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  • Qualité des soins : quels outils pour recueillir efficacement les indicateurs patients ? (L. May-Michelangeli, HAS / études Leem et OCDE)

    🗣️ Des efforts pour améliorer l’expérience patient (L. May-Michelangeli)

    Laetitia May-Michelangeli - @ DR
    Laetitia May-Michelangeli – @ DR

    Dans un entretien exclusif avec Health & Tech Intelligence, le Dr Laetitia May-Michelangeli, cheffe du service Évaluation et outils pour la qualité et la sécurité des soins à la HAS, revient sur le programme e-Satis qui vise à évaluer et à améliorer l’expérience des patients dans les établissements de santé. Mais  aussi sur la définition et la mesure de l’expérience patient à travers des questionnaires standardisés, ainsi que les défis rencontrés et les perspectives d’avenir pour renforcer l’utilisation et l’impact de ces évaluations dans le système de santé français.

    L’apport du questionnaire e-Satis :

    La HAS, à travers son programme e-Satis, définit l’expérience patient comme une évaluation objective du parcours de soins vécu par les patients dans les établissements de santé. Cette approche vise à compléter la mesure de la satisfaction en capturant les dimensions spécifiques de leur expérience. Initialement développé à partir de l’ancien programme Compaqh (coordination pour la mesure de la performance et l’amélioration de la qualité hospitalière), le questionnaire e-Satis est conçu en collaboration avec des groupes de travail pour s’assurer qu’il couvre toutes les étapes critiques de la prise en charge médicale. Cette méthodologie rigoureuse garantit que les questionnaires sont métrologiquement validés et adaptés aux divers contextes de soins.

    Au fil des années, e-Satis, d’abord conçu pour les patients hospitalisés plus de 48h en médecine chirurgie et obstétrique, a étendu sa portée pour inclure différents types de séjours hospitaliers tels que la chirurgie ambulatoire et les soins de suite et de réadaptation (SSR). Les récentes améliorations incluent l’automatisation du recueil des données via une interface de programmation d’application (API) développée par l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH), facilitant ainsi la collecte et l’analyse des réponses des patients. De plus, l’intégration de commentaires libres dans les résultats permet une évaluation plus approfondie et qualitative ainsi qu’une meilleure compréhension des besoins et des attentes des patients.

    Laetitia May-Michelangeli souligne plusieurs actions de la HAS liées au programme e-Satis, qui montrent son évolution et son engagement pour la mesure et l’amélioration de l’expérience patient à travers le système de santé français :

    • développement du questionnaire e-Satis : questionnaire e-Satis, initialement lancé pour les patients hospitalisés plus de 48 heures en médecine, chirurgie et obstétrique (MCO), a été progressivement étendu à d’autres secteurs du soin ;
    • publications et validation métrologique : pour assurer la fiabilité des questionnaires e-Satis, ainsi que leur adaptation aux spécificités des différents secteurs de soins ;
    • déploiement : un déploiement progressif du questionnaire e-Satis dans les établissements de santé à travers la France, ainsi que les campagnes nationales de mesure de l’expérience patient ;
    • intégration de nouvelles technologies : mise en place d’une API par la ATIH pour automatiser la collecte et le traitement des questionnaires e-Satis, facilitant ainsi leur gestion par les établissements de santé ;
    • ajout d’une information à la main des établissements pour préciser le niveau d’exploitation (service, UF, pôle) ;
    • améliorations continues : des efforts continus pour améliorer la collecte des données, intégrer les commentaires des patients et faire face aux défis spécifiques comme ceux rencontrés avec l’hospitalisation à domicile (HAD), ou la santé mentale.

    Quels progrès dans la mesure de l’expérience patient ?

    L’ambition de la HAS est d’enrichir et de diversifier les mesures de l’expérience patient, en adaptant ses méthodologies et ses outils pour répondre aux besoins spécifiques des différents secteurs de la santé. Un de ses objectifs est de fournir des résultats permettant la comparaison entre les établissements de santé. Cela vise à informer sur la qualité des soins à travers un score global, tout en permettant une analyse plus détaillée pour identifier des axes d’amélioration spécifiques à chaque service. L’ATIH a introduit, dans ce sens, une colonne supplémentaire pour que les établissements précisent comment ils souhaitent utiliser ces résultats, facilitant ainsi leur exploitation au niveau du service, unité fonctionnelle ou pôle.

