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  • Les mécanismes des virus tueurs de bactéries décryptés (Institut Pasteur, université de Louvain)

    Une équipe de chercheurs franco-belge a décrypté les mécanismes d’action des virus pouvant tuer des bactéries et a publié ses résultats dans la revue Plos Genetics le 5 juillet 2016.

    Ces microbes non pathogènes pour l’homme et existant naturellement constituent un potentiel thérapeutique contre les infections bactériennes. Ils sont définis comme des « bactériophages », des virus ayant la capacité de reconnaître spécifiquement des bactéries et de les éliminer grâce à un récepteur situé sur leur paroi.

    Ces travaux ont été menés par Laurent Debarbieux de l’Institut Pasteur et par Rob Lavigne de l’Université Catholique de Louvain en Belgique.

    Piratage viral orchestré

    Les bactériophages se fixent sur la paroi bactérienne, y percent un trou, et injectent leur matériel génétique dans la bactérie. Ils détournent la machinerie cellulaire bactérienne indispensable à la vie du micro-organisme pour se répliquer et fabriquent de nouveaux virus.

    L’accumulation de dizaines de phages conduit à la production d’une substance, une enzyme qui désintègre la paroi bactérienne. Cette dernière éclate en libérant tous les nouveaux virus.

    Les chercheurs ont élucidé plusieurs stratagèmes :

    • La destruction précoce des éléments indispensables à la vie de la bactérie : les ARN, copies de morceaux d’ADN permettant à l’information génétique de circuler dans les bactéries en organisant son bon fonctionnement
    • La favorisation de la production de ses propres ARN renfermant l’information nécessaire à la fabrication des constituants des nouveaux virus.

  • Antibiorésistance : un test diagnostique distingue virus et bactéries

    Pouvoir distinguer une infection bactérienne d’une infection virale, c’est ce que permet le nouveau test diagnostique mis au point par des chercheurs de l’université de Stanford en Californie dont le Science Translational Medicine dévoile le concept le 6 juillet 2016.

    Ce test simple basé sur l’analyse de 7 gènes « actifs » permettra une plus juste prescription des antibiotiques et par conséquent de lutter contre l’antibiorésistance. Présentant 90% d’efficacité, sa version commerciale devrait être expérimentée lors d’essais cliniques d’ici 18 à 24 mois.

    Lutter contre les super-bactéries

    Les chercheurs ont eu recours à l’utilisation de gènes comme outils de lutte contre l’antibiorésistance.
    Ce nouveau test sanguin s’appuie sur l’analyse génétique de 7 gènes dont l’activité varie au cours de l’infection. L’équipe de recherche a démontré que le système immunitaire réagit différemment en fonction du type d’infection.

    Une étude, conduite au Népal par Jason Andrews de l’université de Stanford, a mis en évidence en testant des patients malades que seuls 5% d’entre eux nécessitaient réellement des antibiotiques.

    L’avantage principal de ce test est d’être peu cher et assez rapide. Ses résultats ont été présentés dans la revue Science Translational Medicine. L’objectif est de prescrire des antibiotiques uniquement lorsqu’ils sont nécessaires.

    L’usage systématique non justifié d’antibiotiques favorise l’émergence de bactéries multi-résistantes qui pourraient, selon les dernières estimations du gouvernement britannique, faire 10 millions de victimes d’ici 2050.

    90% d’efficacité

    Le test mis au point à Stanford a été réalisé sur 96 échantillons d’enfants malades et a permis de détecter :

    • 89% des infections bactériennes
    • 54% des infections virales

    L’inconvénient majeur présenté par ce test est son délai d’action : de 4 à 6h, or lors d’une septicémie (infection grave avec présence de germes pathogènes dans le sang) chaque heure qui s’écoule augmente de 6% à 8% le risque de décès.

    Les essais cliniques d’une version rapide et commerciale du test sont prévus d’ici 18 à 24 mois.

