Articles

  • Asie : l’ASEAN combat le tabagisme à l’ère de l’IA, avec une stratégie régionale unifiée

    Une coordination régionale face à 137 millions de fumeurs 

    Selon le Global Burden of Disease, plus de 526 000 décès annuels sont attribués au tabac dans la région Asie du Sud-Est. L’hétérogénéité des systèmes de surveillance et des bases de données nationales limite la prévention et le suivi des politiques de sevrage. L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) amorce une réponse à travers la mise en place d’une stratégie régionale d’IA dédiée à la lutte anti-tabac. Dans une région comptant 137 millions de fumeurs, le défi réside dans l’harmonisation des infrastructures numériques et des pratiques nationales encore disparates. 

    2,5 M$ pour intégrer l’IA au diagnostic du tabagisme 

    Soutenu par le Lowy Institute et plusieurs partenaires publics et privés — incluant des organismes gouvernementaux et des acteurs du secteur privé en Malaisie, Thaïlande et Indonésie — ce programme d’intégration de l’IA dans le diagnostic in vitro du tabagisme bénéficie d’un financement de 2,5 M $ depuis 2023 et vise à unifier la collecte et l’analyse de biomarqueurs tels que la cotinine et le CO expiré. 

    Une plateforme interconnectée pour la santé publique 

    Fondée sur la norme FHIR (Fast Healthcare Interoperability Resources) — standard international d’échange de données de santé — la plateforme régionale relie laboratoires et hôpitaux pour : 

    • Intégrer en temps réel les résultats biologiques ; 
    • Croiser les données douanières et commerciales pour détecter les flux illicites ; 
    • Exploiter le traitement automatique du langage afin d’identifier la publicité tabagique numérique ; 
    • Personnaliser les programmes de sevrage via une application mobile ; 
    • Fournir une aide à la décision clinique fondée sur l’analyse croisée des données biologiques et comportementales. 

    Interopérabilité et projets pilotes en ligne de mire 

    Pour devenir pleinement opérationnelle, cette IA devra surmonter plusieurs obstacles : standardisation des formats de données, interopérabilité entre systèmes nationaux et projets pilotes multi-pays (Malaisie, Thaïlande, Indonésie). Une étape clé pour faire de la convergence numérique un levier durable de santé publique, en cohérence avec les recommandations de l’OMS. 

     

  • IA générative en santé : la HAS formalise la méthode A.V.E.C pour les professionnels de santé

    La HAS définit un cadre méthodologique pour l’IA générative

    La Haute Autorité de santé (HAS) publie le 30 octobre 2025 son premier guide sur l’usage de l’intelligence artificielle (IA) générative dans le domaine de la santé. Les systèmes tels que Mistral AI, CoPilot ou ChatGPT deviennent fréquents parmi les soignants et gestionnaires. Le document vise à en encadrer les usages tout en sécurisant les pratiques. Les technologies d’IA générative produisent automatiquement texte, images ou audio à partir de requêtes. Dans les structures de santé, leurs applications vont de la transcription de consultations à la création de documents pédagogiques, en passant par la veille scientifique. Ces usages séduisent par les gains de temps et l’aide à la communication, mais exposent à des risques : erreurs factuelles, atteintes à la confidentialité et absence d’évaluation de la pertinence des contenus générés.

    La méthode A.V.E.C. pour structurer les pratiques professionnelles

    Le guide de la HAS repose sur quatre lignes directrices intitulées A.V.E.C. Ce cadre didactique s’adresse à tous les professionnels, quel que soit leur niveau de maîtrise.

    • Apprendre : comprendre le fonctionnement de l’IA générative, se former à la confidentialité et tester les outils en conditions réelles.
    • Vérifier : contrôler la qualité des requêtes et du contenu produit, éviter le partage de données sensibles et conserver des productions sans IA.
    • Estimer : évaluer dans le temps la pertinence de l’outil au regard des besoins et de l’efficacité organisationnelle.
    • Communiquer : échanger avec ses pairs et les patients sur l’usage de l’IA dans une logique de transparence et d’amélioration continue.
      Cette méthode vise à renforcer la confiance et la maîtrise des outils, tout en favorisant une approche collective et réflexive.

    Un socle pour le futur cadre de confiance de la HAS

    Le guide « Premières clefs d’usage de l’IA générative en santé » constitue la première brique du cadre de confiance élaboré par la HAS pour les dispositifs médicaux numériques à usage professionnel. Ce cadre s’inscrit dans une stratégie plus large de régulation et de certification des systèmes d’intelligence artificielle. D’autres productions sont en préparation comme :

    • Une fiche dédiée aux usagers de l’IA générative,
    • Des recommandations pour accompagner les établissements de santé dans la mise en œuvre sécurisée de ces technologies
    • Et une note de cadrage rédigée en partenariat avec la Commission nationale de l’information et des libertés (CNIL).

    L’objectif est de promouvoir une utilisation éclairée, raisonnée et conforme aux obligations légales.

