Europe

  • Innovation et santé numérique : les CHU se positionnent

    L’innovation et la santé numérique font l’objet de propositions spécifiques dans le « New Deal des CHU » présenté par les conférences de DG, de présidents de CME et de doyens de faculté de médecine le 7 février 2017, autour de CHU « moteurs de l’écosystème » d’innovation.

    Développer un écosystème d’innovation autour des CHU

    Les CHU proposent :

    • de développer les structures collaboratives de soins et de recherche intra et inter-CHU par grandes thématiques liées aux parcours patient sur le modèle DHU-IHU ;
    • de développer le label CHU en matière de recherche et concentrer dans les CHU les financements des services support et d’expertise ;
    • de créer des plateformes d’innovation dans les CHU ;
    • de renforcer les liens avec les start-up, par exemple via la création d’incubateurs dans les CHU ;
    • de développer des équipements innovants par un fonds d’amorçage ;
    • d’assurer le financement de l’innovation par une dotation spécifique de l’Ondam.

    Construire le modèle français et européen des big data

    Les CHU proposent :

    • de labelliser les entrepôts de données ;
    • de mettre en place des consortiums entre CHU, partenaires académiques et industriels.

    Développer l’enseignement numérique

    Les CHU proposent :

    • d’inclure la simulation dans les maquettes de formation initiale et continue de tous les professionnels de santé ;
    • de développer les outils numériques de formation initiale et continue des professionnels de santé.

  • Fondation de France : les lauréats des prix de la recherche innovante

    La Fondation de France a remis le 2 février 2017 ses prix médicaux, qui récompensent chaque année le travail d’équipes de recherche fondamentale et appliquée pour leurs travaux originaux et innovants dans les domaines de la cancérologie, des maladies neurodégénératives, des addictions et des neurosciences, de la nutrition et la bactériologie. Les travaux récompensés déboucheront à terme sur des applications en santé publique.

    Le jury était composé de chercheurs et professeurs.

  • Singapore: Philips launches Health Continuum Space to centralize health tech innovations

    Royal Philips launched on January 19, 2017 the Health Continuum Space, a first-of-its-kind innovation center in Singapore created to centralize high tech innovations in the healthcare sector in the city-state and, ultimately, co-create new healthcare facilities in order to better meet the future needs of the industry.

    The idea is to brings together different environments and medical scenarios, from the ambulance to the patient’s home. At the end of the day, the goal is to better meet the patients’ need, taking into account the important role played by the home environment, through the use of innovative solutions produced by Philips in the field of health tech.

    Better visualize the patient’s journey to create more effective healthcare facilities

    Located in the Philips APAC Center, the 1,028 square-meter facility is dedicated to technological innovations in the healthcare sector to enable governments, healthcare professionals and related stakeholders of the ecosystem to collaborate more easily to create future healthcare facilities and hospitals.

    Objective: To provide innovative solutions and overcome the challenges faced by the industry players, such as the rising of medical costs and the development of chronic diseases caused by an ageing population.

    The Continuum Health Space allows to contextualize simultaneously differentenvironments and medical scenarios to help the stakeholders visualize the entire health continuum, incuding:

    • an ambulance ;
    • an emergency room;
    • a CT room;
    • an ICU;
    • a recovery room;
    • a catheterization laboratory;
    • a home setting;

    The purpose of this project is to better understand the experience of the patient from diagnosis and treatment of the disease through its daily life and its willingness to adopt a healthy lifestyle. The idea is to highlight personal scenarios and possible innovations in healthcare to better meet the needs of patients, before but also after a possible hospitalization.

    « The Health Continuum Space helps us make informed decisions earlier, and fosters collaboration, integration of care and communication between partners from various specialties to find plausible solutions to enhance hospital workflow efficiencies and bring to life the future of healthcare systems we are aiming to establish to enable  the better patient and clinical outcomes, »said Dr Nikolas Wanahita, Medical Director, Gramercy Heart and Vascular Centre, Mount Elizabeth Novena Hospital, Singapore.