  • Impression 3D des médicaments : 27 M€ investis dans Aprecia Pharmaceuticals

    30 M$ (environ 27 M€), c’est l’investissement réalisé par le fonds Hercules Capital dans Aprecia Pharmaceuticals, annoncé le 5 juillet 2016 par la société pharmaceutique spécialisée en impression 3D.

    Aprecia Pharmaceuticals est à l’origine d’une technologie consistant à utiliser l’impression 3D pour la fabrication de médicaments. Cette technique a été crédibilisée en 2015 par l’autorisation de mise sur le marché par la FDA du premier médicament (un anti-épileptique pour enfant et adulte) de fabrication additive (superposition de couches de composants) par une imprimante 3D par Aprecia Pharmaceuticals,

    C’est à l’université nationale de Singapour que cette innovation a été mise au point en utilisant un polymère (substance composée de macromolécules) permettant de mélanger plusieurs substances en un seul et même comprimé.

    Cette technique promet de bouleverser l’industrie pharmaceutique et permettant à n’importe quel propriétaire d’imprimante 3D de fabriquer des comprimés personnalisés.

    De multiples traitements seront réduits à un seul comprimé, évitant ainsi les oublis de prise et apportant des solutions aux problèmes de déglutition des personnes âgées et des enfants face à de trop grosses gélules puisque le délai d’action des substances sera techniquement « programmable ».

    D’après le Leem, le marché mondial du médicament représentait 639 Md€ (706 Md$) de chiffre d’affaires en 2013 (contre 200 Md$ (180 Md€) en 1990), en croissance de 4,5 % par rapport à 2012.
    Le marché américain demeure le plus important avec 38 % du marché mondial, devant les principaux marchés européens (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni et Espagne) qui réalisent 18 % du marché mondiale, le Japon (9%) et les pays émergents (Chine et Brésil), 10 % de part de marché. La France est, en 2013, le deuxième marché européen derrière l’Allemagne.

    Les chercheurs de la National University de Singapour ont élaboré une technique pour fabriquer un comprimé unique composé de plusieurs doses de différents médicaments.
    Le procédé rendu possible par l’impression 3D classique et pourrait permettre aux médecins de produire eux-mêmes une pilule pour les patients soumis à un traitement multiple au quotidien, selon le CRIP.

    Un comprimé unique et sur-mesure

    Un polymère permet de dissoudre séparément les doses adéquates de chaque substance à horaire précis.
    Le médicament ainsi fabriqué est ensuite versé dans un moule unique imprimé en 3D.
    Les médecins pourraient ensuite créer un profil informatique pour chaque nouveau patients et imprimer des comprimés sur-mesure dans leur propre cabinet.

    « Pendant longtemps, l’idée d’un comprimé personnalisé est restée un simple concept car il était beaucoup trop complexe ou coûteux à réaliser. Cette nouvelle méthode de fabrication de médicaments change complètement la donne. Elle est simple d’un point de vue technique, relativement peu coûteuse, et polyvalente. Elle peut être appliquée avec des paramètres individuels, afin que les spécialistes puissent produire des comprimés personnalisés à la demande pour chaque patient, mais se prête aussi à des procédés de production de masse pour les laboratoires pharmaceutiques », explique le Professeur Soh Siow Ling, de l’université de Singapour, au magazine Science Daily.

    Procédé pratique

    Ce concept de comprimés personnalisés tout-en-un répondant aux différentes pathologies d’un seul individu, élaborés à des doses parfaitement adaptées aux patients, permet de s’affranchir des problèmes réguliers de sous ou sur dosage.

    A l’intérieur du comprimé des cloisons internes se désagrègent plus ou moins rapidement, ce qui permet le contrôle précis du moment d’action des substances.

    L’opération ne nécessite qu’un processus simple :

    • Saisie dans le logiciel par le praticien des doses prescrites et des horaires de prise
    • Analyse des données pour le dosage du remplissage du comprimé personnalisé
    • Envoi en impression 3D

    Les discussions pour la commercialisation sont en cours entre les chercheurs et l’industrie pharmaceutique.

