Actualité

  • 3ᵉ édition du PNACC : plus de 14 000 établissements médico-sociaux concernés par l’étude de vulnérabilité au climat

    51 mesures pour “assurer la résilience des territoires, des infrastructures et des services essentiels” comme la santé

    Le Premier ministre Michel Barnier et la ministre de la Transition écologique, de l’Énergie, du Climat et de la Prévention des risques, Agnès Pannier-Runacher, ont présenté, vendredi 25 octobre, la troisième édition du Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3). Alors que le PNACC-2 prévoyait un réchauffement entre +1,5 °C et +2 °C pour 2100, les projections sont malheureusement plus pessimistes, avec une révision à +4 °C pour la même période.

    Cette “trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique” (TRACC) sera désormais « progressivement intégrée dans l’ensemble des documents de planification publique » dans l’optique de « protéger les populations précaires des fortes chaleurs ». L’objectif de ce plan est donc de préparer la France à faire face à une augmentation de +2,7 °C d’ici 2050 et de +4 °C d’ici 2100. Le plan propose 51 mesures, d’abord progressives, pour amorcer des transformations visant à adapter les territoires et les acteurs économiques. L’enjeu est d’amplifier les solutions et d’ancrer une culture de l’adaptation dans tous les secteurs de la société, y compris la santé. Certaines de ces actions complètent le quatrième plan national Santé Environnement de 2021, notamment dans la cartographie des risques et des vulnérabilités, et la prise en compte des problématiques de santé environnementale dans l’aménagement du territoire et des structures de soins.

    Dengue, chikungunya… les maladies tropicales gagnent du terrain en France

    En 2023, la France a connu plusieurs vagues de chaleur remarquables, causant une surmortalité, notamment chez les plus de 75 ans. Sur la période 2014-2022, près de 33 000 décès liés à la chaleur ont été enregistrés. L’été 2024, les vagues de chaleur ont encore touché les populations les plus fragiles. Les maladies transmises par les moustiques continuent de progresser. En 2023, le nombre de cas de dengue importés a atteint un record historique (2 019 cas). Des foyers de transmission locale ont été observés en Île-de-France, confirmant l’expansion de ces maladies en métropole.

    Infrastructures hospitalières : le casse-tête de l’adaptation au climat

    Les infrastructures de santé françaises ne sont pas forcément conçues pour faire face à des phénomènes climatiques forts. Les hôpitaux, maisons de retraite et cliniques doivent assurer la sécurité des patients en cas de canicule, maintenir l’alimentation, l’accès à l’eau potable, et faire face aux inondations. Courant de l’été 2023, de nombreux établissements ont vu leur température intérieure dépasser les 30 °C, mettant en danger les patients les plus fragiles. Les sécheresses fréquentes posent aussi des risques pour l’approvisionnement en eau potable. Les professionnels de santé se retrouvent aussi en première ligne. La gestion des pathologies liées à la chaleur ou à l’exposition aux infections émergentes nécessite une adaptation des compétences. Les experts appellent à des formations renforcées pour préparer les soignants à ces nouvelles réalités.

    @ ministère de la Transition écologique, de l’Énergie, du Climat et de la Prévention des risques – Présentation du plan national d’adaptation au changement climatique No 3 (extrait).

     

    Cartographie des risques et des vulnérabilités, formation, adaptation des bâtiments… les nouvelles pistes pour la santé face au climat.

    Le PNACC prévoit une série de mesures pour renforcer la résilience du système de santé. Une étude prospective sera lancée pour anticiper les besoins à court, moyen et long terme. Elle inclura un inventaire des infrastructures existantes et des recommandations pour leur adaptation (continuité des chaînes d’approvisionnement de produits de santé). L’accent est mis sur la formation des professionnels de santé afin qu’ils puissent mieux diagnostiquer et traiter les maladies liées au climat. Des outils de gestion de l’information permettront de suivre les progrès réalisés, tandis que des normes de construction pour les nouveaux bâtiments seront introduites. La priorité sera donnée aux établissements situés dans les zones à risque, comme les centres médico-sociaux en milieu urbain. Les Conseillers en Transition Énergétique et Écologique en Santé (CTEES) orienteront les investissements vers des travaux de rénovation, en intégrant des objectifs de réduction de la température intérieure des établissements de santé pendant les périodes de canicule.

     

    @ ministère de la Transition écologique, de l’Énergie, du Climat et de la Prévention des risques – Présentation du plan national d’adaptation au changement climatique No 3 (extrait).

     

    Une période de consultation de deux mois est désormais lancée, avant son adoption finale et sa mise en œuvre territoriale, qui sera en partie assurée par les COP régionales. Le plan est piloté par les directions générales concernées (DGOS, DGCS, DGS) avec l’appui de la DGEC et de l’Agence nationale d’appui à la performance (ANAP). Les conclusions des études prospectives et de vulnérabilité devront être fournies dans des délais déterminés, avec un chiffrage précis des besoins de financement encore en cours d’évaluation.

    D’après l’OMS, le changement climatique entraînera directement ou non, entre 2020 et 2050, 250 000 décès supplémentaires par an dans le monde.

     

  • USA : les hôpitaux dépassent les niveaux de performance d’avant la pandémie en matière de qualité et de sécurité

    Un bilan positif malgré la complexité du défi

    Un nouveau rapport de l’American Hospital Association (AHA) révèle que la performance des hôpitaux en matière de sécurité et de qualité des soins est meilleure au premier trimestre 2024 qu’avant la pandémie de Covid-19, et ce, malgré une prise en charge de patients plus lourds et de pathologies plus complexes.

    Avant la pandémie, les hôpitaux avaient déjà fait des progrès significatifs dans la réduction des infections, l’accélération des diagnostics et le traitement des urgences vitales. Bien que la pandémie ait perturbé ces avancées, les nouvelles analyses montrent un rebond et une amélioration des performances en matière de sécurité des patients. Selon l’AHA, l’engagement des hôpitaux envers l’amélioration des résultats thérapeutiques et l’équité des soins demeure une priorité, soulignant ainsi la résilience des équipes hospitalières à travers les Etats-Unis dans leur mission de fournir des services de santé de qualité.

