Actualité

  • FHIR, EHDS, IA : à deux ans de 2028, l’interopérabilité devient le socle stratégique de la santé numérique européenne

    FHIR “partout” : un standard mondial, mais des défis restent entiers

    L’un des constats formulés sans détour pendant la journée est clair : FHIR est désormais partout, mais cela ne signifie pas que tout est réglé. Les acteurs de terrain doivent encore composer avec :

    • des standards fragmentés,
    • des problèmes de qualité des données,
    • des exigences réglementaires en hausse,
    • une complexité d’implémentation qui demeure.

    InterSystems adopte une approche structurée : conserver un FHIR mindset tout en reconnaissant que l’interopérabilité reste un effort de transformation, et non un simple changement de format.

    De l’intégration point-à-point à la donnée comme actif partagé

    Au-delà de la technique, la bascule est aussi culturelle. L’interopérabilité s’éloigne du modèle historique des connexions ponctuelles entre applications pour devenir un système de données partagé, réutilisable et continu. Cette transition modifie la logique des systèmes d’information de santé :

    • hier : des flux transactionnels cloisonnés, centrés sur l’épisode de soin ;
    • Aujourd’hui : des actifs de données en temps réel, conçus pour la coordination, l’analytique et l’IA.

    FHIR ne représente donc pas seulement un langage commun : il devient une infrastructure stratégique.

    Person-centric : la donnée clinique ne suffit plus

    Autre évolution soulignée : le passage du patient-centric au person-centric. Les systèmes de santé intègrent des dimensions plus larges que le dossier médical classique : déterminants sociaux, données comportementales ou contexte de vie. L’objectif : construire une vision complète de la personne, nécessaire à la médecine de précision, à la coordination des parcours et à des IA utiles. FHIR devient ainsi une base de consolidation pour une donnée enrichie, au-delà du périmètre hospitalier.

    Hospital on FHIR : 125 hôpitaux engagés dans une dynamique européenne

    Dans ce contexte, la structuration des communautés devient un levier important. L’initiative Hospital on FHIR, lancée en 2023, regroupe aujourd’hui environ 125 hôpitaux dans plusieurs pays européens. Son ambition n’est pas de produire des recommandations descendantes, mais de favoriser l’échange de pratiques entre établissements, experts et industriels. FHIR y est présenté comme un moyen au service d’un objectif : rendre possible l’échange clinique à grande échelle, dans un cadre européen en construction.

    EHDS : l’échéance 2028 impose une accélération, mais le terrain reste fragile

    L’horizon réglementaire influence fortement les choix technologiques. L’application de l’EHDS à partir de 2028 impose aux systèmes de santé européens d’être prêts rapidement. Mais plusieurs intervenants l’ont rappelé : la norme ne suffit pas, ce sont les usages qui restent à construire.

    Une question sensible demeure : la responsabilité en cas d’erreur dans un échange transfrontalier. Si un document produit dans un pays est mal interprété dans un autre, qui porte le risque clinique ? Ces zones grises montrent que l’expérimentation devient nécessaire, car seules les pratiques permettront d’en révéler les limites.

    Le principal frein : un déficit de compétences en interopérabilité

    Un message revient avec insistance : l’Europe manque de professionnels formés. Le chantier EHDS est vaste, mais le nombre de spécialistes capables de déployer des infrastructures FHIR reste insuffisant. Des initiatives émergent, comme le projet Erasmus SHIA, visant à proposer des formations accessibles sur l’EHDS, FHIR et l’interopérabilité hospitalière. La transformation numérique n’est donc pas seulement technologique : elle est aussi humaine, organisationnelle et pédagogique.

    IA clinique : “garbage in, garbage out” reste la règle

    L’intelligence artificielle est omniprésente, mais une réalité demeure : sans données fiables, l’IA échoue. Les défis identifiés sont connus :

    • données insuffisamment prêtes,
    • coûts élevés,
    • manque de confiance,
    • complexité d’industrialisation.

    InterSystems défend une approche pragmatique : intégrer l’IA comme un levier d’usage, notamment via des copilotes, pour réduire le temps de mise en valeur et faciliter l’adoption dans les workflows.

    5 à 10 millions de patients : l’interopérabilité entre dans l’ère du “petabyte scale”

    L’interopérabilité change aussi d’échelle. Il devient courant qu’un acteur doive gérer des référentiels FHIR couvrant plusieurs millions de patients. Cette industrialisation impose de nouvelles exigences :

    • performance,
    • validation terminologique avancée,
    • capacité de mise à jour continue,
    • gouvernance solide.

    Retour industriel : Bow Medical et la centralisation comme stratégie de simplification

    Le témoignage de Bow Medical illustre cette transformation.

    L’éditeur est passé d’une architecture monolithique à un socle modernisé reposant sur :

    • une base de données unique,
    • un broker événementiel,
    • une meilleure cohérence des règles métier,
    • une ouverture progressive vers FHIR.

    Cette approche permet d’éviter le piège du “big bang”, en modernisant étape par étape, tout en réduisant la dette technique et en renforçant la sécurité. La centralisation devient ici une stratégie de simplification et d’évolution.

