“Il est important d’accompagner les équipes qui ont des projets sur l’intelligence artificielle, et de les aider à les concrétiser en leur permettant de les utiliser dans les établissements” : c’est avec ces mots que Monique Sorrentino, directrice générale du CHU de Grenoble et présidente de la commission numérique de la Conférence des directeurs de CHU, a introduit la table ronde “IA et performance : les CHU à la pointe de l’IA, cas d’usages” qui s’est tenue à l’occasion de l’édition 2024 du salon Santexpo.
L’IA fait désormais partie intégrante des outils numériques disponibles dans les établissements de santé pour prendre en charge les patients d’une manière plus efficace et soutenir les professionnels dans leurs tâches quotidiennes. De nombreux cas d’usage émergent jour après jour : de l’aide au diagnostic à l’aide à la décision, en passant par l’excellence opérationnelle des établissements (pour en savoir plus, voir notre indicateur H&TI sur ce lien). Anne-Marie Armenteras, présidente du think tank Health and Tech, a expliqué que malgré l’explosion des cas d’usage possibles dans les hôpitaux grâce à l’IA, on est encore “à la frontière entre l’expérimentation, la recherche et la mise en place” et qu’il convient de prendre son temps parce que cette technologie est complexe et qu’elle n’est pas encore totalement maîtrisée.
Dans cette table ronde, 3 cas d’usage différents ont été présentés par :
Le dépistage de la dénutrition au CHU de Grenoble :
Alors que près de 30 % des patients hospitalisés souffrent de dénutrition, il est difficile de déceler cette pathologie parce qu’elle nécessite de peser et de comparer la différence de poids de manière récurrente. Pourtant, une prise en charge en amont de la dénutrition permet une réduction de la mortalité à l’hôpital à 30 jours après admission explique le Dr Betry.
En plus de peser ou mesurer l’indice de masse corporelle des patients, une autre façon de diagnostiquer la dénutrition est de s’appuyer sur les données musculaires, notamment celles récoltées dans le cadre de scanners. En comparant les différentes images médicales, les équipes de soignants peuvent déceler une dénutrition chez les patients. Seul problème de cette méthode : l’analyse des images peut prendre jusqu’à 30 minutes par patient, ce qui fait perdre beaucoup de temps médical aux professionnels.
Le CHU de Grenobles finance depuis 2019 un projet basé sur l’IA afin de mettre en place une solution nommée Odiasp qui permet de détecter automatiquement la dénutrition chez le patient grâce à l’analyse des images médicales prises lors des différents examens au scanner du patient. Concrètement, les algorithmes d’IA ont été entraînés avec une multitude d’images de scanner anonymisées pour être en mesure de détecter la dénutrition.
Le Dr Betry explique que ces algorithmes ont été intégrés à une interface logicielle sur laquelle les soignants viennent sélectionner les images du patient avant d’appuyer sur un bouton pour demander une analyse à l’IA. Cette dernière indique alors si le patient présente ou non une dénutrition. L’étape suivante, selon le Dr Betry, serait de faire analyser chaque nuit les dernières images médicales des patients pour savoir chaque matin lesquels d’entre eux souffrent de dénutrition, afin de les prendre en charge le plus tôt possible.
Détection automatique de la dénutrition grâce à la solution Odiasp
Un cas d’usage de l’IA générative au CHU de Montpellier :
Au CHU de Montpellier, Erios, une solution basée sur la Gen AI est actuellement en développement. Elle a été mise en place en testant plus d’une dizaine de grands modèles de langage (GPT, Lama 3, Mistral AI, ainsi que plusieurs modèles open source).
Encore au stade de production, cette solution n’a pas encore fait l’objet de cas d’usage. Le Dr David Morquin a expliqué qu’elle était pour le moment capable de générer différents types de contenus en assurant :
la rédaction de lettres de liaison ;
la rédaction de mails en plusieurs langues à direction de la famille des patients ;
la rédaction de fiches d’information pour que les patients comprennent l’opération qu’ils vont subir ;
la rédaction de fiches de diagnostic ;
la création de tableaux ;
ainsi que la détermination de l’éligibilité d’un patient à des études cliniques en cours.
Le command center du CHU de Nancy :
Au CHU de Nancy, le directeur général, Arnaud Vanneste, a souhaité intégrer l’IA dans la stratégie de son hôpital et a cherché à savoir comment l’IA peut améliorer la vie interne de l’établissement. Ainsi, le CHU utilise des algorithmes de machine learning pour comprendre les processus importants pour son fonctionnement, comme la gestion des parcours patient, la gestion des lits, pour les urgences ou pour les blocs opératoires. Des processus qui sont intégrés dans les command centers.
Pour ce qui est des urgences, tous les processus ont déjà été écrits au CHU de Nancy et vont être repris par les algorithmes d’apprentissage automatique afin de développer des fonctionnalités de prédiction. Cette solution devrait rejoindre le command center dès janvier 2025. Afin d’avoir une bonne organisation interne, les command centers doivent permettre de structurer et de centraliser la donnée et, pour le moment, le CHU de Nancy prévoit de mettre en place des processus de machine learning pour l’automatisation de la gestion des lits, mais aussi des parcours patients, en plus de la gestion des blocs opératoires.
Alors que les soins de premier recours sont reconnus comme importants par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou encore l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de nombreux français ont beaucoup de mal à y avoir accès. C’est en tout cas le constat dressé par la Cour des comptes dans son rapport thématique sur l’organisation territoriale des soins de premier recours, publié le 13 mai 2024, et qui rejoint les résultats de l’enquête publiée par Doctolib sur l’accès aux soins en France (voir article H&TI ici).
Le rapport explique que la difficulté à accéder à des soins de premier recours tient en premier lieu à la modification des comportements des médecins, qui ont notamment diminué les créneaux de soins ouverts en soirée ou les week-ends, couplée à l’augmentation de la demande des patients patients, de plus en plus nombreux. Les chiffres de la Cour indiquent qu’environ 70 % de la charge de travail des médecins généralistes concerne ces patients. S’ajoute à cela la part croissante des patients n’ayant pas de médecins traitants et des médecins qui ne prennent pas de nouveaux patients en consultation. Cette difficulté d’accès s’accentue dans certains territoires, notamment outre-mer : Mayotte compte moins de 30 médecins généralistes pour plus de 300 000 habitants.
