Actualité

  • Etude : les LLM pourraient fluidifier les admissions dans les services d’urgence (Jamia)

    Réduire les embouteillages aux urgences

    En France, quelque 20 millions de personnes passent aux urgences chaque année. La majorité des structures enregistre entre 15.000 et 40 000 passages. Et parmi ces patients, 18,4% sont hospitalisés. Ces chiffres illustrent bien le tri qui est effectué chaque jour par ces services. Un tri qui représente à la fois un enjeu médical et organisationnel. Afin de faciliter ce travail, des chercheurs américains de l’École de médecine Icahn à Mount Sinai ont souhaité tester la capacité de l’IA générative à effectuer ce tri, pour savoir en particulier si les grands modèles de langage (LLM) comme GPT-4, pouvaient améliorer la capacité à prédire les admissions dans des environnements à fort volume comme les services d’urgence.

    Concrètement, les chercheurs ont analysé les dossiers de sept hôpitaux du système de santé Mount Sinai, en utilisant des données structurées, comme les signes vitaux, et des données non structurées, comme les notes de triage des infirmières, issues de plus de 864 000 visites aux urgences. Parmi ces visites, 159 857 (18,5 %) ont conduit à l’admission du patient à l’hôpital.

    GPT-4, assistant de tri :

    Ils ont ensuite comparé GPT-4 à des modèles d’apprentissage automatique traditionnels. L’outil pourrait se révéler utile car alors que les modèles d’apprentissage automatique traditionnels utilisent des millions de dossiers pour s’entraîner, les LLM peuvent apprendre efficacement à partir de seulement quelques exemples. « Notre objectif est d’améliorer la prise de décision clinique grâce à cette technologie, » a déclaré le Dr Eyal Klang, co-auteur principal et directeur du programme de recherche sur l’IA générative à la division de médecine numérique et basée sur les données (D3M) à Icahn Mount Sinai.

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 21 mai dans le Journal of the American Informatics Association (Jamia).

    Résultats : les LLM précis à 83%

    • Le LLM a prédit les malades ayant besoin d’être hospitalisés avec un taux de précision d’environ 83 %.
    • Le modèle a réussi à identifier correctement 88% des cas positifs, tandis que les 12% restants ont été classés à tort comme négatifs.
    • La performance du GPT-4 a montré une amélioration substantielle lorsqu’il a reçu des données limitées et pertinentes pour apprendre.

     

    « Notre recherche suggère que l’IA pourrait bientôt soutenir les médecins dans les services d’urgence en prenant des décisions rapides et informées sur les admissions des patients, » estiment les auteurs de l’étude. Au-delà des résultats qui ne sont pas parfaits, ces derniers ont surtout été surpris par la manière dont GPT-4 s’est adapté au cadre des urgences et a fourni des justifications pour ses décisions. « Cette capacité à expliquer son raisonnement le distingue des modèles traditionnels et ouvre de nouvelles perspectives pour l’IA dans la prise de décision médicale. »

    Besoin de davantage de données réelles :

    Bien sûr, malgré ces résultats encourageants, l’IA ne jouera qu’un rôle de soutien, dans une telle prise de décision en fournissant des informations supplémentaires, « sans jamais remplacer la composante humaine ».  Et si à terme, le recours à l’IA pourrait réduire le temps d’attente des patients et déterminer plus rapidement le nombre de lits nécessaires dans un hôpital, un raffinement supplémentaire des LLMs avec des données réelles sera nécessaire avant d’envisager une intégration réussie en tant qu’outils de support décisionnel dans les environnements de soins.

     

    * Evaluating the accuracy of a state-of-the-art large language model for prediction of admissions from the emergency room

    Benjamin S Glicksberg, Prem Timsina, Dhaval Patel, Ashwin Sawant, Akhil Vaid, Ganesh Raut, Alexander W Charney, Donald Apakama, Brendan G Carr, Robert Freeman, Girish N Nadkarni, Eyal Klang,

    Journal of the American Medical Informatics Association, 2024

  • Etude : de quels facteurs dépend l’engagement des enfants et des ados avec la e-santé ?

    La santé plus accessible pour les plus jeunes grâce au numérique ?

    Visant à modifier les comportements et améliorer les résultats de santé, les solutions numérique sont de plus en plus utilisées au service de la santé des plus jeunes. Ayant un potentiel évident d’améliorer l’accès et l’engagement des enfants et des adolescents de plus en plus connectés, ma e-santé présente cependant le risque de creuser le fossé entre les publics qui peuvent accéder à la technologie et sont soutenus pour s’engager dans une démarche de santé numérique et ceux qui ne le sont pas.

    Cette revue systématique se concentre sur l’accès et l’engagement des enfants et des adolescents avec les outils de santé numérique. Ces derniers, à l’image des applications mobiles, des serious games et des plateformes en ligne, sont de plus en plus utilisées pour promouvoir la santé et le bien-être de ces groupes démographiques.

    Les auteurs de l’étude ont inclus des études publiées entre janvier 2010 et août 2022, consacrées aux problématique d’accès et d’engagement des enfants et des adolescents avec les solutions de santé numériques.

    Résultats

    Les résultats de l’étude ont révélé que l’accès des enfants et des adolescents aux outils de santé numérique variait en fonction de plusieurs facteurs, tels que l’âge, le sexe, le niveau d’éducation et l’accès aux technologies. Ainsi :

    • les adolescents sont plus susceptibles d’utiliser ces solutions que les jeunes enfants ;
    • et les garçons semblent être plus enclins à s’engager avec elles que les filles.

     

    En ce qui concerne l’engagement, les résultats ont montré que les enfants et les adolescents étaient plus susceptibles de s’engager avec la e-santé lorsqu’ils étaient motivés par des facteurs tels que :

    • la convivialité de l’interface ;
    • la personnalisation du contenu ;
    • et les incitations ludiques.

     

    Cependant, certains obstacles à l’engagement ont également été identifiés, notamment le manque de temps, de compétences numériques et de soutien parental.

    Des spécificités de l’enfance à prendre en considération :

    Les résultats de cette étude soulignent l’importance de prendre en compte les caractéristiques spécifiques des enfants et des adolescents lors de la conception et de la mise en œuvre de dispositifs de santé numérique. Par exemple, les concepteurs doivent tenir compte des préférences des adolescents en matière d’interface utilisateur et de contenu pour maximiser leur engagement.

