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  • 5 entreprises innovantes à l’assaut du marché (chiffres-clés, levées de fonds et stratégies)

    La transformation numérique du secteur de la santé s’accélère, portée par l’émergence d’entreprises innovantes qui intègrent l’intelligence artificielle (IA) dans le diagnostic, la prise en charge et la gestion médicales. L’objectif de cet article est de dresser un état des lieux factuel des sociétés ayant récemment levé des fonds ou franchi des étapes réglementaires majeures tout en analysant leur évolution stratégique. L’analyse s’appuie exclusivement sur cinq entreprises :

    Ces acteurs, issus de contextes variés – biotechnologies, dispositifs médicaux, logiciels cliniques et plateformes d’intelligence artificielle – incarnent à la fois la diversité et la structuration du secteur au niveau national et européen.

    Contexte général et dynamique du marché

    La digitalisation des services de santé et l’introduction de l’IA transforment les pratiques cliniques, en particulier sur :

    • le dépistage précoce ;
    • l’optimisation des parcours de soins ;
    • la réduction de la charge administrative.

    Ces avancées, portées par des sociétés à fort potentiel d’innovation, s’accompagnent d’une dynamique intense de levées de fonds et d’alliances stratégiques, illustrant la consolidation du secteur.

    La taille du marché et le potentiel économique sont régulièrement précisés dans les dossiers réglementaires et les communications institutionnelles. À titre d’exemple, Median Technologies estime à plus de 10 milliards de dollars le marché annuel potentiel du dépistage du cancer du poumon assisté par IA aux États-Unis, considérant une population éligible de 14,5 millions de personnes et un remboursement potentiel de 650 $ par acte. La structuration à l’échelle européenne s’appuie également sur le déploiement de nouveaux programmes de dépistage, comme le montrent les initiatives de Diabeloop et VitaDX.

    Panorama des entreprises innovantes et de leurs trajectoires

    Median Technologies

    Median Technologies est une société française cotée sur Euronext Growth, qui déploie en France, aux États-Unis et en Chine une suite logicielle (eyonis® LCS) dédiée au diagnostic précoce des cancers par IA. En mai 2025, la société a soumis une demande d’autorisation 510(k) à la FDA pour le dispositif eyonis® LCS, fondée sur les résultats positifs des deux études pivots, REALITY et RELIVE (AUC de 0,904 ; amélioration statistiquement significative de la précision diagnostique avec IA). La finalisation de l’étude REALITY (ClinicalTrials.gov : NCT06576232) et RELIVE (NCT06751576) conditionne la commercialisation et le remboursement sur les principaux marchés. Median vise donc un accès au marché américain au troisième trimestre 2025 avec une extension européenne prévue depuis juin.

    Tableau 1. Chiffres-clés Median Technologies

    Indicateur Valeur
    Population ciblée (US) 14,5 millions
    Marché potentiel annuel (US) > 10 milliards USD
    Remboursement potentiel par acte 650 USD
    Aire sous la courbe (REALITY) 0,904
    Statut réglementaire Demande FDA + CE prévue

    👉 Median Technologies : 37,5 M€ de la BEI pour lancer eyonis en Europe et aux US

    Diabeloop

    Diabeloop, entreprise basée en France, a obtenu en août 2025 la certification CE MDR (Règlement européen sur les dispositifs médicaux, MDR 2017/745) pour son système de délivrance automatisée d’insuline DBLG2. Ce système hybride en boucle fermée, fondé sur l’algorithme DBLG1 (démontré sur plus de 12 000 patients européens), optimise la gestion du diabète de type 1 et propose une interface sur smartphone, en réponse directe aux besoins utilisateurs. Le lancement progressif débute en Allemagne et aux Pays-Bas, avant extension à la France, avec intégration de partenaires technologiques majeurs (pompe Kaleido/Vicentra, capteur CGM Dexcom G6/7). Un dossier de soumission à la FDA est finalisé pour l’accès au marché américain.

    Tableau 2. Indicateurs de performance Diabeloop

    Indicateur Valeur
    Nombre de patients équipés > 12 000
    Gain sur temps dans cible +17,3 points
    Gain en heures/jour +4,1 h/jour
    Taux de satisfaction (2025) 86%
    Dernièrement,  par jugement du Tribunal de Commerce de Grenoble du 21 octobre 2025, publié au Bodacc le 5 février 2025, la société Diabeloop a fait l’objet d’une ouverture de procédure de sauvegarde. Cette démarche judiciaire, déclarée sur le registre du commerce et des sociétés, intervient dans un contexte de restructuration financière destinée à permettre à l’entreprise de poursuivre son activité et de préserver ses emplois.

    VitaDX

    VitaDX, fondée en 2015, développe et commercialise VisioCyt® Bladder, une solution de cytologie urinaire digitalisée et assistée par IA, dédiée à la surveillance des tumeurs de vessie non invasives. L’avis favorable de la Haute Autorité de Santé du 5 juin 2025 ouvre la voie à une prise en charge dérogatoire via le dispositif RIHN 2.0, conditionnée à la collecte de données cliniques sur 2 000 patients au sein du registre TVNIM. Cette étape stratégique préfigure un remboursement en droit commun et illustre l’impact des innovations technologiques sur la qualité de vie des patients. VitaDX se positionne également sur le diagnostic du cancer thyroïdien.