  • Un crâne imprimé en 3D pour préparer une intervention sur un nourrisson

    La survie d’un nourrisson en situation d’encéphalocèle (le cerveau était situé hors de la boîte crânienne) est due au succès d’une opération réalisée le 24 mai 2016 par une équipe de chirurgiens de Boston.

    Une réplique parfaite du crâne malformé de la très jeune patiente, imprimée en 3D, a permis à l’équipe chirurgicale d’être parfaitement préparée à l’opération devant durer 6h.

    Modéliser pour être mieux préparé à l’opération

    Des chirurgiens de Boston ont eu recours à l’impression 3D pour modéliser le crâne mal-formé d’un nourrisson présentant un encéphalocèle (son crâne anormalement formé endommageait son cerveau et réduisait considérablement son espérance de vie). Son cerveau, situé hors de sa boîte crânienne nécessitait une opération chirurgicale sensible et délicate.

    Ils ont réalisé des scanners de sa tête puis procédé à l’impression 3D de répliques conformes de la boîte crânienne de la jeune patiente. Ils ont pu ainsi déterminer la surface du cerveau externe devant être ré-introduite dans le crâne du nourrisson, et s’entraîner en pratique.
    Durant l’opération, la transparence du matériau a permis aux chirurgiens de visualiser l’activité du cerveau, sa vascularisation, prévenant ainsi les risques de complications.
    L’opération a duré 6h.

    La même prouesse a été réalisée en Chine, les répliques 3D permettant l’exercice en amont des chirurgiens, augmentant considérablement les chances de succès de la chirurgie.

    Un concept déjà utilisé

    En 2012, 75% du crâne d’un patient étaient remplacés par un implant imprimé en 3D thermoplastique, constitué d’un matériau solide, thermorésistant (pour la stérilisation), répondant aux exigences médicales strictes, permettant l’observation possible du cerveau sous-jacent, de son activité et sa vascularisation.

    En Décembre 2013, le premier crâne plastique et transparent imprimé en 3D a été implanté avec succès par des chirurgiens hollandais chez une femme dont le crâne n’avait jamais cessé de croître (équipe dirigée par le docteur Bon Verweij à l’université du Centre médical d’Ultrecht).

  • Impression 3D : création de tissus humains pour tester l’effet des médicaments

    1,82 Md$ (1,64 Md€) d’ici 2022, c’est la somme que représentera le marché de l’impression 3D selon le rapport de Grand View Research publié le 1 juillet 2016.

    C’est dans ce contexte que s’inscrit l’objectif de la start-up Biobots, société concevant des imprimantes 3D capables de créer des tissus vivants. Cette technique permet de tester l’effet des traitements et d’éliminer la liste d’attente de greffons en construisant des organes complètement fonctionnels à partir des propres cellules des patients.

    En mai 2015, lors du TechCrunch disrupt de New-York, Biobots présentait son imprimante 3D capable de créer des tissus humains vivants, reproduisant pour l’occasion la célèbre oreille coupée de Van Gogh.
    Le prix de cette imprimante mise sur le marché en 2015 s’élève à 10 000 $ (environ 9 000 €).

    Système innovant

    Biobots utilise une encre photo initiatrice, qui mise en contact avec une lumière bleutée se solidifie et, combinée avec des cellules vivantes, permet de former de la biomatière. Danny Cabrera, le PDG de Biobots insiste sur cette particularité de procédure excluant la lumière UV qui endommage les cellules.
    Il revendique avoir signé des partenariats avec une cinquantaine d’instituts de recherche à travers le monde, d’après une interview accordée au magazine Quartz.

    Créer des traitements adaptés à chaque patient

    L’objectif est de faciliter la recherche médicale et utilisant des tissus vivants pour tester les médicaments en laboratoires, pour s’affranchir des cobayes animaliers. La réalisation de tests individuels devient alors possible, offrant à chaque patient un traitement personnalisé correspondant parfaitement à ses besoins.

    « Le patient se rendra à la clinique, nous effectuerons un prélèvement cellulaire et créerons des tissus en 3D spécifiquement pour lui, avant de tester différents traitements, différentes prescriptions de médicaments et une thérapie personnalisée pour la maladie dont il est affligé », déclarait Danny Cabrera lors de sa présentation à TechCruch disrupt New-York.

