Actualité

  • Le Leem lance une concertation nationale jusqu’au 1er juin 2026

    Le Leem a récemment lancé, une concertation nationale intitulée « Au cœur du soin : concertation pour l’avenir du médicament ».

    L’initiative intervient quelques mois avant les échéances présidentielles, avec l’objectif de faire émerger des propositions activables pour répondre aux mutations du système de santé et aux enjeux internationaux. Elle repose sur plusieurs dispositifs complémentaires :

    • Un sondage auprès des professionnels de santé
    • Une plateforme numérique ouverte aux citoyens
    • Des rencontres avec les acteurs du système de soins
    • Des débats organisés en région

    Un diagnostic partagé de dégradation du système

    Une enquête Ipsos menée en février 2026 auprès de 300 professionnels de santé met en évidence une perception dégradée du système : 83 % des répondants estiment que celui-ci s’est détérioré au cours des dix dernières années. Ce baromètre identifie plusieurs axes d’amélioration à horizon 2030 :

    • Accélération de l’accès à l’innovation
    • Sécurisation de l’approvisionnement en médicaments
    • Relance de l’investissement dans les territoires

    Trois axes pour les recommandations

    La concertation s’articule autour de trois thématiques :

    • L’efficience du système de santé
    • Le dynamisme économique et la santé dans les territoires
    • L’accès des patients au progrès thérapeutique

    Selon Thierry Hulot, l’enjeu est de repositionner le médicament dans une approche globale du soin, au-delà des seules considérations budgétaires, et d’identifier collectivement les priorités dans un système contraint.

    Une participation élargie des citoyens et des acteurs

    Une plateforme en ligne (avenir.medicament.org) est ouverte jusqu’au 1er juin 2026 afin de recueillir contributions et propositions des citoyens et des acteurs du secteur.

    En parallèle, plusieurs débats territoriaux sont programmés :

    • à Dunkerque (9 avril) sur le dynamisme économique et la santé dans les territoires
    • à Strasbourg (28 avril) sur l’accès au progrès thérapeutique

    La concertation se prolongera lors du salon SantExpo, du 19 au 21 mai 2026, avec un débat dédié à l’efficience du système de santé.

    À travers cette concertation, le Leem entend faire émerger des propositions pour améliorer l’accès aux médicaments et renforcer la pérennité du système de santé.

  • Obésité complexe : un arrêté encadre les parcours coordonnés renforcés et lance un premier dispositif remboursé

    Un dispositif national opérationnel avec un premier cahier des charges

    L’arrêté du 26 février 2026, pris pour l’application de l’article R. 4012-1 du code de la santé publique, fixe le cadre commun des parcours coordonnés renforcés et rend opérationnel un premier dispositif remboursé : le parcours « obésité complexe chez l’adulte ».

    Le texte définit le modèle national de projet à déposer, les modalités de sélection des structures, les règles de facturation, ainsi que le cahier des charges clinique et organisationnel du parcours.

    Le dispositif s’inscrit dans la filière territoriale de prise en charge de l’obésité organisée par les agences régionales de santé.

    Il vise les patients relevant des deuxième et troisième niveaux de l’obésité, selon les référentiels de la Haute Autorité de santé.

    Critères d’inclusion et déploiement limité à 269 structures

    L’inclusion se fait sur prescription d’un médecin spécialiste de l’obésité référencé par la structure, après une évaluation multidimensionnelle préalable. Le patient doit avoir au moins 18 ans, ou 16 ans avec autorisation parentale, ne pas avoir bénéficié du parcours dans l’année précédente et répondre aux critères cliniques de phénotypage.

    Quatre profils sont définis : obésité complexe seule, avec limitation à l’activité physique adaptée, avec troubles du comportement alimentaire, ou avec cumul de ces deux situations.

    Le parcours ne pourra être déployé que par des structures autorisées après appel à candidatures régional. Sont éligibles les maisons de santé pluriprofessionnelles sous forme de SISA, les centres de santé et les établissements de santé, à condition qu’un médecin spécialiste de l’obésité y coordonne le parcours. Deux structures peuvent aussi être conjointement habilitées.

    La téléprocédure de dépôt des projets sera ouverte à compter du 5 mai 2026. Les régions où la prévalence de l’obésité complexe dépasse la moyenne nationale devront publier un premier appel à candidatures avant le 30 juin 2026 ; pour les autres, l’échéance est fixée au 31 décembre 2026.

