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  • Déploiement lent de l’IA en santé : un rapport alerte sur les obstacles réglementaires, techniques et organisationnels

    Automatisation, tri, planning : l’IA s’installe dans les rouages hospitaliers

    C’est ce que montre une étude menée par PwC EU Services EEIG et Open Evidence pour la Direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire (DG SANTE), sur la période janvier 2024 – mai 2025. L’intelligence artificielle commence à alléger certaines charges dans les établissements hospitaliers. Elle optimise le tri des patients, réduit les rendez-vous manqués et accélère l’analyse d’imagerie et d’anatomopathologie. Mais les usages les plus répandus concernent des outils à faible risque : automatisation de la documentation, gestion des plannings, ou encore prédiction des flux de patients. Les solutions génératives, comme les modèles de langage (LLM), suscitent un intérêt pour les tâches administratives, mais leur utilisation reste limitée dans les décisions cliniques en raison des hallucinations possibles et d’un déficit de confiance.

    Des freins systémiques identifiés

    Le rapport, fondé sur une méthodologie mixte (revue de littérature, entretiens, ateliers, études de cas, enquêtes), identifie quatre grandes catégories de freins au déploiement de l’IA dans les systèmes de santé européens :

    • Technologiques et liés aux données : interopérabilité, infrastructure IT, évaluation des performances locales, maintenance post-déploiement ;
    • Réglementaires et juridiques : complexité du cadre européen (AI Act, MDR, EHDS, PLD…), responsabilités, sécurité des données ;
    • Organisationnels et économiques : faibles mécanismes de financement, manque de stratégie, évaluation de la valeur ajoutée en conditions réelles ;
    • Sociaux et culturels : faible littératie numérique en santé, défiance, impact sur la relation soignant-patient.

    À cela s’ajoute une complexité réglementaire croissante. Les établissements doivent composer avec le MDR, l’IVDR, le RGPD, l’AI Act, l’EHDS, entre autres cadres, ce qui freine la mise en œuvre à grande échelle au sein de l’Union européenne. Malgré un portefeuille de plus de 500 outils d’IA ayant obtenu un marquage CE ou une autorisation de la FDA, les hôpitaux européens n’en déploient qu’une poignée. Le suivi post-déploiement reste rare, et l’alignement avec les processus locaux conditionne largement l’adhésion des professionnels de santé. Ces derniers expriment un intérêt pour l’IA, mais rappellent qu’elle n’a d’utilité que si elle s’intègre aux flux de travail existants et répond à des besoins spécifiques à leur environnement.

    Des exemples internationaux à suivre

    Certains usages d’IA sont déjà prêts à être déployés à large échelle, selon les professionnels interrogés : automatisation de tâches administratives, optimisation des flux patients, aide à la décision clinique. L’étude distingue ces cas d’usage « à court terme » des applications plus complexes (médecine personnalisée, diagnostic prédictif), envisageables à moyen ou long terme.

    • En Norvège, un hôpital a réduit de 100 jours les temps d’attente cumulés grâce à une IA de triage.
    • Aux États-Unis, un outil d’IA a fait chuter le temps d’affectation des lits aux urgences de 30 %.
    • Au Royaume-Uni, un outil de prédiction des rendez-vous manqués a permis de dégager 1 900 créneaux de consultation en 6 mois.

    Des cas d’usage réussis aux États-Unis, en Israël et au Japon montrent l’importance d’une convergence entre financements, maturité numérique et régulation adaptée. Ces pays démontrent que l’efficacité de l’IA en santé repose autant sur l’écosystème que sur la technologie elle-même.​ En France, l’année 2025 marque un tournant, porté par une feuille de route nationale sur l’IA en santé, un financement dédié à la formation des soignants et le lancement de programmes comme IMPACT IA. Ces initiatives visent à créer un environnement propice à l’innovation responsable, en alignant les incitations financières avec les bénéfices cliniques et opérationnels.

    L’étude alerte sur un décalage entre textes et terrain

    l’UE doit renforcer l’accompagnement réglementaire de l’IA

    L’étude souligne que l’adoption des textes européens majeurs encadrant l’IA (AI Act, EHDS, nouvelle directive PLD) est récente, et que leur appropriation reste incomplète parmi les parties prenantes. La nécessité d’un accompagnement à la conformité est jugée cruciale. Un atelier réglementaire a mis en lumière plusieurs lacunes : manque de clarté sur la classification des dispositifs d’IA, difficultés de mise en œuvre de l’AI Act dans les hôpitaux, et absence d’indicateurs de suivi harmonisés.

