10 sont inquiets

    • 56 % des psychologues ont utilisé un outil d’IA au moins une fois en 2025 (contre 29 % en 2024).
    • 29 % en ont un usage mensuel (contre 11 % en 2024).
    • 92 % expriment des inquiétudes liées à l’IA.
    • Principaux risques cités : fuites de données (67 %), dommages sociétaux sur le système de soins (64 %), biais (63 %), manque de tests rigoureux (61 %), sorties erronées ou « hallucinations » (60 %).
    • 38 % craignent une automatisation future de certaines tâches.
    • Usages courants : aide à la rédaction (52 %), génération de contenu (33 %), résumé d’articles ou de notes (32 %), prise de notes (22 %).
    • Usages cliniques limités : assistance au diagnostic (8 %), chatbot pour patients ou clients (5 %).
    • 62 % estiment que les technologies améliorent leur efficacité et leur précision.

    Le développement de l’IA s’accompagne donc d’une montée en puissance des craintes. Selon l’APA, l’essor de l’IA dans la psychologie doit donc s’accompagner d’un cadre strict : consentement éclairé, évaluation des biais, conformité réglementaire et transparence sur les données. « L’intelligence artificielle peut aider à soulager certaines pressions… mais la supervision humaine reste essentielle », rappelle Arthur Evans.

    L’IA libère peu de temps…

    Le rapport souligne, par ailleurs, un paradoxe. L’IA allège certaines tâches, mais elle ne règle pas les problèmes structurels du secteur. Près de la moitié des psychologues déclarent ne plus avoir de place pour de nouveaux patients. Beaucoup observent une aggravation de la sévérité des symptômes. Les contraintes imposées par les assurances — préautorisations, audits, faibles remboursements — restent lourdes et chronophages.

    Dans ce contexte, l’IA apparaît comme un outil d’appoint, utile pour récupérer un peu de temps mais insuffisant pour transformer le système. « Tirer parti d’outils d’IA sûrs et éthiques peut augmenter l’efficacité des psychologues, leur permettant de mieux servir leurs patients », estime néanmoins le directeur général de l’APA.

    * AI in the Therapist’s Office

    2025 PRACTITIONER PULSE SURVEY

    American Psychological Association

    https://www.apa.org/pubs/reports/practitioner/2025/index

     

  • Un DMDIV portable sans marqueurs pour suivre Alzheimer

    Une puce microfluidique pour modéliser la maladie

    Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 55 millions de personnes sont touchées dans le monde, avec 19 millions de nouveaux cas par an. Les méthodes actuelles — IRM, TEP, analyses biologiques — restent limitées :

    • Mesures statiques.
    • Coûts élevés.
    • ¨Procédures chronophages.

    Elles ne permettent ni un suivi cellulaire continu ni une évaluation dynamique des traitements.

    Des chercheurs de l’Université de Montréal, du Département de génie mécanique et industriel de l’Université Concordia ainsi que du Département de biochimie de l’Université McGill ont mis au point une plateforme microfluidique de type lab-on-a-chip reproduisant, in vitro, les interactions entre microglies et oligomères bêta-amyloïdes, biomarqueurs clés de la physiopathologie de la maladie d’Alzheimer. Le système intègre :

    • Des microcanaux à flux contrôlé.
    • Une mesure d’adhésion cellulaire sans marqueurs.
    • Un dispositif compact pour un suivi en temps réel.

    Preuve de concept in vitro

    L’étude, publiée dans Microsystems & Nanoengineering, montre :

    • Une perte partielle d’adhésion après 24 h à forte concentration d’Aβ.
    • Une perte totale indiquant la non-viabilité cellulaire.
    • Une corrélation directe avec la toxicité observée in vitro.

    Perspectives vers le préclinique

    Ce modèle dynamique ouvre la voie à un suivi mécanobiologique continu de la progression d’Alzheimer et au criblage précoce d’agents thérapeutiques. Prochaines étapes :

    • Valider la plateforme sur des modèles précliniques.
    • L’intégrer aux protocoles d’évaluation de médicaments.

