Un consortium public-privé, baptisé « Pacific », vient d’être créé pour mieux comprendre l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée (ICFEP). Il regroupe 2 industriels, Sanofi, leader du projet, et Servier, 2 partenaires publics, l’AP-HP et l’Inserm, et 4 start-ups, BioSerenity, Casis, Fealinx et Firalis. Ces dernières développeront des technologies et logiciels innovants de mesure et d’analyse de données biologiques, hémodynamiques, d’imagerie et d’aide au diagnostic.
Le partenariat vise à mieux comprendre l’hétérogénéité des profils de patients, de les stratifier dans des sous-groupes plus homogènes, le tout par l’intermédiaire de technologies basées sur l’intelligence artificielle (IA) afin de permettre une analyse approfondie des données, ont précisé les membres du projet fin janvier 2019.
Le but de ce consortium est de mettre au point un algorithme de diagnostique spécifique de l’ICFEP, de développer de nouveaux médicaments et de réorienter des médicaments déjà existants vers des sous-populations susceptibles d’en bénéficier, a indiqué le Dr Benoît Tyl, directeur de la recherche translationnelle et clinique cardiovasculaire à Servier, lors d’une conférence de presse
Ce projet de 14 millions d’euros est financé à 50 % par le programme d’investissements d’avenir (PIA), qui est piloté par le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI) et opéré par Bpifrance. Le reste des fonds est apporté par les start-ups et les laboratoires.
Après deux ans de discussions pour constituer le consortium, un accord a été récemment signé. Les porteur de l’initiative estiment qu’il faut compter encore six mois pour organiser, structurer les procédures et former les équipes, avant de recruter des patients pour mener une étude clinique prospective.
ICFEP : une maladie mal connue pendant des années
L’initiative est née d’un constat : aucun traitement n’est vraiment efficace contre l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée (ICFEP) et entre 8 milliards et 10 milliards d’euros ont été investis par l’industrie pharmaceutique dans des essais cliniques non concluants.
« Notre R&D est bloquée. Nous avons besoin de mieux comprendre la maladie pour mieux la traiter », a expliqué le Dr Benoît Tyl.
Des patients aux profils variés
Cela s’explique notamment par le fait que, pendant plusieurs années, les experts pensaient que l’insuffisance cardiaque était une seule et même maladie, alors qu’elle est en réalité plurielle et touche des patients avec des profils phénotypiques et des comorbidités divers (âge, diabète et obésité, troubles rénaux, etc.).
Le consortium va mettre en place une étude clinique prospective
Les travaux présentés seront menés dans un premier temps à partir des registres de l’AP-HP pour identifier des patients qui seront ensuite inclus dans une étude clinique prospective permettant de collecter des données physiopathologiques lors d’une journée d’hospitalisation.
5 hôpitaux de l’AP-HP participent, 500 patients seront recrutés
L’étude, dont le promoteur sera l’AP-HP, sera réalisée dans cinq établissements parisiens du CHU francilien, soit au sein de l’hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP, Paris), de Henri Mondor (Créteil), de Bichat, de Lariboisière et de la Pitié Salpêtrière (Paris). Ils recruteront « 500 patients qui seront inclus dans l’étude clinique et bénéficieront chacun d’une journée de bilan complet à l’hôpital et d’un suivi », précise dans le communiqué de présentation du projet le Pr Jean-Sébastien Hulot, cardiologue pharmacologue et professeur à l’AP-HP (Hôpital Européen Georges Pompidou), qui coordonne le projet.
Au cours de l’étude seront effectués :
- une analyse d’imagerie cardiovasculaire, avec la technologie de Casis : développement de logiciels de scanner et d’IRM spécifiques de l’ICFEP, basés sur le deep learning (apprentissage profond) ;
- une mesure des marqueurs sanguins et urinaires des patients, avec la technologie de Firalis : développement d’un test de diagnostic innovant, CardioPanel, basé sur des marqueurs circulants ;
- pour la première fois, une mesure de la rigidité du muscle cardiaque, grâce à un appareil encore en cours de développement au sein de l’Inserm.
- Les patients seront ensuite suivis à domicile via un t-shirt connecté conçu par Bioserenity, intégrant des capteurs de mesure continue de paramètres physiologiques spécifiques à l’ICFEP pour permettre un suivi en vie réelle.
- L’algorithme de diagnostic par machine learning (apprentissage automatique) sera, lui, élaboré par Fealinx à partir de données collectées.
Selon le directeur général de Bioserenity, environ 1 pétaoctect (1 million de milliards d’octets) de données « ultra-qualifiées » sur l’ICFEP seront générées.
Une start-up sera créée pour accompagner le développement de l’appareil de mesure
Par le biais de ce projet, d’une durée estimé de 5 ans, les 4 start-ups vont avoir la possibilité de développer de nouveaux produits et de les commercialiser.
En ce qui concerne l’algorithme, il sera breveté pour être internationalisé, avec un accès payant par l’intermédiaire des licences.
De plus, une start-up sera créée pour accompagner le développement et la commercialisation de l’appareil de mesure de la rigidité du muscle cardiaque de l’Inserm.