    L’annexe fixe un plafond de 269 structures au niveau national, dont 40 en Île-de-France, 32 en Auvergne-Rhône-Alpes, 30 dans les Hauts-de-France et 26 dans le Grand Est.

    Une équipe minimale et un parcours sur deux séquences

    La structure doit être capable de délivrer un programme d’éducation thérapeutique du patient déclaré auprès de l’ARS. L’équipe-socle minimale comprend un médecin spécialiste de l’obésité, un infirmier, un diététicien, un psychologue clinicien et un professionnel autorisé à dispenser l’activité physique adaptée.

    Le parcours commence par une évaluation multidimensionnelle, puis se déploie en deux temps :

    • Une séquence initiale intensive, d’une durée moyenne de douze mois et maximale de dix-huit mois.
    • Puis une séquence de suivi renforcé jusqu’à douze mois.

    Pour tous les profils, sont prévues des interventions individuelles médicales, diététiques, psychologiques et d’activité physique adaptée. Les profils avec troubles du comportement alimentaire bénéficient d’un renforcement psychologique, ceux présentant des limitations fonctionnelles ont en plus 24 séances collectives d’activité physique adaptée au début du parcours.

    Des forfaits différenciés et une facturation encadrée

    Le forfait global varie selon le profil : 1 126 euros pour le profil A, 1 286 euros pour le profil B, 1 609 euros pour le profil C et 1 769 euros pour le profil D. Une majoration transitoire de 20 euros est prévue pendant les deux premières années de déploiement, et une majoration de 20 % s’applique en outre-mer. La participation de l’assuré est fixée à 40 % du forfait, sauf exonération. La facturation passe par le téléservice de l’assurance maladie, avec dépôt des pièces justificatives, traçabilité des interventions et attestation de service fait signée.

    Avec ce texte, les parcours coordonnés renforcés entrent dans une phase de déploiement concret, sur un champ où l’enjeu porte autant sur la coordination clinique que sur l’organisation territoriale, la traçabilité et l’articulation entre ARS, assurance maladie et structures autorisées.

    Journal Officiel : Arrêté du 26 février 2026 pris pour l’application de l’article R. 4012-1 du code de la santé publique Est pris en charge par l’assurance maladie le parcours coordonné renforcé suivant : – le parcours de l’obésité complexe chez l’adulte dont le cahier des charges est défini en annexe 2.

  • (Etude) Cancer : une IA identifie la couverture santé universelle et la radiothérapie comme déterminants majeurs de la survie dans 185 pays

    Une IA pour analyser les performances des systèmes de santé

    Une étude publiée en janvier 2026 dans Annals of Oncology explore les déterminants de la survie au cancer à l’échelle mondiale à partir d’un modèle d’apprentissage automatique appliqué à 185 pays.

    Des chercheurs de l’University of Texas et du Memorial Sloan Kettering Cancer Center ont croisé les données d’incidence et de mortalité issues de la base GLOBOCAN 2022 avec des indicateurs décrivant les systèmes de santé nationaux. Ces variables proviennent notamment de l’Organisation mondiale de la santé, de la Banque mondiale, des Nations unies et d’un répertoire mondial des centres de radiothérapie.

    L’indicateur utilisé pour mesurer la performance des pays est le ratio mortalité/incidence (MIR), souvent mobilisé comme approximation de la survie au cancer. Les chercheurs ont entraîné un modèle d’apprentissage automatique pour prédire ce ratio pour chaque pays, avant d’appliquer une méthode d’interprétation permettant d’estimer la contribution relative de chaque variable aux résultats observés.

    L’objectif est de déterminer quels éléments des systèmes de santé sont les plus associés aux écarts de survie.

    Trois facteurs dominants à l’échelle mondiale

    L’analyse met en évidence trois déterminants particulièrement associés à une meilleure survie au cancer :

    • La couverture santé universelle.
    • La densité de centres de radiothérapie.
    • Le produit intérieur brut (PIB) par habitant.

    À l’inverse, l’augmentation globale des dépenses de santé n’est pas systématiquement liée à une amélioration du ratio mortalité/incidence. Selon les auteurs, ces résultats suggèrent que les écarts entre pays s’expliquent moins par le volume total de ressources mobilisées que par leur organisation et leur accessibilité pour les patients.