  • Convergence mondiale des dépenses en médicaments à 15% des dépenses de santé (rapport IQVIA)

    • Les médicaments représentent en moyenne 15% des dépenses totales de santé dans 12 pays à revenu élevé en 2022 (OMS, OCDE).
    • Cette proportion est stable depuis vingt ans, avec un écart réduit entre 9% et 20%, signe d’une convergence internationale.
    • Les États-Unis enregistrent les dépenses pharmaceutiques par habitant les plus élevées au monde, en raison de prix moyens très supérieurs et de mécanismes de remboursement complexes.
    • Les pays aux dépenses globales de santé plus faibles présentent une part médicamenteuse plus élevée, soulignant une corrélation inverse.
    • Les politiques de régulation des prix et la négociation publique expliquent la stabilité des parts au Royaume-Uni et au Canada.
    • Au Japon et en Corée du Sud, la part dépasse 19%, reflet d’une plus grande dépendance aux traitements pharmaceutiques.

    Les dépenses en médicaments représentent 15% des dépenses de santé mondiales

    L’analyse s’appuie sur les données normalisées du Système des comptes de la santé (SHA) de l’Organisation mondiale de la santé et de l’OCDE. Elle corrige les statistiques officielles en intégrant les dépenses pharmaceutiques non comptabilisées dans les hôpitaux. Les résultats établissent que les médicaments représentent en moyenne 15% des dépenses totales de santé dans 12 pays à revenu élevé, une proportion stable depuis deux décennies. En 2022, la part varie entre 9% et 20%, contre 9% à 28% en 2000, témoignant d’une convergence des tendances.

     

    Royaume-Uni et Canada : respectivement 9% et 11%, part la plus faible et stabilité sur deux décennies

    Le Royaume-Uni affiche la part la plus faible de dépenses en médicaments, avec 9% des dépenses totales de santé, soit environ 656 dollars par habitant. Le Canada se situe à un niveau comparable avec 11% et 765 dollars par habitant. Ces niveaux demeurent quasiment inchangés depuis l’an 2000. La stabilité observée s’explique par des politiques de régulation des prix, une forte négociation publique et un accès encadré aux innovations thérapeutiques.

    Japon et Corée du Sud : une part plus élevée liée à un niveau global de dépenses plus bas

    Les pays qui consacrent une part plus importante de leurs dépenses de santé aux médicaments dépensent globalement moins pour leur système de santé. Le Japon et la Corée du Sud enregistrent des parts supérieures à la moyenne, proches de 20%. Cette corrélation inverse traduit un modèle où les systèmes de soins concentrent davantage de ressources sur les traitements médicamenteux que sur les prestations hospitalières ou de soins primaires.

    États-Unis : dépenses pharmaceutiques les plus élevées au monde

    Les États-Unis restent le pays où les dépenses pharmaceutiques sont les plus élevées, tant en volume global qu’en valeur par habitant. Ce niveau s’explique par le prix moyen des médicaments, la large diffusion des innovations thérapeutiques et des mécanismes de remboursement complexes. Les rabais et remises, souvent non transparents, limitent la comparabilité directe avec d’autres pays.

    Convergence mondiale vers une part stable de 15% des dépenses de santé

    Depuis 2000, la part des dépenses pharmaceutiques s’est stabilisée entre 15% et 17% des dépenses totales de santé. Cette constance reflète une convergence structurelle entre systèmes de santé, malgré des approches et priorités différentes. L’étude souligne néanmoins que les mécanismes de prix, de remises et d’accès restent hétérogènes, empêchant toute évaluation normative de la part optimale de dépenses pharmaceutiques.

    IQVIA – Drug Expenditure Dynamics 2000–2022 – Understanding Medicine and Healthcare Spending in Context Oct 21, 2025
  • Une IA pour la détection précoce de la septicémie pédiatrique

    Une mortalité infantile encore comprise entre 15 % et 25 %

    La septicémie reste l’une des principales causes de décès infantiles dans le monde, avec plus de trois millions de cas sévères chaque année et une mortalité variant de 15 % à 25 % selon l’Organisation mondiale de la Santé. Les approches diagnostiques traditionnelles reposent sur des critères biologiques et cliniques souvent tardifs, entraînant des retards de prise en charge. Ces limites justifient le recours à des outils capables de détecter précocement les situations à risque avant toute défaillance organique.

    • Une sensibilité réduite des critères actuels.
    • Un délai diagnostique entraînant des complications sévères.
    • Une absence de prédiction précoce fiable.

    Des modèles prédictifs d’IA intégrés dans les flux hospitaliers

    Des équipes de la Northwestern University et du Lurie Children’s Hospital à Chicago (Illinois, États-Unis) ont développé des modèles d’intelligence artificielle exploitant les Phoenix Sepsis Criteria et les quatre premières heures de données issues des dossiers médicaux électroniques (DME). Entraînés sur les dossiers de cinq hôpitaux du réseau PECARN, ces modèles permettent d’identifier les enfants à risque avant l’apparition d’une défaillance organique avec :

    • Une prédiction individualisée du risque de septicémie.
    • Une réduction des faux positifs grâce à l’équilibrage sensibilité/spécificité.
    • Un outil d’aide à la décision intégré au flux clinique.

    Une cohorte rétrospective de 135 621 enfants sur trois sites universitaires

    De janvier 2024 à mars 2025, une équipe interdisciplinaire de 15 biostatisticiens, urgentistes et informaticiens médicaux a conduit une étude rétrospective multicentrique sur 135 621 patients pédiatriques (≈ 700 000 observations issues des DME). Les chercheurs ont comparé plusieurs modèles : régression logistique régularisée, gradient boosting et réseaux de neurones récurrents appliqués à la prédiction du risque de sepsis.