    FHIR n’est plus une option : la question est celle de la gouvernance

    Un point est exprimé clairement : FHIR n’est plus une tendance, c’est une dynamique mondiale. La difficulté réside désormais dans la capacité à éviter des implémentations divergentes, des profils incompatibles et une interopérabilité seulement théorique. D’où l’importance :

    • des communautés de pratique,
    • de l’exigence dans les appels d’offres,
    • d’une gouvernance européenne cohérente.

     

  • Au CHU de Nantes, l’IA devient opérationnelle quand elle est pensée pour le déploiement clinique

    Le rapport d’activité Recherche & Innovation 2024-2025 du CHU de Nantes détaille l’intégration de l’IA et des outils numériques, de l’imagerie médicale à la modélisation organisationnelle, avec plusieurs projets dotés de financements publics et industriels.

    L’établissement utilise des données cliniques, biologiques et organisationnelles pour faire de la recherche appliquée. Le rapport parle de plus de 2 400 études cliniques en cours, dont plusieurs mobilisent des outils d’analyse de données, de modélisation ou d’intelligence artificielle.

    Imagerie et jumeaux numériques, redessinent l’évaluation du risque cardiovasculaire

    L’un des domaines où l’IA est déjà structurante concerne l’imagerie médicale. Lancé en 2025, le laboratoire Limao (Laboratoire d’innovation en imagerie médicale nantais) associe le CHU de Nantes, Siemens Healthineers et le GHT 44. Il vise à transformer l’imagerie des pathologies neuro- et cardio-vasculaires par le recours à des outils numériques, incluant l’analyse automatisée d’images et l’aide à l’interprétation.

    Le projet Meditwin constitue un autre exemple d’intégration de l’IA et de modélisation numérique. Meditwin réunit 14 partenaires publics et privés autour de Dassault Systèmes pour développer des jumeaux numériques médicaux. Objectif : simuler l’évolution de maladies ou les réponses à différents traitements en créant des doubles virtuels d’organes ou de patients.

    L’ensemble de ces données permettra de renforcer la modélisation des risques cardiovasculaires

    Car au CHU de Nantes, les travaux portent notamment sur les maladies cardiovasculaires et l’hypercholestérolémie familiale. Les données issues de cohortes cliniques existantes et de nouvelles inclusions alimentent des modèles prédictifs destinés à affiner l’évaluation du risque cardiovasculaire et à adapter les stratégies de prise en charge.

    eCan : 16,8 M€ mobilisés pour appliquer l’IA à la détection des anévrismes intracrâniens

    Le projet eCan, lancé officiellement en juin 2024, développe des outils numériques fondés sur l’IA pour améliorer la détection et le suivi des anévrismes intracrâniens. Après 18 mois consacrés à la construction de flux sécurisés de données d’imagerie issues des hôpitaux du Grand Ouest, les données sont désormais annotées par des radiologues avant d’être utilisées par les chercheurs en IA. Doté d’un budget de 16,8 millions d’euros, dont 5,5 millions financés par l’État via France 2030, eCan réunit neuf partenaires publics et privés.

    Deux outils sont attendus :

    • Une application mobile pour accompagner les patients, actuellement testée,
    • Et un logiciel d’aide au diagnostic en IRM prévu pour 2026.

    L’usage du numérique dépasse le champ strict du diagnostic ou du traitement. L’étude Call-Samu, publiée fin 2024 dans npj Digital Medicine, illustre l’apport des données massives et de la modélisation organisationnelle. En s’appuyant sur près de quatre millions de données issues de cinq Samu des Pays de la Loire, les équipes ont conçu des jumeaux numériques de centres de régulation afin de tester différents scénarios d’organisation et d’améliorer les délais de prise en charge.

    Acculturation, validation clinique et sécurité des données : le cadre posé par le CHU de Nantes

    Pour accompagner ces transformations, le CHU de Nantes a renforcé ses structures de soutien, avec plus de 500 professionnels dédiés à la recherche et à l’innovation. La Fabrique de l’innovation en santé, lancée fin 2024, joue un rôle d’acculturation des équipes aux outils numériques et à l’IA.

    Les priorités affichées portent sur la maîtrise des usages, la validation clinique, la sécurité des données et l’intégration des outils numériques dans les pratiques professionnelles. Plusieurs projets accompagnés sont conçus pour être déployés directement dans le futur hôpital, afin de tester à grande échelle des solutions numériques en conditions réelles.

  • IA conversationnelles : un rapport place leur mésusage en tête des risques technologiques en santé pour 2026

    Le mésusage des IA conversationnelles en santé pourrait s’intensifier dans un contexte de dégradation de l’accès aux soins. La combinaison de facteurs géographiques, économiques et organisationnels (désertification médicale, hausse des coûts, fermetures de structures de proximité) accroît le risque que patients et aidants se tournent vers des chatbots comme substitut. Cette tendance, déjà observée selon ECRI, expose à une diffusion d’informations inexactes et à un contournement des parcours de soins, avec un impact potentiel sur la sécurité des patients et les inégalités de santé.

    Des diagnostics erronés

    Le mésusage des chatbots d’IA en santé arrive en tête du classement 2026 des risques liés aux technologies médicales publié par ECRI (Emergency Care Research Institute), organisation américaine indépendante spécialisée dans la sécurité des patients. Ce classement annuel recense les menaces les plus significatives pour les systèmes de soins, sur la base d’enquêtes d’incidents, de bases de signalement et de tests indépendants de dispositifs médicaux.