Des initiatives des pouvoirs publics jugées insuffisantes
Il y a donc une inadéquation entre l’offre et la demande de soins sur de nombreux territoires du pays et cela malgré une volonté du législateur qui a mis en place plusieurs lois visant à “améliorer la couverture des besoins par des équipes de professionnels de premier recours, disponibles et compétents”. La Cour des comptes prend l’exemple de la loi de juillet 2009 dite “hôpital, patients, santé, territoires” (HPST) qui a posé le principe d’une responsabilité publique “d’organiser les soins de premier recours” tout en confiant aux agences régionales de santé (ARS) la mise en œuvre de ce principe, sans pour autant leur donner des outils “suffisants” pour réaliser cette mission.
Elle souligne que depuis cette loi, d’autres initiatives ont été mises en place pour faire de la modernisation et l’adaptation des soins de premier recours une priorité, notamment avec la stratégie nationale de santé pour les années 2017-2022. Mais là encore, les politiques menées restent “insuffisamment ciblées” et ne permettent pas de mesurer des résultats concrets. Tout en saluant la bonne volonté des pouvoirs publics qui mettent en œuvre ces stratégies, la Cour explique que “le contraste est donc important entre l’ambition des mesures annoncées et le « sentiment d’abandon » que peuvent connaître les habitants des territoires les plus fragilisés”.
Les 7 recommandations de la Cour des comptes au ministère de la Santé
Face à cette faible efficacité des politiques publiques et alors que la difficulté d’accès aux soins de premier recours est à son paroxysme, la plus haute juridiction financière française a émis dans son rapport 7 recommandations à l’intention du ministère de la Santé et de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam). :
1️⃣ inscrire dans les missions des schémas territoriaux de santé la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé ;
2️⃣ établir au niveau national un suivi annuel de la politique d’amélioration de l’accès aux soins de premier recours, placé sous le pilotage administratif du secrétariat général des ministères chargés des affaires sociales ;
3️⃣ prévoir, dans le cadre des négociations conventionnelles entre la CNAM et les médecins libéraux, qu’une part des aides à la création d’emplois d’assistants médicaux soit allouée, de manière distincte, sur des critères de priorités territoriales (par exemple de 50 %) ;
4️⃣ conditionner l’aide apportée aux différentes structures d’exercice coordonné par la signature de protocoles pour développer la coopération entre professionnels de santé ;
5️⃣ encourager les médecins à venir exercer à temps partiel dans les zones manquant de professionnels de santé à court termes en complétant les aides des collectivités territoriales à l’équipement de cabinets secondaires ; et, à plus long terme, en conditionnant toute nouvelle installation dans les zones les mieux dotées en médecins à un engagement d’exercice partiel dans les zones les moins bien dotées ;
6️⃣ étendre aux médecins hospitaliers exerçant dans des centres de santé hospitaliers la possibilité de percevoir une rémunération partiellement indexée sur leur activité, dans des conditions juridiques sécurisées ;
7️⃣ dans les zones manquant de professionnels de santé, confier aux hôpitaux une mission d’intérêt général nouvelle, consistant à déployer des centres de santé polyvalents.
Quelle est la démarche du CHU de Montpellier pour réussir une intégration fonctionnelle de l’IA ? Et qu’en est-il la Gen AI ?
Quand on parle d’IA dans un CHU, il est essentiel de distinguer ses domaines d’application car les besoins qu’ils impliquent, surtout en termes de compétences diffèrent. Le traitement des données médicales, par exemple, nécessite des approches spécifiques et des mesures de sécurité rigoureuses différentes de celles des ressources humaines ou des achats. De plus, chaque domaine a ses propres enjeux et défis.
Un premier axe se concentre sur l’exploitation des données. Il s’agit de comprendre comment enrichir les données disponibles et améliorer leur qualité, notamment grâce à l’exploitation des données textuelles par les techniques de traitement automatisé du langage (NLP). L’objectif est d’exploiter ces données pour le pilotage stratégique et la valorisation d’une part, et pour la recherche clinique et le partage de données rares d’autre part. Un autre objectif est de développer des approches de médecine personnalisée et prédictive.
Le deuxième axe concerne les outils de traitement de l’information au quotidien du travail des soignants. Nous devons réfléchir aux outils qui permettent une meilleure saisie et visualisation des informations. Par exemple, la reconnaissance de voix associée à un traitement par l’IA en mobilité peut grandement améliorer l’efficacité des professionnels de santé, en facilitant l’acquisition mais aussi la structuration et l’organisation des données.
Le troisième axe porte sur la productivité individuelle en dehors des activités cliniques. Il est indispensable de former et d’équiper les professionnels de santé pour qu’ils puissent utiliser l’IA générative dans leur travail quotidien. Cela inclut la gestion de projets, la rédaction d’articles scientifiques, la conception de formations et d’autres tâches importantes qui ne sont pas directement liées aux soins, mais qui sont essentielles au bon fonctionnement de l’hôpital.
Le dernier axe se focalise sur l’assistance à gestion hospitalière. Cela inclut des domaines comme les achats, les finances, la logistique, la planification des ressources et la décarbonation. L’IA peut y apporter des améliorations significatives en optimisant les processus et en réduisant les coûts.
Au CHU de Montpellier, nous avons déjà réalisé une première grande transformation. Un poste de directeur médical en charge de la stratégie de gouvernance des données a été formalisé pour permettre d’assurer une cohérence, une mutualisation et un alignement de toutes les ressources.
Des modèles économiques encore à construire
Quels seraient les freins au passage à l’échelle de solutions d’IA au CHU et comment les lever ?
De manière général en France, l’hôpital fait face à des défis financiers majeurs, qui rendent très difficile les investissements qui seraient nécessaires pour ces technologies. Afin de pouvoir expérimenter et valider ces innovations, il faut aller chercher des financements auprès de l’industrie ou de l’État. Les besoins concernent les compétences dans toute l’ingénierie logicielle pour entrainer et adapter des modèles d’IA mais aussi les infrastructures d’hébergement et les solutions permettant de réaliser des calculs haute performance, ce qui est indispensable pour garantir la souveraineté du traitement des données et diminuer notre dépendance vis-à-vis des prestataires externes.
Pour autant, la multiplication et la diversification des partenariats sont essentielles pour un CHU tant les besoins de nouveaux métiers en lien avec ces technologies sont forts. Nous travaillons avec différents acteurs, comme Microsoft, pour bénéficier de leurs services tout en essayant de contrôler les coûts et d’assurer une certaine indépendance. Nous venons, par exemple, d’annoncer un nouveau partenariat de mécénat avec Dell pour des infrastructures de calcul haute performance.
