Former des agents de santé communautaire au suivi des femmes enceintes grâce à un smartphone se révèle une méthode pertinente dans les pays en voie de développement. Une étude* menée dans des zones rurales de Tanzanie a montré que les femmes ayant bénéficié d’un accompagnement par des agents de santé communautaire formés grâce à une application mobile accouchaient dans de meilleures conditions et bénéficiaient de davantage de visites à domicile. Les résultats ont été publiés le 18 juin dans Plos One.
Dans les régions rurales de Tanzanie – et de nombreux pays en développement -, la moitié des femmes enceintes accouchent sans l’aide d’un professionnel de santé formé. Or, plusieurs études ont clairement démontré que l’accès à un tel dispositif améliore le taux de mortalité maternelle dans les pays en développement. Pourtant, le manque de structures sanitaires et de professionnels de santé handicape encore de nombreux pays d’Asie du Sud-Est et d’Afrique subsaharienne. Pour compenser, des agents de santé communautaire capables d’identifier des grossesses à risque, de référer une femme à un spécialiste quand c’est nécessaire ou simplement de faire de l’éducation à la santé auprès des femmes enceintes s’avère une bonne solution dans ces zones rurales.
La m-santé pour suppléer les systèmes de santé défaillants
La santé mobile s’avère être un bon moyen d’améliorer les compétences des agents de santé communautaire. Plusieurs études ont montré l’efficacité de stratégies basées sur l’envoi de SMS sur le comportement des patientes. En revanche, les travaux évaluant l’impact sanitaire de la m-santé dans un tel contexte sont rares. Une équipe de chercheurs américains, canadiens et tanzaniens ont donc mis sur pied une étude contrôlée visant à évaluer l’utilisation d’une application mobile pour former des agents de santé communautaire issus de 32 villages en Tanzanie. Ils ont été randomisés en 2 groupes : les uns étaient formés grâce à l’application mobile et les autres grâce à un support papier. Ils ont ensuite cherché à mesurer l’impact de cet accompagnement chez 572 femmes enceintes.
Une appli qui guide les agents de santé communautaire
L’application SUSTAIN a été développée pour être utilisée pendant les visites à domicile des agents de santé communautaire (ASC). Elle dispose de fonctionnalités de base (enregistrement des patients, planning des visites, les conseils de base, etc.) mais elle permet aussi de guider les ASC pendant les visites grâce à des arbres décisionnels électroniques les orientant vers des questions et des messages de conseil spécifiques basés sur l’âge gestationnel de la femme et des réponses à diverses questions diagnostiques.
L’outil dirige aussi les ASC vers des leçons particulières du livre de photos et leur rappelle par exemple de conseiller aux femmes de suivre des soins prénataux. L’application aide également à identifier les signes de danger, signale les femmes qui ont besoin d’être référées immédiatement vers un établissement de santé et leur rappelle d’assurer un suivi auprès de ces femmes à risques.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 18 juin dans Plos One.
Résultats
- 74% des femmes ayant bénéficié de l’accompagnement m-santé ont accouché dans une structure de santé contre 63% dans le groupe contrôle ;
- 72% d’entre elles ont reçu au moins 2 visites à domicile contre 60% dans le groupe contrôle ;
- Chez les femmes ayant reçu plus de 4 visites, l’éloignement de la structure de santé n’avait pas de conséquence sur le lieu d’accouchement ;
- L’impact de l’application mobile était plus fort chez les primipares : 84% ont accouché dans une structure de santé.
La m-santé n’est pas la « panacée »
L’utilisation de smartphone et de l’application mobile SUSTAIN par les agents de santé communautaire a donc amélioré les conditions d’accouchement. Les auteurs de l’étude précisent que cette amélioration serait surtout due à une plus grande fréquence des visites à domicile.
Cependant, ils tiennent à souligner que les résultats positifs ne sont peut-être pas directement imputables à ce programme de m-santé. « Les agents de santé communautaires formés par l’appli étaient sans doute plus attentifs et plus motivés que d’habitude par ce nouvel outil. Les effets pourraient donc diminuer au fil du temps », écrivent-ils.
En résumé, les chercheurs reconnaissent que « bien que la santé mobile ne soit pas une panacée, elle peut être considérée comme un outil de renforcement des systèmes de santé, une façon d’améliorer la mise en œuvre d’interventions éprouvées et une stratégie susceptible de réduire l’approche en «silo».