    Des déterminants différents selon les pays

    L’étude met également en évidence des profils nationaux différenciés.

    • Au Brésil, la couverture santé universelle apparaît comme le facteur le plus contributif à de meilleurs résultats en matière de cancer, devant les services de pathologie et la densité infirmière.
    • En Pologne, les performances sont principalement associées à la densité de services de radiothérapie, au PIB par habitant et à l’indice de couverture universelle.
    • Au Japon, la densité de centres de radiothérapie se distingue comme variable dominante. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, le PIB par habitant est le facteur le plus influent parmi les variables analysées.
    • En Chine, les facteurs les plus liés à de meilleurs résultats sont le PIB par habitant, la couverture santé universelle et la densité de centres de radiothérapie.

    À l’inverse, les dépenses directes des patients, la densité de chirurgiens et les dépenses de santé rapportées au PIB contribuent moins aux différences observées.

    Vers des politiques de santé guidées par la donnée

    Pour les auteurs, ce type de modèle ouvre la voie à des outils d’aide à la décision destinés aux responsables publics. En hiérarchisant l’impact des différents éléments des systèmes de santé, il devient possible d’orienter plus précisément les priorités d’investissement. Dans les pays disposant déjà d’une couverture universelle et d’une offre hospitalière dense, les marges de progression se situeraient davantage dans l’accès effectif aux soins et l’organisation des parcours, notamment dans les territoires sous-dotés et pour les cancers de mauvais pronostic.

    L’étude suggère ainsi que l’analyse de données à grande échelle peut transformer des ensembles complexes d’indicateurs en instruments de planification pour les politiques de lutte contre le cancer.

    Machine learning reveals country-specific drivers of global cancer outcomes

     

  • Un biomarqueur computationnel prédit la réponse à la chimiothérapie dans le TNBC

    Un biomarqueur computationnel basé sur l’expression totale des ARN messagers

    Le cancer du sein demeure la tumeur maligne la plus fréquente chez les femmes :

    Cette forme agressive ne dispose pas de cible thérapeutique spécifique et sa réponse à la chimiothérapie reste très hétérogène. Des chercheurs du University of Texas MD Anderson Cancer Center ont développé TmS (Tumor-specific total messenger RNA Score), un biomarqueur computationnel intégrant l’expression globale des ARN messagers tumoraux et le microenvironnement tumoral.

    Cet algorithme :

    • Analyse le ratio cellules tumorales / cellules non tumorales.
    • Corrige les anomalies chromosomiques des cellules cancéreuses.
    • Etablit une stratification pronostique transcriptomique.

    575 patientes : une stratification pronostique plus précise

    Dans une étude rétrospective multicohorte portant sur 575 patientes atteintes de TNBC, publiée en février 2026 dans Cell Reports Medicine, le score TmS a montré une capacité supérieure de discrimination de la réponse à la chimiothérapie par rapport aux modèles computationnels classiques.

    • Performance pronostique renforcée : les patientes présentant un score TmS élevé montrent une réduction d’environ 40 à 50 % du risque de rechute ou de progression (HR ≈ 0,5–0,6), traduisant une probabilité significativement plus élevée de réponse à la chimiothérapie.
      • Différences biologiques entre populations occidentales et asiatiques, reflétant des variations du microenvironnement tumoral.

    Vers une stratification thérapeutique plus fine

    En combinant transcriptomique tumorale globale et analyse du microenvironnement, ce biomarqueur computationnel pourrait améliorer la prédiction de la réponse aux chimiothérapies et renforcer les stratégies de médecine de précision en diagnostic in vitro dans le TNBC.

     

  • Télémédecine, IA, données : où les systèmes de santé investissent vraiment (étude McKinsey)

    L’étude met en lumière un paradoxe : si près de 90 % des dirigeants considèrent l’IA et le digital comme prioritaires, une large majorité reconnaît ne pas avoir les moyens de concrétiser ces ambitions. Le véritable enjeu ne semble donc plus être la prise de conscience ou la pertinence des technologies, mais la capacité des systèmes de santé à les déployer à grande échelle dans des organisations contraintes par des budgets limités, des systèmes informatiques hérités et des pénuries de talents.