    Des performances robustes et une validation multicentrique

    Les résultats, publiés dans le JAMA Network Open, montrent une capacité discriminante élevée entre enfants à risque et non à risque avec :

    • Une sensibilité : 80 % pour la détection précoce.
    • Une spécificité : > 80 %, limitant les interventions inutiles.
    • Une validation sur plusieurs milliers de dossiers médicaux électroniques.

    Cet outil prédictif unifié, déployable dans toutes les unités pédiatriques, pourrait réduire les événements critiques non reconnus et optimiser la continuité des soins. Les prochaines étapes incluent une intégration clinique à grande échelle et des essais prospectifs multicentriques aux États-Unis.

     

  • Etude : une méthode pour adapter les grands modèles d’IA avec moins de paramètres

    Des ingénieurs de l’université de Californie à San Diego ont mis au point une méthode pour adapter les grands modèles d’IA à de nouvelles tâches avec beaucoup moins de données et nécessitant moins de puissance de calcul. Publiés en août 2025 dans la revue Transactions on Machine Learning Research, les résultats de cette étude* pourraient accélérer la découverte de médicaments et démocratiser l’IA en santé.

    Les grands modèles de langage utilisés pour les chatbots ou la modélisation des protéines reposent sur des milliards de paramètres. Leur ajustement complet demande une puissance de calcul considérable et comporte un risque de surapprentissage, lorsque le modèle « mémorise » les données plutôt que d’en saisir les mécanismes. Pour contourner ces obstacles, l’équipe de chercheurs dirigée par Pengtao Xie (Université de Californie à San Diego) a imaginé une méthode « plus intelligente » qui n’ajuste que les parties du modèle qui comptent le plus. L’objectif : rendre possible la personnalisation des IA par de petites structures de recherche, sans infrastructure lourde.

    Réentraîner les modèles sans repartir de zéro

    L’approche, baptisée BiDoRA (Bi-level Optimization-Based Weight-Decomposed Low-Rank Adaptation), repose sur un principe simple : « Plutôt que de réentraîner un modèle complet à partir de zéro, nous mettons à jour uniquement les parties essentielles », explique Pengtao Xie. Concrètement, l’algorithme identifie les zones les plus pertinentes du réseau et ajuste une version simplifiée de ces paramètres, réduisant ainsi drastiquement le volume de calcul nécessaire. L’équipe a appliqué cette méthode à des modèles de langage des protéines, utilisés pour prédire leurs propriétés biologiques, dans deux cas :

    • La capacité de certains peptides à traverser la barrière hémato-encéphalique
    • La résistance des protéines à la chaleur, un facteur clé dans la conception de biothérapies stables.

    L’étude a été publiée en août 2025 dans la revue Transactions on Machine Learning Research.

    Résultats : une économie significative de paramètres

    • Sur la première tâche, BiDoRA a obtenu une précision supérieure aux méthodes classiques tout en utilisant 326 fois moins de paramètres.
    • Sur la seconde, elle a égalé la performance d’un ajustement complet avec 408 fois moins de paramètres.

    Les chercheurs soulignent que leur méthode est à la fois plus flexible et meilleure pour généraliser ce qu’elle apprend, notamment lorsque les jeux de données sont restreints. « Notre méthode permet même à de petites équipes de recherche ou à des start-ups disposant de moyens et de puissance de calcul limités d’adapter de grands modèles d’IA à leurs besoins spécifiques », précise Pengtao Xie. « C’est une étape vers la démocratisation de l’intelligence artificielle. »

    Pour la santé, l’impact pourrait être majeur. BiDoRA permettrait à des laboratoires hospitaliers ou universitaires d’entraîner leurs modèles sur place, sans transférer de données sensibles ni dépendre d’infrastructures extérieures. Elle pourrait aussi accélérer la recherche pharmaceutique, en rendant possible la modélisation rapide de protéines thérapeutiques à partir de petits jeux de données expérimentales. Enfin, la réduction de puissance de calcul — multipliée par plusieurs centaines — contribuerait à diminuer l’empreinte carbone des travaux en IA biomédicale. Mais les auteurs rappellent qu’une IA plus accessible devra aussi être mieux encadrée : « La démocratisation de ces outils doit aller de pair avec des efforts continus en matière de sécurité, de transparence et de fiabilité. »

    Vers une IA plus « frugale »

    Cette avancée s’inscrit dans un mouvement plus large de « frugalisation » de l’intelligence artificielle, qui vise à rendre les modèles plus économes et plus adaptés aux réalités du terrain. En santé, où les données sont rares et la puissance de calcul limitée, ces innovations pourraient transformer la manière dont les équipes conçoivent et déploient leurs outils d’IA — en leur permettant de créer et d’ajuster leurs modèles sans dépendre des géants du numérique.

    * BiDoRA: Bi-level Optimization-Based Weight-Decomposed Low-Rank Adaptation

    Peijia Qin, Ruiyi Zhang, Pengtao Xie

    https://openreview.net/forum?id=v2xCm3VYl4

     

  • Numérique en santé : six nouveaux membres pour la commission de référencement de Mon Espace Santé

    Six membres issus de secteurs complémentaires et une instance rattachée au ministère et à la DNS

    Créée pour évaluer les services et outils numériques souhaitant rejoindre le catalogue de Mon Espace Santé, la commission de référencement évolue au sein d’un environnement réglementaire renouvelé. L’arrêté du 2 octobre 2025, publié au Journal officiel du 26 octobre, redéfinit sa composition et renforce son rôle dans la stratégie nationale du numérique en santé.