    « Aujourd’hui, nous classons les maladies par catégories et leur donnons des noms, mais une même maladie diffère complètement d’un individu à l’autre, de sorte que la manière dont nous testons les médicaments, qui consiste à développer un seul remède pour des millions de personnes à l’aide d’une coûteuse batterie de tests en laboratoire, est en quelque sorte dépassée. Aujourd’hui, nous pouvons utiliser cette technologie pour créer un médicament adapté à chaque individu. »

    La perspective est d’arriver un organe entier, avec ensuite l’obtention de l’approbation de la FDA.

  • « Attention aux faux espoirs » (Patrice Tripoteau, APF)

    « Certains patients ont l’espoir qu’un robot leur permettra d’être à nouveau en capacité de marcher », souligne Patrice Tripoteau, directeur général adjoint de l’Association des paralysés de France (APF).

    Pour lui, « les patients doivent pouvoir exprimer leurs attentes » auprès des chercheurs.

    Les personnes privées de l’usage de leurs jambes peuvent-elles avoir l’espoir de remarcher un jour ?

    Certains paraplégiques ou des enfants malades ont effectivement l’espoir qu’un médicament ou un robot leur permettra d’être à nouveau en capacité de marcher. Mais d’autres, ceux qui n’ont jamais marché par exemple, n’ont pas ce rêve. Cependant, il est important que des organismes de recherche ainsi que des start-up mènent des recherches dans ce domaine. Et même si leurs travaux ne sont pas aboutis, ils font progresser la recherche. En outre, remarcher s’avère parfois une demande parce que de nombreux lieux sont encore inaccessibles en fauteuil. Essayer de lever ces obstacles donnera sans doute des résultats plus rapides que la recherche sur les exosquelettes.

    Quelles sont principales réserves concernant les exosquelettes ?

    Tout d’abord, nous avons la crainte que la médiatisation de prototypes fasse naître de faux espoirs. Dernièrement, des chercheurs espagnols ont par exemple présenté le premier exosquelette de marche pour des enfants souffrant d’amyotrophie spinale. Ce robot ne concerne qu’une population très spécifique mais il suscite de l’espoir chez d’autres personnes en situation de handicap. C’est pourquoi nous nous montrons très prudents quand des avancées de ce type sont annoncées. Par ailleurs, les exosquelettes existants sont encore très contraignants. Porter un tel équipement vous fait ressembler à Robocop et c’est plus stigmatisant qu’autre chose. Cependant, les exosquelettes sont utiles en rééducation pour retrouver la station debout et la locomotion. En revanche, marcher comme tout le monde, ce n’est pas pour demain. Peut-être pour après-demain…

    Etes-vous associés aux recherches sur les exosquelettes ?

    Les personnes en situation de handicap sont de plus en plus sollicitées par les chercheurs ou les ingénieurs des start-up. Elles le sont via des études qui sont menées dans des centres de rééducation ou encore grâce à l’émergence des living lab. Elles doivent absolument pouvoir exprimer leurs attentes. Et des associations comme les nôtres doivent les relayer.

  • Un centre de rééducation pionnier

    Un centre de rééducation fonctionnelle utilisant les exosquelettes fait figure de pionnier en France : le centre mutualiste de Kerpape, à Ploemeur dans le Morbihan.

    En 2012, un premier exosquelette – le ReWalk- arrive dans le service de Philippe Labarthe, directeur des soins de rééducation.

    En 2015, c’est l’Ekso, un autre appareillage robotisé que se procure le centre mutualiste pour ses patients lésés médullaires.