    Elle révèle aussi un déplacement des investissements vers des services numériques visibles pour les patients (télémédecine, prise de rendez-vous en ligne ou “digital front doors”) tandis que l’IA, malgré un potentiel économique estimé entre 200 et 360 milliards de dollars, reste encore difficile à industrialiser.

    Les ambitions se heurtent aux contraintes du terrain

    Le cabinet de conseil McKinsey a interrogé 200 dirigeants de systèmes de santé dans le monde afin d’évaluer leurs priorités d’investissement et l’état d’avancement de leurs transformations digitales. L’analyse s’inscrit dans un contexte de tensions structurelles : hausse des coûts, pénuries de personnels, vieillissement des populations, progression des maladies chroniques et concurrence d’acteurs non traditionnels.

    À ces contraintes s’ajoutent des attentes des patients en matière de services numériques ; prise de rendez-vous en ligne, télémédecine, parcours fluidifiés, etc

    Près de 90 % des dirigeants interrogés (qu’ils occupent des fonctions techniques ou exécutives) considèrent la transformation numérique et l’IA comme une priorité élevée, voire prioritaire. Cependant, 75 % déclarent ne pas être en mesure de délivrer à la hauteur de cette priorité, en raison d’un manque de ressources ou d’une planification insuffisante.

    Si 88 % des dirigeants estiment que l’IA présente un fort potentiel d’impact, près de 20 % n’envisagent pas d’y investir dans les deux prochaines années. À l’inverse, des domaines comme la santé virtuelle et les “digital front doors” concentrent davantage les intentions d’investissement, avec environ 70 % des répondants anticipant un impact élevé.

    McKinsey souligne également que l’absence d’investissement dans des plateformes modernes de données et d’analytique pourrait retarder la création de valeur dans des cas d’usage tels que la réduction des écarts de prise en charge, l’amélioration des délais d’orientation ou l’optimisation des blocs opératoires.

    51 % des dirigeants de la santé citent les contraintes budgétaires

    Legacy, budgets, talents : les principaux freins

    Dans un contexte macroéconomique tendu, 51 % des dirigeants classent les contraintes budgétaires parmi les trois principaux freins à l’investissement numérique à grande échelle.

    Les systèmes legacy constituent le deuxième obstacle cité. Les architectures historiques, souvent construites autour de solutions monolithiques, compliquent la modernisation. S’y ajoutent des enjeux de qualité des données (33 %), de recrutement de talents technologiques (30 %) et de capacité organisationnelle à adopter et déployer de nouvelles solutions (34 %).

    Parmi les systèmes ayant investi dans le numérique, 72 % des dirigeants déclarent être satisfaits des résultats obtenus. Ce taux atteint 82 % pour la robotique et 81 % pour l’analytique avancée. Pour McKinsey, ces niveaux de satisfaction suggèrent moins un problème de pertinence des investissements qu’une difficulté à les déployer à l’échelle.

    Quatre axes d’action mis en avant

    Le cabinet identifie plusieurs leviers pour accélérer la transformation :

    • Nouer des partenariats (alliances, joint ventures) afin d’atteindre une masse critique. McKinsey rappelle que figurer parmi les 20 premiers systèmes mondiaux par chiffre d’affaires suppose aujourd’hui plus de 13 milliards de dollars de revenus, un seuil souvent atteint via des croissances externes.
    • Repenser les processus cliniques au-delà du simple déploiement d’outils. L’optimisation des flux de travail pourrait générer un gain net de temps de 15 à 30 % sur un service de 12 heures, contribuant à réduire un déficit estimé à 300 000 infirmiers en hospitalisation.
    • Moderniser les environnements de données via le cloud, en structurant des produits de données identifiés et des plateformes centrées sur les utilisateurs.
    • Transformer les modes de fonctionnement, avec des équipes transversales, des financements orientés résultats, une gestion par produit et des architectures modulaires moins dépendantes des dossiers médicaux électroniques monolithiques.

    McKinsey recommande d’intégrer des équipes juridiques et de gestion des risques aux côtés des équipes IA et data, et de mettre en place des stratégies structurées de priorisation des risques.

  • IA et e-télépharmacie en Indonésie : la plateforme SETIA testée en milieu hospitalier

    Interactions médicamenteuses : un risque documenté en Indonésie

    Les interactions médicamenteuses potentielles (pDDI – potential drug-drug interactions) représentent un enjeu de sécurité pharmacothérapeutique hospitalière en Indonésie.

