Actualité

  • Une IA associée à un test rapide de troponine pour diagnostiquer le risque d’infarctus au lit du patient

    Troponine cardiaque : trois limites du diagnostic centralisé

    Un consortium de chercheurs hospitaliers allemands, américains et australiens démontre l’efficacité d’un algorithme d’intelligence artificielle pour prédire le risque individuel d’infarctus du myocarde. Actuellement, le diagnostic de l’infarctus repose principalement sur la mesure de la troponine cardiaque à haute sensibilité (hs-cTn) en laboratoire central. Cette méthode présente toutefois trois limites majeures :

    • Un délai d’attente prolongé pour l’obtention des résultats de laboratoire.
    • Des seuils de troponine standardisés ne prenant pas en compte les variations cliniques individuelles.
    • Une efficacité limitée pour les patients se présentant tôt, soit moins de trois heures après l’apparition des symptômes.

    99,96 % : L’algorithme ARTEMIS améliore le diagnostic de l’infarctus du myocarde

    Les chercheurs ont utilisé l’algorithme d’apprentissage automatique personnalisé ARTEMIS POC (Point of Care). Cet outil, combiné à une mesure de hs-cTn sur un dispositif de diagnostic rapide, intègre et pondère diverses variables cliniques et biologiques. Une étude rétrospective observationnelle a été menée sous la coordination du Centre Universitaire des Maladies Cardiaques et Vasculaires de Hambourg.

    L’étude a inclus 2 560 patients admis aux urgences pour suspicion d’infarctus du myocarde et a analysé rétrospectivement les données des cohortes SEIGE (États-Unis) et SAMIE (Australie). Les résultats, publiés dans The Lancet Digital Health, montrent que l’algorithme ARTEMIS, en se basant sur une seule mesure de hs-cTn, offre :

    • Une valeur prédictive négative de 99,96 %.
    • Une sensibilité de 99,68 %.
    • Une valeur prédictive négative et une sensibilité de 100 % pour l’infarctus du myocarde de type 1 uniquement.

    Une avancée dans l’exclusion rapide des patients à faible risque d’infarctus

    L’étude révèle que l’algorithme ARTEMIS-POC a identifié 35,1 % des patients éligibles à une exclusion directe, un chiffre qui dépasse de plus du double les recommandations de la Société européenne de cardiologie et du Collège américain de cardiologie, tout en maintenant un niveau de sécurité élevé. Cette intelligence artificielle devrait permettre :

    • Une accélération de la sortie sécurisée des patients à faible risque des urgences.
    • Une application dans des contextes de soins ambulatoires, précliniques ou géographiques isolés.
    • Un potentiel de réduction du temps d’exclusion à quelques minutes, même pour les patients se présentant précocement.

     

  • Corée du Sud : IA et IoT au service de la santé des seniors

    Une stratégie numérique pour optimiser la prise en charge de la santé des seniors

    Les dépenses médicales pour les seniors représentent déjà plus de 43 % des coûts de santé totaux du pays, avec des dépenses par personne trois fois supérieures à celles des autres groupes d’âge. Pour répondre à ce défi, le gouvernement sud-coréen a lancé en 2020 un projet de soins basé sur l’intelligence artificielle (IA) et l’internet des objets (IoT). Ce projet vise à :

    • Effectuer une surveillance proactive des maladies chroniques
    • Réduire les coûts grâce à un suivi de santé à distance
    • Améliorer l’autonomie et la qualité de vie des seniors

    Un système alliant IoT, applications de santé et IA :

    Le dispositif repose sur :

    • des équipements connectés : tensiomètres, capteurs biométriques portables glucomètres intelligents, montres connectées et systèmes de détection de chutes ;
    • des fonctionnalités de commande vocale par intelligence artificielle (IA) ;
    • et des applications de suivi de la santé.

    Une amélioration notable de la santé pour 45 000 seniors

    Les résultats de ce projet, publiés dans le journal Healthcare par l’Institut coréen de promotion de la santé, montrent des impacts significatifs sur les 45 000 seniors ayant utilisé ce service. Parmi les 9 566 participants suivis plus de cinq mois, les chercheurs ont observé :

    • une amélioration des indicateurs de santé, avec une baisse moyenne de la pression artérielle de 0,69 mm Hg et une réduction de 0,14 kg/m² de l’indice de masse corporelle ;
    • des progrès dans les habitudes de vie, notamment une augmentation de l’activité physique modérée et de la marche ;
    • ainsi qu’une diminution des scores de fragilité, qui mesurent la résistance des seniors aux stress physiques et médicaux, dans les dimensions physiques, sociales et cognitives.

    Ce programme démontre ainsi le potentiel de l’IA et de l’IoT pour renforcer l’autonomie et la santé des seniors dans un contexte de vieillissement rapide.

     

     

    * Present and Future of AI-IoT-Based Healthcare Services for Senior Citizens in Local Communities: A Review of a South Korean Government Digital Healthcare Initiatives.

    Kim, D.-J.; Lee, Y.-S.; Jeon, E.-R.; Kim, K.J.