    Les principaux résultats de cette analyse, qui a porté sur les données de 715 hôpitaux de soins aigus, répartis sur 49 États ainsi que la capitale, Washington D.C., sont les suivants :

    • augmentation des admissions : les hôpitaux ont traité un plus grand nombre de patients au premier trimestre 2024 par rapport à la fin de 2019, prenant en charge une population de patients plus malade et complexe ;
    • amélioration de la survie : malgré une complexité accrue des cas, les patients hospitalisés au premier trimestre 2024 avaient plus de 20 % de chances de survie par rapport à ceux du quatrième trimestre 2019 ;
    • impact des efforts de sécurité : les efforts des hôpitaux pour améliorer la sécurité ont permis à 200 000 Américains hospitalisés entre avril 2023 et mars 2024 de survivre à des épisodes de soins qui auraient pu leur être fatals en 2019 ;
    • infections en baisse : les taux d’infections liées aux voies centrales et aux cathéters urinaires au premier trimestre 2024 étaient inférieurs à ceux enregistrés fin 2019 ;
    • rebond des dépistages préventifs : les dépistages du cancer du sein, du côlon et du col de l’utérus ont non seulement atteint des niveaux pré-pandémiques, mais ont également connu une augmentation de 60 à 80 % au premier trimestre 2024 par rapport à la fin de 2019.

    La sécurité des soins s’améliore :

    Malgré une patientèle plus gravement malade et des pathologies plus complexes, les établissements hospitaliers affichent des taux de survie en augmentation de plus de 20 % par rapport à la fin de l’année 2019.

    Le risque de mortalité en baisse - @ American Hospital Association
    Le risque de mortalité en baisse – @ American Hospital Association

    Des progrès notables en prévention des infections nosocomiales :

    Le rapport met également en avant une diminution des infections nosocomiales. En effet, les infections associées aux cathéters sont en baisse par rapport aux taux observés avant la pandémie. Cette amélioration démontre la capacité des hôpitaux à renforcer les pratiques de prévention, même en étant sous pression et dans un contexte de complexité des soins.

    Une nette amélioration du taux d'infections nosocomiales - @ American Hospital Association
    Une nette amélioration du taux d’infections nosocomiales – @ American Hospital Association

    Une hausse marquée du dépistage du cancer (sein, côlon, col de l’utérus) :

    Les taux de dépistages préventifs pour le cancer du sein, du côlon et du col de l’utérus, après une chute due à la pandémie, ont non seulement retrouvé leur niveau pré-Covid mais ont également augmenté de 60 à 80 % par rapport à 2019. Ces données témoignent d’un engagement des hôpitaux américains à garantir un accès élargi aux dépistages et à renforcer les soins préventifs pour réduire l’incidence de ces maladies.

    Le nombre de patients bénéficiant du dépistage du cancer en augmentation - @ American Hospital Association
    Le nombre de patients bénéficiant du dépistage du cancer en augmentation – @ American Hospital Association

    Une initiative dédiée à la sécurité des patients

    En 2023, l’AHA a lancé une initiative de sécurité des patients visant à soutenir les hôpitaux dans leurs efforts continus d’amélioration. Cet effort collaboratif fournit des outils et des données pour aider les établissements de santé à optimiser la sécurité, tout en offrant une plateforme pour partager leurs succès en matière de sécurité, ainsi que leurs innovations qui renforcent et diffusent et maintiennent l’amélioration de la sécurité des patients.

    L’AHA souligne la résilience et le dévouement des équipes hospitalières qui ont permis ces avancées, mais reconnaît que des efforts sont encore nécessaires pour atteindre un niveau de sécurité optimal des patients.

     

  • Directive NIS 2 : Trois ans pour renforcer la sécurité des hôpitaux face aux cybermenaces

    Des attaques qui fragilisent le système de santé français

    Vendredi 23 septembre 2022, un groupe de cybercriminels nommé Lockbit diffuse 11 gigaoctets de données de santé sur le marché noir. Volée un mois auparavant à l’Hôpital de Corbeil-Essonnes, la base de données comprenait des informations sensibles et confidentielles sur les patients (dossiers médicaux), le personnel hospitalier et les partenaires de l’établissement. Versailles en 2022, Brest en 2023 ou encore Armentières en 2024, cette affaire est loin d’être la seule.

    Nombre moyen de cyberattaques hebdomadaire, par industrie, dans le monde, au premier trimestre 2023 (Check point software technologies)

     

    NIS 2 : obligations, résilience et notification des incidents, un cadre renforcé pour la sécurité numérique

    La directive NIS 2 (Network and Information Systems Security 2) est une réglementation européenne adoptée pour renforcer la cybersécurité des infrastructures critiques et des entités importantes dans les États membres de l’Union européenne. NIS 2 est une révision et un élargissement de la première directive NIS (2016), en réponse aux évolutions des menaces cyber et à la digitalisation croissante. NIS 2 couvre un plus grand nombre de secteurs et d’établissements critiques par rapport à la version précédente, notamment dans le domaine de la santé. La directive impose des obligations uniformes comme en matière de sécurisation des chaînes d’approvisionnement, de résilience des systèmes ou encore d’obligations de notification des incidents majeurs.

    NIS 2 distingue deux catégories de structures : les entités essentielles et les entités importantes. Les premières regroupent les grandes entreprises, les collectivités locales de plus de 30 000 habitants, les opérateurs de communications électroniques et les établissements publics. Les entités importantes incluent des structures plus petites mais stratégiques, telles que des établissements d’enseignement réalisant des recherches ou des collectivités locales moyennes. Ces entités devront se conformer à plusieurs obligations. La directive impose une évaluation des risques pour identifier les vulnérabilités internes et celles liées aux fournisseurs. La notification des incidents de sécurité à l’Anssi devient une exigence, avec des modalités spécifiques à déterminer par décret. La résilience des systèmes d’information et la formation des équipes à la cybersécurité font aussi partie des impératifs.

