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  • Eurobiomed affiche 302 M€ en 2025 et structure trois filières en HealthTech

    105 M€ pour Adcytherix, rachat d’ImCheck, commercialisation de MedinCell, Eurobiomed dresse son bilan 2025

    Eurobiomed, cluster de la filière HealthTech couvrant notamment Toulouse, Montpellier, Nice, Sophia Antipolis et Marseille, publie un bilan 2025 marqué par une augmentation des financements et de l’accompagnement malgré un contexte jugé exigeant pour les entreprises de santé.

    Les membres du cluster ont obtenu 302 M€ de financements publics et privés, dont 142 M€ pour 22 projets de R&D (dont 100 M€ via France 2030) et 160 M€ de capitaux privés. Cette dynamique se concrétise par plusieurs opérations emblématiques :

    • MedinCell a amorcé la commercialisation aux États-Unis d’un traitement injectable à action prolongée.
    • ImCheck Therapeutics a été rachetée par Ipsen et Adcytherix a réalisé une levée de 105 M€ en série A, présentée comme la plus importante pour une biotech française en 2025.

    Le cluster basé sur un modèle d’un accompagnement associant stratégie, ingénierie de projet, accès aux financements et connexions cliniques et industrielles revendique 432 adhérents. Eurobiomed s’appuie sur un collège d’environ 60 experts issus de l’industrie, du monde académique et de la recherche, en 2025, ce collège s’est enrichi d’un pool d’entrepreneurs et d’industriels expérimentés, parmi lesquels Pierre d’Epenoux (PDG d’ImCheck Therapeutics), ou Christine Guillem (PDG d’Angany).

    Invest In Biomed, un dispositif ciblé sur la levée de fonds

    Pour répondre à la sélectivité des financements, Eurobiomed a structuré une offre de programmes premium adaptés aux différents stades de maturité, dont Invest In Biomed, centré sur les stratégies de levée de fonds.

    En 2025, ce programme a réuni 9 entreprises innovantes et 37 investisseurs spécialisés, avec plus de 130 rendez-vous BtoB, autour d’un parcours articulé sur le diagnostic stratégique, la compréhension des attentes des investisseurs et la structuration de la proposition de valeur. Eka Surgery, qui développe une plateforme d’intelligence artificielle pour assister les chirurgiens, a engagé des discussions avec des partenaires financiers, tandis que Circle Safe, issue d’une promotion précédente d’Invest In Biomed, a levé 8 M€ en 2025 pour sa solution de sécurisation des procédures d’ablation de la fibrillation atriale.

    Immunothérapie, dermatologie et santé numérique pour 2025–2026

    Eurobiomed structure désormais son action autour de trois filières : immunothérapies et médecine régénérative, santé numérique et dermatologie.

    Les immunothérapies et la médecine régénérative, portées notamment par le Marseille Immunology Biocluster, s’inscrivent dans le segment des thérapies innovantes, avec un marché pharmaceutique mondial estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars. La santé numérique est décrite comme un levier transversal de transformation des systèmes de soins, adossé à un marché mondial évalué à plus de 400 milliards de dollars en 2025, stimulé par l’intelligence artificielle et les dispositifs médicaux connectés.​

    La filière dermatologie et sciences de la peau se situe à l’interface entre dermatologie médicale, cosmétique et biotechnologies, sur un marché skincare estimé à 178 milliards de dollars en 2025, dont 48 milliards pour les dermocosmétiques.​

    Skin Excellence, structurer la dermatologie et la santé de la peau

    Sur la base d’une cartographie de plus de 80 acteurs (startups, laboratoires académiques, industriels, établissements hospitaliers) et de près de 4 000 emplois en Occitanie et dans la région Sud, Eurobiomed a lancé Skin Excellence, projet de structuration international de la filière peau.

    L’initiative repose sur quatre axes : cartographie des acteurs, renforcement de la visibilité et du réseau, organisation d’événements et développement de projets d’industrialisation.

    Le lancement du site officiel Skin Excellence et des partenariats avec La Roche-Posay, Beiersdorf et Bioderma doit soutenir la mise en réseau et la visibilité de l’écosystème.
    Le premier Skin Summit a réuni près de 200 participants issus de plus de 10 pays et débouchera sur une seconde édition en 2027, tandis que le Tiers-Lieu d’Expérimentation Skin, dédié aux phases de test et de validation des innovations en santé de la peau, a obtenu un financement de 1 M€ via France 2030.

  • La e-santé portée par l’interopérabilité, le prédictif et l’intégration aux parcours selon Precedence Research

    Un marché multiplié par 4,2 sur dix ans

    La valeur se déplace vers l’interopérabilité et le prédictif

    Precedence Research examine l’évolution des infrastructures numériques hospitalières, des solutions de télésurveillance, des logiciels cliniques et des plateformes d’analyse de données. La trajectoire annoncée ne repose pas uniquement sur l’augmentation des volumes, mais sur un déplacement de la valeur vers des outils interopérables, prédictifs et intégrés aux parcours de soins.

    Une nouvelle génération de solutions revendique un apport prédictif. À partir de données longitudinales, des systèmes d’apprentissage automatique détectent des variations subtiles. Un ECG considéré comme normal peut ainsi révéler une dégradation progressive avant l’apparition de symptômes. Dans le champ cardiovasculaire, l’argument économique est avancé : jusqu’à 80 % des cardiopathies seraient évitables.

    L’enjeu se déplace vers l’agrégation et la contextualisation des données

    Selon l’analyse sectorielle, la multiplication des capteurs génère des flux de données hétérogènes dont la valeur dépend de leur intégration. La « sensor fusion » et l’articulation avec les dossiers médicaux électroniques sont identifiées comme des axes structurants. Antécédents, facteurs génétiques, chirurgies, allergies ou traumatismes enrichissent l’interprétation des mesures collectées à domicile.

    Cette évolution suppose des accords de partage de données et des partenariats industriels. Les exigences de confidentialité restent centrales, avec des mécanismes d’anonymisation, de pseudonymisation et de chiffrement avancé. Les phases d’entraînement et de validation des algorithmes doivent exclure toute donnée directement identifiable.

    Dispositifs prédictifs sous exigence de preuves cliniques et d’intégration aux parcours

    Le développement du traitement automatique du langage améliore l’accessibilité des résultats pour les patients, notamment via des explications contextualisées et des analyses de sentiments adaptées aux inquiétudes exprimées.

    Toutefois la validation clinique demeure un prérequis. Les dispositifs doivent être évalués sur des populations larges et diversifiées, avec des garde-fous destinés à prévenir toute recommandation inappropriée. Le diagnostic reste de la responsabilité d’un praticien habilité.

    La projection chiffrée de Precedence Research met en évidence l’ampleur des investissements attendus. Pour les établissements, industriels et régulateurs, l’enjeu dépasse la croissance du marché : il porte sur l’intégration aux parcours, la robustesse des preuves cliniques et la solidité des cadres de gouvernance.

  • Japon, une IA conversationnelle pour la communication vaccinale HPV

    HPV et défiance vaccinale au Japon

    Le papillomavirus humain (HPV) est responsable de la quasi-totalité des cancers du col de l’utérus. Selon GLOBOCAN-OMS 2022 :

    • 662 044 nouveaux cas/an.
    • 348 709 décès/an.
    • 95 % des cancers du col liés au HPV.

    Au Japon, la suspension de la recommandation vaccinale entre 2013 et 2021 a fait chuter la couverture sous 1 %. Les campagnes publiques et le dépistage cytologique restent limités face à la désinformation numérique.