    De plus, cette étude met en lumière le besoin de stratégies visant à surmonter les obstacles à l’engagement, tels que le renforcement des compétences numériques chez les enfants et les adolescents et le soutien parental. En intégrant ces considérations dans la conception des solutions de e-santé, les auteurs concluent qu’il est possible d’améliorer leur accessibilité et leur efficacité pour ce groupe démographique sensible.

     

     

    * The Report of Access and Engagement With Digital Health Interventions Among Children and Young People: Systematic Review

    Whitehead L, Robinson S, Arabiat D, Jenkins M, Morelius E

    JMIR Pediatr Parent 2024;7:e44199

    doi: 10.2196/44199PMID: 38231560PMCID: 10831666

  • État des lieux de la santé de l’enfant en France : besoins, offres et chiffres clés

    Les défis de la santé infantile 

    La pédiatrie en France fait face à des défis croissants liés à la gestion des maladies chroniques chez les enfants. L’asthme, le diabète, les besoins en vaccination et la santé mentale sont au cœur des préoccupations de santé publique. Environ 10 % des enfants souffrent d’asthme, faisant de cette maladie la plus courante chez les jeunes. Le diabète de type 1 touche environ 20 000 enfants en France, et la prévalence de troubles de santé mentale chez les adolescents est en augmentation, avec près de 15 % des jeunes affectés. Les besoins en vaccination restent cruciaux, avec des taux de couverture vaccinale pour certaines maladies encore insuffisants. En 2019, les maladies respiratoires, dont l’asthme, représentaient 18 % des hospitalisations chez les enfants de moins de 15 ans, tandis que les épisodes de décompensation diabétique nécessitaient des hospitalisations fréquentes chez les enfants diabétiques.

    L’intégration des technologies numériques dans le suivi et la gestion de ces maladies offre des opportunités prometteuses. Des applications de suivi de l’asthme et du diabète, ainsi que des plateformes numériques pour la gestion des vaccinations, permettent d’améliorer le suivi médical et la prévention des complications. Les outils numériques jouent également un rôle croissant dans la prise en charge de la santé mentale des jeunes, avec des applications et des plateformes de téléconsultation qui facilitent l’accès aux soins psychologiques.

    Pour donner une vue d’ensemble sur ce sujet, H&TI propose un indicateur dédié au numérique au service de la santé infantile avec un focus (chiffres clés et exemples d’outils numériques) sur les thématiques suivantes :

    • la téléconsultation ;
    • la couverture vaccinale ;
    • le surpoids et l’obésité chez les jeunes ;
    • les cancers infantiles ;
    • les maladies chroniques chez les enfants ;
    • et l’adolescence.

     

    Note :

    📌 La santé périnatale n’est pas incluse dans cet indicateur, car elle relève d’un autre domaine de la santé infantile.

    📌 La majeure partie des informations chiffrées figurant dans cet indicateur sont issues du rapport de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des stratistiques (Drees) sur l’état de santé de la population en France (2022).

     

    21 000 cas de diabète par an :

    Chaque année, on diagnostique en moyenne 98 200 enfants (0-14 ans) avec un diabète de type 1 dans le monde.

    En Europe :

    • En 2023, 132 000 enfants avec un diabète de type 1 ont été recensés.
    • En moyenne, 21 000 nouveaux cas sont diagnostiqués par an.
    • L’incidence (nombre de nouveaux cas) en France était de 19,1 cas pour 100 000.
    • Le diabète gestationnel est quant à lui associé à des complications chez l’enfant et la mère. « À plus long terme, il est associé à un risque élevé pour la mère de développer ultérieurement un diabète de type 2 et, potentiellement, à un risque de surpoids/obésité et de diabète de type 2 pour les enfants », souligne la Drees.

     

    Cancer : la 4e cause de décès entre 0 et 14 ans

    Le cancer reste une cause majeure de mortalité chez les enfants en France, se classant comme la quatrième cause de décès chez les enfants âgés de 0 à 14 ans. Chaque année, le cancer touche en moyenne 2 200 enfants et adolescents en France, dont 1 843 chez les moins de 15 ans et 440 chez les adolescents de 15 à 17 ans, selon les données de l’année 2023 du registre national des cancers de l’enfant.

    Les principaux types de cancers infantiles chez les enfants de moins de 15 ans sont les suivants :

    • Leucémies : Représentant environ 30 % des cas, les leucémies sont les plus courantes, avec une prédominance des leucémies aiguës lymphoblastiques (80%).
    • Tumeurs du système nerveux central (SNC) : Elles constituent 26 % des cancers pédiatriques.
    • Lymphomes : Environ 10 % des cas de cancers chez les enfants sont des lymphomes.

     

    Pour les adolescents de 15 à 17 ans, les principales localisations sont les lymphomes (27 %, dont 85 % de maladies de Hodgkin), les tumeurs du SNC (17 %) et les leucémies (14 %, dont 53 % sont des leucémies aiguës lymphoblastiques). L’incidence des cancers pédiatriques en France est demeurée relativement stable depuis 2000, sans variation significative du risque de cancer chez les enfants observée au niveau départemental, selon la DREES.

    Le taux de survie globale à cinq ans des enfants atteints de cancer est estimé à 80 % et a montré une tendance à la hausse au fil des années, passant de 80 % à 83 % ces dernières années. Les taux de survie pour les adolescents de 15 à 17 ans diagnostiqués entre 2000 et 2004 sont également prometteurs, avec un taux de survie à un an de 94 % et un taux de survie à cinq ans de 82 %.

    L’asthme responsable de 40 000 hospitalisations par an :

    L’asthme est la maladie chronique la plus courante chez les enfants et la principale cause d’absentéisme scolaire en France. Environ 10 % des enfants sont touchés par cette maladie respiratoire. Les hospitalisations pour asthme chez les enfants sont en hausse, atteignant près de 40 000 séjours par an.

