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  • VivaTech 2026 : la healthtech bascule vers le prédictif (les annonces santé de l’édition)

    Des lauréats et des AAP annoncés par le Gouvernement

    La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé le soutien de l’État à de nouveaux lauréats France 2030 (prévention de la perte d’autonomie, IA médicale, parcours de soins). La santé est de fait la catégorie la plus représentée parmi les 28 lauréats de la deuxième relève de l’appel à projets « Pionniers de l’IA » organisé par Bpifrance et Inria), avec dix projets fléchés santé dévoilés lors du salon :

    • HyprView (LUMEN1) pour le diagnostic prédictif en oncologie par photonique et IA ;
    • DeepLife (OncoDecide, avec le Centre Léon Bérard) pour l’aide à la décision en oncologie via jumeaux numériques cellulaires ;
    • AP-HP (NEW NDP) pour l’EEG néonatal rendu accessible partout, lecture en 20 minutes ;
    • Université de Bretagne Occidentale (PREDIRA) pour la prédiction dynamique du risque de récidive d’AVC ;
    • Matricis AI (ESAI) pour la lecture automatique d’IRM en gynécologie ;
    • Caiman (MIAMI 2030) pour l’IA multimodale pour l’imagerie médicale (TEP, scanner) ;
    • Admir (MORPHO-MIR) pour la coloration digitale en pathologie sans réactifs chimiques ;
    • Sagacity Health (Aphrodite AI), Nebula (FOCUS-AIDD) et InFocus Therapeutics (FORGE) pour la découverte de médicaments et cibles thérapeutiques par IA.

    À la marge, deux projets biotech/imagerie biologique complètent ce socle santé : Lutèce Dynamics (BIOSIA 2) et Phagos (PRESAGES, génomes de bactériophages générés par IA).

    Toujours du côté du Gouvernement, ce dernier a également profité de cette nouvelle édition du salon pour confirmé la création d’un chatbot santé public sur Ameli.fr.

    Une nouvelle agence pour financer les technologies de rupture ? :

    Enfin, VivaTech a aussi été l’occasion de remettre aux gouvernements français et allemand un rapport consacré à l’innovation de rupture. Celui-ci recommande la création d’une agence française dédiée au financement des technologies les plus risquées et les plus stratégiques, conçue pour fonctionner en complément de France 2030 et en coordination avec l’agence allemande SPRIND. Une annonce qui illustre la volonté croissante de l’Europe de se doter d’outils capables de rivaliser avec les écosystèmes américain et chinois sur les technologies critiques. Nous revenons plus en détail sur ce rapport dans un article dédié.

    Pour aller plus loin : lire l’article H&TI dédié à ce sujet.

    Quand le wearable se rapproche du dispositif médical

    Plus que tout autre sujet healthtech, les wearables ont – comme chaque année – été les dispositifs les plus présents au salon Vivatech. Withings a pour l’occasion présenté sa station BodyScan 2, disponible en Europe depuis le 9 juin, qu’elle positionne comme la première offre grand public combinant analyse cardiaque, vasculaire et métabolique, avec une précision de composition corporelle comparable à un examen DEXA et un bilan en 90 secondes. Plus expérimentaux, les prototypes de lentilles de contact connectées de XPANCEO (glucose mesuré dans les larmes, affichage en réalité augmentée) ne sont pas attendus en démonstration publique avant début 2027.

    Plusieurs jeunes pousses ont par ailleurs présenté des capteurs physiologiques : le patch de la hongkongaise PointFit (glucose, cortisol, lactate via la sueur) ou le casque de monitoring cérébral de la française Neurathletics pour les sportifs.

    La bataille des écosystèmes plateformes

    Au-delà des produits, les grands acteurs structurent des écosystèmes de services. Samsung a détaillé sa stratégie « Connected Care » articulant smartphones Galaxy, montres et l’application Samsung Health (77 millions d’utilisateurs mensuels), avec une série de partenariats orientés longévité : Generation Lab (âge biologique à domicile), SiPhox (analyses sanguines déportées), Xealth, Lansik (glycémie) et Becon (analyse de la peau par IA). De son côté, Google a engagé la fusion de Fitbit et Google Health au sein d’une plateforme unique pilotée par l’IA.

    Sanofi annonce l’intégration de l’IA à tous les niveaux de sa chaîne de valeur

    Pour sa 8e participation, Sanofi a mis en avant le passage de l’expérimentation à l’intégration de l’IA sur l’ensemble de sa chaîne de valeur, avec l’objectif de réduire les délais entre découverte et mise à disposition d’un traitement. Le groupe a rappelé ses collaborations de recherche (Aqemia, Owkin, Exscientia) et un travail avec OpenAI autour d’une base de 80 000 gènes associés à l’expression de maladies.

  • Un rapport franco-allemand préconise la création rapide d’une agence dédiée et interopérable avec la SPRIND

    Un nouvel outil pour combler un manque dans l’écosystème français

    Remis le 19 juin à l’occasion de VivaTech à Roland Lescure, ministre de l’Économie, Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, et Dorothée Bär, ministre fédérale allemande de la Recherche, de la Technologie et de l’Espace, le rapport de la mission franco-allemande sur l’innovation de rupture recommande la création en France d’une entité dédiée au financement et à l’accompagnement des innovations technologiques les plus risquées.

    Lancée lors du Conseil des ministres franco-allemand de Toulon en août 2025, cette mission était présidée par Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, et Rafael Laguna de la Vera, directeur général de l’agence allemande SPRIND. Elle s’est appuyée sur les travaux de seize experts internationaux spécialisés dans les politiques d’innovation.