    👉Pfizer et WILCO sélectionnent 6 nouvelles startups pour accélérer l’innovation en santé numérique

    GeodAIsics et Horiba

    En septembre 2025, GeodAIsics (Grenoble) et Horiba (acteur international en analyse hématologique) ont annoncé un partenariat stratégique pour la détection précoce des sepsis et SIRS grâce à l’intégration d’une IA générative propriétaire (Generative Manifold Learning) dans les automates Yumizen H1500/2500/H500. Les performances préliminaires du module IA montrent une sensibilité et une spécificité > 80 % sur données réelles. La première version logicielle est attendue pour validation clinique en 2025. Ce partenariat illustre la capacité des PME innovantes à s’allier à des industriels pour accélérer la diffusion de l’IA en biologie médicale.

    👉GeodAIsics lève 5 millions d’euros pour déployer son IA en médecine personnalisée

    Weda et Nabla

    Weda (VIDAL Group) et Nabla (levée de fonds 49 M€, France) ont initié un partenariat stratégique en septembre 2025 pour accélérer la digitalisation des pratiques médicales par IA. L’intégration de l’IA Nabla au sein du logiciel Weda automatise la génération et l’intégration des comptes rendus médicaux, permettant de libérer plus de temps pour la prise en charge clinique. Plus de 500 professionnels de santé utilisent déjà ce service, qui vise une expansion nationale. Nabla, fondée en 2018, se positionne en pionnière des solutions IA d’ambient listening et poursuit sa croissance grâce à une forte capitalisation.

    Tableau 3. Indicateurs d’adoption Nabla

    Indicateur Valeur
    Nombre de professionnels équipés > 500
    Financement Nabla 49 M€
    Année de création Nabla 2018

    👉Nabla lève 70 M$ pour automatiser la documentation médicale avec l’IA

    Discussion sur les implications et perspectives

    L’analyse transversale des 5 entreprises sélectionnées fait apparaître plusieurs tendances clés. Les acteurs français ou européens affichent des stratégies internationales et des ambitions d’envergure. La régulation joue un rôle moteur (demande FDA/CE, avis HAS, procédure RIHN), incitant les entreprises à valider cliniquement leurs solutions avant la commercialisation ou la généralisation du remboursement. Les résultats cliniques se traduisent par des améliorations : optimisation des parcours patients, précision accrue du diagnostic, diminution des tâches administratives, augmentation du temps passé sur des missions à haute valeur ajoutée.

    Par ailleurs, la structuration du secteur est marquée par la montée en puissance des alliances stratégiques (GeodAIsics–Horiba, Weda–Nabla), qui facilitent l’adoption des innovations IA à grande échelle. Le financement reste un facteur clé – qu’il s’agisse d’investissements institutionnels ou de partenariats industriels – et conditionne la croissance et l’expansion internationale de ces acteurs. La valorisation économique et le potentiel de marché demeurent importants, en particulier dans les domaines du dépistage et de la gestion des pathologies chroniques.

  • Levées de fonds : avec 92,9M € levés pour les entreprises du numérique en santé françaises, le T3 2025 fait presque trois fois moins bien que le T3 2024

    Des chiffres bien loin d’égaler ceux du T3 2024

    Si l’on compare les levées de fonds des entreprises françaises du numérique en santé lors du troisième trimestre de l’année 2025 à celles qui ont été réalisées au cours du troisième semestre de l’année précédente, on remarque que les chiffres levés cette année sont bien loin d’égaler ceux du T3 2025 et ses 260 millions d’euros levés. Avec 92,9 millions d’euros, le troisième trimestre de l’année 2025 surpasse tout de même celui de l’année 2023 (72,3M € levés).

    Plus globalement, si l’on compare les levées de fonds sur le T3 des deux dernières années, on remarque que seuls Alan et Tricares, en 2024, et Median Technologies, en 2025, ont levé plus de 20 millions d’euros, sauf que l’assurance avait levé 173M € en 2024, contre 22 millions pour Median Technologies. C’est cette levée de fonds qui fait que les chiffres de 2025 sont bien loin de ceux de l’année dernière. Si l’on ne prend pas en compte Alan, les sommes levées se valent plus ou moins sur ces deux années : 92,9M € pour le T3 2025 contre 87,1M €, pour 13 levées de fonds à chaque fois.

    Top 6 des levées de fonds des entreprises françaises du numérique en santé lors du T3 2025 - @Health&Tech Intelligence
    Top 6 des levées de fonds des entreprises françaises du numérique en santé lors du T3 2025 – @Health&Tech Intelligence

    Très peu de levées au dessus de 5M € :

    Si ces chiffres sont bien loin d’atteindre ceux du T3 2024, aucune levée de fonds de moins d’un million d’euros n’a été réalisée au T3 2025, contre 3 lors du T3 précédent : PraxySanté (600K €), Next neurotech (750K €) et Kiwee.care (900K €). La majorité des levées de fonds – 8 sur 14 pour le T3 2025 et 7 sur 13 pour le T3 2024 – lors de ces deux trimestres n’ont par contre pas dépassé les 5 millions d’euros levés, ce qui montre un manque d’attrait pour les investisseurs lors de l’été, surtout en août, où seulement une levée de fonds a eu lieu cette année.