    Les études épidémiologiques indiquent que 85 % des cas d’asthme chez les enfants et 50 % des cas chez les adultes ont une origine allergique. La prévalence de l’asthme chez les enfants est d’environ 11 %, et les tendances récentes montrent une augmentation de ce taux. Le surpoids et l’obésité, fréquents dès l’enfance et l’adolescence, persistent souvent à l’âge adulte, augmentant les risques de maladies cardiovasculaires et endocriniennes, et peuvent être sources de mal-être et d’isolement.

    Depuis les années 2000, la prévalence de l’asthme a augmenté chez les enfants, bien que le taux d’hospitalisation ait initialement diminué avant de montrer une tendance à la hausse récemment. Les régions d’outre-mer et l’île-de-France sont les plus touchées par l’asthme personnes. Les personnes les plus défavorisées ont un risque accru d’hospitalisation. Le taux de mortalité par asthme chez les moins de 45 ans a cependant nettement diminué depuis le début des années 2000.

    Nombre et taux bruts d’hospitalisation pour asthme, par classe d’âges et sexe, en 2014 :

    « L’état de santé de la population en France », rapport, 2017 – © Drees

    Progression du surpoids et de l’obésité :

    Les inégalités sociales jouent un rôle déterminant dès la petite enfance. Le rapport de la DREES révèle que les enfants d’ouvriers sont deux fois plus susceptibles d’être en surpoids en grande section de maternelle que les enfants de cadres. En 2017, parmi les enfants de troisième, 18 % étaient en surpoids et 5 % obèses. Ces proportions varient significativement selon le statut socio-professionnel des parents : 3 % des enfants de cadres sont obèses contre 8 % des enfants d’ouvriers.

    Le poids à la naissance comme indicateur prédictif :

    Les écarts de poids se manifestent dès la naissance. Les enfants nés avec un poids de 4 kilogrammes ou plus sont plus susceptibles d’être en surpoids en grande section de maternelle, avec 31 % des enfants d’ouvriers contre seulement 13 % des enfants de cadres dans cette situation. Pour les nouveau-nés de moins de 4 kilogrammes, la tendance se confirme : deux fois plus d’enfants d’ouvriers que d’enfants de cadres se retrouvent en surpoids en maternelle.

    Entre 2009 et 2017, la prévalence du surpoids et de l’obésité chez les adolescents a augmenté, passant de 17 % à 20 % pour les filles. Cette augmentation est préoccupante car le surpoids et l’obésité à l’adolescence sont des facteurs de risque pour diverses maladies à l’âge adulte, comme les maladies cardio-vasculaires et endocriniennes. Ils peuvent également affecter le bien-être psychologique des jeunes, entraînant des sentiments d’isolement et de mal-être.

    Évolution des prévalences du surpoids et de l’obésité entre 2000 et 2015, en grande section de maternelle, en CM2 et en 3e :

    « L’état de santé de la population en France », rapport, 2017 – © Drees

    Prévalence des troubles mentaux chez les enfants :

    « L’adolescence est marquée, pour certains jeunes, par des addictions, des troubles alimentaires, et des conduites routières dangereuses : tous ces comportements n’exposent pas nécessairement les jeunes à un risque de décès immédiat mais ils peuvent avoir des répercussions sur leur santé, allant de la marginalisation sociale aux risques accrus de maladies et de troubles psychiques à l’âge adulte », relève la Drees dans son rapport sur l’état de santé de la population en France (2017).

    En France, les syndromes anxieux et dépressifs ont significativement augmenté, particulièrement chez les jeunes générations et en grande partie exacerbés par la crise sanitaire de la COVID-19. Les passages aux urgences pour des raisons de santé mentale, y compris les angoisses et les pensées suicidaires, ont connu une hausse marquée.

    Source : PMSI ; MCO (ATIH) 2012-2021.

    Addictions et comportements à risque :

    Malgré une diminution continue de l’expérimentation de l’alcool et du tabac entre 2000 et 2014, les usages réguliers de ces substances n’ont pas suivi la même tendance. En effet, la consommation quotidienne de tabac a augmenté depuis 2008, atteignant en 2014 un tiers des jeunes de 17 ans qui fument tous les jours. De plus, après une baisse entre 2003 et 2008, l’usage régulier d’alcool a repris ainsi que les alcoolisations ponctuelles importantes (API).

    L’usage de médicaments psychotropes chez les adolescents a également augmenté, reflet de la pression accrue et des défis de santé mentale exacerbés par la pandémie. En 2020, 19 % des 15-24 ans présentaient des syndromes dépressifs, un chiffre alarmant comparé aux années précédentes .

    Risques suicidaires :

    La vulnérabilité des adolescents, et en particulier des adolescentes, est particulièrement préoccupante. Les données disponibles montrent que la prévalence des tentatives de suicide est la plus élevée chez les filles âgées de 15 à 19 ans. En 2014, le taux d’hospitalisation pour tentative de suicide était nettement plus élevé dans cette tranche d’âge.

    Taux de couverture vaccinales variés selon les vaccins :

    La couverture vaccinale chez le nourrisson en France montre des taux élevés pour plusieurs vaccinations essentielles, notamment contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche. Cependant, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour améliorer la vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR), ainsi que contre l’hépatite B et le méningocoque C, où les taux actuels sont insuffisants pour atteindre les objectifs d’éradication de ces maladies.

    Les dernières données de la DREES indiquent que la couverture vaccinale pour la primovaccination des nourrissons atteint les 95 % pour les vaccins contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, les infections à Haemophilus influenzae b, la coqueluche et le pneumocoque. Cependant, chez les enfants de 24 mois en 2018, seulement 83 % ont reçu les deux doses nécessaires du vaccin ROR, 90 % ont été vaccinés contre l’hépatite B, et 79 % contre le méningocoque C .

    Disparités géographiques et sociales :

    Le rapport souligne des disparités significatives dans la couverture vaccinale en fonction des niveaux de vie et des régions. Les individus avec des niveaux de vie plus élevés sont 1,5 fois plus souvent vaccinés que ceux ayant des revenus plus faibles. Ces inégalités se reflètent également dans la vaccination contre la grippe saisonnière, où seulement 39 % des moins de 65 ans à risque étaient vaccinés à l’hiver 2020-2021, contre 60 % des personnes de 65 ans et plus .