    3 ans pour s’enregistrer, et annoncer ses objectifs d’investissements en cybersécurité

    La directive doit encore être transposée en droit national, avec un projet de loi présenté au Conseil des ministres et en attente de discussion au Parlement. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) a commencé à préparer cette transition en identifiant les acteurs concernés et en fixant des obligations. Le 17 octobre, lors des Assises de la sécurité à Monaco, le directeur général de l’Anssi Vincent Strubel a rappelé aux Assises de la sécurité que l’entrée en vigueur de NIS 2 n’entraînerait pas de changements immédiats drastiques. Les structures ont trois ans pour se mettre en conformité avec un “socle minimal” à atteindre. Les hôpitaux devront s’enregistrer sur le portail monespaceNIS 2, notifier les incidents et justifier des investissements en cybersécurité. La France a recensé au moins 15 000 structures concernées. Bien que de nombreux acteurs aient déjà commencé à travailler sur le sujet, et que l’Anssi soit dans une approche d’accompagnement, le compte à rebours a commencé.

    En 2023, plus de 250 attaques informatiques ont visé des hôpitaux français.

     

  • Shaiped : Un consortium de 30 acteurs européens pour accélérer l’IA en santé

    Vers un espace Européen des données de santé

    Le projet se déroule en parallèle de la mise en place, prévue fin 2024, du Règlement pour l’Espace Européen des Données de Santé (EHDS), qui vise à créer un cadre commun pour l’utilisation des données de santé en Europe. SHAIPED rassemble 30 partenaires de 11 États membres, incluant des futurs organismes responsables de l’accès aux données de l’EHDS, ce qui en fait le plus grand consortium à ce jour. Cette initiative, confié au HDH par la Commission européenne, vise à ordonner une infrastructure de partage permettant l’usage secondaire des données de santé. Doté de 4 millions d’euros, ce projet renforce l’usage de l’intelligence artificielle (IA) dans les dispositifs médicaux en Europe.

    SHAIPED : une stratégie pour l’accès, la validation et l’intégration des dispositifs médicaux intelligents

    L’un des défis pour les dispositifs médicaux basés sur l’IA est l’accès aux données de vie réelle, indispensables pour entraîner tester et valider ces outils. SHAIPED se fixe pour objectif d’y répondre à travers plusieurs axes de travail :

    • Faciliter l’accès aux données pour les DM à base d’IA : Cela implique de garantir un accès sécurisé et conforme aux normes de protection des données, tout en permettant l’exploitation de larges ensembles de données de santé.
    • Valider l’efficacité clinique des DM : Les outils d’IA doivent prouver leur valeur clinique à grande échelle et dans des contextes variés.
    • Intégrer les DM dans les systèmes d’information de santé (SI) : L’harmonisation avec les SI de santé européens est un facteur clé pour une adoption à large échelle.

    Cas d’usage et innovations en santé numérique

    Trois cas d’usage seront développés pour tester les solutions du consortium. Ces initiatives démontrent le potentiel de l’IA dans le renforcement des systèmes de santé :

    • Insuffisance rénale chronique : Ce projet, coordonné par l’hôpital universitaire d’Aarhus au Danemark, évalue l’adaptabilité des modèles d’IA sur des cohortes issues de plusieurs pays européens.
    • Détection des métastases : Mené en partenariat avec le Centre Léon Bérard et le Health Data Hub, ce projet analysera l’efficacité de l’IA pour identifier des métastases pulmonaires et interpréter les mammographies.
    • Prévention de l’insuffisance cardiaque : Confié à la société française Implicity, ce projet testera un logiciel d’IA dédié aux pacemakers pour prévenir l’insuffisance cardiaque.

    Dans un contexte de concurrence internationale accrue, le projet SHAIPED s’inscrit dans une démarche stratégique visant à renforcer la compétitivité des entreprises européennes dans le domaine de la santé numérique. SHAIPED, dont le lancement est prévu en 2025, présentera un premier bilan à l’automne de la même année.

     

  • Prise en charge du cancer de la prostate : RIV, IA, des innovations à l’Institut Curie

    Une maladie fréquente mais un pronostic en amélioration

    Le cancer de la prostate demeure la pathologie cancéreuse la plus diagnostiquée chez les hommes en France, avec environ 60 000 nouveaux cas chaque année. Le risque augmente nettement après 50 ans. Avec un taux de survie estimé à 93 % cinq ans après le diagnostic, le pronostic est généralement favorable. Les traitements actuels sont efficaces, mais le vieillissement démographique nécessite une amélioration continue des stratégies de dépistage et de prise en charge.

    IA et radiothérapie ciblée

    L’Institut Curie intègre de nouvelles technologies, basées sur l’intelligence artificielle, pour diagnostiquer le cancer de la prostate. Un logiciel développé par Ibex sera intégré au service de pathologie à partir de mi-novembre 2024. Cet outil d’IA numérise et analyse les échantillons, identifiant automatiquement les anomalies. Le Pr Yves Allory précise que cet appui permet de renforcer l’efficacité des analyses et de faciliter les décisions médicales.

    Sur le plan thérapeutique, la radiothérapie interne vectorisée (RIV) constitue une nouvelle approche pour traiter les cas métastatiques. Cette technique, mise en place à l’Institut Curie depuis octobre 2024, repose sur l’administration ciblée d’un isotope radioactif combiné à une molécule capable de se fixer aux cellules cancéreuses. En préservant les tissus non touchés, cette méthode est plus précise pour les cas avancés, tout en retardant l’hormonothérapie. L’Institut Curie dispose de quatre chambres RIV.

    Des recherches sont en cours pour valider un test urinaire non invasif, fondé sur l’identification de biomarqueurs présents dans l’ADN non codant. Ce test pourrait réduire le recours aux biopsies, améliorant la détection précoce tout en diminuant les contraintes pour les patients. L’essai, débuté fin 2022 et ayant inclus 118 participants, est terminé. L’analyse des résultats est en cours. Elle évaluera l’efficacité de ce test pour le diagnostic, le pronostic et la surveillance des cancers de la prostate.

    Accessibilité : lancement de l’IRM-Linac en janvier 2025

    Depuis près de deux ans, le service de pathologie de l’Institut Curie fonctionne avec la numérisation systématique des échantillons tumoraux des nouveaux patients. L’outil d’IA “Ibex prostate” réalise une analyse continue et automatisée, ce qui aide les pathologistes à affiner les résultats et à mieux orienter les stratégies thérapeutiques.

