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  • AI Act : où en est-on vraiment ?

    Ce qui s’applique déjà

    Le règlement (UE) 2024/1689, dit AI Act, est entré en vigueur le 1ᵉʳ août 2024, mais avec une application échelonnée. Deux étapes sont déjà derrière nous, et elles produisent leurs effets dès aujourd’hui.

    Depuis le 2 février 2025, deux blocs s’appliquent. D’une part, les pratiques interdites de l’article 5 : notation sociale, manipulation subliminale, identification biométrique en temps réel dans l’espace public (avec exceptions encadrées), etc. Ces interdictions relèvent du palier de sanction le plus élevé du règlement — jusqu’à 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires mondial. D’autre part, l’obligation de littératie en IA (article 4) : former le personnel et les sous-traitants qui opèrent des systèmes d’IA.

    Depuis le 2 août 2025, c’est le régime des modèles d’IA à usage général (GPAI) qui est entré en jeu (chapitre V), accompagné de la gouvernance (chapitre VII), des organismes notifiés, des règles de confidentialité (article 78) et du régime de sanctions (articles 99 et 100). C’est à cette date que le Code de bonnes pratiques pour les GPAI et les seuils de risque systémique sont devenus la grille de référence pour les fournisseurs de modèles de fondation. Point important : le Digital Omnibus ne touche pas à ce volet GPAI. Les fournisseurs de modèles doivent continuer leur travail de conformité comme prévu.

    Autrement dit, contrairement à une idée répandue, l’AI Act n’est pas « en attente » : une partie substantielle de ses obligations est déjà du droit dur applicable.

    Le Digital Omnibus comme tournant pour l’année 2026

    Dès la fin 2025, la mise en œuvre était visiblement en retard. Deux goulets d’étranglement en particulier : la désignation par les États membres de leurs autorités nationales compétentes (Orad), et surtout la finalisation des normes harmonisées (CEN-CENELEC) censées servir de colonne vertébrale technique aux exigences sur les systèmes à haut risque. Sans ces normes, demander aux entreprises de se conformer revenait à leur fixer un examen sans en avoir publié le programme.

    Sur fond d’agenda européen de « simplification » et de pression concurrentielle, la Commission a donc déposé le 19 novembre 2025 une proposition de Digital Omnibus on AI. Le processus législatif a ensuite été mené à un rythme inhabituellement rapide :

    • 13 mars 2026 : position du Conseil (orientation générale)
    • 26 mars 2026 : position du Parlement
    • 7 mai 2026 : accord politique provisoire en trilogue
    • 16 juin 2026 : vote final du Parlement (423 voix pour, 57 contre, 174 abstentions)
    • 29 juin 2026 : adoption formelle attendue au Conseil, puis publication au Journal officiel (entrée en vigueur trois jours après publication, vraisemblablement en juillet)

    Il fallait que ce texte soit en vigueur avant le 2 août 2026, faute de quoi le calendrier d’origine se serait appliqué tel quel.

    Ce que le texte change réellement :

    Le message à retenir est subtil : certaines échéances ont reculé, une nouvelle obligation est apparue, et plusieurs échéances n’ont pas bougé du tout. C’est cette nuance qu’un calendrier brut ne sait pas rendre.

    Ce qui recule :

    • Les obligations sur les systèmes à haut risque « autonomes » (annexe III : emploi, éducation, biométrie, infrastructures critiques, services essentiels, justice, migration, maintien de l’ordre) passent du 2 août 2026 au 2 décembre 2027, soit un report de seize mois.
    • Les obligations sur les systèmes à haut risque « intégrés » dans des produits réglementés (annexe I : dispositifs médicaux, machines, ascenseurs, jouets, équipements radio…) passent du 2 août 2027 au 2 août 2028.
    • La date pour les bacs à sable réglementaires nationaux (au moins un par État membre) glisse au 2 août 2027.
    • Les privilèges réservés aux PME (notamment sur les sanctions) sont étendus à une nouvelle catégorie, les petites entreprises de capitalisation moyenne (« small mid-caps »).

    Ce qui n’a pas bougé  :

    • L’essentiel des obligations de transparence de l’article 50 reste applicable au 2 août 2026. Informer l’utilisateur qu’il interagit avec une IA, signaler la reconnaissance d’émotions ou la catégorisation biométrique, divulguer les hypertrucages (deepfakes) côté déployeur : tout cela arrive bien à l’échéance initiale. Les organisations qui ont cru que « le 2 août 2026 est repoussé » ouvrent un trou de conformité.

    Ce qui est nouveau :

    • Une nouvelle interdiction est insérée à l’article 5, applicable au 2 décembre 2026 : les systèmes d’IA conçus pour générer des images intimes non consenties (les applications dites « nudifier ») et des contenus pédocriminels (CSAM). Elle vise aussi bien les fournisseurs qui mettent ces systèmes sur le marché que les déployeurs. Pour tout fournisseur d’un modèle de génération d’images, la conception de garde-fous (« safe harbour ») doit faire partie intégrante de la documentation de gestion des risques, il n’y a pas de voie « on le rajoutera plus tard ».
    • L’obligation de marquage des contenus synthétiques (filigrane / watermarking, article 50(2)) bénéficie d’un délai de grâce raccourci à trois mois : elle devient exigible le 2 décembre 2026. Concrètement, tout contenu généré par IA devra être étiqueté de façon lisible par machine. Pour les équipes techniques, c’est l’échéance la plus proche et la plus opérationnelle.

    Le texte comporte aussi des ajustements plus discrets et plus contestés : assouplissement des exigences de littératie en IA, élargissement de la possibilité de traiter des données personnelles sensibles pour détecter et corriger les biais, clarification des compétences du Bureau de l’IA, et réduction des informations à publier dans la base de données publique pour les systèmes que les fournisseurs estiment non à haut risque (une obligation d’enregistrement simplifiée a toutefois été réintroduite).