     

  • PLFSS 2026 : hausse de l’Ondam à 274,4 Md€, suspension de la réforme des retraites et création d’un congé de naissance

    Adopté en nouvelle lecture le 9 décembre par 247 voix contre 234 (93 abstentions), le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 vise un déficit de 19,4 milliards d’euros, en hausse de 1,9 Md€ par rapport au texte initial. Le gouvernement, qui entend ramener les comptes sociaux à l’équilibre d’ici 2029, abandonne le recours au 49.3 et table sur une croissance ralentie des dépenses sociales, malgré l’augmentation de certaines enveloppes budgétaires.

    Un Ondam rehaussé à 3,1% et plus de moyens pour l’hôpital

    Le niveau de l’Ondam 2026, initialement prévu à +1,6% (270,4 Md€), a été révisé à +3,1% (274,4 Md€). La progression intègre 850 millions d’euros supplémentaires pour garantir la stabilité des tarifs hospitaliers et 150 millions d’euros de plus pour la branche personnes âgées. Au total, 3,5 Md€ seront ajoutés pour soutenir l’hôpital public. L’effort de maîtrise des dépenses reste fort : 7,1 Md€ d’économies sont attendus, notamment via une réforme du cadre des arrêts de travail, des franchises médicales élargies (mais non doublées), et une limitation des prises en charge pour certaines ALD ou cures thermales.

    Suspension de la réforme des retraites et sous-indexation des pensions

    Le texte confirme la suspension jusqu’en 2028 de la montée en charge de la réforme des retraites de 2023. Les générations 1964 à 1968 partiront ainsi un trimestre plus tôt, et la durée d’assurance requise est réduite d’un trimestre pour les générations 1964 et 1965. Pour financer cette mesure (coût estimé : 1,5 Md€ en 2026-2027), le PLFSS prévoit une sous-indexation des pensions dès 2027, générant près de 15 Md€ d’économies d’ici 2029. En 2026, les pensions de base seront gelées. La revalorisation des retraites reste toutefois garantie pour les petites pensions et les allocataires de l’AAH.

    Nouvelles contributions des complémentaires santé et fiscalité ajustée

    Le taux de contribution des complémentaires santé est fixé à 2,05% sur les cotisations de leurs adhérents pour 2026. Le gouvernement a précisé que les assureurs ne pourront répercuter cette taxe sur les contrats. Par ailleurs, une nouvelle contribution financière pour l’autonomie (CFA) est instaurée via une hausse de la CSG à 10,6% sur les revenus du capital, à l’exclusion des revenus fonciers, immobiliers, et de l’épargne réglementée.

    Congé de naissance et prestations familiales

    Initialement prévu pour juillet 2027, le nouveau congé de naissance entrera finalement en vigueur dès janvier 2026. Indemnisé par la sécurité sociale, il pourra être pris par chacun des deux parents pendant un ou deux mois, en plus des congés maternité et paternité existants. Le PLFSS fixe les dépenses de la branche famille à 59,4 Md€ (+0,1%), sans revalorisation des prestations sociales en 2026, celles-ci n’étant pas indexées sur l’inflation.

    Accès aux soins et santé publique : nouvelles orientations

    Plusieurs mesures visent à renforcer l’accès aux soins et à lutter contre les déserts médicaux, notamment via la création d’un statut de praticien territorial de médecine ambulatoire (PTMA) et des soutiens à l’installation officinale en zones rurales. Le texte confirme aussi la mise en œuvre de la stratégie “Vaccination et immunisation 2025-2030” (actualisation des obligations vaccinales, pilotage des centres) et de la stratégie “Santé mentale et psychiatrie”, dotée de 65 millions d’euros en 2026, dans le cadre de la Grande Cause nationale.

    Enfin, 4 500 postes seront créés en Ehpad, avec un financement de 250 millions d’euros, s’inscrivant dans l’objectif gouvernemental de 50 000 recrutements d’ici 2030.

    Un cadre budgétaire jugé incertain

    Le Haut Conseil des finances publiques alerte sur les hypothèses optimistes retenues, pointant les incertitudes liées à l’activité, l’emploi et l’inflation. Il souligne que l’effort de maîtrise attendu sur l’Ondam est bien supérieur à celui des années précédentes. Le texte sera examiné en nouvelle lecture au Sénat le 12 décembre.