    Des expérimentations en santé mentale et sur l’hygiène des mains :

    La HAS a été sollicitée par la DGOS pour créer un e-Satis spécifique en santé mentale. Malgré les difficultés rencontrées sur le terrain, un nouveau questionnaire d’expérience pour les adultes pris en charge est actuellement en phase d’expérimentation. Les résultats seront évalués pour validation métrologique, en septembre 2024, avant de le déployer à l’échelle nationale pour établir une classification.

    Autre sujet ancien mais hautement important pour les établissements, et qui a été ouvert pour compléter voire remplacer l’indicateur actuel sur les consommations hydro-alcooliques : l’hygiène des mains. Il concerne les questionnements des patients concernant l’hygiène des mains des professionnels de santé. De nouvelles méthodes ont été développées pour analyser ces résultats et établir des indicateurs d’expérience. Le recueil des données a été finalisé et le groupe de travail va analyser, d’ici la fin de 2024, les qualités métrologiques du questionnaire et proposer une restitution en indicateur.

    Outre cela, afin d’améliorer l’exploitation des verbatims pour mieux comprendre les retours des patients et renforcer l’implication des établissements dans l’amélioration continue de l’expérience patient, une interface de restitution des commentaires libres des patients est annoncée pour septembre 2024. Une phase pilote qui a débuté les intégrera dans la plateforme e-Satis.

    Utilisation des résultats d’e-Satis et évolutions futures (certification, MES, IA…) :

    Malgré ses succès, e-Satis rencontre plusieurs défis, parmi lesquels l’exploitation efficace des verbatims des patients pour en tirer des enseignements concrets au niveau des établissements de santé. Il est essentiel que ses résultats soient pleinement intégrés dans les pratiques d’amélioration continue pour avoir un impact significatif sur la qualité des soins. La certification des établissements les intègre désormais, incitant les professionnels de santé à analyser les commentaires pour identifier des axes d’amélioration.

    La HAS envisage, à l’avenir, d’étendre e-Satis à de nouveaux domaines tels que les urgences et la maternité, tout en explorant la piste de l’intégration des résultats avec des plateformes numériques, comme Mon Espace Santé (MES), pour une collecte de données plus fluide et une participation accrue des patients dans l’évaluation de leur expérience de soins. À long terme, elle vise à améliorer l’expérience patient dans tous les établissements de santé, y compris en médecine de ville.

    Par ailleurs, les nouvelles technologies telles que l’intelligence artificielle (IA) et les applications mobiles joueront un rôle dans l’amélioration de la collecte et de l’analyse des données sur l’expérience patient. L’IA est actuellement exploitée pour la gestion des commentaires libres.

    💊 La perspective de l’industrie pharmaceutique

    Selon une enquête du Leem (dont les résultats ont été publiés en janvier 2022 et repartagés en mars 2024 à la suite d’un webinaire dédié à la compréhension des “questionnaires patients et leurs usages dans le médicament”), les industriels de la Pharma définissent les deux principaux indicateurs patients identifiés comme suit :

    • les PROMs (patient-reported outcomes measures) sont des indicateurs de résultat selon la perspective propre au patient, sans interprétation par un acteur tiers. Ils sont mesurés via des questionnaires standardisés de qualité de vie, remplis directement par le patient ou l’aidant. Ces questionnaires peuvent être génériques ou spécifiques à une pathologie.
    • les PREMs (patient-reported experience measures) capturent la perception du patient sur l’expérience de soins ou le service reçu. Ils sont mesurés par divers indicateurs, souvent non validés, et recueillis via des questionnaires ou enquêtes. Exemples : temps d’attente, accès aux services, implication dans la décision, qualité de la communication, etc.