    Le nouveau calendrier de 2026 pour l’IA act :

    Date Échéance Statut
    Fin juin / juillet 2026 Adoption formelle et publication du Digital Omnibus au Journal officiel Imminent
    2 août 2026 Application de la majorité des obligations de transparence (article 50) Maintenu
    2 août 2026 Application du reste du règlement, à l’exception des obligations haut risque reportées Maintenu, mais vidé de sa charge la plus lourde
    2 décembre 2026 Interdiction des « nudifiers » et du CSAM généré par IA (article 5) Nouveau
    2 décembre 2026 Marquage obligatoire des contenus générés par IA (article 50(2)) Nouveau délai

    Mais ces reports, l’année n’est pas un répit, c’est une redistribution  : le poids s’est déplacé de l’inventaire et de la classification des systèmes à haut risque (désormais 2027-2028) vers la transparence et le marquage des contenus synthétiques (août et décembre 2026).

    Et après ? Le futur de l’AI Act

    Les grandes échéances 2027-2028 :

    • 2 décembre 2027 : entrée en application des obligations pour les systèmes à haut risque autonomes (annexe III). C’est désormais l’horizon central pour la plupart des entreprises.
    • 2 août 2028 : entrée en application pour les systèmes à haut risque intégrés dans des produits réglementés (annexe I).

    Un point trop peu souligné : ces nouvelles dates s’appliquent que les normes harmonisées soient prêtes ou non. L’argument initial du report était précisément l’attente des normes ; le compromis politique a néanmoins fixé des dates fermes. Si les normes arrivent en retard, les échéances ne reculeront pas avec elles. Les entreprises qui attendraient la publication des normes pour commencer leur inventaire prennent donc un risque réel.

    L’horizon plus lointain (2029-2031) :

    Au-delà, le règlement prévoit une série de clauses de revoyure : évaluation du fonctionnement du Bureau de l’IA (2028), réexamens périodiques des annexes et de la liste des pratiques à transparence renforcée, rapports d’évaluation au Parlement et au Conseil (à partir de 2029, tous les quatre ans), mise en conformité des grands systèmes d’information de l’annexe X d’ici fin 2030, et premier bilan d’application complet en 2031. C’est la phase de « vie longue » du règlement, celle où il sera ajusté à l’usage.

    Résumé du calendrier de l’IA Act depuis 2024 :

    Calendrier de l'IA Act depuis 2024 - H&TI
    Calendrier de l’IA Act depuis 2024 – H&TI
  • IA à l’hôpital : jusqu’à 40 % du temps infirmier à réallouer aux soins

    Alors que 65% des infirmiers interrogés déclarent déjà utiliser des LLM grand public comme outil de travail, le Centre national de l’expertise hospitalière (CNEH) appelle les établissements à structurer une stratégie d’IA institutionnelle pour automatiser la saisie du DPI, sécuriser les soins et recomposer le métier infirmier à l’horizon 2030‑2035.

    Un angle mort des stratégies IA en santé

    Alors que l’IA est désormais intégrée au travail quotidien de nombreux médecins, notamment en imagerie et biologie, le métier infirmier demeure peu présent dans les débats et projets structurants. En janvier 2025, 365 000 infirmiers exercent dans les hôpitaux et cliniques français, mais la littérature sur l’IA appliquée à cette population reste limitée à quelques travaux théoriques et expérimentations ponctuelles.

    Les données recueillies par le CNEH Prospective dans deux CHU montrent pourtant un intérêt marqué : 60% des paramédicaux de l’AP‑HP estiment que l’IA générative améliore leurs tâches, et moins de 10% déclarent une perception négative. Dans l’échantillon de 35 professionnels interrogés (dont 24 infirmiers), 65% utilisent très régulièrement ChatGPT comme outil de travail, au point d’associer spontanément l’IA à ce seul usage, souvent depuis un smartphone et en dehors de tout cadre formalisé de gouvernance.

    Cette « shadow IA » met en lumière un double enjeu : sécuriser les pratiques de terrain et orienter les investissements vers des solutions intégrées au DPI, capables de transformer réellement l’organisation des soins. Softway Medical a soutenu la réalisation de cette étude, qui ambitionne d’éclairer ces choix stratégiques.

    Trois attentes fortes : automatiser, structurer, anticiper

    Automatiser la saisie dans le DPI

    Le temps passé au DPI concentre une grande partie des irritants quotidiens décrits par les infirmiers : interfaces peu ergonomiques, multiples clics, connexions et déconnexions répétées, crainte d’oublis lors des interruptions de tâches. Une étude citée par le CNEH estime qu’un infirmier consacre 15 heures par semaine à renseigner le DPI sur un temps de travail de 35 heures, sans consensus sur la valeur exacte faute de mesures systématiques au poste.

    La quasi‑totalité des participants voit dans la dictée vocale couplée à l’IA la priorité numéro un pour alimenter automatiquement les champs les plus fréquemment utilisés du DPI (constantes, soins, observations, etc.). Inspiré notamment de l’application du Cedars‑Sinai Hospital, ce cas d’usage suppose une authentification sécurisée de l’infirmier, une identification fiable du patient, une transcription structurée adaptée aux formats du DPI, ainsi qu’une réflexion fine sur les supports (micro, tablette) et les conditions de confidentialité en chambre partagée.

    Structurer les transmissions pour gagner en pertinence

    Deuxième levier identifié : la structuration automatique des transmissions écrites à partir d’une analyse du DPI. Certains infirmiers déclarent passer plus d’une heure à préparer les transmissions, avec des pertes d’information lorsque les temps de relève sont réduits sur des organisations en 12 heures.

    L’usage attendu consiste à générer des synthèses priorisées, relues et ajustées par les soignants, afin de fiabiliser les données tracées et de faire émerger les éléments cliniques significatifs dans des dossiers longs ou transférés entre services. L’objectif est double : réduire le temps de préparation et passer de transmissions ciblées à des transmissions systématiquement structurées et analysées par l’IA.

