À l’occasion de l’étape dédiée au parcours de vie dans le cadre de la campagne Faire avancer la santé numérique (FASN), qui a eu lieu le 26 juin 2018 à Paris, deux intervenants œuvrant dans le secteur de la dépendance des personnes âgées ont présenté leurs projets et les stratégies d’innovation.
Michel Chatot, président du Groupe Arpavie a exposé les expérimentations en cours et les réalisations dans le cadre de la mise en œuvre des technologies de pointe dans les Ehpad du groupe – robotique pour le lien social, IoT pour assurer la traçabilité au sein des établissements et l’installation de cabines de télémédecine sont les priorités.
Le groupe SOS Senior représenté par Maryse Duval, sa directrice générale, a développé un projet nommé Seniors Connect en vue de créer une porte d’entrée privilégiée pour les seniors à domicile et leur entourage vers une offre de services diversifiée et adaptée, fournie par les Ehpad et des partenaires locaux. Ce projet véhicule une vision de l’Ehpad en tant que plateforme de ressources pour les collectivités pour accompagner les personnes âgées à domicile depuis l’Ehpad.
Arpavie intègre des outils numériques au sein de ses établissements pour une meilleure prise en charge
Michel Chatot a affirmé que le numérique va innerver de plus en plus les établissements ancrés dans les territoires au service de leur décloisonnement. L’Ehpad du futur va devoir rayonner sur le territoire en se dirigeant vers le domicile.
Faciliter le parcours de vie reviendra à s’orienter vers des plateformes gérontologiques qui proposeront des services nouveaux à destination des personnes âgées dépendantes et des aidants, d’une part, et des services au domicile et au sein d’établissements classiques d’accueil, d’autre part.
Le président d’Arpavie souligne que pour le développent de ces services, les acteurs du médico-social ont besoin de financements sous forme de crédits expérimentaux et de partenaires industriels pour le déploiement.
Stratégie d’innovation déclinée en quatre axes
Les quatre axes stratégiques d’innovation du groupe Arpavie sont les suivants : le lien social, la e-santé, la sécurité, le bien-être et la prévention. Ils sont portés par une Direction de l’innovation créée en octobre 2017.
Plusieurs expérimentations sont en cours dans différents établissements du groupe autour des thématiques suivantes.
Intelligence artificielle sous la forme d’un petit robot humanoïde pour favoriser le lien social
Nao, un petit robot humanoïde est utilisé actuellement dans l’Ehpad d’Issy-les-Moulineaux auprès de patients atteints d’Alzheimer. Il est utilisé dans le cadre d’ateliers mémoire et de gymnastique douce. Ne visant pas à remplacer le personnel soignant, il permet d’améliorer le rôle et l’activité que celui-ci peut avoir auprès des résidents, selon Michel Chatot.
Selon le président d’Arpavie, le robot a un rôle de médiateur avec le soignant avec un caractère ludique et rassurant.
Il a déclaré que cette expérimentation, qui doit faire l’objet d’une publication scientifique au début de 2019, a déjà permis des résultats tangibles en luttant contre l’apathie et l’isolement.
Partenariat tripartite pour répondre aux enjeux éthiques et techniques
Ce projet implique deux autres partenaires. Le groupe Altran est l’industriel qui a fourni le robot, alors que les équipes spécialisées en médecine cognitives de l’hôpital Broca de Paris offre son expertise médicale dans le cadre de la mise en œuvre auprès des résidents.
Télémédecine
Arpavie prévoit d’installer des cabines de télémédecine au sein de ses Ehpad en province ancrés dans des territoires-déserts médicaux, car l’apport des téléconsultations n’est plus à prouver pour certains actes et types de suivi : le domaine de la psychologie, pour effectuer des mesures de paramètres des résidents, etc.
Des expérimentations sont en cours à Loudan (Vienne) et à Villiers-le-Bel en partenariat des ARS.
Traçabilité assurée au sein de l’établissement grâce au tout connecté
Le numérique est aussi mis à contribution pour la traçabilité qu’un directeur d’Ehpad nécessite de mettre en place. Ainsi, dans certains établissements le linge connecté grâce à des puces a été testé. Le résultat ayant été positif en matière de réduction de pertes, le projet va être généralisé aux autres établissements du groupe.