    Healthcare 2024, 12, 281. https://doi.org/10.3390/healthcare12020281

     

  • HAS : reconduction de Pierre Cochat à la CT et de Jean-Yves Grall à la Cnedimts

    Deux nouvelles vice-présidentes à la Cnedimts

    Si la CT de la Haute autorité de santé  (HAS) voit sa présidence rester la même – avec Pierre Cochat en président, ainsi que Michel Clanet et Étienne Langliné en vice-présidents -, ce renouvellement est marqué par le départ des deux anciens vice-présidents de la Cnedimts, Philippe Amabile et Pascal Sellier, et l’arrivée de nouvelles vice-présidentes. Membres de la Cnedimts lors du mandat précédent, ce sont Nawale Hajjaji et Françoise Hidden Lucet qui ont été choisies pour les remplacer. Elles intègrent ainsi le bureau de la Commission aux côtés de Jean-Yves Grall, ancien président par intérim qui a été reconduit à la tête de la Commission.

    Titulaire d’un doctorat en sciences de l’université de Tours, Nawal Hajjaji est oncologue médicale au centre Oscar Lambret à Lille et membre de l’unité Inserm U1192 PRISM depuis 2018, où elle mène des recherches en oncologie translationnelle. Ancienne conseillère scientifique pour BIG against breast cancer, elle a également travaillé pendant près de dix ans au CHU de Tours.

    De son côté, Françoise Hidden Lucet exerce dans le service de cardiologie médicale de la Pitié Salpêtrière et est spécialisée dans la physiologie cardiaque et la médecine vasculaire. Titulaire d’un doctorat en médecine, elle est impliquée dans des recherches cliniques et expérimentales sur les maladies cardiovasculaires. Elle a exercé en tant que praticien hospitalier à l’hôpital européen Georges-Pompidou à Paris, où elle a mené de nombreuses études sur les pathologies cardiaques. Elle est également membre de plusieurs équipes de recherche, notamment dans le domaine de la cardiologie et de la pathophysiologie vasculaire.

    28 nouveaux membres en tout

    11 nouveaux membres à la CT :

    Créée en 2004, la Commission de transparence de la HAS regroupe médecins, pharmaciens et experts en méthodologie et épidémiologie. Elle évalue les médicaments ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché, à la demande des laboratoires qui souhaitent leur inscription sur la liste des produits remboursables.

    Le mandat actuel court du 11 novembre 2024 au 11 novembre 2027 et vient introduire 11 nouveaux membres, qui rejoignent les 17 membres dont le mandat a été reconduit. Les membres de la CT pour les 3 prochaines années sont donc : Elisabeth Aslangul, Pierre Attali, Fatiha Barka, Audrey Bellesoeur, Hugues Blondon, Francis Bonnet, Sylvie Chevret, Muriel Doret-Dion, Céline Eiden, Patricia Etienne, Thierry Facon, Raphael Favory, Jean-Christophe Lega, Clara Locher, Ariane Mallat, Guillaume Marie, Véronique Minard-Colin, Marina Nguenang, Patrick Niaudet, Anne-Pierre Pickaert, Benoît Pilmis, Matthieu Roustit, Catherine Simonin, Dominique Tregoures, Albert Trinh Duc, Sylvie Viaux-Savelon.

    17 nouveaux membres à la Cnedimts :

    Fondée en 2010, la Cnedimts est une commission de la HAS chargée d’évaluer les dispositifs médicaux, les technologies de santé et les actes médicaux en vue de leur remboursement par l’Assurance maladie. Elle joue un rôle clé en éclairant les pouvoirs publics sur ces décisions et en contribuant à l’amélioration des pratiques professionnelles ainsi qu’à la qualité des soins. Elle examine les demandes de remboursement pour des dispositifs médicaux à usage individuel, des produits diagnostiques, thérapeutiques ou de compensation du handicap (hors médicaments) et des prestations associées. Ces analyses, réalisées à partir de bases scientifiques solides, peuvent être sollicitées par les fabricants ou intervenir sur saisines officielles.

    Le mandat actuel court aussi pour 3 ans (renouvelable deux fois) et vient d’introduire 17 nouveaux membres, qui rejoignent les 10 membres reconduits auprès du président. Les membres de la Cnedimts pour ces 3 prochaines années sont donc : Pierre Ambrosi, Murielle Assoun, Alexander Balcerac, Catherine Bancal, Frederic Barbot, Hervé Corbineau, Philippe Cornu, Eric De Kerviler, Benoit Dervaux, Delphine Follet, Dominique Garel, Charlotte Gourio, Marie Paule Guillodo, Pascal Guillon, Sylvie Catherine Joannidis Gauthier, Fabien Labombarda, Pierre Lantelme, Jean-Charles Mikaelian, Jean Paysant, Anne-Marie Perron, Samuel Pouplin, Amina Rezkallah, Stéphane Tringali, Samuel Vialatte.

     

  • Personnes âgées : de l’IA embarquée dans un robot pour repérer les fragilités psychiques

    De l’IA pour l’analyse d’images et de sons

    Installé discrètement dans la pièce de vie, Emobot analyse de façon continue et objective l’état émotionnel des personnes âgées. Le petit robot est pour cela équipé d’une caméra, qui filme les micro expressions du visage et la gestuelle, et d’un dispositif audio, qui capte le contenu de la parole et sa prosodie, la manière dont elle est émise.

    Les images et les sons sont analysés en continu par un algorithme basé sur une intelligence artificielle (IA) embarquée dans le robot. Celle-ci dispose d’une banque de données d’images et de sons reliés à des états mentaux, ce qui lui permet de retranscrire les images et les sons captés en émotions positives ou négatives. Ces données ne sont pas conservées après leur utilisation, afin de préserver l’intimité des personnes.

    Emobot est ainsi en mesure de repérer les signes des troubles de l’humeur (anxiété, agitation, etc.), qui sont souvent des signes avant-coureurs de maladies neuropsychiatriques, comme la dépression, ou des maladies neurodégénératives, comme la maladie d’Alzheimer.

