Le marché des produits et services de soins à domicile représentait en mai 2014 environ 3 milliards de dollars (2,8 Md €) en Chine, rapporte la société experte Pacific Bridge Medical.
Par ailleurs, le marché chinois pourrait représenter entre 20 et 30 % des ventes mondiales de technologies portables en 2016, selon un rapport de l’institut d’analyse IDC.
Le marché des objets connectés en Chine est en plein boom, avec d’un côté des solutions développées pour tenter d’anticiper le vieillissement de la population et le développement des maladies chroniques, de l’autre, des produits davantage dédiés au domaine du loisirs : les trackers d’activités, de plus en plus populaires.
H&TI fait le point sur ce secteur florissant, avec un focus sur le marché des bracelets connectés via l’interview de Sonny Vu, président et directeur de la technologie du service « objets connectés » au sein du groupe Fossil.
Chine : des objets connectés pour faire face au vieillissement de la population
Dans son premier Future Health Index (FHI) publié en juin 2016, Philips a dévoilé les résultats de son étude internationale portant sur la façon dont les pays se tiennent plus ou moins prêts à intégrer les nouvelles technologies numériques au sein de leur système de santé. Parmi les États les mieux placés figure la Chine, en troisième position (note : 58,1/100), juste derrière les Pays-Bas (58,9) et les Émirats arabes unis (65,3).
Et le secteur qui semble le plus prometteur au sein de ce vaste marché de l’e-santé est celui des objets connectés, pris de plus en plus au sérieux par le gouvernement et l’industrie pour tenter de mieux faire face au vieillissement de la population et à l’augmentation des maladies chroniques au sein du pays.
Le respect des personnes âgées est l’une des vertus les plus précieuses en Chine. Il est courant que trois générations vivent sous le même toit afin de permettre aux plus jeunes de prendre soin de leurs aînés tout en éduquant leurs enfants. Le nombre croissant de personnes âgées au sein du pays met en péril cette catégorie de patients :
- La population des + de 65 ans devrait atteindre 167 millions d’ici 2020 (chiffres officiels), soit 11,5 % de la population totale, une proportion presque deux fois plus importante qu’elle ne l’était en 1995 et qui pourrait atteindre les 20 ou 30 % d’ici 2025-2030.
Cette évolution démographique pose question. Difficile en effet pour les plus jeunes de pouvoir subvenir aux besoins des plus âgés financièrement. Les maisons de retraite sont encore assez rares en Chine et les organismes de santé ne sont pas en mesure d’offrir des soins de qualité optimale à ces populations.
- Et qui dit vieillissement de la population, dit augmentation des maladies chroniques (cardiovasculaires notamment). Ces maladies représentent environ 85 % des décès en Chine et nécessitent environ 70 % des ressources médicales (chiffres officiels).
Chine : le marché des produits et services de soins à domicile représente 3 Md $
Les experts sont unanimes : le système de santé doit s’adapter. Parmi les solutions envisagées, le développement des objets connectés afin de permettre un suivi à domicile des patients ne nécessitant pas nécessairement une hospitalisation.
Le gouvernement a commencé à agir en ce sens en mettant en place diverses mesures encourageant l’intégration de technologies de pointe dans le domaine de la santé. En 2012, il a annoncé que les soins de santé à domicile feraient partie de la stratégie principale de prise en charge de la population âgée croissante.
Objectif : soigner à domicile 90 % des personnes âgées. 7 % des seniors à faible revenu vivront dans des collectivités et des établissements de santé financés par le gouvernement, 3 % dans des organismes de soins infirmiers privés et des logements pour personnes âgées.
Le marché des produits et services de soins à domicile représentait en mai 2014 environ 3 milliards de dollars (2,8 Md €) en Chine, indique sur son site Pacific Bridge Medical, une société de conseil américaine dédiée aux entreprises pharmaceutiques et fournisseurs de dispositifs médicaux internationaux souhaitant étendre leur présence en Asie.