    État des lieux de la pédiatrie en France

    Près de 15 millions d’enfants et d’adolescents en France bénéficient d’un réseau pédiatrique selon l’Insee. Pourtant, un rapport établi à la demande du ministère des Solidarités et de la Santé dresse un état préoccupant du secteur des soins de santé de l’enfant et de la pédiatrie en France. Ce rapport, remis le 15 mai 2021 par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), met en lumière plusieurs problèmes structurels, notamment le recul démographique de la pédiatrie libérale et une pénurie de praticiens.

    Cliniques spécifiques et centres de référence :

    L’offre de soins pédiatriques en France se compose de diverses structures spécialisées dans la prise en charge des enfants. Actuellement, le pays compte environ 3 200 pédiatres libéraux qui assurent des consultations en cabinet privé. En parallèle, 150 hôpitaux publics offrent des services pédiatriques, incluant des services d’urgence et des unités spécialisées pour des soins plus intensifs. Les cliniques privées, au nombre de 200, apportent également une contribution significative en fournissant des soins pédiatriques souvent centrés sur des interventions chirurgicales et des traitements spécialisés. Enfin, 30 centres de référence pour les maladies rares offrent des soins spécialisés et coordonnés pour des conditions médicales rares et complexes.

    Offre de soins pédiatriques :

    En 2020, la France comptait environ 8 500 pédiatres. Parmi eux, 53 % exercent exclusivement en tant que salariés dans les hôpitaux, tandis que seulement 25 % travaillent en libéral. Ce déséquilibre a des conséquences directes sur l’accessibilité des soins spécialisés pour les enfants, notamment en médecine de ville. Le rapport souligne que 85 % des consultations pédiatriques en ville sont assurées par des médecins généralistes, un suivi qui, bien que essentiel, ne remplace pas l’expertise spécifique des pédiatres. Cette situation est particulièrement problématique dans huit départements où l’on recense moins d’un pédiatre pour 100 000 habitants, exacerbant ainsi les disparités géographiques et la pénurie de spécialistes.

    La profession de pédiatre en France fait face à un vieillissement notable. Près de 44 % des pédiatres libéraux en exercice sont âgés de plus de 60 ans. Cette pyramide des âges vieillissante pose la question de la relève et de la pérennité des soins spécialisés pour les enfants. Les jeunes médecins sont de moins en moins nombreux à choisir la pédiatrie libérale, découragés par les charges de travail importantes et les contraintes liées à la permanence des soins, notamment dans les services hospitaliers.

    Les inégalités sociales et territoriales dans les soins de santé des enfants restent persistantes. La mortalité infantile est deux à trois fois plus élevée en Outre-mer comparativement à la métropole, révélant des disparités alarmantes. De plus, un enfant d’ouvrier a six fois plus de chances d’être obèse qu’un enfant de cadre, ce qui illustre l’impact du milieu socio-économique sur la santé des enfants. Ces inégalités sont aggravées par une pénurie de pédiatres plus marquée dans certaines régions, et par un manque de clarté dans les parcours de soins préventifs pour les parents, entraînant une surcharge des services d’urgence pédiatriques.

    Le rapport de l’IGAS met en évidence plusieurs points de tension :

    1️⃣ la charge de travail dans les hôpitaux : la continuité et la permanence des soins en services pédiatriques (gardes, astreintes, urgences) sont dissuasives pour les vocations ;
    2️⃣ le manque de reconnaissance des professionnels paramédicaux : les infirmières puéricultrices, auxiliaires de puériculture, et sages-femmes exerçant en libéral sont souvent sous-utilisées.

    3 pistes de solutions :

    ➡️ Renforcement de la formation et de l’attractivité de la profession de pédiatre.
    ➡️ Meilleure utilisation des compétences des professionnels paramédicaux.
    ➡️ Amélioration de la prévention et de la lisibilité des examens médicaux pour éviter la surcharge des services d’urgence pédiatrique.

    Cliniques spécifiques et centres de référence :

    L’offre de soins pédiatriques en France se compose de diverses structures spécialisées dans la prise en charge des enfants. Actuellement, le pays compte environ 3 200 pédiatres libéraux qui assurent des consultations en cabinet privé. En parallèle, 150 hôpitaux publics offrent des services pédiatriques, incluant des services d’urgence et des unités spécialisées pour des soins plus intensifs. Les cliniques privées, au nombre de 200, apportent également une contribution significative en fournissant des soins pédiatriques souvent centrés sur des interventions chirurgicales et des traitements spécialisés. Enfin, 30 centres de référence pour les maladies rares offrent des soins spécialisés et coordonnés pour des conditions médicales rares et complexes.

    Les outils numériques comme levier ?

    Des solutions numériques existent et commencent à transformer la prise en charge des jeunes patients, même s’ils ne sont pas encore pleinement intégrés dans la routine des soins. Quelques applications mobiles et autres solutions numériques (plateformes web, services de téléconsultation, etc.) sont déjà présentes dans le champ de la santé infantile, notamment pour le suivi des maladies chroniques et la prévention.

    👉 Pour aller plus loin : “Le numérique comme levier pour l’amélioration des soins pédiatriques ?”

     

  • Pédiatrie : l’application Malo offerte à 200 familles en Sarthe

    De la prévention pour la santé familiale

    Lancée en mai 2021, Malo est une application mobile développée par la start-up lilloise Kelindi. Elle permet aux parents de suivre de manière exhaustive la croissance et la santé de leurs enfants, de 0 à 10 ans. Contrairement au carnet de santé traditionnel qui se base sur les standards de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et manque de nombreux paramètres, Malo enregistre des données complètes sur le développement de l’enfant, incluant un guide sur le neuro-développement de l’enfant.

    Malo offre par ailleurs la possibilité de stocker et de partager les documents médicaux des enfants de manière sécurisée. Les rappels intégrés aident les parents à ne pas oublier les rendez-vous médicaux, les vaccinations et autres échéances importantes. Les données collectées par l’application sont stockées de façon sécurisée et anonymisées chez un hébergeur français certifié par le ministère de la Santé.

    9K € d’investissement municipal

    La municipalité de Champagné a investi 9 000 euros pour permettre à deux cents familles de bénéficier gratuitement de l’application Malo. « C’est une application mobile novatrice portée par une volonté : faciliter la vie des parents », a déclaré Patrick Desmazières, le maire de la ville.