    Le constat partagé par les experts est celui d’une accélération de la compétition technologique mondiale, dans un contexte où les États-Unis et la Chine renforcent leurs positions dans plusieurs technologies stratégiques, notamment l’IA, les semi-conducteurs, les systèmes autonomes ou encore les technologies quantiques.

    France 2030 a structuré l’écosystème, mais un maillon manque encore

    Le rapport souligne que la France dispose déjà d’une base solide. Lancé en 2021 et doté de 54 milliards d’euros, France 2030 a permis de soutenir la recherche, l’innovation et la réindustrialisation à travers des dispositifs couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur, de la recherche fondamentale à l’industrialisation. Les investissements ont concerné des secteurs tels que les petits réacteurs nucléaires, les batteries, les biomédicaments, le quantique ou encore les véhicules électriques.

    Les auteurs mettent également en avant les résultats du plan Deeptech, lancé en 2019 puis renforcé en 2025. La France représente aujourd’hui près de 20 % des levées de fonds deeptech européennes et compte environ 2 600 start-up à forte intensité technologique, actives notamment dans l’industrie, la greentech et l’intelligence artificielle.

    Pour autant, les experts considèrent que l’écosystème français ne dispose pas encore d’un instrument équivalent aux agences de type ARPA, conçues pour financer des paris technologiques à haut risque, avec une forte tolérance à l’échec et des mécanismes de décision rapides.

    Une structure inspirée de la SPRIND allemande

    La recommandation centrale du rapport consiste à créer sans délai une entité française dédiée à l’innovation de rupture, conçue dès l’origine pour être interopérable avec la SPRIND allemande.

    Les deux structures partageraient des principes communs : autonomie des responsables de programme, rapidité de décision, financement flexible, approche fondée sur la résolution de problèmes plutôt que sur des appels à projets traditionnels, ainsi qu’une politique harmonisée en matière de propriété intellectuelle.

    Selon les auteurs, cette nouvelle entité devrait compléter les dispositifs existants plutôt que les remplacer. Son rôle serait d’identifier des technologies susceptibles de créer de nouveaux marchés et de soutenir plusieurs approches concurrentes afin d’accélérer l’émergence de ruptures technologiques.

    Autonomie, rapidité et orientation marché

    Le rapport identifie plusieurs conditions de réussite.

    • La future structure devrait disposer d’une autonomie institutionnelle et opérationnelle forte, avec des budgets pluriannuels, une capacité de financement rapide et une indépendance vis-à-vis des arbitrages administratifs ou politiques courants. Les experts recommandent également de recruter des responsables de programme issus du monde scientifique, technologique ou entrepreneurial, dotés d’une large latitude dans leurs décisions.
    • Autre principe mis en avant : l’innovation de rupture doit être reliée à des besoins de marché identifiés ou à la perspective crédible de nouveaux marchés. Le rapport insiste sur le rôle que peuvent jouer les grands industriels et les acteurs publics comme premiers clients afin de faciliter le passage de la recherche à l’adoption commerciale.
    • Les auteurs recommandent également d’éviter les procédures administratives complexes et les appels à projets traditionnels, jugés moins adaptés à la détection de technologies émergentes et à l’accompagnement de projets fortement incertains.

    Une coopération européenne à construire

    Au-delà du cadre franco-allemand, le rapport appelle à structurer un réseau européen d’agences spécialisées dans l’innovation de rupture. Outre la SPRIND, les auteurs citent notamment la NADI néerlandaise comme partenaire potentiel.

    L’objectif est de permettre le lancement de programmes communs et de mutualiser les capacités scientifiques, industrielles et financières à l’échelle européenne. Cette approche répond directement aux recommandations formulées dans le rapport Draghi sur la compétitivité européenne, qui invitait l’Union européenne à renforcer sa capacité à transformer son excellence scientifique en leadership industriel.

    Enfin, le rapport recommande d’accélérer les transferts de propriété intellectuelle grâce à des modèles contractuels standardisés qui permettent de réduire les délais de création de spin-off et de valorisation des résultats de recherche.

    Report of the Franco-German task force on breakthrough innovation 

     

  • Étude : le ciblage par IA des patients à risque réduit par cinq les volumes de prise en charge

    L’IA comme multiplicateur de retour sur investissement des traitements

    L’évaluation des outils d’IA en santé repose souvent sur leurs performances techniques : précision prédictive, sensibilité, spécificité ou qualité des modèles. Dans un article publié le 20 mai 2026 dans NEJM AI, l’économiste de la santé Jonathan D. Ketcham propose un changement de perspective.

    Selon lui, la valeur de l’IA prédictive ne se mesure pas principalement à la qualité du modèle lui-même, mais à sa capacité à modifier les décisions thérapeutiques et à orienter les traitements vers les patients qui en tireront le plus de bénéfices.

    L’auteur considère ainsi l’IA comme un « multiplicateur de retour sur investissement » des interventions médicales qu’elle guide, plutôt que comme une technologie créant une valeur autonome.

    Deux mécanismes pour améliorer l’efficacité des soins

    L’analyse repose sur deux mécanismes distincts.

    • Le premier est le ciblage fondé sur le risque (risk-based targeting). Il consiste à identifier les patients présentant le risque le plus élevé de développer un événement clinique indésirable et à concentrer les interventions sur cette population.
    • Le second est le ciblage fondé sur la réponse (response-based targeting). Il vise à repérer les patients ayant la plus forte probabilité de bénéficier d’un traitement donné.

