Un système d’intelligence artificielle (IA) testé pour détecter la rétinopathie diabétique a donné des résultats mitigés lors de son utilisation en vie réelle dans le cadre de soins primaires. Ce constat a été apporté par une étude* menée par des chercheurs australiens et américains de la Harvard Medical School, qui met en évidence un taux de faux positifs élevé. Ces travaux ont été publiés le 28 septembre 2018 dans le Jama Network Open.
Rétinopathie diabétique : pionnier de l’intelligence artificielle
En avril 2018, la Food and Drug Administration (FDA) a autorisé pour la toute première fois une intelligence artificielle (IA) à formuler un diagnostic. Le système IDx-DR est commercialisé pour dépister la rétinopathie diabétique sans qu’aucun professionnel de santé n’intervienne. Il vise à éviter que les personnes souffrant de diabète passent au travers des mailles du filet.
En effet, la moitié d’entre eux ne consultent pas d’ophtalmologiste tous les ans, contrairement aux recommandations sanitaires.
Le dispositif a été autorisé suite à la publication d’un essai clinique montrant que l’intelligence artificielle réalisait le bon diagnostic 9 fois sur 10.
Un test de dépistage dans la vraie vie
Cependant, les essais cliniques ne reproduisent pas la vie réelle à l’identique. C’est ce que semble montrer une étude australienne menée auprès de 193 patients diabétiques venant consulter dans des structures de premiers recours.
Quelques 386 images rétiniennes ont été analysées à la fois par le système d’intelligence artificielle et par un ophtalmologiste. Les infirmières ont mis 10 à 15 minutes à obtenir des images pour les deux yeux et le système de l’IA a fourni des diagnostics en moins de 3 minutes.
Les résultats de cet essai ont été publiés le 28 septembre 2018 dans le Jama Network Open.
Des résultats en demi-teinte
- L’intelligence artificielle a identifié 17 patients comme souffrant d’une rétinopathie diabétique et qui devaient donc être référés vers un spécialiste ;
- 2 patients sur les 17 étaient réellement atteints par la maladie et les 15 autres étaient des faux positifs ;
- l’IA a correctement identifié 8 cas de rétinopathie modérée ;
- le taux de spécificité de l’IA est donc de 92 % ;
- la valeur prédictive positive n’était que de 12 % ;
- Moins de 10 % des patients ont eu besoin d’être vus par un ophtalmologiste.
Le problème des faux-positifs
Les auteurs de l’étude considèrent que le taux élevé de faux positifs était dû en partie à la mauvaise qualité d’image. Il s’expliquerait également par la faible incidence de la rétinopathie diabétique au sein de la population fréquentant les structures de soins de premier recours.
« Les validations antérieures des systèmes d’IA pour l’identification de la rétinopathie diabétique ont utilisé des bases de données d’images rétiniennes et les images ont été présélectionnées de telle sorte que l’incidence de la maladie était beaucoup plus élevée », ont précisé les chercheurs. Et lorsque l’incidence de la maladie est plus basse, la valeur prédictive positive l’est également.
« Le faible taux de rétinopathie diabétique que nous avons observé dans notre étude est la norme en soins primaires, ont-ils ajouté. Par conséquent, les faux positifs risquent de poser problème, à moins que la spécificité de notre système ou d’autres systèmes soit beaucoup plus grande. Compte tenu de cette limitation, nous pensons que les images de rétinopathie identifiées comme présentant une maladie par un système d’IA devraient être examinées par un ophtalmologiste avant qu’un renvoi ne soit effectué. »
Les espoirs de l’IA malgré tout…
Malgré cette limitation, les chercheurs estiment que l’intelligence artificielle peut potentiellement améliorer le dépistage de la rétinopathie diabétique. Environ 92% des patients ont immédiatement été informés qu’ils n’avaient pas de rétinopathie et, par conséquent, il n’a pas été nécessaire de les référer vers un spécialiste. , Le nombre de patients devant être examinés par un ophtalmologiste était inférieur à 10%. Ce dépistage ophtalmologique en temps réel dans les cabinets médicaux habituels des médecins de soins primaires présente de nombreux avantages pratiques, notamment la prise en charge complète des maladies chroniques en un seul et même lieu pour les patients diabétiques. Il existe également un potentiel d’amélioration du système d’IA.