Comment ces nouvelles technologies devront-elles être financées et quels sont, selon vous, leurs modèles économiques les plus pertinents ?
Les modèles économiques restent à inventer et de nombreuses questions vont se poser : qui paiera le coût de ces technologies ? Le remboursement par l’Assurance maladie, qui représente la grande majorité des recettes d’un hôpital, ne prendra pas en considération ces coûts sans un processus très long d’évaluation du service médical rendu. Si les bénéfices deviennent évidents, qui garantira l’équité d’accès aux soins et l’absence de perte de chance ? Enfin les coûts d’usage sont à ce jour très difficiles à évaluer car nous sommes dans une situation instable avec une évolutivité majeure.
L’intégration de l’IA dans les hôpitaux nécessite une approche multifacette, incluant l’exploitation des données, l’amélioration des outils de traitement de l’information, l’augmentation de la productivité individuelle et l’optimisation des processus de gestion. Pour réussir cette transformation, il est crucial de trouver les financements adéquats, de former les professionnels et de développer des partenariats stratégiques.
La Gen AI pour réinventer l’hôpital de demain
Quelles seraient les transformations nécessaires de l’hôpital pour bénéficier de ces technologies ?
Nos systèmes de santé travaillent depuis plus de 40 ans avec la Pharma, et depuis plus de 20 ans avec les éditeurs de logiciels en santé. Nous avons maintenant quelques années pour trouver la bonne façon de travailler avec les nouveaux entrants que sont les acteurs de l’IA au sein du monde des technologies de l’information.
A court terme, nous devons nous concentrer sur l’acculturation et la formation précoce des professionnels de santé et sur l’identification de filières universitaires spécialisées pour préparer les futures générations à ces transformations. Si ces questions ne sont pas anticipées, le risque est de se retrouver face à un système construit par des acteurs différents (par les Gafam notamment, avec des biais dans les modèles de données, dans les valeurs intégrées dans les algorithmes et le fonctionnement de l’IA) de ceux qui l’utilisent, créant des incohérences à long terme. Nous devons également valoriser les compétences indispensables à cette transition. Cela pourrait nécessiter des changements législatifs pour reconnaître officiellement ces rôles et intégrer ces compétences dans les fiches de poste des professionnels de santé.
Pour l’hôpital de demain, l’intégration de technologies de plus en plus puissantes et intelligentes pose des défis à tous les niveaux : stratégique, opérationnel et individuel. Il y a une certaine difficulté à appréhender de façon collective la transformation que cela impliquera. Les dernières publications soulèvent de nombreuses questions sur l’évolution de la médecine, notamment avec l’IA multimodale qui combinera l’imagerie, les dossiers médicaux et la génétique pour définir et surveiller des stratégies de prise en charge. L’hôpital devra évoluer lorsque ces innovations prouveront leur efficacité et leur supériorité par rapport aux dispositifs actuels. Par ailleurs, nous n’avons pas encore mesuré la transition entre l’IA classifiante que nous connaissons depuis une quinzaine d’année, qui justifie un apprentissage sur un grand volume de donnée pour accomplir une ou deux tâches, et l’IA générative dont les modèles, une fois entraînés, peuvent réaliser un nombre illimité de tâches, ce qui change profondément l’univers des possibles et les conséquences pour les hôpitaux. Je ne pense pas que nous puissions nous contenter d’être de simples spectateurs. Nous devons, au contraire, mettre en œuvre intelligemment ces innovations pour en tirer pleinement parti.
Le rapport annuel 2023 du HDHsouligne les avancées réalisées par la Plateforme des données de santé, dans le cadre de la feuille de route pluriannuelle 2023-2025, avec des initiatives visant à réduire les délais d’accès aux données, à enrichir la base du SNDS, à renforcer les connexions avec les acteurs de l’écosystème et à coconstruire une culture de la donnée de santé avec la société civile.
Pendant cette année, le HDH a ainsi œuvré pour améliorer la transparence et l’impact des données de santé, illustrant son rôle en tant qu’acteur clé de la santé publique en France. Il a été au cœur de nombreuses initiatives de recherche. Parmi les principaux points à retenir de cette période :
le lancement de plus de 100 projets innovants, dont 41 impliquant l’utilisation de l’IA ;
l’intégration de 10 bases de données supplémentaires au catalogue du SNDS ;
la participation à 4 projets internationaux et à des collaborations avec des acteurs Québec, témoignant de son rayonnement à l’échelle mondiale ;
et, au niveau national, l’intervention dans 176 d’événements, signe de l’engagement du HDH auprès de la société et de l’écosystème de la recherche.
Des réponses à 4 enjeux stratégiques
Au cours de l’année précédente, le HDH a entrepris diverses actions pour répondre à chacun des 4 enjeux identifiés dans sa feuille de route stratégique :
📌 Enjeu 1 : “réduire les délais d’accès aux données de santé et multiplier les projets impactants”
simplification des procédures : plus de 540 projets ont alimenté le baromètre de suivi ;
mise à disposition de données de qualité : accompagnement de 10 responsables de données du catalogue SNDS ;
soutien aux projets : lancement de 11 appels à projets (AAP) ;
mutualisation des connaissances : organisation de 3 compétitions Data Challenges ;
renforcement de l’attractivité : plus de 200 participants à l’événement “Start-up connect” et plus de 300 à la “Summer School AI4Health”.
📌 Enjeu 2 : “mettre à disposition les données de la base principale, l’enrichir et faciliter sa réutilisation”
développement de l’expertise du HDH : soumission de plus de 600 projets mobilisant la base principale du SNDS ;
enrichissement de la base de données : contribution à l’enrichissement continu de la base de données principale du SNDS ;
maintien de la plateforme : garantie de la fonctionnalité et de la sécurité de la plateforme.
📌 Enjeu 3 : “renforcer les connexions du Health Data Hub aux acteurs de l’écosystème”
renforcement du travail partenarial : multiplication des collaborations avec les acteurs locaux ;
présence au niveau européen et international : collecte de plus de 6 000 contributions pour la création de l’espace européen des données de santé (EHDS) ;
harmonisation des normes : travail sur les standards et la gouvernance pour faciliter le partage et la valorisation des données.
