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  • Aidants : 5,3 millions de personnes en 2022, un effectif en baisse de 6 % depuis 2008 mais une aide plus intensive

    Le nombre de proches aidants recule malgré des besoins en hausse

    Dans une étude publiée le 24 juin 2026, la Drees analyse l’évolution du nombre de proches aidants à partir du volet « Aidants » de l’enquête Autonomie-Ménages 2022 et le compare aux résultats du volet « Aidants informels » de l’enquête Handicap-Santé 2008.

    En 2022, 5,3 millions de personnes âgées de 16 ans ou plus, soit 8,9 % de la population, sont identifiées comme proches aidants de personnes en situation de handicap ou de perte d’autonomie vivant à domicile. Ces aidants sont recensés à partir des déclarations des personnes aidées, qui indiquent recevoir régulièrement l’aide d’un ou plusieurs membres de leur entourage en raison de leur état de santé, de leur handicap ou de leur âge.

    Entre 2008 et 2022, le nombre de proches aidants à la vie quotidienne diminue de 340 000 personnes en France métropolitaine, soit une baisse de 6 %. Leur part dans la population passe ainsi de 10 % à 9 %.

    Cette évolution ne traduit pas une diminution des besoins d’accompagnement. Sur la même période, le nombre de personnes vivant à domicile déclarant avoir besoin d’aide pour les activités de la vie quotidienne progresse de 80 000.

    Selon la Drees, le recul du nombre d’aidants s’explique davantage par les transformations des structures familiales et de l’emploi.

    Une population d’aidants plus âgée

    Le profil des proches aidants évolue également. Leur âge moyen atteint 55 ans et 4 mois en 2022, contre 52 ans et 11 mois en 2008.

    Ce vieillissement reflète à la fois celui de la population française et l’allongement de l’espérance de vie sans perte d’autonomie. Le besoin d’aide intervient ainsi plus tardivement dans les parcours de vie, tandis que des personnes plus âgées continuent à assurer un rôle d’accompagnement auprès de leurs proches.

    Les femmes demeurent majoritaires parmi les aidants.

    Une aide davantage concentrée au sein de la famille proche

    L’étude met en évidence une concentration croissante de l’aide au sein du cercle familial le plus proche.

    La part des conjoints parmi les aidants passe de 24 % en 2008 à 28 % en 2022. Celle des enfants progresse également, de 35 % à 39 %. À l’inverse, les aidants entretenant des liens plus éloignés avec la personne aidée sont proportionnellement moins nombreux.

    Cette évolution traduit un recentrage de l’aide sur les membres de la famille les plus directement concernés par la perte d’autonomie.

    Des tâches plus nombreuses et un engagement en temps plus important

    Au-delà de leur nombre, l’intensité de l’aide apportée augmente.

    La proportion d’aidants n’intervenant que pour un seul type de tâche chute de 35 % à 21 % entre 2008 et 2022. Dans le même temps, la part de ceux réalisant entre trois et sept types de tâches progresse de 40 % à 51 %.

    L’investissement en temps suit la même tendance. Parmi les aidants de 16 ans ou plus accompagnant une seule personne vivant en logement ordinaire :

    • 47 % déclarent consacrer moins de sept heures par semaine à l’aide en 2022, contre 55 % en 2008 ;
    • 40 % y consacrent entre sept et 35 heures hebdomadaires, contre 37 % auparavant ;
    • 13 % déclarent assurer au moins 35 heures d’aide par semaine, contre 8 % en 2008.

    Une pression croissante sur l’entourage des personnes en perte d’autonomie

    Les résultats soulignent un paradoxe : alors que les besoins d’aide à domicile continuent de progresser, le vivier de proches aidants se réduit. Les aidants encore mobilisés interviennent plus souvent au sein de la famille proche, réalisent davantage de tâches et consacrent plus de temps à l’accompagnement.

    Cette évolution met en lumière l’intensification du rôle des proches aidants dans la prise en charge de la perte d’autonomie et du handicap à domicile, dans un contexte de vieillissement de la population et de hausse des besoins d’accompagnement.

  • AI Act : les entreprises appelées à recenser leurs usages d’IA avant l’échéance du 2 août 2026

    Construire un registre des usages

    Ces obligations concernent un large éventail d’usages, parmi lesquels les chatbots, les assistants conversationnels, les contenus générés par IA, les images ou voix synthétiques et les deepfakes. Les entreprises devront notamment être en mesure d’informer les utilisateurs lorsqu’ils interagissent avec une IA ou lorsqu’un contenu a été produit ou modifié par ces technologies.

    Selon plusieurs acteurs de l’écosystème, l’enjeu dépasse désormais la simple veille réglementaire.

    Les organisations sont invitées à identifier l’ensemble des outils d’IA déployés, y compris ceux intégrés à des logiciels tiers ou utilisés de manière informelle par les équipes.

    La mise en place d’un registre des usages, recensant les finalités, les données traitées, les fournisseurs et les mesures de supervision, apparaît comme une première étape pour préparer la conformité et répondre aux futures demandes, que ce soit des clients, partenaires ou autorités de contrôle.

    les entreprises doivent inventorier leurs usages d’IA avant l’échéance du 2 août 2026

    Le report des règles « haut risque » ne concerne pas le reste du règlement

    Le projet de Digital Omnibus prévoit de repousser l’application des règles applicables aux systèmes d’IA à haut risque au 2 décembre 2027 pour les systèmes autonomes et au 2 août 2028 pour ceux intégrés à des produits soumis à une réglementation sectorielle. Le Parlement européen a approuvé ces mesures le 16 juin 2026, mais leur adoption formelle par le Conseil reste attendue.

    Ce calendrier ne remet toutefois pas en cause les autres dispositions déjà applicables, notamment les obligations de transparence, celles concernant les modèles d’IA à usage général ou encore les pratiques interdites.

    Le principal enjeu pour les entreprises réside dans les usages d’IA déjà déployés, parfois sans gouvernance dédiée : fonctionnalités intégrées dans des CRM, outils marketing, solutions RH, copilotes bureautiques, agents conversationnels ou services SaaS enrichis par l’IA.

    Le guide Premiers pas vers l’IA de Confiance du Hub France IA recommande de recenser l’ensemble des systèmes d’IA utilisés, qu’ils soient en développement, en production ou intégrés à des solutions de fournisseurs. Il préconise un registre documentant les cas d’usage, les données mobilisées, les architectures techniques, les populations concernées, le contexte de déploiement et les analyses de risques.

    Le document attire également l’attention sur les phénomènes de « Shadow AI », liés à des usages non référencés ou à des fonctionnalités activées par des prestataires.

    Dix recommandations avant l’échéance

    • Désigner un responsable chargé de coordonner la mise en conformité AI Act.
    • Lancer un inventaire des usages d’IA.
    • Identifier les usages non référencés ou intégrés à des services tiers.
    • Créer un registre minimal des systèmes d’IA.
    • Analyser en priorité les usages sensibles, notamment en santé, ressources humaines, assurance, crédit, biométrie ou sécurité.
    • Préparer les modalités d’information des utilisateurs pour les contenus générés par IA.
    • Revoir les contrats avec les fournisseurs afin d’obtenir les informations nécessaires sur les modèles, les données, les journaux d’activité ou les sous-traitants.
    • Adapter la formation des équipes selon leurs fonctions.
    • Mettre en place une supervision des usages, avec contrôle humain, suivi des biais, alertes et documentation.
    • Constituer un dossier de preuves réunissant registre, analyses de risques, formations, procédures, clauses contractuelles et éléments attestant de la conformité.
  • Étude : de nouveaux candidats antibiotiques découverts grâce à l’IA

    Les candidats les plus prometteurs ont également révélé un mécanisme d’action inédit. Ces résultats* ont été publiés le 17 juin 2026 dans la revue Science Translational Medicine.