    En facilitant l’accès à des outils de santé préventive, la mairie espère améliorer la qualité de vie des familles et réduire les complications de santé à long terme grâce à une intervention précoce et appropriée.

    Autisme, troubles de l’audition et de la vue 

    Malo est un outil de prévention de santé qui offre un diagnostic initial, capable de détecter des conditions comme l’autisme, ainsi que des problèmes d’audition et de vue chez les enfants. « Il permet de détecter l’autisme, des problèmes d’audition, de vue », a précisé le maire de Champagné, en mettant en avant les capacités de détection précoce de l’application. En plus de ses fonctionnalités diagnostiques, l’application Malo génère des conseils et des contenus personnalisés visant à améliorer le bien-être de toute la famille. 

    L’application permet aux parents de surveiller l’éveil et le développement neurocognitif de leurs enfants, offrant des conseils spécifiques adaptés aux données recueillies. Pour cela, il leur suffit de consacrer cinq minutes chaque mois à remplir un questionnaire élaboré grâce aux travaux du Pr Fabrice Denis et d’une équipe de pédiatres. Ce questionnaire, issu de trois années de recherches et d’échanges, comprend 1 100 questions fréquemment posées lors des consultations de suivi pédiatrique des enfants de 0 à 3 ans, simplifiées et condensées pour une utilisation mensuelle.

    Exemples de l’interface de l’application mobile Malo – @ DR

    Une contribution à la recherche scientifique :

    L’application apporte également une dimension de soutien à la recherche scientifique. Si les parents donnent leur accord, les informations collectées anonymement peuvent être utilisées pour des études afin de mieux comprendre le développement des enfants et les spécificités de chaque région. Cela pourrait aider à améliorer les pratiques pédiatriques et les politiques de santé publique.

     

  • Pharma : décryptage des stratégies IA de 3 laboratoires (rapport CB Insight)

    L’IA comme levier de transformation

    L’IA est devenue un élément central des stratégies des plus grandes entreprises mondiales. Ce nouveau rapport de CB Insights explique comment onze géants industriels dans le monde, dont trois entreprises de l’industrie pharmaceutique, l’utilisent pour se transformer et anticiper les évolutions de leurs secteurs respectifs.

    Chaque entreprise adopte des approches uniques à travers :

    • le développement de nouveaux produits ;
    • l’optimisation des processus internes ;
    • ou la création de partenariats stratégiques.

     

    3 exemples de la Pharma

    Des laboratoires de premier plan intensifient leurs efforts en matière d’IA pour accélérer la découverte de médicaments, améliorer leurs processus internes et la précision de leurs produits. Dans son rapport, CB Insights propose une analyse des stratégies adoptées par trois géants de l’industrie pharmaceutiques : Eli Lilly, Novo Nordisk et Johnson & Johnson (J&J).

    Eli Lilly investit dans la découverte des médicaments par l’IA

    Eli Lilly investit massivement dans les technologies d’IA pour la découverte de médicaments. En janvier 2024, l’entreprise a signé un accord de 1,7 milliard de dollars avec Isomorphic Labs. Cette initiative s’ajoute à plusieurs autres partenariats du même acabit, totalisant des milliards en investissements et paiements d’étape.

    L’entreprise travaille aussi sur l’automatisation de ses opérations internes pour augmenter sa productivité sans accroître sa masse salariale. En 2022, Eli Lilly a lancé plus de 100 projets d’automatisation, économisant environ 1,4 million d’heures de travail humain.

    Les alliances stratégiques de Novo Nordisk

    Novo Nordisk mise sur des partenariats pour renforcer ses capacités en IA, notamment avec Microsoft et Valo Health :

    • en collaborant avec Microsoft, Novo Nordisk utilise des modèles IA pour prédire les risques de maladies cardiovasculaires et identifier des gènes cibles pour le développement de médicaments ;
    • l’accord avec Valo Health, d’une valeur potentielle de 2,7 milliards de dollars, vise à développer des traitements pour les maladies cardiovasculaires.

     

    L’entreprise améliore également ses processus internes grâce à des outils d’IA comme NovoScribe qui augmente la vitesse de production des documents de 70 %, mais aussi ChatGPT qui est utilisé de manière généralisée par ses employés.

    Des initiatives MedTech de Johnson & Johnson

    En plus d’accélérer la découverte de médicaments, Johnson & Johnson se distingue par son utilisation de l’IA pour améliorer la rentabilité de son segment MedTech. L’entreprise a investi massivement dans la recherche et le développement (R&D), avec une augmentation de 7 % de ses dépenses en 2023. Elle a par ailleurs recruté 6 000 spécialistes en data et IA.

    L’IA est utilisée pour analyser de vastes ensembles de données de patients au service de recherches sur les médicaments et les diagnostics. Par exemple, Janssen, une filiale de J&J, a collaboré avec la Mayo Clinic et Anumana pour développer un algorithme détectant précocement l’hypertension pulmonaire.

    Classement basé sur la capacité à attirer les meilleurs talents en IA, à exécuter des projets d’IA et à innover par la R&D et les investissements – @ CB Insights

     

  • Pathologie numérique : un AAP ouvert par l’ARS Normandie

    Digitaliser un pilier du diagnostic médical

    Du cancer aux processus inflammatoires, en passant par les maladies rares, l’anatomocytopathologie consiste à analyser des prélèvements d’organes, de tissus ou de cellules (biopsies, pièces opératoires ou prélèvements cytologiques) pour établir un diagnostic de diverses pathologies. Traditionnellement, les prélèvements sont préparés sur des lames de verre, puis étudiés au microscope par un médecin pathologiste.

    Objectifs de l’AAP :

    S’inscrivant dans la stratégie décennale de lutte contre les cancers, cet AAP de l’Agence régionale de santé (ARS) de Normandie vise à :

    • encourager l’innovation en diagnostic et en thérapies médicales, notamment les thérapies ciblées ;
    • et accompagner les établissements de santé dans la numérisation de leurs activités d’anatomocytopathologie.