    Face à ces constats, le rapport recommande d’agir rapidement sur plusieurs leviers : normalisation des données, formation des cliniciens, expérimentations en vie réelle et financement aligné. L’Union européenne prévoit la création de centres d’excellence en IA, de catalogues partagés d’outils validés, et le renforcement des cadres de test, de déploiement et de suivi.​ Sans cela, elle risque de perdre du terrain face aux initiatives internationales plus agiles. L’avenir se dessine comme celui d’un « hôpital augmenté », où l’IA vient en support des compétences humaines.

    L’étude propose plusieurs actions prioritaires :

    • Harmoniser les standards de gouvernance des données et d’interopérabilité ;
    • Créer des centres d’excellence en IA appliquée à la santé ;
    • Mettre en place des mécanismes de financement pérennes et adaptés ;
    • Tester les solutions à l’échelle locale, avec évaluation de la valeur en conditions réelles ;
    • Développer un catalogue européen des solutions d’IA en santé ;
    • Établir un cadre de suivi basé sur des indicateurs clairs, à construire.

     

  • IA en santé : l’Anap mobilise 1000 professionnels et publie un guide pour appliquer l’IA Act

    •  L’ANAP recommande de cartographier les usages d’IA en santé pour anticiper les risques éthiques, juridiques et organisationnels dès la phase de conception.
    • Les SIA classés comme « haut risque », notamment les dispositifs médicaux basés sur l’IA, doivent être certifiés par un organisme notifié tiers avant déploiement.
    • Le fournisseur d’un SIA est responsable de sa conformité, mais l’établissement, en tant que déployeur, doit assurer un contrôle humain effectif et une supervision continue.
    • Les données d’entraînement doivent être pertinentes, représentatives et conformes au RGPD, en particulier pour les systèmes en apprentissage continu.​
    • La transparence est obligatoire : les patients doivent être informés lorsqu’ils interagissent avec un chatbot ou un système d’IA dans leur parcours de soins (Article L4001-3 CSP).​
    • Les fournisseurs doivent produire une documentation technique complète et un résumé du modèle d’IA accessible aux professionnels de santé.

    De l’expérimentation à l’échelle : les clés du déploiement de l’IA en santé dévoilées à Montrouge

    Le 14 octobre 2025, à l’occasion de la première Journée nationale Perf.IA organisée par l’Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale (Anap), un millier de professionnels – directions d’établissement, experts numériques, représentants d’agences et d’industriels – se sont réunis pour préparer le passage à l’échelle des usages de l’intelligence artificielle en santé. Cette journée s’inscrit dans la feuille de route ministérielle pour l’IA en santé, dans laquelle l’Anap est chargée de structurer les usages sur le terrain. Douze ateliers et près de soixante interventions ont permis de couvrir les principaux domaines d’application : ressources humaines, finances, consultations médicales, secteur médico-social. Les échanges ont mis en lumière un changement d’échelle : les professionnels sont prêts à aller au-delà de l’expérimentation, à condition d’être accompagnés.

    Un nouveau guide pour comprendre et appliquer l’IA Act

    Parmi les ressources dévoilées à cette occasion, l’Anap a présenté un guide opérationnel rédigé avec l’Afnor pour aider les établissements à se conformer au règlement européen IA Act. Entré en vigueur partiellement depuis août 2025, ce règlement impose des exigences strictes pour tout système d’IA à haut risque – notamment les logiciels considérés comme dispositifs médicaux. Le guide détaille les obligations qui pèsent à la fois sur les fournisseurs et sur les établissements utilisateurs, qualifiés de « déployeurs » par le règlement. Pour ces derniers, il ne s’agit plus seulement de vérifier la conformité du marquage CE, mais aussi de garantir la présence d’un contrôle humain, de documenter les incidents, de former les utilisateurs et d’informer les patients en cas d’interaction avec un système automatisé.

    Un cadre juridique à respecter dès 2026

    Les exigences de l’IA Act seront progressivement appliquées d’ici à 2027, mais dès août 2026, les établissements devront être en mesure de démontrer leur conformité pour tout nouveau système à haut risque (hors dispositifs déjà réglementés). Pour les dispositifs médicaux intégrant de l’IA, la double certification (règlement DM et IA Act) sera obligatoire à partir de 2027. Le guide de l’Anap liste également les cas d’usage selon leur niveau de risque et les obligations associées : de la simple transparence pour un chatbot administratif, à la certification complète pour une IA d’aide au diagnostic ou à la prescription. Un tableau récapitulatif permet aux établissements de construire leur propre plan de mise en conformité, incluant un état des lieux des systèmes en place, leur niveau de risque, la vérification des obligations des fournisseurs, et l’adaptation de leurs pratiques internes.