    La définition des PROMs par les industriels est en accord avec celle des autorités de santé. Les PROMs sont perçus comme un outil clairement intégré, surtout au cours de la phase d’évaluation. Ils sont collectés et évalués à différents niveaux, de la demande d’accès précoce à la mise sur le marché des médicaments. Quant à la définition des PREMs, elle est moins claire pour les industriels et perçue comme plus large que celle proposée par les autorités de santé. Ils voient les PREMs comme difficiles à transposer au médicament dans les usages et définitions actuelles des autorités. Toutefois, les PREMs peuvent fournir des informations utiles sur le fardeau de la maladie, l’expérience avec le traitement, les modalités d’administration et les solutions connectées.

    L’intégration des PROMs et PREMs dans l’écosystème français actuel :

    L’usage des PROMs et PREMs est variable au cours du cycle de vie du médicament. Les PROMs apparaissent comme intégrés tout au long du cycle de vie du médicament et de façon formalisée, du niveau européen au niveau national. A l’inverse, les PREMs sont mesurés en bout de course et à l’échelle du système de soins principalement. Pour le médicament, ils sont principalement recueillis de façon informelle par les industriels avant la mise en place des essais cliniques pour définir les besoins des patients, y compris par des indicateurs non structurés.

    En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) HAS ise en place des études post-inscription. Dans ce cadre, les degrés de prise en compte de la perspective patient sont variables mais sans impact explicite direct sur l’évaluation et la prise en charge des médicaments. Des éléments de détails sont retrouvés dans le Tableau 1.

    Usage des indicateurs patients au long du cycle de vie du médicament :

    Bien que des indicateurs patients soient remontés tout au long du cycle de vie du médicament, leur degré de maturité, leur niveau d’intégration et leur impact sur le processus décisionnel des autorités de santé est aujourd’hui limité. L’usage des PREMs et autres indicateurs non structurés fait l’objet d’initiatives non systématiques de la part d’industriels avec des degrés de structuration variable. En janvier 2022, le Leem tirait les conclusions suivantes concernant l’usage des indicateurs patients à chaque étape du cycle de vie du médicament :

    • essais cliniques : il s’agit d’une phase centrale de recueil de données qui conditionnent les futures évaluations, cependant un certain nombre d’indicateurs (PREMs ou indicateurs non structurés) sont recueillis en amont afin de définir les besoin et priorités des patients ;
    • accès précoce : la définition des besoins et indicateurs qui comptent pour les patients a été intégrée par les autorités qui attendent une prise en compte et un recueil pour bénéficier d’un accès précoce ;
    • Autorisation de mise sur le marché (AMM) : ces données n’impactent que peu ou pas l’obtention d’une AMM car l’évaluation se fait principalement sur des CROMs ;
    • demandes de remboursement : bien que la collecte de données de qualité de vie soit une exigence clairement établie par les autorités de santé, la prise en compte de ces données lors de la décision de remboursement au terme de l’évaluation reste minime et peu explicite – le poids implicite des contributions d’associations dans la décision n’est pas détaillé et semble ainsi variable dans le vote de la décision finale ;
    • négociation de prix : la place de la perspective patient dans la négociation de prix n’est pas clairement établie ;
    • études de suivi post-AMM : l’intégration de la perspective patient par les industriels du médicament répond principalement à des demandes des autorités, mais ces indicateurs patients peuvent également être remontés si un besoin précis a été identifié par le laboratoire ;
    • pratique courante : les indicateurs recueillis en pratique courante dépendent fortement des contextes médicaux et des produits et sont souvent le fruit d’initiatives industrielles non systématisées ou publiées avec un degré variable de structuration.
    Maturité des usages des indicateurs patients dans le cycle de vie du médicament - @ Leem, janvier 2022
    Maturité des usages des indicateurs patients dans le cycle de vie du médicament – @ Leem, janvier 2022

    Recommandations du Leem :