  • IA en santé : 204 projets retenus par la DGOS pour améliorer les RH et les services d’urgence

    204 projets lauréats dans le cadre de la stratégie nationale sur l’IA en santé

    La Direction générale de l’offre de soins (DGOS) a sélectionné 204 projets dans le cadre de deux appels à manifestation d’intérêt (AMI) dédiés à l’intelligence artificielle, l’un portant sur les ressources humaines (RH) en établissement, l’autre sur l’organisation des services d’urgence. Annoncés cet été par le ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles et la DGOS, ces AMI s’inscrivent dans la stratégie nationale sur l’IA en santé, dont la version finale a été présentée le 12 novembre dernier.

    2 millions d’euros et jusqu’à 20 000 € par projet

    Dotés d’un budget global de 2 millions d’euros, les deux AMI permettent aux établissements lauréats de bénéficier d’un financement d’amorçage pouvant atteindre 20 000 euros par projet. L’enveloppe vise à soutenir le déploiement de solutions d’intelligence artificielle au sein des structures sanitaires, sociales ou médico-sociales.

    Focus sur les plannings pour l’AMI RH

    L’AMI dédié aux ressources humaines cible un cas d’usage unique : la réalisation et l’actualisation des plannings du personnel. Ce volet a retenu 126 dossiers, portés par 125 établissements — l’un d’eux ayant été sélectionné pour deux projets distincts. Les candidats retenus sont majoritairement des établissements publics (centres hospitaliers, CHU, CHI…).

    Trois cas d’usage pour l’IA aux urgences

    L’AMI centré sur les services d’urgence a pour objectif l’optimisation des organisations à travers trois cas d’usage principaux :

    • La retranscription automatique des appels au Samu,
    • L’aide au triage en service d’urgence,
    • L’estimation des temps d’attente et la gestion des flux.

    Parmi les 147 candidatures reçues, 78 projets ont été retenus, portés par 74 établissements, là encore principalement publics. La liste des lauréats a été rendue publique par la DGOS, qui accompagnera désormais les établissements dans la mise en œuvre de leurs projets. Ces expérimentations alimenteront les retours d’expérience de la stratégie nationale IA santé en phase opérationnelle.

  • Une expérimentation en officine démontre l’efficacité d’un parcours de soins pharmaceutique pour les pathologies courantes

    Une nouvelle organisation des soins testée dans les pharmacies

    En Gironde, une expérimentation menée par la CPTS Ouest Gironde en partenariat avec l’USPO a permis à 115 patients d’être pris en charge directement en pharmacie pour des cas de rhinite et de rhino-conjonctivite allergique. Ce dispositif s’inscrit dans le Parcours de Soins Officinal (PSO), un modèle porté par le Collectif PSO (Leem, NèreS, USPO), qui entend positionner les pharmaciens comme acteurs de premier recours pour certains maux du quotidien. Le PSO repose sur une coopération entre professionnels de santé. Le pharmacien, en première ligne, évalue la situation du patient, dispense un traitement si nécessaire, y compris des médicaments soumis à prescription, ou oriente vers un autre professionnel, le tout selon un protocole validé par le Conseil National Pharmaceutique (CNP).

    Une expérimentation balisée : 7 pharmacies, 6 mois, 0 incident, moins de 2 produits par acte et 18 % de conseils ajoutés

    Un modèle de délégation de tâches qui rassure

    Entre avril et septembre 2025, les 7 pharmacies impliquées ont appliqué un protocole de délégation de tâche incluant un arbre d’orientation clinique. Résultats : aucun incident signalé, aucune réorientation vers un médecin, et une satisfaction exprimée par les pharmaciens sur la facilité de mise en œuvre et le service rendu. Les données collectées montrent une dispensation moyenne inférieure à deux produits par acte, avec des produits conseils ajoutés dans 18 % des cas. Pour les patients comme pour les professionnels, l’expérimentation a contribué à un meilleur accès aux soins et à une prise en charge fluide et sécurisée.