    Des alertes prédictives pour organiser le travail

    Les infirmiers attendent aussi des solutions capables de hiérarchiser leurs priorités grâce à des alertes prédictives fondées sur l’analyse continue des données patients. Dans le suivi à distance, des IPA s’appuient déjà sur des objets connectés et des questionnaires transmis à des algorithmes qui génèrent des alertes, permettant de concentrer les appels sur les patients qui en ont le plus besoin.

    Cette logique est transposable à l’hospitalisation : en identifiant des signaux faibles avant la décompensation, l’IA permettrait de passer d’un mode réactif à une organisation anticipatrice, avec une recomposition du workflow infirmier autour de la gravité et de l’urgence plutôt que de l’ordre d’apparition des demandes.

    Automatiser et augmenter : vers l’infirmier « augmenté »

    L’étude distingue deux familles d’applications, complémentaires dans leurs effets sur le quotidien infirmier.

    IA qui automatisent

    Au‑delà de la dictée vocale et des transmissions, les soignants interrogés identifient plusieurs domaines propices à l’automatisation : création des plannings via des outils comme Hopia ou Planning Medical, calcul de la charge en soins, gestion prévisionnelle des stocks de dispositifs, interrogation intuitive de la GED via un LLM privé ou encore chatbots pour la gestion des appels et des demandes logistiques.

    Le CNEH insiste sur un point : sans connexion directe au DPI et aux logiciels RH, ces solutions resteront fragmentées et à faible impact global, malgré l’existence d’offres spécialisées (DrugOptimal pour l’aide à l’administration des médicaments, SANIIA pour la charge de travail, robots de transport ou de logistique, etc.). La priorité donnée à l’intégration avec le DPI conditionne la capacité à dégager de véritables gains de productivité et de qualité.

    IA qui augmentent

    Les « IA agentiques » évoquées visent à soutenir les tâches complexes : alertes prédictives multi‑paramètres, appui à la lecture des ECG, priorisation dynamique des tâches selon l’état des patients et les contraintes organisationnelles, prévision d’activité aux urgences, construction de chemins cliniques à partir du DPI et de la littérature, analyse des événements indésirables pour orienter les plans de formation, ou encore assistance à la sélection de pansements complexes via l’analyse d’images.

    Sur le médicament, des solutions comme DrugOptimal illustrent déjà un appui à l’administration, en repérant les incompatibilités, proposant une organisation des rampes de perfusion et rappelant les bonnes pratiques, avec en toile de fond la réduction d’une iatrogénie médicamenteuse qui touche plus de 10% des patients. Combinées, ces briques laissent entrevoir une recomposition du métier, avec moins de temps passé loin du patient, moins d’interruptions et des outils d’aide à la décision disponibles en continu.

    Préserver les compétences, redéfinir la productivité

    Un risque de « biais d’automatisation » à encadrer

    Les auteurs consacrent un chapitre entier au risque d’appauvrissement des compétences humaines, en particulier pour les étudiants infirmiers, si le raisonnement clinique et la surveillance sont trop délégués aux algorithmes. Ils pointent la possible atrophie de l’observation directe, la tendance documentée à suivre passivement les recommandations des systèmes (« automation bias ») et l’appauvrissement potentiel de la relation de soin dans des environnements trop médiatisés par la technologie.

    Pour y répondre, l’étude recommande de revisiter les référentiels de compétences afin de réaffirmer l’observation clinique, la décision en incertitude, la communication thérapeutique et l’éthique comme compétences noyau, évaluées indépendamment des outils numériques. Elle appelle aussi à développer une « pédagogie de l’écart » dans les IFSI, à utiliser la simulation pour entraîner l’action en cas de défaillance des systèmes, et à organiser un « retour au geste » dans la formation continue des professionnels déjà en poste.

    De la rationalisation à l’investissement clinique

    Sur la question de la productivité, le CNEH propose une approche explicite : mesurer le nombre de tâches touchées par l’IA, l’économie de temps par tâche et en déduire un gain de productivité par poste. Compte tenu de la performance de l’IA sur les tâches répétitives, les auteurs recommandent de démarrer par les cas d’usage centrés sur le DPI.

    Ils défendent toutefois une orientation politique claire : ne pas dissoudre les gains de temps dans une simple réduction des effectifs, mais les réinvestir dans le temps clinique direct et dans le développement continu des compétences. À la clé, une redéfinition de la productivité infirmière, qui ne se mesurerait plus en nombre d’actes mais dans la capacité à exercer un jugement clinique autonome et à assurer une présence relationnelle auprès de patients plus âgés et plus complexes.

    Lancer des projets IA : cinq priorités et une gouvernance

    Le CNEH distingue deux niveaux d’action pour les établissements : des projets institutionnels pilotés par la direction et des initiatives individuelles à structurer plutôt qu’à freiner.

    Pour les projets institutionnels, une « méta‑méthode » est proposée, avec une attention particulière à la sécurité des données, à la conformité RGPD, à l’interopérabilité avec le DPI et à la mise à l’échelle rapide via des phases pilotes formalisées. Cinq domaines sont identifiés comme prioritaires.

    • Traçabilité et saisie dans le DPI,

    • Transmissions,

    • Préparation et traçabilité médicamenteuse,

    • Surveillance clinique et alertes (chute, escarre, sepsis, décompensation),

    • Priorisation des soins.

    Chaque cas d’usage devrait être évalué selon quatre critères croisés : impact sur la pratique soignante (temps, risques, qualité), faisabilité technique (données, compatibilité DPI), coût complet et retour sur investissement. En parallèle, l’étude recommande de documenter semestriellement les usages individuels des LLM par les infirmiers, pour détecter les pratiques émergentes et les transformer, le cas échéant, en projets institutionnels.

    En conclusion, les auteurs rappellent que la transformation du métier infirmier par l’IA ne sera pas d’abord technique mais stratégique : elle dépendra des décisions prises par les autorités et les directions d’établissement sur l’affectation des gains de productivité, l’évolution des compétences et l’organisation du travail soignant.