    Remettre nos patients en situation de marche

    « Avec le ReWalk, nous avons pas moins de 500 séances de rééducation à notre actif, témoigne Philippe Labarthe, directeur des soins à Kerpape. Nous commençons à avoir un peu de recul mais aucune certitude. » « Au prix de gros efforts, nous pouvons remettre certains de nos patients en situation de marche. »

    Retrouver la position verticale pendant une trentaine de séances d’environ 1h30, ce n’est pas re-marcher. Cependant, cette rééducation avec l’exosquelette recrée des mouvements tendineux et musculaires, ainsi que la sensation d’équilibre. En outre, précise Thierry Deregnieaux, kinésithérapeute, « la position debout nous permet de travailler la coordination des muscles du tronc ou encore la tenue de la tête. Ce qui est impossible en position assise. »

    « Etre à nouveau débout, c’est un vrai plaisir »

    L’équipe de Kerpape reconnaît malgré tout que les preuves scientifiques manquent pour mesurer les bénéfices cliniques de la rééducation via un exosquelette. « Certains patients nous disent qu’ils sont moins constipés, déclare Thierry Deregnieaux. Quant à l’amélioration de la fonction cardiaque, difficile de se prononcer pour le moment. » Concernant la fonction urinaire, qui se trouve sous la lésion, elle ne bénéficierait pas de ces exercices de marche. Enfin, l’impact psychologique est visible. « Etre à nouveau debout est un vrai plaisir pour nos patients ».

    Des dispositifs qui coûtent environ 100 000€

    Le bénéfice peut paraître maigre par rapport à l’investissement financier et humain. Le ReWalk comme l’Ekso coûtent chacun environ 100 000 euros. Le centre Kerpape a donc dû faire appel à des mécènes. La Matmut et Malakoff Médéric ont pris en charge la moitié de l’investissement. Il a fallu aussi former le personnel au maniement des exosquelettes. Le ReWalk notamment exige parfois une heure de réglage pour l’adapter à un nouveau patient. Du coup, deux patients par jour seulement peuvent en bénéficier. « L’Ekso, plus simple, permet de faire passer 5 à 6 patients par jour. Et il est plus adapté aux personnes qui ont un handicap asymétrique, comme les victimes d’AVC. »

    A Ploemeur, ils vont donc continuer à offrir cette possibilité de prise en charge, en complément de la rééducation conventionnelle. « Ca ne change pas la donne mais c’est quand même un vrai plus pour nos blessés médullaires, affirme Philippe Labarthe. Ces 30 dernières années, les fauteuils ont beaucoup évolué mais c’est tout. »

  • Atalante, le futur exosquelette français

    Donner une nouvelle paire de jambes à des paraplégiques, c’est l’ambition des dirigeants de Wandercraft. Cette start-up française, créée en 2012, a élaboré un prototype d’exosquelette qui, à terme, doit permettre à des personnes handicapées de marcher en parfaite autonomie.

    Ses cibles : les paraplégiques et les personnes souffrant de maladies neuromusculaires telles que des myopathies. « Notre objectif, lance Matthieu Masselin, le directeur général, c’est qu’ils puissent se lever, s’assoir, marcher à 3,6 km/h, changer de direction, franchir des obstacles, bref, retrouver un vraie fluidité de marche. » Or, pour le moment, la plupart des exosquelettes sur le marché requièrent des béquilles et permettent une vitesse de marche lente (3 mètres par minute pour le Rex Bionics).

    « Trois innovations majeures »

    Pour atteindre ses ambitions, la société Wandercraft a parié sur « trois innovations majeures », précise Matthieu Masselin : la robotique dynamique, une architecture mécanique avec 12 articulations motorisées, et un système de contrôle intuitif de l’exosquelette grâce aux mouvements du buste. Concrètement, des capteurs détectent les intentions de mouvement, l’information est transmise à un ordinateur qui prend la décision de bouger les articulations nécessaires, le tout contrôlé via des algorithmes de marche très poussés.

    Par rapport à d’autres exosquelettes, le degré de liberté a été multiplié par 3 grâce aux capteurs et aux moteurs. Ainsi, la gamme de mouvements est élargie. Capteurs et algorithmes recalculent sans cesse la position du buste et de l’exosquelette et modifient la trajectoire en conséquence afin de maintenir l’équilibre.  