    Consortium et innovation technologique

    L’étude est coordonnée par la Graduate School of Medicine de l’Université de Kyoto et associe l’Université de Tokyo, l’Université de Waterloo (Canada), l’Université Texas Tech (Etats Unis d’Amérique, et l’Université des sciences et technologies de Chine (USTC). Le système repose sur une architecture RAG intégrant publications scientifiques, documents de l’OMS et du ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, ainsi que médias et réseaux sociaux.

    • Chatbot médical RAG.
    • Analyse de sentiment.
    • Génération de rapports institutionnels.

    Étude expérimentale de validation

    L’étude a porté sur une cohorte de 53 conversations simulées soit 209 échanges avec 139 questions réponses analysées, avec une évaluation LLM + validation par 3 experts sur une échelle : 0 à 5. Les résultats de l’étude Prépublié dans arXiv montre que :

    • Sore global : 4,80/5
    • Cohérence conversationnelle : 5,00/5
    • Validité des références : 5,00/5

    L’architecture pourrait être adaptée à d’autres programmes vaccinaux (COVID-19, grippe, hépatite B) et à la communication hospitalière en santé publique.

     

  • Etude : les IA médicales se font piéger 1 fois sur 2 par de fausses recommandations (Lancet)

    Publiée le 9 janvier 2026 dans The Lancet Digital Health, l’étude* montre que les modèles acceptent une affirmation fausse comme vraie dans 31,7 % des cas, et jusqu’à 46,1 % lorsque l’erreur est formulée comme une recommandation clinique.

    Les modèles d’IA sont désormais utilisés pour résumer des comptes-rendus médicaux, produire des synthèses destinées aux patients ou répondre à des questions de santé. Mais on sait encore mal comment ils réagissent lorsqu’une information erronée est insérée dans un texte qui ressemble à un document médical authentique.

    20 modèles d’IA à l’épreuve de la désinformation

    Les chercheurs ont testé 20 modèles d’IA à partir de trois types de contenus contenant chacun une fausse information médicale :

    • De vraies notes de sortie hospitalière issues de la base MIMIC, dans lesquelles les chercheurs ont ajouté une recommandation volontairement erronée.
    • Des messages de désinformation issus de forums de discussion en ligne correspondant à de vraies rumeurs de santé circulant sur internet.
    • 300 situations cliniques fictives mais réalistes, rédigées par les chercheurs pour reproduire des cas typiques de consultation, puis relues par 2 médecins pour s’assurer qu’elles ressemblent à des situations crédibles de la pratique.

    Pour chaque cas, les modèles devaient dire si la recommandation était médicalement correcte ou non. Les chercheurs ont ensuite repris ces mêmes contenus en les reformulant selon dix types de raisonnements fallacieux connus (par exemple « tout le monde sait que », « un expert affirme que », « cela va forcément conduire à… ») afin d’observer si la manière d’écrire modifiait la réaction de l’IA.

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 9 janvier 2026 dans The Lancet Digital Health

    Résultats : des fausses informations échappent aux LLM

    • Face à une fausse information présentée de façon neutre, les modèles la considèrent comme correcte dans 31,7 % des cas.
    • Lorsque cette fausse information est intégrée dans une note de sortie hospitalière réaliste, ce taux monte à 46,1 %.
    • Lorsqu’elle provient de rumeurs issues de forums en ligne, ce taux chute à 8,9 %.
    • Dans les scénarios médicaux fictifs, il descend à 5,1 %.
    • Formuler la même fausse information sous la forme « tout le monde sait que » réduit ce taux à 11,9 %
    • En revanche, la formuler sous la forme « un expert affirme que » l’augmente à 34,6 %.
    • La présenter comme une « pente glissante » (« cela va forcément entraîner… ») l’augmente à 33,9 %.
    • Les modèles GPT sont les moins vulnérables (autour de 10 %), certains modèles open source dépassent 60 %.
    • Les modèles spécifiquement entraînés sur des données médicales sont en moyenne plus vulnérables que les modèles généralistes.

    Ces résultats montrent d’abord que les modèles d’IA ne réagissent pas de la même manière selon le type de texte auquel ils sont confrontés. Une même fausse information est beaucoup plus facilement acceptée lorsqu’elle est intégrée dans une note hospitalière réaliste que lorsqu’elle provient d’un forum en ligne. Autrement dit, « le langage clinique formel est celui qui trompe le plus facilement les modèles, alors qu’un langage conversationnel, typique des réseaux sociaux, déclenche davantage de méfiance, » indiquent les auteurs de l’étude.

    Ce point est critique pour les outils qui résument automatiquement des comptes-rendus médicaux ou génèrent des synthèses destinées aux patients : une recommandation erronée, insérée dans un document qui ressemble à un dossier médical standard, peut être relayée sans être détectée.

    L’IA trompée par des formulations scientifiques

    Autre résultat marquant : la manière de formuler la fausse information change fortement la réaction du modèle. Présentée sous la forme « tout le monde sait que », elle est beaucoup moins souvent acceptée. En revanche, lorsqu’elle est introduite par « un expert affirme que » ou par un raisonnement de type « cela va forcément conduire à… », les modèles deviennent plus vulnérables. Les auteurs y voient la trace des mécanismes d’alignement actuels : les IA ont appris à se méfier de certains marqueurs rhétoriques typiques des débats complotistes ou émotionnels, mais restent sensibles au ton d’autorité clinique.

    L’autre résultat, présenté comme contre-intuitif par les chercheurs, est que les modèles spécifiquement entraînés sur des données médicales sont en moyenne plus vulnérables que les modèles généralistes. Selon eux, ces modèles médicaux sont souvent construits à partir de versions plus petites ou plus anciennes, et leur entraînement privilégie la précision terminologique ou le refus de répondre plutôt que la capacité à repérer des erreurs cachées dans des textes variés.

    Les auteurs en concluent que « les progrès en matière de sécurité dépendront moins de la taille des modèles que de stratégies de vérification des faits et de garde-fous sensibles au contexte, adaptés aux usages cliniques. » Une exigence particulièrement importante dans un contexte où la désinformation médicale circule largement en ligne et où la confiance envers les institutions de santé s’érode.

    *Mapping the susceptibility of large language models to medical misinformation across clinical notes and social media: a cross-sectional benchmarking analysis

    Omar, Mahmud et al.

    The Lancet Digital Health, Volume 8, Issue 1, 100949

    https://www.thelancet.com/journals/landig/article/PIIS2589-7500(25)00131-1/fulltext

     

  • Souveraineté, cybersécurité, IA : le point sur les récentes annonces du ministère de la Santé

    En déplacement aux Hospices Civils de Lyon début février, la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, a détaillé une feuille de route articulée autour de la souveraineté numérique, de la sécurisation des systèmes d’information et du soutien à l’innovation en santé.

    La Plateforme des données de santé abandonne la solution intercalaire et vise un hébergement souverain en 2026

    La Plateforme des données de santé (PDS) évoluera vers un hébergement souverain et sécurisé. Sur la base d’une mission d’expertise interministérielle, la ministre a décidé d’engager immédiatement la construction d’une solution cible destinée à accueillir la base principale des données de remboursement de l’Assurance maladie sur une infrastructure souveraine fondée sur des technologies ouvertes d’ici fin 2026. Cette orientation acte l’abandon de la solution dite « intercalaire » au profit d’un modèle présenté comme pérenne et compatible avec les exigences européennes, avec l’objectif de garantir la maîtrise des données de santé pour la recherche et l’innovation.