  • Expérience patient : L’Ifep veut en faire un levier stratégique du système de santé d’ici 2030

    Passer d’initiatives locales à une véritable stratégie nationale

    Depuis plusieurs années, les démarches visant à mieux intégrer le vécu des patients se multiplient dans les établissements de santé. Questionnaires d’expérience, patients partenaires, co-construction des parcours ou encore implication des proches : les initiatives se sont diversifiées et les bénéfices sont désormais largement documentés.

    Pour l’Ifep, le principal défi n’est donc plus de démontrer l’intérêt de ces approches, mais de changer d’échelle. Le manifeste défend l’idée que l’expérience patient ne doit plus être considérée comme un projet annexe ou un simple indicateur de satisfaction, mais comme un levier transversal d’amélioration de la qualité, de la pertinence des soins et de l’organisation du système de santé.

    Cette orientation rejoint les annonces de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, lors de son discours aux Trophées de l’Expérience Patient 2026 où elle a réaffirmé sa volonté de structurer une politique nationale dédiée à l’expérience patient.

    Quatre priorités pour transformer durablement le système :

    Pour atteindre cet objectif à l’horizon 2030, le manifeste identifie quatre axes structurants :

    • renforcer la participation des citoyens aux transformations du système de santé ;
    • intégrer davantage l’expérience patient dans la formation initiale et continue des professionnels ;
    • favoriser le partage des retours d’expérience et les démarches d’innovation collaborative ;
    • développer les travaux de recherche permettant de mieux comprendre et mesurer l’expérience vécue par les patients et leurs proches.

    Au-delà de ces orientations, le texte insiste sur une évolution culturelle : considérer les retours des usagers non comme une évaluation a posteriori, mais comme une ressource mobilisable pour améliorer les organisations, les parcours et les pratiques professionnelles.

    L’expérience patient comme marqueur des transformations à venir

    Le manifeste rappelle également que cette ambition ne peut être dissociée d’un autre enjeu majeur : l’accès aux soins. Une expérience de qualité suppose d’abord un parcours accessible, coordonné et équitable.

    En appelant l’ensemble des établissements, fédérations, associations, institutions et entreprises à rejoindre cette démarche, l’Ifep cherche ainsi à fédérer un mouvement collectif autour d’une conviction simple : la qualité du système de santé ne se mesure plus uniquement par ses résultats cliniques, mais également par la manière dont les patients vivent leur parcours.

    À l’heure où les établissements investissent dans le numérique, l’intelligence artificielle ou la transformation organisationnelle, ce manifeste rappelle qu’aucune innovation ne pourra produire pleinement ses effets sans intégrer l’expérience des patients et des professionnels comme un véritable indicateur stratégique.

  • Mortalité en France : cancers et maladies cardiovasculaires concentrent près de la moitié des décès en 2024

    Une mortalité en baisse malgré tout

    La Drees, le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès de l’Inserm (CépiDc) et Santé publique France publient trois études consacrées aux causes de décès en France en 2024.

    Au total, 641 046 personnes résidant en France sont décédées sur le territoire en 2024, soit près de 4 000 décès supplémentaires par rapport à 2023. Cette hausse s’explique en partie par le vieillissement démographique. Corrigé de cet effet, le taux de mortalité standardisé recule à 777,9 décès pour 100 000 habitants, contre 788,9 en 2023.

    Ce niveau constitue le plus faible observé à ce jour. Les auteurs soulignent néanmoins que la mortalité reste « significativement supérieure » à celle qui aurait résulté de la poursuite des tendances observées entre 2015 et 2019, ou entre 2012 et 2019, avant la crise sanitaire liée au Covid 19.

    Les cancers demeurent la première cause de décès

    Les tumeurs, essentiellement les cancers, restent la première cause de mortalité en France. Elles représentent 27,1 % de l’ensemble des décès, devant les maladies cardio-neurovasculaires qui en concentrent 21,2 %.

    À elles seules, ces deux catégories totalisent près de la moitié des décès enregistrés dans le pays.

    La mortalité liée aux tumeurs poursuit sa baisse. Les auteurs relèvent toutefois deux exceptions : le cancer du pancréas, dont la mortalité continue d’augmenter, ainsi que les cancers du poumon, des bronches et de la trachée chez les femmes.

    Les décès imputables aux tumeurs concernent par ailleurs des personnes plus jeunes que la moyenne des décès observés toutes causes confondues.

    Les maladies cardiovasculaires restent au deuxième rang

    Les maladies cardio-neurovasculaires (qui regroupent notamment les infarctus du myocarde, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et l’insuffisance cardiaque) demeurent la deuxième cause de décès en France.

    Leur poids recule légèrement par rapport à 2023, mais leurs taux de mortalité restent supérieurs à ceux qui auraient été observés si les tendances pré-pandémiques s’étaient prolongées.

    Les premières estimations disponibles pour 2025 suggèrent une légère baisse des taux de mortalité liés aux cancers et aux maladies cardio-neurovasculaires. En revanche, le nombre absolu de décès associés à ces pathologies pourrait rester stable ou progresser sous l’effet de l’arrivée des générations du baby-boom à des âges plus avancés.

    La hausse des maladies respiratoires compense en partie le recul du Covid-19

    La baisse globale de la mortalité observée en 2024 est principalement portée par le recul des décès liés au Covid-19.

    Cette amélioration est cependant partiellement neutralisée par la progression des maladies de l’appareil respiratoire hors Covid-19. Celles-ci représentent désormais 8,2 % des décès et constituent la troisième grande cause de mortalité en France.

    La hausse est portée par l’augmentation des décès liés aux grippes et aux pneumonies. Les auteurs l’associent notamment à l’épidémie grippale 2024-2025, caractérisée par un démarrage précoce et un pic observé à la mi-janvier 2025.