    Les bactéries résistantes gagnent du terrain plus vite que les nouveaux antibiotiques n’arrivent sur le marché. Parmi elles, le gonocoque, responsable de la gonorrhée, inquiète particulièrement les autorités sanitaires. Au fil des décennies, cette bactérie a appris à déjouer une grande partie des traitements utilisés contre elle, au point que certains experts redoutent de voir émerger des formes de plus en plus difficiles à traiter.

    Face à cette menace, les chercheurs sont en quête de nouvelles armes. Mais la découverte d’antibiotiques se heurte à un défi de taille : l’immensité de l’espace chimique. Des millions, voire des milliards de molécules pourraient théoriquement présenter un intérêt thérapeutique. Encore faut-il savoir lesquelles méritent d’être étudiées. Les chercheurs du Wyss Institute, du MIT et du Broad Institute ont donc voulu évaluer dans quelle mesure l’intelligence artificielle pouvait aider à orienter cette recherche et accélérer l’identification de nouvelles pistes thérapeutiques contre le gonocoque.

    Explorer une bibliothèque de 6 millions de molécules

    Concrètement, les auteurs de ces travaux ont entraîné plusieurs modèles d’intelligence artificielle à partir de données portant sur près de 39 000 composés dont l’activité contre Neisseria gonorrhoeae était connue. Ces modèles ont ensuite été utilisés pour analyser virtuellement une bibliothèque d’environ six millions de molécules afin d’identifier les candidats les plus prometteurs.

    Les composés sélectionnés ont ensuite été testés contre différentes souches de gonocoque, dont certaines résistantes aux antibiotiques. Les chercheurs ont également évalué leur mode d’action ainsi que leur efficacité dans un organe-sur-puce reproduisant l’environnement vaginal humain et dans un modèle murin d’infection.

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 17 juin 2026 dans la revue Science Translational Medicine.

    Résultats : une nouvelle thérapeutique identifiée par l’IA

    • 83 molécules actives contre N. gonorrhoeae identifiées parmi les 213 testées.
    • 2 candidats principaux (A1 et A2) retenus pour les analyses approfondies.
    • Activité démontrée contre 28 souches cliniques pour A1 et contre 31 souches pour A2.
    • Absence de résistance détectée après 30 jours d’exposition à A1 et A2.
    • Efficacité confirmée dans un modèle de vagin-sur-puce humain et dans un modèle murin d’infection génitale.
    • Identification d’une nouvelle cible thérapeutique : l’alanine racémase.

    Pour les auteurs, l’intérêt de cette approche dépasse largement la gonorrhée. La découverte de nouveaux antibiotiques se heurte aujourd’hui à un paradoxe : les molécules potentiellement intéressantes n’ont jamais été aussi nombreuses, mais les chercheurs ne peuvent en tester qu’une infime fraction. L’intelligence artificielle pourrait servir de filtre pour explorer cet immense espace chimique et orienter les efforts expérimentaux vers les candidats les plus prometteurs.

    « Les antibiotiques sont l’un des piliers de la médecine moderne, mais leur efficacité est menacée par l’émergence de résistances », rappelle l’équipe. Selon elle, cette stratégie pourrait être appliquée à d’autres bactéries prioritaires et contribuer à relancer un domaine de recherche qui peine depuis plusieurs décennies à produire de nouvelles classes d’antibiotiques.

    * Deep learning-enabled discovery of antibiotics effective against Neisseria gonorrhoeae

    Melis Anahtar, Donald Ingber, James Collins

    SCIENCE TRANSLATIONAL MEDICINE 17 Jun 2026 Vol 18, Issue 854 DOI: 10.1126/scitranslmed.ads4699

    https://www.science.org/doi/10.1126/scitranslmed.ads4699

     

  • Withings reprend Biosency pour accélérer son développement dans la télésurveillance de l’insuffisance respiratoire

    Withings étend son activité à la santé respiratoire

    Withings annonce la reprise de Biosency, entreprise rennaise spécialisée dans la télésurveillance des patients atteints d’insuffisance respiratoire. Cette opération permet à la société française de santé connectée d’élargir son périmètre au suivi à distance des pathologies respiratoires et de renforcer ses capacités dans le domaine de la télésurveillance médicale.

    L’entreprise indique que cette acquisition s’inscrit dans sa stratégie de développement d’un acteur européen indépendant de la santé numérique, avec l’objectif d’accompagner l’évolution des systèmes de santé.

    Une expertise centrée sur la BPCO

    Fondée à Rennes en 2017, Biosency développe des solutions de télésurveillance destinées aux patients souffrant d’insuffisance respiratoire et aux professionnels de santé qui les accompagnent.

    La société a notamment conçu un algorithme certifié comme dispositif médical permettant de détecter précocement les exacerbations de bronchopneumopathie chronique obstructive. Elle apporte également à Withings plusieurs années de recherche clinique dans cette pathologie ainsi qu’une expertise du cadre de prise en charge et des acteurs du système de santé français.

    Ce rapprochement doit permettre d’accélérer le déploiement de la solution développée par Biosency grâce aux capacités industrielles et commerciales de Withings.

    Le groupe précise que la continuité de service, le maintien des certifications et le suivi des patients ainsi que des professionnels de santé seront assurés. L’ensemble des collaborateurs de Biosency rejoint par ailleurs Withings et poursuivra le développement de la solution depuis Rennes.

    Pour Éric Carreel, président de Withings, cette acquisition repose sur la complémentarité entre les technologies de détection des décompensations respiratoires développées par Biosency et les travaux menés par l’entreprise dans le suivi des maladies cardio-métaboliques.

    BodyScan 2 présenté à VivaTech 2026

    L’annonce intervient à l’occasion de VivaTech 2026, où Withings met en avant BodyScan 2, commercialisé en Europe depuis le 9 juin 2026.

    Récompensé par un CES 2026 Innovation Award, cet appareil de santé connectée a pour objectif de détecter à domicile des signaux précoces liés à la santé cardiovasculaire et métabolique. Selon l’entreprise, il s’inscrit dans une génération de dispositifs associant capteurs, biomarqueurs et algorithmes de suivi.

    Créée autour de la première balance connectée lancée en 2009, Withings revendique aujourd’hui plus de 15 millions d’utilisateurs dans le monde et poursuit le développement de scores de risque et d’algorithmes prédictifs dédiés au suivi de la santé.

     

  • IA & Cancer : l’INCa et l’Université Paris Cité créent la chaire de recherche « Intelligence artificielle et recherche clinique en oncologie »

    Une chaire pour répondre à de nouveaux défis auxquels sont confrontés les essais cliniques

    L’évolution de la médecine de précision transforme profondément la recherche en cancérologie. L’identification de sous-groupes de patients de plus en plus spécifiques améliore le ciblage thérapeutique, mais complexifie également la conduite des essais cliniques. Le recrutement devient plus difficile, les coûts augmentent et les méthodologies traditionnelles montrent parfois leurs limites.

    Dans ce contexte, l’intelligence artificielle apparaît comme un levier majeur pour exploiter les données de vie réelle, améliorer la conception des études et renforcer leur validité scientifique. Mais l’intégration de ces nouvelles approches soulève aussi des enjeux méthodologiques, réglementaires et éthiques qui nécessitent un cadre robuste et partagé.

    C’est précisément l’ambition de cette nouvelle chaire : structurer la recherche autour de méthodes innovantes tout en garantissant leur fiabilité et leur acceptabilité pour les chercheurs, les cliniciens, les patients et les autorités de santé.

    Une chaire construire autour de trois axes pour construire les essais cliniques de demain

    La chaire s’articulera autour de trois grands domaines de recherche.

    Le premier concerne l’émulation et le redressement d’essais cliniques à partir de données de vie réelle. L’objectif est d’utiliser les données collectées dans les parcours de soins pour mieux estimer l’efficacité des traitements dans les populations réelles et compléter les enseignements issus des essais traditionnels.