    Dans ce contexte, les systèmes classiques de prescription électronique restent souvent hétérogènes et insuffisamment intégrés aux outils d’aide à la décision clinique (CDSS).

    SETIA : une plateforme d’e-télépharmacie intégrée

    Développée par l’Université privée Pancasila, la plateforme SETIA (Pharmacist E-Telepharmacy System) combine intelligence artificielle et règles expertes pour améliorer le suivi thérapeutique hospitalier. Elle s’appuie sur des bases pharmacologiques internationales telles que Lexicomp, Micromedex et The Renal Drug Handbook.

    Le système automatise notamment :

    • la détection des interactions médicamenteuses ;
    • l’ajustement posologique selon la clairance de la créatinine ;
    • le calcul de l’IMC, du poids idéal et du débit de filtration glomérulaire.

    Une validation clinique prospective

    Une étude observationnelle prospective menée de juillet à septembre 2025 avec l’équipe de  l’hopital public national Rumah Sakit Umum Pusat Fatmawatil  auprès de 30 patients hospitalisés, publiée dans l’Asian Journal of Healthy and Science, a évalué la performance du système.

    • Concordance des interactions médicamenteuses : 53,3 %
    • Concordance des mécanismes pharmacologiques : 76,7 %
    • Concordance des recommandations posologiques : 86,7 %

    Les analyses statistiques (test de Student indépendant) n’ont montré aucune différence significative pour l’IMC, le poids idéal et la clairance rénale (p > 0,05).

    Perspectives de la santé numérique en Asie

    Le déploiement futur de SETIA prévoit des études longitudinales d’impact clinique, l’intégration d’algorithmes de machine learning et l’extension aux populations pédiatriques et gériatriques. La plateforme illustre la montée en puissance, en Asie, des solutions d’e-santé centrées sur la sécurité médicamenteuse et l’aide à la décision clinique.

     

  • Doctrine du numérique en santé 2026 : plus de 130 contributions et de nouveaux repères sur l’EEDS, la cybersécurité et les services nationaux

    La doctrine du numérique en santé 2026 est désormais accessible en ligne. Élaborée par la Délégation au numérique en santé, l’Agence du Numérique en Santé, l’Assurance Maladie et le GIE SESAM-Vitale, cette nouvelle version actualise le cadre de référence national qui organise le développement des services numériques en santé en France.

    Le document fixe les principes d’urbanisation et les règles communes destinés à soutenir des services interopérables, sécurisés et utilisables par les professionnels de santé.

    Plus de 130 contributions émanant d’acteurs publics et privés du numérique en santé ont été recueillies. Ces retours ont servi à enrichir et à actualiser les fiches de la doctrine, avec l’objectif de mieux refléter les enjeux actuels du secteur ainsi que les trajectoires des services numériques nationaux.

    @ANS : Doctrine du numérique en santé

    EEDS, cybersécurité, éthique … Les orientations mises en avant

    Cette nouvelle version précise plusieurs orientations pour 2026. Elle intègre d’abord l’impact de l’Espace européen de données de santé, en particulier sur le cadre réglementaire du numérique en santé et sur les futurs référentiels d’interopérabilité et de sécurité.

    Le texte revient aussi sur la sécurité du numérique en santé, en tenant compte des effets attendus de la régulation européenne en matière de cybersécurité. Sont notamment mentionnées la directive NIS2 et la directive sur la résilience des entités critiques, ainsi que les évolutions des référentiels d’identification électronique et leurs conséquences sur la politique générale de sécurité des systèmes d’information de santé. Autre axe mis en avant : l’éthique du numérique en santé. La doctrine annonce des travaux prévus en 2026, en particulier sur l’usage de l’intelligence artificielle.

    Le document fait également évoluer le volet consacré à l’identité numérique des professionnels. Pro Santé Connect s’ouvre à de nouveaux moyens d’identification. La doctrine acte la création de Pro Santé Identité afin de permettre l’enregistrement du personnel administratif. Elle mentionne en parallèle l’usage de l’application carte Vitale comme moyen d’identification électronique dans les services numériques en santé.