    Emotrack, le back-office d’Emobot

    Toutes les informations recueillies et traitées par Emobot sont ensuite envoyées sur l’application web Emotrack. L’application établit à partir des données transmises une sorte d’agenda émotionnel de la personne suivie par Emobot. Les indicateurs psychoaffectifs utilisés pour ce suivi par la plateforme ont été élaborés selon les critères DMS du PHQ-9 (patient health questionnaire – 9 items) et GAD-7 (generalized anxiety disorders – 7 items).

    Par rapport à la manière classique de renseigner ces indicateurs en répondant aux questionnaires en vis-à-vis, l’intervention d’Emobot présente l’avantage décisif que la collecte d’information ne soit pas perturbée par la relation avec la personne. L’évolution des indicateurs est représentée par des cartes émotionnelles en continu, qui permettent de visualiser l’état émotionnel de la personne, de suivre l’évolution de son humeur et de pouvoir ainsi intervenir en amont des difficultés constatées et analysées.

    Le traitement ainsi réalisé des données d’Emobot par Emotrack peut être mis à disposition du personnel d’un établissement de type Ehpad, d’une équipe mobile de services de soins à domicile ou de proches, afin de surveiller l’état émotionnel de la personne. Cela est particulièrement indiqué lorsque celle-ci est en situation de fragilité, par exemple lorsqu’elle vient d’être admise en établissement ou qu’elle traverse une période difficile. L’évolution des cartes permet de visualiser si son état émotionnel s’améliore ou contraire se dégrade et d’intervenir sans tarder.

    Des premiers essais concluants en psychiatrie et en Ehpad

    Une centaine de robots sont installés actuellement, en psychiatrie et en Ehpad. Des psychiatres spécialisés en gérontologie ont pu tester Emobot, comme le Pr Lançon, psychiatre de secteur à l’hôpital Ste Marguerite de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille, et le docteur Maud Tastevin, gérontopsychiatre à Villeneuve-lès-Avignon, avec laquelle est envisagé un projet d’étude clinique sur la préparation de la visite à domicile du psychiatre.

    Une dizaine d’Ehpad ont pu tester Emobot près de trois mois et l’installer auprès des résidents les plus fragiles. A l’Ehpad de Plabennec, le Dr Nicolas Gallay, directeur médical, apprécie de disposer de données dans un agenda émotionnel personnalisé : « Le dépistage de la dépression se fait sur un questionnaire oral, mais aujourd’hui, il a des limites. En revanche quand on est en relation avec d’autres personnes, on peut voir un masque, une expression corporelle, qui ne mentent pas. Ça permet d’avoir un regard objectif sur l’état émotionnel de la personne ». Cet outil est pertinent pour détecter les symptômes de la dépression, insuffisamment diagnostiquée chez les personnes âgées. Lorsque leur état émotionnel se dégrade sur plusieurs jours, Emobot envoie une alerte par mail à l’équipe médicale, qui peut intervenir rapidement.

    Ce robot permet aussi d’alléger les tâches des aides-soignants, qui peuvent surveiller les patients ou résidents plus facilement et de façon plus régulière sans se déplacer continument.

    Quelles perspectives pour la start-up ?

    Ces premiers résultats après 6 mois doivent être consolidés par des études cliniques tant en Ehpad qu’à l’hôpital.

    Pour l’entreprise d’autres étapes sont à envisager :

    • associer Emobot à d’autres capteurs comme les IRM, les EEG ;
    • obtenir le statut de dispositif médical, afin d’avoir vocation à être largement implanté dans les établissements de santé et médicosociaux ;
    • déployer plus largement ses robots au domicile.

     

  • RWD : une preuve fiable pour évaluer l’efficacité des traitements selon une nouvelle étude

    Dépasser les résultats cliniques randomisés grâce aux RWD

    Les essais cliniques randomisés (RCT) restent la référence pour approuver de nouveaux médicaments, mais leur rigueur exclut souvent des profils de patientes plus divers, comme les personnes âgées ou celles ayant des comorbidités. Pour combler cette lacune, des chercheurs français, venant principalement du centre Léon Bérard et d’Unicancer, ont mené une étude sur l’efficacité de huit traitements utilisés contre le cancer du sein métastatique, en utilisant des données de vie réelle issues de la cohorte ESME-MBC. Ce groupe rassemble les données de santé de 32 598 patientes traitées entre 2008 et 2021 en France, permettant d’observer l’efficacité des traitements dans des contextes cliniques quotidiens et variés.

    L’objectif de cette étude est d’émuler les RCT en utilisant des RWD, afin de confirmer ou de nuancer les conclusions des essais contrôlés, en observant notamment si les traitements testés offrent des bénéfices similaires en termes de survie. Ses résultats seront publiés en décembre 2024 dans le European journal of cancer (EJC), sous la forme d’un article intitulé “Assessing the real-world effectiveness of 8 major metastatic breast cancer drugs using target trial emulation“.

    Résultats : une forte concordance avec les essais cliniques pour la majorité des médicaments

    L’étude a évalué huit traitements couramment prescrits contre le cancer du sein métastatique, parmi lesquels les inhibiteurs CDK4/6 (palbociclib, ribociclib, abemaciclib), les anticorps anti-HER2 (trastuzumab, pertuzumab), le T-DM1, et l’everolimus. Les chercheurs ont recréé les conditions d’essais cliniques dans ce contexte réel en ajustant des variables pour minimiser les biais et observer les effets des médicaments comme dans les RCT, mais dans un échantillon de patientes plus large et varié.