    Le deuxième axe porte sur la création de bras de contrôle synthétiques. Cette approche consiste à remplacer ou compléter certains groupes comparateurs par des cohortes construites à partir de données historiques ou observationnelles, particulièrement utiles dans les maladies rares ou lorsque les effectifs sont limités.

    Enfin, la chaire explorera la génération de cohortes simulées grâce à l’IA. Ces patients virtuels pourraient permettre de tester des scénarios d’essais in silico, d’augmenter artificiellement certaines cohortes ou encore de faciliter le partage sécurisé de données.

    Une convergence entre IA, données de santé et recherche clinique :

    Sélectionnée à l’issue d’un appel à candidatures national, la professeure Agathe Guilloux, chercheuse à l’Inria et membre de l’équipe commune HeKA (Inria–Inserm–Université Paris Cité), apportera une expertise reconnue à l’interface entre apprentissage statistique et recherche clinique.

    Ses travaux s’appuieront sur des sources de données variées, incluant notamment les données du Système national des données de santé (SNDS), les entrepôts de données hospitaliers et les données issues des essais cliniques. L’ambition est également d’exploiter des données multimodales et de développer des approches capables d’intégrer imagerie, données cliniques et informations moléculaires.

    Au-delà de la recherche, la chaire entend structurer un véritable écosystème de formation autour de l’IA appliquée à la santé. Enseignements universitaires, masterclasses, diplôme spécialisé et diffusion ouverte des méthodes développées doivent contribuer à faire émerger une nouvelle génération d’experts capables de maîtriser les enjeux méthodologiques de la recherche clinique augmentée par l’IA.

    À travers cette initiative, l’INCa et l’Université Paris Cité affichent une ambition claire : faire de la France un acteur de référence dans la conception des méthodologies qui accompagneront la prochaine génération d’essais cliniques en oncologie. Une orientation qui s’inscrit pleinement dans la stratégie nationale de lutte contre les cancers et dans la montée en puissance des usages de l’intelligence artificielle en santé.

  • Check-ups santé et prévention digitale : vers une infrastructure mondiale de scoring, de suivi longitudinal et de santé proactive

    Check-up santé : un marché mondial à 116 milliards en 2035, entre gratuité publique et plateformes premium à 3 600 euros.

    Le marché mondial du check-up santé est estimé à 61,5 milliards de dollars en 2025, avec une projection à 116 milliards d’ici 2035 et une croissance annuelle de 6,5%. En France, l’Assurance maladie réalise plus de 500 000 bilans gratuits par an via l’EPS, tandis que des acteurs privés comme Zoï facturent jusqu’à 3 600 euros pour un check-up ultra-complet. Le secteur se structure autour de bilans standardisés intégrés dans des contrats collectifs, avec une fracture persistante entre l’offre publique de masse et les offres privées premium. Les plateformes numériques (Zoï, Kor, Lucis, MyLifeCare) se distinguent par une course aux biomarqueurs, à l’IA et aux financements, mais leur modèle économique reste sous pression, sur fond de critiques sur le caractère élitiste et de forte demande de démocratisation (80% des salariés souhaitant un bilan via leur employeur). À horizon 2030, Xerfi anticipe une concentration des bilans numériques autour de quelques acteurs, portés par les objets connectés et l’intégration croissante de l’intelligence artificielle orientée vers l’anticipation des risques.

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    Health check-ups en Asie de l’Est : une infrastructure de données pour la prévention cardio-métabolique, rénale, oncologique et mentale

    Les programmes de health check-ups fournissent des bases de données standardisées exploitées dans des cohortes de plusieurs dizaines de milliers de participants sur plus de dix ans, au Japon, en Chine, en Corée, en Thaïlande ou au Royaume-Uni. Ces données permettent de suivre l’hypertension, les anomalies glucido-lipidiques, la MAFLD, les trajectoires d’adiposité sur 14 ans et la maladie rénale chronique, via des scores dérivés (indices triglycérides–glucose, ratios acide urique/HDL ou plaquettes/HDL) associés à des événements cardio-vasculaires et métaboliques. Des modèles complexes comme le score J‑GESS pour les cancers gastriques et œsophagiens ou des scores de mode de vie issus de 24 ans de suivi taïwanais illustrent le potentiel de ces données pour la stratification personnalisée du risque. Les travaux s’étendent à la santé numérique avec des systèmes de détection assistés par IA sur radiographies thoraciques et des questionnaires de check-up mental, ainsi que des modèles explicables ciblant diabète, rigidité artérielle ou dépression chez les personnes âgées. Cette infrastructure de données ouvre la voie à des plateformes de scoring, d’alertes et de triage intégrables aux écosystèmes numériques, tout en posant des enjeux de biais de sélection, d’hétérogénéité des protocoles et d’équité d’accès entre zones urbaines et rurales ou populations migrantes.

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    Kor : un check-up digital financé par les assureurs, déjà 400 000 bénéficiaires et une cible de 80% des Français en 2030

    Kor revendique plus de 400 000 bénéficiaires en France et vise 1 000 000 de personnes fin 2026, puis 80% des Français équipés d’un partenaire de santé proactive d’ici 2030. Le modèle B2B, adossé aux contrats collectifs, cherche à démocratiser le check-up en le rendant entièrement pris en charge, avec plus de 9 utilisateurs sur 10 déclarant mieux comprendre leur santé et plus de 70% mettant en œuvre au moins une action après le bilan. Sur le plan clinique, Kor détecte un enjeu de santé significatif chez 15 à 20% des utilisateurs (risques cardiovasculaires, apnée du sommeil, diabète, troubles thyroïdiens), grâce notamment à un dispositif médical de classe IIa analysant une vidéo de 30 secondes du visage et à des scores structurés comme le score de Berlin. La plateforme prévoit l’intégration des données de wearables d’ici fin 2026 et une connexion bidirectionnelle avec Mon espace santé début 2027, afin de synchroniser bilans, comptes rendus et données biologiques dans une vue longitudinale. Dans un contexte où les dépenses de santé augmentent deux fois plus vite que le PIB, Kor illustre le basculement des assureurs vers un rôle de partenaire de santé préventif, en s’appuyant sur l’IA et un momentum national pour la prévention afin de diffuser une santé proactive et interopérable à grande échelle

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    Check-ups santé digitalisés : de l’examen ponctuel à une infrastructure de prévention continue.

    Les nouveaux check-ups digitalisés combinent bilans premium intensifs (Zoï, Neko Health) et plateformes de biomarqueurs récurrents (Function Health, Superpower, Lucis) avec plus de 100 à 180 biomarqueurs suivis, des scans en moins d’une heure et des séries de 160 tests annuels transformant le bilan en suivi longitudinal. Des acteurs comme Predilife, Lianeli et BioSense structurent des offres ciblées (cancer du sein à partir de 40 ans, prévention en entreprise conforme aux recommandations, interprétation pédagogique des bilans), tandis que Chronolife et Emobot étendent le check-up au monitoring continu de six paramètres physiologiques et des troubles de l’humeur. Le marché se modularise en quatre grands modèles (centres intégrés, plateformes de longévité, outils d’orientation, dispositifs de monitoring), tout en restant fragmenté, avec plus d’une dizaine d’acteurs et des millions de datapoints collectés par parcours. Cette intensification des données crée des opportunités de scoring prédictif et d’intégration verticale (une consultation, un scan, une application), mais aussi des risques d’inflation informationnelle, de surinterprétation des biomarqueurs, de logique premium excluante et de défis de gouvernance des données sensibles (RGPD). Les dynamiques structurantes reposent sur le passage à l’échelle (3 000 clients et plus de 500 000 tests pour Lucis), la montée de la personnalisation et du monitoring continu, et la nécessité de concilier sophistication technologique, lisibilité clinique et soutenabilité économique pour transformer le check-up en infrastructure de prévention durable.