    « Les professionnels de santé sont prêts à franchir une nouvelle étape avec l’intelligence artificielle. Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est une volonté collective de passer de l’expérimentation à la généralisation », a déclaré Stéphane Pardoux, directeur général de l’Anap. Anaëlle Valdois, directrice de la performance des usages du numérique et de l’IA, a insisté sur la nécessité d’un cadre lisible : « Les professionnels ont besoin de s’en saisir pour garantir un usage serein et pertinent des technologies ».

    Le message est clair : à un an de l’entrée en application des principales obligations de l’IA Act, la mobilisation collective est non seulement attendue, mais désormais encadrée. Le guide de l’Anap constitue un outil de référence pour préparer les établissements à cette nouvelle étape réglementaire.

     

  • Prévention du suicide : +11% d’engagement grâce à une intervention numérique ciblée en Indonésie

    Prévention du suicide : 13 513 impressions et 11% d’engagement grâce à une intervention ciblée en Indonésie

    En Indonésie, où un suicide survient tous les 30 minutes, une étude démontre l’efficacité d’une campagne numérique ciblant les recherches en ligne liées à la détresse psychologique. L’intervention, publiée dans The Lancet Regional Health – Southeast Asia, affiche un taux d’engagement de 11,04%, bien au-dessus des campagnes menées dans les pays à revenu élevé.

    Chaque année, plus de 700 000 personnes meurent par suicide dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). En Indonésie, le taux s’élève à 2,4 décès pour 100 000 habitants, avec une surreprésentation marquée en zones rurales, où les taux sont 4,5 fois plus élevés qu’en milieu urbain . Ce déséquilibre s’explique par un accès limité aux soins, une stigmatisation persistante et un déficit structurel de professionnels : 1 psychiatre ou psychologue pour 60 666 personnes, contre 1 pour 1 000 en moyenne dans les pays à revenu élevé . Ces lacunes rendent indispensable le développement de solutions alternatives, accessibles à grande échelle.

    •  2,4 suicides pour 100 000 habitants.
    •  1 psychiatre ou psychologue pour 60 666 personnes.
    •  4,5 × plus de suicides en zones rurales qu’urbaines.

    20 mots-clés déclenchent une campagne Google Ads pour prévenir le suicide en Indonésie

    Une étude menée conjointement par l’université UNSW Sydney, Harvard, Wellspring Indonesia et le Black Dog Institute a testé une intervention comportementale numérique via Google Ads . Les annonces étaient déclenchées par 20 mots-clés liés à la détresse psychologique, tels que mengakhiri hidup (« mettre fin à sa vie »), stres (« stress ») ou lelah (« fatigue »). Elles redirigeaient vers une page d’aide interactive, en langue locale, proposant des ressources, des lignes d’écoute et des outils d’auto-évaluation. La campagne a été co-construite avec 11 experts, dont des cliniciens et des personnes ayant vécu une crise suicidaire, afin d’assurer pertinence et sécurité .

    Trois jours pour mesurer l’impact

    L’analyse, réalisée sur une période de trois jours, a enregistré 13 513 impressions, avec un taux d’engagement de 11,04% . Ce chiffre est 18 fois supérieur à celui observé lors d’une campagne similaire aux États-Unis et 15 fois supérieur à celle menée en Australie . Le coût moyen par interaction s’est établi à 2,89 $, soit cinq fois moins que dans les pays à haut revenu . Ces résultats démontrent l’efficacité d’une approche numérique à faible coût pour atteindre des populations en détresse .

    •  20 mots-clés dédiés à la détresse psychologique
    •  Co-construction avec 11 experts (cliniciens et personnes concernées)
    •  Analyse du taux d’engagement et du coût par interaction

    Des résultats sans précédent

    Publiés dans The Lancet Regional Health – Southeast Asia, les résultats montrent :

    •  13 513 impressions, 11,04 % d’engagement – soit 18 fois plus que la campagne américaine et 15 fois plus que l’australienne
    •  Coût moyen par engagement : 2,89 $, cinq fois inférieur à celui observé dans les pays à haut revenu

    Perspectives de santé numérique

    Rapide, économique et évolutive, la publicité en ligne pourrait devenir un levier d’e‑santé efficace pour connecter les individus aux services de prévention du suicide, en particulier dans les contextes à ressources limitées.