    Les résultats montrent que pour sept des huit traitements, l’efficacité observée en conditions réelles concorde avec celle des RCT. Les inhibiteurs CDK4/6, par exemple, confirment des bénéfices en termes de survie similaires à ceux observés en essais cliniques, tout comme les anticorps anti-HER2, qui continuent de montrer une efficacité substantielle en dehors du cadre strict des RCT. Cependant, des écarts ont été notés pour l’everolimus, dont l’efficacité en conditions réelles est apparue moindre. Les chercheurs ont indiqué que ces différences pourraient refléter les caractéristiques des patientes en milieu réel, plus diversifiées que celles des essais, et parfois plus vulnérables.

    Les RWD offrent une perspective complémentaire :

    Ils ont aussi mis l’accent sur le fait que ces données réelles, issues de situations cliniques quotidiennes, offrent une perspective complémentaire aux essais cliniques traditionnels, particulièrement pour des patientes qui pourraient être exclues des RCT. Elles permettent de mieux comprendre comment les médicaments fonctionnent dans la diversité des cas rencontrés en pratique. Cette approche aide les cliniciens à ajuster les traitements aux besoins spécifiques des patientes et à améliorer la prise en charge du cancer du sein métastatique.

     

     

    * Assessing the real-world effectiveness of 8 major metastatic breast cancer drugs using target trial emulation

    Alison Antoine, David Pérol, Mathieu Robain, Thomas Bachelot, Rémy Choquet, William Jacot, Béchir Ben Hadj Yahia, Thomas Grinda, Suzette Delaloge, Christine Lasset, Youenn Drouet.

    European Journal of Cancer, Volume 213, 2024, 115072, ISSN 0959-8049,
    https://doi.org/10.1016/j.ejca.2024.115072.

     

  • Cancer : la biopsie liquide génomique déployée par Roche et Gustave Roussy

    Une alternative à la biopsie tissulaire

    L’Institut Gustave Roussy, Roche Diagnostics et la Foundation Medicine Inc. déploient un programme de diagnostic moléculaire national pour les patients atteints de cancer en France, où 400 000 nouveaux cas de cancer ont été diagnostiqués l’année dernière, d’apèrs l’Institut national du cancer (Inca). Bien que la biopsie tissulaire soit le principal outil de diagnostic, elle est invasive et inadéquate pour les tumeurs difficiles d’accès et le suivi des cancers métastatiques.

    La biopsie liquide, une alternative innovante, repose sur l’analyse de l’ADN tumoral circulant dans le sang et offre plusieurs avantages :

    • non-invasivité ;
    • prélèvements fréquents possibles ;
    • prise en compte de l’hétérogénéité tumorale ;
    • détection précoce et suivi de la maladie résiduelle ;
    • identification des mécanismes de résistance

    Profilage génomique pour un traitement personnalisé

    Grâce à une technologie de profilage par biopsie liquide, l’Institut Gustave Roussy peut analyser 324 gènes liés aux cancers via le séquençage de l’ADN tumoral circulant, obtenant des données génomiques essentielles pour personnaliser les traitements.

    Le programme Fresh (French Sequencing Hub for Liquid Biopsy) repose sur un partenariat public-privé, facilitant le transfert technologique de l’industrie vers l’hôpital. La Fondation Medicine apporte à Gustave Roussy son expertise en séquençage et analyse bioinformatique, tandis que Roche Diagnostics soutient logistiquement et financièrement le programme.

    Un parcours de diagnostic standardisé :

    L’initiative se distingue par un parcours de biopsie liquide standardisé à grande échelle en France, comprenant :

    • prélèvement sanguin ;
    • extraction de l’ADN circulant ;
    • préparation des librairies pour séquençage ;
    • séquençage de nouvelle génération ;
    • analyse bio-informatique ;
    • interprétation clinique des résultats ;
    • rapport et recommandations thérapeutiques.

    Ce processus vise à optimiser le diagnostic et le suivi des cancers en adaptant la méthode aux besoins des patients.

    Une capacité d’analyse extensible à 8 000 tests par an

    Conçu selon les normes européennes, le programme Fresh dispose d’une capacité de 4 000 tests, extensible à 8 000 annuels, et de consultations pluridisciplinaires pour un accompagnement thérapeutique. Son infrastructure permet un accès national, y compris pour les patients en régions éloignées. Cette initiative public-privé rend les traitements innovants et les essais cliniques plus accessibles aux patients atteints de cancer en France?

     

  • GenAI : un outil proposé pour encadrer l’éthique des usages en santé (The Lancet)

    Entre potentiel médical et défis éthiques de la GenAI

    La GenAI regroupe des modèles capables de créer des contenus réalistes, des textes aux images médicales. Son potentiel en santé est immense : soutien aux diagnostics, génération de données synthétiques pour la recherche, assistance en formation médicale et aide à la prise de décision clinique. Cependant, en raison de la sensibilité des données traitées, ces applications exacerbent les risques liés à la confidentialité, la sécurité et la précision des informations.

    Les technologies comme les grands modèles de langage (LLM) peuvent améliorer l’accessibilité aux soins, mais elles présentent aussi des dangers : divulgation non intentionnelle de données personnelles, génération d’informations erronées (hallucinations) ou biaisées et vulnérabilité aux cyberattaques (manipulation de l’information). Bien que les préoccupations éthiques autour de ChatGPT soient largement débattues, l’étude, publiée en septembre et revue en novembre dans le journal The Lancet Digital Health, révèle que d’autres formes de GenAI, comme les réseaux antagonistes génératifs (GAN) utilisés pour générer des images médicales ou des données structurées, sont souvent négligées dans les discussions éthiques.