    Les recommandations du Leem concernant l’intégration et la valorisation des PROMs et des PREMs dans le domaine pharmaceutique visent à améliorer leur définition, leur reconnaissance et leur utilisation dans le cycle de vie des médicaments, en impliquant toutes les parties prenantes et en simplifiant les processus administratifs et méthodologiques. Cela devrait permettre une meilleure prise en compte des expériences et des résultats rapportés par les patients, améliorant ainsi la qualité des soins et la valorisation des thérapies. Ces recommandations ont été élaborées pour répondre aux principales limites du développement des indicateurs patients, qui s’articulent autour de 5 thématiques :

    1️⃣ Manque de définition consensuelle :

    Les différentes parties prenantes (autorités de santé, industriels, patients) ne sont pas alignées sur la définition des PREMs et des autres indicateurs non structurés. Le Leem recommandait :

    • de créer une définition commune des PREMs avec les autorités de santé, les représentants des usagers et les industriels, de préférence au niveau européen ;
    • et de développer des supports de formation communs pour les entreprises, basés sur les filières académiques existantes.

    2️⃣ Faible valorisation par les autorités de santé :

    Les autorités de santé ne valorisent pas suffisamment les indicateurs patients dans l’évaluation des médicaments. Le Leem recommandait :

    • d’étendre les indicateurs patients acceptés, même ceux moins structurés, pour les intégrer à une gamme plus large de thérapies ;
    • de créer une grille de lecture claire des impacts de l’intégration des indicateurs patients dans les évaluations des médicaments ;
    • de promouvoir l’utilisation des indicateurs patients au-delà de l’évaluation initiale, en incluant des modalités de paiement à la performance ;
    • et de systématiser les auditions des représentants des patients dans les processus décisionnels pour donner plus de visibilité aux décideurs.

    3️⃣ Difficultés liées à la collecte de données :

    Alors que le manque de connaissances et de communication limite la collecte d’indicateurs patients, la lourdeur administrative décourage la collecte de ces données. Le Leem recommandait :

    • de sensibiliser patients et professionnels de santé à l’importance des indicateurs patients via des actions de communication ;
    • de mettre en place des outils numériques de collecte pour optimiser le temps et améliorer les taux de réponse ;
    • et de simplifier et accélérer les processus de collecte et d’accès aux données.

    4️⃣ Complexité des processus internes :

    Les processus internes des entreprises pharmaceutiques pour la collecte et l’intégration des indicateurs sont souvent mal définis et non uniformisés. Le Leem recommandait de formaliser une approche centrée sur le patient dans chaque laboratoire, impliquant les patients dès les phases de recherche et développement.

    5️⃣ Alignement international :

    Difficultés d’alignement entre les filiales locales et les équipes globales des entreprises pharmaceutiques. Le Leem recommandait d’harmoniser les indicateurs recommandés par les autorités selon des standards internationaux pour faciliter les échanges globaux et améliorer la communication entre filiales et agences de régulation.

    📊 L’enjeu de l’échange des données selon l’OCDE

    Les résultats préliminaires de l’enquête Patient reported indicator surveys (PaRIS), réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et publiée à l’occasion de réunion ministérielle sur la santé de janvier 2024, révèlent que l’échange efficace de données améliore le vécu des patients qui, lorsqu’ils pensent bénéficier de soins primaires de qualité, se sentent en meilleure santé et ont une plus grande confiance dans le système de santé. Cette enquête porte sur 60 000 patients et 1 200 cabinets médicaux répartis dans 15 pays de l’OCDE.

    Selon le rapport résumant ces résultats, intitulé “La santé du point de vue des patients. La prochaine génération d’indicateurs de résultats des soins de santé” :

    • 78 % des patients des pays de l’OCDE font confiance à leurs prestataires de soins primaires ;
    • les personnes estimant bénéficier de soins primaires de qualité se sentent en meilleure santé, même lorsqu’elles souffrent de plusieurs maladies chroniques ;
    • un vécu positif des soins primaires par le patient est corrélé à une plus grande confiance de sa part dans le système de santé, en particulier dans les maladies chroniques.