    De possibles économies de plusieurs millions d’euros

    Le PSO s’inscrit dans une logique d’efficience : selon l’étude Care Factory commandée par le Leem, le recours au pharmacien pour les pathologies ciblées permettrait d’économiser jusqu’à 39 millions d’euros par an pour l’angine, et plus de 500 millions d’euros pour la rhinite allergique. Une enquête Harris Interactive de 2022 révèle par ailleurs que plus de 8 Français sur 10 estiment que certaines affections ne nécessitent pas de médecin en première intention.

    Un modèle pour les territoires en tension

    Le PSO s’appuie sur le maillage territorial des officines, accessibles même en zone de désertification médicale. Il valorise l’expertise pharmaceutique et s’intègre dans les dynamiques locales des CPTS pour offrir une réponse structurée aux besoins de santé de proximité. Déjà généralisés pour les protocoles « angine » et « cystite », les dispositifs expérimentaux comme celui mené en Gironde montrent que le pharmacien peut assurer un rôle renforcé dans le système de santé.

  • Interopérabilité : 2025, l’année du virage coercitif

    En 2025, l’interopérabilité n’est plus une affaire de « tuyauterie » pour DSI et éditeurs. Elle devient un objet politique, un levier économique et un champ de bataille réglementaire. Entre un Ségur du numérique qui a dopé artificiellement le marché, un PLFSS 2026 qui brandit la menace d’amendes et un futur Espace européen des données de santé (EEDS) qui se rapproche, le système français se retrouve pris entre rattrapage technique et virage coercitif.

    Sur le terrain, médecins, éditeurs, autorités et chercheurs n’ont plus vraiment le luxe d’attendre. La question n’est plus : « Faut-il partager les données ? », mais : « À quelles conditions, avec quelles normes, et au bénéfice de qui ? »

    Du « quoi qu’il en coûte » au « marche ou paye »

    Après les milliards injectés dans le Ségur du numérique, le ton a changé. L’État ne veut plus financer sans contrepartie observable.

    Le message se durcit avec la Vague 2 du Ségur :

    Le dispositif SONS (Système ouvert et non sélectif) a profondément remodelé le marché : l’État achète directement les mises à jour et les fonctionnalités Ségur pour les professionnels de santé, à condition qu’elles soient certifiées.

    Avec la Vague 2, le message se durcit :

    • 40 % à la commande, pour lancer le développement et le déploiement ;

    • 60 % au solde, uniquement si la mise à jour est effectivement installée, fonctionnelle et validée chez le client.

    Fini le temps où un projet pouvait rester « en cours de déploiement » pendant des années. Les guichets ASP imposent des dates butoirs qui structurent la feuille de route de tout un secteur. L’imagerie (RIS/DRIMbox), les DPI hospitaliers et surtout les logiciels de gestion de cabinet (LGC) pour les médecins libéraux sont pris dans cette course contre la montre.

    À cela s’ajoute un changement de périmètre : les « angles morts » de l’interopérabilité entrent en scène. DRIMbox pour l’imagerie, logiciels des paramédicaux, sages-femmes, solutions mobiles de suivi : tout ce qui était périphérique devient stratégique, car indispensable à une continuité de soins réellement data-driven.

    Le PLFSS 2026 introduit la première amende pour non alimentation du DMP :

    Côté PLFSS, le symbole s’appelle article 31. C’est là que se joue le tournant punitif.

    Le principe est simple, mais explosif : il ne suffit plus d’être équipé d’un logiciel compatible Ségur, il faut l’utiliser pour de vrai. Non-alimentation du DMP, absence de consultation avant certains actes redondants : chaque manquement peut être sanctionné jusqu’à 2 500 €, dans la limite de 10 000 € par an et par professionnel.

    Pour la première fois, l’interopérabilité devient une obligation opposable, au même titre que certaines règles de facturation ou de traçabilité. L’État ne subventionne plus seulement les outils, il conditionne une partie du modèle économique des médecins à l’usage effectif du numérique.