    9 principes éthiques pour guider l’usage de la GenAI en santé :

    Pour une adoption éthique et responsable de la GenAI, l’étude met en avant neuf principes clés :

    1️⃣ Responsabilité : Assurer une clarté sur la responsabilité légale des résultats produits par la GenAI, notamment en cas d’erreur clinique ou de biais introduits par l’IA.

    2️⃣ Autonomie : Respecter la capacité des patients à prendre des décisions éclairées, en les informant sur l’utilisation de l’IA dans leur prise en charge.

    3️⃣ Équité : Éviter les biais dans les décisions médicales pour garantir un accès équitable aux soins, en particulier pour les populations sous-représentées.

    4️⃣ Intégrité : Maintenir l’intégrité des données et reconnaître la propriété intellectuelle dans les recherches basées sur la GenAI.

    5️⃣ Non-malfaisance : Minimiser les risques de préjudice pour les patients en garantissant la fiabilité et la précision des informations générées.

    6️⃣ Confidentialité : Protéger la confidentialité des données sensibles des patients, en prévenant les fuites de données dans les échanges avec la GenAI.

    7️⃣ Sécurité : Renforcer la sécurité des systèmes de GenAI pour limiter les cyberattaques et préserver l’intégrité des données.

    8️⃣ Transparence : Assurer une transparence dans les algorithmes de GenAI, notamment dans les processus de prise de décision, pour éviter l’opacité des « modèles boîtes noires ».

    9️⃣ Confiance : Établir une confiance durable entre les utilisateurs et les technologies de GenAI en validant les performances des modèles et en garantissant leur pertinence clinique.

    Ces principes constituent le socle de la TREGAI Checklist (Transparent Reporting of Ethics for Generative AI), un outil permettant d’intégrer et de suivre ces considérations éthiques de manière systématique dans la recherche en santé.

    Un cadre d’évaluation pour une recherche éthique en GenAI

    Pour pallier l’absence de standards clairs, l’étude propose la TREGAI Checklist, une grille d’évaluation systématique des implications éthiques. Celle-ci vise à guider non seulement les chercheurs, mais aussi les comités de publication et de financement, afin d’encourager une adoption et un développement responsable de la GenAI en santé. En demandant aux chercheurs de documenter et d’analyser en détail les enjeux éthiques potentiels, la checklist facilite la prise de décision éclairée et encourage des pratiques responsables.

    Cette grille encourage les chercheurs à évaluer, pour chaque application de GenAI, l’éthique des modèles utilisés, en distinguant notamment les modalités de données (texte, image, données structurées) et en adaptant les principes éthiques en fonction des spécificités des applications. Par exemple, dans le cas des LLMs, l’accent est mis sur la transparence et la précision pour éviter les biais et les hallucinations. Quant aux GAN, utilisés pour générer des données visuelles en médecine, la checklist aide à contrôler la qualité des données synthétiques et leur utilité dans les recherches cliniques.

    Les limites et perspectives d’évolution de la TREGAI Checklist

    Bien que la checklist représente une avancée importante, elle présente certaines limites, notamment en ce qui concerne les applications de GenAI multimodales qui combinent plusieurs types de données (comme les images et les rapports médicaux). L’étude recommande une adaptation continue de la checklist, pour répondre aux besoins spécifiques des nouvelles applications de la GenAI. En effet, les modèles multimodaux, de plus en plus utilisés dans d’autres domaines, soulèvent des questions encore plus complexes d’évaluation éthique et technique, en particulier dans des domaines comme la neuro-imagerie.

    L’étude propose également de collaborer avec des experts en éthique pour renforcer la pertinence et la sensibilité des évaluations. La checklist est conçue pour évoluer avec le développement des technologies de GenAI, et un comité est en charge de la maintenir à jour et de l’adapter aux nouvelles découvertes et réglementations.

    Vers une adoption éthique et responsable de la GenAI en santé :

    La GenAI ouvre des perspectives passionnantes pour le secteur de la santé, mais sans cadre éthique rigoureux, elle pourrait nuire aux patients, aux chercheurs et à l’ensemble du secteur. La TREGAI Checklist apporte une réponse aux dilemmes éthiques de la GenAI, en plaçant la transparence, la sécurité et la responsabilité au centre des préoccupations. Conçu en tant que guide, elle vise non seulement à encadrer les développements actuels, mais aussi à inspirer des pratiques de recherche et d’innovation plus responsables.

     

     

    * Generative artificial intelligence and ethical considerations in health care: a scoping review and ethics checklist

    Ning, Yilin et al.

    The Lancet Digital Health, Volume 6, Issue 11, e848 – e856

     

  • IA : les industriels français investissent 35 % de plus que la moyenne mondiale (enquête Abbyy)

    La pression de la compétitivité et des clients pousse à adopter l’IA

    Cette enquête a été menée auprès de 1 200 décideurs informatiques en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne, en Australie et à Singapour. Abbyy, spécialiste des logiciels de reconnaissance optique de caractères et du traitement intelligent des documents, a conduit cette enquête en collaboration avec l’institut Opinum. L’étude, intitulée “Abbyy State of Intelligent Automation : AI Trust Barometer 2024”, s’est concentrée sur les motivations et les inquiétudes des industriels français face à l’intégration de l’IA.

    Les principaux domaines d’adoption de l’IA dans l’industrie française sont le marketing et les opérations (40 %), les ventes (39 %) et la conformité (27 %).