    E-health: innovative tools to improve the delivery of care and clinical workflow

    In this space, the industry players can use multiple solutions and advanced equipment developed by Philips. These innovative tools enables prototyping and co-creation of new solutions that can make a real difference in the healthcare sector, specifically in the future of patient care and clinical workflows.

    Among these solutions, there is a futuristic Reading Room: a facility equipped with the latest technological systems and a digital interface enabling clinicians of various specialties to review medical patient data and cases on one single platform .

    « To address the healthcare needs of our region, collaborations and partnerships between healthcare professionals and corporate enterprises are imperative to delivering innovative solutions across a patient’s healthcare journey, said Mr Srikanth Nott, General Manager, Personal Health, Philips ASEAN Pacific.. (…)Apart from envisioning and co-creating spaces within the hospital with our partners, the Health Continuum Space goes one step further to showcase the growing need to be more aware of the home environment, where individuals can take better control of their own health and prevent themselves from falling sick. »

  • Singapour fusionne ses hôpitaux régionaux et réorganise ses polycliniques

    Le gouvernement singapourien a annoncé fin janvier la réorganisation de son système de santé publique afin de mieux répondre aux besoins futurs des patients.

    Le ministère de la Santé annonce que les six hôpitaux régionaux seront regroupés en trois nouvelles organisations pour faciliter la mise en œuvre des principaux objectifs du pays :
    – l’application du plan Santé 2020 (Healthcare 2020 Masterplan) ;
    – l’amélioration de la qualité de l’offre de soins ;
    – l’amélioration de l’accessibilité à l’offre de soins.

    Ce nouveau projet vise à encourager le dialogue entre les différentes entités en les incitant à combiner leurs solutions high tech et leurs compétences humaines afin de gagner en performance.

    De six à trois établissements innovants d’ici 2020

    Actuellement, le système de santé singapourien est organisé en six organismes de santé régionaux :

    • 1. l’Alexandra Health System (AHS) ;
    • 2. l’Eastern Health Alliance (EHA) ;
    • 3. le Jurong Health Services (JurongHealth) ;
    • 4. le National Healthcare Group (NGH) ;
    • 5. le National University Health System (NUHS) ;
    • 6. le Singapore Health Services (SingHealth).

    Ces établissements déploient dans leur région respective des partenariats entre les différents fournisseurs de soins (hôpitaux de pointe, hôpitaux communautaires, fournisseurs de soins primaires, fournisseurs de soins de longue durée, maisons de soins infirmiers…).

    Dans le nouveau système, seules trois entités existeront :

    • 1. le pôle de la région centrale : fusion du NHG et de l’AHS ;
    • 2. le pôle de la région Est : fusion de SingHealth et de l’EHA ;
    • 3. le pôle de la région Ouest : fusion du NUHS et de JurongHealth.

    Ces nouveaux groupes devraient être opérationnels à partir de 2020, précise le ministère de la Santé.

    « Nous devrons encore faire face à de nombreux challenges » (Gan Kim Yong, ministre de la Santé)

    « Cette réorganisation des pôles de santé publique nous permettra de surmonter les futurs défis qui se dessinent au sein du pays en matière de santé, a déclaré le ministre de la Santé, M. Gan Kim Yong. Je suis convaincu que nous serons en mesure de mieux optimiser les ressources et les capacités du secteur mais aussi de fournir des soins plus complets et axés sur le patient afin de répondre aux besoins de santé en mutation des Singapouriens. »

    « Au cours des dernières années, le ministère de la Santé a considérablement amélioré l’accessibilité [géographique mais aussi en termes de coûts] et la qualité des soins à Singapour dans le cadre de notre plan Santé 2020 [Healthcare 2020 Masterplan]. Néanmoins, nous ne pouvons pas nous permettre d’en rester là car nous devrons encore faire face à de nombreux challenges, tels que le vieillissement de la population, le fardeau accru des maladies chroniques et la nécessité de gérer la croissance future de la main-d’œuvre et des dépenses de santé », a-t-il ajouté.