📌 Enjeu 4 : “être à l’écoute de la société civile et co-construire une culture de la donnée de santé”
information sur les enjeux : plus de 2000 connexions pour les 8 premiers webinaires ;
écoute et implication : développement de partenariats avec les associations d’usagers ;
accompagnement des personnes concernées : mise en place de ressources pour exercer leurs droits.
Accès aux données : plus de transparence et d’efficacité
En 2023, l’accès aux données de santé a connu une dynamique importante, avec un total de 303 projets déposés au guichet, dont 296 pour une autorisation de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). Parallèlement, 7 demandes d’accès à l’échantillon du SNDS ont été enregistrées. Cette année a également été marquée par une augmentation significative des projets relevant d’une méthodologie de
référence (MR), au nombre de 1 449. Dans le même temps, le répertoire public des projets utilisant des données de santé a vu son nombre augmenter de près de 2 000, atteignant un total de plus de 7 500 projets répertoriés.
Dans une démarche visant à rendre le processus d’accès aux données plus efficace et transparent, tout en assurant la sécurité et la protection des données personnelles, des efforts concertés ont été entrepris par le HDH afin de :
simplifier les formulaires du répertoire ;
garantir la conformité aux obligations de transparence ;
et favoriser une meilleure coordination avec la Cnil.
L’Espace Innovation du salon Santexpo 2024, porté par le Fonds FHF, est une plateforme dédiée à la découverte de solutions novatrices dans le secteur de la santé. 8 thématiques y ont été mises à l’honneur cette année, dont le grand âge, le handicap et la santé mentale. Pour exposer leurs solutions dans cette véritable vitrine de l’expérience santé de demain, 170 entreprises ont répondu à un appel à candidatures lancé en novembre dernier. Après étude des candidatures et sessions de pitchs, 24 projets innovants ont été sélectionnés (voir cet entretien H&TIavec Guillaume Mercy, directeur du Fonds FHF, pour plus de détails sur les catégories retenues et les candidatures reçues).
Au final, 3 projets par catégorie ont été retenus pour exposer dans l’Espace Innovation du Fonds FHF. Les lauréats de chacune des 8 catégories ont été dévoilés le 21 mai et se sont vu remettre le prix de la meilleure innovation sur l’Agora de l’Espace Innovation. Il s’agit de :
Pour comprendre l’histoire de la maladie d’un patient, le médecin peut prendre plusieurs dizaines de minutes, voire plus d’une heure lorsque le dossier médical du patient comporte plusieurs documents. Si cette tâche est cruciale pour pouvoir poser un bon diagnostic, la consultation du dossier médical peut s’avérer fastidieuse et chronophage. Un temps qu’il ne pourra pas consacrer à d’autres patients, ce qui peut allonger les délais d’attente. Cette tâche peut aussi être perçue par le professionnel de santé comme éloignée de son cœur de métier, car les parcours des patients sont de plus en plus longs et complexes à comprendre et comportent donc beaucoup d’informations à rechercher et à analyser, parfois sous plusieurs formats.
Docaposte – qui avait annoncé un partenariat avec NumSpot et Mistral AI en octobre 2023 pour créer sa première solution souveraine de Gen AI en santé – a dévoilé l’outil “Dalvia” lors du salon Santexpo de cette année. Accompagné de David Gruson, CEO d’Ethik IA, OlivierBarets, directeur général adjoint Marketing et Partenariat chezLa Poste Santé & Autonomie, a présenté la solution qui, sous la forme d’une application mobile, doit permettre aux professionnels de santé d’économiser jusqu’à plus d’une heure de travail par jour et par personne, grâce à la production automatique de comptes rendus.
Générer des synthèses à partir du DPI
Le salon Santexpo a été l’occasion pour la filiale de La Poste de mettre en place un stand qui a servi de lieu de démonstration de sa nouvelle solution Gen AI. Toutes les 20 minutes, les professionnels de La Poste Santé & Autonomie ont réalisé des démonstrations de cet outil, comme l’a rappelé Olivier Barets, “qui possède un cadre totalement souverain et éthique”, car il a été développé entièrement par Docaposte et ses partenaires, et les données sont stockées dans des serveurs français.
Concrètement, l’application mobile de Docaposte – qui vise à s’intégrer à terme dans les logiciels des dossiers patient informatisés (DPI) de tous les hôpitaux français – compile les documents contenus dans le dossier du patient pour réaliser des synthèses facilitant la compréhension du médecin ou des lettres de liaison à destination d’autres professionnels de santé. Le médecin peut donc sélectionner manuellement quel type de document il souhaite intégrer dans cette synthèse (générale ou spécialisée, comme en oncologie) avant de demander à l’application de la générer. Il en va de même pour les lettres de liaison : le médecin coche les informations les plus pertinentes contenues dans le dossier du patient afin de produire une lettre pour son confrère. Docaposte a insisté sur le fait que ces synthèses et ces lettres ne sont pas stockées dans les serveurs de l’application et peuvent être conservées ou envoyées uniquement par le médecin qui les a créées.
Démonstration de la solution Dalvia lors du salon SantExpo 2024 – @ Health & Tech Intelligence
Une solution en test dans 3 établissements :
La version de Dalvia présentée à Santexpo sera disponible dès septembre 2024. Elle est actuellement en test dans 3 établissements français : l’hôpital Foch, le GHT Bourgogne Méridional et le GHT du Limousin. L’équipe de La Poste Santé & Autonomie a expliqué lors des démonstrations de l’application que de nombreux établissements qui ont découvert la solution lors du salon souhaitent la tester le plus rapidement possible.
Plusieurs niveaux de maturité, l’Allemagne encore en discussion
Cette table ronde réunit des acteurs catalan (Jordi Piera Jimenez), belge (Pr Jan De Maeseneer), allemand (Dr Helmut Hildebrandt, CEO d’Optimedis) et anglais (Pr Salman Rawaf). L’idée de ce panorama est d’ouvrir le champ des possibles, alors que la France commence à s’engager dans cette voie. Si l’approche et les objectifs d’une transformation vers des modèles intégrés (visant la prévention et le maintien en santé par un travail commun des acteurs sur des Territoires) sont remarquablement similaires, le panel révèle que :
aujourd’hui on observe plusieurs niveaux de maturité;
l’Allemagne encore en discussion ;
un accent fort est mis sur les soins primaires ;
une vision territoriale est mise en place en catalogne comme en Allemagne.
Chaque pays tente de développer puis de déployer un modèle qui répond aux caractéristiques propres du pays ou de chaque région, face au triple défi des pathologies chroniques et du vieillissement, des tensions sur les ressources notamment humaines et de l’augmentation des coûts.