    Ces innovations sont progressivement déployées dans des centres spécialisés. À partir de janvier 2025, l’Institut Curie prévoit de rendre opérationnel un système IRM-Linac, combinant imagerie de haute précision et radiothérapie. Ce dispositif permettra d’adapter le traitement, limitant les effets secondaires et les risques de toxicité.

    Dans les prochaines années, un homme sur sept environ développera un cancer de la prostate.

     

  • VBHC : leçons du congrès ICHOM, “start simple, simply start” pour des soins centrés sur la valeur

    Changer les paradigmes de soins : l’approche centrée sur la Valeur en Santé

    L’International Consortium for Health Outcomes Measurement (ICHOM), fondé en 2012 par le Professeur Porter, avec le Dr Stefan Larsson du Boston Consulting Group, et le Professeur Martin Ingvar ode Karolinska Institutet in Stockholm pour développer un cadre pratique qui permettra aux systèmes de santé d’évoluer vers une approche axée sur la valeur pour le patient, tout en améliorant l’efficacité globale des soins et en garantissant une meilleure utilisation des ressources disponibles. L’objectif d’ICHOM est simple mais profond : faire en sorte que les soins de santé se concentrent sur ce qui compte réellement pour les patients. Pour cela, il développe des normes mondiales pour mesurer les résultats en santé (les Outcomes Sets), aidant ainsi les hôpitaux, cliniques et systèmes de santé à mieux comprendre et améliorer les résultats qui comptent le plus pour les patients. Cette année, plus de 650 participants venus de plus de 45 pays se sont réunis pour échanger, partager leurs expériences et débattre des meilleures pratiques à adopter pour concrétiser l’avenir des soins sur le modèle appelé Value-Based Healthcare (VBHC), ou Valeur en Santé. Cet événement a mis en lumière l’élan croissant derrière ce mouvement mondial.

    Un message essentiel de ce congrès est que l’avenir des soins de santé commence dès maintenant. L’approche VBHC ne doit pas attendre des réformes globales ou des solutions parfaites pour être mise en œuvre. Chaque action, même modeste, peut rapprocher les patients, les soignants et les systèmes de santé d’un modèle où la valeur est au cœur des soins. Comme l’a exprimé Elizabeth Teisberg : “Start simple, simply start.” Ainsi, chaque acteur du secteur de la santé est invité à commencer dès maintenant, avec des changements progressifs mais significatifs qui placeront la qualité et les résultats des patients au centre des décisions.

    Avant de plonger dans les moments forts du congrès, il est important de bien comprendre ce que signifie réellement la Valeur en Santé (VBHC). Traditionnellement, les systèmes de santé fonctionnent sur un modèle dit de paiement à l’acte, où les établissements de soins, les médecins, les paramédicaux sont payés en fonction du nombre d’examens, traitements ou interventions qu’ils réalisent, sans nécessairement tenir compte de du résultat réel sur la santé du patient. Le VBHC vise à changer cela en se concentrant sur les résultats, c’est-à-dire que les professionnels de soins sont récompensés pour la qualité des soins qu’ils offrent et pour l’amélioration de la santé des patients. Dans ce système, ce qui compte le plus, ce sont les indicateurs rapportés par les patients (PROMs) et les mesures d’expérience des patients (PREMs). Les PROMs évaluent les résultats des soins—comme la capacité d’un patient à retrouver une vie active après une opération—tandis que les PREMs mesurent l’expérience des soins, par exemple, comment le patient s’est senti pendant son séjour à l’hôpital.

    Principaux enseignements du congrès : Le rôle de la culture dans la transformation des soins de santé

    Cette année, plusieurs thèmes majeurs et idées clés ont émergé du congrès, apportant des éclairages sur les étapes concrètes déjà franchies dans la mise en œuvre de la VBHC à travers le monde. Voici les moments forts :

    Un enseignement central du congrès est que transformer les soins de santé ne repose pas seulement sur une stratégie, mais sur un changement de culture au sein des organisations de santé. Lors d’une session organisée par le Forum Économique Mondial, les intervenants ont souligné que l’adoption de la VBHC nécessite un changement de mentalité, où les professionnels de santé et les administrateurs adoptent une approche centrée sur le patient. Comme l’a souligné un intervenant : « La culture mange la stratégie au petit-déjeuner », ce qui signifie que, peu importe la qualité de la stratégie, elle ne réussira que si une culture la soutient. Ce changement culturel est essentiel pour passer d’un modèle de soins basé sur le volume, où le succès est mesuré par le nombre d’interventions, à un système où le succès est défini par l’impact positif sur la vie des patients.

    Plusieurs intervenants ont mis en lumière les quatre piliers clés nécessaires pour que la VBHC réussisse :

    • Les partenariats public-privé : La collaboration entre les gouvernements, les prestataires de soins et les entreprises privées est essentielle pour favoriser l’innovation et mettre en œuvre la VBHC à grande échelle.
    • Les modèles de changement VBHC : La mise en œuvre de la VBHC nécessite des cadres structurés pour guider la transition du paiement à l’acte vers des soins axés sur les résultats.
    • Le financement axé sur la valeur : Les modèles de financement doivent évoluer pour soutenir la VBHC, en garantissant que les prestataires de soins soient récompensés pour l’amélioration des résultats des patients, et non simplement pour la quantité de soins fournis.
    • Les données et la technologie : L’utilisation d’outils numériques pour collecter et analyser les données des patients en temps réel est essentielle pour suivre les résultats et améliorer en continu les soins.

    Apprentissage de l’expérience italienne avec les PROMs et PREMs

    Une présentation particulièrement marquante a été celle de Sabina De Rosis et Angela Durante, qui ont partagé leur expérience en Italie, où elles ont intégré les PROMs et PREMs dans les systèmes de performance des hôpitaux. Cette approche permet de suivre en temps réel l’expérience et les résultats des patients, offrant ainsi des enseignements précieux pour améliorer la qualité des soins.

    En Italie, par exemple, grâce à ces mesures, les hôpitaux ont pu ajuster leurs processus de soins, ce qui a conduit à une meilleure satisfaction des patients et à des résultats de santé améliorés. Cela montre clairement que mesurer ce qui compte pour les patients—comme leur capacité à reprendre une vie normale ou leur niveau de douleur—peut conduire à des soins de meilleure qualité pour tous.