    Fusionner les compétences techniques et humaines pour offrir un système de soins plus performant

    Chacun des nouveaux groupements disposera de ressources de qualité, aussi bien au niveau des différents services médicaux que des installations et des réseaux mis en place. Les trois groupements du pays pourront collaborer de près afin de combiner leurs atouts techniques mais aussi humains pour offrir des soins préventifs, curatifs et de réadaptation plus complets qu’à l’heure actuelle et davantage axés sur la population de la région concernée.

    Les polycliniques vont elle aussi subir une réorganisation pour gagner en efficacité

    Les polycliniques vont aussi être réorganisées d’ici le début de l’année 2018 : le groupe de polycliniques de l’Université nationale de Singapour sera formé sous l’entité NUHS, faisant de l’alliance de SingHealth Polyclinics et de NHG Polyclinics le troisième groupe de polycliniques de Singapour.

    « Cette réorganisation va permettre à des partenaires de longue date situés dans la partie Ouest de Singapour de se regrouper en tant qu’équipe entièrement intégrée pour fournir avec nos établissements universitaires des soins en continu, de la prévention aux soins à domicile, afin de poursuivre le développement de solutions de pointe dans l’industrie et ainsi relever les défis de santé [nationaux] mais aussi mieux former la prochaine génération de professionnels de santé [du pays] », a déclaré le Pr. John Eu-Li Wong, directeur général du National University Health System (NUHS).

  • Présidentielle : l’Ordre des médecins propose de coordonner les soins à partir des bassins de vie

    Repenser le système de santé en partant des territoires et des besoins des populations locales, tel est le fil rouge de la réforme du système de santé présentée le 7 février 2017 par le Conseil national de l’ordre des médecins, qui fait le constat d’un système « d’une complexité extrême, hyper-administré et centralisé, et déconnecté des besoins réels des territoires ».

    Les quatre principes directeurs des propositions de l’Ordre des médecins

    L’Ordre des médecins, qui a mené une consultation auprès des médecins tout au long de l’année 2016, fonde ses propositions de réforme du système de santé sur 4 principes directeurs :

    • libérer les initiatives, sans ajouter de contraintes administratives ;
    • décentraliser les décisions, en revenant aux spécificités géographiques et sociologiques de chaque bassin de vie ;
    • simplifier les exercices en clarifiant le rôle de l’Etat (stratégie nationale), de l’Assurance Maladie et des complémentaires santé (financement), et des régions (stratégies locales) ;
    • garantir l’accès aux soins et la qualité des soins.

    Trois priorités d’action

    La réforme proposée par l’Ordre des médecins s’articule autour de trois axes: coordination des soins, exercice professionnel, formation des médecins.

    Coordonner les soins au niveau des bassins de vie

    L’Ordre des médecins propose la mise en place d’un nouvel échelon local de coordination des soins autour du bassin de vie, le « bassin de proximité santé ». Il aura vocation à rassembler l’ensemble des acteurs de santé du territoire, et disposera de toute capacité d’autonomie dans la prise en charge ambulatoire de sa population en soins de premier et de deuxième recours.

    Les bassins de proximité santé seraient regroupés autour d’une structure hospitalière fournissant un plateau technique lourd et un service d’urgences.

    Chaque bassin de proximité santé s’accompagnerait d’un portail d’information unique partagé entre acteurs de santé et usagers sur son territoire.

    Alléger et décloisonner l’exercice professionnel des médecins

    L’Ordre des médecins propose de :

    • redonner du temps médical aux médecins, notamment via la mutualisation des outils numériques et le déploiement de la télémédecine ;
    • mettre en place un système social plus protecteur et un mode de rémunération valorisant pour tous ;
    • promouvoir et faciliter les coopérations inter et intraprofessionnelles : encouragement à la mobilité entre ville et hôpital, amélioration de la coordination des soins autour du médecin traitant comme pivot, etc.
    • simplifier les relations avec les organismes gestionnaires.