Ce marché grandissant concerne à la fois :
- les 230 millions de Chinois atteints de maladies chroniques ;
- les 85 millions de personnes handicapées du pays ;
- les travailleurs blessés, plus de 300 000 à recevoir chaque année un traitement de réadaptation financé par le gouvernement.
Les entreprises high-tech encouragées à investir le marché des soins à domicile
L’État encourage en parallèle le secteur privé à s’impliquer en invitant les sociétés spécialisées dans cette industrie à collaborer avec des hôpitaux privés.
Des start-up chinoises, telles que CCX Homecare (Shanghai) et PineTree (Beijing), se sont ainsi alliées à des sociétés états-uniennes, comme Right at Home et Home, les plus importants fournisseurs de soins à domicile au niveau international.
« Le secteur des soins aux personnes âgées devrait exploser au cours des prochaines années [en Chine]. Il s’agit donc du moment idéal pour pénétrer le marché », soulignait au printemps 2014 Pacific Bridge Medical.
Parmi les groupes privés les plus actifs dans ce secteur, on retrouve également le néerlandais Philips. Voici quelques-uns de ses produits actuels :
- Le groupe travaille avec la Société chinoise de cardiologie afin de créer un centre national de collecte de données cardiovasculaires dans le but d’améliorer la recherche clinique dans ce domaine.
- Philips Research China développe un système permettant d’aider les systèmes de santé à mieux gérer leurs patients atteints de maladies chroniques. Il comprend deux interfaces, une pour le personnel de santé et une pour les patients, permettant une communication en temps réel entre les deux parties.
- Philips Research China a également mis au point il y a plusieurs années un système de rééducation à distance reliant patients et hôpitaux, qui peuvent ainsi être mis au courant au jour le jour de l’évolution des conditions de santé des patients et ainsi adapter leur programme de réadaptation en conséquence.
- Le groupe a développé plusieurs outils portables reliant aux hôpitaux le domicile des patients, tels que le moniteur ECG et le dispositif de sang portatif Minicare mais aussi des objets permettant une gestion personnelle de sa santé, comme Lifeline.
« La prévention des maladies chroniques devrait être une priorité absolue en Chine. Leur contrôle est la prochaine étape. Nous sommes prêts à agir avec notre technologie et nos solutions », a récemment déclaré Andy Ho, P.-D.G. de Philips Greater China au site Your-bizbook.com.
Chine : le secteur des trackers fitness en plein boom
Le développement de solutions de pointe dans le domaine des soins à domicile fait partie des priorités du gouvernement chinois mais les acteurs privés du marché de l’e-santé ont depuis quelques années repérés un autre secteur florissant au sein du pays : les objets d’activité connectés.
Plus de 100 millions d’objets connectés vendus en Chine en 2016
Selon un rapport effectué par l’institut d’analyse IDC, environ 9,5 millions d’objets connectés ont été vendus en Chine en seulement trois mois (d’avril à juin 2016), soit une hausse de 13,2 % par rapport à la période janvier-mars de la même année.
Si la cadence reste la même, le marché chinois pourrait représenter entre 20 et 30 % des ventes mondiales de technologies portables, estimées à 101,9 millions d’articles en 2016.
Parmi ces dispositifs nouvelle génération, les produits liés à la santé type trackers d’activité font partie des plus populaires en Chine.
Fitness : top des objets connectés en Chine
Autre signe de l’intérêt porté par les professionnels au marché chinois, l’organisme états-unien Personal Connected Health Alliance (the PCHAlliance) a lancé en octobre 2016 son China Work Group afin de cultiver l’écosystème des technologies connectées dans le domaine de la santé au sein du pays.
« Il y a un intérêt croissant pour [ce domaine] dans toute l’Asie, et le marché chinois représente une importante occasion d’étendre l’utilisation d’outils personnels interopérables liés à la santé pour améliorer la gestion de la santé, les résultats cliniques et la qualité de vie des citoyens chinois », a déclaré Horst Merkle, président de l’association américaine The Continua Health Alliance, fondatrice de PCHAlliance.