    Souveraineté hospitalière, 13 établissements s’engagent avec la CAIH contre la dépendance aux offres non européennes

    En parallèle, le projet Alternative est conduit avec la Centrale d’Achat de l’Informatique Hospitalière et 13 grands établissements, dont les Hospices Civils de Lyon. Il vise à développer des solutions substitutives aux offres dominantes non européennes afin de réduire la dépendance technologique des hôpitaux. Le cahier des charges a été publié par la CAIH en décembre 2025, avec une date limite de candidature fixée au 19 février. Le ministère indique soutenir cette trajectoire technologique axée sur l’open source afin de permettre aux établissements de mieux maîtriser le choix et les coûts de leurs outils numériques.

    120 M€ engagés via CaRE pour la cybersécurité

    Lancé fin 2023, le programme CaRE a engagé 120 M€ pour renforcer la cybersécurité et la résilience hospitalières. Selon le panorama de la cybermenace 2024 de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, la part des hôpitaux parmi les cibles de rançongiciels est passée de 11 % à 4 %. Le programme s’appuie sur trois leviers : réduction de l’exposition aux risques, évaluation de la maturité cyber à partir d’indicateurs communs et déploiement d’approches coordonnées à l’échelle des groupements hospitaliers de territoire.

    HospiConnect : 225 M€ pour l’identité numérique des professionnels

    Un nouveau programme, HospiConnect, est doté de 225 M€ sur la période 2026-2028. Il vise à renforcer la gestion de l’identité numérique des professionnels et la sécurisation des accès aux systèmes d’information hospitaliers, en simplifiant l’accès aux services nationaux tels que le DMP (Mon espace santé). Depuis l’ouverture du guichet le 20 janvier, plus de 700 dossiers ont été déposés. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 13 février.

    Dans le cadre de la stratégie d’accélération « santé numérique » de France 2030, plusieurs dispositifs soutiennent l’innovation, en particulier dans l’IA, l’évaluation médico-économique des dispositifs médicaux numériques et leur interopérabilité.

    Impact IA : 2 M€ pour trois projets

    L’appel à projets « Impact IA », opéré par Bpifrance pour le compte de l’État, finance l’évaluation en conditions réelles des modifications organisationnelles et d’usage induites par des dispositifs médicaux numériques intégrant de l’IA. Trois projets sont soutenus pour un total de 2 M€ :

    49 études financées pour 30 M€ sur le médico-économique

    L’appel à projets dédié à l’évaluation du bénéfice médico-économique des dispositifs médicaux numériques, également financé par France 2030 et opéré par Bpifrance, a soutenu 49 études pour un montant cumulé supérieur à 30 M€. Trois nouveaux lauréats bénéficieront de 1,3 M€ :

    • SECURITY V2, porté par SEMEIA.
    • ON TRAC, porté par AXOMOVE.
    • EVAL LYV, porté par LYV HEALTHCARE.

    Diagnostic Dispositif Médical : 264 entreprises accompagnées

    Le guichet « Diagnostic Dispositif Médical », financé par France 2030 et opéré par Bpifrance, élargit ses volets à la cybersécurité et à l’interopérabilité, avec une prise en charge publique pouvant atteindre 50 % des coûts. Depuis 2022, 264 entreprises ont été accompagnées vers l’obtention du marquage CE, pour près de 9 M€ engagés et 411 diagnostics réalisés. Parmi elles, 192 entreprises du numérique en santé ont bénéficié de plus de 5 M€, correspondant à 260 diagnostics spécialisés.

  • bioMérieux acquiert Accellix pour industrialiser le contrôle qualité des thérapies cellulaires

    Une cytométrie en flux miniaturisée et automatisée

    Les thérapies cellulaires et géniques ciblent cancers hématologiques et maladies rares, exigeant un contrôle qualité microbiologique et immunologique strict. Selon l’OMS :

    • 20 millions nouveaux cas de cancer/an (2022).
    • 9,7 millions décès/an.
    • 1 000 essais cliniques en cours.

    La cytométrie en flux conventionnelle reste longue, coûteuse et opérateur-dépendante. Accellix (San José/Jérusalem), acquise après partenariat depuis 2020, développe un système fermé miniaturisant la cytométrie en flux pour analyses rapides en production :

    • Automatisation complète du workflow.
    • Standardisation multi-sites via logiciels.

    Des performances validées en conditions industrielles

    L’étude multicentrique auprès de fabricants de thérapies cellulaires, publiée dans Cell & Gene Therapy Insights, montre :

    • Concordance : corrélation 0,90-0,96 avec cytométrie classique (marqueurs clés).
    • Régularité : variabilité inter-opérateurs <5% (automatisation).
    • Rapidité : 35 min vs >3 h (gain x4-5).

    Une intégration stratégique dans le diagnostic pharmaceutique

    bioMérieux intègre la plateforme pour 35 millions d’euros dans son portefeuille diagnostic pharmaceutique, avec déploiement progressif. Deux axes stratégiques sont poursuivis :

    • Usages prioritaires : Production CAR-T, médecine personnalisée, biothérapies en environnements contraints.
    • Positionnement clé : Convergence diagnostic-bioproduction-thérapies avancées, accélérant l’accès aux traitements.

     

  • 16 laboratoires, 23 plateformes, 650 équipements, le Genopole déploie une infrastructure complète pour la bioproduction

    Le Genopole, centre d’excellence et d’innovation en biotechnologies, est un puissant pôle de recherche, Il couvre l’intégralité de la chaîne de valeur, de la recherche académique et appliquée jusqu’à la production industrielle, avec « une ambition claire : faire converger science, innovation et industrie » et d’accélérer la bioproduction industrielle pour renforcer durablement la compétitivité des biotechs européennes. En même temps il supporte, grâce à plusieurs dispositifs sophistiqués, la création et le développement de start-ups et de PME jusqu’au stade industriel.

    Un pôle d’excellence scientifique

    Le Genopole comporte 16 laboratoires de recherche académique placés sous plusieurs tutelles en génomique, biologie synthétique, bioproduction, data sciences, santé et bioéconomie. Plusieurs dispositifs ont été mis en place pour soutenir la recherche dans les laboratoires du Genopole :

    • ApogeeBio : co-financement avec l’Union européenne d’un post-doctorant auprès d’un laboratoire pendant deux ans.
    • Les Actions Thématiques Incitatives du Genopole (ATIGE) : renforcement de l’équipe de recherche d’un laboratoire du cluster pendant 3 ans sur une thématique de recherche.

    Des dispositifs plus classiques sont destinés à promouvoir de nouvelles générations de chercheurs :

    • Bourses en 2ème année de master.
    • Bourses de recherche biomédicale à l’intention des médecins et pharmaciens souhaitant se former à la recherche dans un des laboratoires du cluster.

    D4GEN hackathon : c’est un concours d’innovation en IA, ouvert aux chercheurs et aux entrepreneurs, qui réunit chaque année des équipes venues explorer les moyens d’appliquer la puissance de l’intelligence artificielle pour résoudre des questions médicales ou environnementales.

    Les 23 plateformes techniques mutualisées, mises à dispositions des chercheurs et des développeurs, sont équipées de plus de 650 appareils de haute technologie, et le programme Saturne vient compléter chaque année les équipements des laboratoires, sur la base d’appels à projets. Saturne est doté de 800 000 € au titre du programme 2026.

    Entreprendre en biotechnologies

    Le Genopole propose plusieurs dispositifs pour soutenir la création et le développement des startups et des entreprises de biotechnologies, en accompagnant les porteurs de projets dans leur développement jusqu’à leur première levée de fonds. Plusieurs programmes spécifiques sont proposés :

    Le programme Shaker, destiné à faire éclore des startups en biotechnologie, grâce à des porteurs de projets sélectionnés sur appel à candidatures. Le soutien apporté pendant 6 mois est à la fois scientifique, avec accès à un laboratoire partagé, et entrepreneurial, avec des ateliers collectifs et des rencontres avec des partenaires industriels et financiers.