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  • Check-ups santé digitalisés : vers un continuum de prévention prédictive, connectée et personnalisée

    Opportunités principales

    31 évaluations et plus de 140 biomarqueurs : la montée en puissance du check-up premium intégré

    Zoī propose un check-up complet en moins de quatre heures, structuré autour de 31 évaluations détaillées, d’imagerie avancée et de plus de 140 biomarqueurs. Cette profondeur analytique montre qu’une partie du marché se déplace vers des offres premium capables de condenser, sur un temps très court, une grande quantité d’informations cliniques et biologiques. Pour des établissements de santé ou des investisseurs, ce modèle révèle une opportunité de création de valeur fondée sur la densité de l’examen, la personnalisation du parcours et la monétisation d’une expérience de prévention haut de gamme.

    Moins d’une heure : l’industrialisation du check-up préventif par Neko Health

    Neko Health met en avant un scan préventif réalisé en moins d’une heure, couvrant la peau, le cœur, les vaisseaux, le sang et la santé métabolique. La société souligne la capture de millions de points de données, la prise de plus de 2 000 images haute résolution et une restitution clinique immédiate, ce qui démontre qu’un check-up très dense peut être rendu compatible avec des logiques de flux et d’efficacité opérationnelle. Cette capacité d’industrialisation ouvre une perspective stratégique importante pour les acteurs souhaitant développer des centres de prévention à forte productivité sans renoncer à un haut niveau de sophistication technologique.

    Plus de 160 tests : la biologie de longévité devient une infrastructure de prévention

    Function Health structure son offre autour de plus de 160 tests biologiques annuels, avec un positionnement explicite sur la détection proactive et la longévité. La valeur stratégique de ce modèle tient à la répétition des mesures, qui transforme le check-up en infrastructure de suivi longitudinal plutôt qu’en acte ponctuel. Pour les décideurs, cette évolution crée une opportunité majeure : celle de bâtir des offres récurrentes fondées sur la donnée biologique, avec des usages allant de la prévention personnalisée à la segmentation de populations à risque.

    Plus de 100 biomarqueurs et 21 catégories : l’essor des health super-apps

    Superpower propose deux campagnes de tests par an couvrant plus de 100 biomarqueurs répartis en 21 catégories, dans le cadre d’une « health super-app ». Cette architecture suggère que le marché du check-up digitalisé peut évoluer vers des plateformes intégrées de gestion de santé, combinant collecte de données, recommandations, navigation dans l’offre de soins et accompagnement individualisé. L’opportunité ici dépasse le seul bilan biologique : elle réside dans la création d’un point d’entrée numérique central pour le pilotage de la santé, potentiellement extensible à d’autres services cliniques ou assurantiels.

    Deux prises de sang par an et plus de 180 biomarqueurs : l’émergence d’un operating system de prévention

    Lucis se présente comme un « preventive health operating system » proposant deux prises de sang par an et le suivi de plus de 180 biomarqueurs. Les communications publiques mentionnent également 3 000 clients et plus de 500 000 tests réalisés, ce qui indique une capacité de structuration et de passage à l’échelle sur plusieurs marchés européens. Cette dynamique révèle une opportunité stratégique forte pour les acteurs capables de transformer la donnée biologique répétée en plans d’action standardisés, intelligibles et médicalement encadrés.

    À partir de 40 ans : la médecine prédictive spécialisée ouvre un segment distinct

    Predilife propose plusieurs bilans prédictifs, dont une offre dédiée au cancer du sein pour les femmes à partir de 40 ans, ainsi qu’un bilan multi-pathologies pour femmes et hommes à partir de 40 ans. L’entreprise mobilise intelligence artificielle, big data, téléconsultation et techniques médicales éprouvées dans un cadre de dispositif médical de classe I marqué CE. Cette spécialisation montre qu’une part du marché du check-up digitalisé peut se structurer non autour de bilans généralistes, mais autour d’axes de risque ciblés, plus proches des logiques de médecine de précision et de stratification clinique.

    Un outil conforme aux recommandations médicales : la prévention digitalisée en entreprise gagne en légitimité

    Lianeli présente son bilan santé digital comme un outil simple, personnalisé et conforme aux recommandations médicales, capable d’orienter vers les bons dépistages au bon moment. Cette promesse de prévention structurée, accessible sans expertise médicale préalable, ouvre un champ de déploiement important dans les environnements professionnels et les politiques de santé au travail. L’opportunité stratégique réside ici dans la capacité à démocratiser l’entrée dans la prévention digitalisée, au-delà des seuls segments premium ou hyper-technologiques.

    Une première analyse gratuite : l’interprétation des bilans devient un marché en soi

    BioSense.life indique que l’analyse du premier bilan est gratuite, avec dépôt d’un PDF, synthèse immédiate et aperçu des biomarqueurs clés. La plateforme précise qu’elle aide à comprendre les résultats biologiques en langage clair à partir de sources officielles, afin d’éclairer les échanges avec le médecin. Cette proposition de valeur montre qu’au sein de l’écosystème, la couche d’interprétation et de pédagogie peut constituer un marché autonome, particulièrement pertinent à mesure que la production de données de check-up s’intensifie.

    Six paramètres physiologiques : le check-up bascule vers le monitoring continu

    Chronolife propose un wearable assurant le suivi continu de six paramètres physiologiques, dont l’électrocardiogramme, la fréquence cardiaque, l’activité physique, la respiration, la température cutanée et l’impédance pulmonaire. Cette capacité transforme le check-up en observation longitudinale et ouvre des usages en télésurveillance, santé au travail et accompagnement de patients chroniques. L’opportunité majeure réside dans le passage d’une logique de photographie ponctuelle à une logique de détection dynamique des évolutions physiologiques.

    Un suivi continu des troubles de l’humeur : la santé mentale entre dans le champ du check-up digitalisé

    Emobot développe un dispositif médical destiné à la détection et au suivi continu des troubles de l’humeur, notamment la dépression et les troubles bipolaires. L’approche repose sur une surveillance passive entre les consultations et sur des usages en diagnostic, prévention de la rechute et thérapie digitale adaptative. Cette évolution élargit le périmètre du check-up digitalisé à la santé mentale et crée une opportunité stratégique dans un domaine historiquement moins structuré par la donnée continue.

    Un suivi médical continu : Kor étend la valeur au-delà de l’examen initial

    Kor associe à son check-up complet une promesse explicite de suivi médical continu. Les informations publiquement accessibles évoquent une évaluation de prévention comprenant prélèvements biologiques, paramètres cliniques et consultation d’interprétation. Cette articulation entre bilan initial et accompagnement longitudinal constitue une opportunité forte pour des modèles hybrides, à la frontière du check-up, de la médecine préventive et du disease management personnalisé. Kor insiste dans ses communications sur sa volonté de s’adresser à toute la population et pas uniquement les couches les plus favorisées.

    Une plateforme unifiée : Aro rapproche le check-up des logiciels de coordination clinique

    Aro se présente comme une plateforme unifiant dossier médical électronique, rendez-vous, paiements, admission patient et données de bien-être. Des comparatifs publics lui attribuent également plus de 60 biomarqueurs suivis et des tests biannuels dans une logique d’optimisation santé. Cette convergence entre coordination clinique, données de bien-être et suivi biologique suggère une opportunité de fusion entre check-up digitalisé et système d’orchestration du parcours patient.

    Risques majeurs

    Des millions de points de données : la complexité informationnelle peut dépasser la capacité d’appropriation clinique

    Neko Health met en avant la collecte de millions de points de données lors d’un seul parcours de scan. Si cette richesse analytique constitue un avantage compétitif, elle peut aussi créer un risque d’inflation informationnelle, en particulier si la hiérarchisation clinique des signaux n’est pas suffisamment robuste ou compréhensible pour l’utilisateur et les professionnels. Plus l’intensité des données produites par le check-up augmente, plus la qualité de l’interprétation et du tri des anomalies devient stratégiquement critique.

