Bettina Experton, PDG d’Humetrix, a mis en place le Blue Button aux États-Unis. Elle a accordé un entretien à Health&Tech Intelligence le 25 octobre 2016.
• « Un tel outil place réellement le patient au cœur du système ».
• « L’initiative d’un Blue Button à la française a été annoncée il y a maintenant plus d’un an. Je pense que le délai de mise en place est dû à une mauvaise compréhension du rôle fondamental que joue le citoyen dans sa santé ».
• « Aujourd’hui, le disrupteur c’est le citoyen. Il doit pouvoir utiliser l’outil mobile pour exercer son droit d’accès à ses données de santé ».
Pouvez-vous nous rappeler les principes et le fonctionnement du Blue Button américain ?
Le Blue Button consiste à donner aux citoyens un accès facilité à leurs données de santé, qu’ils peuvent ensuite choisir de partager avec les professionnels de santé de leur choix. Cette initiative fédérale américaine a été concrètement réalisée par le développement de l’appli mobile IBlueButton d’Humetrix, qui agrège et transforme les dossiers venant des feuilles de soins, des médecins et des hôpitaux. Le citoyen a accès sur son mobile en temps réel à un dossier interactif et sécurisé dont il a le contrôle.
Le choix d’une appli mobile permet de capitaliser sur l’infrastructure mobile déjà existante auprès des populations et de réduire ainsi les coûts de développement et de maintenance de systèmes centralisés. Il correspond par ailleurs aux usages des citoyens, y compris défavorisés.
Le Blue Button est aujourd’hui accessible à l’ensemble des Américains, à commencer par les bénéficiaires de Medicare et Medicaid de certains grands états, ainsi qu’aux vétérans et aux militaires.
Un tel outil place réellement le patient au cœur du système. Il a également un bénéfice en termes de santé publique : environ 80 000 décès sont causés chaque année aux États-Unis par la iatrogénie médicamenteuse. La capacité du citoyen à communiquer une liste actualisée de ces médicaments permet de réduire drastiquement ces erreurs médicales.
Le « Blue Button à la française » a été appelé de ses vœux par la ministre de la Santé en octobre 2015 : où en est le projet ?
L’initiative d’un Blue Button à la française a été annoncée il y a maintenant plus d’un an. Je pense que le délai de mise en place est dû à une mauvaise compréhension du rôle fondamental que joue le citoyen dans sa santé et dans l’économie de notre système de santé : il y a un décalage entre les pratiques à visée institutionnelle et une démarche en direction des patients.
Aujourd’hui, le disrupteur c’est le citoyen. Il doit pouvoir utiliser l’outil mobile pour exercer son droit d’accès à ses données de santé et, en les partageant, permettre la réduction des erreurs médicales et les redondances.
Le sujet semble avancer au Royaume-Uni, dont le système de santé est pourtant très centralisé : pouvez-vous nous en dire plus ?
Jeremy Hunt, le ministre de la Santé britannique, a annoncé à la conférence annuelle Innovation Expo, en septembre 2016, que tous les britanniques auraient leur appli mobile Blue Button basée sur le modèle américain d’ici mi-2017. Nous attendons actuellement la publication de l’appel d’offres.
En parallèle, des initiatives visant à placer leur santé dans les mains des patients sont mises en place. Ainsi, nous déploierons d’ici quinze jours, tout d’abord dans la région de Sheffield, l’appli SOS UK, version NHS de notre appli SOS QR disponible aux Etats-Unis et en France. Elle permet la création d’un dossier d’urgence disponible dans son intégralité sur son mobile; il est accessible sous forme dépersonnalisée par scannage d’un code QR code. Par exemple, si je fais un malaise dans la rue, les urgentistes peuvent accéder en un coup d’œil aux informations que j’aurai renseignées sur mes affections, mes antécédents, mes allergies médicamenteuses, mes vaccins, etc. SOS UK et SOS QR sont globalisés : l’appli reconnaît la langue du mobile qui scanne, et présente le dossier d’urgence dans la langue de l’urgentiste, avec les médicaments du pays où a eu lieu l’urgence.
Toujours pour la région NHS de Sheffield, nous déploierons en janvier 2017 une appli de gestion de la tension artérielle, Tensio, qui transmettra les données recueillies aux centres de santé afin d’améliorer le suivi.