    Ouvrir et professionnaliser la formation des médecins

    L’Ordre des médecins souhaite que soient formés « les médecins dont ont besoin les territoires », ce qui implique de :

    • régionaliser le numerus clausus et mettre en place un socle commun à toutes les professions de santé en première année de PACES ;
    • transformer les Epreuves classantes nationales en Epreuves classantes interrégionales sur 5 grandes interrégions et renforcer la professionnalisation du deuxième cycle jusqu’à l’internat, notamment avec des stages dans des types de structures variés ;
    • Renforcer la formation continue : recertification dans la discipline tous les six ans et passerelles entre spécialités.

  • Prix Blaise Pascal : 7 initiatives conciliant innovation technologique et santé publique récompensées

    Le groupe d’Etudes parlementaires Numérique et Santé de l’Assemblée Nationale, à l’initiative de son président Gérard Bapt, a remis les Prix Blaise Pascal 2017 dans le cadre des Journées de l’Innovation en Santé le 28 janvier 2017. Sept initiatives associant innovation technologique et amélioration de la santé publique ont été récompensées.

    Catégorie conduite du changement numérique

    Le prix a été remis à Advens, UniHA et la CAIH, « pour la mise à disposition d’un outil de logimétrie et de mesure des usages réels dans le cadre des GHT ».

    En 2016, Advens a lancé, à destination des 637 établissements adhérents à la CAIH, un service permettant d’analyser en temps réel les interactions des utilisateurs avec le système d’information. Ce service assure également des contrôles de conformité et de sécurité, permettant à la fois des gains en matière de sécurité mais aussi en termes de rationalisation des licences informatiques.

    Catégorie modèles innovants d’organisation de santé

    Le prix a été remis à l’Association de la Médecine générale du Roannais, « pour la réalisation d’un écosystème professionnel incluant les associations de patients et les acteurs de santé locaux ».

    Réunissant les généralistes du Roannais quel que soit leur statut d’exercice, cette association a noué des liens avec l’ensemble des acteurs de santé du territoire (Centre Hospitalier de Roanne, syndicats d’internes, facultés de médecine, etc.) pour faciliter l’accueil des étudiants en médecine, des remplaçants, des nouveaux installés, promouvoir le territoire, soutenir les médecins généralistes installés, et créer un lien avec les citoyens.

    Catégorie protection des données personnelles de santé

    Le prix a été remis à la Fédération française des Diabétiques et à IDS « pour la mise aux normes les plus élevées de la traçabilité d’accès aux données des patients diabétiques ».

    Le Diabète Lab a permis de créer une base de données participative répondant à tous les critères de sécurité, et regroupe début 2017 2300 « Diabèt’Acteurs » qui coconstruisent et coévaluent des produits et services.

    Catégorie intelligence des données médico-économiques

    Le prix a été remis à PSIH – Centre hospitalier de Calais, « Pour la mise à disposition d’outils communautaires de mesures médico-économiques ».

    Catégorie coopération numérique

    Le prix a été remis au conseil départemental de la Haute-Savoie et à Evolution Consulting « pour la réalisation d’une plateforme coopérative (SAMU, Pompiers, Acteurs de Santé, SAMU Social) d’appels avec géolocalisation de dernière génération ».

    En 2015, le département de la Haute-Savoie a lancé un appel à candidature pour acquérir des outils de géolocalisation adaptés aux personnes âgées et/ou handicapées. Le principe est de proposer un système GPS intégré dans un bracelet-montre permettant au porteur de se déplacer dans une zone de vie définie comme sécurisée, avec la famille et les intervenants. Ce système s’adresse aux personnes souffrant de troubles entrainant une désorientation.

    La solution développée par Evolution Consulting a pu être adaptée et totalement intégrée au système informatique de réception des alarmes de téléassistance du Département.