    La commission rassemble désormais six membres, représentant l’ensemble des composantes du numérique en santé.

    • Mme Fany Boucehaba et M. Frédéric Bernard siègent en qualité de membres du comité citoyen associé à la gouvernance du numérique en santé.
    • M. Claude Chaumeil représente les usagers, mandaté par l’Union nationale des associations agréées d’usagers du système de santé (UNASS).
    • La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) est représentée par Mme Margo Bernelin, spécialisée en éthique et protection des données personnelles.
    • Le Collège de médecine générale délègue M. Philippe Szidon, qui apporte une expertise de la e-santé et des pratiques médicales.
    • M. Éric Poiseau, du Groupement d’intérêt public prévu à l’article L.1111-24 du Code de la santé publique, apporte ses compétences en interopérabilité et normalisation.
    • Enfin, M. Nicolas Bonnet, représentant du Secrétariat général pour l’investissement, contribue par sa connaissance du développement économique du secteur numérique.

    Un dispositif aligné sur le référentiel V3

    Cette nouvelle nomination s’inscrit dans le prolongement de l’arrêté du 19 juin 2025 ayant introduit le référentiel V3 des services numériques de santé. Entré en vigueur à l’été 2025, ce texte a redéfini les critères de référencement autour de trois axes : sécurité, interopérabilité, éthique.Le référentiel V3 exige également un suivi continu des services déjà présents dans le catalogue. La commission, recomposée dans ce contexte, aura pour mission d’en garantir l’application homogène et d’assurer la cohérence du portefeuille de services accessibles via Mon Espace Santé.

    Une étape dans la maturation du cadre e-santé national

    Le renouvellement de la commission marque une nouvelle phase de structuration du dispositif Mon Espace Santé. Il traduit un objectif de transparence et de représentativité dans la sélection des services.
    Cette évolution s’inscrit dans une stratégie de long terme portée par la Délégation du numérique en santé, visant à renforcer la qualité et la confiance au sein de l’écosystème. En combinant expertise citoyenne, médicale et technique, la gouvernance du numérique en santé consolide son rôle dans la transformation structurelle du système de santé français.

    Sources

    • Arrêté du 2 octobre 2025 fixant la composition de la commission de référencement des services et outils numériques de Mon Espace Santé. JORF n°253 du 26 octobre 2025.
    • Arrêté du 19 juin 2025 relatif au référentiel V3 du dispositif de référencement des services numériques de santé.
  • Healthtech européenne : 2025 marque un écart de financement de 4,5 pour 1 entre le Royaume-Uni et la France

    1,81 milliard $ levé au Royaume-Uni contre 393 M € en France : un déséquilibre quantitatif, mais des priorités convergentes

    Le rapport entre les montants investis dans la healthtech britannique et française illustre la différence de maturité des deux écosystèmes. Outre-Manche, quinze entreprises ont mobilisé 1,81 milliard de dollars en 2025, quand les start-ups françaises ont collecté 393 millions d’euros sur la même période. Pourtant, derrière cet écart, les deux pays poursuivent des objectifs similaires : consolider la donnée de santé comme actif stratégique, accélérer l’intégration de l’intelligence artificielle et rapprocher la recherche du soin. La différence tient surtout à la concentration des capitaux : cinq entreprises britanniques captent plus de 70 % du total levé, contre un tissu français beaucoup plus fragmenté mais très varié technologiquement.

    Cinq méga-levées britanniques : 73 % du capital concentré sur des acteurs d’IA et de robotique

    Le marché britannique s’est structuré autour d’un petit nombre d’entreprises déjà proches de la phase industrielle. Isomorphic Labs (600 M $), filiale d’Alphabet, s’impose comme un cas emblématique : sa levée record pour l’IA de découverte de médicaments traduit l’industrialisation du modèle AlphaFold 3. Verdiva Bio (411 M $) développe un traitement oral GLP-1 pour l’obésité et les troubles cardiométaboliques, tandis que CMR Surgical (200 M $) poursuit l’expansion mondiale de son robot chirurgical Versius. Cera (150 M $) et BenevolentAI (150 M $) complètent ce groupe de tête. Ces cinq opérations concentrent plus de 1,5 milliard $ à elles seules : une polarisation qui témoigne d’une logique d’échelle et d’un positionnement global.

    En France, 24 M € pour Median Technologies et 15 M € pour One Bioscience : la consolidation par la science

    La dynamique française, repose sur la valorisation de la recherche académique et la montée en puissance des spin-offs. Median Technologies (24 M €) renforce son développement dans l’imagerie oncologique et l’intelligence artificielle pour le dépistage précoce. One Bioscience (15 M €), issue de l’Institut Curie, applique l’IA à la biologie moléculaire. Autour de ces leaders gravitent des structures plus jeunes comme ArcaScience (7 M $) ou VitaDX (1,5 M €), qui prolongent la tradition française de recherche translationnelle. Leur point commun : transformer l’expertise scientifique nationale en applications industrielles, dans un contexte où les volumes de financement restent inférieurs mais la qualité scientifique élevée.

    70 % des fonds britanniques dirigés vers l’IA et la robotique ; en France, 60 % vers la donnée clinique et la télésurveillance

    En 2025, sept entreprises britanniques sur quinze font de l’intelligence artificielle leur cœur technologique : Isomorphic Labs, BenevolentAI, Healx, Ultromics, MyWay Digital Health, Level Zero Health et Sano Genetics. Leur champ d’application va de la découverte de médicaments à la cardiologie et la santé hormonale. Au contraire, la France oriente la majorité de ses fonds (environ 60 %) vers la donnée de santé, la coordination et la télésurveillance : RDS (14 M €), Rofim (10 M €) ou Codoc en sont les exemples phares. Les deux pays convergent cependant sur une même idée : la santé numérique n’est plus un outil accessoire, mais une infrastructure de soin.