    🏨 Impact de l’expérience patient sur les organisations de santé

    En conclusion, l’expérience patient peut avoir un impact significatif sur les organisations de santé, et ce à plusieurs niveaux :

    • sur la qualité des soins : l’expérience patient améliore la qualité des soins en identifiant les domaines à améliorer grâce aux PREMs, cela permet aux organisations de santé d’ajuster leurs pratiques cliniques pour mieux répondre aux besoins des patients.
    • sur la prise en charge personnalisée : les PROMs facilitent une prise en charge plus personnalisée en suivant les résultats rapportés directement par les patients, cela renforce la communication patient-soignant et favorise les décisions médicales partagées.
    • sur la conformité et la gestion des risques : intégrer l’expérience patient assure la conformité aux normes de qualité des soins et aux exigences réglementaires, essentielles pour maintenir les accréditations et certifications nécessaires.
    • sur la réputation de l’établissement et la fidélité des patients : une expérience positive renforce la réputation d’un établissement et fidélise les patients, assurant une continuité des soins et une stabilité financière accrue.
    • sur le plan économique : une meilleure expérience patient réduit les coûts associés aux erreurs médicales, optimisant ainsi l’utilisation des ressources et soutenant des modèles de remboursement basés sur la performance.
    • sur l’innovation et et la recherche : l’écoute des patients stimule l’innovation et guide la recherche clinique, améliorant l’efficacité des nouvelles thérapies et solutions numériques.

     

     

    * Résultats de l’enquête sur l’utilisation des PROMs en ville ou en établissements de santé (accessible ici)

    Haute autorité de santé, avril 2023

  • NLP : en quoi consiste la solution de Better World pour l’analyse des verbatims des patients ?

    Un transfert d’expertise du secteur automobile à la santé

    Better World concentre aujourd’hui la majeure partie de ses activités dans le secteur de la santé (plus de 60 %). Cependant, c’est dans l’industrie automobile que l’entreprise française a initialement développé sa solution. Daniel Ritter, président et cofondateur de Better World, explique que les ingénieurs automobiles ne communiquent pas avec les utilisateurs et se basent sur des groupes de discussion limités, ce qui ne reflète pas les avis de millions d’utilisateurs rencontrant des problèmes quotidiens avec leur voiture. En 2017, Better World a donc eu l’idée de recueillir tous les retours des clients sur leurs voitures à partir des millions de témoignages disponibles sur internet et notamment en s’appuyant sur les forums spécialisés. C’est en 2019, que des acteurs du secteur de la santé se sont intéressé à la solution développée par Better Word et ont suggéré que cette méthode pourrait s’appliquer à l’expérience patient.

    Aujourd’hui, Better World est le leader en France dans l’analyse des verbatims patients par l’intelligence artificielle (IA). L’entreprise collabore avec plus de 600 établissements de santé et médico-sociaux. En moyenne, cela représente entre 5000 à 10 000 verbatim par établissement et par an, mais pour des grands groupes d’hospitalisation privés, cela peut aller jusqu’à plusieurs centaines de milliers de verbatim

    Leur solution est notamment déployée dans les groupes privés (Elsan, Vivalto Santé, Almaviva Santé, EHPAD du Groupe Colisée, Hôpital des 15-20, l’Hôpital Foch). À ce jour, sur les 101 établissements où la solution Better World est déployée, ce sont 700 000 verbatim patients qui ont pu être analysés.

    De la collecte à l’analyse d’informations

    Notons que l”évènement du SNITEM  : “Quelle est la place du  numérique dans le secteur industriel du dispositif médical ?” en date du 17 juin, a été l’occasion pour l’entreprise Better World de présenter cette solution devant les acteurs du DM.

    Better Wolrd se base sur plusieurs sources afin de collecter le maximum d’avis clients :

    • grâce au dispositif national e-SAtis de la Haute autorité de santé (HAS) permettant de mesurer en continu la satisfaction et l’expérience des patients qui ont été hospitalisés, dans le public comme dans le privé ;
    • dans les propres enquêtes que font les établissements et au travers notamment du questionnaire de sortie ;
    • les feedbacks présents sur le web que les patients rédigent, notamment au travers des avis Google ;
    • grâce au QR codes placés par l’entreprise dans des lieux stratégiques du parcours patient (les chambres, les lieux d’accueil).