    Le programme Gene.iO est un programme d’accélération destiné aux startups de biotechnologie à la recherche d’investisseurs ou de partenaires industriels, sélectionnés sur appel à candidatures dans les filières prioritaires du Genopole : santé et bio-économie. Outre l’accès aux plateformes technologiques, les entrepreneurs lauréats bénéficient notamment pendant un an d’un mentorat.

    GATE-X (Grow & Test) opère la transition du processus entre le laboratoire et une production pilote sur l’infrastructure du Genopole, grâce à 5 prestations :

    • La mise à l’échelle des bioprocédés.
    • L’optimisation du processus.
    • Des tests parallèles à haut débit.
    • Un contrôle qualité de la bioproduction.
    • Une expertise en management de projet pour la mise à l’échelle du processus.

    Protopia donne l’accès à une plateforme de prototypage, équipée des outils nécessaires pour le développement de prototypes biotechnologiques. Dans l’environnement collaboratif du Genopole, Protopia donne accès à plusieurs modules :

    • Plateau d’analyse, doté d’instruments de pointe.
    • Laboratoires de culture cellulaire.
    • Cuisine professionnelle équipée.
    • Laboratoire de formulation.

    UX-Care propose un tiers-lieu d’expérimentation pour des solutions digitales dans le domaine de la santé, qui s’intègre dans la communauté nationale des 37 tiers-lieux d’Expérimentation en santé animée par l’Agence du Numérique en Santé (ANS) et l’Agence Nationale de la Performance sanitaire et médico-sociale (ANAP). Le programme UX CARE est porté par un consortium, associant des acteurs de l’innovation, du soin, de la valorisation et du transfert industriel : le centre hospitalier Sud Francilien, le Centre d’études et de recherche pour l’intensification du traitement du diabète (CERITD) et la Société d’accélération de transfert technologique (SATT) du cluster de Paris-Saclay.

    Le passage à l’échelle internationale

    Le Genopole coordonne le programme européen lancé en 2024 APROVALS (Accelerating PROteins innoVAtors beyond reguLatory Sandboxes). Ce programme est destiné aux startups et PME du domaine de l’agriculture cellulaire, qu’il s’agisse de protéines produites par fermentation de précision dans des cellules microbiennes, de cellules microbiennes, ou encore de viande cultivée.

    APROVALS est porté par des clusters et réseaux d’innovation en agri-food pionniers dans le domaine, couvrant l’ensemble des pays européens :

    • GENOPOLE, France (coordinateur)
    • CAMPANIA BIOSCIENCE, Italie
    • EUROPABIO, Belgique
    • IRISH BIOECONOMY FOUNDATION, Irlande
    • Planet B.io, Pays-Bas
    • SMILE INCUBATOR AB, Suède
    • Pôle VITAGORA, France
    • TEKNOLOGIAN TUTKIMUSKESKUS VTT OY, Finlande

    Le 8 octobre 2025, dix entreprises, sélectionnées parmi les plus prometteuses du secteur de l’agriculture cellulaire, ont été réunies pour la première fois à Amsterdam, dans le cadre de la journée annuelle de Cellular Agriculture Netherlands et Invest NL. Ces dix entreprises européennes sont représentatives de la diversité des solutions biotechnologiques :

    • äio tech OÜ (ÄIO)
    • Cell4Food
    •  Cultimate Foods GmbH
    • Ingrediome
    • Bio
    • Perfect Day Inc.
    • The Protein Brewery
    • Farmless B.V.
    • Re:meat
    • Niskus Biotec

    Leur intégration au programme marque le passage d’APROVALS d’une phase de conception à une phase opérationnelle. Ces entreprises travailleront sur les modules méthodologiques et opérationnels développés par le consortium, avec pour objectif d’aboutir à des cas d’usage concrets et des recommandations partagées. Les résultats alimenteront la réflexion européenne sur l’agriculture cellulaire et contribueront à la formulation de recommandations règlementaires. L’objectif est de proposer, à l’horizon 2027, un cadre opérationnel permettant à l’Europe de se positionner comme leader mondial de l’agriculture cellulaire.

    « La sélection et la première réunion de ces dix entreprises concrétisent la vocation d’APROVALS : créer un espace où innovation et règlementation avancent de concert. C’est une étape essentielle pour installer durablement l’agriculture cellulaire dans le paysage européen », souligne Alexis Biton, coordinateur des affaires internationales du Genopole.

     

  • Un fonds de 100 M€ pour financer la prévention (Bpifrance)

    Le 11 février 2026 à Paris, Bpifrance, la Banque des Territoires, CNP Assurances, Harmonie Mutuelle et le Groupe Vivalto Santé ont annoncé le lancement du Fonds Prévention Numérique en santé. Présenté comme “le premier fonds à impact social” consacré à la prévention en santé en France, il est opéré par Bpifrance.

    Doté de 100 M€, avec un premier closing à 80 M€, le fond investira dans des start-up qui développent des solutions numériques en prévention primaire, secondaire et tertiaire.

    Un accompagnement sur l’ensemble de la chaîne de valeur

    Le fonds prévoit d’investir dans une quinzaine d’entreprises en phase d’amorçage ou de développement. Les modèles soutenus devront reposer sur des dispositifs numériques intégrant des technologies d’IA et de valorisation des données de santé.

    Au-delà de l’apport en capital, l’accompagnement portera sur la démonstration de l’efficacité clinique, l’obtention des certifications réglementaires nécessaires à la mise sur le marché et la structuration de modèles économiques. En tant que fonds à impact social, le dispositif prévoit une méthodologie de mesure et de pilotage de l’impact sur l’ensemble du cycle d’investissement.

    L’évaluation médico-économique des solutions et leur capacité à améliorer les parcours de prévention en vie réelle seront examinées. Le fonds indique également vouloir veiller à l’accessibilité des solutions aux populations fragiles, quels que soient leur territoire, leur âge ou leur situation socio-professionnelle.

    Inscription dans la feuille de route « Santé Grand âge »

    Le fonds s’inscrit dans la dynamique de la French Care, mouvement porté par Bpifrance pour favoriser les coopérations entre start-up, industriels, chercheurs, professionnels de santé et acteurs publics.

    L’équipe d’investissement en charge du nouveau fonds gère depuis 2018 le Fonds Patient Autonome, dédié à la santé numérique. Elle a investi dans des sociétés telles que Fizimed, Implicity, Incepto Medical, Invivox, Ludocare, NaoX, Poppins et Tribun Health. Elle met en avant son expérience en capital-risque et sa maîtrise des enjeux de validation clinique, d’accès au marché et d’intégration de technologies d’IA dans les systèmes de soins.

    Plus largement, la création du Fonds Prévention Numérique en santé et le déploiement de l’Accélérateur s’inscrivent dans la feuille de route « Santé Grand âge » du groupe Caisse des Dépôts. Celle-ci prévoit la mobilisation de plus de 25 milliards d’euros d’ici 2030 pour les secteurs de la santé et du grand âge.

    Quatre axes structurent cette stratégie : 

    • Financer l’offre de soins et l’accompagnement de la perte d’autonomie.
    • Soutenir les innovations au service de la santé et du vieillissement.
    • Structurer l’offre et fluidifier les parcours de santé.
    • Accompagner les citoyens dans le financement de leur santé et de la perte d’autonomie.

    Avec ce nouveau fonds, les acteurs publics et privés concernés cherchent à doter la prévention numérique d’outils financiers et d’accompagnement adaptés, dans un contexte où la transformation des modèles de prise en charge est présentée comme une condition de soutenabilité du système de santé.

  • Vieillir en bonne santé, un marché qui change d’échelle

    Vivre plus longtemps, mais surtout en bonne santé : où en est la France en 2024 ?