    Les outils visés reposent sur des modèles de langage de grande taille (LLM), tels que ChatGPT, Claude, Copilot, Gemini ou Grok. Capables de produire des réponses structurées et plausibles, ces systèmes ne sont ni régulés comme dispositifs médicaux ni validés pour un usage clinique, alors même qu’ils sont utilisés par des patients, des soignants et des personnels de santé. Selon ECRI, plus de 40 millions de personnes consulteraient chaque jour ChatGPT pour des informations de santé.

    ECRI souligne que ces chatbots peuvent apporter une aide ponctuelle, mais qu’ils sont également susceptibles de générer des informations fausses ou trompeuses, avec un risque direct pour les patients. Leur fonctionnement repose sur la prédiction statistique de séquences de mots à partir de données d’entraînement, sans compréhension du contexte médical ou du sens clinique. Les systèmes sont conçus pour répondre systématiquement et avec assurance, y compris lorsque l’information produite est incertaine.

    Les experts d’ECRI rapportent plusieurs exemples d’erreurs parmi lesquels :

    • Diagnostics inexacts.
    • Recommandations d’examens non nécessaires.
    • Promotion de fournitures médicales inadaptées.
    • Ou réponses médicalement incohérentes.

    Dans un test mené par l’organisation, un chatbot a ainsi validé à tort le positionnement d’une électrode de retour d’électrochirurgie sur l’omoplate d’un patient, une pratique exposant à un risque de brûlures.

    ECRI estime que ces usages pourraient devenir plus problématiques à mesure que l’augmentation des coûts de santé et les fermetures d’établissements réduisent l’accès aux professionnels. Dans ce contexte, certains patients pourraient être tentés de recourir aux chatbots comme substitut à un avis médical.

    Au-delà du risque clinique, ECRI alerte sur les effets potentiels en matière d’inégalités de santé. Les biais présents dans les données d’entraînement peuvent influencer les réponses produites et renforcer des stéréotypes ou des écarts existants dans la prise en charge.

    Le rapport formule plusieurs recommandations. Les utilisateurs, patients comme professionnels, sont invités à se former aux limites de ces outils et à vérifier systématiquement les informations obtenues auprès de sources qualifiées. Les établissements de santé sont encouragés à mettre en place des comités de gouvernance de l’IA, à former les cliniciens et à auditer régulièrement les performances des systèmes utilisés.

    Les dix principaux risques technologiques en santé pour 2026

    Outre le mésusage des chatbots d’IA, ECRI identifie neuf autres dangers :

    • Impréparation face à une perte brutale d’accès aux systèmes numériques (« digital darkness »).
    • Produits médicaux de qualité insuffisante ou falsifiés.
    • Défaillances dans la communication des rappels de dispositifs de gestion du diabète à domicile.
    • Mauvaises connexions de seringues ou de tubulures, dans un contexte d’adoption incomplète des standards ENFit et NRFit.
    • Sous-utilisation des technologies de sécurisation du médicament au bloc opératoire.
    • Instructions insuffisantes pour le nettoyage des dispositifs.
    • Risques de cybersécurité liés aux dispositifs médicaux anciens.
    • Implémentations technologiques générant des flux cliniques à risque.
    • Mauvaise qualité de l’eau utilisée pour la stérilisation des instruments.

    Leveraging ECRI’s Top 10 Health Technology Hazards Report: A Strategic Imperative for Healthcare in 2026

  • Etude : l’IA réduit les cancers d’intervalle dans le dépistage organisé (Lancet)

    Dans les programmes de dépistage organisés, la mammographie est relue par deux radiologues afin de limiter les erreurs d’interprétation. Malgré cette double lecture, une limite persiste : les cancers d’intervalle. Ces tumeurs, diagnostiquées entre deux examens pourtant jugés normaux, sont souvent plus volumineuses, plus invasives et de sous-types biologiques plus agressifs.

    Jusqu’ici, l’apport de l’intelligence artificielle dans ce domaine reposait surtout sur des études rétrospectives ou expérimentales. L’essai MASAI apporte pour la première fois des données issues d’un essai randomisé conduit en conditions réelles de dépistage organisé.

    Le plus vaste essai sur le couple IA/dépistage généralisé

    L’essai MASAI a été conduit au sein du programme national suédois de dépistage organisé du cancer du sein. Avec plus de 105 000 femmes âgées de 40 à 74 ans, il s’agit de l’un des plus vastes essais randomisés jamais conduits sur l’intégration de l’IA dans un programme de dépistage. Les participantes ont été randomisées en deux groupes.

    Dans le premier groupe, les mammographies étaient relues selon la procédure habituelle, c’est-à-dire une double lecture par deux radiologues. Dans le second, les examens étaient d’abord analysés par une intelligence artificielle qui triait les images selon leur niveau de suspicion. Les clichés considérés comme à faible risque faisaient l’objet d’une lecture simple par un radiologue, tandis que les images jugées suspectes bénéficiaient d’une double lecture humaine.

    Le critère principal d’évaluation était, dans une analyse de non-infériorité, le taux de cancers d’intervalle, c’est-à-dire les cancers diagnostiqués entre deux mammographies pourtant considérées comme normales. Le suivi s’est déroulé sur deux ans, dans les conditions habituelles du programme de dépistage.

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 31 janvier dans le Lancet*.