    Les travaux mettent également en évidence une progression de la mortalité liée aux maladies infectieuses, notamment aux septicémies, ainsi qu’une augmentation continue depuis 2019 des infections de l’appareil génito-urinaire.

    Plus d’un décès sur cinq présente une cause imprécise ou inconnue

    L’analyse des certificats de décès révèle que 4,8 % des décès sont enregistrés avec une cause inconnue et que 16,5 % présentent une cause initiale insuffisamment précise.

    Ces catégories regroupent notamment les arrêts respiratoires, la sénilité, certaines insuffisances cardiaques ou encore les septicémies dont l’origine n’est pas documentée.

    Après prise en compte des différences d’âge, les décès survenant à domicile et ceux concernant les femmes sont plus fréquemment associés à des causes imprécises.

    Les comorbidités documentées dans un tiers des certificats

    Au-delà de la cause initiale du décès, 32 % des certificats mentionnent au moins une cause associée, correspondant à une comorbidité ou à un antécédent médical. En moyenne, 2,2 causes associées sont recensées lorsqu’elles sont renseignées.

    Tous âges confondus, les causes associées les plus fréquemment mentionnées sont l’hypertension artérielle, les troubles du rythme et de la conduction cardiaque, le diabète sucré et les tumeurs.

    Chez les personnes âgées de 65 ans ou plus, l’hypertension artérielle constitue la première cause associée. Avant cet âge, les tumeurs, l’alcool et le tabac apparaissent plus fréquemment dans les certificats de décès.

    Des enseignements pour le suivi des maladies chroniques

    Les publications conjointes de la Drees, de l’Inserm et de Santé publique France confirment le recul de la mortalité observé depuis la sortie de la crise sanitaire, tout en soulignant la persistance d’un niveau de mortalité supérieur aux trajectoires attendues avant la pandémie.

    Elles mettent également en évidence le poids durable des cancers et des maladies cardiovasculaires, qui continuent de représenter près d’un décès sur deux, ainsi que la progression des pathologies respiratoires et infectieuses dans un contexte de vieillissement de la population.

     

  • Welcoop investit dans l’IA et la prévention pour transformer les soins de ville

    L’organisation estime que la préservation de l’accès aux soins passe par un accompagnement de l’évolution des métiers de santé et par le développement de solutions capables d’améliorer l’efficience du système.

    Portée par plus de 4 000 pharmaciens coopérateurs, La Coopérative Welcoop fédère huit métiers complémentaires et a réalisé un chiffre d’affaires de 438 M€ en 2025. Présente dans les secteurs de la santé de ville et du médico-social, elle structure sa stratégie 2026-2030 autour de trois axes : la prévention, l’interprofessionnalité et l’intelligence artificielle.

    Un modèle coopératif fondé sur la redistribution

    Selon Jean-Pierre Dosdat, président du Conseil de surveillance de La Coopérative Welcoop, l’ambition est d’accompagner les professionnels de santé dans l’évolution de leurs pratiques tout en contribuant à un modèle soutenable pour les soignants et les patients. L’organisation met en avant un modèle coopératif reposant sur la mutualisation des ressources et la redistribution de la valeur créée.  Les résultats dégagés sont réinvestis dans des projets destinés aux professionnels de santé et aux patients, en opposition à une logique de financiarisation du secteur.

    Prévention : des initiatives centrées sur l’autonomie et la protection des soignants

    Welcoop met en avant plusieurs réalisations et projets destinés à répondre aux enjeux de santé publique.

    Sur le volet de la prévention des chutes, sa filiale D Medica a contribué à sécuriser 1 064 patients à domicile en 2025. Selon les estimations avancées par le groupe, cette action représente environ 10,6 M€ d’économies pour le système de santé, grâce à la réduction des hospitalisations et au maintien de l’autonomie des personnes concernées.

    À la rentrée 2026, la coopérative prévoit également de présenter son plan « Non Violence », actuellement en phase d’expérimentation. Ce dispositif vise à prévenir les incivilités et les violences à l’encontre des professionnels de santé. Il reposera sur des actions de formation, de sensibilisation ainsi que sur l’intégration d’outils dédiés dans les logiciels utilisés par les médecins et les pharmaciens.

    Par ailleurs, Welcoop finalise un livre blanc consacré à l’autonomie des personnes âgées. Élaboré avec des médecins, infirmiers, gériatres, associations de patients et acteurs de terrain, ce document proposera une organisation destinée à détecter précocement les signes de perte d’autonomie et à favoriser le maintien à domicile.

    L’IA comme outil d’appui aux professionnels

    À travers sa filiale Equasens, le groupe indique avoir investi près de 10 M€ au cours des trois dernières années dans des infrastructures et services technologiques dédiés à l’IA. Les solutions développées sont déjà déployées auprès des professionnels de santé et des auxiliaires médicaux. Elles visent notamment à réduire la charge administrative, libérer du temps médical, renforcer les actions de prévention et améliorer la coordination des parcours de soins.

    La coopérative inscrit ces développements dans une logique de souveraineté technologique, fondée sur le respect des réglementations européennes, des principes éthiques et des exigences de transparence.

    Un écosystème articulé autour du numérique, de l’industrie et des services

    La stratégie de Welcoop s’appuie sur plusieurs entités complémentaires. Equasens constitue le pilier numérique du groupe, avec une présence en France et en Europe dans les solutions digitales de santé.

    L’écosystème comprend également Cristers, présenté comme le seul fabricant de médicaments génériques 100 % français. L’entreprise consacre l’intégralité de ses stocks au marché national afin de sécuriser l’approvisionnement en médicaments.

    À ces activités s’ajoutent des services de formation, d’accompagnement des professionnels de santé, de maintien à domicile et de coordination des parcours. Pour La Coopérative Welcoop, cette complémentarité doit permettre de combiner leviers technologiques, industriels, humains et organisationnels afin d’améliorer les parcours de santé dans le cadre de sa stratégie 2026-2030.