Une vision territoriale en Catalogne
Après une brève introduction Jordi Piera Jimenez a rappelé les trois composants principaux sur lesquels s’appuie cette intégration pionnière:
une évaluation complète des besoins réalisée avec la participation de différents professionnels de santé ;
un plan de soins partagé dans tout le système de santé: ainsi, tout le monde est au courant de ce qui se passe pour cette personne spécifique;
des parcours de soins communs intégrés: des parcours de soins à domicile qui permettent ces transitions pour le patient.
Au sein d’un établissement de soins important, on sait que l’on peut trouver jusqu’à 200 à 400 systèmes d’information différents, utilisant des données provenant de différentes sources ou fournisseurs, et donc l’interopérabilité est un déterminant, enjeu majeur de la santé intégrée. Jordi Jimenez ajoute que pour la santé intégrée, il faut assurer une parfaite interopérabilité entre les différents acteurs impliqués : soins primaires, spécialisés, intermédiaires et social. L’objectif majeur est donc de mettre en place cette interopérabilité dans les 5 ans à venir, pour pouvoir passer d’organisations verticales actuellement fonctionnelles, à une organisation complètement transversale.
D’ici 5 ans, l’objectif est de placer les données au centre de la modélisation afin de faciliter la création d’applications autour de ces données, offrant ainsi une meilleure expérience aux patients ainsi qu’aux professionnels de santé.
Au Royaume Uni, un grand système de santé s’appuyant sur des comités et des partenaires
Alors que les lignes directrices sur la préparation de stratégies de soins intégrés ont été publiées pour la première fois en juillet 2022, le Pr Salman Rawaf rappelle que le système de santé anglais est une base très solide (76 ans de culture) , tout en faisant face à de nombreux défis.
En juillet 2022, la Health and Care Act 2022 a remplacé les CCG (Clinical commission Group). avec 42 ICS ( Integrated care system) , chacun possédant un conseil de soins intégré (ICB) – un organe statutaire avec une constitution approuvée – responsable de ses performances et de ses dépenses. L’ICS couvre la prévention, le travail sur les déterminants de santé, la gestion de la santé populationnelle, la conception des parcours de soins , l’évaluation et la priorisation, et les inégalités. Il ajoute que ces 42 organisations, appelées ICS (services de soins intégrés), réussissent à faire ce qui est appelé une intégration responsable. Il s’agit de professionnels de santé, de gestionnaires, de personnes locales pour établir l’intégration entre le gouvernement central et le gouvernement local. Cela est défini par la loi.
Association de gestion financière des soins de santé. Finances du NHS . Bristol : HFMA, 2022.
Selon l’intervenant, les raisons qui rendent nécessaire cette intégration sont:
l’âge des populations: avec le vieillissement de la population, il existe de nombreux types de soins. Selon une évaluation conjointe de l’Imperial collège et de la School of Economics, évaluant plus de 100 systèmes de santé à travers le monde, en examinant attentivement l’impact et le long terme pour les 30 à 45 prochaines année, un changement radical dans la manière de délivrer les soins est nécessaire du fait de ce vieillissement ;
l’escalade du coût par patient particulièrement élevé en hôpital, bien que le coût par patient en UK soit très bas comparé aux États-Unis et au reste des pays européens , qui implique de renforcer la place des soins primaires;
de l’importance des maladies chroniques complexes, avec multimorbidités: ces patients sont souvent incapables d’obtenir une continuité des soins. La nécessité d’évaluer cette fragmentation des soins qui ne fera qu’augmenter à mesure que les gens continueront à vivre plus longtemps, avec des comorbidités plus complexes et de plus grandes inégalités en matière de santé. Les soins intégrés visent à résoudre ces problèmes en étant centrés sur la personne, en plaçant les besoins et les expériences des individus au cœur de la manière dont les services sont organisés et fournis. dont ils ont besoin dans un système où les services individuels ne sont pas coordonnés ou ne communiquent pas efficacement ;
le besoin d’un parcours unique adapté à chaque patient, incluant une communication efficace entre des services qui n’auraient jamais pu communiquer entre eux auparavant ;
la volonté de rendre le système de santé plus efficace, en réduisant la duplication des soins par différents services et en diminuant les délais d’attente résultant des transferts de soins. Ce n’est pas une tâche facile et certains aspects ne sont pas correctement pris en compte par la structure . Par exemple, les longs temps d’attente des ambulances et les blocages de lits, souvent dus à l’incapacité de libérer des patients médicalement aptes, seraient en partie causés par un personnel de protection sociale insuffisant ce problème pourrait ne pas être sous le contrôle d’un ICS ;
permettre la lutte contre les inégalités en matière de santé.
L’une des missions d’un ICS est de lutter contre les inégalités en matière de santé. Le coût des inégalités de santé pour le NHS rien qu’en Angleterre a été estimé à 4,8 milliards de livres sterling par an pour la période de 2011-2029, ce chiffre n’aura fait qu’augmenter à mesure que les inégalités se sont creusées – en effet, en 2022, on a estimé que les inégalités de santé coûtaient aux Gallois 322 millions de livres Sterling par an.(Source NHS)
Partenaires PCN=réseau de soins primaires ; A&E=accident et urgence ; NHSE&I=NHS England et NHS Improvement ; CQC=Commission de la qualité des soins ; LGA=Local Government Association Dixon J. Systèmes de soins intégrés : architecture d’un ICS et défi de la DO. Londres : NHS England et NHS Improvement, 2021.
Belgique: une approche territoriale avec un renforcement de la première ligne de soins
L’organisation du système de santé est fortement guidé par le Quintuple Aim (5AIM), qui vise à améliorer les soins par le biais de 5 objectifs :
améliorer l’expérience des soins pour les personnes ;
améliorer des résultats en matière de santé au niveau de la population ;
obtenir plus de valeur avec les mêmes ressources grâce à une utilisation plus efficace des ressources disponibles ;
améliorer le bien-être des professionnels de santé et du secteur social ;
améliorer l’équité en santé et dans le secteur social (Cohésion sociale et inclusion).
A ces cinq principes , Jan De Maeseneer ajoute un 6e principe: l’ impact du changement climatique et la diminution de l’empreinte écologique du système de santé.
