Les grandes annonces d’Emmanuel Macron, président de la République, concernant le secteur de la santé faites à l’occasion de son discours sur l’IA le 29 mars 2018 au Collège de France sont :
• la constitution d’un hub de recherche au meilleur niveau mondial en IA en France, grâce à la mise en place d’un programme national, coordonné par l’INRIA, la création d’un programme de chaires individuelles afin d’attirer les meilleurs chercheurs mondiaux, et le doublement des capacités des formations en IA ;
• la stratégie française de développement de l’IA doit s’appuyer sur une politique volontariste en matière de données avec notamment la création du Health Data Hub, structure partenariale entre producteurs et utilisateurs des données, qui pilotera l’enrichissement continu et la valorisation du système national des données de santé ;
• l’ensemble du plan Intelligence Artificielle représentera sur le quinquennat un effort spécifique de près de 1,5Md€ de crédits publics dont près de 400M€ sous forme d’appels à projet et de défis d’innovation de rupture.
En cette journée dédiée à la question de l’intelligence artificielle, le Président de la République s’est également rendu à l’Institut Curie, centre de lutte contre le cancer qui conjugue des activités de recherche et de soin en cancérologie. Il y a rencontré cinq starts-ups du secteur de la e-santé : Owkin, BioSerenity, Rythm, Therapixel et Cardiologs.
« Grâce à l’IA, la médecine va devenir de plus en plus personnalisée »
Lors de sa visite à l’institut Curie, centre spécialisé dans la lutte contre le cancer et pionnier dans l’utilisation de l’IA et dans la numérisation des dossiers médicaux, le Président était accompagné d’Agnès Buzyn, ministre de la Santé et de Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur.
« Avec L’IA, on est à l’aube d’une révolution dans la médecine, qui va devenir de plus en plus personnalisée », a souligné Alain Livartowski, pneumologue. Mais « il est nécessaire que l’innovation soit au service du patient », a-t-il précisé, en présentant MyCurie, l’application qui est l’ interface entre le patient et l’hôpital.
L’appli MyCurie, qui permet aujourd’hui de prendre des rendez-vous ou de rédiger de comptes-rendus médicaux, permettra demain d’assurer un suivi des patients dans leur vie quotidienne afin d’individualiser les diagnostics et les traitements sur la base des découvertes permises par l’IA, tout en réduisant les contraintes (moins de visite à l’hôpital) et en améliorant l’acceptabilité des traitements.
Emmanuel Macron a ensuite rencontré les représentants de Bioserenity, qui produit des vêtements connectés dédiés à l’analyse de l’épilepsie, Rythm, start-up spécialisée dans la neurotechnologie ayant conçu un bandeau connecté suivant et analysant les ondes cérébrales en temps réel pendant le sommeil, Therapixel, qui développe des algorithmes d’intelligence artificielle capables d’augmenter le taux de détection de cancers à partir de mammographies de dépistage, Cardiologs, qui développe un outil de diagnostic médical automatique pour interpréter les électrocardiogrammes et Owkin, spécialiste d’IA qui collabore avec l’Institut Curie pour améliorer le diagnostic et le traitement de cancer.
Une série d’annonces au Collège de France
Un hub de recherche et une simplification des démarches de création de start-ups pour les chercheurs
Lors de son discours, le Président a insisté sur la compétition mondiale exacerbée autour de l’intelligence artificielle et sur l’ambition française de se situer au meilleur niveau de maîtrise d’une technologie de rupture essentielle pour la compétitivité de nos entreprises. « En la matière, l’excellence de l’école française en mathématiques et en informatique représente un atout majeur, comme en témoignent les nombreux Français occupant des postes à responsabilité dans les plus grandes entreprises mondiales en IA (Facebook, Samsung, Deepmind, etc.) », a-t-il rappelé, en exprimant la volonté de la France de constituer un hub de recherche au meilleur niveau mondial en IA grâce à la mise en place d’un programme national, coordonné par l’INRIA, et incarné par la mise en place d’un réseau emblématique d’instituts dédiés – 4 ou 5 localisations en France -, la création d’un programme de chaires individuelles afin d’attirer les meilleurs chercheurs mondiaux ou encore le doublement des capacités des formations en IA.
Cet investissement s’accompagnera d’une mise à niveau des capacités de calcul destinées à la recherche. Afin de garantir la fertilisation croisée entre public et privé et que de cette excellence de la recherche naissent de futurs champions industriels, le Président a annoncé des mesures destinées à augmenter la porosité des parcours entre recherche publique et monde industriel : simplification des démarches de création de start-ups pour les chercheurs, accélération des procédures en confiant le soin aux universitaires et organismes de contrôler la conformité aux règles du projet du scientifique et d’en appeler à la commission de déontologie uniquement lorsque cela est vraiment nécessaire, et relèvement de 20 à 50% du temps que peut consacrer un chercheur à une entité privée.
Des débats autour de l’accès aux données
La stratégie française de développement de l’IA s’appuiera sur une politique volontariste en matière de données :
- extension du service public de la donnée, avec un nombre accru de bases sur lesquelles les diffuseurs publics s’engagent sur un haut niveau de performance et de disponibilité (au nombre de 9 aujourd’hui) ;
- mise en place d’un appel à manifestation d’intérêt pour la création de plateformes de partage de données entre acteurs, par secteur ou cross-secteur ;
- ouverture pro-active mais maîtrisée de certaines données agrégées sur fonds publics : données des projets de recherche financés sur fonds publics, dans le cadre d’un plan « open science » ou encore données des opérateurs de transport à des fins de recherche et d’intérêt général.
De façon plus générale, le Président a évoqué l’ouverture d’un débat à l’échelle européenne sur l’accès aux données privées (notamment celles des très grands acteurs) et leur exploitation à des fins d’intérêt général. Le Président a insisté sur le domaine de la santé « l’un des secteurs où la France possède un »avantage comparatif significatif, eu égard à la taille critique de ses bases de données ». La base de données de l’assurance-maladie ou encore celle des hôpitaux comptent en effet parmi les plus larges du monde.
Le Président a annoncé la création du Health Data Hub pour y inclure à terme l’ensemble des données remboursées par l’assurance-maladie, les données cliniques des hôpitaux, des données de la médecine de ville et des données scientifiques issues de cohortes ; l’Institut National des Données de Santé continuera d’être le garant du respect des règles d’accès aux données de santé.
Un effort spécifique de 1,5Md€
L’Intelligence Artificielle sera le premier champ d’application du Fonds pour l’innovation et l’industrie de 10Md€ mis en place en début d’année. Sur les revenus de ce fonds, co-piloté par le Ministre de l’Économie et des Finances et la Ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, une enveloppe de 100M€ sera isolée dès cette année pour contribuer à l’amorçage et la croissance des start-ups en IA françaises.
Plus globalement, il consacrera via Bpifrance 70M€ par an à l’émergence de start-ups dites deep technology dans notre pays.
Des enjeux éthiques d’importance
Le Président a insisté, enfin, sur les enjeux sociaux, éthiques et démocratiques de l’IA. À ce titre, il a rappelé l’origine très humaine de l’intelligence artificielle et la nécessité de la programmer selon les valeurs que nous souhaitons promouvoir : un impératif de transparence, de loyauté et de légalité des algorithmes. Il a évoqué le lancement d’une réflexion au niveau mondial sur leur contrôle et leur certification.