    Sans surprise, les réactions syndicales sont rapides et virulentes : « punir les médecins pour ne pas utiliser des outils qui leur font perdre du temps » est vécu comme un renversement de responsabilité. Derrière cette colère, un point de fond : l’ergonomie et la maturité réelle des outils sont encore loin du niveau attendu pour un usage fluide à grande échelle.

    Éditeurs sous pression, médecins sous contrainte

    Mis bout à bout, Ségur V2 et PLFSS 2026 créent un effet de ciseau :

    • Les éditeurs doivent livrer des fonctionnalités interopérables, conformes, certifiées, dans des calendriers serrés, sous peine de perdre des financements décisifs.

    • Les médecins doivent utiliser ces mêmes outils, documenter le DMP, modifier leurs pratiques, sous peine d’amendes.

    Sur le papier, le mécanisme est vertueux : financer la mise à niveau, puis exiger l’usage.
    Sur le terrain, la réalité est plus rugueuse :

    • abandon possible de certains logiciels jugés trop lourds ou trop coûteux à adapter,

    • concentration du marché autour de quelques acteurs capables d’absorber la complexité réglementaire,

    • risque d’« usage alibi » : alimenter le DMP avec des PDF non structurés juste pour cocher la case.

    L’interopérabilité sémantique, elle, ne progresse pas forcément au même rythme.

    HPRIM, FHIR et la fin des bricolages

    Pendant des décennies, la France a fait tourner la machine avec HPRIM. Un standard national, robuste, simple, très utilisé en biologie. Un standard qui a rendu service… mais qui, en 2025, est officiellement qualifié de « vieillissant et limitant » par l’ANS.

    HPRIM, un standard qui ne meurt jamais vraiment :

    Tout le monde sait qu’il faut en sortir. Officiellement, plus aucun nouveau flux ne devrait être développé en HPRIM. Officieusement, des milliers d’interfaces continuent de tourner dans les labos et cabinets, tant qu’elles « marchent » et que personne n’ose y toucher.

    Résultat : une dette technique massive et peu visible.

    Migrer vers HL7 CDA ou FHIR, ce n’est pas juste changer de format : c’est revoir l’architecture, la sécurité, parfois les modèles de données, mettre en place des API REST, gérer des authentifications modernes… Bref, un investissement que Ségur ne couvre que partiellement, surtout pour les petits éditeurs et les structures les plus fragiles.

    FHIR devient la nouvelle norme :

    En parallèle, HL7 FHIR est passé du statut de “buzzword de congrès” à celui de nouveau langage officiel de la santé française, en cohérence avec l’agenda européen.

    Version R4 dominante, profils FHIR intégrés dans le CI-SIS, « francisation » par l’ANS et Interop’Santé : le cadre est posé. On ne parle plus d’opportunité, mais de cible normative. Les projets Ségur, les DRIMbox, les annuaires, les agendas, les cercles de soins sont pensés nativement en FHIR.

    Mais FHIR ne fait pas tout. Il normalise le contenant : JSON, XML, API REST.
    Le contenu, lui, reste une tour de Babel sémantique : SNOMED CT encore peu diffusé, coexistence de la CCAM, de la NABM, de la CIM-10, codes locaux, pratiques hétérogènes entre établissements. Tant que ce chantier n’est pas adressé, une grande partie de la promesse d’IA et d’analytique avancée reste théorique.

    la DRIMbox comme vitrine (et crash-test) de l’interopérabilité française

    S’il y a un domaine où interopérabilité technique, usage métier et pression réglementaire se télescopent, c’est bien l’imagerie.

    Historiquement, la radiologie vit dans son univers : DICOM, PACS fermés, lecteurs spécifiques et réseaux propriétaires. Avec la DRIMbox, tout change : les images doivent être accessibles via des technologies web (DICOMWeb), référencées dans le DMP à travers FHIR, et consultables simplement depuis un logiciel métier de ville.

    Sur le papier, la promesse est forte :

    • un généraliste peut visualiser une IRM réalisée à l’hôpital sans installer de viewer exotique,

    • le patient n’est plus condamné à circuler avec un CD ou une clé USB,

    • les résultats d’imagerie deviennent des données exploitables dans des parcours transverses.