La Belgique a mis en place une organisation sur plusieurs niveaux : nano, micro, primary care zones, macro…
Dans un premier niveau d’analyse (nano) Jan de Maessener souligne que la rencontre et l’interaction avec patient et donc la perception de la qualité des soins est un élément essentiel pour le développement du système de soins intégrés. Il reviendra alors d’investir dans la formation des professionnels de santé.
Au niveau Micro, avec le centre de santé communautaire ( qui réunit tout type de professionnels de santé et du social),
Au dessus, il existe le social primary care zone, adressant environ 125 000 habitants) (pour la Flandre, 60 local primary care zones), permettant une collaboration multidisciplinaire et intersectorielle, gouvernée par un « primary care board »
Le plan interfédéral des soins intégrés – 2023 – correspond au niveau macro
Une solution numérique, « Belgium Integrated Health Record » ALIVIA (initiative Flamande), rend possible la mise en place de la santé intégrée. La conception a démarré en 2021, l’implémentation est en cours.
Le rôle de l’intégration des soins primaires :
Jan De Maeseneer explique que “travailler ensemble consiste principalement à recentrer ce que l’on peut faire au niveau primaire, puis à avoir un bon soutien et à rendre cela possible” :
dans un premier niveau d’analyse (nano) Jan De Maeseneer souligne que la rencontre et l’interaction avec patient et donc la perception de la qualité des soins est un élément essentiel pour le développement du système de soins intégrés. Il reviendra alors d’investir dans la formation des professionnels de santé ;
“ce que nous avons découvert dès le début, c’est que l’intégration des soins sociaux et des soins de santé est extrêmement cruciale, non seulement à cause des politiques des déterminants sociaux de la santé et des soins sociaux, des conditions de vie, etc., mais aussi en raison de notre passage à des maladies chroniques qui nécessitent des adaptations d’infrastructures informelles et autres”, selon Jan De Maeseneer ;
et puis, bien sûr, il y a cette question de la continuité, qui est également une question importante. Il faut être là pour sa population pour être responsable, car cela touche aussi la confiance que la population a dans le système de santé et dans la société en général, car les soins de santé sont un moment où l’appréciation des individus pour la société se forme, car il y a des moments dans la vie qui sont vraiment très significatifs. C’est donc une interface très importante avec la société.
Allemagne : en plein débat sur un modèle d’intégration à base régionale (OptiMedis)
Le modèle de soins intégrés OptiMedis est apparu en 2005 à la suite de réformes en Allemagne visant à promouvoir la coordination des soins. Le modèle de soins, qui fonctionne dans la région ouest (état de Hesse) et sud-ouest (état de Bade-Wurtemberg) de l’Allemagne, vise à améliorer l’expérience des patients et la santé de la population. Parmi les défis évoqués, le PDG d’OptiMedis souligne la situation du marché en Allemagne, en raison de l’échelle des systèmes administratifs nationalisés et d’un système d’avantage orienté vers une gouvernance autocentrée.
L’objectif de la mise en place de la santé intégrée n’est pas que financier, souligne t il. Toutefois, un impact financier a pu être évalué, et ainsi une économie générée mise en évidence. Selon le Dr Hildebrandt, « la différence d’environ 6 à 7 % peut être attribuée à une meilleure médecine, à une meilleure prise en charge des patients dans le processus de réorganisation, d’organisation des soins de santé, de parcours coordonné, de la mise en place de prévention tertiaire et secondaire, et à la prise en compte de la personne du patient, . » s’ajoutent également une plus forte autogestion du patient, et une meilleure équité d’accès aux soins. Il ajoute qu’il y a plusieurs discussions en Allemagne sur la réforme des soins de santé. Une partie de la réforme des hôpitaux qui est au centre de la condition du gouvernement, c’est de développer une proposition pour développer l’intégration des soins dans tous les secteurs.
Le modèle OptiMedis favorise la coordination des soins dans tous les secteurs en mettant l’accent sur la prévention et introduit des interventions fondées sur des données probantes pour répondre aux besoins de santé identifiés. Ce faisant, il vise à atteindre les quatre objectifs suivants (également appelés « approche à quatre objectifs ») :
améliorer l’expérience de soins des patients (qualité et satisfaction) ;
améliorer la santé de la population ;
réduire le coût des soins de santé par habitant ;
Améliorer l’équilibre travail/vie personnelle pour les prestataires de soins de santé.
Impact financier, économie générée après un parcours de soins optimisé
Selon le Dr Hildebrandt, “la différence d’environ 6 à 7 % peut être attribuée à une meilleure médecine, à une meilleure prise en charge des patients dans le processus de réorganisation, d’organisation des soins de santé, et à la prise en compte de la personne du patient.” Il ajoute qu’il y a plusieurs discussions en Allemagne sur la réforme des soins de santé. Une partie de la réforme des hôpitaux qui est au centre de la condition du gouvernement, c’est de développer une proposition pour développer l’intégration des soins dans tous les secteurs.
Une enquête basée sur l’analyse de 2 M de consultations
Alors que le manque de personnel à l’hôpital est à l’origine de difficultés d’accès aux urgences, l’accessibilité à la médecine de ville se présente comme un sujet aussi important. En effet, la difficulté pour un patient d’accéder à un médecin, pour le suivi de sa pathologie ou après l’apparition de certains nouveaux symptômes, pourrait avoir des conséquences graves sur sa santé et l’obliger à se rendre aux urgences.
Conscient des inégalités d’accès aux soins de médecine de ville, Doctolib a publié en avril 2024 une enquête intitulée “Cartes de France de l’accès aux soins. Soignants et patients face aux inégalités territoriales.” Ce dernière repose sur une analyse de plus de 2 millions de consultations opérées par près de 75 000 médecins utilisateurs de la plateforme de prise de rendez-vous, du 1er janvier au 31 décembre 2023. Que cela concerne les consultations en cabinet ou les téléconsultations, le constat dressé dans ce rapport montre que les Français ont encore beaucoup de difficultés d’accès aux soins – en fonction de leur lieu de résidence ou de la spécialité recherchée.
Le délai entre la prise de rendez-vous et la consultation se prolonge :
Les principaux résultats de l’enquête montrent une augmentation générale – par rapport aux années précédentes – des délais entre la prise de rendez-vous et la consultation, que ce soit en médecine générale ou auprès de spécialistes. Par exemple, la carte de Doctolib révèle une baisse de 3 points par rapport à 2021 du pourcentage de consultations réalisées en moins de 48 heures chez un médecin généraliste (41 % en 2023 contre 44 % en 2022). Elle indique également une augmentation de 9 jours du délai médian entre la prise de rendez-vous et la consultation chez un cardiologue (33 jours en 2021 contre 42 en 2023).
