« Le rapport Pon-Coury dresse un constat quelque peu déprimant : en caricaturant un peu, c’est le bazar !, les systèmes ne s’articulent par entre eux, y compris au sein d’un même établissement, déclare Laura Létourneau, déléguée opérationnelle de la task force dédiée au numérique en santé (ministère), intervenue à l’occasion de la Journée française de l’interopérabilité (Asip), qui s’est tenue à Rennes le 10 avril 2019 et à laquelle Health & Tech Intelligence a assisté. Le deuxième fait est qu’il n’y a rien pour l’usager. Il y a Ameli, le DMP mais pas suffisamment d’informations à disposition et pas de services numériques permettant d’avoir accès à toutes ses données de santé. »
Selon l’experte, tous les acteurs de la santé ont une part de responsabilité, aussi bien les pouvoirs publics que les industriels et les start-ups. « L’écosystème est fragmenté et les industriels ne se donnent pas tous les moyens de respecter les référentiels des pouvoirs publics. »
Elle prône ainsi, avec son partenaire sur le sujet Dominique Pon (responsable stratégique de la task force), ce qu’elle appelle « la doctrine de l’État-plateforme », soit un modèle reposant sur l’uberisation de l’État.
« L’État doit s’inspirer du modèle [Uber] et regagner en souveraineté »
À propos de la mission dont elle a été chargée avec Dominique Pon par le ministère des Solidarités et de la Santé, Laura Létourneau indique qu’il existe 2 prérequis indispensables pour la mener à bien :
- clarifier la gouvernance du numérique en santé :
- au niveau national ;
- déploiement sur le territoire.
- formaliser une politique nationale du numérique en santé assortie d’un schéma d’architecture cible :
- doctrine de l’État-plateforme.
Vision globale : « devenir méta-plateforme »
« L’état doit s’inspirer du modèle [développé par Uber] et regagner en souveraineté, explique-t-elle pour expliciter le fondement de cette doctrine. [Avec Dominique Pon,] nous voulons que ce soit l’État qui fixe les règle, nous voulons un État méta-plateforme. »
Elle cite en exemple la Ville de San Francisco, qui pour mieux réaliser sa surveillance sanitaire, cible ses contrôles sur les établissements notés 1/5 sur le site d’avis et de conseils touristiques Tripadvisor, et rend ensuite tous ces résultats publics.
Laura Létourneau propose ainsi le schéma d’architecture suivant :
La déléguée opérationnelle précise qu’un cadre éthique doit être établi pour que tous les projets de e-santé en France aient une même base.
Dans le schéma d’architecture présenté, la fondation (services socle et référentiels) doit être prise en charge par les pouvoirs publics, précise-t-elle. En ce qui concerne l’espace numérique de santé, il s’agit d’un espace qui regroupe dans un store Ameli, les portails des mutuelles et les applications de santé référencées, « à condition qu’elles jouent le jeu du socle de base », explicite Laura Létourneau.
« C’est le développement de tous ces actes qui fera le succès du système pour les citoyens », commente-t-elle.
Au sommet de cette architecture se trouve le Health Data Hub, dont le but est d’initier le développement de la recherche et de l’innovation, rappelle-t-elle, ajoutant que l’autre chantier du dossier dont elle est en charge est l’innovation, « un vrai enjeu pour les start-ups ».
« Nous avons besoin de la mobilisation de tout l’écosystème »
La déléguée opérationnelle assure avoir conscience que ce projet est « très ambitieux » mais se dit « optimiste ». « Il y a un alignement des planètes, cependant nous avons besoin de la mobilisation de tout l’écosystème, de l’engouement de tous pour avancer ensemble dans la même direction. »