    Selon l’auteur, ces deux approches permettent de réduire le nombre de patients à traiter pour obtenir un bénéfice clinique donné, sans modifier l’efficacité intrinsèque de la thérapie concernée. Elles diminuent ainsi le nombre nécessaire à traiter (NNT) et améliorent le retour sur investissement des programmes de santé.

    L’exemple de la télésurveillance physiologique

    Pour illustrer cette logique, l’article s’appuie sur le cas de la surveillance physiologique à distance.

    Déployés de manière large, ces programmes affichent un nombre nécessaire à traiter d’environ 37 patients et génèrent un gain économique estimé à près de 60 dollars par patient et par an. Or, leur coût annuel moyen est évalué à environ 330 dollars, ce qui limite leur rentabilité.

    Lorsque le programme cible des patients présentant un risque annuel de recours aux urgences de 60 %, contre 30 % dans les populations moyennes des essais cliniques, le NNT tombe à environ 19. Le gain économique atteint alors 120 dollars par patient et par an.

    L’ajout d’un ciblage fondé sur la réponse améliore encore les résultats. Dans ce scénario, le NNT descend autour de 7 patients et les économies dépassent 300 dollars par patient et par an, permettant au programme de couvrir ses coûts.

    Le cas du lecanemab dans la maladie d’Alzheimer

    L’auteur applique le même raisonnement au lecanemab utilisé dans les formes précoces de la maladie d’Alzheimer.

    Dans une stratégie de déploiement large, le nombre nécessaire à traiter pour retarder l’entrée en institution dépasserait 25 patients, pour des économies inférieures à 2 000 dollars par patient.

    En revanche, un ciblage sur un sous-groupe présentant un risque de 50 % d’institutionnalisation à cinq ans ferait chuter le NNT entre 10 et 12 patients. Les économies potentielles atteindraient alors 4 000 à 5 000 dollars par patient.

    Dans les deux cas, souligne l’auteur, le traitement reste identique. C’est la sélection des patients qui modifie les résultats cliniques et économiques observés.

    Pour Jonathan D. Ketcham, le principal obstacle au développement de cette approche n’est pas l’absence de données. Les difficultés proviennent davantage des mécanismes de gouvernance, du manque de standardisation des données et des contraintes réglementaires qui limitent la construction, l’évaluation et l’amélioration continue des modèles prédictifs.

    L’article souligne également l’importance de disposer de cadres permettant d’intégrer simultanément des données cliniques, biologiques, d’imagerie et administratives afin d’améliorer la précision des décisions thérapeutiques.

    Un problème d’incitation économique

    L’auteur estime enfin que les modèles de rémunération influencent directement la diffusion de l’IA prédictive.

    Dans les systèmes reposant sur le paiement à l’acte, la réduction des hospitalisations évitables ou des recours inutiles aux soins peut diminuer les revenus des organisations qui financent les outils d’IA. Cette situation limite les incitations à investir dans des technologies pourtant susceptibles d’améliorer l’efficience du système.

    À l’inverse, les modèles fondés sur la prise de risque financier ou sur la valeur créée favoriseraient davantage l’adoption de solutions capables de réduire les dépenses évitables.

    Vers une nouvelle manière d’évaluer l’IA en santé

    L’article défend une évolution du cadre d’évaluation de l’IA prédictive. Plutôt que de juger uniquement les performances algorithmiques, il propose de mesurer la capacité des modèles à améliorer l’allocation des traitements, à réduire les soins de faible valeur et à renforcer le retour sur investissement des interventions médicales.

    Cette approche pourrait avoir des conséquences sur le développement des thérapies, leur tarification, leur remboursement ainsi que sur les modalités de régulation et de valorisation des outils d’intelligence artificielle en santé.

     

  • CHU de Poitiers : MedGPT déployé pour encadrer les usages de l’IA médicale et limiter le « shadow AI »

    Un assistant médical fondé sur des sources institutionnelles

    Le CHU de Poitiers poursuit sa stratégie d’intégration de l’intelligence artificielle avec le déploiement de MedGPT, un assistant conversationnel destiné aux professionnels de santé. Développée par l’entreprise bordelaise Synapse, la solution vise à fournir des réponses médicales fiables et sécurisées à partir de références institutionnelles telles que les recommandations de la Haute Autorité de santé et d’autres sources officielles.

    Selon Marie Favre, cheffe de projet au sein de la direction des systèmes d’information du CHU, plusieurs éditeurs répondant aux exigences de sécurité et de conformité ont été évalués avant la sélection de la solution.

    Une nouvelle brique dans l’écosystème IA du CHU

    L’établissement dispose déjà de plusieurs applications d’IA utilisées dans des domaines cliniques, techniques et administratifs. Pour le Dr Guillaume Herpe, radiologue et référent médical IA du CHU, cette dynamique est facilitée par l’implication de la direction des systèmes d’information sur ces sujets. MedGPT vient compléter cet écosystème en proposant aux médecins et aux soignants un accès rapide à des informations médicales courantes, qu’il s’agisse de posologies médicamenteuses, de protocoles cliniques ou d’autres questions rencontrées dans l’exercice quotidien.

    Réduire les usages non encadrés des IA généralistes

    Au-delà de l’assistance documentaire, le déploiement de MedGPT répond à un enjeu de gouvernance des usages numériques. L’établissement souhaite en effet limiter le recours à des outils d’IA généralistes utilisés en dehors de tout cadre institutionnel, un phénomène souvent désigné sous le terme de « shadow AI ».

