Donner une nouvelle paire de jambes à des paraplégiques, c’est l’ambition des dirigeants de Wandercraft. Cette start-up française, créée en 2012, a élaboré un prototype d’exosquelette qui, à terme, doit permettre à des personnes handicapées de marcher en parfaite autonomie.
Ses cibles : les paraplégiques et les personnes souffrant de maladies neuromusculaires telles que des myopathies. « Notre objectif, lance Matthieu Masselin, le directeur général, c’est qu’ils puissent se lever, s’assoir, marcher à 3,6 km/h, changer de direction, franchir des obstacles, bref, retrouver un vraie fluidité de marche. » Or, pour le moment, la plupart des exosquelettes sur le marché requièrent des béquilles et permettent une vitesse de marche lente (3 mètres par minute pour le Rex Bionics).
« Trois innovations majeures »
Pour atteindre ses ambitions, la société Wandercraft a parié sur « trois innovations majeures », précise Matthieu Masselin : la robotique dynamique, une architecture mécanique avec 12 articulations motorisées, et un système de contrôle intuitif de l’exosquelette grâce aux mouvements du buste. Concrètement, des capteurs détectent les intentions de mouvement, l’information est transmise à un ordinateur qui prend la décision de bouger les articulations nécessaires, le tout contrôlé via des algorithmes de marche très poussés.
Par rapport à d’autres exosquelettes, le degré de liberté a été multiplié par 3 grâce aux capteurs et aux moteurs. Ainsi, la gamme de mouvements est élargie. Capteurs et algorithmes recalculent sans cesse la position du buste et de l’exosquelette et modifient la trajectoire en conséquence afin de maintenir l’équilibre.
« Pour le moment, reconnaît le directeur général de Wandercraft, nous n’avons validé que les fonctions basiques (la marche lente, tout droit, se lever, s’assoir…) et seulement sur des personnes valides. Nous attendons les autorisations pour débuter les essais cliniques, sans doute fin 2016. »
A terme, une utilisation à domicile
Des services de soins pourront alors utiliser Atalante, l’exosquelette de Wandercraft, pour la rééducation de leurs patients. Une étape cruciale pour mesurer ses bénéfices thérapeutiques. Mais, à terme, Matthieu Masselin vise l’utilisation au domicile des personnes handicapées. Pour y parvenir, les créateurs de l’exosquelette français vont devoir relever encore quelques défis concernant son poids, son autonomie et son coût. Atalante pèse encore 45 kg. « En centre de soins, il devrait disposer d’une heure d’autonomie mais il faudrait au moins une demi-journée pour un usage quotidien, prévoit Matthieu Masselin. Quant à son coût, nous aimerions qu’il soit de 20 à 50 000 euros. Au niveau pré-série, il se situe entre 100 et 200 000 euros. «
« Le marché est considérable »
Le chemin à parcourir reste donc encore long, la communauté médicale est encore circonspecte faute d’avoir pu expérimenter Atalante mais Wandercraft envisage la certification de son exosquelette en 2017. « Et en 2018, nous devrions commencer à gagner de l’argent ».
En attendant, Wandercraft a organisé des levées de fonds. Tout d’abord auprès de business angels puis auprès de fonds d’investissements spécialisés. « Nous avons aussi utilisé tous les dispositifs d’aide à l’innovation; et ils sont nombreux, souligne le DG de la start-up. La phase d’essais cliniques va aussi être coûteuse mais créatrice de tellement de valeur ! » Wandercraft n’en a donc pas fini avec les levées de fond mais à terme, « le marché est considérable ». Sur les 3 millions de paraplégiques et de personnes souffrant de neuropathies en Europe, aux Etats-Unis, en Chine et au Japon, les Français espèrent en convaincre moins de 1% de recourir à un appareillage.