    « Pour le moment, reconnaît le directeur général de Wandercraft, nous n’avons validé que les fonctions basiques (la marche lente, tout droit, se lever, s’assoir…) et seulement sur des personnes valides. Nous attendons les autorisations pour débuter les essais cliniques, sans doute fin 2016. »

    A terme, une utilisation à domicile

    Des services de soins pourront alors utiliser Atalante, l’exosquelette de Wandercraft, pour la rééducation de leurs patients. Une étape cruciale pour mesurer ses bénéfices thérapeutiques. Mais, à terme, Matthieu Masselin vise l’utilisation au domicile des personnes handicapées. Pour y parvenir, les créateurs de l’exosquelette français vont devoir relever encore quelques défis concernant son poids, son autonomie et son coût. Atalante pèse encore 45 kg. « En centre de soins, il devrait disposer d’une heure d’autonomie mais il faudrait au moins une demi-journée pour un usage quotidien, prévoit Matthieu Masselin. Quant à son coût, nous aimerions qu’il soit de 20 à 50 000 euros. Au niveau pré-série, il se situe entre 100 et 200 000 euros. « 

    « Le marché est considérable »

    Le chemin à parcourir reste donc encore long, la communauté médicale est encore circonspecte faute d’avoir pu expérimenter Atalante mais Wandercraft envisage la certification de son exosquelette en 2017. « Et en 2018, nous devrions commencer à gagner de l’argent ».

    En attendant, Wandercraft a organisé des levées de fonds. Tout d’abord auprès de business angels puis auprès de fonds d’investissements spécialisés. « Nous avons aussi utilisé tous les dispositifs d’aide à l’innovation; et ils sont nombreux, souligne le DG de la start-up. La phase d’essais cliniques va aussi être coûteuse mais créatrice de tellement de valeur ! » Wandercraft n’en a donc pas fini avec les levées de fond mais à terme, « le marché est considérable ». Sur les 3 millions de paraplégiques et de personnes souffrant de neuropathies en Europe, aux Etats-Unis, en Chine et au Japon, les Français espèrent en convaincre moins de 1% de recourir à un appareillage.

     

     

  • Des recherches qui suscitent un débat éthique

    • Les robots vont-ils enfermer l’homme dans la machine?
    • Peuvent-ils remplacer l’homme?
    • La recherche en robotique ne fait-elle pas naître de vains espoirs aux handicapés?
    Sur ces sujets, le débat est ouvert.

    La naissance des hommes augmentés

    Réparer l’homme, lui redonner des capacités perdues… voilà une noble mission pour les robots et autres exosquelettes. Qui songerait à s’opposer à des technologies permettant de faire remarcher un paraplégique ou de redonner l’usage de son bras à une victime d’AVC ? Personne ! Pourtant, ces recherches commencent à susciter un débat éthique.

    Tout d’abord parce que la frontière entre un robot qui répare et un robot qui augmente les capacités humaines est ténue. Les technologies servant à la réparation permettent aussi de donner naissance à des hommes augmentés. Comme le souligne l’Institut national de recherche et de sécurité « INRS » dans son rapport sur « L’utilisation des robots d’assistance physique à l’horizon 2030 en France », « certains y voient un moyen de diminuer la fatigue musculaire dans le travail, une voie originale permettant de faire marcher des handicapés moteurs, mais aussi un système d’enfermement de l’homme dans la machine ou un moyen d’augmentation des cadences de travail…

    Ouvrir la voie à une hybridation avec la machine

    En fait, « le sociologue Jacques Ellul écrivait qu’aucune technologie n’est ni bonne, ni mauvaise… ni neutre, rappelle Edouard Kleinpeter, ingénieur en médiation scientifique. Elle va toujours modifier les normes de notre société. Par ailleurs, on s’efforce toujours de représenter l’humain à l’aune de la technologie dominante d’une époque donnée. En l’occurrence, aujourd’hui, l’informatique. Cette conception informationnelle de l’Homme ouvrirait naturellement la voie à une hybridation avec la machine qui serait, de fait, considérée comme non problématique. Or, les faits nous montrent que ce n’est pas si simple. »