    Une fois la collecte d’informations réalisée, l’objectif sera de d’analyser l’information, cette analyse se déroule en 3 temps :

    L’analyse par la classification :

    Grâce au traitement automatisé du langage (NLP) qui est l’une des deux principales branches de l’IA, englobant à la fois l’analyse d’images et l’analyse de textes. Cette étape consiste à catégoriser les remarques des patients. “Cela consiste à savoir, à partir d’une remarque comme ‘le personnel est très attentif’, que l’on parle du niveau d’écoute et d’attention. Cette étape est ce que l’on appelle la classification”, explique Daniel Ritter ;

    L’analyse du sentiment :

    L’IA détermine si les patients parlent de manière positive ou négative, et avec quelle intensité. Cette analyse aide à comprendre le ton général des retours patients et à identifier les domaines nécessitant des améliorations. Cette étape permet d’identifier les sentiments et de prioriser les interventions en fonction de la gravité des problèmes perçus.

    Segmentation des retours sous forme de mapping @ Better World

    L’échantillonnage :

    Pour garantir la fiabilité, Better World procède par échantillonnage, en demandant à des humains de catégoriser des extraits de verbatims et de les situer sur une échelle de sentiments. Les résultats humains sont ensuite comparés à ceux de l’IA pour s’assurer de la précision. Daniel Ritter précise, “L’objectif est de s’assurer que les résultats fournis par la machine soient toujours représentatifs statistiquement, c’est-à-dire supérieurs à 90 % dans la justesse de l’analyse du sentiment et dans la classification.”

    Notons que toutes les informations recueillies n’ont cependant pas la même importance stratégique : “dans la plupart des établissements, le moment de la sortie du patient est crucial car c’est il est souvent source de mauvaises expériences : soit parce que l’on ne sort pas au moment où on l’avait prévu, soit parce qu’on arrive pas à avoir un taxi en partant, soit parce qu’on a pas reçu son ordonnance. C’est un moment de stress”.
    La solution développée par Better World représente également une opportunité pour les fabricants de dispositifs médicaux en ce qu’elle pourrait les aider à concevoir des dispositifs plus adaptés aux patients cela grâce à la collecte et l’analyse des avis.
  • État des lieux de l’expérience patient en France : définitions, enjeux et évolution

    L’enjeu de l’expérience patient est d’inciter les professionnels de santé à évoluer en intégrant la perspective du patient, non seulement en termes de soins, mais aussi en considérant les interactions avant et après les consultations, ainsi que l’organisation du retour à domicile. Ce concept, encore récent en France, suscite un grand intérêt et une adhésion de principe, car il valorise la dimension humaine des soins et l’aspiration à offrir un meilleur service.

    « La somme de toutes les interactions, façonnées par la culture d’une organisation, qui influencent les perceptions des patients tout au long du continuum de soins », telle est la définition proposée par The Beryl Institute de l’expérience patient, reprise par l’Institut français de l’expérience patient (Ifep).

    Axe prioritaire de Ma Santé 2022 : les dates clés de l’expérience patient en France

    2016 : création de l’Institut français de l’expérience patient (Ifep) dont l’objectif est de placer l’expérience patient au cœur des priorités des décideurs et des établissements. L’Ifep participe notamment à de nombreuses conférences et événements à travers le monde pour promouvoir l’expérience patient et en faire un levier de performance dans les établissements français.

    2018 : la stratégie « Ma santé 2022 » place l’expérience patient dans un de ses axes prioritaires : « placer le patient au cœur du système et faire de la qualité de sa prise en charge la boussole de la réforme ». Cette approche vise à mettre le patient au centre des préoccupations et des décisions médicales afin d’améliorer la qualité des soins et garantir que chaque intervention médicale apporte une valeur ajoutée significative au patient.

    2018 : création d’un comité de pilotage à l’Institut Mutualiste Montsouris afin d’améliorer l’expérience patient au sein de l’établissement. Cela s’est concrétisé par l’organisation d’une journée dédiée en 2019, pilotée par Nathalie Bass, avec l’ambition d’intégrer systématiquement cette dimension dans les projets institutionnels confiés à la direction Qualité, Gestion des risques et relations avec les usagers.