    La version 2026 actualise les trajectoires de plusieurs services nationaux. Mon espace santé est concerné, avec notamment la délégation d’accès à un proche ou à un aidant et des évolutions autour de la prévention personnalisée. La Messagerie Sécurisée de Santé figure aussi parmi les services appelés à évoluer, avec une mise à jour du cadre réglementaire de l’Espace de confiance MSSanté. La doctrine mentionne également l’ordonnance numérique, le Hub Santé et le portail SI-Samu. Elle intègre enfin un nouveau service national de partage d’images entre professionnels de santé et avec les patients : le réseau DRIM-M.

    Au-delà de l’actualisation réglementaire et technique, cette édition 2026 donne à voir les priorités des pouvoirs publics sur l’année à venir : articulation avec le cadre européen, renforcement des exigences de cybersécurité, évolution des dispositifs d’identité numérique, intégration de nouveaux usages et poursuite de la structuration des services nationaux.

  • Dessintey change de dimension avec l’acquisition de l’activité de rééducation d’Axinesis

    Déjà présente dans près de 30 pays et forte de près de 500 équipements IVS installés, la medtech stéphanoise a dépassé 10 M€ de chiffre d’affaires en 2025.

    Trois mois après l’entrée du fonds ARLANE à son capital, Dessintey annonce l’acquisition de l’activité rééducation de la société belge Axinesis. L’opération, dont le montant n’est pas communiqué, permet à l’entreprise française d’élargir son portefeuille technologique et de renforcer sa présence dans les centres de rééducation neurologique et orthopédique.

    Dessintey indique avoir un CA supérieur à 10 millions d’euros, en hausse de plus de 50 % par rapport à 2024. Cette acquisition constitue sa première opération de croissance externe.

    Dessintey construit une plateforme complète de rééducation

    Cette acquisition marque un changement de dimension pour Dessintey. Il ne s’agit pas seulement d’élargir un catalogue de dispositifs, mais de franchir une étape en passant à la croissance externe, quelques mois à peine après l’entrée du fonds ARLANE à son capital. En intégrant les technologies d’Axinesis, l’entreprise construit progressivement une plateforme de rééducation, capable de couvrir plusieurs étapes du parcours thérapeutique. Cette approche renforce sa valeur stratégique auprès des centres de soins, qui peuvent désormais s’appuyer sur une offre plus complète et intégrée.

    Partenaires depuis 2021, Dessintey et Axinesis avaient déjà déployé plus de 150 dispositifs dans des centres hospitaliers français. Désormais, Dessintey reprend l’ensemble de la gamme de rééducation développée par Axinesis (à savoir : REAplan, REAtouch et REAtouch Lite2)

    Ces dispositifs viennent compléter les technologies déjà développées par Dessintey : IVS (Intensive Visual Simulation), STIIMP (Stimulation Induite Implicite) et SRT Lab. L’objectif est de proposer un continuum de soins couvrant l’ensemble du parcours de rééducation neurologique et orthopédique.

    Sur le plan industriel, Axinesis continuera de produire les dispositifs REAplan et REAtouch pour le compte de Dessintey depuis son site d’assemblage en Belgique. De son côté, Dessintey maintiendra à Saint-Jean-Bonnefonds, ses activités de recherche et développement ainsi que l’assemblage de ses propres dispositifs.

    Dessintey structure son offre autour de trois parcours de soins :

    • ARM Lab pour la rééducation des membres supérieurs,
    • GAIT Lab pour les membres inférieurs et la marche,
    • et SRT Lab pour augmenter le temps d’activité des patients en séance collective et en auto-rééducation.

    L’entreprise explique pouvoir ainsi accompagner les patients depuis leur entrée en centre de rééducation jusqu’au retour à domicile, avec des outils ajustés à leur progression.

    Une accélération à l’international

    Dessintey prévoit de commercialiser directement les dispositifs REAplan, REAtouch et REAtouch Lite2 en France, en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Dans les autres marchés, leur diffusion passera par son réseau de distributeurs.

    Cette opération s’inscrit dans une stratégie d’internationalisation plus large. L’entreprise cite notamment le programme « Rehab for Ukraine », destiné à renforcer les capacités locales de prise en charge des traumatismes liés au conflit. Selon Dessintey, 23 hôpitaux civils et militaires sont déjà équipés ou en cours d’équipement, avec un objectif de 45 établissements à mi-2026.