    Détails des levées de fonds au T3 2025 :

    Entreprise Logo Montant en M€ Mois Thématique  Investisseurs 
    Rainpath Logo Rainpath 2,5 Juillet Biopsies Teampact Ventures
    MovaLife Logo Movalife 1,6 Juillet Femtech
    Solence Logo Solence 1,6 Juillet Femtech Impact Shakers Ventures
    One Bioscience Logo One Biosciences 15,0 Juillet Personnalisation
    Austral DX Logo Austral Dx 2,5 Juillet Diagnostics pulmonaires et cardiaques Sorbonne Venture, fonds d’investissement spécialisé dans la santé et opéré par Audacia, et Aloe Private Equity,
    Median Technologies Logo Median Technologies 22,0 Juillet oncologie
    VitaDX Logo VitaDX 1,5 Août oncologie Go Capital et Odyssée Venture
    ArcaScience Logo Arcasciences 7,0 Septembre Drug discovery The Moon Venture. Pléiade Venture, Plug&Play Ventures, Bpifrance et AKKA Technologies
    Rofim Logo Rofim 10,0 Septembre Coordination numérique des soins la Banque des Territoires, Orange Ventures Impact, et Région Sud Investissement, accueille deux nouveaux partenaires stratégiques : CAAP Création, le fonds de capital-risque du Crédit Agricole Alpes Provence, et Buena Vista Capital.
    Juisci Logo Juisci 5,5 Septembre Documentation scientifique Ring Capital, Big Pi Ventures, Bpifrance
    Vocca Logo Vocca 4,7 Septembre Assistant vocal Speedinvest et Firstminute Capital. Kima Ventures, FJ Labs, Sequoia Scout, ainsi que plusieurs business angels, dont les fondateurs d’Alan, Datadog, Deel, Jellysmack et Mistral, y ont également participé.
    RDS Logo RDS 14,0 Septembre Télésurveillance
    Sonomind Logo de SonoMind 3,0 Septembre Psychiatrie Critical Path Ventures
  • T3 2025 : Acquisitions pour Healthy Mind et Norgine, restructuration chez Cegedim

    • 🏥Healthy Mind s’implante au Royaume-Uni avec l’acquisition de Rescape Innovation
    • 🧬Norgine intègre Theravia pour renforcer son offre en maladies rares
    • ⚖️Carmat : nouveau sursis judiciaire dans l’attente d’un repreneur
    • 📉Cegedim restructure son activité officine et supprime une centaine de postes

    Healthy Mind s’installe au Royaume-Uni en rachetant Rescape Innovation

    Le 27 août 2025, Healthy Mind, entreprise française spécialisée dans les thérapies digitales immersives, a annoncé l’acquisition de Rescape Innovation. Basée au Royaume-Uni, cette start-up développe des environnements virtuels destinés à la gestion de la douleur et de l’anxiété. Grâce à cette opération, Healthy Mind intègre les partenariats hospitaliers britanniques de Rescape, dont plus de 100 établissements de soins et des collaborations avec le NHS. La fusion permet également à Healthy Mind d’augmenter sa capacité de production de contenus : avec plus de 200 immersions désormais disponibles, l’entreprise revendique la bibliothèque la plus étoffée du marché dans ce domaine. Le rapprochement repose sur une stratégie commune de solutions non médicamenteuses, scientifiquement validées, à destination des professionnels de santé.

    Norgine finalise l’acquisition de Theravia pour étoffer son offre dans les maladies rares

    Le 14 août 2025, le laboratoire pharmaceutique Norgine a confirmé la finalisation du rachat de Theravia, société spécialisée dans les traitements pour pathologies rares. Désormais filiale à part entière du groupe, Theravia apporte une expertise complémentaire à Norgine, qui poursuit son développement dans des aires thérapeutiques à forte demande non satisfaite. L’opération vise à renforcer la présence de Norgine sur les marchés européen, australien et néo-zélandais. Un plan d’intégration structuré a été lancé pour harmoniser les opérations et les équipes des deux entreprises. Selon la directrice générale Janneke van der Kamp, cette acquisition est une étape importante pour accroître l’accès aux médicaments de Theravia.

    Carmat : le fabricant de cœurs artificiels en attente d’un repreneur

    Le fabricant de cœurs artificiels Carmat, en cessation de paiements depuis juin, a évité la liquidation judiciaire lors de l’audience du 14 octobre. Le tribunal de Versailles a repoussé sa décision au 25 novembre, donnant une dernière chance à de potentiels repreneurs. Une nouvelle offre portée par Pierre Bastid, actionnaire de l’entreprise, est en cours d’élaboration. Depuis sa création en 2008, Carmat a développé un cœur bio-artificiel destiné aux patients en attente de greffe. Malgré des premières réussies et une certification européenne obtenue en 2021, l’entreprise a souffert de difficultés techniques et de pertes financières importantes. En 2024, elle affichait un déficit de plus de 50 M€ pour 7 M€ de chiffre d’affaires. La société s’est engagée à poursuivre le suivi des patients greffés, dans l’attente d’une solution de reprise.

    Cegedim restructure son activité logicielle en pharmacie

    Enfin, l’éditeur français de logiciels Cegedim a annoncé un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) concernant une centaine de postes dans sa branche Logiciels de gestion d’officines, confrontée à un recul de son activité en France. Le groupe a obtenu l’homologation d’un accord négocié avec les représentants du personnel. Cette décision intervient dans un contexte de performances contrastées : au premier semestre 2025, le chiffre d’affaires global du groupe atteint 322,5 M€, en légère hausse. Mais sa branche logicielle, qui représente 45 % des ventes, a chuté de 5,1 %, pénalisée par la déconsolidation de sa filiale britannique INPS, placée en administration judiciaire en décembre 2024. Cegedim anticipe néanmoins une croissance annuelle comprise entre 2 et 4 % et mise sur ses autres segments, notamment l’assurance santé et les services RH, pour compenser la baisse dans la pharmacie.