  • HCL : une nouvelle direction dédiée à l’IA et aux données

    Les HCL structurent leur transformation 2035 autour de l’IA et de la donnée

    Dans leur projet stratégique « Construire la santé de demain – HCL 2035 », les Hospices Civils de Lyon (HCL) font de l’intelligence artificielle (IA) et de la donnée deux piliers de leur transformation. L’établissement, qui regroupe 13 hôpitaux publics et 24 000 professionnels, a conçu deux programmes : « Piloter et innover avec la donnée » et « Mobiliser l’intelligence artificielle au service de l’innovation, des soins et de la transformation des HCL ». Ces initiatives s’inscrivent dans la continuité de la stratégie nationale portée par le Ministère de la Santé sur l’usage secondaire des données de santé.

    Registres, cohortes, IA : les HCL misent sur des données hospitalières qualifiées

    Le programme sur les données vise à structurer les données hospitalières sous forme de registres épidémiologiques et de cohortes, afin d’anticiper les épidémies et surveiller les évolutions sanitaires. Il prévoit également la production de données de qualité pour entraîner des modèles d’IA, en vue d’outils d’aide au diagnostic, à la décision et au pilotage en temps réel des activités hospitalières et parcours de soins. L’objectif est de renforcer la capacité à piloter les établissements sur la base d’analyses fiables et actualisées, en développant des outils prédictifs.

    Optimiser les plannings et les flux aux urgences

    L’IA sera intégrée à différents niveaux : via l’acquisition de solutions existantes ou par co-développement avec des partenaires académiques et industriels. Au-delà des usages cliniques, l’IA est également perçue comme levier d’amélioration des conditions de travail, en automatisant certaines tâches pour dégager du temps. Les HCL ont lancé des expérimentations autour de la synthèse automatisée du dossier patient et de la transcription des consultations, en lien avec la plateforme Easily. D’autres projets sélectionnés par la DGOS dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt seront mis en œuvre prochainement : comme l’optimisation des plannings et la prédiction des flux aux urgences.

    Des jumeaux numériques pour anticiper les traitements et personnaliser les soins

    Les HCL développent également des jumeaux numériques, répliques virtuelles de patients permettant de simuler l’évolution d’une pathologie ou les effets d’un traitement. Ces innovations s’accompagnent d’une volonté de renforcer les coopérations entre acteurs du territoire et d’intervenir « hors les murs », au plus près des lieux de vie, pour améliorer l’accès à la recherche et aux soins.

    Marie Boyer prend la tête de la nouvelle Direction des usages des Données et de l’IA 

    La Direction des usages des Données et de l’Intelligence Artificielle (DDIA), rattachée directement à la direction générale des HCL et dirigée par Marie Boyer, est chargée de coordonner ces travaux. Elle fédère les communautés de chercheurs, d’innovateurs et les équipes opérationnelles pour définir la feuille de route de l’établissement. Elle veille également à un usage raisonné et conforme aux exigences éthiques, réglementaires, économiques et environnementales. La DDIA jouera un rôle central dans les interactions avec les partenaires et les groupes de travail nationaux. Deux ingénieurs ont récemment été recrutés pour accompagner les projets liés à l’IA.

    Les HCL finaliseront un entrepôt de données interopérable avec trois CHU d’ici fin 2025

    À la fin 2025, les HCL finaliseront leur nouvelle infrastructure d’entrepôt de données de santé (EDS), dans le cadre du projet HOURAA, lancé en décembre 2023 et soutenu par France 2030. Cette plateforme regroupera les données de plus d’un million de patients et sera interopérable avec les EDS des CHU de Grenoble, Clermont-Ferrand et Saint-Étienne. L’objectif est de permettre un changement d’échelle dans l’exploitation des données pour la recherche, la qualité des soins et l’évaluation de la performance hospitalière. Un comité scientifique et éthique a été mis en place, ainsi qu’une plateforme d’information destinée aux patients et usagers, garantissant transparence et conformité réglementaire. Marie Boyer souligne la nécessité de « diffuser une culture de la donnée », tant auprès des chercheurs que des professionnels, pour améliorer la qualité et la réutilisation des données produites.

  • Douleur chronique : 23 millions de Français concernés, la fondation Analgesia dénonce une crise silencieuse

    42 % des Français souffrent de douleurs chroniques

    À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la douleur, la fondation Analgesia dévoile les résultats du premier Baromètre de la douleur 2025, mené avec l’Observatoire français de la douleur et des antalgiques (OFDA) et OpinionWay. L’enquête révèle qu’en France, 42 % des adultes, soit environ 23,1 millions de personnes, vivent avec une douleur chronique. Les douleurs musculosquelettiques arrivent en tête (36 %), suivies des douleurs orofaciales (33 %), abdominales (15 %) et neuropathiques (12 %). Près de la moitié des personnes concernées déclarent une douleur intense (supérieure à 6 sur 10).