    L’argument économique de la VBHC : Un exemple français

    Un autre sujet passionnant a été le bénéfice économique de la VBHC. En France, l’organisme UniHA a partagé un exemple montrant comment la VBHC peut à la fois sauver des vies et réduire les coûts. Ils ont travaillé avec 3M pour lancer un projet visant à prévenir l’hypothermie pendant la chirurgie. En s’assurant que la température corporelle des patients reste au-dessus de 36°C, ils ont pu réduire les infections post-opératoires, diminuer la durée des séjours à l’hôpital et abaisser les taux de mortalité. Ce projet démontre que la VBHC profite non seulement aux patients, mais permet aussi de réaliser des économies pour les hôpitaux et les systèmes de santé.

    Répondre aux besoins des personnes âgées grâce à la VBHC

    Avec des populations vieillissantes dans le monde entier, le congrès a aussi exploré comment la VBHC peut répondre aux besoins spécifiques des personnes âgées. Des experts venus de Singapour, d’Italie, du Canada et d’Afrique du Sud ont partagé des approches innovantes pour offrir des soins adaptés aux personnes âgées. Par exemple, des outils numériques comme les montres connectées et l’application ValueCare ont été présentés comme des moyens de fournir un soutien personnalisé et mis à jour en continu, permettant aux personnes âgées de maintenir leur autonomie le plus longtemps possible.

    Une initiative réussie, appelée “Home Flu Squad” au Canada, a également montré comment des équipes de soins peuvent fournir des services directement à domicile aux personnes âgées pendant les épidémies de grippe, réduisant ainsi les visites aux urgences et améliorant les résultats de santé globaux.

    La révolution des soins dirigés par les patients

    Un thème clé tout au long du congrès a été le rôle des patients dans la transformation des soins de santé. Susanna Fox, pionnière et auteur du livre Rebel Health, a souligné que les patients, les survivants et les aidants devraient être considérés comme des partenaires égaux dans les décisions de santé. Elle a insisté sur le fait que la VBHC donne une voix plus forte aux patients, leur permettant de partager leurs résultats et leur expérience, ce qui améliore finalement la qualité des soins.

    Fox a lancé un message inspirant : « Leur corps, leurs données », signifiant que les patients devraient avoir un accès complet à leurs informations de santé et être activement impliqués dans les décisions concernant leur traitement, pour s’en approprier. Cette révolution dirigée par les patients n’est pas seulement une source d’autonomisation, elle pousse aussi les systèmes de santé à devenir plus réactifs et personnalisés.

    La santé numérique et l’intelligence artificielle (IA)

    La technologie joue un rôle dans la VBHC, notamment en ce qui concerne la mesure des résultats et l’amélioration de l’engagement des patients. Les sessions sur l’intelligence artificielle (IA) ont exploré comment les outils numériques peuvent aider les prestataires de soins à identifier les patients nécessitant une attention urgente et à prendre de meilleures décisions en fonction de données en temps réel. Cependant, les intervenants ont averti que, bien que l’IA soit prometteuse, elle doit être utilisée avec précaution pour améliorer, et non remplacer, les relations humaines qui sont au cœur des soins.

    Par exemple, l’IA peut rendre les PROMs plus significatifs en les transformant en outils qui guident réellement les soins, plutôt que de simples exercices de collecte de données. Mais comme l’a souligné Elizabeth Teisberg, « La technologie doit renforcer les relations, pas les remplacer », rappelant que l’interaction humaine reste au cœur des soins de santé.

    L’avenir des soins de santé commence maintenant, simplement

    Le congrès ICHOM 2024 a démontré que l’avenir des soins de santé est déjà en marche, avec la santé basée sur la valeur (VBHC) au cœur de cette transformation. Ce modèle, centré sur les résultats des patients, n’est pas une idée abstraite ou un concept lointain, mais une réalité concrète qui est en train de façonner les systèmes de santé à travers le monde dès aujourd’hui.

    Ce qui ressort du congrès, c’est que la transformation ne se fait pas d’un coup, mais par des actions simples et progressives, qui ont un impact direct sur la qualité des soins et sur la vie des patients. 

    • Plutôt que de viser un changement total dès le départ, il s’agit de commencer par des actions tangibles, telles que l’intégration d’indicateurs rapportés par les patients (PROMs), la mise en place de modèles de financement axés sur la valeur, ou encore l’utilisation des données numériques pour ajuster les soins en temps réel. Chaque petite étape compte, car elles s’additionnent pour construire un système où la valeur, et non le volume, est au centre des soins.
    • Le congrès a également été l’occasion de présenter des initiatives prometteuses, notamment la mise en lumière de quatre membres du bureau de la toute nouvelle société savante VBHC France. Cette organisation, encore jeune, se donne pour mission de promouvoir et structurer l’approche VBHC en France, en s’appuyant sur les meilleures pratiques internationales tout en adaptant la démarche au contexte français. Leur présence souligne l’importance de la mobilisation des acteurs nationaux dans cette transformation.
    • Alors que de plus en plus d’organisations de santé dans le monde s’engagent sur le chemin de la VBHC, il est évident que l’accès à des ressources et un accompagnement ciblé peuvent faire toute la différence. La France n’échappe pas à cette dynamique. Certaines structures, à l’instar de l’Institut Français de la Valeur en Santé, offrent des outils concrets pour aider à catalyser ce changement en apportant un soutien personnalisé, que ce soit dans la définition de nouveaux indicateurs ou dans la mise en œuvre de modèles de soins innovants.
    • Ce qui ressort des discussions au congrès, c’est que les organisations qui réussissent à amorcer cette transformation font preuve de pragmatisme, en commençant par des changements mesurés et progressifs. Avec des initiatives comme celles portées par l’Institut Français, les acteurs de la santé peuvent trouver un soutien pour démarrer cette transition de manière structurée, en s’appuyant sur des approches adaptées à leur réalité.