Malgré l’analyse de 2 millions de prises de rendez-vous qui ont abouti à des consultations en 2023, Doctolib explique que les statistiques retenues dans le cadre de cette enquête “ne concernent que les utilisateurs ayant recours aux outils Doctolib Patient et Doctolib Téléconsultation et ne sont donc pas représentatives de l’ensemble des réalités d’accès aux soins dans les territoires”. De plus, la licorne explique que deux des autres limites de cette enquête sont que les statistiques ne permettent pas d’avoir de la visibilité sur les recherches de rendez-vous qui n’aboutissent pas, ni sur les consultations réalisées sans rendez-vous et que cette analyse ne permet pas d’obtenir une échelle spatiale plus précise que l’échelle départementale, alors qu’il peut y avoir des inégalités d’accès aux soins au sein même des bassins de vie.
Des inégalités en fonction des territoires et du type de soins
Dans son enquête, Doctolib constate deux grands types d’inégalités : celles liées à l’accès aux soins selon les territoires et celles associées au type de soins requis.
Des inégalités d’accès inhérentes aux disparités territoriales :
Concernant la disparité d’accès aux soins selon les régions, l’enquête révèle que les inégalités de santé se reflètent dans les disparités géographiques françaises. On observe ainsi que l’Île-de-France, les côtes méditerranéenne et atlantique, ainsi que les départements abritant d’importants pôles urbains et/ou universitaires affichent généralement des délais médians d’obtention de rendez-vous plus courts pour toutes les spécialités. En revanche, dans 8 régions, de nombreux départements (soit 14 au total) présentent des délais médians entre la prise de rendez-vous et la consultation qui sont au moins deux fois supérieurs à la moyenne nationale, pour au moins trois professions : l’Occitanie, la Bourgogne-Franche-Comté, le Centre-Val-de-Loire, la Nouvelle-Aquitaine, l’Auvergne-Rhône-Alpes, la Normandie, la Bretagne et les Hauts-de-France.
Pour certaines spécialités, les disparités dans l’accès aux soins sont considérables : en ophtalmologie, en dermatologie et en pédiatrie, il existe plus de 90 jours de différence entre les départements où les délais sont les plus rapides et ceux où ils sont les plus longs.
Des délais médians de plus d’un mois pour certaines spécialités :
Les disparités d’accès aux soins selon le type de soins se divisent en deux catégories : d’une part, les soins primaires qui affichent des délais médians plutôt courts entre la prise de rendez-vous et la consultation, et d’autre part, les soins spécialisés avec des délais médians variant de 15 à 30 jours, voire plus d’un mois.
Les soins primaires, tels que les consultations avec des médecins généralistes (3 jours), des masseurs-kinésithérapeutes (6 jours), des pédiatres (7 jours), des sages-femmes (11 jours) ou des chirurgiens-dentistes (11 jours), présentent des délais médians d’attente inférieurs à 15 jours. Les consultations avec des psychiatres (16 jours), des gynécologues (22 jours) et des ophtalmologistes (26 jours) affichent des délais médians d’attente compris entre 15 jours et 1 mois. Seules deux spécialités enregistrent des délais médians d’attente dépassant un mois : la dermatologie (36 jours) et la cardiologie (42 jours).
Par ailleurs, la téléconsultation apparaît comme une solution pour obtenir un rendez-vous médical plus rapidement, car pour toutes les professions comptant plus de 10 % d’utilisateurs en téléconsultation, les délais médians d’attente entre la prise de rendez-vous et la consultation sont plus courts pour presque tous les types de soins. Par exemple, le délai médian d’attente pour une consultation avec un généraliste ou un pédiatre est d’un jour, et pour une consultation avec un cardiologue, ce délai médian est de 8 jours, contre 42 jours pour une consultation en cabinet.
Tableau des temps médians d’attente entre la prise de rendez-vous et la consultation en fonction des différents types de soins (chiffres pour l’année 2023) – Doctolib
L’IA comme levier d’efficience
En se basant sur les conclusions de l’enquête et sur son expérience professionnelle, un médecin membre du comité médical de Doctolib a examiné l’impact des outils numériques sur la réduction des difficultés d’accès aux soins. Outre la téléconsultation, qui a montré une diminution des délais médians d’attente, il souligne l’importance de l’IA.
Selon lui, l’intégration de l’IA dans certains logiciels permet d’améliorer la qualité des consultations. Les outils dotés d’IA, comme son logiciel de retranscription des échanges avec les patients, lui permettent de se concentrer davantage sur le contenu des consultations tout en étant plus efficace dans ses interactions avec son équipe. D’autres logiciels, non alimentés par l’IA, contribuent également à répondre aux impératifs de santé publique en identifiant facilement les patients polymédiqués pour limiter la prescription de nouveaux médicaments, ou en facilitant l’information des patients nécessitant un rappel de vaccination.
Il espère que dans le futur, l’IA permettra de coder automatiquement les informations issues des consultations, permettant ainsi aux professionnels de santé de mieux identifier les besoins de leurs patients et de la population en alimentant des entrepôts de données publiques pour la recherche.
Lignes surchargées, patients mal orientés, standardistes à deux doigts de l’épuisement professionnel… le standard des établissements de santé, qui est la porte d’entrée pour les patients appelants, est tant une nécessité pour les hôpitaux, qu’un trou dans le budget si celui-ci fonctionne mal ou ne permet pas aux patients d’être correctement orientés.
Pour permettre au personnel de l’établissement d’orienter plus justement les patients et de mieux se concentrer sur les besoins de chacun d’entre eux, la société américaine Parlance a développé une solution d’IA qui se présente sous la forme d’un agent conversationnel qui va être le premier interlocuteur du patient lorsqu’il appelle le standard de l’hôpital.
Créé en 1996, Parlance est une entreprise basée à Woburn (Massachussetts) qui a à cœur de réduire l’épuisement des professionnels grâce à la mise en place d’outils d’IA qui conversent avec les appelants. Que ce soit dans les domaines de la santé, de l’éducation ou encore pour les industriels, les logiciels de Parlance permettent de guider l’appelant vers les bons professionnels, le plus rapidement possible et sans surcharge du personnel.