    Plus de 100 à 180 biomarqueurs : le risque de surinterprétation augmente avec la profondeur des panels

    Les offres de Superpower, Function Health et Lucis reposent sur des panels biologiques très étendus, allant de plus de 100 à plus de 180 biomarqueurs. Cette profondeur crée une promesse forte de détection précoce, mais elle peut aussi augmenter le risque de signaux ambigus, de résultats frontières ou de sollicitations médicales additionnelles dont la pertinence clinique n’est pas toujours explicitée dans les documents disponibles. Pour les acteurs hospitaliers et médicaux, ce point implique une vigilance particulière sur la capacité de ces modèles à éviter la surmédicalisation induite par la multiplication des mesures.

    Des données de santé sensibles : la gouvernance et le consentement deviennent centraux

    Les solutions étudiées reposent sur des données hautement sensibles : biologie, imagerie, signaux physiologiques continus, paramètres émotionnels ou informations issues de questionnaires de santé. BioSense explicite, par exemple, l’existence d’une notice d’information et de consentement relative au traitement des données personnelles et de santé dans un cadre RGPD. Les documents montrent ainsi que la confiance, la sécurité et la gouvernance des données constituent un risque structurant pour tout déploiement à grande échelle de check-ups digitalisés.

    Une logique premium : le risque d’inégalités d’accès reste élevé

    Zoī, Neko Health, Function Health et Superpower s’inscrivent dans des formats qui relèvent d’une médecine préventive fortement individualisée et technologiquement dense. Les sources mettent en évidence une montée en gamme de l’offre, mais elles suggèrent aussi implicitement un risque de concentration de ces services sur des segments solvables, au détriment d’une diffusion plus large dans les parcours de prévention ordinaires. Ce risque d’inégalités d’accès est majeur pour des décideurs publics ou hospitaliers cherchant à concilier innovation et équité.

    Un périmètre encore hétérogène : la catégorie du check-up digitalisé manque de normalisation

    Les documents fournis rassemblent sous une même bannière des offres très différentes : scan intégré, plateforme de biomarqueurs, outil pédagogique, prévention en entreprise, monitoring physiologique et suivi en santé mentale. Cette hétérogénéité signale une richesse d’innovation, mais elle crée aussi un risque de confusion stratégique et clinique, notamment pour les acheteurs, partenaires hospitaliers ou investisseurs qui compareraient des solutions répondant en réalité à des usages distincts. L’absence de normalisation claire de la catégorie complique donc l’évaluation comparative des résultats, des performances et des modèles économiques.

    Dynamiques structurantes du marché

    Quatre grands modèles : un marché en voie de modularisation

    Les sources permettent d’identifier quatre grands modèles opérationnels. Les centres intensifs et intégrés regroupent Neko Health, Zoī et Kor. Les plateformes de biomarqueurs et de longévité incluent Function Health, Superpower, Lucis et partiellement Aro. Les outils d’orientation ou d’interprétation préventive rassemblent Predilife, Lianeli et BioSense. Enfin, Chronolife et Emobot prolongent la logique du check-up dans le monitoring continu.

    3 000 clients et 500 000 tests : le passage à l’échelle devient un enjeu clé

    Les données publiques disponibles sur Lucis mentionnent 3 000 clients et plus de 500 000 tests réalisés. Au-delà du seul cas Lucis, ces indicateurs traduisent une dynamique de montée en puissance industrielle du marché, où la valeur ne dépend plus seulement de la sophistication technique, mais aussi de la capacité à déployer, standardiser et opérer ces solutions à grande échelle. Le passage à l’échelle apparaît ainsi comme un facteur discriminant pour les acteurs souhaitant s’imposer durablement dans l’écosystème de la prévention digitalisée.

    Une consultation, un scan, une application : l’intégration verticale devient un avantage concurrentiel

    Les offres de Neko Health, Kor, Superpower et Aro illustrent une tendance à l’intégration verticale de la chaîne de valeur, depuis la collecte de données jusqu’au suivi et à la coordination. Cette intégration peut renforcer l’expérience utilisateur, améliorer la captation de valeur et faciliter la fidélisation, mais elle accroît aussi les exigences opérationnelles et réglementaires pesant sur les acteurs. Les sources suggèrent ainsi que l’avantage concurrentiel ne repose plus seulement sur une technologie isolée, mais sur la capacité à articuler examen, interprétation, suivi et interface numérique au sein d’un système cohérent.

    Synthèse

    Plus de 10 modèles cités : un marché encore fragmenté mais déjà structuré par des logiques communes

    Les documents remis montrent que les solutions de check-ups santé digitalisés couvrent un spectre large comprenant Neko Health, Zoī, Kor, Predilife, Function Health, Superpower, Lucis, Aro, BioSense.life, Lianeli, Chronolife et Emobot, avec la mention complémentaire d’acteurs comme Astrium et BrainTrip. Malgré cette diversité, plusieurs points saillants convergent : intensification de la collecte de données, montée de la personnalisation, extension du check-up vers le suivi longitudinal et transformation de l’examen ponctuel en infrastructure de prévention. Les perspectives stratégiques les plus nettes, au regard des sources, concernent la modularisation du marché en briques complémentaires, l’essor des modèles récurrents fondés sur les biomarqueurs, la progression du monitoring continu et la nécessité, pour chaque acteur, de concilier sophistication technologique, lisibilité clinique, gouvernance des données et soutenabilité économique.

     

  • « L’objectif est que 80% des Français aient Kor comme partenaire de santé proactive à l’horizon 2030 »

    Afin d’approfondir son étude sur les bilans de santé digitalisés, Health&Tech Intelligence s’est entretenu avec Sophie Agosta, cofondatrice de Kor, une plateforme de bilans de santé digitaux intégrée aux contrats d’assurance et déployée via les entreprises.

    Kor, une offre B2B avec une ambition de démocratiser les bilans de santé

    Kor revendique une trajectoire d’adoption rapide sur le marché français des bilans de santé digitaux financés par les assureurs. « Aujourd’hui, on a plus de 400 000 personnes bénéficiaires en France », indique Sophie Agosta. L’objectif affiché est de dépasser le seuil du million de bénéficiaires d’ici la fin de l’année et de viser une couverture très large à moyen terme : « L’objectif c’est d’ici la fin de l’année de dépasser le 1 000 000 de bénéficiaires et à horizon 2030 d’avoir 80% des Français qui ont Kor dans leur poche comme leur partenaire de santé proactive. »

    La start-up française revendique se différencier des offres B2C ciblant le « top 1% le plus aisé», en ancrant son modèle dans les contrats collectifs et la complémentaire santé. « Notre vocation, nous, c’est vraiment de démocratiser les bilans de santé, de les rendre accessibles au plus grand nombre, là où les apps B2C […] vont aller chercher les 1% des personnes les plus privilégiées », souligne Sophie Agosta. La plateforme se présente ainsi comme un service intégré à l’assurance, et non comme une option individuelle payante. L’accès s’effectue via des codes d’inscription transmis par la mutuelle ou directement depuis les applications santé des assureurs.