    Une prise en charge jugée largement insuffisante

    Depuis la dernière mesure nationale en 2008, qui faisait état d’un tiers d’adultes touchés, la prévalence a significativement augmenté. Or, les dispositifs de prise en charge restent à la traîne. Le baromètre indique que 36 % des patients présentent un handicap fonctionnel modéré à sévère, et deux tiers rapportent une absence d’amélioration, voire une aggravation, de leurs symptômes sur les six derniers mois.

    Seul un patient sur trois se déclare satisfait de sa prise en charge. Pourtant, les recommandations de la HAS encouragent une approche pluriprofessionnelle. En réalité, la douleur est le plus souvent prise en charge uniquement par le médecin traitant, tandis que l’accès aux structures spécialisées reste limité.

    Des professionnels peu formés, des structures saturées

    Le manque de formation des médecins est également pointé. L’algologie, discipline dédiée à la douleur chronique, n’est pas reconnue comme une spécialité médicale à part entière. Le Dr Marc Lévêque, neurochirurgien à l’hôpital Clairval de Marseille, déplore les faibles moyens alloués à ce domaine, malgré une demande croissante. Les 270 centres spécialisés existants sont saturés. Moins d’un tiers des patients déclarent y avoir eu accès. Cette situation pousse 87 % des personnes concernées à se tourner vers l’automédication, parfois risquée : 16 % utilisent des opioïdes sans prescription médicale.

    Des recommandations pour sortir de l’impasse

    Face à ce constat, la fondation Analgesia appelle à plusieurs mesures : un renforcement de la formation des médecins généralistes, un soutien à la recherche en douleur — “en berne depuis des décennies” selon le Pr Authier —, et la reconnaissance de la douleur comme grande cause nationale. Le baromètre, construit à partir de l’enquête PREVADOL réalisée en janvier-février 2025, appelle à une mobilisation urgente des pouvoirs publics.

    Source : Baromètre de la douleur 2025 – Fondation Analgesia / OFDA / OpinionWay – 11 940 répondants représentatifs de la population adulte française.

  • IA en Europe : la Commission mobilise 1,3 Mds € d’investissements pour accélérer l’adoption de l’IA en science

    • 💰 1 milliard € mobilisés pour le programme “Appliquer l’IA”.
    • 🎓 58 M€ alloués au projet pilote “AI in Science” pour la formation et la recherche.
    • 💻 600 M€ investis via Horizon Europe pour les supercalculateurs européens.
    • 🔬 Plus de 3 milliards € visés en investissements annuels dans la recherche en IA d’ici 2027.
    • 📅 Présentation de la stratégie pour une “union des données” : fin octobre 2025.

    La Commission déploie deux plans d’investissement pour renforcer la compétitivité européenne

    La Commission européenne a annoncé le lancement de deux stratégies complémentaires pour accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle (IA) dans les secteurs économiques stratégiques et dans le domaine scientifique.

    La première composante du plan européen, baptisée “Appliquer l’IA” (“Apply AI”), cible les principaux leviers économiques : santé, pharmacie, énergie, mobilité, agroalimentaire, industrie manufacturière et services publics. La Commission européenne mobilise un budget d’environ 1 milliard d’euros pour soutenir les projets d’intégration de l’intelligence artificielle dans ces domaines. L’approche privilégie des applications concrètes grâce à des centres de dépistage avancé pour la santé, au développement de modèles frontières et d’IA agentique, et à un appui spécifique aux PME.

    Le dispositif vise à accélérer la mise sur le marché des innovations en reliant infrastructures, données et sites d’essai. Il permettra aussi de renforcer les compétences de la main-d’œuvre et de soutenir la création d’une initiative “Frontier AI”. La Commission prévoit la transformation des pôles d’innovation numérique en centres d’expérience IA et la création d’une alliance “Appliquer l’IA” associant partenaires publics, privés et société civile. Un observatoire assurera le suivi sectoriel des usages. Enfin, un service d’assistance à la législation accompagnera les acteurs dans l’application du règlement européen sur l’IA.