    Résultats : moins de cancers invasifs et agressifs entre 2 mammographies

    • −12 % de cancers d’intervalle avec l’IA.
    • 81 % des cancers détectés au moment du dépistage avec IA vs 74 % en lecture standard.
    • −16 % de cancers invasifs diagnostiqués entre deux dépistages.
    • −21 % de tumeurs de grande taille (T2+).
    • −27 % de sous-types agressifs.
    • Spécificité inchangée : taux de faux positifs similaire (~1,5 %);
    • −44 % de volume de lecture pour les radiologues observé dans les analyses associées à l’essai.

    Pour les auteurs, l’intérêt de l’IA ne tient pas seulement à une amélioration des performances de lecture. Elle permet surtout de repenser l’organisation du dépistage, en orientant différemment le travail des radiologues : moins de temps consacré aux examens à très faible risque, davantage d’attention portée aux images jugées suspectes par l’algorithme. Dans un contexte où de nombreux programmes européens font face à une pénurie de lecteurs expérimentés, cette dimension organisationnelle est centrale. Les chercheurs soulignent également un autre effet observé dans l’essai : en signalant aux radiologues des images discrètement suspectes, l’IA permet de détecter dès le dépistage des cancers qui, sans cette alerte, auraient été diagnostiqués plusieurs mois plus tard entre deux mammographies.

    Une moindre « pression sur la charge de travail »

    « Déployer largement une mammographie assistée par IA dans les programmes de dépistage pourrait aider à réduire la pression sur la charge de travail des radiologues, tout en aidant à détecter davantage de cancers à un stade précoce, y compris des sous-types agressifs », explique Kristina Lång.

    L’équipe insiste toutefois sur la nécessité d’un déploiement encadré. Les performances observées ont été obtenues dans un cadre précis : un programme national, un protocole défini, un seul système d’IA. Pour les auteurs, l’enjeu est désormais de comprendre comment ces outils se comportent dans d’autres contextes de dépistage, et comment suivre leur impact dans le temps.

    « Introduire l’IA en santé doit se faire avec prudence, en utilisant des outils testés et avec une surveillance continue en place », souligne la chercheuse, afin de documenter la manière dont ces systèmes influencent les programmes de dépistage selon les régions et les pratiques locales.

    * Interval cancer, sensitivity, and specificity comparing AI-supported mammography screening with standard double reading without AI in the MASAI study: a randomised, controlled, non-inferiority, single-blinded, population-based, screening-accuracy trial

    Gommers, Jessie et al.

    The Lancet, Volume 407, Issue 10527, 505 – 514

    https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(25)02464-X/abstract

     

  • Suisse : un jeu de données clinique fédéré pour soutenir la recherche en santé

    Grâce à la publication de métadonnées standardisées, chercheurs et cliniciens peuvent désormais identifier précisément quelles données cliniques existent en Suisse et selon quelles modalités y accéder, sans transfert de données individuelles et dans un cadre strict de protection de la vie privée.

    Le Swiss Personalized Health Network (SPHN) annonce la mise à disposition de descriptions standardisées (des métadonnées) pour son Federated Clinical Routine Dataset. Cela represente un corpus couvrant plus de 800 000 patients et plusieurs milliards de données cliniques harmonisées et issues de la pratique de soins courante.

    L’enjeu n’est pas l’ouverture brute des données, mais la possibilité, pour les acteurs de la recherche et de l’innovation, de savoir quelles données existent, où elles se trouvent et dans quelles conditions elles peuvent être mobilisées.

    Le Swiss Personalized Health Network est une infrastructure nationale placée sous la responsabilité de la Swiss Academy of Medical Sciences, en collaboration avec le Swiss Institute of Bioinformatics.
    Son principe repose sur une architecture fédérée : les données au niveau patient restent stockées au sein de chaque hôpital, sans centralisation, tandis que leurs descriptions sont partagées au niveau national.

    Un jeu de données clinique de grande ampleur

    Au 31 décembre 2025, le SPHN Federated Clinical Routine Dataset comprenait :

    • Plus de 800 000 patients ayant consenti à la réutilisation de leurs données à des fins de recherche.
    • 6 hôpitaux universitaires : Bâle, Berne, Genève, Lausanne et Zurich (hôpitaux adultes et pédiatriques).
    • 12,5 milliards de points de données sémantiquement harmonisés couvrant :
      • Données démographiques.
      • Diagnostics et procédures.
      • Médicaments.
      • Examens de laboratoire, dont la microbiologie.
      • Constantes vitales et scores cliniques.
      • Allergies.
      • Données de soins intensifs et d’oncologie.
      • Echantillons biologiques.

    Toutes les données et métadonnées respectent les principes FAIR (Findable, Accessible, Interoperable, Reusable) et sont alignées avec des standards internationaux, dont l’European Health Data Space (EHDS). Les établissements participants convertissent leurs données cliniques selon les schémas SPHN et des terminologies internationales, puis transmettent les métadonnées correspondantes au catalogue central du réseau.

    Ce catalogue de métadonnées SPHN est accessible en ligne : chercheurs, cliniciens et acteurs de l’innovation peuvent y explorer les types de données disponibles en Suisse et obtenir des informations sur les procédures d’accès à des fins de recherche, sans exposition directe des données sensibles.

