En Chine, les relations entre patients et praticiens sont tendues. Un problème en grande partie lié à l’engorgement des hôpitaux de niveau 3A : le temps d’attente avant d’être pris en charge est très important et le temps de consultation très court.
Le développement de la télémédecine (le gouvernement chinois affirme avoir investi 2,18 Mds€ dans le secteur en 2014) est l’une des solutions actuellement envisagées par la profession pour tenter d’améliorer l’offre de soins (réduction de l’attente, meilleure répartition des malades…) et ainsi l’échange entre patients et médecins.
L’un des 1ers problèmes des hôpitaux chinois : la mauvaise relation patient-médecin
Selon la Commission nationale chinoise de la santé et de la planification familiale (NHFPC), le nombre d’attaques envers le personnel médical a légèrement baissé depuis quatre ans au sein du pays mais elle reconnaît que les incidents restent trop importants.
Les incidents de sécurité dans les hôpitaux chinois sont courants
- En 2014, 1 425 personnes ont été arrêtées et 4 599 incidents de sécurités ont été recensés dans des hôpitaux chinois, rapporte l’agence de presse nationale chinoise Xinhua.
- En 2015, un rapport de la CMDA indiquait que près de 60 % du personnel médical en Chine avait été confronté à de la violence verbale et environ 14 % avait été agressé physiquement.
Conséquence : en juillet 2016, plusieurs départements du gouvernement chinois ont exigé la présence d’agents de police armés dans les hôpitaux afin de contrer les éventuelles attaques violentes envers les médecins et le personnel médical.
« Les patients se sentent frustrés quand une consultation ne dure que quelques minutes alors qu’ils ont attendu en salle d’attente pendant des heures », expliquait cet été Chen Penghui, un médecin du Fujian Medical University First Hospital (Xinhua).
Comment la télémédecine peut apaiser les tensions
En réduisant le temps d’attente physique
Dans les grandes villes chinoises, un patient est parfois contraint de faire la queue pendant cinq, sept heures ou plus pour prendre un rendez-vous et espérer bénéficier d’une consultation en début de soirée, rapporte régulièrement les médias nationaux.
L’une des priorités des entreprises privées qui ont investi le secteur est de réduire au maximum ce temps d’attente.
- En 2010, Tencent investit un peu plus de 80 millions d’euros dans Guahao, un service de santé en ligne permettant de prendre rendez-vous via son smarpthone. Il couvre déjà 900 hôpitaux chinois.
- Au cours de l’été 2014, Alibaba lance Alipay « Future Hospital », un service mobile permettant aux utilisateurs de prendre un rendez-vous médical à distance en sélectionnant un praticien et une date. Grâce à ce système, une visite peut durer une heure, voire moins, indiquait à Businessweek en juin 2014 le directeur de communication du centre médical pour femmes et enfants de Guangzhou, la troisième ville la plus peuplée du pays qui a testé parmi les premiers l’application.
- Au niveau du secteur public : lancé en 2011, le online booking system (OBS) sera obligatoire à Pékin d’ici janvier 2017 pour les hôpitaux de niveaux 3A. Via ce système de réservation, les patients reçoivent par SMS un code de rendez-vous après avoir entré leurs informations personnelles.
En améliorant l’accès aux soins dans les zones rurales
En 2014, environ 750 millions de Chinois vivaient dans une zone urbaine, contre 620 millions dans une zone rurale, indique le portail de statistiques Statista. Ce n’est qu’en 2011 que la population urbaine de la Chine a dépassé le nombre d’habitants des zones rurales pour la première fois dans l’histoire du pays.
Près de 80 % des institutions médicales sont concentrées dans les villes et les praticiens les plus spécialisés du pays résident dans les zones urbaines, précise le magazine Nursing Sciences (n° septembre 2014).
Les « Family doctor programs » ont été introduits au début des années 2010 dans plusieurs provinces et régions chinoises afin de réduire la fréquentation des grands hôpitaux et d’assurer une égalité dans l’accès aux soins. En 2013, Luzhai County a été choisie comme zone pilote pour tester ce programme dans le Guangxi Zhuang, une région autonome du sud de la Chine.
Le principe : les familles issues des zones rurales signent un contrat avec les médecins généralistes dans les cliniques du canton. Les praticiens offrent un service personnalisés aux patients, une prestation de soins basiques et des consultations médicales.
À Xi’an City, dans la province du Shaanxi, plus de 2,5 millions de résidents locaux ont signé un contrat avec un médecin de famille, et dans la province de Liaoning, plus de la moitié de la population rurale a rejoint le programme.
C’est dans ce cadre qu’Ali Health (filiale santé d’Alibaba) a lancé une application mobile à Pékin pour relier les médecins des institutions médicales de base et les riverains. Ainsi, les patients n’ont qu’à prendre leur téléphone pour interagir avec un médecin.
« La [télémédecine] pourra-t-elle tous les problèmes liés aux tensions observées dans les hôpitaux chinois ? Absolument pas. Mais elle permet de libérer des chambres et, au minimum, d’offrir un peu de répit à certains patients dont les soins peuvent être raisonnablement livrés en dehors du système hospitalier », expliquait dans Forbes en mars 2015 Benjamin Shobert, spécialiste du marché de la santé de Chine et d’Asie du Sud-Est.
Télémédecine : le gouvernement chinois commence à légiférer
Construire un réseau national uniforme de télémédecine
La commission de santé et du planning familial de chaque province chinoise (PHFPC) encourage la création de sites web simplifiant le lien entre patients et médecins.
En août 2014, le NHFPC a publié une série de documents afin d’établir quelques lignes directrices à propos du développement des services de télémédecine en Chine. En 2015, il va plus loin en présentant le Technical Guideline for Telemedicine Information System Construction (2014), un guide mettant en avant un plan ambitieux dans l’optique de construire un réseau national uniforme de services de télémédecine dans le pays.
Le document pointe du doigt différents problèmes : les dispositifs de télémédecine actuellement mis en place en Chine ont été construits de manière indépendantes, sans suivre des normes techniques nationales, et n’établissent pas de connexion réelle entre les hôpitaux et les plateformes de soins de santé régionaux.
La construction de ce réseau national sera basée sur l’ouverture, l’uniformité, l’inter-connectivité et l’égalité géographique, précise le rapport.
En résumé
Le gouvernement chinois a investi environ 16,36 milliards de RMB (2,18 Mds€) dans le secteur de la télémédecine en 2014 (derniers chiffres communiqués). Bilan à la fin de cette année-là :
- 72 millions d’utilisateurs chinois consultaient un médecin en ligne, signale la revue Perspectives chinoises.
- 50 % des hôpitaux de province et 42 % des hôpitaux de soins primaires disposaient d’un centre de télémédecine en Chine, selon un rapport publié par le cabinet Research and Markets (Telemedicine and Online Healthcare Industry in China – 2015)
« La Chine est résolument sur la bonne voie pour devenir l’un des plus grands marchés de la télémédecine dans le monde », analyse le cabinet d’avocats Foley & Lardner LLP, spécialiste du secteur de la santé.