  • Données cliniques : le NLP atteint la performance humaine, sans passer l’épreuve du réel (étude JAMIA)

    Une contribution essentielle au chantier de la donnée clinique structurée

    Les registres cliniques sont l’un des piliers de la recherche médicale et de l’évaluation des pratiques. Ils permettent de suivre les patients, d’évaluer les traitements et d’éclairer les politiques publiques. Mais leur alimentation repose encore largement sur une extraction manuelle des données à partir des dossiers médicaux électroniques (DME), une tâche chronophage, coûteuse et sujette à l’erreur.

    Dans ce contexte, des chercheurs voient dans le traitement automatique du langage naturel (NLP) un levier stratégique : convertir les textes narratifs des DME (comptes rendus, anapath, notes opératoires) en variables structurées, prêtes à intégrer les registres.
    C’est ce champ que vient explorer l’étude publiée par plusieurs chercheurs de l’université de la New South Wales de Sidney dans le Journal of the American Medical Informatics Association, analysant quinze ans de travaux sur l’usage du NLP pour automatiser la création de registres.

    Les auteurs constatent un essor depuis 2020, porté par les progrès de l’IA et la généralisation des DME. Mais les solutions restent encore expérimentales, hétérogènes et peu reproductibles, loin d’un standard industriel.

    Un état des lieux mondial des approches :

    L’analyse couvre 15 études conduites entre 2010 et 2025, issues de sept pays (dont les États-Unis, la Chine et l’Allemagne), et couvrant une diversité de domaines : oncologie, cardiologie, orthopédie, néphrologie, ophtalmologie ou encore maladies infectieuses.

    Les approches recensées se répartissent en six grandes familles :

    • Règles et expressions régulières, dominantes historiquement ;

    • Classification de texte (modèles classiques et réseaux de neurones) ;

    • Reconnaissance d’entités nommées (NER) pour identifier diagnostics, procédures, médicaments ;

    • Inférence textuelle (NLI) pour déduire automatiquement des relations logiques ;

    • Text mining hybride, combinant règles et apprentissage ;

    • Et, plus récemment, modèles de langage génératifs (LLM), utilisés dans une seule étude pour extraire automatiquement des informations d’anatomopathologie.

    Les performances observées varient fortement : certaines approches atteignent près de 99 % de précision sur des textes semi-structurés, quand d’autres tombent sous les 50 % de F1-score sur des corpus hétérogènes.

    Des résultats prometteurs, mais encore très inégaux

    Les méthodes à base de règles restent les plus stables lorsqu’elles s’appliquent à des formats bien cadrés (par exemple, les rapports opératoires). Les approches d’apprentissage supervisé montrent des résultats plus variables, fortement dépendants de la qualité et du volume des données annotées.

    Quant aux LLM, leurs premiers résultats sont encourageants : un taux de complétude de 97 % sur de petits échantillons de rapports médicaux. Mais les auteurs de l’étude rappellent qu’il ne s’agit encore que d’expérimentations : coût computationnel, biais, confidentialité et manque d’évaluations comparatives limitent encore leur usage clinique réel.

    Un équilibre difficile entre performance, coût et généralisabilité :

    L’étude souligne un constat récurrent : les systèmes de NLP performants sont souvent spécifiques à un registre, un hôpital ou une spécialité. Une méthode conçue pour extraire des données de cancer à partir de comptes rendus d’anapath ne peut pas être réutilisée telle quelle pour la cardiologie ou les notes de consultation, par exemple. De plus, la plupart des approches reposent sur des corpus annotés manuellement : une ressource coûteuse et difficile à maintenir dans le temps.

    Cette dépendance à l’expertise humaine rend les modèles fragiles, coûteux à adapter, et donc peu “scalables” à l’échelle nationale ou internationale.

    Un manque de validation et de partage :

    La revue révèle une faible reproductibilité :

    • 73 % des études n’ont pas mené de validation externe ;

    • 80 % ne publient pas leurs données ;

    • 53 % ne partagent pas leur code ;

    • 87 % ne diffusent ni leurs modèles, ni leurs règles.

    Malgré ces limites, cinq projets ont franchi le cap de la mise en œuvre réelle, notamment dans les registres cardiovasculaires chinois, les cancers à Taïwan ou les registres orthopédiques canadiens.

    Vers une nouvelle génération de cadres méthodologiques

    L’enseignement majeur de cette revue est qu’aucune méthode ne peut, à elle seule, répondre aux exigences de performance, de traçabilité et de généralisation. Les auteurs appellent donc à un cadre méthodologique commun, combinant :

    • des définitions normalisées des champs de registre ;

    • des pipelines “human-in-the-loop” intégrant apprentissage actif et révision experte ;

    • des validations temporelles et géographiques systématiques ;

    • et la publication d’artefacts ouverts (modèles, règles, jeux de test).

    Les fondations comme BERT, BioClinicalBERT et les LLM génératifs pourront s’y intégrer, à condition de garantir un usage contrôlé, éthique et transparent.