     

  • Baromètre 2026 : 60 % des nouveaux médicaments accessibles en France, contre 93 % en Allemagne, le Leem appelle à agir avant 2027

    Une industrie qui conserve ses fondamentaux mais perd en compétitivité

    Le Baromètre 360° 2026 de l’attractivité de la France pour l’industrie pharmaceutique, réalisé par PwC Strategy& pour le Leem, dresse un constat contrasté.

    La France demeure le deuxième marché pharmaceutique européen et le deuxième employeur du secteur. L’emploi, les investissements industriels, les capacités de recherche et développement ainsi que l’accès global aux traitements restent globalement stables. Le baromètre souligne également une amélioration de la gestion des ruptures d’approvisionnement, dont le niveau retrouve celui observé en 2017.

    Cette stabilité masque un décrochage progressif face à des pays qui accélèrent leurs politiques d’innovation et d’attractivité. Selon Jean-François Brochard, président du Leem, « stagner, face aux autres pays qui investissent, c’est reculer ».

    Des délais d’accès aux innovations toujours parmi les plus élevés d’Europe

    Le rapport met en évidence un retard persistant de la France dans l’accès aux nouveaux médicaments.

    En 2025, seuls 60 % des médicaments ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché européenne sont accessibles et remboursables en France, contre 93 % en Allemagne. La France occupe désormais la huitième place européenne sur cet indicateur.

    Le délai médian entre l’autorisation de mise sur le marché et la disponibilité effective d’un médicament atteint 520 jours en France, contre 56 jours en Allemagne. Selon le Leem, cette situation résulte principalement de négociations économiques jugées trop longues et d’une reconnaissance insuffisante de la valeur de l’innovation.

    Le dispositif d’accès précoce permet de réduire ces délais, mais son utilisation recule. Pour la première fois depuis sa création, plus de la moitié des médicaments considérés comme innovants par la Haute Autorité de santé (ASMR I à IV) n’ont pas fait l’objet d’une demande d’accès précoce.

    La recherche clinique confrontée à une concurrence internationale renforcée

    Le baromètre met également en évidence un recul de l’attractivité française pour la recherche clinique. Alors que 63 % des essais cliniques sont désormais réalisés en Asie, l’Europe n’en accueille plus que 20 %.

    Sur les essais cliniques multinationaux, la France est passée de la deuxième à la quatrième place en Europe entre 2022 et 2025. La rapidité de mise en œuvre des essais devient, selon le Leem, un critère déterminant pour orienter les investissements internationaux.

    Le rapport souligne également un recul de la France dans le domaine de l’innovation, avec une cinquième place mondiale pour les brevets pharmaceutiques déposés en Europe.

    Une pression économique jugée dissuasive

    Le Leem pointe également un environnement économique considéré comme moins favorable que dans les principaux pays concurrents.

    Le taux de prélèvements obligatoires sur les entreprises pharmaceutiques atteint toujours 60 % du résultat d’exploitation, soit le niveau le plus élevé parmi les principaux pays d’Europe de l’Ouest. Les baisses annuelles de prix des médicaments ont par ailleurs atteint 1,35 milliard d’euros en 2025, un niveau inédit.

    À cela s’ajoutent les incertitudes liées aux politiques internationales de prix des médicaments et aux évolutions réglementaires européennes, notamment la révision de la directive sur le traitement des eaux résiduaires urbaines, dont le coût est estimé entre 7 et 9 milliards d’euros pour les secteurs pharmaceutique et cosmétique sur la période 2028-2045.

    Trois priorités pour les prochains mois

    Le Leem estime que les dix prochains mois, avant l’élection présidentielle de 2027, doivent permettre de mettre en œuvre des mesures rapidement applicables.

    L’organisation formule trois séries de recommandations :

    • Accélérer l’accès aux nouveaux médicaments en réduisant les délais de négociation des prix et du remboursement, en levant les blocages concernant les médicaments orphelins et innovants, en consolidant les dispositifs d’accès précoce et en améliorant la cohérence des évaluations.
    • Relancer l’attractivité de la recherche clinique grâce à un dispositif de fast-track national et européen, à la simplification et à la décentralisation des essais, à la formation des acteurs aux nouvelles méthodologies et à une meilleure prise en compte des investissements en R&D dans les politiques de prix.
    • Rendre le cadre économique plus lisible en renforçant la cohérence des prix en Europe, en supprimant la clause de sauvegarde, en levant les freins au déremboursement afin d’éviter les arrêts de commercialisation et en mettant fin aux campagnes annuelles de baisses de prix.

    Le Leem considère également que les négociations en cours entre le Comité économique des produits de santé et les entreprises du médicament constituent une opportunité pour restaurer la reconnaissance de la valeur du médicament, assurer la viabilité économique des produits matures et réduire les délais d’accès aux innovations.

     

  • Après la validation clinique, Catel appelle à réformer le financement de l’IA en imagerie médicale

    Du déploiement de l’IA à la question de sa valorisation

    En 2025, Catel publiait un premier livre blanc consacré aux conditions d’un déploiement durable de l’intelligence artificielle en imagerie médicale. Réalisé avec le soutien de Dell Technologies et NVIDIA, le document dressait un état des lieux des obstacles qui freinent l’intégration des solutions dans les établissements de santé : infrastructures, validation clinique, organisation des soins, gouvernance et financement.

    Un an plus tard, la seconde partie du livre blanc, Le pari gagnant de l’IA en santé avec un modèle économique rénové, réalisée en partenariat avec SCC et Dell Technologies, prolonge cette réflexion sous un angle plus ciblé.

    Si les auteurs considèrent que les bénéfices cliniques de plusieurs applications sont désormais établis, ils estiment que le principal frein au passage à l’échelle réside désormais dans l’absence d’un modèle économique adapté.

    Des usages qui sortent de la phase expérimentale

    Comme le premier volet, cette nouvelle publication s’appuie sur une revue de la littérature, complétée par des entretiens avec des radiologues, des représentants institutionnels français et des experts européens.