  • Le Store de confiance Numih : 15 partenaires labellisés en un an et une feuille de route 2026 centrée sur l’accès aux données

    Les usages les plus adoptés concernent l’optimisation des plannings (fort ROI), le suivi du parcours patient, notamment aux urgences, et la gestion des stocks, identifiée comme une priorité pour 2026.

    Pensé comme un point d’entrée, ce store facilite l’accès à des solutions numériques ciblées et interopérables avec les SIH existants. Il s’adresse aux établissements confrontés à des systèmes complexes et interconnectés, pour lesquels le développement spécifique est difficile en raison des enjeux de sécurité, de conformité et de déploiement à grande échelle.

    Les solutions peuvent être concurrentes

    Le store de confiance repose sur un modèle ouvert et non exclusif. Numih France accueille des acteurs publics comme privés, sans logique de verrouillage commercial, afin de préserver la liberté de choix des établissements et de favoriser la diversité des approches. Des soutions peuvent même être concurrentes.  Un an après son lancement, le store référence 15 partenaires, +1 avec récemment DansMaBlouse. Les solutions labellisées couvrent des besoins opérationnels identifiés comme prioritaires par les établissements : à savoir l’optimisation des plannings, l’amélioration des parcours patients, la détection et le scoring des risques cliniques ou liés à l’iatrogénie, l’optimisation du codage PMSI, la gestion des stocks, la reconnaissance vocale, ou encore la transcription assistée par IA.

    Quelques exemples de solutions 

    @Dossier de presse, Numih France : Ensemble, pour le numérique de demain

    Le store joue également un rôle d’accélérateur pour les éditeurs et les startups. Il leur permet de tester leurs intégrations dans un environnement réel, de bénéficier d’un accompagnement technique, et de diffuser plus largement leurs solutions.

    Trois à six mois d’évaluation pour intégrer le store 

    La labellisation des partenaires s’appuie sur un processus, d’une durée généralement comprise entre trois et six mois, intégrant la compatibilité technique avec les SIH, la robustesse des flux de données, et la conformité réglementaire. Environ 50 % des candidatures sont actuellement refusées. Parmi les critères exigés :

    • Cas d’usage réel et pertinent pour le patient ou les professionnels.
    • Niveau de maturité élevé (au moins un site en production).
    • Conformité RGPD et sécurité des flux.
    • Respect des exigences de souveraineté et de valeurs RSE.

    2026 : Numih prépare un catalogue de données et renforce son socle FHIR

    Pour 2026, Numih France se fixe de structurer, documenter et sécuriser l’accès aux données de santé. Cela passe par la création d’un catalogue de données qui recense les jeux de données produits par son SI. En parallèle, Numih poursuit le développement de son serveur FHIR. Ce socle technique vise à limiter les développements spécifiques, à renforcer l’interopérabilité et à soutenir le déploiement de nouveaux usages, notamment ceux intégrant de l’IA. Enfin, le programme prévoit de poursuivre l’élargissement progressif du store en 2026, en labellisant de nouveaux partenaires sur la base de besoins exprimés par les établissements, afin d’enrichir les cas d’usage couverts.

    Hausse des candidatures

    Le nombre de dépôts de dossier a fortement augmenté depuis la visibilité apportée par San Expo et le lancement de la marque MiPih France.

    MiPih prévoit 2 à 3 commissions de labellisation par an, avec une vingtaine de dossiers potentiels pour 2026. L’objectif est de poursuivre l’ouverture du Store. Aucune annonce budgétaire précise n’a encore été faite, mais l’investissement humain est important, avec des équipes quasiment à temps plein dédiées à l’analyse des dossiers et à la mise en œuvre technique.

  • Une IA au service du diagnostic in vitro du mycétome

    864 images pour standardiser la microscopie

    Classé par l’Organisation mondiale de la santé parmi les maladies tropicales négligées, le mycétome est une infection chronique et destructrice du tissu sous-cutané, souvent détectée tardivement. Son diagnostic repose sur l’examen histopathologique et la culture des grains, une méthode exigeante nécessitant une expertise limitée dans les zones rurales endémiques. Le projet MyData, conduit par le Mycetoma Research Centre (université de Khartoum), en collaboration avec l’Inserm, le CNRS et l’université de Tours, établit la première base ouverte d’images histologiques du mycétome. Annotée selon des protocoles standardisés, elle constitue un support de référence pour la formation des algorithmes de diagnostic in vitro :

    • 864 images microscopiques consolidées dans une base ouverte ;
    • Annotation pixel par pixel des grains fongiques et bactériens ;
    • Standardisation des critères d’analyse pour le diagnostic différentiel et la reproductibilité.

    Un modèle d’IA validé pour le diagnostic in vitro

    À partir de cette base, les chercheurs ont élaboré un modèle de classification combinant radiomique et apprentissage automatique. Publiée dans Machine Learning for Biomedical Imaging (Melba), l’étude rétrospective, menée sur 142 patients collectés sur cinq ans, confirme la performance du diagnostic in vitro assisté par IA :

    • Exactitude diagnostique : 91,9 %, démontrant la fiabilité du modèle ;
    • Classification binaire validée, différenciant l’eumycétome de l’actinomycétome ;
    • Validation croisée sur données multicritères, assurant la robustesse des prédictions.