    L’espérance de vie sans incapacité correspond au nombre d’années qu’une personne peut espérer vivre sans être limitée dans les activités de la vie quotidienne par un problème de santé.

    En France, en 2024, à 65 ans, les hommes peuvent espérer vivre 10,5 ans sans incapacité et les femmes 11,8 ans. Depuis 2008, l’indicateur a progressé d’un an et neuf mois pour les deux sexes. Cette amélioration s’est concentrée entre 2008 et 2019. Depuis cette date, la hausse est limitée à quatre mois pour les femmes et un mois pour les hommes, traduisant un ralentissement. Dans le même temps, l’espérance de vie sans incapacité a augmenté plus vite que l’espérance de vie totale à 65 ans. La part des années vécues sans incapacité est ainsi passée de 45 % à 50 % chez les femmes et de 48 % à 53 % chez les hommes entre 2008 et 2024.

    À la naissance, en 2024, les femmes peuvent espérer vivre 64,1 ans sans incapacité, contre 63,7 ans pour les hommes. Si l’espérance de vie totale des femmes reste supérieure de 5 ans et 7 mois à celle des hommes, l’écart en espérance de vie sans incapacité n’est que de 5 mois.  Depuis 2008, l’évolution diverge selon le sexe : l’espérance de vie sans incapacité à la naissance a diminué de 5 mois pour les femmes, tandis qu’elle a augmenté de 12 mois pour les hommes.

    @Drees : L’espérance de vie sans incapacité à 65 ans est de 11,8 ans pour les femmes et de 10,5 ans pour les hommes en 2024

    France et Europe : des performances contrastées selon l’âge

    À l’échelle européenne, la France se distingue en 2023 pour l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans. Elle se classe 3ᵉ dans l’UE-27 pour les femmes, avec un niveau supérieur de 2 ans et 5 mois à la moyenne européenne, et 7ᵉ pour les hommes, au-dessus de la moyenne de 1 an et 4 mois.

    En revanche, pour l’espérance de vie sans incapacité à la naissance, la France occupe une position plus intermédiaire : 9ᵉ rang pour les femmes et 11ᵉ rang pour les hommes, tout en restant légèrement au-dessus de la moyenne européenne.

    Jusqu’à 11 années de vie sans maladies chroniques à partir de 50 ans

    Une analyse de deux grandes cohortes nord-américaines montre que la combinaison de plusieurs comportements favorables est associée à un allongement net de l’espérance de vie sans cancer, maladie cardiovasculaire ni diabète, avec des écarts chiffrés en années vécues sans maladie. Publiée dans le BMJ, cette étude examine l’effet cumulé de facteurs de mode de vie sur l’espérance de vie exempte de trois maladies chroniques majeures. L’objectif est d’exprimer le bénéfice en années de vie sans pathologie plutôt qu’en indicateurs de risque relatifs.

    Deux cohortes suivies sur plus de 30 ans

    Les analyses s’appuient sur la Nurses’ Health Study (73 196 femmes suivies de 1980 à 2014) et la Health Professionals Follow-Up Study (51 529 hommes suivis de 1986 à 2014), deux cohortes de référence en épidémiologie nutritionnelle et cardiovasculaire.

    Cinq facteurs évalués

    Cinq comportements ont été étudiés : absence de tabagisme, IMC entre 18,5 et 24,9, au moins 30 minutes d’activité physique quotidienne, consommation modérée d’alcool et alimentation riche en fibres, pauvre en sucres rapides et graisses saturées. À 50 ans, les femmes cumulant quatre à cinq facteurs favorables vivaient en moyenne 34,4 années sans maladie chronique, contre 23,7 ans sans aucune mesure favorable, soit près de 11 années supplémentaires. Chez les hommes, le gain atteignait environ 7 ans. Le tabagisme intensif et l’obésité apparaissaient comme les facteurs les plus délétères. En chiffrant le bénéfice d’un mode de vie favorable en années de vie sans maladie, cette étude fournit des éléments directement mobilisables pour la prévention et la planification des politiques de santé.

    La médecine préventive en passe de doubler de taille d’ici 2034

    La valeur du marché mondial de la médecine préventive, estimée à 409,4 milliards USD en 2024, devrait presque doubler en dix ans, selon une analyse de Facts & Factors, avec une croissance annuelle moyenne de 8,74 % sur la période 2025-2034.

    La médecine préventive regroupe les actions visant à éviter l’apparition des maladies ou à en détecter les signes précocement : bilans de santé, vaccination, dépistage, évaluation des risques, santé numérique, télésurveillance ou encore génétique et génomique. Selon le rapport, l’augmentation continue des maladies chroniques (obésité, hypertension, pathologies cardiovasculaires ou diabète) alimente la demande de solutions capables d’intervenir en amont, avant l’apparition de complications.

    Les technologies numériques jouent un rôle important. Les dispositifs portables, les outils de diagnostic assistés par IA et les tests génétiques personnalisés modifient les pratiques de dépistage et de suivi, en particulier pour les populations à risque. L’accès élargi à l’information sanitaire encourage également les comportements de prévention.

    Dépistage et détection précoce en tête des services

    Par type de service, le segment du dépistage et de la détection précoce domine le marché et devrait conserver cette position jusqu’en 2034. Cette dynamique s’explique par l’augmentation de l’incidence du diabète et l’intérêt croissant pour la médecine personnalisée. Les services d’imagerie avancée, le dépistage automatisé et les diagnostics individualisés concentrent une part importante des investissements. Les services de vaccination et d’immunisation affichent également une progression, dans un contexte de politiques de santé publique orientées vers la prévention des maladies infectieuses.

    Les maladies cardiovasculaires restent l’application dominante

    Par application, la prévention des maladies cardiovasculaires représente le premier segment du marché. Ces pathologies sont responsables d’environ 17,9 millions de décès par an dans le monde, ce qui renforce le recours aux stratégies de prévention ciblant les facteurs de risque : hypercholestérolémie, sédentarité ou hypertension. La prévention du cancer devrait générer des revenus significatifs sur la période de prévision, portée par les programmes de dépistage et l’intégration de l’IA dans l’analyse des examens.

    Hôpitaux et soins primaires au cœur de l’offre

    Les hôpitaux et centres de soins primaires constituent le principal utilisateur final des services de médecine préventive. Leur rôle dans la vaccination, le dépistage et l’éducation à la santé explique leur position dominante, devant les programmes de bien-être en entreprise et les centres spécialisés. Des initiatives publiques, comme le programme britannique de dépistage du cancer du sein basé sur l’IA lancé par le NHS, illustrent cette centralité des établissements de soins dans la prévention.

    3 % des dépenses de santé pour la prévention

    Malgré son potentiel économique, le marché reste freiné par des limites structurelles. Dans de nombreux pays, les services de prévention sont partiellement remboursés, ce qui réduit leur accessibilité. En Europe, seuls 3 % des budgets nationaux de santé sont consacrés à la prévention, un niveau jugé insuffisant pour généraliser les campagnes de dépistage, de vaccination ou de promotion des modes de vie sains. Les coûts initiaux élevés de certains services, comme les tests génomiques ou les dépistages approfondis, ainsi que les inégalités d’accès dans les zones rurales ou défavorisées, constituent d’autres obstacles identifiés par le rapport.

    Entreprises, assurances, le relais du privé pour réduire les coûts

    Le développement des programmes de bien-être en entreprise et des assurances intégrant des incitations à la prévention ouvre de nouvelles perspectives. Les employeurs et assureurs misent sur ces dispositifs pour réduire l’absentéisme et les dépenses de santé à long terme. Parallèlement, la télémédecine et la télésurveillance facilitent l’accès aux soins préventifs, notamment dans les territoires sous-dotés en professionnels de santé.