Traiter plusieurs appels en même temps grâce à l’IA
La solution d’IA de Parlance nommée IVA va se substituer à la personne du standard de l’hôpital qui répond à l’appel de chaque patient. Grâce à l’entrainement du modèle d’IA avec un nombre important de données vocales, l’outil de Parlance va comprendre les besoins du patient – qui va s’adresser à lui comme il le ferait avec un standardiste humain – et va même parfois prédire en amont le service vers lequel il convient le mieux de l’orienter en fonction de ses réponses.
Concrètement, le patient n’aura pas besoin d’être baladé de services en services et pourra voir sa demande être rapidement comblée qu’il s’agisse de la prise d’un rendez-vous, ou de l’orientation vers le professionnel médical le plus compétent. Cela permet aussi de réduire les appels auxquels doivent répondre les standardistes, ce qui va réduire les tâches répétitives de leur emploi et à fortiori réduire leur épuisement professionnel et les coûts pour l’établissement. S’agissant d’un agent conversationnel, ce dernier pourra répondre à plusieurs appels de patient en même temps, chose impossible pour le standardiste.
Une réduction des couts pour plusieurs groupes hospitaliers :
La solution IVA de Parlance est disponible dans de nombreux groupes hospitaliers américains – parce que l’agent conversationnel ne communique et ne comprend pour le moment que l’anglais – et a déjà démontré sa valeur ajoutée.
The Valley Health System qui est un groupe hospitalier de 6 établissements situés à Las Vegas faisait face à de nombreuses plaintes d’épuisement professionnel de la part de ses employés. En effet, les 13 opérateurs qui se chargent de répondre aux appels sont confrontés chaque jour à près de 3500 appels, ce qui est épuisant et ce qui ne permet pas non plus aux patients de bénéficier de la meilleure expérience et d’être guidés de la meilleure des manières. Pour compenser les burnouts, l’entreprise devait recruter et former du personnel régulièrement ce qui représente un énorme coût.
Après avoir fait le choix d’utiliser la solution d’IA de Parlance, les appels qui nécessitent l’intervention d’un humain ont été réduits de moitié, ce qui permet actuellement d’utiliser plus efficacement le personnel et d’éliminer les temps d’attente des appelants, pour leur offrir une expérience plus agréable, les opérateurs étant plus à même de fournir un service plus personnalisé. Lors de l’ouverture de son sixième hôpital, la solution de Parlance a permis à The Valley Health System de ne pas avoir à embaucher de nouveaux standardistes pour répondre aux appels des patients de ce nouvel établissement.
L’excellence opérationnelle vise à améliorer les processus organisationnels pour atteindre une efficacité maximale. Dans le secteur de la santé, cela inclut l’optimisation des chaînes d’approvisionnement, la gestion des flux de travail et l’amélioration de la qualité des soins aux patients. L’Industrie 4.0 introduit des technologies avancées telles que les objets connectés (IoT), l’intelligence artificielle (IA), la robotique, et la blockchain dans les systèmes de santé, transformant ainsi la manière dont les opérations sont menées et comment les services sont gérés.
Les auteurs ont réalisé une revue systématique de 102 documents publiés entre 2011 et 2022, provenant de la base de données Scopus. En plus des tendances de publication et de la répartition géographique des recherches, leur analyse a permis d’identifier quatre clusters thématiques et de proposer des orientations pour de futures recherches.
Résultats
La recherche sur l’excellence opérationnelle et la santé 4.0 a connu une croissance significative, bien que certaines régions du monde soient sous-représentées.
La majorité des publications proviennent d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie, tandis que l’Afrique et l’Amérique du Sud sont moins représentées :
Distribution géographique des publications – @ Detwal et al. (2023)
Les publications ont augmenté de manière exponentielle après 2015, illustrant un intérêt croissant pour le sujet :
Tendances des publications sur le numérique et l’excellence opérationnelle entre 2011 et 2022 – @ Detwal et al. (2023)
Clusters thématiques identifiés :
📌 Technologies et outils :
L’IA est principalement utilisée pour l’analyse prédictive, l’aide à la décision et l’automatisation des processus cliniques.
L’IoT permet la surveillance à distance des patients et la gestion des dispositifs médicaux.
La blockchain assure la sécurité et la transparence des données de santé.
📌 Défis organisationnels :
La résistance au changement, le manque de formation et les préoccupations en matière de confidentialité sont des obstacles majeurs à l’intégration de nouvelles technologies dans les systèmes existants.
Les organisations doivent adapter leurs structures et processus pour tirer pleinement parti des technologies H4.0.
📌 Impact sur les soins :
Les technologies numériques contribuent à des diagnostics plus précis, une meilleure gestion des maladies chroniques et une réduction des erreurs médicales.
Elles permettent également une personnalisation accrue des soins et une meilleure satisfaction des patients.
📌 Cadres théoriques :
Les cadres proposés incluent des modèles d’évaluation de l’impact technologique et des stratégies de gestion du changement.
Ces cadres aident les décideurs à planifier, mettre en œuvre et évaluer les initiatives de transformation numérique.
Des implications théoriques et managériales
➡️ Sur le plan théorique :
Il est crucial de développer des méthodologies robustes pour évaluer l’impact des nouvelles technologies sur l’excellence opérationnelle.
L’accent doit être mis sur la recherche interdisciplinaire pour combiner des perspectives technologiques et organisationnelles.
➡️ Sur le plan managérial :
La communication efficace et la transparence sont essentielles pour surmonter la résistance au changement.
Les dirigeants doivent investir dans la formation continue et le développement des compétences pour préparer le personnel aux nouvelles technologies.
Il est également recommandé de mettre en place des systèmes de retour d’information pour évaluer et améliorer continuellement les processus.
Cette revue de la littérature sur l’interface entre les nouvelles technologies et l’excellence opérationnelle offre un cadre conceptuel à la transformation numérique du secteur, tout en insistant sur la nécessité d’une recherche continue pour maximiser les bénéfices des innovations technologiques dans les établissements de santé. L’IA et l’automatisation offrent un potentiel énorme pour transformer les services de soins, mais leur réussite repose sur une mise en œuvre réfléchie et une gestion attentive des changements qu’elles induisent.
* Revolutionizing healthcare organizations with Operational Excellence and Healthcare 4.0: a systematic review of the state-of-the-art literature
Pankaj Kumar Detwal, Rajat Agrawal, Ashutosh Samadhiya, Anil Kumar, Jose Arturo Garza-Reyes
International Journal of Lean Six Sigma, 28 Septembre 2023