    Si l’accès à certaines IA est bloqué sur les postes professionnels, les équipes peuvent continuer à utiliser ces services depuis leurs terminaux personnels. La mise à disposition d’une solution validée par l’établissement vise ainsi à orienter les usages vers un environnement maîtrisé, répondant aux exigences de sécurité des données de santé.

    Une phase bêta pour adapter l’outil aux besoins des équipes

    Actuellement en version bêta, MedGPT doit encore évoluer à partir des retours d’expérience des utilisateurs. Synapse prévoit de s’appuyer sur l’analyse de données de connexion et de requêtes anonymisées afin d’améliorer les fonctionnalités de la plateforme.

    Ces informations permettront également au CHU d’identifier les besoins d’accompagnement et de formation des professionnels.

     

  • US : Pourquoi l’IA pourrait renforcer l’inflation des dépenses ?

    L’IA est souvent présentée comme un levier d’efficience susceptible de réduire les coûts des systèmes de santé. Dans une tribune publiée début juin, Dana Y. Lujan, spécialiste de la protection sociale et de l’assurance santé aux États-Unis, défend une lecture différente.  Selon elle, l’IA ne transforme pas le fonctionnement économique du système de santé américain : elle en amplifie les logiques existantes.

    L’auteure estime que les établissements de santé déploient de plus en plus d’outils d’IA dédiés à l’optimisation du codage, de la documentation clinique et de la facturation. Ces solutions visent à maximiser les revenus générés par chaque prise en charge en identifiant plus précisément les actes et niveaux de complexité pouvant être remboursés. Selon elle, il ne s’agit pas d’une innovation dans l’organisation des soins mais d’une optimisation des mécanismes de remboursement.

    Des dépenses de santé toujours plus concentrées

    La tribune cite une augmentation de 9,4 % des primes de stop-loss en 2024 parmi les régimes de santé analysés, avec des hausses pouvant atteindre 11,5 % pour les employeurs conservant un niveau de couverture comparable. Dans le même temps, le nombre de sinistres dépassant un million de dollars par million d’assurés aurait progressé de 29 % sur un an.

    Pour Dana Y. Lujan, ces chiffres traduisent un phénomène de concentration des dépenses : une part croissante des coûts est générée par un nombre limité de situations cliniques particulièrement onéreuses.

    Une logique économique renforcée par l’automatisation

    L’auteure décrit un cercle économique simple : la documentation clinique détermine le niveau de remboursement ; les mécanismes de remboursement récompensent les prises en charge les plus intensives ; cette intensité accroît mécaniquement les dépenses globales.

    L’IA ne remettrait pas en cause ce modèle mais permettrait de l’exécuter plus rapidement et à plus grande échelle. Des tâches qui nécessitaient auparavant des analyses manuelles ou des arbitrages humains peuvent désormais être réalisées en temps réel sur des millions de dossiers. Dans cette perspective, l’efficacité apportée par l’IA ne créerait pas nécessairement davantage de valeur clinique mais renforcerait l’efficacité d’un système déjà orienté vers la maximisation des revenus.

    Les limites des stratégies de contrôle des coûts

    Face à cette situation, de nombreux employeurs américains ont multiplié les mécanismes de contrôle : audits des factures, outils de détection des anomalies, modèles de référence tarifaire ou recours à des administrateurs tiers pour accroître la transparence.

    Ces approches permettent de limiter certaines dépenses mais interviennent trop tard dans la chaîne de création des coûts. Elles agissent une fois la prestation réalisée et la facture produite, sans modifier les incitations économiques qui conduisent à l’augmentation des dépenses. L’auteure considère ainsi que les organisations restent dans une logique de maîtrise des coûts plutôt que de transformation structurelle du système.

    Les soins primaires comme levier de transformation

    La tribune met en avant plusieurs modèles organisationnels susceptibles d’agir en amont de la dépense, notamment les dispositifs de direct primary care (DPC), dans lesquels les soins de premier recours sont financés indépendamment du volume d’actes réalisés.

    Les salariés bénéficiant d’un dispositif de DPC auraient réduit leur consommation globale de soins de près de 13 % et leurs recours aux services d’urgence de plus de 40 % par rapport aux bénéficiaires de régimes traditionnels.

    L’auteure évoque également les réseaux de soins pilotés par les employeurs, les modèles de rémunération fondés sur la valeur et les cliniques d’entreprise, qui visent à agir directement sur l’organisation des parcours de soins plutôt que sur la seule négociation tarifaire.

    Une question de conception du système

    La thèse défendue par Dana Y. Lujan est que l’inflation des dépenses de santé ne résulte pas principalement de l’arrivée de l’intelligence artificielle mais de la structure même des mécanismes de remboursement.

    Tant que les revenus des acteurs resteront liés à l’intensité des prises en charge, chaque progrès technologique contribuera à renforcer cette dynamique. L’IA agirait ainsi comme un révélateur des incitations économiques existantes plutôt que comme leur cause.

    Pour l’auteure, la question centrale n’est donc plus la capacité à détecter ou négocier les dépenses excessives, mais celle de la volonté de maintenir un modèle qui permet leur génération. Dans cette analyse, l’intelligence artificielle apparaît moins comme une rupture technologique que comme un miroir des limites structurelles du système de santé américain.

     

  • Le ministère précise l’organisation et les compétences de la future DGRINS

    Une nouvelle direction générale pour réunir recherche, innovation et numérique en santé

    Une direction générale aux compétences étendues

    Placée au sein des ministères chargés de la santé, de l’action sociale et de la sécurité sociale, cette nouvelle direction a vocation à élaborer, mettre en œuvre et coordonner les politiques publiques relatives à la recherche appliquée, à l’innovation et au numérique dans les secteurs sanitaire et médico-social.