    Amérique du Nord et Europe en tête

    Sur le plan géographique, l’Amérique du Nord domine le marché mondial, soutenue par des politiques publiques favorables et une forte adoption des technologies de santé numérique. L’Europe arrive en deuxième position, portée par le vieillissement de la population et des politiques orientées vers la prévention et la valeur des soins. Les programmes nationaux de dépistage et de vaccination mis en œuvre dans plusieurs pays européens contribuent à maintenir cette dynamique.

    Le marché des thérapies de longévité atteindra 52,88 milliards de dollars en 2035, porté par l’innovation biotechnologique

    Le marché mondial des thérapies de longévité et anti-sénescence devrait passer de 32,79 milliards de dollars en 2026 à 52,88 milliards de dollars en 2035, avec un taux de croissance annuel moyen de 6,5 %. L’augmentation de la population âgée et la prévalence des maladies chroniques, comme Alzheimer, le diabète ou les pathologies cardiovasculaires, alimentent la demande en solutions ciblant les mécanismes du vieillissement. Cette tendance est renforcée par l’adoption de politiques de vieillissement en bonne santé dans plus de 90 pays, inscrivant la longévité dans les stratégies de santé publique.

    Domination des thérapies médicamenteuses

    Les innovations biotechnologiques structurent le marché. Les approches sénolytiques enregistrent une hausse de 32 % des innovations en ciblage génétique, tandis que les applications des cellules souches progressent de 28 %, principalement dans la régénération cellulaire. La répartition par type de thérapie reste dominée par les traitements médicamenteux hémolytiques (35 %), devant la thérapie génique (25 %), l’immunothérapie (22 %) et les thérapies cellulaires (18 %).

    Une R&D en expansion freinée par les coûts et l’allongement des cycles d’approbation

    Malgré cette dynamique, les contraintes restent marquées. Les coûts élevés limitent l’accès aux traitements : plus de 30 % des patients retardent leur prise en charge et 25 % évoquent des difficultés financières. Les enjeux éthiques et réglementaires allongent les cycles de développement. Selon l’OCDE, les délais d’approbation ont augmenté de 22 %. La pandémie de COVID-19 a également ralenti les essais cliniques et perturbé les chaînes d’approvisionnement, même si la tendance s’inverse.

    Investissements en longévité : plus de 5 milliards de dollars engagés

    Sur le plan géographique, l’Amérique du Nord concentre 42 % du marché, suivie par l’Europe avec plus de 30 %, portée par l’intensité de la recherche clinique. Les grandes entreprises de biotechnologie détiennent 48 % des parts, tandis que les start-ups représentent plus de la moitié des projets de R&D.

    Les défis économiques et scientifiques persistent : hausse de 15 % du coût des essais cliniques par phase selon l’Agence européenne des médicaments, baisse de 9 % des taux d’approbation signalée par la FDA et pénurie de talents en biotechnologie. Dans ce contexte, plus de 5 milliards de dollars ont été investis dans plus de 50 programmes actifs, illustrant l’intérêt soutenu des investisseurs pour les thérapies de longévité.

    Le marché attire de plus en plus de capitaux. Le financement de plus de 50 programmes actifs sur la longévité, pour un montant dépassant 5 milliards de dollars, traduit un fort potentiel d’innovation. Les investisseurs misent sur l’émergence de traitements capables non seulement de freiner le vieillissement, mais aussi de prévenir ou inverser les pathologies associées.

    Sources : 

    Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES). L’espérance de vie sans incapacité à 65 ans est de 11,8 ans pour les femmes et de 10,5 ans pour les hommes en 2024. Paris: Ministère des Solidarités et de la Santé; 2024. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/260122-ER-esperance-de-vie-sans-incapacite

    Portail Vasculaire de la SFMV. Effet du mode de vie sur l’espérance de vie sans cancer, maladie cardiovasculaire ni diabète. Paris: Société Française de Médecine Vasculaire: https://www.portailvasculaire.fr/effet-du-mode-de-vue-sur-lesperance-de-vie-sans-cancer-maladie-cardiovasculaire-ni-diabete

    FNFR Research. Taille et part de marché de la médecine préventive : rapport de croissance – 2034. FNFR Research : https://www.fnfresearch.com/fr/preventive-medicine-market

     

  • Biomarqueurs numériques de la longévité : architectures prédictives pour une santé durable

    La longévité en santé se définit comme le nombre d’années vécues sans incapacité majeure ni limitation importante des activités quotidiennes, et se distingue ainsi de la simple durée de vie par son accent sur le maintien d’un fonctionnement physique, cognitif et social satisfaisant. Dans ce cadre, les biomarqueurs digitaux – entendus de manière large comme des mesures quantitatives dérivées de capteurs, d’applications, de plateformes numériques et de scores composites alimentés par ces données – constituent un levier central pour faire émerger une médecine prédictive focalisée sur la santé à long terme plutôt que sur le traitement tardif des maladies. L’objectif de cet article est d’analyser, à partir d’un corpus récent, comment ces biomarqueurs digitaux peuvent contribuer à une médecine de la prévention et de la longévité en santé, en articulant données physiologiques, comportementales et environnementales.

    L’analyse s’appuie d’abord sur la revue de Sasan Adibi, publiée dans Nutrients, qui propose un cadre conceptuel de santé numérique centré sur l’index d’inflammation de longévité (Longevity‑Inflammation Index, L‑II) intégrant biomarqueurs inflammatoires, microbiome, paramètres métaboliques et données issues de wearables et d’applications de suivi de mode de vie, au sein d’une plateforme digitale de personnalisation nutritionnelle et comportementale (Monash University, Australie). Elle mobilise également la revue de Donald D. Haines et al., parue dans Biomolecules, qui explore les apports de l’intelligence artificielle (IA) pour le repérage de biomarqueurs de l’âge biologique, la modulation des stress oxydatifs et la conception de stratégies visant l’extension de l’« healthspan », dans un cadre international associant Royaume‑Uni, États‑Unis, Russie et Hongrie. Sur le versant clinique et fonctionnel, l’article de Bruno Vellas dans The Journal of Aging Research & Lifestyle décrit l’implémentation d’ICOPE Monitor, application et plateforme digitale développées à l’IHU Health Age (Toulouse University, France) pour suivre l’« Intrinsic Capacity » (IC) de plus de 75 000 personnes âgées et en déduire des trajectoires de longévité en bonne santé. Enfin, la revue de Srinivasan S. Pillay et al., publiée dans Mayo Clinic Proceedings Digital Health, examine, dans le cadre d’une collaboration Reulay Inc–Mayo Clinic (États‑Unis), comment le métavers et les environnements immersifs peuvent être utilisés pour soutenir la longévité par des interventions personnalisées sur le stress, l’exposome numérique et les déterminants psychosociaux.

    En combinant ces contributions, cet article discute le périmètre des biomarqueurs digitaux de longévité, synthétise les principaux résultats disponibles sur leurs performances prédictives et leur valeur opérationnelle, puis analyse les implications pour une médecine prédictive de la santé à long terme, en particulier pour les acteurs de la santé numérique.