    La confiance envers les outils d’IA générative est élevée : 77 % des responsables informatiques dans l’industrie estiment que l’IA apporte des bénéfices concrets à leur activité. Les grands modèles de langage (LLM) sont jugés fiables et performants par 84 % des répondants, tandis que les petits modèles (SLM) recueillent la confiance de 80 % en raison de leur capacité à répondre à des besoins spécifiques tout en réduisant certains risques associés aux LLM. Par ailleurs, 82 % des industriels français utilisent ChatGPT, et plus de la moitié emploie des outils d’IA spécialisés pour automatiser et optimiser des processus précis, notamment pour améliorer l’expérience utilisateur.

    L’étude révèle que 63 % des industriels français redoutent de perdre en compétitivité s’ils ne s’adaptent pas aux évolutions de l’IA. Parmi les répondants, 52 % voient dans cette technologie un moyen d’améliorer les performances et le service client, et 38 % sont poussés par les attentes de leurs clients, un facteur de pression supplémentaire pour ce secteur industriel souvent hyperconcurrentiel.

    La préférence pour les SLM montre une approche prudente et pragmatique de l’IA, probablement influencée par les préoccupations liées aux risques de biais et de fiabilité des LLM. L’usage d’outils d’automatisation spécifiques traduit une tendance vers une IA “spécialisée”, conçue pour des besoins précis et moins risqués.

    Les entreprises intensifient leurs dépenses en IA, malgré les défis techniques, humains et juridiques

    Les résultats montrent un investissement moyen en IA de 811 000 euros au cours des 12 derniers mois en France, bien au-dessus de la moyenne de 600 000 euros observée dans les autres pays. Selon Abbyy, deux principaux facteurs poussent les entreprises françaises à investir dans l’IA : l’innovation technologique et la crainte de devenir obsolètes.

    Les décideurs français restent cependant préoccupés par certains freins à l’adoption de l’IA : le risque d’utilisation abusive (38 %), le manque de talents qualifiés (34 %), la complexité technique (29 %) et les exigences de conformité juridique (31 %) figurent parmi les principaux défis. La cybersécurité demeure une inquiétude majeure : 49 % des répondants redoutent les menaces potentielles pour la protection des données, et 40 % doutent de la fiabilité des informations générées par les outils d’IA.

    L’IA mise à l’épreuve par le manque de cadres éthiques

    Malgré la loi européenne sur l’intelligence artificielle (EU AI Act), seulement 43 % des sondés ont instauré des politiques internes précises pour encadrer l’utilisation de l’IA en matière de conformité. Abbyy souligne l’importance de formaliser de telles lignes directrices pour renforcer la confiance des utilisateurs et des clients.

    La crainte de l’obsolescence et de la perte de compétitivité pousse les industriels français à investir plus que la moyenne internationale dans l’IA, ce qui révèle une forte pression pour ne pas rester à la traîne par rapport aux autres acteurs. La préférence pour les SLM montre une approche prudente et pragmatique, influencée par les préoccupations liées aux risques de biais et de fiabilité des LLM. L’usage d’outils d’automatisation spécifiques traduit une orientation vers une IA “spécialisée”, adaptée à des besoins précis et moins risquée.

    87 % des décideurs informatiques prévoient d’augmenter leurs budgets en IA l’an prochain, et 22 % envisagent même d’accroître leurs investissements de 21 à 30 %. Cette dynamique d’investissement reflète une confiance renforcée dans l’IA, soutenue par des bénéfices tangibles pour les entreprises ayant intégré ces technologies.

     

  • Cybersécurité : les établissements de santé, proies favorites des cybercriminels (rapport Anssi)

    Des cyberattaques de grandes ampleurs depuis plusieurs années

    Ces dernières années, plusieurs hôpitaux français ont été touchés par des cyberattaques d’une ampleur considérable. L’une des attaques les plus marquantes est celle du Centre hospitalier Sud-Francilien (CHSF) d’août 2022, menée par le groupe cybercriminel Lockbit. Ce piratage a mis hors service le système informatique de l’établissement pendant plusieurs semaines, forçant le personnel à recourir à des méthodes manuelles pour assurer les soins. Les données exfiltrées, comprenant des informations personnelles et médicales de patients, ont été mises en ligne par les pirates après l’échec de leurs tentatives de rançon

    En 2024, les cyberattaques sur les établissements de santé n’ont fait que s’intensifier. En février, l’hôpital d’Armentières a dû fermer temporairement son service des urgences et son bloc opératoire après une attaque bloquant ses systèmes, entraînant l’annulation de nombreux rendez-vous et une gestion manuelle des soins critiques. En octobre 2024, le groupe hospitalier Hospi Grand Ouest, incluant la Clinique de La Sagesse à Rennes, a également été ciblé par une cyberattaque de type ransomware, perturbant ses opérations et accentuant la pression sur son personnel.

    Exemples d’attaques par rançongiciel ayant touché des centres hospitaliers en France depuis2020 - @ANSSI
    Exemples d’attaques par rançongiciel ayant touché des centres hospitaliers en France depuis
    2020 – @ANSSI

    C’est dans ce contexte de cyberattaques d’ampleurs en France, ainsi que dans le reste du monde, que l’Anssi a décidé de publier, le 7 novembre 2024, son rapport “secteur de la santé : état de la menace informatique” dans lequel elle évoque les raisons pour lesquels les acteurs de la santé sont ciblés, mais aussi les manières de se prémunir de ces menaces informatiques.