    2019 : la Haute autorité de santé (HAS) intègre cette approche dans ses priorités pour son projet stratégique 2019-2024. L’objectif est de mesurer le résultat perçu par le patient à travers trois mesures :

    • la mesure des résultats de soins rapportés par le patient : patient reported outcome measures (PROMs) ;
    • la mesure de l’expérience du patient concernant son parcours de soins : patient reported experience measures (PREMs) ;
    • la mesure de la satisfaction du patient vis-à-vis du soin reçu.

    2019 : création du Conseil pour l’engagement des usagers à la HAS. Ce conseil a pour mission d’accompagner, soutenir et évaluer les actions de la HAS pour promouvoir et intégrer l’engagement des patients et des usagers dans le système de santé, en offrant des avis et en participant aux réflexions éthiques et stratégiques. Un de ses rôles est de s’assurer que l’expérience patient est au cœur des réformes et des améliorations, alignées avec les objectifs de la stratégie « Ma santé 2022 ».

    2020 : publication par la HAS des recommandations sur l’engagement des usagers. Ces dernières soulignent un intérêt pour la prise en compte de l’expérience patient à travers les recueils de satisfaction.

    L’expérience patient de plus en plus intégrée dans les stratégies des établissements en 2021

    2021 : la Clinique Pasteur crée une direction dédiée à la relation et à l’expérience patient sous la direction du Dr Céline Orhond (aujourd’hui directrice de l’innovation, du développement médical et de l’expérience patient dans le groupe Hoppen). La direction a notamment mis en place des outils numériques comme le portail Yooli permettant au patient de suivre et d’interagir avec son dossier grâce aux bornes de la clinique. Le boîtier Moodow a également permis de recueillir les étapes du parcours durant lesquelles le patient est stressé ou apaisé.

    2021 : Vivalto Santé crée également une direction Expérience patient, occupée de 2021 à 2024 par Caroline Desaegher. Dans le cadre de cette démarche, la solution de Better world a été utilisée pour analyser les verbatims du questionnaire e-Satis de la HAS et les avis Google afin de permettre au groupe d’établir des plans d’actions grâce à la restitution de ces analyses.

    2021 : les Hospices Civils de Lyon (HCL) lancent les projets de partenariat et expérience patient en santé dans le cadre du déploiement Pulsations 2023. Mais au-delà du recueil, les HCL souhaitent identifier une action par an pour améliorer significativement l’expérience patient dans leurs établissements.

    2023 : Vivalto Santé, par le biais de sa Direction recherche, lance une série d’études scientifiques pour évaluer le bénéfice de l’expérience patient.

    Comment l’expérience patient devient un levier de performance ?

    Schéma de l’expérience patient @ H&TI

    Les PROMs mesurent les résultats perçus par les patients en termes de santé et de qualité de vie, et les PREMs mesurent l’expérience subjective des patients avec les services de santé. La satisfaction du patient est définie par le fait de répondre de manière appropriée aux attentes et aux besoins du patient.  L’expérience patient englobe ces deux aspects tout en mettant l’accent sur une vision plus large et inclusive du parcours de soins du patient.

    L’Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale (Anap) défini 4 piliers pour en faire un levier de performance :

    Piliers de l’expérience patient @ ANAP

    Ces 4 piliers montrent le processus. L’expérience patient se concentre sur la perception du patient en prenant compte de :

    • la qualité ;
    • la sécurité ;
    • le confort ;
    • la pertinence des soins reçus ;
    • la prise en compte des aspects humains, c’est-à-dire le relationnel ;
    • les aspects émotionnels, la prise en compte du stress ou du bien-être du patient ;
    • et l’aspect organisationnel.