    Vers un diagnostic in vitro assisté par IA

    Projet pionnier en pathologie numérique tropicale, MyData constitue une brique essentielle pour les futurs outils de diagnostic in vitro pilotés par intelligence artificielle. Ses applications s’étendent du télédiagnostic à la décision clinique, favorisant un accès équitable à l’expertise histopathologique dans les environnements à faibles ressources.

     

  • La stratégie cancer se prolonge jusqu’en 2030, entre continuité budgétaire et défis opérationnels

    Si la continuité des financements est salutaire, plusieurs acteurs expriment des réserves sur la mise en œuvre concrète de la prévention, jugée insuffisamment opérationnelle. Un point de consensus critique concerne également la faible place accordée à l’alcool, alors que les politiques antitabac ont produit des résultats tangibles ces dernières années.

    Un budget reconduit pour le second volet de la stratégie

    Face à une pathologie qui touche plus de 400 000 personnes par an en France, le financement du plan de lutte contre le cancer est maintenu jusqu’en 2030 à un niveau équivalent à celui de la période 2021-2025. Emmanuel Macron a annoncé une enveloppe de plus de 1,7 milliard d’euros sur cinq ans, couvrant l’ensemble du continuum, de la prévention à l’amélioration des soins.

    La stratégie décennale reste pilotée par l’Institut national du cancer

    Pour la période 2026-2030, les pouvoirs publics ont choisi de concentrer les mesures autour de cinq publics :

    • Les jeunes,
    • les personnes âgées,
    • le monde du travail,
    • les personnes en situation de handicap
    • et les territoires ultramarins.

    Vaccination, dépistage ciblé et continuité des soins : les priorités affichées

    La prévention reste le premier axe. La stratégie entend agir dès l’enfance afin de limiter l’exposition aux facteurs de risque, notamment le tabac, l’alcool et les UV. Parmi les mesures figure la vaccination contre les papillomavirus humains (HPV) au collège, élargie aux filles et aux garçons dès 11 ans, combinée à un dépistage organisé du cancer du col de l’utérus à partir de 25 ans, avec un rattrapage possible jusqu’à 26 ans.

    La deuxième priorité vise un dépistage plus personnalisé. Les programmes existants (sein, colorectal, col de l’utérus) doivent être renforcés par des modalités d’accès diversifiées et des démarches d’« aller-vers ». Un dépistage organisé du cancer du poumon sera expérimenté à court terme, avec l’inclusion de jusqu’à 20 000 personnes en vue d’une généralisation. L’objectif est de détecter plus tôt pour améliorer la prise en charge, comme l’a rappelé Stéphanie Rist lors de la journée mondiale contre le cancer.

    La feuille de route prévoit une évolution des parcours de soins. Les priorités portent sur l’accélération de l’accès au diagnostic, la continuité entre ville et hôpital, le retour à domicile avec un suivi sécurisé et le renforcement de l’accompagnement après la phase curative. La structuration de l’offre de soins oncologiques de support et le soutien aux proches aidants figurent également parmi les objectifs opérationnels.

    Dans le champ du dépistage, les autorités soutiennent le développement de technologies de détection précoce, telles que :

    • les tests sanguins multi-cancers,
    • la recherche de biomarqueurs
    • et le recours à l’intelligence artificielle pour identifier plus finement les personnes à risque aggravé.

    La stratégie mise sur l’exploitation structurée des données de santé pour orienter les politiques publiques et les priorités de recherche.

    Bâtir un service public du cancer fondé sur les données

    La création d’un registre national des cancers, officialisée fin 2025, constitue un axe de cette approche. Il vise à centraliser l’ensemble des cas sur le territoire afin d’améliorer la surveillance épidémiologique, le suivi des trajectoires de patients et l’évaluation des politiques de dépistage, de prise en charge et de suivi après-cancer. Ce registre doit également servir d’appui à la recherche et à l’élaboration des politiques publiques.

    La dernière priorité concerne la recherche, avec un accent mis sur la compréhension des mécanismes précoces de l’apparition des cancers, mais aussi sur les phases avancées, marquées par les métastases et les résistances aux traitements. « Comprendre les étapes du long processus d’apparition des cancers est la clé pour détecter plus tôt les risques et développer des stratégies pour bloquer ce processus », souligne le Pr Bruno Quesnel, directeur du pôle Recherche et innovations à l’INCa.

  • Assises : une télémédecine installée mais une dynamique ralentie

    Après un rebond des téléconsultations à 13,9 millions d’actes en 2024 (+20 %), l’Assurance Maladie et la DGOS ont ouvert un cycle de concertation nationale afin de redéfinir la place de la télémédecine dans le parcours de soins et de formuler des propositions au ministre début 2026. L’initiative visait à engager une réflexion sur l’organisation de la télémédecine de demain, dans un contexte où cet outil s’était durablement installé depuis la crise sanitaire.

    20 % de hausse en 2024, mais une diffusion encore socialement et géographiquement marquée

    Après un pic pendant la crise sanitaire, le volume de téléconsultations avait reculé entre 2020 et 2023 avant de repartir à la hausse en 2024, avec 13,9 millions d’actes, soit une progression proche de 20 % sur un an.

    En 2024, les professionnels de santé libéraux réalisaient encore plus de la moitié des téléconsultations (55 %), mais leur part diminuait au profit des sociétés de téléconsultation, qui concentraient désormais 40 % des actes, contre 6 % en 2021. L’activité de téléconsultation restait limitée chez les médecins généralistes libéraux, représentant environ 2 % de leur activité clinique, tandis qu’elle était plus développée dans certaines spécialités : 7 % chez les psychiatres et 6 % chez les endocrinologues.