    Une organisation articulée autour de quatre sous-directions

    L’arrêté du 18 juin 2026 définit une structure composée de quatre sous-directions et d’un pôle transversal :

    • la sous-direction de la résilience et de la confiance numérique ;
    • la sous-direction de la recherche et du transfert de technologies ;
    • la sous-direction de l’accélération de l’innovation ;
    • la sous-direction de la transformation et des parcours ;
    • le pôle de la stratégie réglementaire et internationale.

    Le directeur général est assisté d’un adjoint et dispose d’un cabinet. Trois missions transversales lui sont directement rattachées :

    • les produits et technologies de santé innovants ;
    • la prospective, l’anticipation et la priorisation ;
    • le pilotage du guichet fédéré d’accompagnement des acteurs de l’innovation en santé et l’animation territoriale.

    Cybersécurité, interopérabilité et services numériques socles

    La sous-direction de la résilience et de la confiance numérique sera chargée de définir les règles de sécurité, d’interopérabilité et d’éthique applicables aux services numériques en santé. Elle accompagnera leur déploiement et leur mise en conformité.

    Elle assurera également le développement et l’exploitation des services socles et plateformes numériques relevant de la stratégie nationale du numérique en santé, y compris ceux mobilisés pour la veille sanitaire, la santé publique et la gestion des situations sanitaires exceptionnelles.

    Elle pilotera notamment la gouvernance des données de santé, les règles de mise à disposition des données pour les usages secondaires ainsi que le service public de l’information en santé.

    Recherche appliquée, maladies rares et transfert technologique

    La sous-direction de la recherche et du transfert de technologies aura la responsabilité de définir les priorités de la recherche appliquée en santé, son organisation et son financement.

    Elle pilotera les plans nationaux consacrés aux maladies rares et à la médecine génomique, coordonnera les comités de protection des personnes et évaluera l’impact médico-économique des politiques de recherche.

    Sa mission inclut également la valorisation des résultats de la recherche et leur transfert vers les acteurs du système de santé et les entreprises du secteur.

    Le décret prévoit par ailleurs que la DGRINS définisse, avec le ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, la stratégie nationale de recherche en santé et pilote des appels à projets dédiés.

    Une direction chargée du financement de l’innovation et de la gouvernance des données

    La sous-direction de l’accélération de l’innovation sera responsable du financement et de l’accompagnement des innovations en santé.

    Elle définira les règles encadrant l’accès aux données de santé et leur gouvernance. Elle pilotera les actions visant à développer les usages secondaires de ces données, notamment dans le cadre du développement des applications d’intelligence artificielle.

    Le décret lui confie également un rôle dans le pilotage des dispositifs d’accès dérogatoires aux produits et technologies de santé innovants, en lien avec la direction générale de la santé et la direction de la sécurité sociale.

    Transformation du système de santé et innovation organisationnelle

    La sous-direction de la transformation et des parcours pilotera les projets de transformation organisationnelle et numérique du système de santé.

    Elle participera à l’amélioration des parcours de santé et assurera le suivi des dispositifs d’innovation organisationnelle, notamment les expérimentations prévues par l’article L. 162-31-1 du Code de la sécurité sociale. Elle sera également chargée de l’évaluation de ces dispositifs et de l’accompagnement de leur éventuelle généralisation.

    Un pôle dédié aux enjeux réglementaires et internationaux

    Le pôle de la stratégie réglementaire et internationale veillera à la cohérence du cadre juridique applicable à l’innovation en santé.

    Il coordonnera les positions portées par les ministères chargés de la santé, de l’action sociale et de la sécurité sociale dans les dossiers européens et internationaux relevant de son champ de compétence.

    Le décret attribue également à la DGRINS des missions de représentation au sein des instances liées aux politiques d’investissement d’avenir ainsi que des fonctions de tutelle d’établissements et organismes intervenant dans les domaines du numérique, de la recherche appliquée et de l’innovation en santé.

    Une phase transitoire jusqu’au 1er novembre 2026

    Un second arrêté organise la période de transition. Jusqu’à l’entrée en vigueur de la nouvelle organisation, et au plus tard jusqu’au 1er novembre 2026, plusieurs entités sont placées sous l’autorité hiérarchique du directeur général de la DGRINS :

    • la sous-direction de la recherche et de l’innovation de la DGOS ;
    • le département de la santé et de la transformation numérique de la DGOS ;
    • les six pôles, le secrétariat général et plusieurs unités de l’ancienne Délégation au numérique en santé ;
    • les équipes du secrétariat général chargées des expérimentations en santé et des travaux du conseil stratégique et du comité technique de l’innovation en santé.

    Les agents affectés dans ces structures, y compris l’adjoint au délégué du numérique en santé assurant l’intérim, sont transférés sous l’autorité du directeur général.

    L’organisation définitive de la DGRINS entrera en vigueur le 1er novembre 2026.

    Selon plusieurs sources concordantes, la direction de cette nouvelle structure devrait être confiée à Lise Alter, actuelle directrice de cabinet de la ministre de la Santé et ancienne directrice de l’Agence de l’innovation en santé.