    Un potentiel à concrétiser :

    En conclusion, l’étude trace une ligne claire : le NLP peut déjà atteindre des performances proches de celles de l’humain sur des tâches ciblées, mais reste trop fragmenté et peu transférable pour une industrialisation à grande échelle. L’enjeu des prochaines années ne sera donc pas seulement algorithmique, mais organisationnel : concevoir des infrastructures de registres apprenantes, robustes, auditées et durables, où la donnée clinique, structurée ou non, devient un bien commun au service de la recherche et de la santé publique.

  • RGPD : chercheurs et régulateurs appellent à une analyse économique plus fine et sectorisée

    • Les coûts de mise en conformité au RGPD sont désormais bien documentés, mais les bénéfices économiques — portabilité, transparence, confiance — restent encore peu mesurés.
    • Les chercheurs mettent en avant trois leviers d’analyse : bien-être des consommateurs, structuration des marchés de données et dynamique d’innovation.
    • Les études empiriques (HEC, Stockholm School of Economics) montrent que le RGPD a réduit le traçage publicitaire sans freiner durablement la performance du marché.
    • L’impact du RGPD sur l’innovation reste ambivalent : il stimule les technologies de protection de la vie privée mais révèle un retard européen face aux États-Unis (Télécom Paris, Institut Fraunhofer).
    • Alessandro Acquisti (Carnegie Mellon University) plaide pour une évaluation économique intégrant les bénéfices non monétaires de la vie privée, comme la dignité et la protection contre les abus.
    • Un programme de recherche CNIL-Trésor sera lancé en 2026 pour étudier les effets macroéconomiques du RGPD et renforcer les connaissances sur ses impacts à long terme.

    La CNIL et Bercy appellent à mesurer les effets économiques au-delà des coûts de conformité

    Le 20 mai 2025, la CNIL et la Direction générale du Trésor ont organisé à Paris une journée internationale d’échanges sur l’impact économique du Règlement général sur la protection des données (RGPD). Plus de 450 participants – économistes, chercheurs, régulateurs français, européens et américains – ont pris part à cet événement visant à croiser analyses empiriques et réflexions prospectives sur les leviers d’une évaluation économique du règlement. Marie-Laure Denis, présidente de la CNIL, a rappelé que le RGPD ne se limite pas à la protection de la vie privée : il soutient également la libre circulation des données au sein du marché intérieur européen. Ce double objectif implique une évaluation qui prenne en compte à la fois les droits fondamentaux et les effets économiques réels.

    Dorothée Rouzet, cheffe économiste à la Direction générale du Trésor, a proposé une lecture en trois canaux : bien-être des consommateurs, structuration des marchés de données et dynamique d’innovation. Si les coûts de mise en conformité sont désormais bien documentés – notamment sous forme de charges fixes –, les bénéfices restent moins visibles : portabilité, transparence, confiance, nouveaux modèles économiques. Les chercheurs appellent à une évaluation plus complète du RGPD, intégrant aussi les gains qualitatifs pour les utilisateurs et les effets redistributifs entre acteurs économiques.

    Une complexité méthodologique renforcée par l’hétérogénéité des marchés

    Traçage publicitaire en recul, mais performance intacte

    Lors de la première table ronde, Andrea Renda (CEPS) et Olivier Micol (Commission européenne) ont souligné la complexité d’isoler les effets du RGPD dans un environnement régulatoire fragmenté et évolutif. Les travaux empiriques de Klaus Miller (HEC) et Sam Ruiqing Cao (Stockholm School of Economics) montrent par exemple que si le RGPD a réduit le traçage publicitaire, il n’a pas induit d’effets négatifs durables sur la performance du marché. Certaines entreprises auraient même amélioré la valorisation de leurs données. Cependant, la qualité des données disponibles, les différences sectorielles et la territorialité du RGPD compliquent toute tentative d’analyse d’impact robuste, notamment pour les PME.

    Un essor des technologies de protection, mais un retard européen persistant

    Animée par Bertrand du Marais (CNIL), la deuxième table ronde a mis en lumière l’ambivalence de l’impact du RGPD sur l’innovation. Patrick Waelbroeck (Télécom Paris) et Nicholas Martin (Institut Fraunhofer) notent un effet d’incitation au développement de technologies de protection de la vie privée (Privacy Enhancing Technologies), peu adoptées en Europe mais en essor aux États-Unis. Ce déplacement de l’innovation vers des solutions moins risquées révèle un retard structurel européen. La coopération entre autorités apparaît centrale. Aymeric Pontvianne (CNIL) a détaillé les travaux menés avec l’Autorité de la concurrence pour limiter les effets de concentration liés à la donnée, éviter des distorsions de marché et garantir la sécurité juridique des opérateurs.

    Vers une convergence RGPD – IA Act ?

    Philippe Aghion (Collège de France, LSE) a plaidé pour une harmonisation entre le RGPD et les futures régulations sur l’intelligence artificielle (IA Act). La concentration de la donnée et de la puissance de calcul chez quelques acteurs freine l’entrée de nouveaux concurrents. Il considère la portabilité comme un levier pour rééquilibrer le marché et stimuler la productivité, à condition d’un cadre réglementaire uniforme adapté aussi aux PME. Il alerte contre les effets pervers d’une régulation mal calibrée qui renforcerait les positions dominantes au lieu de les corriger.

    Redéfinir l’économie de la vie privée

    En conclusion, Alessandro Acquisti (Carnegie Mellon University) a appelé à dépasser une approche strictement marchande de la vie privée. S’appuyant sur les travaux de Jack Hirshleifer, il propose une vision élargie intégrant les externalités sociales de la régulation des données, et souligne que les bénéfices non monétaires – comme la dignité ou la protection contre les abus – doivent entrer dans l’analyse économique. L’exemple du traitement des données dans le cas des Rohingyas illustre les conséquences graves d’un défaut de protection. Acquisti plaide pour un cadre d’analyse tenant compte de la diversité des secteurs, des tailles d’entreprise, et des effets à long terme.