  • Etude : les LLM améliorent la compréhension des comptes rendus de radiologie pour les patients

    LLM et comptes rendus de radiologie : une méta-analyse de 38 études montre +87 % de compréhension perçue par les patients, avec 0,9 % d’erreurs cliniquement significatives

    Les LLM améliorent fortement la compréhension des comptes rendus

    Les comptes rendus de radiologie sont traditionnellement rédigés pour les cliniciens et utilisent un vocabulaire technique difficile à comprendre pour les patients. Une revue systématique avec méta-analyse publiée en février 2026 a évalué la capacité des grands modèles de langage à simplifier ces documents.

    L’étude a identifié 38 travaux publiés entre 2022 et 2025, représentant 12 922 comptes rendus simplifiés et 508 évaluateurs (387 personnes issues du public et 121 professionnels de santé). La majorité des études (92 %) utilisaient des modèles de la famille GPT.

    Les résultats montrent une amélioration nette de la compréhension perçue par les patients et les lecteurs non spécialistes. Les comptes rendus originaux rédigés par les radiologues obtenaient un score moyen de 2,16 sur 5, contre 4,04 sur 5 pour les versions simplifiées par LLM. La méta-analyse estime l’écart moyen à +2 points, soit une amélioration de 87 % de la compréhension perçue. Les patients déclarent également un niveau de satisfaction plus élevé avec les comptes rendus simplifiés.

    Des évaluations positives des cliniciens sur l’exactitude

    Les comptes rendus générés ou reformulés par les modèles de langage ont également été évalués par des professionnels de santé. Au total, 121 cliniciens, dont 80 radiologues, ont participé aux évaluations.

    Les notes attribuées aux rapports simplifiés sont globalement élevées :

    • Exactitude : 4,45 / 5
    • Complétude : 4,53 / 5
    • Simplicité : 4,32 / 5

    Les modèles GPT-4 obtiennent des scores d’exactitude supérieurs à ceux de GPT-3.5 dans les analyses de sensibilité. Les évaluateurs se montrent en revanche plus prudents concernant la diffusion directe aux patients et l’absence de risque clinique, avec des scores légèrement plus faibles (respectivement 3,93 et 3,79).

    Une amélioration marquée de la lisibilité des rapports

    Les analyses de lisibilité confirment l’effet des LLM sur la complexité linguistique des comptes rendus. Les scores Flesch-Kincaid Grade Level diminuent en moyenne de :

    • –6,20 points pour les scanners (CT)
    • –5,07 points pour les radiographies
    • –5 points pour les IRM

    Ces évolutions correspondent à un passage d’un niveau de lecture universitaire vers un niveau proche de celui d’un élève de 11 à 13 ans. Les scores Flesch Reading Ease augmentent parallèlement, indiquant un texte plus accessible. Les auteurs notent toutefois que les comptes rendus simplifiés deviennent souvent plus longs, les modèles ajoutant des explications ou des analogies pour clarifier les termes médicaux.

    Des erreurs rares mais non négligeables

    L’un des enjeux centraux reste la fiabilité des modèles. Parmi les études ayant analysé les erreurs, la méta-analyse estime :

    • 7,2 % d’erreurs au total (inexactitudes, omissions ou informations fabriquées)
    • 0,9 % d’erreurs cliniquement significatives

    Ces erreurs peuvent modifier l’interprétation d’un diagnostic ou la gravité d’une pathologie. Les auteurs considèrent donc qu’un contrôle humain reste nécessaire avant toute diffusion des rapports simplifiés.

    Des questions ouvertes sur l’intégration clinique

    L’introduction de comptes rendus simplifiés générés par IA soulève plusieurs questions organisationnelles.

    Les radiologues pourraient théoriquement valider les versions générées avant diffusion aux patients, mais ce modèle de supervision pourrait augmenter la charge de travail. La responsabilité de validation pourrait aussi être partagée avec les médecins prescripteurs, qui disposent d’une vision plus globale de la situation clinique.

    La question du moment de diffusion des résultats est également sensible. Une publication immédiate pourrait provoquer anxiété ou incompréhension chez les patients, tandis qu’un accès différé pourrait limiter la préparation des consultations.