    Décret n° 2026-523 du 18 juin 2026 portant création d’une direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé

    Arrêté du 18 juin 2026 portant organisation transitoire de la direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé

    Arrêté du 18 juin 2026 portant organisation de la direction générale de la recherche, de l’innovation et du numérique en santé

     

  • Feuille de route du numérique en santé : après la construction des infrastructures, l’enjeu est à l’intégration des usages

    Mon espace santé : plus de 475 millions de documents de santé alimentés en 2025, l’enjeu est désormais d’améliorer la qualité des données en 2026

    Avec plus de 475 millions de documents de santé alimentés en 2025, Mon espace santé entre dans une nouvelle phase de maturité. Afin de miser sur la qualité de la donnée, l’objectif est désormais de mesurer l’alimentation réelle des documents prioritaires et d’identifier les marges de progression à l’aide de nouveaux indicateurs.

    Une meilleure compréhension de la data permet également de soutenir une innovation plus ciblée, avec 37 tiers-lieux d’expérimentation et 115 projets innovants nouvellement financés, notamment autour du bien vieillir, de la prévention et de la santé environnementale.

    Ainsi, après une phase de déploiement massif, le numérique en santé entre dans une logique davantage orientée vers l’efficacité et les résultats dans des domaines clés. Toutefois, si une mutation qualitative est désormais à l’œuvre, l’appropriation de ces outils par les patients comme par les professionnels demeure l’un des principaux défis à relever.

    Avec déjà 3 millions d’activations de l’application Carte Vitale, la numérisation des usages s’impose au cœur du parcours patient et du quotidien des citoyens

    Si l’objectif de vingt millions d’utilisateurs de l’application Carte Vitale en 2027 reste ambitieux, cette montée en charge illustre la volonté de simplifier les démarches administratives par le numérique.

    Une mutation dans le parcours patient ou la télémédecine joue un rôle : Au premier trimestre 2026, près de 1,5 million de patients atteints d’une affection de longue durée en ont bénéficié.

    Au-delà d’une simplification des échanges, la feuille de route vise un changement de leurs natures avec une revalorisation de la place du patient qui devient un acteur quotidien de sa santé. Cela passe par un meilleur contrôle des données personnelles via Mon espace santé, par le développement de nouveaux services comme le carnet de santé numérique de l’enfant et par une place croissante accordée à la prévention. Plus de 961 000 questionnaires de prévention ont déjà été préparés tandis que les premiers parcours de prévention personnalisée, notamment autour du risque cardiovasculaire, sont progressivement déployés.

    Certaines évolutions restent toutefois freinées par des contraintes réglementaires autour du partage des données et de la conformité au RGPD. Cette dynamique reste également conditionnée à l’inclusion numérique : si 80 % des établissements et services médico-sociaux ont déjà mené des actions de sensibilisation, plusieurs dispositifs d’accompagnement demeurent dépendants de financements en attente.

    Renforcer l’intégration des professionnels : les usages continuent de progresser, avec plus de 63 000 professionnels de santé ayant consulté sur un mois des documents issus de Mon espace santé

    La réussite de la stratégie repose largement sur l’adhésion des professionnels. Les usages continuent de progresser avec plus de 63 000 professionnels de santé ayant consulté près de 950 000 documents issus de Mon espace santé en avril 2026.

    L’ordonnance numérique apparaît comme l’un des succès les plus visibles de la feuille de route. Plus de 67 000 médecins ont déjà créé une ordonnance numérique et plus d’une ordonnance sur deux produite par les médecins généralistes pour les produits de santé est désormais réalisée selon ce processus.

    Les usages numériques professionnels sont également soutenus par de nouveaux outils. Le portail Bouquet de Services aux Professionnels se développe, les interfaces d’accès aux données de santé se multiplient et Pro Santé Connect poursuit son déploiement comme solution nationale d’identification.

    Pour autant, plusieurs défis demeurent. La formation au numérique progresse mais reste inégale selon les professions. Surtout, les travaux relatifs aux métiers du numérique en santé, à l’attractivité des carrières et aux grilles salariales n’ont connu aucune avancée significative au cours du semestre écoulé. Ainsi, la question des compétences et des ressources humaines apparaît comme l’un des principaux enjeux des prochaines années.

    Quand le numérique institutionnalise la cybersécurité comme critère de confiance

    Cette transformation s’accompagne d’une attention croissante portée aux risques numériques. Longtemps considérée comme un sujet technique, la cybersécurité s’impose désormais comme l’un des piliers de la stratégie nationale. Plus de 600 certifications HAS intègrent des critères numériques, 411 hébergeurs sont certifiés HDS et 165 experts visiteurs numériques accompagnent les établissements dans leurs démarches.

    Après avoir construit les infrastructures du numérique en santé, la France entre dans une nouvelle phase : celle où la valeur des outils ne se mesurera plus uniquement à leur déploiement, mais à leur capacité à améliorer concrètement les parcours de soins, renforcer la prévention et faciliter le quotidien des patients comme des professionnels dans un environnement sécurisé.

     

  • Télémédecine : le CNOM veut limiter la téléconsultation à une activité « accessoire » et renforcer le contrôle des plateformes

    Le CNOM actualise sa doctrine face à l’essor des usages

    Dans son rapport 2026 consacré à la télémédecine, le Conseil national de l’Ordre des médecins actualise ses recommandations dans un contexte marqué par la multiplication des plateformes, l’arrivée de nouveaux acteurs économiques et l’émergence de pratiques jugées préoccupantes pour la qualité et la continuité des soins. L’institution rappelle que la télémédecine ne trouve sa légitimité que lorsqu’elle s’inscrit dans un parcours de soins coordonné et qu’elle ne peut être envisagée comme une offre de soins déconnectée du suivi médical habituel du patient.