    Contexte conceptuel : longévité en santé, prévention et biomarqueurs digitaux

    Les travaux de Haines et al. rappellent que la santéspan correspond à la période de vie durant laquelle l’individu reste exempt de maladies chroniques et de limitations fonctionnelles, alors que la longévité renvoie à la durée de vie maximale et à la dynamique du vieillissement biologique à différents niveaux (génomique, cellulaire, systémique). Dans cette perspective, la prévention est envisagée comme l’ensemble des actions – de la modulation de l’inflammation et du stress oxydatif aux interventions de style de vie – visant à retarder l’émergence de pathologies liées à l’âge et à préserver la fonction cardiovasculaire, particulièrement vulnérable à l’« inflammaging ».​

    Adibi propose un recentrage de la discussion sur l’inflammation chronique de bas grade comme mécanisme central liant alimentation, microbiome intestinal et vieillissement, en montrant que des régimes de type méditerranéen sont associés à une réduction de 23 % de la mortalité toutes causes sur 25 ans dans une cohorte de 25 994 participants, avec des différences de 43 % des concentrations de hs‑CRP entre les quintiles d’adhérence extrêmes. Ce cadre pose clairement la distinction entre « moyens de prévention » (interventions nutritionnelles, de mode de vie, plateformes digitales) et « indicateurs de succès » (biomarqueurs biologiques ou digitaux, indices composites comme le L‑II) qui permettent de mesurer la longévité en bonne santé.​

    Les biomarqueurs digitaux sont ici entendus comme : (1) des mesures dérivées des interactions avec des dispositifs connectés (wearables, applications, plateformes de télésuivi, environnements immersifs) ; (2) des scores composites intégrant des biosignaux, des comportements et des données de contexte agrégés par des infrastructures numériques ; (3) des représentations dynamiques (digital twins, avatars, trajectoires d’Intrinsic Capacity) mobilisées à des fins de prédiction et de personnalisation. Ils se situent donc à l’interface entre prévention (processus) et longévité en santé (résultat mesuré).

    Biomarqueurs digitaux de longévité : principaux cadres proposés

    L’index d’inflammation de longévité (L‑II) et la plateforme digitale de Nutrients

    Dans Nutrients, Adibi décrit le développement du Longevity‑Inflammation Index comme un biomarqueur composite de 0 à 100 points intégrant huit composantes : hs‑CRP, IL‑6, TNF‑α, butyrate fécal, diversité de Shannon, LPS‑binding protein, HOMA‑IR et ratio TG/HDL, chacune pondérée entre 10 % et 20 % selon sa force d’association avec la mortalité et l’inflammaging. Les valeurs cibles de ces biomarqueurs dérivent de profils observés chez des centenaires, par exemple un CRP autour de 0,9 mg/L et des IL‑6 et TNF‑α significativement plus faibles que chez des personnes âgées de même âge chronologique mais vieillissant « moyennement ».​

    La spécificité « digitale » du L‑II tient au fait que ce score est recalculé tous les trimestres à partir de kits de prélèvements capillaires et fécaux envoyés à domicile, et articulé avec des flux continus de données issus de wearables (activité, sommeil, variabilité de la fréquence cardiaque) et d’une application de suivi alimentaire basée sur reconnaissance d’images et saisie vocale. L’ensemble alimente un moteur analytique qui détecte les tendances temporelles, projette des trajectoires de L‑II avec intervalles de confiance à 95 %, et déclenche des recommandations personnalisées via des algorithmes de forêts aléatoires intégrant 45 variables (composants du L‑II, variants génétiques, taxons microbiens, variables diététiques, facteurs démographiques).​

    Les résultats synthétisés indiquent notamment : (1) des interventions de type régime méditerranéen réduisant le hs‑CRP de 18 % à 32 % et augmentant la diversité microbienne de 6 % à 28 % dans des essais randomisés contrôlés, avec amélioration concomitante de HOMA‑IR et du ratio TG/HDL ; (2) des taux d’engagement à 12 mois de 58 % à 84 % sur des plateformes nutritionnelles numériques, avec 4 à 6 jours de saisie alimentaire par semaine ; (3) des ratios coût‑efficacité incrémentale entre 2100 et 4800 USD par QALY pour des interventions nutritionnelles et digitales combinées. Ces données soutiennent l’usage du L‑II comme biomarqueur digital intégrateur, ancré dans des mesures biologiques, mais opérationnalisé et interprété via une infrastructure numérique de suivi longitudinal.​

    Intrinsic Capacity et ICOPE Monitor comme biomarqueurs digitaux fonctionnels

    L’article de Vellas présente la mise en œuvre massive d’ICOPE Monitor, application gratuite et plateforme associée développées à l’IHU Health Age (Toulouse University) pour surveiller dans le temps l’Intrinsic Capacity – défini par l’OMS comme le capital fonctionnel de la personne âgée, combinant capacités physiques, cognitives, sensorielles et psychologiques. Au 5 avril 2025, ICOPE Monitor avait été utilisée chez 75 667 individus (âge moyen 74 ± 14 ans, 63,5 % de femmes), avec 126 277 évaluations de « step 1 » et un suivi chez 50 606 personnes.​

    Les scores et alertes générés par l’application constituent, de fait, des biomarqueurs digitaux de risque : 11,6 % des sujets présentaient une perte de poids, 12,5 % une perte d’appétit, 24,5 % une perte visuelle récente, 27,2 % une baisse auditive, plus de 30 % des troubles mnésiques, 27,8 % des difficultés à se lever cinq fois en moins de 14 secondes, 24,7 % un vécu dépressif récent, et seulement 14 % avaient une IC « intacte ». La fréquence et la combinaison des alertes de step 1 prédisaient la probabilité d’entrer dans la fragilité, tandis que des centiles de référence de l’IC globale, établis à partir de la cohorte INSPIRE‑T, permettaient de suivre la trajectoire d’un individu et sa déviation par rapport à une norme populationnelle.​

    ICOPE Monitor illustre ainsi une autre classe de biomarqueurs digitaux de longévité : des métriques de fonction globale, issues d’auto‑questionnaires, de tests simples administrés via smartphone ou tablette et d’un algorithme de scoring, associées à des risques cliniques (fragilité, incapacité, hospitalisation) dans des études prospectives. À la différence du L‑II, ancré sur des biomarqueurs biologiques, l’IC numérique est centré sur la fonction et se prête à une intégration rapide en pratique clinique, avec des télé‑infirmières déclenchant des évaluations approfondies (step 2) pour environ 7700 sujets plus âgés, majoritairement des femmes vivant seules, nécessitant une évaluation gériatrique globale.​

    Biomarqueurs digitaux et environnements immersifs : le métavers centré longévité

    Pillay et al. proposent d’inscrire le métavers parmi les composantes de l’exposome de longévité, en tant qu’environnement numérique modulable capable d’agir sur des déterminants physiques (architecture, musique, nature), sociaux (accessibilité, communauté, réduction de la solitude) et thérapeutiques (thérapies immersives, interventions anti‑inflammatoires, soutien en médecine intégrative). L’utilisation systématique de « lifelogging » et de « digital twins » y est centrale : les données comportementales, psychologiques, biologiques et multi‑omiques collectées au fil du temps sont associées aux réponses aux interventions immersives pour affiner les profils de risque et de réponse.​

    Si l’article ne définit pas explicitement un score de biomarqueur digital, il met en avant plusieurs liens mécanistiques entre interventions immersives et biomarqueurs de longévité : réduction du cortisol et modulation de paramètres immunitaires (leucocytes, cytokines, immunoglobulines) par la musique relaxante ; réduction du stress et des réponses inflammatoires via des expositions VR à la nature ; effets de pratiques méditatives (potentiellement induites ou amplifiées en VR) sur les télomères, l’expression de gènes inflammatoires (49 gènes pro‑inflammatoires down‑régulés chez des méditants de longue durée) et le profil protéomique associé à la protection cardiovasculaire chez des moines tibétains. Ces éléments positionnent les signaux issus du métavers (fréquence et type de downshifting, caractéristiques de l’environnement virtuel, mesures subjectives de stress) comme candidats à des biomarqueurs digitaux indirects, connectés à des marqueurs biologiques de longévité.​