    Catégorie services numériques aux personnes en situation de handicap

    Le prix a été décerné à la fondation OVE – Surdi Info, « pour la mise en place d’un site d’information et de services adaptés pour les malentendants ».

    Surdi Info est un site internet créé à l’automne 2013 qui a pour objectif principal de permettre à chaque personne confrontée à la surdité (qu’elle soit sourde de naissance ou devenue sourde) et/ou à sa famille d’accéder à une information homogène où qu’elle se trouve sur le territoire.

    Catégorie services mobiles sécurisés en réseau

    Le prix a été décerné à Aruba et au CHU de Toulouse, « pour la mise en place d’un réseau hautement sécurisé en mobilité (WIFI) dans tout le CHU de Toulouse, évolutif et adapté à des futurs services ».

    Commencée en 2009, la collaboration entre Aruba et le CHU de Toulouse a permis d’installer 2000 bornes wifi sur les 4 sites du CHU de Toulouse, afin d’informatiser la gestion des soins médicaux et de centraliser son administration.

  • « Il faut tirer les conséquences de l’entrée du numérique dans tous les métiers » (Isabelle Adenot)

    Expérimentations, dossier pharmaceutique, évolution des métiers, SNDS, etc. Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre des Pharmaciens, a accordé un entretien à Health&Tech Intelligence dans lequel elle précise les positions de l’Ordre des Pharmaciens sur l’avancement de la e-santé en France aujourd’hui, et analyse les progrès à accomplir pour tirer toutes les conséquences de la transformation numérique du secteur de la santé.

    Quel regard portez-vous sur l’avancement de la e-santé en France en 2016 ?

    Je dirais qu’il n’est ni assez rapide, ni assez coordonné. Il n’y a pas suffisamment de stratégie ni de ligne directrice en matière de e-santé. Le sujet est abordé de façon trop morcelée, avec une multiplication d’expérimentations et une absence d’accompagnement au changement. Je prendrai l’exemple de la MS Santé pour illustrer mon propos. Il faudrait que son déploiement s’appuie sur de grandes campagnes de communication, avec un accompagnement personnalisé de tous les professionnels à l’ouverture d’une messagerie sécurisée, par exemple via une plateforme téléphonique qui les appellerait tous.

    Le deuxième point que je regrette est que l’impact de l’arrivée et de l’utilisation du numérique sur les métiers de santé ne fasse pas l’objet d’une réelle réflexion de fond sur l’évolution du système de santé et l’interprofessionalité.

    En termes d’organisation des soins, les expérimentations en cours (TSN, Paerpa) vous semblent-elles aller dans la bonne direction ?

    Elles vont dans la bonne direction mais il y a du retard. La France est, à juste titre, soucieuse du respect des droits des patients et de la protection de leurs données, et les processus sont longs. Par ailleurs, ces expérimentations varient selon les régions, et comportent peu de dimension de conduite d’accompagnement au changement.

    Quelles sont les conséquences du retard pris par la France en matière de e-santé ?

    Les professionnels de santé s’emparent du numérique à leur façon, ce qui est la pire des choses ! Par exemple, en matière de télémédecine, l’aval n’a pas été anticipé. J’ai donc tous les jours dans ma pharmacie des patients qui arrivent avec des ordonnances sur leur smartphone envoyées par courriel non sécurisé par le médecin qu’ils ont consulté à distance.

    Or, la e-prescription devrait être déployée depuis longtemps. Elle existe dans quasiment l’ensemble des pays d’Europe. On peut se demander pourquoi la France n’arrive pas à la mettre en place. Par ailleurs, les opérateurs en charge du dossier sont en train d’imaginer la télétransmission d’une ordonnance avec code-barre depuis le médecin vers le pharmacien ou le patient. C’est très bien car cela évite les fraudes, mais cela ne résout pas la question dans les cas de téléconsultation ! Aucun pays européen n’a d’ailleurs fait ce choix.