    Un programme de recherche CNIL-Trésor prévu pour 2026 sur ses effets macroéconomiques

    La CNIL et le Trésor prévoient de poursuivre ces réflexions à travers un programme de recherche commun en 2026, en lien avec les travaux de l’OCDE et de la Commission européenne. Il s’agira d’approfondir l’évaluation macroéconomique du RGPD et de renforcer les connaissances sur ses effets durables sur l’innovation, les marchés et la société. L’événement a également illustré l’« effet Bruxelles » : loin de constituer un frein au commerce, le RGPD est perçu comme un standard mondial qui sécurise les échanges et contribue à l’égalité concurrentielle. Les travaux de l’OMC et de l’OCDE confirment que le règlement européen peut constituer un levier de confiance, et non une barrière.

  • Verily lance une application gratuite qui centralise 20 ans de données médicales avec IA intégrée

    Une application pour centraliser DME, objets connectés et recommandations cliniques

    Verily, la filiale d’Alphabet spécialisée dans la santé de précision, déploie Verily Me, une application mobile gratuite qui agrège automatiquement les données de santé personnelles des utilisateurs et fournit des recommandations préventives validées par des cliniciens. L’outil s’adresse à tout adulte de plus de 18 ans, sans exigence d’assurance ou de souscription. L’application récupère les dossiers médicaux électroniques (DME) issus de multiples prestataires ainsi que les données provenant des réseaux d’échange d’informations de santé (HIE). Grâce à la plateforme Pre de Verily, ces informations — couvrant jusqu’à 20 ans d’historique — sont harmonisées et enrichies pour inclure résultats de laboratoire, ordonnances, vaccinations et notes cliniques. Cette approche vise à dépasser les limites d’interopérabilité rencontrées par d’autres plateformes numériques. Les utilisateurs ont la possibilité d’ajouter des données issues de dispositifs connectés, comme les montres Apple ou les bagues Oura. Verily précise toutefois que Verily Me ne remplace pas une solution de télésurveillance médicale mais vient compléter le parcours de soins habituel.

    Verily Me intègre un assistant IA et des recommandations validées par des professionnels de santé

    Les recommandations préventives (dépistages, contrôles de tension, etc.) sont formulées par une équipe clinique pluridisciplinaire issue du groupe médical partenaire de Verily. Ce collectif de médecins, endocrinologues, diététiciens, pharmaciens et coachs santé est déjà impliqué dans les programmes Onduo et Lightpath de gestion des maladies chroniques. Verily Me intègre également un assistant IA baptisé Violet. Ce dernier peut répondre aux questions spécifiques de l’utilisateur à partir de ses données personnelles, comme l’évolution de son taux de cholestérol. Contrairement aux IA génératives généralistes, Violet s’appuie sur le contexte médical propre à chaque profil. Il n’émet pas de diagnostic mais aide à interpréter les données. L’assistant est disponible en continu.

    Un suivi nutritionnel par IA et un accès aux études cliniques

    L’application permet un suivi nutritionnel par reconnaissance d’images : l’utilisateur photographie ses repas et l’IA estime la valeur nutritionnelle, en calories et macronutriments, fournissant des conseils en temps réel. L’objectif est de simplifier le suivi alimentaire sans saisie manuelle. Les utilisateurs peuvent également s’inscrire à des études cliniques ou contribuer au registre de données “Lifelong Health Study”, destiné à cartographier l’évolution de la santé sur le long terme. Verily souligne que les données ainsi partagées restent encadrées par des politiques strictes de consentement et de sécurité.

    Un déploiement ciblé auprès des participants aux programmes Verily

    La stratégie de diffusion de Verily Me s’appuie d’abord sur les centaines de milliers de participants déjà engagés dans les études menées par la société, ainsi que sur les patients des programmes Onduo et Lightpath. À terme, l’ambition est d’élargir l’accès à un public plus large. Toutefois, Verily reconnaît que sa notoriété auprès du grand public reste à développer.

  • Qare déploie une feuille de route à 2030 pour répondre aux déserts médicaux et aux maladies chroniques

    Avec Qare Mind et Qare Shape, la téléconsultation s’étend au suivi des pathologies chroniques

    Acteur de la téléconsultation en France (9 millions de consultations réalisées), Qare franchit une nouvelle étape stratégique. La plateforme a annoncé, le 10 octobre, son ambition de devenir la première clinique digitale de France d’ici 2030. Cette évolution repose sur un élargissement de son offre de soins au-delà des consultations ponctuelles, pour proposer un accompagnement dans la durée. À travers sa feuille de route « Vision 2030 », Qare entend répondre aux grands défis structurels du système de santé : déserts médicaux, allongement des délais d’accès aux soins, augmentation des pathologies chroniques. L’objectif affiché est de soigner 20 000 patients par jour, dont la moitié via des programmes de suivi médical.

    Dès juin 2025, deux nouveaux parcours de soins seront proposés aux patients :

    • Qare Shape, dédié à la prise en charge de l’obésité.
    • Qare Mind, centré sur la santé mentale, en particulier l’anxiété et la dépression.