     

    Parmi les finalités souhaitées de la numérisation de cette spécialité médicale en région Normandie :

    • le développement de la recherche en oncologie à partir des données numérisées ;
    • l’amélioration de la qualité des soins et la réduction des délais de diagnostic et de prise en charge, afin de faciliter les télé-interprétations et les seconds avis médicaux ;
    • ainsi que l’optimisation des parcours de soins et les gains d’efficience, face à la pénurie des pathologistes et à la baisse de l’attractivité de la spécialité.

     

    3 critères d’évaluation

    Les projets seront évalués par un comité de sélection de l’ARS selon les critères suivants :

    • achat et maintenance d’équipements : scanners de lames, imprimantes d’étiquettes de lames, maintenance… ;
    • déploiement ou acquisition d’un système numérique : analyse des lames numérisées et stockage des données (système de gestion d’images (SGI), interface système de gestion de laboratoire, archivage, etc.) ;
    • intégration au projet médical : cohérence avec le projet médical de la structure et plus largement du territoire.

     

    Cette subvention ne couvrira pas les coûts de fonctionnement, les ressources humaines ou les actions de formation.

    Modalités de financement

    ➡️ Les crédits de soutien proviennent du Fonds pour la modernisation et l’investissement en santé (FMIS) de la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Ils feront l’objet d’un conventionnement par avenant au contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (CPOM) de l’établissement.

    ➡️ La CDC versera les fonds à l’établissement sur présentation des justificatifs des dépenses engagées.

    ➡️ Les demandes de remboursement doivent être effectuées dans un délai de quatre ans, à partir du 1er janvier de l’année suivant l’engagement des crédits par l’ARS, sous peine de perte du droit de tirage.

    ➡️ Le comité de sélection se réserve le droit de subventionner partiellement les projets en fonction du plan de financement proposé.

    ➡️ Les établissements sélectionnés ne doivent pas recevoir un autre financement du Fonds de modernisation pour l’investissement en santé pour ce projet.

     

    📌 Les candidatures doivent être envoyées à l’ARS Normandie, en remplissant le document accessible via ce lien. La date limite de soumission du dossier de candidature est le 16 juillet 2024.

     

  • Données de santé : quel rôle pour la norme OpenEHR dans la gestion des données de santé ?

    Une gestion des données centrée sur le patient

    La norme OpenEHR propose un format standard pour le stockage des données qui permet une gestion indépendante des systèmes d’information clinique. Grâce à cette norme, les hôpitaux peuvent exercer un contrôle complet sur leurs données et en faciliter l’accès. Une indépendance grâce à laquelle les fournisseurs de systèmes d’information peuvent se concentrer sur l’amélioration des fonctionnalités et de l’ergonomie de leurs applications.

    Visant à créer un système de gestion des données de santé à la fois flexible, fiable et interopérable, l’approche OpenEHR combine :

    • des standards techniques rigoureux ;
    • des modèles cliniques détaillés ;
    • des outils logiciels open source ;
    • et des ressources éducatives.

     

    Avantages de la norme OpenEHR :

    1️⃣ Les professionnels du secteur définissent directement le contenu et les aspects sémantiques des solutions mises en œuvre.

    2️⃣ Le développement d’applications est grandement facilité et accéléré par l’utilisation d’outils à faible code.

    3️⃣ L’interopérabilité est intrinsèque à l’architecture de la plateforme, éliminant les problèmes de compatibilité au cas par cas.

    4️⃣ L’approche axée sur les composants permet une gestion informatique flexible et évolutive des soins, facilitant un approvisionnement progressif et adaptable.

    Schéma illustrant l’écosystème d’OpenEHR – @ OpenEHR.org

    Une plateforme indépendante pour les dossiers de santé électroniques

    La mission d’OpenEHR repose sur la création d’une plateforme ouverte et indépendante pour les dossiers de santé électroniques ainsi que les données cliniques et de recherche. La Fondation OpenEHR poursuit cet objectif en suivant trois principes directeurs : la rigueur technique, l’engagement clinique et la fiabilité.

    La plateforme OpenEHR présente de spécifications techniques publiées librement, de modèles cliniques, de logiciels open source et de ressources éducatives. La communauté internationale autour de cette norme développe ces ressources à travers quatre programmes de travail, notamment :

    • un programme de spécification : en créant de spécifications rigoureuses validées par des mises en œuvres pratiques et en participant à l’élaboration de normes internationales ;
    • un programme clinique : en développant des modèles cliniques, des sous-ensembles terminologiques, des requêtes réutilisables et des plans de processus cliniques, et en s’engageant dans des projets de mise en œuvre clinique ;
    • un programme logiciel : en développant des composants et des outils logiciels open source et en participant à des “connectathons” et à des essais de mise en œuvre ;
    • ainsi qu’un programme d’éducation : en produisant du matériel éducatif, en le diffusant en ligne auprès des acteurs de la santé et en collaborant avec les organismes nationaux responsable de la standardisation.

     

    Des cours en ligne pour maîtriser OpenEHR

    Les cours proposés sur OpenEHR offrent une formation complète sur les standards et les spécifications techniques pour la gestion des dossiers électroniques. Ils incluent des modules pratiques sur la création et l’utilisation des modèles cliniques, ainsi que sur le développement et l’intégration des logiciels open source dans l’écosystème OpenEHR.

    La Masterclass OpenEHR se décline en cinq cours en ligne et trois webinaires, offrant un apprentissage accessible à tous, sans prérequis nécessaires. Elle permet à ses participants d’apprendre à leur propre rythme avec des interactions entre pairs et la possibilité de poser des questions aux experts de la norme de stockage des données. Actuellement disponibles dans 24 pays, ces cours en ligne mettent en avant une approche alternative et modulaire pour construire des dossiers électroniques de santé et de services sociaux en collaboration avec plusieurs fournisseurs.

    L’exemple des pays nordiques :

    Se positionnant comme leaders en matière de disponibilité des données de santé, les pays nordiques connaissent un développement des concepts de soins basés sur les données et la recherche. Le cours en ligne dédié à la norme OpenEHR, appelé “Nordic Masterclass OpenEHR” permet de découvrir et monter en compétences sur l’utilisation de la norme openEHR pour améliorer la qualité des dossiers de santé électroniques.