    Les établissements ciblés à cause de leur manque de cloisonnement

    L’Anssi explique que dans ce secteur, les acteurs les plus ciblés sont les établissements de santé, et de loin (86 %). Pour l’Agence, cela s’explique par le fait que le manque de cloisonnement des systèmes d’information (SI) hospitaliers dû à l’impératif de garantir la disponibilité des services pour de nombreux utilisateurs et applications – ce se traduit fréquemment par des SI dépourvus de segmentation réseau et de contrôle d’accès – fait de ces acteurs des cibles privilégiés par les cybercriminels.

    Distribution des incidents et signalements transmis à l’ANSSI entre janvier 2022 et décembre 2023 par entités du secteur de la santé - @ANSSI
    Distribution des incidents et signalements transmis à l’ANSSI entre janvier 2022 et décembre 2023 par entités du secteur de la santé – @ANSSI

    En effet, les établissements de santé gèrent des informations personnelles et médicales hautement sensibles, nécessaires à la continuité des soins. Ce caractère unique, combiné à une infrastructure complexe et à un parc technologique hétérogène, rend la sécurité plus difficile à standardiser et à renforcer. De plus, les contraintes de disponibilité des données, cruciales pour les soins urgents, font de ce secteur une cible de choix pour les cybercriminels, en particulier dans le cadre des rançongiciels (ransomware).

    – Quelques fonctions et dépendances critiques d’un Centre Hospitalier typique - @ANSSI
    – Quelques fonctions et dépendances critiques d’un Centre Hospitalier typique – @ANSSI

    Une statistique marquante : entre janvier 2022 et décembre 2023, 86 % des incidents signalés à l’Anssi dans le secteur concernaient les établissements de santé, confirmant leur exposition accrue aux menaces informatiques.

    Les menaces lucratives sont prédominantes :

    Le rapport de l’Anssi distingue trois types principaux de menaces :

    • Menace à finalité lucrative : ce type de menace représente la majorité des attaques. Les cybercriminels s’intéressent avant tout aux gains financiers immédiats, avec des méthodes telles que les rançongiciels, la revente de données ou les fraudes en ligne ;
    • Menace à finalité d’espionnage : liée principalement à des États ou organisations cherchant à obtenir des informations stratégiques, cette menace s’est intensifiée avec la pandémie de Covid-19, visant par exemple les données de recherche sur les vaccins ;
    • Menace de déstabilisation : souvent orchestrée par des groupes hacktivistes, elle prend la forme d’attaques par déni de service (DDoS) ou de sabotage. Les objectifs sont de perturber les services de santé ou de compromettre la réputation des entités visées.

    Parmi ces menaces, les attaques à finalité lucrative prédominent en raison de leur rentabilité directe pour les cybercriminels. Le déploiement de rançongiciels dans les hôpitaux vise à contraindre ces derniers à payer des rançons pour récupérer l’accès à leurs systèmes. Le chantage lié à la divulgation de données exfiltrées est également une tactique courante. Les attaques par rançongiciels ont particulièrement marqué le secteur depuis 2020, notamment en exploitant la pression sur les établissements de santé pendant la pandémie, une période durant laquelle la continuité des soins était impérative.

    “Sensibiliser les collaborateurs”, parmi les recommandations de l’Anssi

    La particularité de ce rapport de l’Anssi est qu’il ne se contente pas de faire un état des lieux de la menace informatique qui pèse sur le secteur de la santé en France, puisque l’Agence va émettre plusieurs recommandations pour contrer ces menaces. Les 19 recommandations vont concerner 8 pans importants de la sécurité informatique, à savoir, la sécurité des ressources humaines, la gestion des risques, l’acquisition, développement et maintenance du SI, l’architecture du SI, la gestion des identités et des accès, la gestion des vulnérabilités, la journalisation et la détection des failles, ainsi que la résilience du SI.

    Parmi ces recommandations, l’Anssi insiste sur la sensibilisation des collaborateurs. L’agence recommande des sessions régulières de sensibilisation pour transmettre aux utilisateurs et administrateurs des bonnes pratiques face aux risques de cybermalveillance, en mettant l’accent sur les comportements sûrs et la vigilance face aux courriels suspects et aux extensions de fichiers potentiellement malveillantes.

    En complément, l’Agence suggère également de mettre en œuvre un plan de réponse aux cyberattaques, de centraliser les journaux d’évènements et les alertes des capteurs de sécurité, et d’assurer des sauvegardes régulières et sécurisées des données sensibles. Ces mesures visent à renforcer la résilience des systèmes et à assurer une capacité de réponse efficace en cas d’incident, pour limiter les impacts opérationnels sur la continuité des soins.

     

  • Etude : l’IA optimise la prise en charge personnalisée de la douleur chronique

    Vers une révolution clinique

    Avec ses conséquences et son impact pour les patients et la société, la douleur chronique est considérée comme une maladie à part entière, dans la onzième révision de la Classification internationale des maladies (CIM). Et parce qu’il s’agit d’un domaine où les méthodes traditionnelles, basées sur des évaluations subjectives et des protocoles standardisés, montrent leurs limites, l’IA se présente comme une solution qui pourrait redéfinir ses contours. Cette nouvelle revue, publiée en septembre 2024 dans le journal Advances in Machine Learning & Artificial Intelligence, met en évidence comment l’IA permet une gestion plus précise et individualisée de la douleur. En intégrant des modèles prédictifs et des dispositifs de surveillance en temps réel, elle transforme non seulement la manière dont les douleurs sont évaluées et surveillées, mais aussi comment les traitements sont ajustés en fonction des besoins spécifiques de chaque patient.