    Où en est le déploiement du DP ? Quels liens aura-t-il avec le DMP ?

    Pour le dossier pharmaceutique, nous avons raisonné de deux façons :

    • Il doit être omniprésent, c’est-à-dire constamment présent dans la pratique professionnelle ;
    • Il doit être transparent, c’est-à-dire qu’il ne doit pas gêner le professionnel de santé.

    Nous n’avons pas fait d’expérimentation. Nous avons défini un modèle, qui a été déployé par pilotes successifs dans certaines régions. Il y a ensuite eu un accompagnement au changement prodigué par les conseillers ordinaux, qui ont notamment organisé des réunions pour mobiliser les pharmaciens et recueilli les retours d’expérience des utilisateurs.

    Pour que le service soit sans cesse amélioré, nous menons chaque année une enquête de satisfaction qui nous permet de remonter les éventuels problèmes techniques.

    Le DP est aujourd’hui totalement déployé en officine. Dans les PUI, c’est un peu plus long : environ 300 établissements sur 2600 sont équipés. Mais un décret, qui est actuellement au Conseil d’État, permettra d’accélérer les choses, en donnant aux médecins hospitaliers accès au DP. De plus, la dernière édition de notre enquête annuelle sur le DP montre que les usages se développent dans les établissements qui l’ont mis en place : le taux d’alimentation des DP en PUI a doublé depuis l’année dernière. Cela montre que les pharmaciens hospitaliers se sont approprié l’outil, et il devrait maintenant y avoir un effet boule de neige.

    Enfin, nous imaginons constamment de nouveaux usages qui viennent de demandes pratiques pour améliorer le DP. Ainsi, les données concernant les vaccins peuvent y être conservées pendant 21 ans désormais.

    En ce qui concerne les liens avec le DMP, nous travaillons efficacement avec la CNAM, et le DP devrait pouvoir alimenter le DMP vers la fin de l’année 2017.

    L’Ordre est-il satisfait du cadre juridique autour du SNDS ?

    Le SNDS est une avancée. Il faut utiliser les données tout en respectant le secret professionnel et les données des patients.

    Où en est la vente de médicaments en ligne en France ? Le cadre juridique actuel est-il satisfaisant ?

    La moitié des pharmacies d’officine ont un site internet. Certaines pour de l’information uniquement, d’autres y vendent de la parapharmacie ; environ 300 font du commerce électronique de médicaments autorisés à cette délivrance à distance.

    Le cadre juridique en matière de vente en ligne de médicaments est désormais stabilisé. En France, comme dans quasiment l’ensemble des pays européens, la vente en ligne doit être dans le prolongement d’une pharmacie physique réelle. Seuls les médicaments hors prescription sont autorisés à la vente. Une analyse menée sur l’ensemble de l’Europe permet de constater que la demande reste limitée.

    Cela étant, nous sommes régulièrement alertés par nos membres sur des cas de sites internet de pharmacies falsifiés, que nous déclarons sur la plateforme Pharos.

    Quelle est la pénétration du numérique dans les PUI et dans les officines ?

    Les pharmacies sont très informatisées depuis longtemps, car la délivrance d’un médicament est un acte à la fois intellectuel et logistique. Il y a près de trente ans, les logiciels n’étaient que des logiciels de gestion.

    Aujourd’hui, les usages se développent au service du suivi thérapeutique des patients. Par exemple, certains pharmaciens développent des applis pour favoriser l’observance des traitements, des conseils sur les traitements, etc.

    Travaillez-vous en lien avec les éditeurs de logiciel pour que leur offre corresponde au mieux aux besoins des pharmaciens ?

    Oui, bien sûr, et leur offre évolue en permanence, par exemple pour intégrer les évolutions de gestion de la chaîne pharmaceutique (retraits de lots de médicaments, lutte contre les médicaments falsifiés…) ou des évolutions du code de la santé publique.