    Dans la réalité, la DRIMbox est aussi un test grandeur nature du niveau d’interopérabilité du pays : qualité de l’INS, performances réseau, robustesse des conversions de protocoles, maturité des éditeurs de RIS et de DPI. Et le tout, sous la pression des calendriers Ségur.

    L’EEDS comme horizon obligé

    Pendant que la France gère ses guichets ASP, ses flux HPRIM et ses tensions avec les syndicats de médecins, l’Europe avance son propre agenda : l’Espace Européen des Données de Santé (EEDS/EHDS).

    Deux volets, un même message : la donnée de santé doit circuler.

    Avec MyHealth@EU, le patient et la donnée voyagent :

    Pour l’utilisation primaire, l’objectif est clair :
    un patient français en Espagne ou en Allemagne doit pouvoir être pris en charge en disposant de ses informations essentielles – synthèse médicale, prescriptions, comptes rendus – dans un format standard européen (EEHRxF).

    Calendrier :

    • 2027 pour les premières catégories obligatoires (résumé patient, e-prescription),

    • 2029 pour l’imagerie, les résultats de laboratoire, les lettres de sortie.

    Vu de 2025, cela peut sembler lointain. Vu des DSI qui jonglent déjà avec Ségur, INS, DMP, DRIMbox, CI-SIS et FHIR, cela commence à ressembler à une double peine si les chantiers ne sont pas articulés de manière cohérente.

    La donnée comme infrastructure de recherche :

    Le volet utilisation secondaire est potentiellement encore plus transformant. Il impose la mise en place de structures nationales d’accès aux données de santé (Health Data Access Bodies), à l’image du Health Data Hub en France, et oblige les « détenteurs de données » (CHU, CLCC, organismes publics…) à documenter et ouvrir leurs jeux de données dans des conditions strictes.

    Dans ce futur-là, un projet de recherche sur le cancer du poumon ne s’alimente plus dans un seul EDS hospitalier, mais dans une constellation de bases européennes harmonisées.

    Encore faut-il que les données françaises soient au niveau :

    • sémantiquement compatibles (SNOMED CT, LOINC, ORPHA Codes, etc.),

    • documentées (métadonnées à jour, dictionnaires de données),

    • techniquement interopérables.

    Quand l’interopérabilité conditionne la médecine de précision

    Pour comprendre ce qui se joue vraiment derrière ces débats de standards, il suffit de regarder les projets de pointe financés dans le cadre du PEPR Santé Numérique, comme StratifyAging.

    L’ambition : modéliser le vieillissement, notamment la multimorbidité des personnes âgées, en créant des jumeaux numériques de patients, capables de simuler des trajectoires de santé et d’anticiper la perte d’autonomie.

    Pour y parvenir, il ne suffit pas d’avoir « un DPI qui parle FHIR ». Il faut faire converger :

    • des données cliniques issues du soin courant (hôpital et ville) ;

    • des données d’imagerie (IRM, scanner, radiomics) ;

    • des données omiques (génomique, protéomique, métabolomique) régies par des standards bioinformatiques différents (GA4GH, etc.).

    Le tout, dans une logique où la frontière entre soin et recherche devient beaucoup plus poreuse. StratifyAging incarne une idée simple mais radicale : si les données du soin courant ne sont pas interopérables, la médecine de précision restera un slogan. Et là, tout se rejoint : un médecin qui n’alimente pas le DMP par refus ou par surcharge, un labo qui continue d’envoyer du HPRIM parce que « ça marche, un éditeur qui retarde son passage à FHIR faute de ressources… chacun contribue, à son échelle, à rendre impossibles les promesses de ce type de projet.

  • PLFSS : Ce 9 décembre, l’Assemblée se prononce sur un budget remanié, France santé réintroduit, franchises gelées

    Vendredi 5 décembre, les députés ont rétabli plusieurs dispositions du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2026, précédemment supprimées par les sénateurs. Parmi elles figure la création du réseau France santé, un dispositif initialement annoncé à la rentrée par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Le vote solennel du texte est attendu ce mardi 9 décembre à l’Assemblée nationale, dans un contexte de tensions politiques autour des arbitrages budgétaires liés à la santé.