    Patrik Georgii-Hemming, directeur médical en chef du Karolinska University Hospital en Suède, a récemment présenté un exposé sur les soins basés sur les données dans le cadre de la série Nordic Masterclass OpenEHR. Des thèmes tels que la mise en œuvre de la norme OpenEHR au niveau local et le développement coopératif d’applications cliniques y sont abordés.

     

  • Vivatech : un van connecté alimenté par les outils de Withings réalise un bilan de santé

    Un van connecté qui se rend au domicile du patient

    De nombreuses études récentes, notamment celle du rapport de la Cour des comptes et celle de Doctolib, montrent que les Français ont de plus en plus de mal à avoir accès aux soins, notamment à cause de l’augmentation des patients souffrants de maladies chroniques et des médecins généralistes dans l’incapacité de prendre de nouveaux patients. Une inégalité des accès aux soins qui va de pair avec des inégalités territoriales plus globales. Ainsi, de nombreux Français vivent sur des territoires considérés comme des déserts médicaux.

    Pour pallier ce soucis, l’écosystème Software République, qui réunit plusieurs grandes entreprises françaises comme Thales, Renault, Eviden, Dassault Systèmes ou encore STMicroelectronics, a présenté à l’édition 2024 du salon Vivatech, le nouveau concept de sa solution “U1st Vision”. Cette dernière se présente sous la forme d’un van autonome et peut être utilisé pour le recyclage de produits électriques, mais aussi comme un cabinet médical connecté qui va au plus proche du patient qui n’a pas la possibilité d’avoir un accès direct à un médecin.

    Une collaboration avec Withings

    Pour ce qui est du van autonome pour la santé, nommé “Health Pop-Up”, Software République a noué un partenariat avec le français Withings pour permettre à ce cabinet médical connecté de réaliser 85 % des examens médicaux qu’un patient pourrait réaliser chez son médecin traitant, grâce aux objets connectés alimentés par l’intelligence artificielle (IA) présents dans le véhicule. À titre d’exemple, U1st Vision emporte de nombreuses solutions de Withings telle que la balance connectée “Body scan” qui peut prendre différentes mesures en plus du poids, de la masse osseuse, etc. Si la solution Beamo de Withings n’est pas encore disponible sur le marché, l’entreprise française promet de l’intégrer à ce véhicule connecté. Grâce à un tel outil, le patient pourra obtenir un bilan de sa température corporelle, ainsi que de sa santé cardiaque et pulmonaire, en utilisant les capteurs d’électrocardiogramme, d’oxymètre, de stéthoscope et de thermomètre de la solution.

    Même s’il s’agit d’une solution autonome, le patient ne sera pas seul face aux outils connectés dans ce véhicule puisqu’il sera accueilli par un professionnel de santé. Après avoir réalisé son bilan de santé, le patient verra ses données récoltées être transférées vers “Mon espace santé” afin que son médecin traitant puisse le suivre.

     

  • IA : l’OCDE prône l’harmonisation des politiques et l’adaptation des législations

    Une équation complexe

    Le rapport “AI in Health: Huge Potential, Huge Risks“, publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), traite des opportunités et des risques associés à l’implémentation de l’IA dans le secteur de la santé. Il examine les impacts potentiels de l’IA sur les systèmes de santé, les professionnels et les patients, tout en proposant des actions politiques pour encadrer son utilisation. Le rapport aborde plusieurs thèmes dont les bénéfices et risques majeurs de l’IA et fournit des recommandations pour l’opérationnalisation de ses principes dans les politiques et pratiques de santé.

    Transformer les soins et renforcer la sécurité

    L’intégration progressive de l’intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la santé offre la possibilité de libérer jusqu’à 36 % du temps des professionnels de santé en automatisant les tâches administratives. Selon les données disponibles, l’utilisation de l’IA aurait potentiellement permis d’éviter jusqu’à 163 000 décès en Europe en 2023. Cette efficacité accrue offre une opportunité unique d’investir davantage dans les interactions humaines, garantissant ainsi une qualité de soins optimale. L’exploitation des vastes réservoirs de données inexploitées ouvre un horizon de possibilités médicales, révélant des percées telles que la détection précoce de la COVID-19. Cette collaboration étroite entre les organisations de santé et les frontières nationales dessine un avenir où les traitements seront plus personnalisés et préventifs. Parallèlement, dans un paysage où les cybermenaces s’intensifient, l’IA se profile comme un rempart incontournable, capitalisant sur les enseignements d’autres secteurs pour prévenir les attaques numériques et renforcer la confiance dans les outils technologiques essentiels.

    Des risques associés à l’utilisation de l’IA

    L’utilisation de l’IA soulève également des préoccupations quant à la nécessité d’une gouvernance efficace pour superviser son adoption, son utilisation et son développement continu. Le tableau ci-dessous résume les objectifs visés, les risques associés et les principes de l’IA adoptés en 2019 par l’OCDE. Chacun de ces objectifs est confronté à des risques spécifiques, nécessitant une approche stratégique pour garantir une intégration harmonieuse et responsable de l’intelligence artificielle en santé.

    Les objectifs Les risques associés Les principes de l’IA fournit par l’OCDE
    Gouvernance efficace de l’IA en santé Manque de responsabilité claire dans la gestion de l’IA Responsabilité
    Amélioration de l’utilisation de l’IA par le personnel de santé Risque de perturbation du personnel médical déjà surchargé Valeurs centrées sur l’humain et l’équité
    Accessibilité des solutions d’IA en santé Solutions d’IA exclusives ne bénéficiant qu’à une partie de la population Croissance inclusive, développement durable et bien-être
    Transparence et compréhension des solutions d’IA en santé Algorithme biaisé ou manque de transparence Transparence et explicabilité
    Utilisation responsable des données de santé Fuites de données personnelles sensibles Robustesse, sécurité et sûreté

    Les recommandations de l’OCDE

    Dans le rapport, l’OCDE émet des recommandations essentielles visant à guider les politiques de santé et les pratiques en matière d’IA.  Pour garantir une utilisation éthique et responsable de l’IA en santé, il est crucial d’opérationnaliser les principes de l’IA dans les politiques et pratiques de santé. Cela nécessite le renforcement des normes éthiques et de gouvernance pour guider l’utilisation responsable de l’IA, en garantissant la transparence et la responsabilité dans son application. L’engagement des parties prenantes est également essentiel pour assurer une adoption éthique et responsable de l’IA. Les recommandations ci-dessous offrent un cadre essentiel pour une intégration responsable de l’IA en santé :

    ➔ Harmoniser les politiques et adapter la législation pour garantir un accès équitable aux données personnelles de santé, tout en assurant leur anonymisation afin de protéger l’identité, la vie privée et la sécurité des individus.