    Les logiciels devaient être certifiés fin 2015 selon la loi, mais les référentiels n’ont été publiés que fin 2016.

    Quels seront les enjeux du numérique en santé en France en 2017 ?

    Les enjeux seront professionnels : il faut tirer les conséquences de l’entrée du numérique dans tous les métiers, et créer des comités stratégiques chargés de réfléchir à ces questions.

    Il faut également accompagner les professionnels dans cette transformation.

    Pour la pharmacie, les nouveaux usages concernent en particulier le suivi et l’accompagnement des pathologies chroniques, et la traçabilité du médicament. En effet, il sera bientôt possible d’identifier chaque boîte de médicaments. Elles seront toutes pourvues d’un datamatrix, qui pourra être scanné par les pharmaciens, révélant le numéro unique de chaque boîte. L’ensemble de ces numéros sera intégré dans une base de données européenne, qui sera automatiquement interrogée lorsqu’une boîte sera scannée. Cela permettra de lutter contre la contrefaçon. Déjà actuellement, la vigilance sanitaire est améliorée. En effet, la traçabilité du numéro de lot des boîtes de médicaments délivrées est en cours de développement dans le DP. Si un lot de médicaments est retiré, le pharmacien peut contacter les personnes concernées.

    A plus long terme, l’impression 3D de médicaments pourrait venir bouleverser le métier de pharmacien.

  • Coordination des soins : 5 établissements publics et privés de Haute-Marne créent deux GCS

    Les centres hospitaliers de Chaumont, de Langres et de Bourbonne-les-Bains, le centre médico-chirurgical de Chaumont et la Clinique de la Compassion à Langres ont annoncé le 2 février 2017 la création de deux groupements de coopération sanitaire (GCS) pour renforcer la coordination des soins dans le sud de la Haute-Marne.

    Le premier GCS concernera les activités de chirurgie et l’Unité de Surveillance Continue (USC). Opérationnel le 1er octobre 2017, il permettra notamment de maintenir localement des prises en charge, notamment pour la cancérologie, et évitera aux patients de parcourir de longues distances pour accéder aux soins.

    Le second GCS, dénommé « multiprogrammes », concernera les services logistiques et médico-techniques. A partir de septembre 2017, il permettra d’organiser tous les services logistiques des établissements de soins du sud de la Haute-Marne. Par exemple, la stérilisation de l’ensemble des instruments chirurgicaux des établissements sera réalisée sur le site du centre hospitalier de Chaumont.

    L’ARS Grand Est indique que les deux GCS pourront s’appuyer sur les compétences du CHU de Dijon, établissement support du GHT 21/52, dont les CH de Bourbonne-les-Bains, Langres et Chaumont sont membres, pour apporter une solution de recours pour les soins et les pathologies les plus aigües.

  • Le développement de l’ambulatoire en cancérologie : un enjeu pour les patients et les établissements

    Dans l’étude « Quelle prise en charge des cancers en 2020 ? » réalisée en 2013, Unicancer identifie six évolutions structurantes dans la prise en charge de la cancérologie d’ici 2020. Deux d’entre elles illustrent le déplacement de la prise en charge des patients hors des murs de l’hôpital. Il s’agit de la chirurgie ambulatoire et de la chimiothérapie à domicile.

    Vers la chirurgie ambulatoire

    La chirurgie ambulatoire est fortement encouragée par les pouvoirs publics. C’est désormais un enjeu majeur tant pour les établissements de santé que pour les patients. Elle suppose une organisation logistique en interne et une bonne articulation avec l’amont et l’aval.

    Avec une activité débutée en 1995, l’Institut Cancérologique de l’Ouest (ICO) Jean Bernard fait figure de pionnier avec un taux qui a dépassé les 57% dans la chirurgie du sein au premier semestre 2016. 22% des mastectomies ont été réalisées en ambulatoire en 2015, alors que cette activité n’a démarré qu’en 2013.