    Essais cliniques et médecine de précision : un avantage de rapidité britannique

    Les solutions britanniques liées aux essais cliniques illustrent un modèle plus intégré entre recherche et industrie. Lindus Health (55 M $) revendique des essais trois fois plus rapides que les approches traditionnelles grâce à sa plateforme Citrus, et Sano Genetics (11,4 M $) combine tests génétiques et engagement patient. En France, l’équivalent se développe sous forme de collaborations entre hôpitaux et start-ups, encore limitées en volume. Là où le Royaume-Uni capitalise sur la flexibilité réglementaire du NHS et la disponibilité de données anonymisées, la France s’appuie sur une politique plus prudente de protection et d’accès encadré.
    Résultat : deux vitesses, mais une même trajectoire vers la médecine de précision.

    Soins à domicile et prévention : Cera, Simple Life et Numan d’un côté ; RDS et Solence de l’autre

    Les plateformes de prévention et de suivi personnalisés constituent un terrain de rencontre entre les deux pays. Au Royaume-Uni, Cera (150 M $) s’impose comme acteur des soins à domicile : 60 000 visites quotidiennes et une réduction de 70 % des hospitalisations évitables grâce à l’IA prédictive. Simple Life (35 M $) et Numan (55 M $) démocratisent la santé numérique du quotidien, en matière de poids, de métabolisme et de bien-être sexuel. En France, la même tendance prend la forme de solutions ciblées : RDS pour la télésurveillance cardiaque et Solence (1,6 M €) pour la santé hormonale féminine. Les montants diffèrent, mais l’objectif reste commun : déplacer la prévention du champ médical vers l’usage numérique de proximité.

    Femtech et santé hormonale : 6,9 M $ levés à Londres, 3,2 M € à Paris

    Le segment de la femtech illustre une convergence récente. Le britannique Level Zero Health (6,9 M $) a conçu un dispositif de surveillance hormonale continue, tandis que les Françaises MovaLife et Solence ont réuni 1,6 M € chacune. Les montants restent modestes, mais ces opérations traduisent la reconnaissance d’un champ de recherche longtemps sous-investi. Pour la première fois, les deux écosystèmes financent des innovations centrées sur la santé des femmes, souvent à la croisée de la biotechnologie, du wearable et des thérapies digitales.

    Robotique et réalité augmentée : 200 M $ pour CMR Surgical contre des montants encore limités en France

    La robotique médicale demeure le domaine où l’écart de maturité est le plus marqué. Avec CMR Surgical (200 M $) et Strolll (13 M $), le Royaume-Uni dispose d’une véritable filière exportatrice, couvrant chirurgie et rééducation neurologique. Les entreprises françaises, encore à un stade expérimental, se concentrent sur des niches : MovaLife en femtech robotisée ou Austral DX (2,5 M €) pour le diagnostic pulmonaire et cardiaque. Cet écart reflète des stratégies différentes : l’une s’appuie sur une base industrielle déjà constituée, l’autre sur une volonté de rattrapage technologique à partir de la recherche publique.

    Un investissement britannique concentré sur Londres (9 entreprises sur 15) ; une géographie française plus éclatée

    La géographie de la healthtech traduit la structure de chaque économie. Au Royaume-Uni, Londres concentre neuf entreprises sur quinze, avec des extensions vers Cambridge et Oxford. Cette centralisation facilite l’accès au capital-risque et aux partenariats internationaux. La France, en revanche, répartit ses levées entre Paris, Lyon, Marseille, Lille et plusieurs écosystèmes régionaux. La logique est ici celle d’un maillage territorial, où les clusters hospitalo-universitaires jouent un rôle d’incubateur. L’uniformité britannique accélère la visibilité, mais la dispersion française favorise la spécialisation et la résilience.

    Des politiques publiques contrastées, mais une même orientation vers la donnée de santé

    Les choix de financement reflètent deux cadres d’action. Le Royaume-Uni favorise l’investissement privé massif avec le soutien ponctuel d’institutions publiques, alors que la France s’appuie sur une politique d’État d’appui à la transformation numérique du système de santé. L’initiative “Mon Espace Santé”, les dispositifs de remboursement de la télésurveillance et le rôle de Bpifrance traduisent une approche planifiée de la transition numérique. Le modèle britannique, plus agile, repose sur la compétitivité internationale ; le modèle français, sur la cohérence du parcours de soins. Les deux convergent toutefois vers une même priorité : la gouvernance de la donnée comme fondement de la souveraineté sanitaire.

    Une lecture commune : la donnée devient le socle d’une santé prédictive européenne

    Au-delà des écarts de volumes, 2025 montre que la healthtech britannique et française avancent vers une même transformation : passer d’une innovation centrée sur la technologie à une infrastructure de santé pilotée par la donnée. Les start-ups britanniques démontrent la capacité d’industrialiser rapidement l’IA médicale ; les Françaises, celle de l’intégrer durablement dans les parcours cliniques. L’équilibre entre ces deux approches pourrait constituer la base d’un modèle européen spécifique, conciliant performance, régulation et impact clinique.