    Vers des comptes rendus radiologiques plus centrés sur les patients

    Au-delà des performances techniques, les travaux inclus dans la revue montrent que les patients attendent des comptes rendus :

    • rédigés en langage clair
    • expliquant la signification clinique des résultats
    • indiquant les étapes suivantes du parcours de soins
    • accompagnés de glossaires ou d’aides visuelles

    Les auteurs soulignent que peu d’études ont intégré les patients dans la conception de ces formats, alors même qu’ils en sont les principaux utilisateurs.

    *Large language models for simplifying radiology reports: a systematic review and meta-analysis of patient, public, and clinician evaluations

  • IA et diagnostic en oncologie : Waiv lève 33M$ pour accélérer le développement de ses tests

    Un nouveau spin-out issu de l’écosystème Owkin

    La création de Waiv illustre la dynamique entrepreneuriale qui se développe autour de Owkin, acteur majeur de l’IA appliquée à la recherche biomédicale. À l’origine, l’activité était développée en interne – sous la forme d’une structure nommée “Owkin Dx” – comme une unité dédiée aux tests diagnostiques en oncologie, fondés sur l’analyse par intelligence artificielle d’images de pathologie numérique afin d’identifier certains biomarqueurs tumoraux. Ces tests visent notamment à mieux caractériser les tumeurs et à orienter les patients vers les traitements les plus adaptés. Au fil du temps, cette activité a gagné en autonomie technique et organisationnelle, jusqu’à être structurée comme une entreprise indépendante. Dans ce modèle de spin-out, l’activité quitte l’organisation d’origine pour devenir une société autonome, même si celle-ci conserve un rôle d’actionnaire minoritaire.

    Cette évolution s’inscrit dans un phénomène plus large observé dans les écosystèmes technologiques matures : la naissance de nouvelles startups issues d’entreprises pionnières. Après la création de Bioptimus en 2024, également issue de l’environnement d’Owkin, l’émergence de Waiv confirme la capacité de cet écosystème à générer une nouvelle génération d’entreprises spécialisées dans l’IA biomédicale.

    Positionnée à l’interface entre intelligence artificielle, pathologie numérique et médecine de précision, Waiv développe des algorithmes capables d’analyser des images microscopiques de tumeurs afin d’identifier des biomarqueurs et d’affiner la stratification des patients atteints de cancer.

    Exploiter la pathologie numérique pour améliorer la médecine de précision :

    Le cœur de la technologie de Waiv repose sur l’analyse d’images de pathologie numérique. Grâce à l’intelligence artificielle, ces images peuvent être exploitées pour détecter des signaux biologiques invisibles à l’œil humain et identifier certains biomarqueurs associés aux cancers.

    L’objectif est d’améliorer la stratification des patients, c’est-à-dire la capacité à orienter chaque patient vers la thérapie la plus adaptée à son profil biologique. Cette approche s’inscrit dans la transformation de l’oncologie vers une médecine de plus en plus personnalisée, où les décisions thérapeutiques reposent sur l’analyse combinée de multiples données biologiques et cliniques.

    33 millions d’euros pour diffuser ces nouveaux types de tests dans les laboratoires

    Avec ce nouveau financement, Waiv entend accélérer sur deux axes stratégiques :

    • le premier concerne la diffusion de ses tests diagnostiques dans les laboratoires de pathologie. L’enjeu consiste à produire davantage de données cliniques et de preuves d’efficacité afin de favoriser l’adoption de ces outils dans la pratique médicale.
    • le second axe vise à renforcer les collaborations avec l’industrie pharmaceutique. Les technologies développées par Waiv peuvent être utilisées pour identifier de nouveaux biomarqueurs, sélectionner les patients dans les essais cliniques ou améliorer le développement de nouvelles thérapies. L’entreprise travaille déjà avec plusieurs grands groupes pharmaceutiques, notamment Merck et AstraZeneca.

    Une stratégie portée vers l’international :

    Dès sa création, Waiv s’est positionnée sur un marché global. Les États-Unis et l’Europe constituent ses principaux marchés cibles, notamment en raison du développement rapide de la pathologie numérique et de la demande croissante pour des outils d’aide à la décision fondés sur l’IA.

    À plus long terme, l’enjeu pour l’entreprise sera de transformer ses technologies en solutions cliniques largement adoptées, capables de s’intégrer dans les parcours de diagnostic et de contribuer à une médecine oncologique plus précise et plus personnalisée.