    Du remboursement à l’assureur partenaire de santé

    Le pari de Kor repose sur un changement de rôle de l’assureur dans le système de santé français. « Jusqu’ici, l’assureur, c’était quelqu’un qui remboursait les frais de santé », rappelle Sophie Agosta. La différenciation se faisait essentiellement sur les tableaux de garanties et les niveaux de remboursement par type de dépense, sans action directe sur les trajectoires de soins. Selon l’interviewée cette logique est en train d’évoluer vers un positionnement plus global : « Aujourd’hui, c’est plus seulement le tableau de garantie qu’on attend d’un assureur, c’est qu’il devienne un véritable partenaire de santé, qui prévient les maladies, qui aide à rester le plus longtemps possible en bonne santé. »

    Les néo-assureurs comme Alan sont cités comme catalyseurs de cette transformation. « On le voit beaucoup avec Alan aujourd’hui, qui communique beaucoup sur la prévention […] notamment parce qu’il se positionne comme un partenaire de santé avec des vrais services de santé au-delà du tableau de garantie », commente Sophie Agosta. Dans ce contexte, la capacité à proposer des services de prévention structurés devient un levier de compétitivité : « Pour l’assureur, c’est un enjeu vital de se différencier, de pouvoir proposer ces services de santé que demandent les assurés et les entreprises. »

    Au-delà du marketing, l’enjeu est aussi économique : contrôler le ratio sinistres/primes dans un environnement où « les dépenses de santé ne cessent d’augmenter » et « augmentent deux fois plus vite que le PIB ». également, la fondatrice de Kor rappelle que l’Assurance maladie considère la prévention comme « la grande bataille de la décennie » et estime que les assureurs dont les budgets de prévention n’étaient pas utilisés commencent à les engager.

    Prévention pour tous : passer par les assureurs et les entreprises

    Pour Kor, toucher le « plus grand nombre » suppose d’aller au-delà des publics déjà informés et de s’appuyer sur des canaux à large portée. « Pour toucher les personnes qui sont dans des milieux défavorisés, qui n’ont pas accès à l’information, qui sont dans des déserts médicaux, il faut passer par les assureurs », détaille Sophie Agosta. Elle rajoute également qu’il faut que tout soit pris en charge, qu’il n’y ait pas un seul euro à débourser. »

    La plateforme déploie ses services via les entreprises, considérées comme des relais efficaces de sensibilisation. « Nos clients, ce sont les assureurs et ensuite on déploie via les entreprises ». Kor s’inscrit dans un mouvement où l’Assurance maladie cherche elle aussi à améliorer l’adhérence aux dépistages, par exemple sur le cancer colorectal, où « c’est seulement 30% de personnes éligibles qui sont à jour ». L’entreprise est perçue comme « un lieu formidable pour sensibiliser » car elle concentre le temps et les interactions : « Quand le message vient d’un manager, d’un collègue […] c’est beaucoup plus puissant que n’importe quel discours de l’Assurance maladie ou n’importe quelle campagne marketing. »

    Sophie Agosta souligne également un contraste culturel avec les États-Unis, où le coût des soins incite fortement à la prévention. « Là-bas, ça coûte très cher de se soigner […] Donc on est très encouragé à faire de la prévention », dit-elle, en notant qu’en France « comme tout est pris en charge, on ne peut pas forcément l’intégrer ». D’où un double enjeu : « Non seulement prendre en charge mais aussi communiquer et sensibiliser le plus grand nombre de personnes à la prévention. »

    Entre 15 et 20% d’enjeux de santé significatifs détectés

    Pour étayer l’impact, plusieurs indicateurs issus de ses bilans sont avancés : « on a plus de 9 personnes sur 10 qui déclarent mieux comprendre leur santé après le bilan », affirme Sophie Agosta, qui y voit « une belle victoire » pour favoriser l’engagement. Le passage à l’action est également documenté : « On a plus de 70% des personnes qui mettent en œuvre au moins une action après le bilan », ce qui suggère que les recommandations ne restent pas théoriques.

    Sur le plan clinique, la co-fondatrice indique « qu’un enjeu de santé significatif va être détecté sur 15 à 20% des utilisateurs », citant notamment des problématiques cardiovasculaires, l’apnée du sommeil, le diabète ou des troubles thyroïdiens. Pour le cas des troubles cardio-vasculaires, l’examen digital repose en partie sur un dispositif médical de classe IIa, intégré à la plateforme : « on a intégré un outil qui grâce à une vidéo de 30 secondes, fait un scan du visage […] et va être capable de mesurer les variabilités de la fréquence cardiaque ou le risque d’hypertension », explique l’interviewée.

    Pour l’apnée du sommeil, Kor utilise le score de Berlin, basé sur un questionnaire structuré, avant d’orienter les personnes à risque vers une polysomnographie ventilatoire pour confirmer ou infirmer le diagnostic. « En fonction de ces réponses-là, on va évaluer un risque […] et on va orienter ensuite vers un examen », précise-t-elle. La plateforme revendique « l’approche la plus complète du marché » par rapport aux solutions basées uniquement sur des objets connectés non certifiés, en ajoutant « la couche d’analyse, d’interprétation médicale » portée par son équipe médicale.

    Intégrer objets connectés et Mon espace santé d’ici 2027

    La feuille de route de Kor comporte plusieurs volets d’interopérabilité, avec les objets connectés grand public et l’infrastructure nationale « Mon Espace Santé ». Sur les wearables, Sophie Agosta indique que l’intégration est prévue « d’ici la fin de l’année ». L’idée est de « synchroniser les données » des montres et balances connectées dans la plateforme Kor pour, par exemple, enrichir la vue cardio-vasculaire, en les mettant « en relation avec des marqueurs biologiques comme le cholestérol ».

    Cette agrégation doit permettre un suivi longitudinal plus dense des indicateurs et la détection plus fine des évolutions. Kor se positionne comme point d’entrée vers un écosystème de solutions méconnues et sous-utilisées. « Il existe des milliers de solutions et de services, mais qui sont méconnus et sous-utilisés », observe Sophie Agosta. Le rôle de Kor est d’« en quelques minutes, donner une vision globale » et d’« orienter vers des solutions spécifiques » comme des dispositifs pour l’apnée du sommeil ou des plateformes d’objets connectés.

    Sur le volet institutionnel, l’intégration à Mon espace santé est annoncée pour « début 2027 ». « On a prévu de s’intégrer à Mon espace santé d’ici début 2027 […] L’idée c’est de synchroniser les données dans les deux sens », explique Sophie Agosta. La synthèse du bilan Kor doit « remonter » dans Mon espace santé pour être accessible au médecin traitant, tandis que les comptes rendus, analyses biologiques et ordonnances présents dans l’espace numérique seront « récupérés » et « centralisés » dans la plateforme, afin de construire une « vision longitudinale de la santé de chaque personne ».

    Un momentum de prévention en France et un enjeu de diffusion massive

    Sophie Agosta estime que la France se trouve à un moment charnière sur la prévention. Si le pays reste en retrait en termes de part des dépenses de santé consacrée à ce volet, elle considère qu’« il y a un vrai momentum ». Le frein principal identifié n’était pas nécessairement l’absence de budgets mais l’absence de solutions dans lesquelles investir : « Le problème jusqu’ici, c’est qu’ils ne savaient pas vraiment dans quoi investir »

    Selon elle, l’IA et les technologies associées rendent possible une prévention « fiable, solide scientifiquement et aussi personnalisée » à grande échelle, ce qui n’était « pas possible auparavant ». Elle insiste sur les atouts français : « On a des budgets qui sont liés à la prévention, on a des médecins de grande qualité, on a beaucoup d’atouts pour devenir un vrai champion de la prévention. »

    Le grand enjeu reste la diffusion. « Le grand challenge, c’est vraiment de pouvoir le diffuser le plus largement possible, que ce soit adopté par le plus grand nombre », résume la co-fondatrice de la start-up . Cela suppose une double prise de conscience, « au niveau de l’individu » et « au niveau de l’assureur ». Elle ajoute que le moment est « exceptionnel pour le faire » et l’orientation vers une santé proactive, continue et interopérable apparaît comme « l’avenir de la santé ».