    IA et biomarqueurs de l’âge biologique

    Haines et al. offrent un panorama des apports de l’IA pour la découverte et l’exploitation de biomarqueurs de l’âge biologique, en montrant que des modèles de machine learning et de deep learning appliqués à des profils transcriptomiques, métabolomiques, protéomiques et épigénétiques permettent de construire des « horloges » prédictives de l’âge, du risque de mortalité et de la durée de l’healthspan. Ces travaux incluent des algorithmes de réseaux neuronaux profonds capables de prédire l’âge biologique et le risque de mortalité à partir de paramètres sanguins de routine, surpassant des modèles statistiques classiques.​

    Ces approches, bien qu’encore principalement en recherche, préfigurent des biomarqueurs digitaux de longévité générés par des modèles IA à partir de grandes bases de données cliniques et biologiques. Elles soulignent aussi l’importance de plateformes numériques accessibles au public et aux chercheurs, capables d’ingérer des volumes massifs de données, d’explorer des combinaisons complexes et de générer des hypothèses testables pour des interventions ciblant l’inflammaging et le stress oxydatif.​

    Données clés : paramètres quantitatifs des biomarqueurs digitaux et de leurs effets

    Le tableau 1 synthétise quelques paramètres quantitatifs rapportés dans les quatre articles.

    Tableau 1. Exemples de données chiffrées pertinentes pour les biomarqueurs digitaux et la longévité

    Domaine Indicateur Résultat principal Source
    Inflammation systémique Différence de hs‑CRP entre quintiles extrêmes d’adhérence méditerranéenne 1,2 mg/L vs 2,1 mg/L (–43 %), associée à –23 % de mortalité toutes causes sur 25 ans ​
    L‑II – composantes Poids du hs‑CRP dans le score 20 % du score total, avec CRP optimale < 1 mg/L et zone à risque > 3 mg/L ​
    Microbiome et longévité Enrichissement des voies de synthèse du butyrate chez les centenaires +1,4 fois, avec +45 % de butyrate fécal vs témoins âgés ​
    Plateformes numériques nutrition Engagement à 12 mois 58–84 % des utilisateurs encore actifs, 4 à 6 jours de saisie alimentaire par semaine ​
    ICOPE Monitor – couverture Nombre d’utilisateurs et évaluations step 1 75 667 sujets, 126 277 évaluations, 50 606 suivis ​
    ICOPE Monitor – prévalence des alertes Poids, appétit, vision, audition, mobilité, humeur Perte de poids 11,6 %, perte d’appétit 12,5 %, vision altérée 24,5 %, audition 27,2 %, mobilité altérée 27,8 %, humeur dépressive 24,7 %; IC intacte seulement chez 14 % ​
    Métavers – accès au numérique Possession de smartphone 6,4 milliards de personnes dans le monde possèdent un smartphone, rendant plausible une diffusion large d’interventions digitales ​
    Stress et longévité Impact des professions à haut stress Sur 1,5 million de personnes suivies 18 ans, les emplois très stressants sont associés à une incidence plus élevée de maladies chroniques ​

    Ces données illustrent la diversité des échelles (biomarqueurs moléculaires, indices composites, signaux fonctionnels, variables d’engagement, indicateurs populationnels) que les biomarqueurs digitaux peuvent intégrer dans une perspective de longévité.

    Discussion : vers une médecine prédictive de la santé à long terme

    Intégration multi‑niveaux : du signal au score composite

    Les cadres décrits convergent vers une architecture à plusieurs couches : collecte de données (biologiques, microbiotiques, comportementales, fonctionnelles, immersives), moteurs analytiques (IA, scoring, détection d’alertes), indices interprétables (L‑II, IC numérique, horloges biologiques), et couches de décision pour la personnalisation des interventions. Cette structuration permet de relier des mesures de prévention (regimes alimentaires, programmes d’activité, interventions VR) à un indicateur synthétique de succès (inflammation basse, IC préservée, âge biologique ralenti).

    L’enjeu pour une médecine prédictive est de valider la robustesse et la sensibilité de ces indices à des variations d’intervention. Adibi souligne que le L‑II doit démontrer une validité prédictive (événements cardiovasculaires, incidence de diabète, mortalité) et une bonne réactivité aux interventions (par exemple, sensibilité à des diminutions de 18–32 % du hs‑CRP ou à des augmentations de diversité microbienne). Vellas montre que des alertes répétées sur l’IC step 1 sont associées à une probabilité plus élevée de fragilisation, ce qui positionne l’IC numérique comme un biomarqueur fonctionnel de transition vers la dépendance. Haines insiste sur l’importance de biomarqueurs numériques d’âge biologique susceptibles de guider la hiérarchisation des interventions à fort impact sur les mécanismes d’inflammaging et de stress oxydatif.

    Place du numérique dans la prévention : engagement, équité, coût‑efficacité

    Les données rassemblées indiquent que des plateformes digitales peuvent atteindre des niveaux d’engagement soutenu (près de 60–80 % à 12 mois) et être associées à des ratios coût‑efficacité favorables (ICER de l’ordre de 1667 à 4800 USD/QALY dans des scénarios de modélisation). ICOPE Monitor, dès ses premières années d’implémentation, a permis d’identifier des altérations fonctionnelles précoces chez des dizaines de milliers de personnes âgées, avec un potentiel de prévention secondaire et tertiaire (déclenchement de bilans gériatriques, interventions ciblées, maintien à domicile).

    Cependant, plusieurs limites sont mentionnées : l’inégalité d’accès aux services numériques, la variabilité intra‑individuelle des marqueurs biologiques (coefficients de variation de 20 à 40 %), la nécessité de référentiels spécifiques à chaque population (par exemple pour le microbiome) et la difficulté à maintenir des changements de style de vie au‑delà de 12 mois, avec seulement 30–40 % des personnes maintenant durablement des modifications alimentaires dans certains essais. Les auteurs du métavers insistent sur la nécessité d’éviter la simple transposition de la télé‑santé, en concevant des modèles de soins centrés sur la communauté, la réduction des barrières d’accès (transport, coût) et la propriété des données par les patients via des technologies comme la blockchain.

    Rôle de l’IA : de l’aide à la décision à la génération de nouveaux biomarqueurs

    Dans les quatre articles, l’IA apparaît comme un moteur transversal : dans Nutrients, les modèles de forêts aléatoires prédisent les changements de L‑II associés à différentes interventions et hiérarchisent les facteurs (statut inflammatoire de base, adhérence au régime, diversité microbiome) expliquant la réponse. Dans Biomolecules, l’IA est décrite comme un outil de découverte de biomarqueurs, de conception d’essais et d’optimisation de stratégies thérapeutiques ciblant l’inflammaging et les stress oxydatifs, avec des exemples d’« horloges » épigénétiques ou transcriptomiques et de modèles prédictifs construits à partir de paramètres sanguins.

    Dans le métavers, l’IA permet de gérer des digital twins intégrant des données multi‑omiques, comportementales et contextuelles, et de proposer des interventions idiographiques, ajustées dynamiquement à la réponse physiologique et subjective, notamment dans le champ de la santé mentale. Enfin, ICOPE Monitor, bien qu’ayant un niveau d’algorithmie plus simple, constitue un cas d’usage où des règles d’alerte et des modèles prédictifs sur données de grande cohorte (INSPIRE‑T, ICOPE‑Care) peuvent être progressivement raffinés.

    Pour une médecine prédictive de la santé à long terme, la question centrale devient alors : comment intégrer ces différents flux (biomarqueurs biologiques, IC numérique, exposome immersif, scores d’âge biologique) dans des modèles de risque et de bénéfice compréhensibles par les cliniciens et acceptables par les patients, tout en maîtrisant les enjeux de gouvernance des données et d’éthique.