    Le rapport souligne également que les nombreux signalements reçus par l’Ordre ont conduit à renforcer les repères déontologiques et organisationnels applicables aux actes réalisés à distance.

    Une téléconsultation strictement encadrée

    Le CNOM rappelle que la téléconsultation doit comporter des échanges audio et vidéo en direct avec le patient et répondre aux mêmes exigences qu’une consultation en présentiel. Le médecin demeure responsable de l’évaluation de la pertinence du recours à la télémédecine, de la qualité du diagnostic posé, de la continuité des soins et du suivi des examens complémentaires prescrits.

    Avant toute téléconsultation, plusieurs conditions doivent être réunies :

    • identification du patient et des professionnels impliqués,
    • accès aux données médicales nécessaires,
    • information sur les frais éventuels
    • et traçabilité complète de l’acte dans le dossier médical.
    • Le rapport insiste également sur l’alimentation de « Mon espace santé » et du dossier médical partagé afin de garantir la continuité des prises en charge.

    Sur le plan technique, l’Ordre exige le respect du RGPD, le recours à des hébergeurs certifiés HDS et une vigilance concernant le partage des données de santé. Il considère notamment que des consultations ponctuelles réalisées par différents médecins sans coordination ni ancrage territorial ne peuvent être assimilées à une équipe de soins.

    Parcours de soins, présentiel et territorialité au cœur des recommandations

    Le rapport réaffirme trois principes considérés comme indissociables de la qualité des soins :

    • le respect du parcours de soins coordonné,
    • l’alternance entre consultations en présentiel et téléconsultations,
    • ainsi que l’ancrage territorial des praticiens.

    Le CNOM estime que la consultation physique doit rester privilégiée en raison de la nécessité de l’examen clinique et afin d’éviter toute perte de chance pour le patient. Il considère également que le médecin téléconsultant doit exercer à proximité du lieu de résidence du patient pour pouvoir assurer un suivi régulier et organiser rapidement une consultation présentielle si nécessaire.

    Cette position intervient alors que les données citées dans le rapport montrent que la téléconsultation s’est principalement développée dans les zones urbaines et auprès des populations déjà les mieux dotées en offre de soins.

    L’Ordre réaffirme l’interdiction d’un exercice exclusivement à distance

    L’une des recommandations les plus marquantes du document concerne l’interdiction de toute pratique exclusivement fondée sur la téléconsultation. Selon le CNOM, un suivi réalisé uniquement à distance ne permet pas de satisfaire aux exigences déontologiques de qualité, de sécurité et de continuité des soins.

    L’Ordre considère également qu’un médecin exerçant exclusivement en téléconsultation s’expose à une perte progressive d’expérience clinique.

    Le rapport s’appuie par ailleurs sur les règles conventionnelles actuelles, qui plafonnent l’activité à distance à 20 % du volume d’activité annuelle pour la plupart des médecins conventionnés, et à 40 % pour les psychiatres.

    Le CNOM estime que ces limites devraient s’appliquer à l’ensemble des médecins inscrits au Tableau de l’Ordre, y compris les praticiens non conventionnés, salariés ou hospitaliers.

    Des contrôles renforcés pour les sociétés de téléconsultation

    Le rapport consacre une large place à l’encadrement des sociétés de téléconsultation. Le CNOM rappelle que ces structures doivent obtenir un agrément ministériel et satisfaire à plusieurs exigences portant sur la sécurité des systèmes d’information, la conformité réglementaire et le respect de la déontologie médicale.

    Les contrats conclus entre les plateformes et les médecins doivent être transmis aux conseils départementaux de l’Ordre. Une attention particulière est portée aux modalités de rémunération, à l’indépendance professionnelle des praticiens et au respect du principe de territorialité. Le CNOM insiste sur le fait que les plateformes doivent privilégier la mise en relation avec des médecins géographiquement proches des patients.

    L’institution se déclare par ailleurs opposée à la facturation de frais additionnels liés à la consultation, même lorsqu’ils sont présentés comme optionnels. En cas de manquements graves, les sociétés s’exposent à une suspension ou un retrait d’agrément ainsi qu’à des sanctions financières.

    Des recommandations étendues aux usages spécialisés

    Le document aborde également plusieurs cas particuliers, notamment la téléradiologie, la télé-ophtalmologie, les EHPAD, les centres de santé ou encore les praticiens hospitaliers. Dans chacun de ces contextes, le CNOM réaffirme le même principe : la télémédecine doit constituer un outil complémentaire et ne peut se substituer durablement à une activité clinique présentielle.

    Pour la téléradiologie, l’Ordre recommande notamment de limiter l’activité à distance à 20 % de l’activité annuelle du radiologue et rappelle que certains actes interventionnels nécessitent impérativement une présence physique. En télé-ophtalmologie, il souligne que la prescription optique à distance ne peut être réalisée qu’au sein de protocoles précisément définis impliquant des orthoptistes.

  • OVHcloud entre dans la course aux grands modèles d’IA avec un projet estimé à 200 M€

    OVHcloud veut se positionner sur les grands modèles de langage européens

    OVHcloud prévoit de développer des modèles d’intelligence artificielle dits « frontier », ces systèmes de grande échelle entraînés à partir de volumes massifs de données et de puissance de calcul. L’annonce a été faite le 17 juin par son PDG, Octave Klaba, à l’occasion du salon VivaTech.