  • Health check-ups, risques cardio‑métaboliques et santé numérique : apports des cohortes populationnelles récentes

    Rôle central des health check-ups dans la prévention

    Les programmes de health check-up se sont imposés comme un dispositif structurant de prévention et de détection précoce dans de nombreux systèmes de santé, notamment au Japon, en Chine, en Corée, au Royaume‑Uni ou en Thaïlande. Plusieurs travaux récents exploitant des bases de données de check-up couplées aux données d’assurance ou de suivi longitudinal ont montré leur intérêt pour la prise en charge de l’hypertension, des troubles métaboliques, des maladies hépatiques métaboliques et du risque cardio‑vasculaire global.

    Dans Hypertension Research, Kitaoka et al. ont étudié le contrôle tensionnel un an après un premier health check-up chez des individus présentant une pression artérielle au niveau de référence de recours, dans le contexte des check-ups japonais. Kameda et al., dans le même journal, ont évalué l’impact des check-ups annuels sur l’amélioration de l’hypertension et des anomalies du métabolisme glucidique et lipidique, tandis que des études chinoises et vietnamiennes se penchent sur la maladie hépatique métabolique (MAFLD) et la stratification du risque cardio‑vasculaire à partir de cohortes de check-up.

    Typologie des études : Cohortes, études transversales et bases de données massives

    On distingue trois grandes familles de travaux : les études de cohorte longitudinales basées sur des check-ups répétés, les études transversales analytiques, et les études de modélisation du risque ou d’aide à la décision. Les cohortes japonaises (par exemple sur la maladie rénale chronique, l’instabilité physiologique avant l’insuffisance cardiaque, ou les trajectoires d’indicateurs d’adiposité) exploitent souvent des séries de check-ups sur plus de dix ans, avec des dizaines de milliers de participants.

    En Chine, plusieurs études utilisent des cohortes de check-up pour analyser les associations entre indicateurs métaboliques (score d’insulinorésistance, phénotypes de composition corporelle, indices combinant triglycérides et glucose, ou ratios acide urique/HDL) et événements tels que diabète incident, prédiabète, calcification coronaire ou plaques carotidiennes. Des études transversales en Thaïlande, au Vietnam ou en Inde se concentrent davantage sur la prévalence du syndrome métabolique ou de la MAFLD chez les participants à des programmes de check-up.

    Contrôle de la pression artérielle et prévention cardio-vasculaire

    Les travaux menés au Japon et en Corée soulignent le rôle des check-ups dans le repérage et la prise en charge des anomalies tensionnelles. Kitaoka et al. décrivent la proportion de patients atteignant un contrôle tensionnel satisfaisant à un an après un repérage de pression à un niveau justifiant un recours, illustrant la capacité des programmes de check-up à initier le parcours de soins. Park et al., en Corée, analysent dans l’International Journal of Hypertension différentes trajectoires d’adhésion aux traitements antihypertenseurs et leur association à la survenue d’événements cardio‑vasculaires chez des individus ayant une hypertension détectée lors d’un check-up.

    Plusieurs études japonaises exploitent par ailleurs les données de check-up pour construire ou évaluer des scores de risque cardio‑vasculaire ou vasculaire, par exemple l’évaluation du risque d’anévrisme aortique à partir de données de l’étude Japan-Specific Health Check-ups combinée au UK Biobank, ou l’analyse de la stabilité physiologique précédant l’insuffisance cardiaque. Ces résultats confirment l’intérêt des données standardisées de check-up pour la stratification du risque et la planification individualisée de la prévention.

    Métabolisme, MAFLD et complications cardio‑rénales

    Les études consacrées à la MAFLD dans les contextes de check-up vietnamiens, chinois et thaïlandais rapportent une prévalence significative de la maladie chez les sujets consultant pour un bilan de santé, et mettent en évidence une association entre MAFLD et événements cardio‑vasculaires ou fibrose avancée. Dou et al. montrent, dans une cohorte chinoise de check-up, le lien entre MAFLD et maladie cardio‑vasculaire, tandis que Sono et al. décrivent la prévalence et le statut de fibrose de la MAFLD chez des adultes participant à un programme de check-up en Thaïlande.

    Parallèlement, des travaux japonais (Suzuki et al., Sato et al.) soulignent la contribution du surpoids et de l’obésité à la dégradation de la fonction hépatique et la présence de fibrose dans des cohortes de check-up, y compris chez des sujets asymptomatiques et avec des transaminases normales. Sur le plan rénal, Hirano et al. investiguent la prévalence de la constipation et son association avec la fonction rénale dans une large cohorte de check-up, tandis que Yang et al. explorent l’influence des comorbidités métaboliques et de l’insulinorésistance sur l’incidence de la maladie rénale chronique.

    Indicateurs dérivés, modèles de risque et outils numériques

    Un axe fort de la littérature récente est l’utilisation de combinaisons d’indicateurs biologiques de routine pour construire des marqueurs de risque ou des modèles prédictifs, souvent avec une perspective de mise en œuvre dans des systèmes d’aide à la décision ou des solutions d’IA clinique. Ainsi, plusieurs études chinoises et japonaises analysent l’association de ratios dérivés (acide urique/HDL, platelets/HDL, indices triglycérides–glucose, scores d’insulinorésistance, phénotypes de composition corporelle) avec des issues telles que le syndrome métabolique, l’hyperhomocystéinémie, les plaques carotidiennes, la calcification coronaire ou la performance cognitive.

    Des modèles plus complexes, comme le J‑GESS score japonais pour le risque unifié de cancers gastriques et œsophagiens à cinq ans, ou le score de mode de vie développé à partir d’une cohorte taïwanaise de check-ups sur 24 ans, illustrent le potentiel des données de check-up pour développer des scores de risque intégrés. Par ailleurs, l’étude thaïlandaise de Thongsawaeng et al. propose un cadre de scoring personnalisé pour les check-ups employeurs, intégrant des tendances historiques de laboratoire et des prévalences fondées sur les preuves, ce qui ouvre la voie à une intégration dans des plateformes numériques de prévention personnalisée.

    Dimension santé numérique et intelligence artificielle

    Plusieurs travaux se situent explicitement à l’interface entre programmes de check-up et solutions numériques. Nishii et al. décrivent l’utilisation d’un système de détection assisté par IA explicable pour l’analyse des radiographies thoraciques dans des contextes de check-up, tandis que des études en endocrinologie et en cardiologie exploitent des approches d’apprentissage interprétable pour identifier des combinaisons de caractéristiques à haut risque (par exemple pour le diabète chez l’adulte jeune avec glycémie à jeun normale).

    Les données de check-up sont également utilisées pour développer et valider des outils de dépistage en santé mentale, comme le questionnaire de check-up mental validé en Corée ou l’intégration de marqueurs physiques et comportementaux non invasifs pour détecter précocement la dépression chez les personnes âgées vivant seules en Corée. Ces approches illustrent comment des indicateurs standardisés collectés en routine peuvent alimenter des systèmes d’alerte ou de triage numérique ciblant aussi bien les risques somatiques que psychiques.

    Tableau synthétique de quelques axes de recherche

    Premier auteur (année) Pays / contexte Type d’étude / base Thème principal
    Kitaoka (2025) Japon, check-ups Cohorte 1 an Contrôle tensionnel après repérage HTA
    Kameda (2026) Japon, check-ups Cohorte annuelle Hypertension, glucose, lipides
    Dou (2025) Chine, check-up Cohorte prospective MAFLD et risque cardio‑vasculaire
    Sono (2025) Thaïlande, programme Étude de prévalence MAFLD et fibrose
    Wang (2025) Chine, 10 check-ups+ Cohorte 14 ans Trajectoires d’adiposité et cancer
    Moriyama (2026) Japon, check-up Transversale analytique Ratio plaquettes/HDL et syndrome métabolique
    Qu (2026) Japon, check-up Transversale Ratio acide urique/HDL et rigidité artérielle
    Nishii (2025) Japon, check-up Étude d’évaluation IA‑CAD IA explicable sur radiographie thoracique
    Cambia (2026) Taïwan, 24 ans Cohorte longitudinale Score de mode de vie et syndrome métabolique

     Apports et limites pour la santé numérique

    Les travaux recensés confirment que les programmes de health check-up constituent une infrastructure de collecte de données populationnelles particulièrement riche pour la prévention cardio‑métabolique, oncologique, rénale et mentale. Le caractère standardisé et répétitif des mesures facilite le développement de scores de risque, d’indicateurs dérivés et de modèles prédictifs susceptibles d’être intégrés dans des plateformes de santé numérique ou des systèmes de support à la décision clinique.