    600 M€ pour ouvrir les supercalculateurs aux chercheurs et start-ups

    58 M€ pour former les talents européens de demain

    Le programme “AI in Science” vient compléter cette approche industrielle. Il s’appuie sur la plateforme RAISE (Resource for AI Science in Europe), conçue comme un institut virtuel pour mutualiser ressources et expertises. Selon la Commission européenne, 58 millions d’euros sont alloués à un projet pilote pour former et attirer des chercheurs en IA via des réseaux d’excellence et des programmes doctoraux. Le plan prévoit aussi un accès élargi aux supercalculateurs européens grâce à un investissement de 600 millions d’euros via Horizon Europe, afin d’accompagner les besoins en calcul des chercheurs et des start-ups. L’objectif est de doubler les investissements annuels en IA dans Horizon Europe et de dépasser la barre des 3 milliards d’euros pour la recherche scientifique.

    Le JRC pilotera l’analyse et la structuration des données

    Un volet spécifique est dédié aux données : leur identification, structuration et mise à disposition pour l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle dans la recherche. Le Centre commun de recherche (Joint Research Centre, JRC) de la Commission assurera les études d’impact et les analyses techniques associées.

    Vers une union européenne des données et une gouvernance commune

    La mise en œuvre de ces deux stratégies culminera fin octobre 2025 avec la présentation d’une stratégie européenne pour une “union des données”. Celle‑ci doit aligner les politiques de gestion des données sur les besoins identifiés dans l’industrie, la recherche et le secteur public. Un sommet européen sur l’IA et la science se tiendra les 3 et 4 novembre 2025 à Copenhague. Coorganisé avec la présidence danoise, il marquera le lancement officiel du projet pilote RAISE et l’annonce d’engagements du secteur privé.

    Ces annonces prolongent le plan d’action pour le continent de l’IA, lancé en avril 2025, et visent à positionner l’Union européenne comme un acteur central du développement et de l’usage de l’intelligence artificielle dans un cadre réglementaire harmonisé et éthique.

     

    Commission européenne – Représentation en France. (2025, 8 octobre). La Commission lance deux stratégies pour accélérer l’adoption de l’IA dans l’industrie et la science. Représentation de la Commission européenne en France.

     

  • Data science : une base mondiale améliore le diagnostic rénal

    Avec 850 millions de patients et plus de 1,2 million de décès annuels, la maladie rénale chronique constitue un enjeu mondial majeur. La base de données multicentrique ApolloDialDb, soutenue par Fresenius Medical Care et Privacy Analytics, vise à améliorer la précision diagnostique et la prédiction des risques grâce à l’intelligence artificielle.

    Une pathologie parmi les dix premières causes de mortalité mondiale

    Selon l’Organisation mondiale de la Santé, plus de 9% des adultes sont atteints, soit environ 850 millions de personnes. Chaque année, la MRC provoque plus de 1,2 million de décès. L’OMS anticipe un doublement de la demande en dialyse d’ici 2030, en raison du vieillissement démographique et de la hausse de la prévalence du diabète et de l’hypertension.

    • Plus de 9 % des adultes souffrent d’une MRC, soit 850 millions de patients.
    • >1,2 million de décès/an.
    • Une demande en dialyse appelée à doubler d’ici 2030.

    Des délais d’analyse longs entravant la prise en charge

    Les méthodes conventionnelles de diagnostic reposent sur la mesure de la créatinine sérique, l’estimation du débit de filtration glomérulaire et l’imagerie rénale. Ces approches présentent des limites en matière de sensibilité et de spécificité pour anticiper l’évolution vers une insuffisance rénale terminale. Leur coût demeure élevé, notamment dans les régions à faibles ressources, tandis que l’accès et les délais d’analyse varient selon les infrastructures locales. Ces contraintes soulignent la nécessité de solutions globales, interopérables et reposant sur les données massives.

    ApolloDialDb : la première base mondiale, multicentrique et anonymisée

    3 millions d’euros investis dans l’harmonisation des données cliniques

    Lancée par le Renal Research Institute (Fresenius Medical Care) avec le soutien de Privacy Analytics, la base de données ApolloDialDb centralise les informations cliniques de 543 169 patients issus de 40 pays. Près de 360 variables cliniques et biostatistiques ont été harmonisées après un investissement de 3 millions d’euros. Hébergée sur l’infrastructure cloud d’Amazon Web Services (AWS), la base garantit la confidentialité et la sécurité des données de santé conformément aux standards internationaux.

    • 3 M€ investis pour harmoniser plus de 360 variables cliniques et biostatistiques.
    • Hébergement sécurisé AWS (Amazon Web Services), infrastructure cloud internationale (AWS) dédiée au traitement confidentiel des données de santé.