    Les auteurs considèrent que l’IA ne relève plus de la prospective. Plusieurs applications sont aujourd’hui utilisées en pratique clinique, notamment pour le dépistage, le diagnostic, le triage des examens ou l’optimisation des flux de travail.

    Le document passe en revue cinq domaines cliniques : le sein, le poumon, la neuroradiologie, l’appareil musculosquelettique et la prostate. Pour chacun, il distingue les applications déjà opérationnelles des développements encore en cours, comme les modèles multimodaux, la radiomique ou les approches prédictives destinées à personnaliser les parcours de soins.

    Parmi les usages déjà déployés figurent notamment l’aide au dépistage du cancer du sein, la détection des nodules pulmonaires, le diagnostic de l’embolie pulmonaire, le triage des accidents vasculaires cérébraux, la détection des fractures, l’évaluation de l’âge osseux ou encore l’assistance à l’interprétation des IRM prostatiques.

    Un verrou déjà identifié en 2025

    Le premier livre blanc soulignait déjà que les performances des algorithmes ne suffisaient pas à garantir leur diffusion. Les auteurs identifiaient trois verrous à lever :

    • Un verrou économique.
    • Un verrou clinique et organisationnel.
    • Ainsi qu’un verrou technologique.

    Ils rappelaient notamment que les investissements sont aujourd’hui largement supportés par les établissements de santé, alors que les bénéfices peuvent profiter à d’autres acteurs du système ou apparaître à plus long terme. Certaines applications, comme la stratification du risque dans le dépistage du cancer du sein, ne disposent toujours pas d’un modèle économique stabilisé.

    Les échanges avec les radiologues, industriels et directions des systèmes d’information mettaient également en évidence les enjeux liés à la validation indépendante des logiciels, à la formation des utilisateurs, aux choix d’infrastructures entre edge computing et cloud, ainsi qu’à l’interopérabilité avec les systèmes d’information hospitaliers.

    Repenser le financement des usages

    La seconde partie du livre blanc fait du financement le sujet central. Selon les auteurs, les mécanismes actuels rémunèrent principalement les actes réalisés et prennent encore peu en compte les bénéfices produits par l’IA sur la qualité des soins, la réduction des délais, l’organisation des parcours ou les gains de productivité.

    Ils proposent de dépasser une logique centrée sur l’acte pour intégrer davantage la valeur créée par ces technologies.

    Les recommandations portent notamment sur une meilleure prise en compte de la qualité des soins, de l’amélioration des parcours de prise en charge, des gains organisationnels, de l’efficience des organisations et des bénéfices médico-économiques associés aux outils d’IA.

    Du démonstrateur au passage à l’échelle

    Pris ensemble, les deux volets du livre blanc décrivent une évolution du débat autour de l’IA en imagerie médicale. Le premier identifiait les conditions nécessaires à son intégration dans les organisations de soins, et le second considère que les usages les plus matures ont désormais démontré leur intérêt clinique et que la question se déplace vers leur valorisation économique.

    Les auteurs concluent que le passage à l’échelle dépend désormais de la capacité à faire évoluer les mécanismes de financement afin d’aligner les incitations économiques sur les bénéfices réellement apportés par ces technologies pour les patients, les professionnels de santé et les établissements.

     

  • Étude : les données de santé alimentent une chaîne d’approvisionnement cybercriminelle structurée

    Les données de santé volées sont devenues une marchandise durable au sein de l’écosystème cybercriminel. C’est le constat dressé par l’étude The Cybercriminal Underground: Mapping the Healthcare Data Economy, publiée par TrendAI. Les chercheurs ont analysé, sur une période de douze mois, 7 779 messages publiés sur des forums clandestins, 21 813 annonces de marketplaces compromises et 95 sites de fuite de données liés aux ransomwares.

    Leurs travaux montrent que les groupes de ransomwares, les access brokers, les vendeurs d’identifiants et les plateformes clandestines fonctionnent désormais comme une véritable chaîne d’approvisionnement, chaque acteur contribuant à la monétisation répétée des données de patients.

    Les ransomwares dominent les échanges

    Selon l’étude, les données issues de ransomwares représentent 36,3 % de l’activité des marketplaces clandestines. Les attaquants associent désormais systématiquement chiffrement des systèmes, vol de données et extorsion, multipliant les possibilités de revenus après une intrusion.

    Les chercheurs soulignent que les dossiers médicaux conservent une valeur bien supérieure à celle des données financières. Contrairement à une carte bancaire, un diagnostic, un historique médical ou des données biométriques ne peuvent être remplacés, ce qui permet leur exploitation sur une longue période pour différents types de fraude, notamment l’usurpation d’identité, les fraudes à l’assurance ou le chantage ciblé.

    Les éditeurs de logiciels de santé deviennent des cibles privilégiées

    L’étude met également en évidence la progression des attaques contre les fournisseurs de dossiers de santé électroniques (DSE), de dossiers médicaux partagés (DMP) et plus largement les éditeurs de technologies de santé.

    Ces attaques de la chaîne d’approvisionnement permettent à un seul incident de compromettre simultanément des centaines d’établissements de santé. Les chercheurs estiment que cette évolution marque le passage d’attaques opportunistes à des opérations industrielles visant l’ensemble de l’écosystème de soins.

    Le rapport relève également l’émergence de nouveaux marchés spécialisés, notamment autour des systèmes d’imagerie médicale (DICOM), des faux documents médicaux, des données d’assurance ou encore des accès aux réseaux hospitaliers.

    Un risque systémique pour les établissements de santé

    “Ce que nous observons n’est pas une activité cybercriminelle isolée, mais une véritable économie souterraine mature construite autour des informations de santé”

    Pour les auteurs, la cybercriminalité ciblant la santé fonctionne désormais comme une économie mature, dans laquelle les access brokers, les affiliés de ransomwares, les vendeurs d’identifiants et les spécialistes de la fraude interviennent successivement afin de maximiser la valeur des données compromises.