    Cette orientation marque une évolution pour le fournisseur européen de services cloud, qui ambitionne de devenir un acteur du marché des grands modèles de langage aux côtés de sociétés comme Mistral. Elle intervient dans un contexte où les entreprises et les administrations européennes cherchent à réduire leur dépendance aux technologies d’IA développées aux États-Unis et en Chine.

    Une équation économique devenue plus favorable

    Selon Octave Klaba, les progrès réalisés dans les semi-conducteurs, les méthodes d’entraînement et l’utilisation de données synthétiques ont modifié les conditions économiques de développement de ces modèles.

    Là où un projet de cette nature aurait nécessité près d’un milliard d’euros il y a encore quelques années, OVHcloud estime désormais pouvoir le mener avec un investissement compris entre 150 et 200 millions d’euros.

    Le dirigeant considère que le secteur entre dans une nouvelle phase de développement, portée par des acteurs qui peuvent s’appuyer sur les avancées déjà réalisées par OpenAI, Anthropic ou Mistral pour concevoir leurs propres modèles.

    Une famille de modèles adaptés à différents usages

    OVHcloud ne prévoit pas de développer un modèle unique, mais une gamme de modèles répondant à des besoins distincts. « Les acteurs majeurs publient plusieurs modèles, car chaque modèle est conçu pour un usage spécifique », aucun système ne peut aujourd’hui répondre efficacement à l’ensemble des cas d’usage.

    DragonLLM et Jupiter comme premières briques technologiques

    Octave Klaba a indiqué que le préentraînement d’un premier modèle avait déjà été réalisé par DragonLLM, une startup récemment acquise par OVHcloud. Les travaux ont été menés sur Jupiter, présenté comme le supercalculateur le plus rapide d’Europe.

    L’entreprise n’a toutefois communiqué aucun indicateur de performance à ce stade et indique ne pas être prête à détailler les capacités de ses modèles.

    Un objectif d’ouverture à terme

    OVHcloud prévoit de publier ses modèles en open source une fois un niveau de performance jugé satisfaisant atteint.

    Cette stratégie s’inscrit dans un contexte de montée des enjeux de souveraineté numérique, renforcé ces derniers mois par les débats autour de l’accès aux modèles les plus avancés du marché.

    Le groupe précise également qu’il n’utilisera pas les données de ses clients pour l’entraînement de ses futurs modèles.

  • Digital omnibus : le think thank « Renaissance numérique » publie 11 recommandations pour repenser le corpus

    Une simplification devenue un impératif politique

    Depuis plusieurs années, l’Union européenne a construit un arsenal réglementaire dense autour du numérique : RGPD, AI Act, Data Act, DSA, DMA, NIS2 ou encore DORA. Cette accumulation de textes nourrit désormais un discours en faveur de la simplification afin de réduire les coûts de conformité et d’améliorer la compétitivité européenne.

    Le rapport “Repenser le Digital Omnibus : pourquoi la simplification proposée compromet les droits, la cohérence et les exigences méthodologiques” reconnaît la légitimité de cette démarche. Toutefois, ses auteurs estiment que certaines propositions du Digital Omnibus dépassent le simple objectif d’allègement administratif et risquent d’affecter des équilibres juridiques fondamentaux en matière de protection des données, de cybersécurité ou encore d’intelligence artificielle.

    Le risque d’une simplification qui devient dérégulation :

    L’un des principaux messages du rapport est que la simplification ne doit pas être confondue avec un affaiblissement des protections existantes.

    Les auteurs alertent notamment sur plusieurs sujets :

    • une remise en question potentielle de certaines garanties du RGPD ;
    • un risque d’affaiblissement du droit d’accès aux données prévu par le Data Act ;
    • la multiplication d’exemptions spécifiques pour certaines catégories d’entreprises, pouvant créer un système réglementaire à plusieurs vitesses ;
    • une possible réduction de la portée effective de certains droits des utilisateurs au nom de la compétitivité.

    Le rapport souligne également que la volonté de rendre davantage de données disponibles pour l’IA ne doit pas conduire à ralentir ou assouplir excessivement la régulation des systèmes à haut risque. Les auteurs recommandent au contraire de préserver les ambitions initiales de l’AI Act.

    Une critique de la méthode autant que du fond :

    Au-delà du contenu du Digital Omnibus, Renaissance Numérique s’interroge sur la méthode utilisée par les institutions européennes.

    Le rapport estime que les procédures accélérées réduisent le temps consacré aux analyses d’impact, aux consultations et au débat démocratique. Les auteurs évoquent même le risque d’une « simplexification » : une réglementation présentée comme plus simple mais qui deviendrait en réalité plus complexe, plus fragmentée et moins prévisible.

    Selon cette analyse, la qualité de la réglementation européenne repose autant sur la robustesse de ses procédures que sur celle de ses textes. Une simplification durable doit donc s’appuyer sur des données probantes, des évaluations rigoureuses et une participation renforcée des régulateurs et des parties prenantes.

    Onze recommandations pour réconcilier simplification et confiance

    Le rapport s’ouvre par onze recommandations destinées à préserver l’équilibre entre innovation, compétitivité et protection des droits. Parmi les principales propositions figurent :

    • maintenir les exigences de l’AI Act pour les systèmes à haut risque ;
    • ne pas modifier la définition des données personnelles du RGPD ;
    • préserver la substance du Data Act ;
    • renforcer la coordination entre régulateurs européens et nationaux ;
    • créer un guichet d’information unique pour les PME ;
    • privilégier l’application effective des textes existants avant d’envisager leur réouverture ;
    • associer davantage les autorités compétentes et les parties prenantes aux futurs processus Omnibus.