    Toutefois, plusieurs limites apparaissent implicitement dans ces travaux : biais de sélection des populations qui participent aux check-ups, hétérogénéité des protocoles entre pays et entre employeurs, dépendance à des indicateurs principalement biomédicaux au détriment de déterminants sociaux ou comportementaux, et questions d’équité d’accès (par exemple les inégalités urbain‑rural en Chine ou la situation des migrants non assurés au Japon). Ces éléments suggèrent que l’intégration des données de check-up dans des systèmes de santé numérique devra être pensée avec une attention particulière à la représentativité, à la gouvernance des données et aux mécanismes de correction des biais algorithmiques.

    Vers une intégration structurée des health check-ups dans les écosystèmes numériques

    Les études récentes sur les health check-ups, menées principalement en Asie de l’Est mais aussi au Royaume‑Uni, en Europe de l’Est et en Afrique australe, montrent le potentiel de ces programmes pour la détection précoce, la stratification du risque et le suivi longitudinal de multiples pathologies. Les analyses centrées sur l’hypertension, les troubles métaboliques, la MAFLD, la maladie rénale chronique, les cancers digestifs et les troubles mentaux démontrent que des variables cliniques et biologiques de routine peuvent alimenter des modèles de risque sophistiqués, y compris des approches d’intelligence artificielle explicable.

    Dans une perspective de santé numérique, ces corpus ouvrent la voie à des plateformes intégrant scoring personnalisé, alertes proactives, outils de triage et interfaces de coopération entre soins primaires, médecine du travail et structures de dépistage spécialisé. La transposition de ces approches dans d’autres systèmes de santé nécessitera cependant une adaptation aux contextes réglementaires, aux formats de données et aux priorités de santé publique, ainsi qu’une évaluation rigoureuse de l’impact réel sur la morbi‑mortalité et les inégalités d’accès.

     

  • Check-up santé : un marché à plus de 50 milliards de dollars qui se restructure autour des plateformes numériques

    L’Assurance maladie réalise chaque année plus de 500 000 bilans de santé gratuits via son Examen de Prévention en Santé (EPS), tandis qu’une nouvelle génération de plateformes facture jusqu’à 3 600 euros le check-up. Entre ces deux extrêmes, un marché en pleine recomposition se dessine.

    Un marché mondial en expansion soutenue

    Le marché mondial du check-up santé dépasse 50 milliards de dollars, selon Xerfi. D’autres estimations le situent à 61,5 milliards de dollars en 2025, avec une projection à 116 milliards d’ici 2035, soit un taux de croissance annuel composé de 6,5%. Cette dynamique repose sur trois moteurs convergents : le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques, un actif sur quatre devrait en être atteint d’ici 2025 selon le Conseil économique, social et environnemental, et l’investissement des entreprises dans la qualité de vie au travail (QVCT).

    En France, ce contexte favorise une structuration accélérée du secteur. Les bilans standardisés, industrialisables et intégrés dans des contrats collectifs négociés par assureurs et mutuelles, dominent désormais l’activité et constituent le socle commercial des opérateurs.

    Le circuit public : socle de masse, portée limitée

    Côté public, deux dispositifs coexistent. L’EPS, totalement pris en charge par l’Assurance maladie, s’adresse en priorité aux personnes éloignées du système de soins, demandeurs d’emploi, inactifs, retraités,  et dure environ 2h30. Le dispositif « Mon bilan prévention », lancé en 2022, cible quant à lui quatre tranches d’âge précises (18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans, 70-75 ans), pour un entretien de 30 à 45 minutes conduit par un médecin, pharmacien, infirmier ou sage-femme, pris en charge à 100%.

    Ces offres publiques se heurtent à un double obstacle : le retard structurel de la France en matière de médecine préventive et les tensions d’accès aux soins dans les territoires, deux freins identifiés comme persistants à horizon 2030 par Xerfi.

    Le segment privé : de la clinique au numérique

    Du côté privé, les positionnements divergent. L’Hôpital Américain de Paris fait figure de précurseur avec un Check-up Center ouvert dès 1991. Elsan, gestionnaire de cliniques privées, déploie aujourd’hui 8 centres de bilans de santé dans les grandes métropoles françaises (Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Valenciennes), ciblant aussi bien les particuliers que les patients internationaux. Le CIEM (Centre Interprofessionnel d’Études et d’Examens Médicaux), adossé à une logique mutualiste, représente une autre modalité d’accès.

    À côté de ces acteurs installés, les groupes de biologie médicale investissent les bilans non remboursés pour diversifier leurs revenus, à l’image d’Eurofins Biomnis.

    Les plateformes numériques : course aux biomarqueurs et aux financements

    C’est le segment qui concentre le plus d’agitation en 2025-2026. Trois startups françaises s’y distinguent :

    • Zoï propose un check-up en 4 heures dans son centre parisien, intégrant 36 bilans, 145 marqueurs biologiques, une échographie complète, quatre examens d’imagerie avancée et une analyse du microbiote. Tarif : 3 600 euros, sans remboursement possible.

    • Kor, fondée en 2023 à Tours, cible les entreprises de plus de 1 000 salariés avec une offre hybride, en centre et 100% digitale depuis mars 2025. La startup a levé 3,5 millions d’euros en avril 2024, avec pour objectif d’atteindre des centaines de milliers de check-up annuels.

    • Lucis, fondée en 2025, a bâti un modèle sur abonnement à 490 euros par an incluant deux bilans biologiques (110 biomarqueurs), une analyse assistée par IA, puis validée par des médecins, et une téléconsultation en partenariat avec Livi. En moins d’un an, la startup a levé 28 millions de dollars au total.

    MyLifeCare adopte une approche différente : le diagnostic initial détermine un « âge physiologique » du salarié, suivi d’un programme sur 12 mois combinant nutrition, activité physique et gestion du stress, accessible via application mobile. La plateforme a noué un partenariat avec Harmonie Mutuelle pour diffuser son offre auprès des entreprises clientes de la mutuelle.

    Tensions de modèle et perspectives 2030

    L’équation économique reste sous pression. Les opérateurs qui ont misé sur les contrats-cadres avec assureurs et mutuelles bénéficient de flux garantis, mais à des prix comprimés. La recherche de volumes impose une organisation rigoureuse, des systèmes d’information robustes et une mobilisation médicale en nombre.

    Le modèle premium suscite des réserves institutionnelles. Christine Ferron, déléguée générale de la Fédération promotion santé, dénonce une approche « élitiste » de certains des acteurs,  et questionne la pertinence clinique de check-up ultra-complets pour des personnes asymptomatiques. À l’inverse, une étude Ipsos révèle que 80% des salariés français souhaitent bénéficier d’un bilan de santé via leur employeur, signal d’une demande de démocratisation que les plateformes B2B cherchent à capter.

    Xerfi anticipe une concentration du marché des bilans numériques autour de quelques acteurs à horizon 2030, tandis que les objets connectés élargissent la frontière du secteur vers l’auto-mesure continue. L’intelligence artificielle, déjà intégrée chez Lucis et Kor, déplace progressivement la promesse du diagnostic vers l’anticipation des risques, un positionnement qui redessine aussi bien les modèles d’affaires que les enjeux réglementaires à venir.