  • 92,9 millions levés au T3, 2ème plus bas niveau en 5 ans

    92,9 millions d’euros levés par 14 entreprises au troisième trimestre 2025

    Cela fait du troisième trimestre un des plus faibles depuis 5 ans, autant en termes de montants levés que d’opérations. On remarque également le montant moyen levé pour l’année 2025 est actuellement à 393 millions contre 606 millions à la même période l’année précédente. Cette situation amène deux hypothèses, soit les entreprises françaises de santé numérique auraient moins besoin de fonds cette année que les précédentes, soit il leur est plus difficile de lever des fonds. Au vu du rythme des innovations du marché et de la concurrence, la seconde option est la plus probable. La moyenne du montant levé par entreprise est de 6.6 millions, cela cache de fortes disparités, la médiane étant, elle, de 3,1 millions d’euros.

    L’IA : nettement majoritaire mais pas monopolistique

    Si l’IA dépasse les deux tiers des montants levées, il reste une part non négligeable pour d’autres technologies. On peut notamment évoquer RDS et son produit MultiSense, un dispositif de télésurveillance médicale de classe IIa, marqué CE, qui permet de surveiller différentes variables physiologiques clés des patients comme la saturation en oxygène ou la fréquence cardiaque et respiratoire. Ou la solution de Rofim, une plateforme de télémédecine développée pour faciliter la collaboration entre professionnels de santé, qu’ils exercent à l’hôpital ou en ville. Elle regroupe plusieurs modules comme la téléexpertise, le partage d’imagerie médicale et de dossiers patients.

    44% des fonds pour l’oncologie, les Femtechs toujours présentes

    Domaine thérapeutique présent pour le troisième trimestre consécutif, l’oncologie occupe ce trimestre la première place avec 40,5 millions levés, 24 millions par Median Technologies, 15 millions par One Bioscience et 1.5 millions par VitaDx. Median technologies développe Eyonis LCS, qui permet le dépistage précoce du cancer du poumon via son logiciel d’imagerie médicale assistée par intelligence artificielle. Median Technologies ne commercialise pas encore ses logiciels en France, dans l’attente du marquage CE qui devrait advenir début 2026. One Biosciences, spin-off de l’Institut Curie, utilise le séquençage en cellule unique combinée à l’intelligence artificielle pour adapter le traitement anti-cancer de chaque patient. VitaDx combine l’imagerie médicale, en particulier la fluorescence, et l’intelligence artificielle, pour analyser des cellules issues d’échantillons urinaires. Sa solution phare, VisioCyt® Bladder, détecte le cancer de la vessie (sensibilité 80,9% spécificité à 75%) via un échantillon d’urine, permettant un test non-invasif et reproductible, marqué CE IVDR.

     

  • Levée de fonds et santé numérique : un troisième trimestre 2025 en net repli

     

    📌Levées de fonds en santé numérique : un T3 2025 au plus bas depuis cinq ans avec seulement 92,9 M€ récoltés

    cet baisse du troisième trimestre porte les montants levés à 393 millions en 2025 contre 606 millions à la même période l’an dernier.  Quatorze opérations ont été enregistrées, pour une moyenne de 6,6 millions d’euros mais une médiane de 3,1 millions. L’intelligence artificielle concentre plus des deux tiers des montants levés, mais l’oncologie reste le domaine leader avec 44 % des fonds, dont 40,5 millions distribués principalement à Median Technologies, One Biosciences et VitaDx.

    👉 Plus de détails sur « 92,9 millions levés au T3, 2ème plus bas niveau en 5 ans – Health & tech ».

     

    📌T3 2025 : seules Median Technologies et Rofim lèvent plus de 10 M€

    Le troisième trimestre 2025 marque un net recul pour les startups françaises du numérique en santé, avec seulement 92,9 millions d’euros levés, soit trois fois moins qu’à la même période en 2024 (260 M€) et une baisse de plus de 60 % par rapport au montant exceptionnel soulevé grâce à Alan l’an dernier. Si Median Technologies est la seule à franchir le seuil des 20 millions, la plupart des opérations (8 sur 14) n’ont pas dépassé les 5 millions d’euros, aucun financement inférieur au million n’a été enregistré et la majorité des investisseurs se sont montrés prudents durant l’été. Malgré ce repli, le niveau des levées reste supérieur à celui de 2023 et illustre une adaptation du marché, moins soutenu, mais toujours dynamique sur certains créneaux.

    👉 Plus de détails sur «Levées de fonds : avec 92,9M € levés pour les entreprises du numérique en santé françaises, le T3 2025 fait presque trois fois moins bien que le T3 2024 – Health & tech ».

     

    📌Cinq entreprises en développement font l’actualité

    En 2025, cinq sociétés françaises — Median Technologies, Diabeloop, VitaDX, GeodAIsics–Horiba et Weda–Nabla — illustrent l’accélération de la structuration du secteur de la santé numérique, portée par des levées de fonds majeures et la conquête de jalons réglementaires essentiels. Median Technologies vise un marché potentiel de plus de 10 milliards de dollars aux États-Unis pour le dépistage du cancer du poumon, Diabeloop équipe désormais plus de 12 000 patients européens en solutions automatisées, tandis que VitaDX consolide son avancée dans la surveillance non invasive des tumeurs de vessie avec l’appui de la Haute Autorité de Santé. Les alliances stratégiques, comme le partenariat GeodAIsics-Horiba pour le diagnostic intelligent et celui entre Weda et Nabla pour l’automatisation médicale, révèlent une dynamique forte, où l’IA et l’innovation sont au cœur des trajectoires, du financement à l’intégration clinique.