    Les données mettaient également en évidence des écarts territoriaux et sociaux. Les patients recourant à un médecin généraliste libéral en téléconsultation résidaient le plus souvent dans des communes favorisées, alors que ceux utilisant des plateformes de téléconsultation vivaient davantage dans des zones à faible accessibilité à un médecin généraliste.

    Vers une structuration ancrée dans les territoires

    Dans ce contexte, l’Assurance Maladie et la DGOS souhaitaient ouvrir une nouvelle étape de structuration de la télémédecine, en mobilisant l’ensemble des parties prenantes et en s’appuyant sur les réalités territoriales.

    Un calendrier étalé jusqu’à début 2026

    Les travaux des Assises devaient se dérouler de septembre à décembre 2025, sous la forme d’ateliers thématiques organisés en région, associant représentants des professionnels de santé, patients, institutions et opérateurs. Sept ateliers étaient programmés :

    • Télémédecine et publics vulnérables (Grand Est)
    • Modalités de la téléconsultation assistée (Bretagne)
    • Lien avec les territoires et parcours du patient (Occitanie)
    • Téléconsultation en Outre-mer (Martinique et Guyane)
    • Téléexpertise (Nouvelle-Aquitaine)
    • Pertinence, qualité et formation (Île-de-France)
    • Filières visuelle et auditive (Normandie)

    Une phase préparatoire s’était tenue entre février et juin 2025. Les conclusions ont été restituées le 26 janvier 2026 et transmises au ministre de la Santé et de l’Accès aux soins.

    Méthodes partagées et propositions convergentes sur la téléconsultation assistée

    Réunis dans le cadre des Assises de la télémédecine, les ateliers régionaux ont structuré un travail associant assurance maladie, ARS, professionnels, usagers et industriels, afin de formuler des propositions sur la téléconsultation assistée, la prise en charge des publics vulnérables et l’ancrage territorial. L’objectif n’était pas de rouvrir le débat sur la légitimité de la télémédecine, mais de partir de pratiques existantes pour identifier les conditions concrètes de déploiement.

    Cette approche a reposé sur des binômes régionaux associant l’Assurance Maladie et les Agences régionales de santé, avec l’appui de structures d’ingénierie territoriale et d’acteurs de terrain. Les formats retenus (cafés, ateliers thématiques, groupes asynchrones) visaient à favoriser l’expression de l’ensemble des parties prenantes et à dépasser les logiques institutionnelles.

    Adapter les usages plutôt que généraliser les outils pour les publics vulnérables

    Dans le Grand Est, l’atelier consacré aux publics vulnérables a mis en évidence la diversité des situations concernées : précarité sociale, handicap, affections de longue durée, grand âge, addictions, migrations ou encore milieu carcéral. Cette pluralité a conduit les participants à privilégier une analyse par cas d’usage plutôt qu’une approche uniforme.

    Les travaux ont fait émerger plusieurs points de consensus :

    • La nécessité de parcours hybrides combinant présentiel et distanciel, notamment pour sécuriser l’entrée dans le parcours de soins ;
    • l’importance d’un accompagnement humain renforcé, via des professionnels de santé ou des médiateurs, pour limiter les risques d’exclusion numérique ;
    • un besoin de clarification des cadres juridiques et des référentiels d’usage, en particulier pour la téléconsultation assistée.

    Téléconsultation assistée : un levier partagé, des conditions à préciser

    Plusieurs ateliers, notamment en Bretagne, ont été spécifiquement dédiés à la téléconsultation assistée. Les groupes de travail ont rassemblé des professionnels pratiquant déjà ces dispositifs en ville, en établissement et à domicile, ainsi que des représentants d’éditeurs et d’industriels.

    Les constats convergent :

    • La téléconsultation assistée bénéficie d’un accueil globalement favorable, en particulier pour les patients peu autonomes ou éloignés du numérique ;
    • sa mise en œuvre implique une organisation complexe, mobilisant au moins trois acteurs (patient, médecin, professionnel accompagnant) et nécessitant coordination, disponibilité et outils interopérables.

    Parmi les propositions récurrentes figurent :

    • La définition de référentiels nationaux de qualité et de formation, précisant les professionnels habilités à accompagner la téléconsultation ;
    • la reconnaissance du temps de coordination et d’organisation, aujourd’hui peu visible dans les modèles de valorisation ;
    • une meilleure identification des acteurs pilotes au niveau territorial, afin de limiter les redondances et accélérer le déploiement.

    La question des seuils d’activité en téléconsultation a suscité des échanges plus contrastés, certains participants plaidant pour des adaptations ciblées dans les territoires en tension.

    Une dynamique de groupes de travail appelée à se prolonger

    Au-delà des thématiques, les ateliers ont mis en évidence une forte convergence des analyses entre régions. Cette homogénéité n’était pas fortuite : les organisateurs ont volontairement évité le cloisonnement des sujets, afin de faire émerger des fondamentaux partagés.