Un revêtement de sol intelligent a également été testé ayant la capacité de détecter des chutes et suivre les mouvements des résidents. Il permet de lancer une alerte en absence de mouvement.
Outiller les patients, aidants et soignants
Michel Chatot soulignait l’importance de répondre aux exigences que pouvaient avoir les usagers des établissements du groupe et leurs familles. Ainsi, les gestionnaires ont une forte responsabilité pour faciliter leur accueil et à cet effet des outils numériques doivent être déployées, notamment sous forme de tablettes. Le groupe est à le recherche d’un partenaire industriel fournisseur de tablettes.
Le personnel soignant dispose déjà de tablettes numériques pour la gestion et l’alimentation des dossiers médicaux et pour assurer un suivi.
Seniors Connect : agir comme une plateforme gérontologique offrant des services intégrés
Maryse Duval, directrice générale du groupe SOS Seniors a présenté le projet Seniors Connect développé par le groupe.
Le groupe SOS Seniors, c’est 85 établissements et services ; à la fois des Ehpad, des services à domicile, des résidences autonomie et des associations qui font de la colocation intergénérationnelle, un dispositif innovant récemment développé.
Seniors Connect est né pour répondre au souhait de plus en exprimé par les seniors de rester chez eux le plus longtemps possible. L’équipe est partie du constat qu’aujourd’hui l’âge d’entrée en établissement recule et du fait qu’un Ehpad coûte très cher à la collectivité : un budget de création à hauteur d’environ 10 millions d’euros et un budget de fonctionnement d’environ 4 millions d’euros.
Ceci a amené le groupe à adopter une stratégie d’ouverture de l’Ehpad vers l’extérieur afin de faire bénéficier les populations environnantes des services proposés par l’établissement. Dans cette vision, l’Ehpad sert de plateforme de ressources aux collectivités afin d’accompagner les personnes âgées à domicile depuis l’Ehpad.
Des services à destination d’un public « hors radar »
Maryse Duval soulignait que 74% des seniors à domicile auxquels le groupe propose des services n’étaient pas bénéficiaires de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie) et que 70% d’entre eux ne disposaient pas du GIR (groupe iso-ressources qui correspond au niveau de perte d’autonomie d’une personne âgée).
Maryse Duval souligne que l’âge moyen des personnes âgées auxquelles un service est rendu est de 80 ans, alors que l’âge moyen d’entrée en Ehpad est de 85 ans, donc toute la question est de savoir comment accompagner ces personnes qui sont fragiles et qui demeurent à leur domicile en minimisant les risques avant leur entrée en établissement.
Utiliser au mieux ce qui existe déjà au niveau local
L’offre de service dans le cadre de Seniors Connect, via la personne occupant le rôle de coordonnateur du programme, à savoir l’intermédiaire entre l’Ehpad, l’équipe de l’Ehpad et des partenaires locaux, comprend la coordination et l’orientation vers des services existants.
Le principe consiste à dresser tout ce qui existe localement pour en faire bénéficier l’usager final. Le coordonnateur peut proposer des services quotidiens disponibles au sein de l’Ehpad (coiffure, aide-soignante, kiné, etc.) ou des services à domicile (artisans de confiance, aide à domicile, ergothérapeute pour l’aménagement du domicile, etc.). On peut proposer aussi des services en faveur du lien social dont les seniors à domicile ont grandement besoin pour continuer à avoir une vie sociale.
Une organisation servicielle à trois niveaux
Senior Connecte est une pyramide de services, connectant l’Ehpad au domicile, qui vise à :
- au premier niveau : utiliser les moyens constants de l’Ehpad (repas, animation, transport en car, etc.) ;
- un second niveau, mettre en place des services à construire avec les autorités de contrôle et de tarification qui nécessitent une autorisation préalable (service de soins à domicile qui rayonne, nuitée d’hospitalisation à domicile, système de portage de repas, bureau d’accueil familial) ;
- au troisième niveau : introduire des services innovants émanant de l’article 51 tels des salles de télémédecine des Ehpad complètement ouvertes pour des consultations aux personnes des communes en vue de pallier le manque de praticiens.
L’objectif est de passer des services de prévention délivrés de l’Ehpad vers le domicile à un véritable Ehpad hors les mûrs.
Le numérique doit permettre de commander des services à l’Ehpad de l’extérieur, depuis le domicile. Mais, pour le permettre, on doit au préalable réduire la fracture numérique.