    👉 Plus de détails sur « 5 entreprises innovantes à l’assaut du marché (chiffres-clés, levées de fonds et stratégies) – Health & tech».

     

    📌Santé numérique : deux modèles européens, entre industrialisation britannique et structuration française

    En 2025, le marché européen de la healthtech dessine deux trajectoires opposées : au Royaume-Uni, la majorité des fonds se concentre sur un petit groupe d’entreprises de taille industrielle, spécialisées dans l’IA et la robotique médicale, tandis que la France favorise la diversité sectorielle et la valorisation de la recherche académique à travers ses spin-offs. Outre-Manche, la polarisation du capital facilite l’émergence rapide d’acteurs mondiaux, alors que l’écosystème français se distingue par la fragmentation de ses levées et un maillage territorial dense. Les deux pays convergent tout de même sur des objectifs stratégiques : accélérer l’usage des données de santé et l’intégration de l’intelligence artificielle dans le système de soins, en faisant de la santé digitale une infrastructure essentielle

    👉 Plus de détails sur « Healthtech européenne : 2025 marque un écart de financement de 4,5 pour 1 entre le Royaume-Uni et la France – Health & tech».

     

    📌Santé numérique : Healthy Mind accélère au Royaume-Uni, Norgine étoffe son offre et Cegedim restructure

    Le troisième trimestre 2025 a été marqué par des mouvements majeurs dans la santé numérique : Healthy Mind a franchi une étape stratégique en s’implantant au Royaume-Uni par l’acquisition de Rescape Innovation, étoffant désormais la bibliothèque immersive la plus riche du marché avec plus de 200 environnements virtuels destinés à la gestion de la douleur et du stress. Norgine a finalisé le rachat de Theravia, renforçant sa présence dans les maladies rares grâce à une intégration structurée sur plusieurs marchés. Pendant ce temps, Cegedim réorganise sa branche logicielle pharmacie, supprime une centaine de postes et mise sur ses autres segments pour soutenir sa croissance, dans un contexte de performances globales en demi-teinte. Le secteur illustre ainsi sa capacité d’adaptation, à la fois par l’innovation, la consolidation et la gestion des équilibres sociaux.

    👉 Plus de détails sur «T3 2025 : Acquisitions pour Healthy Mind et Norgine, restructuration chez Cegedim – Health & tech ».

    Visuel de synthèse levées de fonds T3 @HTI
  • 5 entreprises innovantes à l’assaut du marché (chiffres-clés, levées de fonds et stratégies)

    La transformation numérique du secteur de la santé s’accélère, portée par l’émergence d’entreprises innovantes qui intègrent l’intelligence artificielle (IA) dans le diagnostic, la prise en charge et la gestion médicales. L’objectif de cet article est de dresser un état des lieux factuel des sociétés ayant récemment levé des fonds ou franchi des étapes réglementaires majeures tout en analysant leur évolution stratégique. L’analyse s’appuie exclusivement sur cinq entreprises :

    Ces acteurs, issus de contextes variés – biotechnologies, dispositifs médicaux, logiciels cliniques et plateformes d’intelligence artificielle – incarnent à la fois la diversité et la structuration du secteur au niveau national et européen.

    Contexte général et dynamique du marché

    La digitalisation des services de santé et l’introduction de l’IA transforment les pratiques cliniques, en particulier sur :

    • le dépistage précoce ;
    • l’optimisation des parcours de soins ;
    • la réduction de la charge administrative.

    Ces avancées, portées par des sociétés à fort potentiel d’innovation, s’accompagnent d’une dynamique intense de levées de fonds et d’alliances stratégiques, illustrant la consolidation du secteur.

    La taille du marché et le potentiel économique sont régulièrement précisés dans les dossiers réglementaires et les communications institutionnelles. À titre d’exemple, Median Technologies estime à plus de 10 milliards de dollars le marché annuel potentiel du dépistage du cancer du poumon assisté par IA aux États-Unis, considérant une population éligible de 14,5 millions de personnes et un remboursement potentiel de 650 $ par acte. La structuration à l’échelle européenne s’appuie également sur le déploiement de nouveaux programmes de dépistage, comme le montrent les initiatives de Diabeloop et VitaDX.

    Panorama des entreprises innovantes et de leurs trajectoires

    Median Technologies

    Median Technologies est une société française cotée sur Euronext Growth, qui déploie en France, aux États-Unis et en Chine une suite logicielle (eyonis® LCS) dédiée au diagnostic précoce des cancers par IA. En mai 2025, la société a soumis une demande d’autorisation 510(k) à la FDA pour le dispositif eyonis® LCS, fondée sur les résultats positifs des deux études pivots, REALITY et RELIVE (AUC de 0,904 ; amélioration statistiquement significative de la précision diagnostique avec IA). La finalisation de l’étude REALITY (ClinicalTrials.gov : NCT06576232) et RELIVE (NCT06751576) conditionne la commercialisation et le remboursement sur les principaux marchés. Median vise donc un accès au marché américain au troisième trimestre 2025 avec une extension européenne prévue depuis juin.

