Un système automatisé de recueil et de traitement des tweets relatifs à la grippe, classés grâce à un algorithme, a permis de suivre l’épidémie en France. L’étude* exploratoire menée par Santé Publique France et publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) du 18 octobre 2018 révèle que le nombre de tweets suit la même tendance que le nombre de passages aux urgences et de consultations SOS Médecins pour la grippe. Cet outil complémentaire fournit notamment des données intéressantes sur l’état de santé ressenti par la population.
L’ »infomédiologie », une technique basée sur les technologies de l’information
Les épidémiologistes s’intéressent depuis quelques années aux réseaux sociaux, qui représentent une source complémentaire de données. Une nouvelle approche scientifique est même née de ce nouvel usage : « l’infodémiologie ».
« L’infodémiologie » peut être définie comme la science basée sur des technologies de l’information et des communications (TIC) dont l’objectif est de surveiller l’état de santé des populations et d’orienter les politiques de santé publique.
Twitter a d’ailleurs déjà commencé à démontrer qu’il pouvait être un outil pertinent de surveillance de pathologies infectieuses telles que la grippe, le choléra ou encore la dengue, comme le rappellent Pascal Vilain et Laurent Filleul dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publié le 18 octobre 2018. Ces derniers ont mené une étude exploratoire afin de savoir si les données échangées sur Twitter pouvaient être « utilisées comme un proxy pour la surveillance de l’épidémie saisonnière de grippe en France, et plus particulièrement à l’échelle régionale ».
Trier les tweets pour suivre la grippe
Dans le cadre de ces travaux, les tweets contenant les mots-clés « grippe », « grippaux » et « grippal », émis entre le 8 août 2016 et le 26 mars 2017, ont été recueillis.
Ensuite, des filtres automatisés ont permis de géolocaliser les tweets afin de s’assurer qu’ils venaient bien de France pour ensuite les classer par région. « Le défi majeur consistait à identifier, dans un gros volume de tweets, ceux relatifs à l’expression clinique de la grippe », écrivent les auteurs de l’étude dans le BEH. Les tweets émanant d’entreprise et d’institutions comportant les mots-clés sélectionnés devaient donc être écartés.
Pour filtrer les publications et construire un modèle d’apprentissage, un échantillon aléatoire de 1 500 tweets a été extrait de la base de données. Chacun de ces tweets a été inspecté manuellement et étiqueté comme valide ou invalide selon la probabilité qu’il indiquait ou non un état grippal.
Les données issues de Twitter ont ensuite été comparées à celles provenant des structures d’urgence hospitalières et des associations SOS Médecins afin de savoir si le nombre de tweets et le nombre de consultations étaient similaires.
Résultats
- Sur 238 244 tweets contenant les mots-clés retenus, 130 559 ont pu être localisés en France ; l’algorithme a classé 22 939 tweets comme valides, c’est-à-dire indiquant un état grippal ;
- le nombre hebdomadaire de tweets relatifs à la grippe suivait la même tendance que le nombre de consultations ;
- la durée du processus de prétraitement et d’analyse des données a été évaluée à moins d’une heure ;
- les données issues de Twitter étaient parfois plus précoces que celles issues des réseaux traditionnels.
Les avantages de Twitter par rapport aux méthodes de surveillance classiques
Les auteurs de l’étude estiment que ces résultats permettent « de montrer que les données issues de Twitter peuvent être utilisées comme un proxy pour la surveillance de l’épidémie de grippe en France ».
Mais, surtout, les épidémiologistes mettent en avant les avantages d’une telle stratégie. Tout d’abord, les données sont gratuites et disponibles en temps réel. En outre, elles apportent un éclairage différent : les tweets reflètent le ressenti sur l’état de santé alors que les données traditionnelles sont purement médicales.
« Par ailleurs, les mesures d’audience montrent que Twitter est utilisé en majorité par les 16-44 ans (67 %) : ces données permettent donc de décrire le ressenti d’une population de jeunes adultes qui ne sollicitent pas systématiquement le système de soins », soulignent les auteurs de l’étude.
Enfin, le réseau social s’est révélé un outil plus fin pour suivre les tendances de l’épidémie à l’échelle régionale.
Un test sur l’épidémie de grippe 2017-2018
Les auteurs estiment malgré tout que des améliorations doivent être apportées, notamment pour mesurer l’impact de l’échantillonnage.
De plus, des tweets codés valides manuellement ont été rejetés par le système automatique. Le système d’apprentissage a donc besoin d’être affiné
Quant aux « phénomène de propagation virale » typiques des réseaux sociaux, ils risquent de perturber l’interprétation des données. C’est pourquoi une étude complémentaire sur l’épidémie de grippe 2017-2018 permettra de vérifier les tendances observées.