     

  • PLFSS 2025 / Imagerie : la FNMR dénonce l’ombre d’une nouvelle financiarisation du secteur

    Les régulations du PLFSS contestées

    Le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2025 prévoit des mesures d’économie qui touchent le secteur de l’imagerie médicale, l’une des cibles des parlementaires. La FNMR a réagi, soulignant l’impact sévère des mesures proposées sur la profession. Les mesures visent une réduction des dépenses d’assurance maladie en ville, où les coûts de l’imagerie ont augmenté de 8,5 %.

    L’objectif affiché par le Gouvernement est de maîtriser cette hausse à travers des régulations spécifiques. En cas d’absence d’accord sur un plan d’économie d’au moins 300 millions d’euros d’ici 2027, l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam) pourrait imposer des baisses de tarifs pour atteindre ce seuil.

    Une mise en garde contre la dérive de la financiarisation

    Le sujet de la pertinence des actes en imagerie médicale dans le cadre du PLFSS n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, les mesures de rationalisation des dépenses de santé incluent fréquemment des efforts pour limiter les actes jugés non pertinents, qu’il s’agisse de prescriptions médicales, d’imagerie ou de biologie médicale.

    La FNMR rappelle que le secteur a déjà participé aux efforts d’économie, notamment via la réforme sur la dispensation de produits de contraste, et estime qu’une nouvelle baisse de tarifs serait intenable. Elle souligne que les tarifs des actes d’imagerie n’ont pas été revalorisés depuis 2005, malgré l’augmentation des coûts de fonctionnement des centres.

    Enfin, la fédération rappelle que ce sont les radiologues qui évaluent la pertinence des demandes, selon la situation clinique des patients. Elle dénonce par ailleurs des décisions perçues comme « purement comptables », faisant référence à une tendance à la financiarisation des structures radiologiques, pointée par un récent rapport du Sénat.

     

  • Interopérabilité : qu’est-ce que « Go & Fast to FHIR », l’offre du nouvel entrant sur le marché Health-Comm France ?

    Renforcer l’interopérabilité des systèmes de santé

    Health-Comm France, nouvelle filiale de la société Data Medicine Infinity (DMI), annonce son lancement sur le marché français avec pour mission de répondre aux enjeux d’interopérabilité des systèmes d’information en santé. Présente en Allemagne, Autriche et Suisse, DMI voit sa filiale française simplifier les échanges de données entre les acteurs de santé comme les hôpitaux, cliniques, médecins de ville, laboratoires et plateformes de santé numérique. Health-Comm France mise sur la technologie Cloverleaf d’Infor (intranets, workflows…), déployée sur plus de 10 000 sites, auprès de 570 établissements hospitaliers.

    Une offre centrée sur la fluidité des échanges et la sécurité des données :

    Health-Comm France propose une suite de solutions numériques pour renforcer l’interopérabilité entre les systèmes d’information hospitaliers. Parmi celles-ci, une intégration d’applications d’entreprise (EAI) multi-établissements en mode SaaS (software as a service) ou hybride permet d’assurer la sécurité des échanges et de réduire les coûts d’exploitation. Un serveur FHIR est proposé pour structurer les données de santé selon des standards internationaux ou des éditeurs de logiciels. L’offre comprend également la plateforme numérique iPaaS (Infor OS), pour développer des réseaux intranet et extranet adaptés aux besoins des établissements et de leurs partenaires. Un réseau privé virtuel (VPN) sécurisé garantit la confidentialité des échanges.

    L’approche de Health-Comm France inclut, par ailleurs, la méthode « Go & Fast to FHIR », destinée à accélérer l’adoption du standard FHIR par les établissements de santé français. Cette initiative vise à faciliter l’urbanisation des données pour en tirer une meilleure valeur, notamment à travers l’intelligence artificielle (IA) et la gestion simplifiée des flux d’informations. Cette méthode est rendue possible grâce au “pacte Idea” de l’entreprise.

    Un pacte ambitieux pour une indépendance des données de santé :

    Le Pacte Idea a pour ambition de rendre les données de santé souveraines, sécurisées et interopérables. Il repose sur l’agrégation des données provenant des systèmes d’information hospitaliers (SIH) et de santé (SIS) dans une architecture souveraine, plaçant le contrôle et la sécurité des données au cœur des priorités. C’est une approche qui vise à créer une “mémoire médicale” exhaustive et nominative, garantissant une protection maximale et une utilisation équitable des informations de santé. Pour cela, les données seront urbanisées et reformattées selon le standard HL7-FHIR, facilitant leur accessibilité pour tous les acteurs du secteur sans perturber les systèmes existants. Le pacte propose une collaboration avec un fournisseur stratégique disposant de solutions préconstruites. Cela permet de réduire le temps de création des mappings de données et de libérer les équipes pour se concentrer sur leurs innovations.

    En parallèle, l’annotation et l’indexation des données selon le référentiel international Snomed CT sont recommandées pour une exploitation plus riche des informations médicales. La “mémoire médicale” ainsi créée devient indépendante des systèmes producteurs, tout en étant exhaustive, sécurisée et ouverte, promouvant une santé équitable et participative.

    Pacte “Idea” :

    Interconnecter toutes les données médicales, évoluer vers l’ambition d’indépendance de vos données :

    • Interconnecter : relier tous les SI pour permettre un partage fluide et sécurisé des données dans un format indépendant des SI producteurs, entre les professionnels de santé, les patients et les institutions. (Solutions d’interopérabilité avancées – EAI multi-établissements en mode SaaS / FHIR / SNOMED CT) ;
    • Données médicales : exploiter l’exhaustivité des données médicales pour améliorer la prise de décision clinique et l’efficacité des systèmes de santé en proximité des patients/citoyens ;
    • Évoluer : s’adapter aux innovations et aux exigences croissantes du secteur de la santé numérique pour améliorer en continu les pratiques et les technologies ;
    • Ambition pour une stratégie data, visant l’indépendance des données pour leur meilleure valorisation.