    Bilan des assises : des usages installés mais inférieurs au pic pandémique

    En 2025, environ 14 millions de téléconsultations ont été réalisées en France (contre 17 millions en 2020, année marquée par la crise sanitaire). La pratique demeure régulière : plus de 17 000 médecins généralistes y recourent chaque mois, soit près d’un praticien sur trois. La téléexpertise poursuit sa progression, avec 270 000 actes enregistrés sur l’année. La répartition des usages reste contrastée :

    60 % des téléexpertises sont effectuées par des médecins libéraux, tandis que 40 % le sont par des praticiens hospitaliers. Ces chiffres traduisent une implantation progressive, mais encore inégale selon les contextes d’exercice et les territoires.

    Une dynamique nettement ralentie

    Les travaux menés entre septembre et novembre 2025 dans le cadre des Assises nationales ont fait émerger un constat partagé : la dynamique de développement de la télémédecine, fortement accélérée pendant la pandémie, s’est nettement infléchie.

    Les témoignages recueillis lors des ateliers régionaux pointent plusieurs facteurs convergents : difficultés d’intégration dans les pratiques professionnelles courantes, complexité des outils et des procédures, disparités d’équipement, mais aussi essoufflement des dynamiques institutionnelles engagées pendant la période Covid.

    Téléconsultation et téléexpertise restent mobilisées, mais de façon hétérogène, souvent à l’initiative de professionnels ou d’établissements moteurs. Les usages peinent à se diffuser plus largement, notamment dans les zones sous-dotées, les structures médico-sociales et certaines filières spécialisées.

    Un socle de recommandations pour structurer la suite

    Clarifier le financement, structurer les usages et soutenir les zones sous-dotées

    À partir de ce diagnostic, les participants aux Assises ont formulé plusieurs recommandations visant à redonner un cadre opérationnel au développement de la télémédecine. Ces préconisations s’articulent autour de six axes :

    • Simplifier les outils et les parcours : La réduction des freins techniques et administratifs apparaît comme un préalable, tant pour les professionnels que pour les patients, afin de favoriser une intégration plus fluide dans les pratiques quotidiennes.
    • Renforcer l’accompagnement humain : Les acteurs insistent sur la nécessité de dispositifs de médiation, d’assistance et de formation adaptés, en particulier pour les publics éloignés du numérique.
    • Ancrer la télémédecine dans les organisations territoriales : L’intégration de la télémédecine dans les projets de santé des CPTS, des établissements et des filières est identifiée comme un levier de diffusion et de cohérence des usages.
    • Garantir la qualité des actes : Le développement de référentiels communs, de formations spécifiques et de dispositifs d’évaluation continue est jugé nécessaire pour assurer la pertinence et la sécurité des pratiques.
    • Clarifier le cadre de financement : Les participants appellent à une clarification des règles de financement et de facturation, afin de sécuriser les professionnels et de limiter les écarts d’interprétation sur les conditions de recours.
    • Soutenir les secteurs sous-dotés : Enfin, le soutien ciblé aux territoires et secteurs sous-dotés, via les outils de planification territoriale et l’expérimentation de nouveaux modèles d’organisation, est présenté comme un enjeu central pour réduire les inégalités d’accès.

    À l’issue des Assises, la télémédecine apparaît moins comme un dispositif d’exception que comme une pratique installée, dont le développement futur dépendra désormais de sa capacité à s’inscrire durablement dans les organisations, les territoires et les cadres de régulation existants.

  • Un coffre numérique pour rendre accessibles les décisions du patient

    En situation d’urgence médicale ou de fin de vie, l’accès aux décisions du patient reste souvent incertain. Directives anticipées absentes ou introuvables, documents dispersés, proches non informés. Ces lacunes exposent familles et soignants à des choix pris sans repères clairs. La solution proposée par Willeol répond à cet enjeu en centralisant et en transmettant les informations essentielles aux personnes habilitées, au moment opportun.

    Un coffre numérique pour les informations sensibles

    Le service permet de sécuriser et de partager plusieurs catégories de contenus : documents d’assurance et pièces administratives, volontés de fin de vie, instructions patrimoniales, éléments de vie numérique et messages personnels accessibles à titre posthume. Les utilisateurs peuvent importer leurs documents, compléter et signer électroniquement des modèles proposés, et formaliser leurs directives anticipées ainsi que leurs choix relatifs au don d’organes ou du corps. Des solutions d’assurance peuvent également être souscrites en ligne.

    La rapidité d’identification est centrale. Le dispositif repose sur une carte physique nominative liée au coffre numérique, conservée parmi les effets personnels. Les médecins peuvent vérifier l’existence d’un coffre et accéder de façon sécurisée aux éléments autorisés, ou à défaut être mis en relation avec les tiers de confiance.

    Le service s’adresse aussi aux aidants, estimés à 11 millions en France. Ceux-ci peuvent créer et administrer le coffre d’un proche âgé, malade ou peu familier du numérique, en conformité avec ses décisions. Un espace de ressources gratuites complète l’outil : informations réglementaires, repères sur les décisions de fin de vie, conseils pour l’accompagnement au quotidien et identification des aides financières existantes.

    Pensé comme une solution d’intérêt général, le coffre est proposé gratuitement dans une version « Essentiel » via des partenaires engagés dans la protection et l’accompagnement des personnes : mutuelles, résidences seniors, EHPAD, services à la personne et opérateurs funéraires. Les données sont hébergées et opérées en France, au sein d’une infrastructure certifiée HDS, conforme aux exigences françaises d’hébergement des données de santé et aux standards de sécurité.