    ➔ Souligner la nécessité d’une coordination transfrontalière et intersectorielle pour faciliter une meilleure compréhension des interactions entre la santé et d’autres domaines tels que l’environnement, les finances ou les programmes sociaux.

    ➔ Mettre en lumière l’urgence d’une action concertée, appelant les décideurs politiques à façonner activement l’évolution de l’IA dans les systèmes de santé pour garantir des résultats de santé équitables et bénéfiques, tout en respectant les droits des individus.

    Une contribution possible dans 3 domaines

    L’OCDE identifie trois domaines dans lesquels elle peut apporter une contribution significative :

    1️⃣ évaluer et quantifier les opportunités et les risques de l’IA sur les résultats de santé, afin d’articuler comment une IA responsable peut sauver des vies et traiter les individus de manière équitable ;

    2️⃣ soutenir les pays dans l’élaboration et la mise en œuvre de politiques et de codes de conduite en matière de santé, en éliminant les obstacles inutiles à une IA responsable ;

    3️⃣ et établir des références pour le développement des politiques d’IA en santé, favoriser le partage des connaissances et suivre les incidents liés à l’IA pour un apprentissage collectif et une réponse efficace.

     

  • Etude : les outils technologiques moins efficaces que l’humain pour lutter contre l’obésité (Jama)

    Un besoin urgent de traitements peu coûteux contre l’obésité

    L’épidémie d’obésité fait peser de lourdes charges sur les systèmes de santé et pose évidemment des problèmes de ressources humaines. Le besoin de traitements de l’obésité à faible coût mais efficaces, dispensés par la technologie, est donc devenu urgent. Des recherches antérieures ont déjà montré que les outils de santé mobile pour suivre l’alimentation, l’exercice et le poids augmentent l’implication des malades dans leur traitement. Restait à savoir si cet engagement par une perte de poids significative, même en l’absence de toute intervention humaine.

    Tracker d’activité, balance connectée versus accompagnement humain :

    C’est pourquoi une équipe de chercheurs américains de la Northwestern University (Chicago) ont mis en place un essai contrôlé randomisé qui comparait deux approches de traitement. Dans l’étude SMART, 400 adultes âgés de 18 à 60 ans souffrant d’obésité ont été répartis au hasard pour commencer trois mois de traitement comportemental progressif de l’obésité en commençant soit uniquement par le système de rétroaction sans fil (WFS), soit par le WFS plus un coaching en téléconsultation. Les outils technologiques dont ils étaient dotés étaient un tracker d’activité Wi-Fi et une balance transmettant des données à une application smartphone pour fournir un retour quotidien sur les progrès en matière de changement de mode de vie et de perte de poids. Le coaching consistait quant à lui en 12 appels hebdomadaires de soutien de 10 à 15 minutes délivrés par des promoteurs de la santé formés à l’exercice, ainsi que des messages de soutien via des notifications sur l’écran de l’appareil mobile ou des substituts de repas en poudre.

    La prise en charge était progressive car les personnes perdant moins de 230g par semaine bénéficiaient d’une intensification de traitement. Ils étaient alors re-randomisés à l’un des deux niveaux d’intensification du traitement : modeste (ajout d’un composant technologique peu coûteux – messagerie de soutien) ou vigoureux (ajout de la messagerie plus éventuellement coaching ou substitut de repas).

    Les résultats de l’étude SMART ont été publiés le 14 mai dans le Jama.

    Résultats : le coaching humain double la perte de poids

    • La perte de poids à 6 mois était de -2,8 kg pour le groupe « technologie » et de -4,8 kg pour les participants ayant eu en plus du coaching
    • La moitié des participants ont été classés comme non-répondeurs et re-randomisés pour une relance de traitement.
    • L’intensification du traitement dans un second temps n’a pas permis de combler la différence de perte de poids.
    • Il n’y avait aucune différence de changement de poids entre les interventions de relance modeste et vigoureuse.
    • Cependant, 27 % à 29 % de ceux ayant reçu initialement seulement un support technologique avaient atteint une perte de poids de 5 %.

    Ces résultats ont surpris les chercheurs. En effet, « nous avions prédit que commencer le traitement avec la technologie seule permettrait d’économiser de l’argent et de réduire la charge sans compromettre la perte de poids cliniquement bénéfique, car l’augmentation du traitement se produisait si rapidement une fois la perte de poids insuffisante détectée, a déclaré Bonnie Spring, directrice du Centre pour le comportement et la santé et professeure de médecine préventive à la Feinberg School of Medicine de l’Université Northwestern. Cependant, cette hypothèse a été réfutée. »

    Comment l’IA peut imiter l’humain :

    Par conséquent, il semble évident que « donner aux gens uniquement de la technologie pour la phase initiale du traitement de l’obésité produit une perte de poids inacceptablement inférieure par rapport à un traitement combinant technologie et coach humain », a-t-elle ajouté. Clairement, les outils technologiques ne permettent pas de remplacer la relation humaine. Cependant, les auteurs de l’étude estiment qu’« à terme, une technologie plus avancée pourrait être en mesure de remplacer les coachs humains. Nous ne sommes peut-être pas si loin d’avoir un chatbot d’IA capable de remplacer un humain, mais nous n’y sommes pas encore. C’est à portée de main. La technologie se développe très rapidement. »

    Cette étude met aussi en évidence les étapes qu’il reste à franchir. Il s’agit maintenant de déterminer ce que font les coachs humains, ce qui les rend efficaces, et comment l’IA peut mieux imiter un humain, non seulement en termes de contenu mais aussi de ton émotionnel et de conscience contextuelle.

     

     

    * An Adaptive Behavioral Intervention for Weight Loss Management: A Randomized Clinical Trial.

    Spring B, Pfammatter AF, Scanlan L, et al.

    JAMA. Published online May 14, 2024. doi:10.1001/jama.2024.0821