    Interopérabilité, un enjeu stratégique

    L’interopérabilité des systèmes d’information en santé est depuis longtemps un sujet sensible en France. Les initiatives de digitalisation, malgré les investissements publics importants, se heurtent encore à de nombreux obstacles. Une enquête de l’Agence du numérique en santé (ANS) révélait en 2023 que 70 % des établissements de santé faisaient face à des difficultés d’intégration liées à la diversité des systèmes et à l’absence de standards partagés. Les projets en cours, comme le programme Hop’en, visent à améliorer l’interopérabilité, mais les retards et les incohérences restent fréquents. Aussi, se posent des questions sur la dépendance technologique des hôpitaux français vis-à-vis de solutions externes, et sur la compatibilité à long terme avec les systèmes locaux et leurs spécificités.

    Dans ce contexte, Health-Comm France cherche à réduire ces disparités et à faciliter une intégration harmonisée des systèmes. Sa stratégie repose sur une interopérabilité technique robuste, tout en évoluant vers une interopérabilité sémantique, avec pour objectif d’aboutir à une e-santé prédictive et orientée vers une gestion populationnelle des soins. L’utilisation du standard FHIR devient un levier pour harmoniser les échanges et simplifier les processus, en cohérence avec les exigences de sécurité et de confidentialité des données posées par le règlement général sur la protection des données (RGPD) et la directive NIS.

    Les besoins croissants en données structurées et en coordination des soins font de l’interopérabilité un axe stratégique pour les hôpitaux français. Une étude de McKinsey estime que l’optimisation des systèmes de données de santé pourrait générer jusqu’à 34 milliards d’euros d’économies pour le secteur hospitalier européen.

     

  • Santé numérique dans les pays du Sud : quels sont les 4 projets lauréats de la Fondation Pierre Fabre ?

    Améliorer l’accès aux soins dans les pays du Sud

    La Fondation Pierre Fabre se se donne pour mission de contribuer à l’amélioration de l’accès aux soins dans les pays du Sud, en particulier en Afrique et en Asie. Son objectif principal est de garantir aux populations défavorisées un accès élargi aux médicaments et aux soins de qualité. Avec un budget total de 100 000 euros, la fondation s’engage à soutenir des projets innovants et prometteurs qui utilisent la technologie pour transformer les systèmes de santé.

    Dans de nombreuses régions isolées de pays en développement, l’accès aux soins reste souvent très limité, voire inexistant. Depuis 2016, la Fondation Pierre Fabre soutient ainsi des initiatives qui visent à surmonter ces défis. En alignant ses actions sur les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies pour 2030, elle identifie les technologies numériques comme des solutions efficaces pour améliorer l’accès aux soins et garantir un suivi médical continu. Au-delà du financement, son soutien consiste en un accompagnement technique sur-mesure en fonction des besoins de chaque projet. En facilitant le réseautage entre partenaires, la fondation œuvre pour créer un écosystème favorable au développement des projets lauréats. De plus, des ateliers de renforcement des compétences, animés par des experts internationaux, garantissent que les projets bénéficient d’un encadrement adéquat.

    45 projets distingués depuis 2016 :

    Depuis le début de ses activités, la Fondation Pierre Fabre a récompensé 45 lauréats, issus principalement d’ONG, de start-ups et d’institutions locales. Un engagement pour réduire les inégalités d’accès aux soins, tout en soutenant des projets innovants adaptés aux réalités locales.

    En misant sur l’innovation technologique, la fondation a pour ambition de construire un avenir où chaque individu peut bénéficier de services de santé de qualité, indépendamment de sa situation géographique.

    Soutenir l’innovation pour lutter contre les inégalités sanitaires

    A l’occasion de la Conférence annuelle de son Observatoire de la e-santé dans les pays du Sud (Odess), qui s’est tenue le 10 octobre 2024 à Lavaur, dans le Tarn, sous le thème “Équité de genre en santé : le rôle du digital”, la Fondation Pierre Fabre a récompensé les 4 lauréats de son appel à projet 2024.

    Ces projets visent à transformer les conditions sanitaires et à améliorer l’accompagnement des populations vulnérables. Portés par la volonté de changer les conditions sanitaires locales dans leurs pays respectifs, ils proposent, à partir d’une étude concrète de la situation, une solution aménagée et réfléchie, afin de permettre au plus grand nombre de bénéficier d’un meilleur accompagnement médical :

    • 1️⃣Atipan+: un projet porté sur l’utilisation de la télésanté dans les régions reculées des Philippines ;
    • 2️⃣ Healthtag : tourné vers la problématique du suivi médical inclusif, ce programme vise à centraliser, de manière sécurisée, les dossiers médicaux des patients en Thaïlande ;
    • 3️⃣ E-Heza Data Solutions : une plateforme ouverte et accessible à tous pour optimiser et personnaliser les soins au Rwanda ;
    • 4️⃣ Neotree : un programme est dédié à la lutte contre la mortalité néonatale au Malawi et au Zimbabwe, grâce à une plateforme de suivi et d’aide à la décision en temps réel.

    Les 4 projets lauréats en 2024 :

    Nom du Projet Porté par Problématique Solution Nombre de bénéficiaires
    Atipan+ Centre d’Informatique de l’Université San Agustin Dans les régions isolées des Philippines, l’accès limité aux soins de santé est un problème majeur, particulièrement pour les communautés indigènes et rurales marginalisées. Le manque de données de santé représentatives empêche l’élaboration de politiques publiques adaptées. Programme de télémédecine offrant des services de santé gratuits aux communautés indigènes (Ati) et rurales. Installation de sites de télésanté et implication des communautés pour assurer le bon fonctionnement. 7 000
    Healthtag  HealthTAG (Professionnels et structures de santé) La fragmentation des données de santé, due à l’absence d’interopérabilité entre les systèmes d’informations, diminue l’efficacité de la gestion des soins en Thaïlande et dans la région ASEAN. Utilisation de la technologie blockchain et de la norme HL7 FHIR pour interconnecter les systèmes d’information hospitaliers, créant un carnet de santé virtuel sécurisé pour que les patients contrôlent leurs informations. 200 000
    E-Heza Data Solutions TIP Global Health (Professionnels et structures de santé) Le manque d’interopérabilité entre les solutions de santé déployées au Rwanda entrave l’échange des données, nuisant à la qualité du parcours sanitaire des patients. Les plateformes fonctionnent souvent en silos. Plateforme numérique accompagnant les consultations, guidant la prise de décisions aux différents niveaux de soins. Utilisation de normes d’interopérabilité API et FHIR pour intégrer les informations des patients dans les dossiers médicaux électroniques existants. 450 000
    Neotree Neotree (Professionnels et structures de santé) La mortalité élevée des enfants de moins de 5 ans en Afrique subsaharienne, en particulier durant la période néonatale, persiste à cause de lacunes dans les soins de base. Plateforme numérique open-source à faible coût permettant la collecte de données en temps réel, une aide à la décision clinique, et une formation continue pour standardiser les soins néonatals et collaborer avec les ministères de la Santé pour assurer une mise à l’échelle durable. 450 000