    …et la chimiothérapie à domicile

    Le développement des chimiothérapies orales et des thérapies ciblées, dont une partie pourra être administrée par voie orale, figure également parmi les évolutions repérées par Unicancer. En 2020, les patients continueront à être traités par chimiothérapie sous forme intraveineuse, mais certains d’entre eux recevront en plus des lignes de traitements oraux, notamment ceux présentant des maladies métastatiques. D’ici à 2020, la proportion de traitements médicamenteux par voie orale pourrait passer des 25 % actuels à 50 %, et les chimiothérapies intraveineuses diminuer de 25 %, selon Unicancer.

    Ces tendances se traduisent par une augmentation des prises en charge à domicile et de fréquents allers-retours ville-hôpital. Une bonne coordination entre les équipes hospitalières, les professionnels de premier recours et le patient lui-même apparaît plus que jamais indispensable. De leur côté,les patients mieux informés se veulent de vrais acteurs de leur maladie en s’impliquant dans sa prise en charge. Dans les deux cas, l’avenir passe par le recours aux technologies du numérique.

  • Cancérologie : des outils numériques encore émergents

    Le dynamisme médical de la cancérologie contraste avec la faiblesse des outils numériques, plutôt émergents : le recours au numérique apparaît plutôt limité en dehors de quelques initiatives intéressantes comme notamment le didacticiel de l’Institut de cancérologie de l’Ouest Centre Jean Bernard et l’application Santinel de l’Institut Universitaire du Cancer de Toulouse – Oncopole.

    A l’Institut de cancérologie de l’Ouest Centre Jean Bernard, un didacticiel expliquant aux patientes opérées d’un cancer du sein les traitements et les conduites à tenir, remis autrefois sous la forme d’un DVD interactif, est accessible sur le site web de l’institut depuis janvier 2016. Les chirurgiens espèrent disposer prochainement d’un suivi post-opératoire par smartphone ou tablette. Le projet, aujourd’hui prêt, est en attente d’un financement.  

    L’Institut Universitaire du Cancer de Toulouse – Oncopole, après les dispositifs de suivi téléphonique (AMA, COACH), vient de créer l’application Santinel, une plateforme de télésurveillance en algologie.

    Du côté des établissements privés, le centre Hospitalier Privé de l’Europe (Le Port-Marly) a développé en partenariat avec le laboratoire Roche un « serious game » dédié aux patients atteints de cancer et traités par chimiothérapie ou thérapie ciblée orale. Ce jeu interfacé avec la plateforme de coordination VivaltoLife permet une interaction en temps réel et continue entre le patient à domicile et ses professionnels de Santé, une initiative qui a été primée aux trophées de la FHP 2016 dans la catégorie « Innovation et santé connectées » en décembre 2016.

    Un essai randomisé (étude CAPRI) qui a débuté à l’Institut Gustave Roussy (Villejuif) en septembre 2016 sur mille patients recevant un traitement par voie orale devrait apporter des informations supplémentaires sur les avantages d’un suivi numérique par rapport à une surveillance traditionnelle. Cette étude va, en effet, comparer 500 patients suivis de manière habituelle à 500 patients suivis par une infirmière de coordination à l’aide d’une plateforme web ad hoc.

    Quant aux traitements administrés à domicile, ils posent des problèmes spécifiques.
    La toxicité cumulative de certains de ces traitements pris à vie, l’observance des patients sont de vrais sujets de préoccupation. Ici aussi, seule la technologie numérique peut permettre une surveillance régulière et l’éducation thérapeutique du patient à distance sans l’obliger à venir régulièrement en consultation.
    Il faut pourtant constater l’absence d’outils numériques permettant d’évaluer l’observance des patients, tel que le pilulier connecté qui a été testé dans le cadre d’une étude clinique au centre de lutte contre le cancer Jean Perrin de Clermont-Ferrand.
    L’utilisation de ce type d’outil, en routine chez nos voisins suisses, se heurte en France à des problèmes de prise en charge et de remboursement.