    La science translationnelle accélère l’intégration de l’IA :

    Un concept clé de cette étude est celui de la “science translationnelle”, qui joue un rôle clé dans l’intégration des outils d’IA en gestion de la douleur. La science translationnelle désigne le processus qui transforme les découvertes scientifiques réalisées en laboratoire en applications concrètes au chevet des patients. Dans le cadre de cette étude, elle permet de réduire l’écart entre la théorie et la pratique en rendant les avancées de l’IA directement exploitables en milieu clinique. Par exemple, les modèles prédictifs élaborés pour anticiper les trajectoires de douleur sont passés de simulations en laboratoire à des outils utilisés pour adapter les soins en fonction des besoins individuels des patients. De même, les dispositifs de surveillance en temps réel analysent aujourd’hui des données physiologiques directement auprès des patients, alertant les cliniciens en cas de signes de douleurs imminentes. Cette approche translationnelle garantit que les innovations en IA ne restent pas confinées à la recherche théorique, mais sont rapidement intégrées à la pratique.

    Des résultats probants en matière de prédiction et personnalisation

    Les résultats rapportés par cette étude démontrent que l’IA améliore significativement la prise en charge de la douleur par des interventions plus anticipées et ajustées. Cela s’illustre à travers quatre avancées principales :

    📌 Prédiction des trajectoires de douleur :

    Grâce à des algorithmes de machine learning, l’IA analyse des données antérieures de chaque patient (antécédents médicaux, réactions aux traitements, caractéristiques physiologiques) pour anticiper l’évolution de la douleur. Elle permet ainsi de distinguer les patients présentant un risque accru de douleurs chroniques après une chirurgie ou un traumatisme, ouvrant la voie à des stratégies préventives adaptées. Les modèles prédictifs aident donc à identifier les profils de patients plus susceptibles de souffrir de douleurs prolongées ou récurrentes et accompagnent les cliniciens dans la proposition de traitements proactifs et sur-mesure.

    📌 Surveillance et ajustement en temps réel via des dispositifs connectés :

    Les dispositifs portables, comme les montres connectées et autres capteurs, sont intégrés à des algorithmes d’IA qui analysent des indicateurs physiologiques (fréquence cardiaque, conductance cutanée, niveau d’activité physique) en continu. En cas de changement brusque (par exemple, une accélération de la fréquence cardiaque), l’IA détecte les signes d’un possible pic de douleur, alertant les cliniciens pour une intervention rapide. Cette surveillance proactive offre aux patients une prise en charge continue et ajustée, les cliniciens pouvant intervenir avant que la douleur ne s’intensifie, souvent sans attendre que le patient ne signale son inconfort.

    📌 Optimisation et personnalisation des traitements :

    En intégrant des données spécifiques au patient, y compris génétiques, l’IA est capable de prédire la réponse probable d’un individu à divers traitements, permettant ainsi de recommander les médicaments et dosages les mieux adaptés. Cette personnalisation est particulièrement précieuse pour limiter l’utilisation d’opioïdes, en réservant leur administration aux cas nécessaires et en privilégiant des solutions plus adaptées aux caractéristiques biologiques et psychologiques du patient. La réduction des opioïdes contribue à limiter le risque de dépendance et d’effets secondaires graves, tout en optimisant l’efficacité des traitements alternatifs.

    📌 Implication des patients et amélioration de leur adhésion :

    Les patients surveillés en temps réel expriment une satisfaction accrue, se sentant mieux soutenus grâce à l’adaptabilité de leur traitement. Ce suivi continu les engage davantage dans leur parcours de soins, augmentant ainsi leur adhésion aux recommandations médicales. Cette interactivité entre patients et cliniciens favorise une meilleure gestion de la douleur, évitant les variations soudaines dans les symptômes et maintenant un contrôle plus stable.

    Vers une médecine plus personnalisée et collaborative

    L’avenir de l’IA dans la gestion de la douleur se dessine autour de plusieurs axes prometteurs pour des soins encore plus précis et accessibles :

    Intégration avec la génomique et la neuro-imagerie :

    L’IA pourrait, à terme, inclure des données génétiques pour identifier des marqueurs de la perception de la douleur ou des réactions aux médicaments, permettant ainsi de proposer des thérapies plus finement adaptées. La combinaison de ces données avec des images cérébrales fournirait une vision encore plus détaillée des réponses spécifiques du cerveau à la douleur, pour une approche plus anticipative et préventive.

    Télémédecine et accessibilité des soins :

    L’IA peut être intégrée dans des plateformes de télémédecine, facilitant l’évaluation et le suivi à distance des patients vivant dans des régions reculées. Ce modèle de soins permettrait de compenser les inégalités d’accès aux spécialistes de la gestion de la douleur. En fournissant une analyse en temps réel, les outils d’IA pourraient aider les cliniciens à faire des ajustements de traitement instantanés, même à distance.

    Équité et lutte contre les biais algorithmiques :

    L’étude souligne la nécessité de développer des modèles d’IA entraînés sur des ensembles de données variés pour minimiser les biais et garantir des soins équitables. La transparence et l’explicabilité des algorithmes sont essentielles pour que les professionnels de santé et les patients aient confiance dans les recommandations de l’IA.

     

     

    * Artificial Intelligence in Pain Management: Advancing Translational Science in Digital Health Research from Bench to Bedside.

    Borges, Julian Y. V. (2024).

    Adv Mach Lear Art Inte, 5(3), 01-06.