Le dernier cahier de la Silver économie est consacré aux défis que doivent relever les opérateurs de téléassistance pour se développer et couvrir 20% des plus de 75 ans, alors que la France est actuellement sous-équipée. En 2024 12% seulement des personnes âgées de 75 ans et plus sont équipées d’un dispositif de téléassistance, un retard significatif par rapport au Royaume-Uni (36 %) ou l’Espagne (19 %). Ce taux augmente peu, de 2 à 3% par an, suivant la courbe démographique, alors même que le plan national antichutes demande de mobiliser largement le recours à la téléassistance.
Plusieurs facteurs d’explication au sous-équipement français :
- Ce dispositif souffre d’une image plutôt négative : 87 % des proches le considèrent comme un marqueur de dépendance plutôt qu’un outil de prévention ;
- Le modèle économique du secteur est sous tension, avec des prix tirés vers le bas par les appels d’offres publics. Les opérateurs, concentrés sur ces marchés institutionnels, peinent à développer une offre attractive en direction des particuliers. Cela constitue une limite financière à l’investissement dans l’innovation, alors que la révolution numérique offre actuellement la possibilité de développer de nouveaux services.
Saisir l’opportunité du digital
La téléassistance doit évoluer vers des solutions capables d’anticiper les situations à risque, plutôt que de simplement réagir aux incidents. Le passage au digital ouvre des opportunités, avec une diversification des services, car il permet d’intégrer de l’IA et l’internet des objets. De nouvelles fonctionnalités sont alors possibles, telles que la détection automatique des chutes ou les chemins lumineux pour les déplacements nocturnes.
Plusieurs entreprises dessinent l’avenir du secteur :
📌 Tunstall-Vitaris (TV) : pour le leader français l’avenir passe par une utilisation plus préventive de la téléassistance : « de plus en plus de personnes s’abonnent avant qu’un incident grave ne survienne », note Alain Monteux, président de TV. La marque mise sur l’innovation technologique permettant une analyse fine des comportements et une détection précoce des signes de fragilité. La téléassistance devient ainsi un maillon essentiel du maintien à domicile.
Alain Monteux plaide pour une action concertée entre acteurs publics et privés. Il propose notamment la création d’un véritable service public de la téléassistance, soutenu par une taxe similaire à l’écotaxe, qui garantirait un financement stable sur le long terme. Il souligne qu’il « manque aujourd’hui un facilitateur au niveau gouvernemental pour coordonner les différents acteurs et simplifier l’accès aux financements ».
📌 Arkea On Life, opérateur de téléassistance traditionnel, partage la nécessité d’évoluer vers une prestation plus préventive, basée sur le numérique. Il insiste sur son acceptabilité :« Plus la solution est technologique, moins ça doit se voir. Les industriels doivent proposer des solutions très avancées technologiquement, mais simples d’usage pour éviter tout blocage de la part des utilisateurs ».
Pour Olivier Bessières, directeur commercial, la téléassistance est trop associée aux personnes âgées dépendantes, alors qu’elle peut être utile dans de nombreuses situations, comme un retour de maternité. Il faut « déstigmatiser » la téléassistance en mettant l’accent sur ses aspects positifs :« sensibiliser les donneurs d’ordre aux gains financiers potentiels » en faisant valoir par exemple qu’équiper un logement en télésurveillance coûte moins cher que deux mois en EHPAD. « Le rapprochement entre la téléassistance et le médical est également une piste prometteuse. Face à la raréfaction des médecins, la téléassistance pourrait être proposée en complément de solutions de téléconsultation ou de visites médicales ».
📌 Urmet France : Le groupe, acteur majeur du contrôle d’accès, élargit aujourd’hui son offre vers la téléassistance avec Solinnov, une approche technologique alternative aux dispositifs traditionnels. « Nous installons des capteurs de mouvement et d’ouverture, sans aucune caméra, qui analysent pendant 6 à 8 semaines les habitudes de vie de la personne », explique Pascal Perrin, directeur opérationnel d’Urmet France. Solinnov repère des routines de vie et génère une alerte en cas d’anomalie. Il ne détecte pas seulement les chutes, mais vise une approche globale préventive. « Par exemple, si une personne ne sort pas pendant trois jours, un opérateur l’appelle pour prendre de ses nouvelles. Cela permet de détecter des situations d’isolement ou de dépression naissante. (…) Les personnes équipées bénéficient d’un suivi à travers un service nommé “La Bienveillante Attention”. Les télésurveilleurs sont chargés de prendre contact en cas d’incident mais ils appellent également régulièrement les personnes pour se présenter, prendre des nouvelles et avoir une courte interaction sociale avec elles ».
L’Afrata veut dynamiser le marché
L’Association française de téléassistance (Afrata), qui fédère 85% des opérateurs, a publié un manifeste, dans lequel elle propose huit séries de mesures qu’elle estime nécessaires pour atteindre 20% des plus de 75 ans en 2030, parmi lesquelles :
- l’établissement d’un socle-qualité, reprenant la charte des bonnes pratiques garantissant des critères de qualité et d’éthique, parmi lesquels la protection des données personnelles ;
- l’intégration systématique de la téléassistance dans les plans d’aides et les plans de prévention ;
- l’intégration de la téléassistance dans les parcours de soins et dans Mon Espace Santé ;
- l’obligation de la téléassistance dans les logements seniors neufs ;
- l’obligation de la téléassistance de la TA comme une condition d’éligibilité à l’APA ;
- l’intégration de la TA dans tous les nouveaux services d’aide à domicile et dans tous les CPOM ;
- l’association systématique des professionnels de la téléassistance aux réflexions sur l’organisation de la filière sanitaire et sociale, la dépendance, les établissements de santé et les services de secours.
Ces propositions visent à structurer le marché tout en préservant son dynamisme, notamment dans le segment B2C.
L’émergence d’un possible service public de la téléassistance, soutenu par des mécanismes de financement pérennes garantissant l’accès au service pour tous, pourrait « constituer le catalyseur nécessaire pour hisser la France au niveau de ses voisins européens ».