    Tableau 1. Chiffres-clés Median Technologies

    Indicateur Valeur
    Population ciblée (US) 14,5 millions
    Marché potentiel annuel (US) > 10 milliards USD
    Remboursement potentiel par acte 650 USD
    Aire sous la courbe (REALITY) 0,904
    Statut réglementaire Demande FDA + CE prévue

    👉 Median Technologies : 37,5 M€ de la BEI pour lancer eyonis en Europe et aux US

    Diabeloop

    Diabeloop, entreprise basée en France, a obtenu en août 2025 la certification CE MDR (Règlement européen sur les dispositifs médicaux, MDR 2017/745) pour son système de délivrance automatisée d’insuline DBLG2. Ce système hybride en boucle fermée, fondé sur l’algorithme DBLG1 (démontré sur plus de 12 000 patients européens), optimise la gestion du diabète de type 1 et propose une interface sur smartphone, en réponse directe aux besoins utilisateurs. Le lancement progressif débute en Allemagne et aux Pays-Bas, avant extension à la France, avec intégration de partenaires technologiques majeurs (pompe Kaleido/Vicentra, capteur CGM Dexcom G6/7). Un dossier de soumission à la FDA est finalisé pour l’accès au marché américain.

    Tableau 2. Indicateurs de performance Diabeloop

    Indicateur Valeur
    Nombre de patients équipés > 12 000
    Gain sur temps dans cible +17,3 points
    Gain en heures/jour +4,1 h/jour
    Taux de satisfaction (2025) 86%
    Dernièrement,  par jugement du Tribunal de Commerce de Grenoble du 21 octobre 2025, publié au Bodacc le 5 février 2025, la société Diabeloop a fait l’objet d’une ouverture de procédure de sauvegarde. Cette démarche judiciaire, déclarée sur le registre du commerce et des sociétés, intervient dans un contexte de restructuration financière destinée à permettre à l’entreprise de poursuivre son activité et de préserver ses emplois.

    VitaDX

    VitaDX, fondée en 2015, développe et commercialise VisioCyt® Bladder, une solution de cytologie urinaire digitalisée et assistée par IA, dédiée à la surveillance des tumeurs de vessie non invasives. L’avis favorable de la Haute Autorité de Santé du 5 juin 2025 ouvre la voie à une prise en charge dérogatoire via le dispositif RIHN 2.0, conditionnée à la collecte de données cliniques sur 2 000 patients au sein du registre TVNIM. Cette étape stratégique préfigure un remboursement en droit commun et illustre l’impact des innovations technologiques sur la qualité de vie des patients. VitaDX se positionne également sur le diagnostic du cancer thyroïdien.

    👉Pfizer et WILCO sélectionnent 6 nouvelles startups pour accélérer l’innovation en santé numérique

    GeodAIsics et Horiba

    En septembre 2025, GeodAIsics (Grenoble) et Horiba (acteur international en analyse hématologique) ont annoncé un partenariat stratégique pour la détection précoce des sepsis et SIRS grâce à l’intégration d’une IA générative propriétaire (Generative Manifold Learning) dans les automates Yumizen H1500/2500/H500. Les performances préliminaires du module IA montrent une sensibilité et une spécificité > 80 % sur données réelles. La première version logicielle est attendue pour validation clinique en 2025. Ce partenariat illustre la capacité des PME innovantes à s’allier à des industriels pour accélérer la diffusion de l’IA en biologie médicale.

    👉GeodAIsics lève 5 millions d’euros pour déployer son IA en médecine personnalisée

    Weda et Nabla

    Weda (VIDAL Group) et Nabla (levée de fonds 49 M€, France) ont initié un partenariat stratégique en septembre 2025 pour accélérer la digitalisation des pratiques médicales par IA. L’intégration de l’IA Nabla au sein du logiciel Weda automatise la génération et l’intégration des comptes rendus médicaux, permettant de libérer plus de temps pour la prise en charge clinique. Plus de 500 professionnels de santé utilisent déjà ce service, qui vise une expansion nationale. Nabla, fondée en 2018, se positionne en pionnière des solutions IA d’ambient listening et poursuit sa croissance grâce à une forte capitalisation.

    Tableau 3. Indicateurs d’adoption Nabla

    Indicateur Valeur
    Nombre de professionnels équipés > 500
    Financement Nabla 49 M€
    Année de création Nabla 2018

    👉Nabla lève 70 M$ pour automatiser la documentation médicale avec l’IA

    Discussion sur les implications et perspectives

    L’analyse transversale des 5 entreprises sélectionnées fait apparaître plusieurs tendances clés. Les acteurs français ou européens affichent des stratégies internationales et des ambitions d’envergure. La régulation joue un rôle moteur (demande FDA/CE, avis HAS, procédure RIHN), incitant les entreprises à valider cliniquement leurs solutions avant la commercialisation ou la généralisation du remboursement. Les résultats cliniques se traduisent par des améliorations : optimisation des parcours patients, précision accrue du diagnostic, diminution des tâches administratives, augmentation du temps passé sur des missions à haute valeur ajoutée.

    Par ailleurs, la structuration du secteur est marquée par la montée en puissance des alliances stratégiques (GeodAIsics–Horiba, Weda–Nabla), qui facilitent l’adoption des innovations IA à grande échelle. Le financement reste un facteur clé – qu’il s’agisse d’investissements institutionnels ou de partenariats industriels – et conditionne la croissance et l’expansion internationale de ces acteurs. La valorisation économique et le potentiel de marché demeurent importants, en particulier dans les domaines du dépistage et de la gestion des pathologies chroniques.