    Ces programmes combinent plusieurs modalités d’accompagnement : suivi quotidien, contenus éducatifs, activités adaptées, et soutien motivationnel. L’approche se veut pluridisciplinaire et personnalisée, dans le but d’améliorer l’observance thérapeutique et l’efficacité des soins sur le long terme. Ils visent une prise en charge de 3 000 patients d’ici fin 2025, pour des durées allant de six à douze mois. Selon Qare, ces services répondent à des besoins de santé publique identifiés : 42 % des adultes en France sont en surpoids ou obèses, et un sur cinq souffre de troubles psychiques.

    Qare prévoit 7 500 recrutements et 7 millions de téléconsultations par an d’ici 2030

    Pour soutenir cette ambition, Qare prévoit :

    • Le recrutement de 7 500 nouveaux professionnels de santé (x4 par rapport à 2025),
    • Le développement de cinq programmes de soins d’ici 2030,
    • 7 millions de téléconsultations par an,
    • Et un chiffre d’affaires triplé.

    L’entreprise souhaite ainsi accompagner près d’un Français sur cinq en 2030, à parité entre téléconsultation et suivi. Le développement de ces parcours passera aussi par l’extension à de nouveaux domaines, notamment en santé de la femme.

    15 M€ investis dans l’intelligence artificielle

    Qare a annoncé un investissement de 15 millions d’euros dans le développement de l’IA, avec un assistant médical numérique co-construit avec 300 praticiens. Déployé dès 2024 pour aider à la rédaction des comptes rendus de téléconsultation (avec un taux de satisfaction supérieur à 92 %), cet assistant intégrera dès fin 2025 :

    • Une assistance à la qualification des symptômes avant la consultation.
    • Une aide à la prescription pendant l’acte médical.

    Ces outils doivent permettre de libérer du temps médical et d’améliorer la qualité de l’interaction entre le professionnel et le patient.

  • Soutenir les aînés et ceux qui les accompagnent : les Trophées de l’innovation au service du bien vieillir 2025

    Des solutions pour l’autonomie et les soignants

    HT&I a retenu plus particulièrement les solutions qui facilitent la vie des personnes âgées à domicile et allègent le travail des soignants.

    En faveur des personnes en perte d’autonomie à domicile

    • Creadiaz : une plateforme innovante d’activités cognitives et motrices sur chaise, conçue pour les personnes âgées à domicile (ou en Ehpad) afin de maintenir l’autonomie en position assise et donner un peu de répit aux aidants ;
    • Ping4Alzheimer : un programme innovant basé sur trois piliers : activité physique, stimulations cognitives et interactions sociales. Il associe le tennis de table à des protocoles spécifiques pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de maladies neurodégénératives ;
    • Livana Connect : une intelligence artificielle vocale dans un téléphone facile à utiliser pour les personnes Alzheimer. Elle demande des nouvelles, stimule les fonctions neuronales, détecte les problèmes et alerte éventuellement les proches ;
    • Senior Sitting : application qui connecte les seniors à des aidants de confiance (particuliers ou professionnels) ;
    • Xray Moov : permet de réaliser des examens d’imagerie médicale au chevet des personnes âgées ou isolées, avec une supervision médicale à distance ;
    • Mes médocs du jour : service qui propose la préparation personnalisée et sécurisée des doses de médicaments, pour améliorer l’observance thérapeutique et réduire les risques liés aux erreurs médicamenteuses à domicile.

    En faveur de la qualité de vie au travail des soignants

    • Speakli : solution vocale qui permet aux soignants de dicter leurs transmissions, automatiquement converties en comptes rendus structurés, ainsi que de valider leur plan de soin ou de transmettre leurs relevés ;
    • Carl d’AMN Conseil et Formation : un coussin innovant facilitant le retournement latéral des personnes âgées alitées et réduisant les risques de troubles musculosquelettiques.

     

  • IA en santé : notice patient, comités régionaux, labellisation des outils, 4 enjeux selon les associations d’usagers

    Le ministère de la Santé et de l’Accès aux soins poursuit l’élaboration de sa stratégie nationale sur l’intelligence artificielle en santé, amorcée après le sommet mondial sur l’IA de Paris en février 2025. Une consultation publique a été lancée en juillet pour enrichir cette feuille de route, qui s’appuie sur des cas d’usage, des propositions de cadrage réglementaire et des dispositifs d’accompagnement. France Assos Santé y a répondu avec une contribution construite à partir de retours d’expérience d’usagers réunis au sein de 13 associations.

    Quatre enjeux autour de l’usage de l’IA en santé

    La contribution associative s’organise autour de quatre axes, illustrés par des témoignages et accompagnés de recommandations opérationnelles.