    Un dispositif présenté comme « pragmatique »

    Porté par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, le réseau France santé se veut un outil « à la main des professionnels et des élus », avec un cahier des charges souple. Les structures labellisées devront proposer des rendez-vous sous 48 heures en cas de besoin médical avéré, être ouvertes cinq jours par semaine et pratiquer uniquement des consultations en secteur 1. Chaque entité pourra bénéficier d’un financement pérenne de 50 000 euros.

    Retrait de l’augmentation des franchises médicales

    Autre point d’achoppement : l’augmentation des franchises médicales. L’exécutif a finalement renoncé à cette mesure, qui visait à doubler les montants à la charge des patients sur les médicaments et consultations, pour générer 2,3 milliards d’euros d’économies. Face à une opposition transpartisane et à la pression des organisations professionnelles, le Gouvernement a préféré revoir sa copie et proposer une enveloppe complémentaire en faveur des hôpitaux, annoncée comme prochaine.

    Un vote sous haute tension à l’Assemblée

    Le texte du PLFSS 2026, profondément remanié depuis sa présentation initiale le 14 octobre, doit encore franchir plusieurs étapes parlementaires. Le Gouvernement a intégré la suspension de la réforme des retraites pour rallier les socialistes, mais les oppositions restent mobilisées contre le texte. Le Premier ministre Sébastien Lecornu cherche désormais à sécuriser les votes écologistes en amont du scrutin décisif du 9 décembre.

  • Numih France déploie sa nouvelle plateforme hospitalière dh sur trois sites

    4 ans de co-développement

    Numih France, anciennement MipihSIB, annonce la mise en production de la première version de sa plateforme de gestion hospitalière de nouvelle génération, dh, sur trois établissements pilotes. Ce déploiement concerne les domaines

    • Des approvisionnements et finances.
    • Des ressources humaines.
    • Et de la gestion administrative du patient.

    Fruit de quatre années de développement en co-construction avec plus de quarante établissements de santé, dh marque une rupture avec les anciens outils (Pastel, Agirh, Magh2, QL). La conception a intégré des méthodes issues du design thinking et de l’UX/UI, afin d’améliorer l’ergonomie, la lisibilité de l’information et l’adoption terrain.

    CHIC, CHIVA et CHI Vallées de l’Ariège : trois établissements pilotes pour la plateforme dh

    dh opérationnel en trois temps : finances, RH, patient 

    La plateforme dh a été conçue pour s’inscrire dans les environnements multi-établissements, en particulier ceux des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT). Son architecture repose sur des composants open source qualifiés et sécurisés, assurant l’indépendance technologique de Numih France et une compatibilité native avec les normes d’interopérabilité FHIR. Pensée pour être hébergée en mode SaaS, dh permet des mises à jour régulières et sans interruption de service. L’intégration d’outils d’intelligence artificielle, en développement interne ou via un store partenaires, vient enrichir les fonctionnalités du système.

    Après une phase de tests poussée, le déploiement a été réalisé en trois temps :

    • Le 24 juin 2025 pour les finances,
    • Fin août pour les ressources humaines,
    • Et le 27 septembre pour la gestion administrative des patients.

    Cette montée en charge a permis de valider les processus d’accompagnement et de correction. Les établissements pilotes — CHIC Castres-Mazamet, CHIVA, et CHI Vallées de l’Ariège — ont salué l’ergonomie, l’implication des équipes, et la souplesse d’adaptation du progiciel. Les retours témoignent d’une prise en main réussie malgré les défis liés au changement de système, notamment grâce à l’implication conjointe des services métiers et des directions informatiques.

    Un accompagnement personnalisé pour 2026

    Numih France prévoit un déploiement progressif de dh en 2026 dans les établissements de santé et GHT qui souhaitent moderniser leurs systèmes de gestion. Pour chaque direction métier, des équipes dédiées seront mobilisées afin d’assurer un accompagnement sur mesure.