« Avantages et risques du développement de la santé connectée », tel était le thème du Mardi de l’Académie Nationale de Médecine ayant eu lieu le 17 janvier 2017.
Albert-Claude Benhamou, membre associé de l’Académie de Chirurgie et organisateur de cette séance, s’est notamment exprimé sur la transformation numérique sur l’enseignement universitaire de la santé; il propose une pédagogie numérique pour les formations en santé.
Pour lui, la fonction humaniste de la médecine éthique doit être « sacralisée » en y intégrant les bienfaits d’une médecine dite « augmentée » par le numérique, afin d’être préparé à l’ère du web 4.0 du futur immédiat (2020-2030).
La transformation numérique de l’enseignement universitaire en santé
Il existe un phénomène de « student empowerment » nourri par l’émergence de la numérisation des universités de santé, le télé-enseignement (e-learning), la simulation numérique, les serious games etc.
Albert-Claude Benhamou a indiqué que l’accompagnement techno-pédagogique avait des effets positifs sur la pratique et le développement des professionnels. Il a expliqué que le modèle SAMR (Substitution, Augmentation, Modification, Redéfinition) permettait de distinguer quatre niveaux d’intégration des outils technologiques et de leurs usages :
- la « Substitution« : elle concerne les outils d’enseignement qui remplacent d’autres outils sans changement fonctionnel : un syllabus papier est par exemple remplacé par un fichier PDF.
- l’ « Augmentation » : elle concerne des outils d’enseignement qui en remplacent d’autres avec une augmentation d’utilisation : l’enseignant va par exemple ouvrir un forum pour augmenter l’interactivité de son cours.
- la « Modification » : elle concerne l’usage des technologies qui permettent de repenser des tâches de manière significative.
- la « Redéfinition » : elle concerne les usages où l’enseignant repense son cours et crée de nouvelles tâches qui n’étaient pas concevables auparavant : il imagine son cours avec un serious game par exemple.
Il a par ailleurs évoqué le fait que la pédagogie différenciée est facilitée par le numérique : mettre en place une organisation du travail et des dispositifs qui placent régulièrement chacun dans une situation optimale permet de rompre avec la pédagogie frontale.
La pédagogie inversée, quant à elle, est interactive et personnalisée, bénéficiant d’une « horizontalisation » des échanges entre les apprenants eux-mêmes.
Pour lui, l’accès ouvert aux ressources et aux formations en ligne est l’un des piliers de l’enseignement numérique moderne, ce qui rejoint « l’Open Education » recommandée par les instances onusiennes lors de la Déclaration de Paris de l’Unesco du 12 juin 2012.
Les Universités Numériques Thématiques en France l’appliquent depuis leur création en 2003, sur le modèle de l’UMVF (www.umvf.org) initiée dès 2003.
La pédagogie numérique pour les formations en santé
Albert-Claude Benhamou pointe quatre éléments essentiels :
1) Il faut faire évoluer les formations classiques « présentielles » en santé, pour les adapter aux procédés de la « pédagogie augmentée par le numérique » pour tous
2) On ne doit pas confondre le besoin d’une « cyber-université académique et publique en santé » comme l’UNF3S et le risque des « uber-universités » qui sont d’ores et déjà à l’œuvre
« Fiabilité et objectivité doivent être les piliers de la confiance à accorder à l’information et à la formation en santé. C’est le rôle des universités numériques publiques soutenues par les instances nationales. »
3) La feuille de route de la Grande Conférence de la Santé recommande l’intégration de la problématique du numérique en santé dans tous les champs de la formation et de l’exercice des métiers de la santé
La mise en œuvre de la Mesure 10, intitulée « Généraliser les outils numériques dans les formations en santé » : est prévue pour 2017 :
- Objectifs : soutenir les initiatives d’élaboration d’outils pédagogiques numériques et leur assurer une large diffusion dans le continuum formation initiale / formation continue.
- Mesures :
- Renforcer le rôle des plateformes nationales dans la mise à disposition des ressources pédagogiques numériques partagées (SIDES, UNF3S) en les dotant d’une gouvernance adaptée.
- Améliorer la connaissance et l’utilisation des moyens de simulation (mannequins numériques, serious games/jeux sérieux) dans les formations.
- Accompagner la formation des enseignants qui encadrent les étudiants sur ce type d’outils.
4) Le rôle et les pratiques des professionnels de santé sont appelés à évoluer en parallèle avec les nouveaux usages numériques des individus, en lien direct ou indirect avec leur état de santé
Pour Albert-Claude Benhamou, les professionnels doivent garder la faculté de tenir un dialogue de qualité avec des patients qui sont « encapacités » par le numérique et par la multitude des informations de santé.