    Des performances cliniques validées

    L’étude observationnelle internationale (Kidney International Reports, sept. 2025) révèle :

    • Sensibilité de détection des hospitalisations >95 %.
    • 90 % de complétude des variables critiques (âge, sexe, albumine, etc.).

    Vers un diagnostic in vitro personnalisé et prédictif

    ApolloDialDb ouvre la voie à :

    • Des essais cliniques IA prédictive dès 2026.
    • Un diagnostic à domicile et une surveillance automatisée.
    • Une adaptation aux pays à faibles ressources via le cloud et les Big Data cliniques.

     

  • Cancer et IA : une nouvelle piste pour « réveiller » des tumeurs froides grâce à une association de traitements

    • 🧪 Cette combinaison de traitements rend les cellules cancéreuses plus visibles au système immunitaire, avec environ 50% de « signaux » en plus observés au laboratoire.
    • 🚀 C’est prometteur pour mieux cibler des tumeurs dites « froides », mais il faudra encore des validations par des équipes externes et des essais cliniques.

    27B de paramètres, 57 M de cellules : un socle pour le single‑cell

    Entraîné sur 57 millions de cellules, le modèle Cell2Sentence‑Scale 27B a permis de détecter une synergie entre silmitasertib et faible interféron, validée in vitro avec une hausse de 50 % de l’expression de MHC‑I.

    En pratique, l’objectif est de rendre plus visibles pour le système immunitaire des tumeurs dites « froides », qui échappent aux défenses de l’organisme, en augmentant des signaux de surface appelés MHC‑I. Les chercheurs ont demandé au modèle d’identifier un médicament jouant le rôle d’« amplificateur conditionnel » des MHC‑I, actif uniquement lorsqu’un faible niveau d’interféron est présent, une situation fréquente chez les patients.​

    Pour y parvenir, l’équipe a simulé l’effet de plus de 4 000 médicaments dans deux contextes :

    • Un contexte « immuno‑positif » proche des échantillons patients avec interféron faible.
    • Et un contexte « neutre » sans environnement immunitaire, afin de cibler une action spécifique au premier cadre.

    Une piste prometteuse pour « réveiller » des tumeurs froides avec une augmentation d’environ 50% des marqueurs.

    Le modèle a mis en avant le silmitasertib, inhibiteur de l’enzyme CK2, avec un effet net d’augmentation des MHC‑I en présence de bas niveaux d’interféron, et peu ou pas d’effet dans le contexte neutre. Les tests sur cellules humaines ont confirmé cette prédiction : silmitasertib seul n’a pas d’effet notable, un faible interféron a un effet modeste, tandis que la combinaison des deux aboutit à une hausse d’environ 50% de la présentation d’antigènes, rendant les cellules tumorales plus visibles.​

    Cette approche fournit une piste expérimentale validée pour « réchauffer » des tumeurs froides et potentiellement améliorer la réponse à l’immunothérapie, tout en restant à un stade préclinique qui nécessitera des étapes de validation par les pairs et des essais cliniques. Le modèle est mis à disposition de la communauté scientifique, ouvrant la voie à d’autres tests et à l’exploration de nouvelles prédictions dans des contextes immunitaires variés, avec l’espoir d’accélérer l’identification de combinaisons thérapeutiques pertinentes.

    Vers des preuves robustes : tracer chaque version de modèle et chaque jeu de données

    Les auteurs recommandent aux équipes R&D de privilégier des criblages in silico multi‑contexte, articulés avec des critères immunologiques transposables à la clinique. Ils appellent également à documenter rigoureusement la traçabilité des modèles et jeux de données utilisés, dans une logique de transparence et de reproductibilité.

    La mise à disposition des poids et des pipelines d’entraînement sur Hugging Face et GitHub vise à favoriser les évaluations externes, la réplication des résultats et leur extension à d’autres indications.

  • Accès aux soins : l’Assurance Maladie met en ligne huit indicateurs clés sur Data ameli

    Un tableau de bord pour objectiver l’accès aux soins

    Lancé dans le cadre de la convention médicale 2024, l’Observatoire de l’accès aux soins de l’Assurance Maladie est désormais accessible en ligne via le portail Data ameli. Il permet un suivi régulier de huit indicateurs liés à la démographie médicale, au suivi des patients, à la répartition des professionnels de santé et aux dispositifs de soutien à la pratique. Ce tableau de bord a été conçu pour mesurer les avancées des engagements conventionnels pour améliorer l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire. Il s’appuie sur les données du SNDS, des bases internes de l’Assurance Maladie et du ministère de la Santé.