     

  • Etude : l’évaluation humaine des LLM manque de fiabilité (Nature Digital Medicine)

    LLM en santé : trop d’évaluations automatisées

    Les LLM ont déjà largement pénétré le domaine de la santé. Aide à la décision clinique, surveillance des patients, évaluation des risques… en traitant et en analysant de grandes quantités de données de santé, leurs applications sont multiples. Par conséquent, leur évaluation est cruciale. Et des évaluations humaines s’avèrent essentielles pour garantir leur sécurité et leur efficacité. C’est pourquoi des chercheurs américains de l’université de Pittsburgh ont passé en revue 142 articles scientifiques sur les méthodes d’évaluation des LLM en santé, dont les résultats ont été publiés le 28 septembre dans Nature Digital Medicine.

    Les études examinées dans le cadre de cette revue de la littérature ont présenté un éventail diversifié d’applications des LLM dans le domaine de la santé, de la recherche fondamentale à la pratique clinique et au-delà, visant chacune à améliorer différents aspects :

    • des soins aux patients et de la pratique clinique ;
    • de la recherche en sciences biomédicales et de la santé ;
    • ainsi que de l’éducation.
    Applications des LLM en santé - Tam, T.Y.C. et al., 2024
    Applications des LLM en santé – @ Tam, T.Y.C. et al., 2024

    Une revue systématique sur 142 articles :

    Les types et tailles d’échantillons, la sélection et le recrutement des évaluateurs, les cadres et les métriques, le processus d’évaluation et le type d’analyse statistique sont passés au peigne fin. La littérature scientifique actuelle montre que l’évaluation des LLM dans le domaine de la santé repose essentiellement sur des métriques automatisées. Des d’analyses complètes avec des évaluateurs humains font clairement défaut. Plusieurs équipes de recherche ont donc déjà proposé d’améliorer ces méthodes d’évaluation, proposant un cadre standardisé. Cependant, aucune de ces directives n’aborde spécifiquement l’évaluation humaine des LLM en santé.

    C’est pourquoi cette équipe de chercheurs américains (Tam, T.Y.C., Sivarajkumar, S., Kapoor, S. et al.) a mené une revue systématique de la littérature existante sur le sujet.

    Résultats : la radiologie, 1re consommatrice de LLM

    • Les LLM sont surtout utilisés en santé dans les domaines suivants : 28,1% aide à la décision, 24,8% examens, 19,6% éducation des patients, 15% questions-réponses entre patients et médecins
    • Les tâches administratives et le soutien en santé mentale, représentent chacune moins de 11,8 % du total.
    • La radiologie est la spécialité qui utilise le plus les LLM, suivie de l’urologie et de la chirurgie générale.
    • En radiologie, l’évaluation humaine joue un rôle crucial dans l’évaluation de la qualité et de la précision des rapports générés. Elle permet également d’évaluer l’utilité clinique et l’interprétabilité des résultats produits par les LLM.
    • En chirurgie générale, l’évaluation humaine se concentre sur l’application pratique des LLM dans la planification préopératoire, les simulations chirurgicales et les soins postopératoires.
    • En médecine d’urgence, l’évaluation humaine se concentre souvent sur la prise de décision critique et le soutien au triage.

    Des “boîtes noires” qui restent obscures :

    Par ailleurs, les chercheurs ont observé que le fonctionnement interne de ces modèles reste opaque, autrement dit, ce sont encore des “boîtes noires”. Les articles que nous avons examinés montrent que les évaluations de ces modèles “boîtes noires” reposent généralement sur des tests manuels via une évaluation humaine, ce qui met en lumière un problème majeur : le manque de traçabilité, de fiabilité et de confiance. « Les sources des textes, les processus de raisonnement utilisés dans les réponses générées, et la fiabilité des preuves à des fins médicales ne sont souvent pas transparents », regrettent les auteurs de l’étude. La plupart des études ont utilisé de petits échantillons et une diversité limitée d’évaluateurs, ce qui affecte la robustesse des évaluations, en particulier pour les applications à haut risque comme le soutien à la décision clinique. Il n’est donc pas toujours possible de savoir clairement d’où viennent les informations, comment les modèles prennent leurs décisions, ou si ces informations sont fiables pour un usage médical. De telles lacunes présentent « un risque d’évaluations incohérentes et peu fiables, ce qui pourrait compromettre la sécurité des patients ».

    A la recherche d’un cadre d’évaluation des LLM :

    De plus, les méthodes traditionnelles d’évaluation en traitement automatique du langage sont jugées « sous optimales » et « inadéquates » pour les LLM. Par conséquent, les chercheurs de Pittsburgh proposent des lignes directrices pour l’évaluation humaine des LLMs. Ils suggèrent de mettre en place une méthode d’évaluation standardisable. QUEST est conçue sur cinq principes d’évaluation : Qualité de l’information, Compréhension et Raisonnement, Style d’expression et Persona, Sécurité et Risques, et Confiance et Assurance. Les auteurs reconnaissent que ce cadre présente malgré tout des limites, notamment liées aux contraintes spécifiques des sous-spécialités et/ou des institutions susceptibles de l’adopter. Sa généralisation n’est donc pas évidente, d’autant que « les politiques institutionnelles, les infrastructures technologiques, les ressources et la disponibilité du personnel qualifié en informatique varient considérablement, compliquant davantage la mise en œuvre », concluent ces derniers.

     

    * A framework for human evaluation of large language models in healthcare derived from literature review.

    Tam, T.Y.C., Sivarajkumar, S., Kapoor, S. et al. 

    npj Digit. Med. 7, 258 (2024). https://doi.org/10.1038/s41746-024-01258-7