« Les politiques futures et l’éducation seront les bases principales pour améliorer le système de santé en Chine »(Sonny Vu, Fossil)
Vous êtes président et directeur de la technologie du service « objets connectés » du groupe Fossil. Le site Wareabe affirme que la marque Misfit (détenue par Fossil) dépasse les ventes réalisées par Fitbit avec 660 000 d’objets connectés vendus en 18 mois (de 2014 à l’été 2015). Confirmez-vous ces chiffres ?
Le groupe n’a pas communiqué de chiffres officiels dans le détail pour chacune de ses marques mais si vous regardez simplement le nombre de critiques clients consultables en ligne sur des sites comme Jd.com, vous pouvez voir que nous vendons effectivement très bien en Chine.
« Nous n’avons jamais rien vu de tel, il y a un vrai dynamisme en Chine [sur le marché des objets connectés », avez-vous déclaré en septembre 2016 au site Wareable.com. Percevez-vous un réel engouement pour ce secteur en Chine, davantage qu’ailleurs ?
C’est ce que l’on ressent, oui. Je ne suis pas sûr que, proportionnellement, l’engouement soit plus grand que dans d’autres pays, mais avec des centaines de millions de personnes ayant accès à l’internet mobile, une condition préalable essentielle, les chiffres sont naturellement importants en termes de ventes de produits connectés.
La Chine est-elle le marché sur lequel il est actuellement essentiel de miser pour une entreprise spécialisée dans les objets connectés ?
La Chine se présente bien entendu comme un marché clé. Au vu de l’évolution du secteur de la santé (taux élevés d’obésité / diabète / hypertension dans les pays en développement et dans les pays développés), les professionnels de l’industrie vont être de plus en plus attentifs à ce qu’il se passe dans des pays asiatiques.
Quels sont les projets actuels de Fossil en Chine dans ce secteur ?
Nous continuons à réaliser de bonnes ventes de produits dits « trackers » en Chine, notamment ceux qui concernent l’activité physique et le sommeil. Nous pensons continuer à proposer des outils et services dans ce domaine afin de rester à l’écoute de la demande. L’objectif premier est de rendre tous ces dispositifs « wearable tech » à la mode pour qu’ils ne ressemblent non pas à des objets connectés lambda mais davantage à des accessoire de mode et des bijoux.
Selon vous, comment le domaine des objets connectés peut-il surmonter certains défis auxquels se retrouve – ou va se retrouver – confronté le système de santé chinois ?
Je pense qu’il faudra beaucoup plus que des objets connectés. Un contenu vraiment attractif et un encadrement seront nécessaires pour intéresser les utilisateurs de manière significative. Et je n’évoque ici le sujet que du point de vue du produit, du point de vue commercial. Les politiques futures et l’éducation seront les bases principales de l’édifice à construire pour améliorer le système de santé en Chine et dans d’autres régions d’Asie.
Selon certains observateurs du marché, le fait que des entreprises privées dominent le marché de l’e-santé en Chine peut être un problème d’un point de vue éthique.
Quelle est la politique de Fossil vis-à-vis de la sécurité des données de santé personnelles ?
Nous prenons très au sérieux la confidentialité et la protection des données de nos utilisateurs. Nous travaillons sur ces questions depuis un certain nombre d’années donc nos systèmes de sécurité sont assez solides aujourd’hui. Il faut plutôt s’inquiéter de la fiabilité des nouveaux entrants, qui tentent pour la première fois de développer des appareils connectés.
N’est-ce pas un problème pour les sociétés spécialisées en e-santé que la politique du gouvernement chinois pour assurer la sécurité des données privées soient un peu à la traîne ou, du moins, encore un peu floue ?
Comme je suis employé d’une entreprise publique, je ne peux pas communiquer sur ce sujet.
Selon vous, la Chine peut-elle devenir le leader international sur le marché des objets connectés dans cinq, dix, vingt ans ?
Je pense que c’est déjà un peu le cas, du moins du côté des trackers. La Chine compte probablement plus d’utilisateurs actifs de trackers d’activité que n’importe quel autre pays dans le monde, à l’exception peut-être des États-Unis.