    Suivi de huit engagements conventionnels

    Les données publiées concernent notamment :

    • La part de patients en affection de longue durée (ALD) sans médecin traitant, en baisse : 4,3 % fin 2024 contre 5,6 % fin 2022 ;
    • Le nombre de primo-installations en médecine générale, en repli de 9,8 % en 2024, avant une légère reprise au 1er semestre 2025 (+3,1 %) ;
    • Le volume d’installations en zones sous-dotées, qui atteint un point bas : 579 sur les 12 derniers mois (-1,7 %) ;
    • L’évolution de la patientèle moyenne médecin traitant, en hausse constante : 1 033 patients en 2024 contre 898 en 2017 ;
    • Le développement des contrats d’assistants médicaux : 8 558 signés à fin juin 2025, soit 15 % des généralistes éligibles ;
    • La progression de la file active des spécialistes, très modérée (+6,3 % entre 2016 et 2025) ;
    • L’adhésion à l’Optam par les spécialistes de secteur 2 : 51,7 % en 2024 contre 42,9 % en 2017 ;
    • La couverture territoriale du SAS (service d’accès aux soins) et de la PDSA, suivie localement.

    Des données en accès libre, actualisées régulièrement

    L’Observatoire propose 16 jeux de données interopérables, téléchargeables, avec jusqu’à 10 ans d’historique. L’analyse peut être affinée par région ou département, permettant un usage en commissions paritaires locales. La fréquence de mise à jour est trimestrielle ou semestrielle, selon les indicateurs. Deux indicateurs complémentaires (délai d’accès aux spécialistes, accès pour les personnes en situation de handicap) feront l’objet de travaux spécifiques avec des partenaires extérieurs.

     

  • 2025-2027 : une feuille de route pour structurer les achats dans le médico-social

    PERF EHPAD étendu, Masterclass, benchmark : des outils opérationnels dès fin 2025 pour renforcer les achats dans le médico-social

    La feuille de route 2025-2027 pour les achats dans le secteur médico-social, publiée par la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), vise à professionnaliser la fonction achat, tout en favorisant la performance économique, la durabilité et l’innovation. Le premier axe stratégique concerne le pilotage de la performance. Il prévoit l’adaptation du module achat de « PERF EHPAD » à l’ensemble du secteur et la création d’une Masterclass dédiée à l’achat médico-social (livrables attendus respectivement en décembre 2025 et mai 2026). Des dispositifs de sensibilisation et de formation sont également programmés, incluant un autodiagnostic, un guide pas-à-pas pour les acheteurs, et un rappel pratique sur le cadre juridique des achats, dès novembre 2025.

    Pour encourager les pratiques collectives, la feuille de route propose de publier un annuaire des acteurs de la mutualisation, un référentiel de dix actions gagnantes, ainsi qu’un benchmark des établissements engagés dans ces démarches. Ces documents seront publiés en novembre 2025. Les centrales d’achat sont incitées à proposer des marchés spécifiques au médico-social et à négocier des tarifs préférentiels sur la période 2025-2027.

    Des fiches pratiques par famille d’achat, des modèles organisationnels pour les acheteurs, des tableaux de bord types, ainsi qu’un guide sur la gestion des fournisseurs stratégiques complètent les outils à venir. Ces livrables sont échelonnés entre décembre 2025 et septembre 2026. L’ANAP développera une plateforme de partage de bonnes pratiques, accessible en ligne, avec des contenus enrichis par des webinaires et événements tout au long de la période. Ce dispositif vise à encourager la coopération inter-établissements.

    Plateforme de seconde main, formation, guides, autodiagnostic logistique et achats durables au programme 2025-2026

    Le second axe de la feuille de route cible la logistique. Deux priorités sont affichées :

    • promouvoir un autodiagnostic de maturité logistique
    • et améliorer le dimensionnement des surfaces de stockage via l’outil « Repères dimensionnels pour EHPAD ».

    Des actions de communication sont prévues à cet effet dès décembre 2025.

    Enfin, le troisième axe porte sur les pratiques d’achat durables et innovantes. Il inclut l’intégration d’une plateforme d’achat de seconde main entre établissements de santé, la création de modules de formation aux achats responsables, et la production de guides de bonnes pratiques. Ces actions seront déployées courant 2026, avec le soutien de la DGCS et en lien avec un comité de pilotage. La feuille de route s’inscrit dans une logique d’outillage progressif du secteur, articulée autour de livrables et d’une animation continue. La stratégie de la DGCS repose sur la montée en compétences des acteurs, l’accès facilité à des outils communs, et la diffusion des initiatives innovantes à travers le territoire.