    • Repenser l’accès et le recours au système de santé : L’UFC-Que Choisir, la FNAR, Le Lien et APF France Handicap s’expriment sur l’utilisation de l’IA dans des contextes tels que le triage aux urgences, la priorisation des examens d’imagerie ou encore la coordination ville-hôpital. Tous appellent à un usage encadré par des professionnels de santé, à une évaluation indépendante et à la prise en compte des biais algorithmiques qui pourraient renforcer les inégalités d’accès.
    • Repenser les soins proposés aux patients : L’UAFLMV, l’AFPric et l’APODEC alertent sur la nécessité de fiabiliser les outils d’aide à la prescription ou de diagnostic. L’IA offre des perspectives pour une médecine plus personnalisée, mais soulève des interrogations sur la validité scientifique, la transparence des algorithmes, le respect de la confidentialité des données et l’égalité d’accès à ces technologies.
    • Repenser les parcours de santé pour plus de prévention et d’accompagnement : France Alzheimer, SOS Hépatites et l’Alliance Maladies Rares insistent sur le potentiel de l’IA pour améliorer la détection précoce des pathologies chroniques, la personnalisation du suivi, et l’accompagnement à domicile. L’intégration de ces outils suppose une évaluation rigoureuse, une communication claire, et la garantie d’un accompagnement humain, notamment dans les cas de vulnérabilité ou de handicap.
    • L’IA générative face aux questions des usagers : Santé Info Droits et des représentants d’usagers en santé mentale alertent sur les risques liés à l’usage d’outils comme ChatGPT pour obtenir des réponses médicales. La prolifération de ces pratiques souligne le besoin d’acculturation et d’éducation à l’usage de ces technologies, ainsi que le développement de dispositifs fiables, validés et éthiques.

    Des propositions pour la stratégie ministérielle

    France Assos Santé formule plusieurs recommandations, dont :

    • La création d’une notice « patient » pour tout dispositif médical intégrant de l’IA classé IIb ou plus ;
    • La mise en place de comités stratégiques régionaux pour adapter les usages de l’IA aux besoins territoriaux ;
    • L’intégration de représentants des usagers dans les évaluations territoriales et nationales des dispositifs IA ;
    • La labellisation d’outils d’IA générative fiables pour les questions de santé ;
    • L’ajout systématique des cas d’usage IA validés dans les recommandations de bonnes pratiques des parcours de soins.

    Pour Gérard Raymond, président de France Assos Santé, il ne s’agit plus de débattre de l’opportunité de l’IA, mais de son utilité réelle pour les patients et la santé publique. Cette contribution collective rappelle l’importance de l’expérience des usagers dans l’élaboration des politiques publiques numériques et appelle à une gouvernance partagée, ancrée dans l’éthique, la transparence et la sécurité.

  • Rhumatismes inflammatoires : une plateforme nationale pour structurer des parcours encore trop fragmentés

    600 000 patients concernés en France, une coordination ville-hôpital à renforcer

    Un parcours de soin encore trop fragmenté

    Les rhumatismes inflammatoires chroniques (RIC) touchent environ 600 000 personnes en France. Ces pathologies, comme la polyarthrite rhumatoïde, les spondylarthropathies ou le rhumatisme psoriasique, impliquent une inflammation articulaire et une altération de la qualité de vie. Leur prise en charge nécessite un suivi, une coordination entre professionnels de ville et de l’hôpital, ainsi que des approches non médicamenteuses comme la kinésithérapie ou l’activité physique adaptée. Malgré les progrès thérapeutiques, le parcours de soin reste fragmenté. Les patients peinent parfois à comprendre leur maladie, à adhérer aux traitements ou à communiquer efficacement avec leurs soignants. Dans ce contexte, l’éducation thérapeutique et la coordination des acteurs de santé sont des leviers pour améliorer les résultats cliniques et l’autonomie des patients.

    Une solution numérique pour relier patients et soignants

    L’Alliance Rhumatech a conçu FormaRIC, une plateforme numérique accessible gratuitement en ligne. Elle constitue la première solution entièrement dédiée aux RIC, combinant formation, suivi et coordination des soins. Les patients y accèdent à des modules de formation, permettant de mieux comprendre leur pathologie, les traitements disponibles et les bonnes pratiques de gestion quotidienne. Ils peuvent également utiliser des outils d’autoévaluation standardisés, tels que les scores ASDAS (Ankylosing Spondylitis Disease Activity Score) ou DAS28 (Disease Activity Score 28), pour suivre l’évolution de leur inflammation articulaire. Un autre atout est la fiche de liaison automatisée, générée à partir des données saisies par le patient. Celle-ci peut être transmise directement aux différents professionnels impliqués dans le parcours de soin. Les professionnels de santé disposent d’un espace dédié comprenant une bibliothèque de ressources pédagogiques prêtes à l’emploi, utiles pour enrichir les entretiens éducatifs. Ils peuvent aussi accéder de manière centralisée aux données de suivi de leurs patients, y compris les résultats d’autoévaluation et les évolutions cliniques.

     

    Déployée après une phase pilote dans 7 hôpitaux, FormaRIC devient accessible à tous

    La version pilote de FormaRIC a été testée auprès d’une centaine de patients dans sept centres hospitaliers de référence : les CHU de Strasbourg, Lille, Toulouse, Rouen, Grenoble, ainsi que les hôpitaux Cochin et La Pitié-Salpêtrière (AP-HP). La plateforme est désormais ouverte à tous depuis le 27 octobre 2025. Les professionnels peuvent créer leur compte en contactant l’Alliance Rhumatech. L’ensemble des contenus a été validé par un comité scientifique pluridisciplinaire, composé de rhumatologues hospitaliers et libéraux, ainsi que de pharmaciens hospitaliers. FormaRIC est une plateforme de santé numérique qui soutient l’autonomie des patients et facilite la coordination des soins. Elle améliore la compréhension de la maladie, le suivi de l’état de santé et la communication avec les soignants. Pour les professionnels, elle sert d’outil d’aide à la décision dans un contexte de parcours fragmentés. En favorisant l’interopérabilité et la standardisation des données, FormaRIC s’inscrit dans les priorités du Ségur numérique et dans la dynamique de co-construction des outils avec les usagers.