    Le laboratoire Clinatec, installé à Grenoble, travaille par exemple sur des interfaces homme-machine : des microélectrodes implantés dans le cerveau qui piloteraient un exosquelette par la pensée. Encadrés par l’ANSM, ces travaux suscitent malgré tout des polémiques. Le collectif grenoblois « Pièces et main d’oeuvre » redoute que ces recherches ne soient « la porte ouverte vers la production de robots humains ». Ce fantasme de l’homme-machine, fustigé par certains, est au contraire loué par les transhumanistes. Entre ces deux visions, il y a clairement la place pour un débat éthique. Ces technologies favorisent-elles vraiment l’autonomie des personnes en situation de handicap ? Pas sûr alors que les exosquelettes ne permettent qu’une marche hésitante avec des cannes et que les robots des membres supérieurs n’ont pas encore réussi à reproduire fidèlement le geste de la saisie.

    « La réparation idéale est une fausse promesse »

    « Dans bien des cas, la promesse d’une réparation idéale est en fait une fausse promesse, ce qui pose des questions sur le plan éthique », prévient Edouard Kleinpeter. Par ailleurs, la volonté de réparer à tout prix favorise-t-elle l’intégration sociale ? Ne serait-il pas préférable d’adapter la société au handicap ? Ces questions mériteraient sans doute un vrai débat de société. Pour l’instant, il est balbutiant et n’envisage la robotique que sous l’angle de la déshumanisation de la relation. Une étude TNS Sofres pour la Commission européenne publiée en 2012 a notamment révélé que les citoyens de l’Union européenne considèrent que les robots doivent être interdits dans les soins aux enfants, aux personnes âgées ou aux personnes handicapées (60 %) et dans le secteur de la santé (27 %). Or, souvent, les robots ne se substituent pas aux soignants.

    Les chercheurs intègrent de plus en plus ces problématiques éthiques très en amont en associant à leurs équipes des spécialistes des sciences humaines et sociales. En 2014, Allistene (1), l’alliance des sciences et technologies du numérique, définissait leur marche à suivre dans son rapport sur « L’éthique de la recherche en robotique » :  » Les chercheurs en robotique réparatrice ou d’assistance doivent appliquer, en coordination avec les professionnels de santé, les aidants et les patients, les principes d’éthique en usage dans le secteur médical afin d’arbitrer entre les exigences d’efficacité et de sécurité des soins, celles d’autonomie et d’intégrité de la personne et, enfin, de protection de la vie privée. »

    (1) Regroupement de 6 acteurs clés de la recherche française : la Conférence des Directeurs d’Écoles et Formations d’Ingénieurs (C.D.E.F.I.), le Commissariat à l’Energie Atomique (C.E.A.), le Centre national de recherche scientifique (C.N.R.S.), la Conférence des présidents d’université (C.P.U.), l’Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique (INRIA) et l’Institut Télécom

     

  • Les exosquelettes en chiffres

    Les principaux utilisateurs potentiels :

    • 40 000 paraplégiques en France et 1000 de plus par an
    • 60 % sont paralysés des jambes et 40 % ont perdu l’usage de tous leurs membres
    • 75% ont moins de 35 ans au moment de l’accident
    • 273 000 blessés médullaires aux Etats-Unis
    • 130 000 AVC par an en France (40% des survivants gardent des séquelles importantes telles qu’une hémiplégie)
    • 2500 personnes touchées par la myopathie de Duchenne
    • 30 000 personnes atteintes des neuropathies de Charcot-Marie-Tooth

    Le prix d’un exosquelette complet :

    • 50 000 euros pour le 1er exosquelette vendu à des particuliers
    • 30 000 euros pour l’exosquelette Hercule de la société RB3D au stade des pré-séries
    • 130 000 euros pour l’exosquelette d’Ekso Bionic vendu à des centres de rééducation

    Poids, Autonomie, Vitesse de marche :
    • HAL
    23 kg
    2h30 d’autonomie
    4lm/h

    • Re-Walk
    20 kg
    8h d’autonomie
    3km/h