    Face à cette industrialisation, TrendAI alerte sur le risque croissant que représentent les compromissions de fournisseurs de logiciels et de plateformes médicales. Une seule faille chez un prestataire peut désormais servir de point d’entrée vers de nombreux établissements, élargissant considérablement la portée des attaques et compliquant leur détection.

     

  • Innov’up Santé des femmes : jusqu’à 225 000 € de subvention, candidatures ouvertes jusqu’au 25 septembre

    Un appel à projets dédié à l’innovation en santé des femmes

    La Région Île-de-France, en partenariat avec Bpifrance, ouvre le dispositif Innov’up Santé des femmes” afin de soutenir le développement de solutions qui répondent aux enjeux spécifiques de la santé féminine. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 25 septembre 2026 à 23 h.

    Le financement couvre différentes phases de développement, de la faisabilité au prototypage, puis au développement et à l’expérimentation.

    Des aides adaptées à la taille des projets

    Les projets dont le budget est inférieur ou égal à 500 000 € peuvent bénéficier d’une subvention pouvant atteindre 225 000 €.

    Pour les projets dépassant ce seuil, le soutien prend la forme d’une subvention complétée par un prêt à l’innovation ou une avance remboursable. Le taux d’intervention varie de 25 % à 45 %, selon la taille de la structure porteuse.

    Des thématiques couvrant l’ensemble de la santé des femmes

    Le dispositif cible les innovations portant notamment sur :

    • La santé reproductive et gynécologique.
    • Les maladies chroniques présentant des spécificités liées au genre.
    • La grossesse, le post-partum et la santé maternelle.
    • La ménopause et le vieillissement.
    • La santé mentale des femmes.
    • Les dispositifs médicaux, les biotechnologies et les solutions d’intelligence artificielle.
    • Les initiatives visant à améliorer l’accès aux soins et à réduire les inégalités territoriales.

    Structures éligibles

    L’appel à projets est ouvert aux TPE, PME et ETI implantées en Île-de-France ou en cours d’implantation, ainsi qu’aux associations exerçant une activité économique. En revanche, les hôpitaux, centres de santé et fédérations de professionnels de santé ne sont pas éligibles en tant que porteurs de projet.

    Points de vigilance avant le dépôt

    Les candidats doivent vérifier leur éligibilité territoriale, construire un budget cohérent avec les plafonds d’aide et les taux d’intervention, puis déposer leur dossier avant le 25 septembre 2026.

    L’instruction des dossiers sera assurée par la Région Île-de-France et Bpifrance. En l’absence de précisions sur les critères d’évaluation, les porteurs de projet ont intérêt à documenter l’innovation proposée, son impact attendu et sa faisabilité. Les établissements de santé souhaitant participer devront également envisager un portage via une structure éligible ou un partenariat adapté.

    Innov’up Santé des femmes

     

  • Brain&Mind finance une plateforme de protéomique NULISA à l’AP-HP

    Une nouvelle infrastructure pour la recherche translationnelle en neurosciences

    L’Institut reConnect, le biocluster Brain&Mind et l’AP-HP ont inauguré le 17 juin 2026 la plateforme clinique de protéomique ultra-sensible NULISA à l’hôpital Lariboisière – Fernand-Widal AP-HP. L’événement s’est tenu en présence de Nicolas Revel, directeur général de l’AP-HP, de Claire Paquet, directrice scientifique de l’Institut reConnect et neurologue au sein de l’établissement, ainsi que d’Alexis Génin, directeur général de Brain&Mind.

    Cette infrastructure est destinée à soutenir les travaux des équipes de la communauté Brain&Mind, dont l’Institut hospitalo-universitaire reConnect et l’AP-HP. Elle doit permettre de caractériser avec une sensibilité élevée les profils de biomarqueurs circulants de patients atteints de troubles neurologiques, psychiatriques ou de déficiences sensorielles.

    Une technologie de profilage protéique à très haute sensibilité

    Intégrée au sein de l’Institut reConnect, la plateforme répond aux besoins de la recherche clinique et translationnelle en proposant un profilage multiplexé de biomarqueurs protéiques à partir d’échantillons biologiques de faible volume.

    L’approche permet la quantification simultanée de plusieurs centaines de protéines de faible abondance avec une sensibilité de l’ordre du femtomolaire, au-delà des performances des immunodosages conventionnels.

    La plateforme est particulièrement adaptée à l’étude de cohortes cliniques, aux suivis longitudinaux et à l’analyse d’échantillons précieux tels que le plasma ou le liquide céphalorachidien. Encore peu déployée en France, cette technologie positionne l’Institut reConnect comme un centre de référence national en protéomique appliquée aux neurosciences.

    Un financement porté par le biocluster Brain&Mind

    L’acquisition de la plateforme a été financée par Brain&Mind dans le cadre de sa stratégie de soutien à la recherche sur les biomarqueurs.

    Ce financement a permis l’installation de l’équipement sur le site de l’hôpital Lariboisière – Fernand-Widal AP-HP ainsi que le recrutement d’un technicien dédié pour une durée de deux ans. La plateforme a vocation à servir l’ensemble de la communauté de l’Institut reConnect.

    Une infrastructure mutualisée dans une logique d’open science

    La plateforme NULISA fonctionnera comme une infrastructure mutualisée. Les projets portés par l’Institut reConnect et les membres du biocluster Brain&Mind bénéficieront d’un accès prioritaire.

    Les partenariats externes, académiques et industriels, contribueront au financement des coûts de fonctionnement afin d’assurer la maintenance et l’évolution de la plateforme dans la durée.

    Parallèlement, Brain&Mind déploie un programme de soutien à la recherche en open science autour de la protéomique clinique. Celui-ci comprend un accompagnement à l’analyse des échantillons ainsi que la mise en place d’un environnement sécurisé de bioinformatique accessible aux membres de sa communauté scientifique.