    L’amélioration de la transparence et de la qualité des soins est un des enjeux de l’expérience patient. Un rapport pour la stratégie de transformation du système de santé, dans le cadre de « Ma Stratégie 2022 », visait à élaborer des indicateurs de qualité des parcours de soins afin de renforcer la confiance des usagers en mesurant leur satisfaction concernant leur prise en charge. Ce rapport mettait en lumière les faiblesses de l’information disponible qui entravaient la capacité des patients à prendre des décisions éclairées et autonomes concernant leur parcours de soins. En suggérant de mettre systématiquement en place et de diffuser des indicateurs de résultats et d’expérience rapportés par les patients (PROMs et PREMs), le comité « Chantier Qualité et Pertinence » de la stratégie Ma Santé 2022 soulignait que cela permettrait une information plus rigoureuse, transparente et utile aux usagers.

    Pour résumer, ces informations permettraient aux patients de mieux s’orienter dans le système de santé, mais aussi aux professionnels de la santé de s’améliorer en comparant leurs résultats à ceux d’autres établissements.

    Remettre le patient au centre des soins

    Ces démarches font écho à celle du « patient traceur ». Défini par la HAS comme suit : « Le patient traceur est une méthode d’évaluation et d’amélioration des pratiques », cette méthode permet d’analyser de manière rétrospective le parcours de soins d’un patient en comparant les pratiques réelles aux référentiels de bonnes pratiques.

    En retraçant le parcours d’un patient spécifique depuis son admission jusqu’à sa sortie, cette méthode permet une analyse détaillée et pluridisciplinaire des différentes étapes de la prise en charge. Elle intègre les pratiques des professionnels de santé et les perceptions/retours des patients eux-mêmes, offrant une vision globale et centrée sur le patient.

  • Campagne tarifaire et budgétaire 2024 : 2,3 Mds€ dédiés à la recherche et l’innovation

    2,3 Mds€ pour à la recherche et l’innovation

    D’après la première circulaire de la campagne tarifaire et budgétaire et un arrêté du ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités, publié le 16 juin au Journal officiel détaillant les dotations régionales pour l’année 2024, le montant total de la délégation de crédits des établissements de santé s’élève à 28,104 milliards d’euros. L’objectif national des dépenses d’assurance maladie des établissements de santé (Ondam ES) pour 2024 a, lui, été fixé à 105,6 milliards d’euros, soit une augmentation 3,2 % par rapport à 2023.

    Pour soutenir la recherche et l’innovation, un budget de 2,3 milliards d’euros est prévu, dont :

    • 2 milliards d’euros pour la dotation socle des missions d’enseignement, de recherche, de référence et d’innovation (Merri) ;
    • et 260 millions d’euros pour le financement des actes hors nomenclature.

    La circulaire mentionne aussi :

    • 1 milliard d’euro pour le financement des études médicales ;
    • 1 milliard d’euro pour des mesures et plans de santé publique, dont notamment :
      • 409 millions pour couvrir service d’aide médicale urgente (Samu) ;
      • 191 millions pour le plan maladies rares ;
      • et 10 millions pour des mesures en faveur des personnes âgées.

    EDS, interopérabilité et numérisation

    Pour ce qui est des investissements hospitaliers, la campagne 2024 annonce les financements suivants :

    • 7,5 millions d’euros en autorisations de crédit non reconductible sont alloués aux établissements sélectionnés pour l’appel à projets (AAP) “Accompagnement et soutien à la constitution d’entrepôts de données de santé” (EDS) ;
    • 3,1 millions d’euros pour des projets d’interopérabilité ;
    • et 3 millions d’euros pour le programme national Simphonie qui accompagne les établissements de santé dans leur démarche de simplification administrative (accueil, facturation, recouvrement, gestion de trésorerie), grâce au numérique (dématérialisation des échanges d’informations et automatisation des tâches).

    Une enveloppe de 400 millions d’euros est, par ailleurs, consacrée à d’autres mesures d’accompagnement financier, dont 300 millions en soutien aux établissements en difficulté financière et 65 millions de dotation de responsabilité territoriale pour les hôpitaux de proximité.

     

  • HDH : quels sont les 5 projets lauréats du 2e AAP sur la recherche en santé-environnement ?

    Une collaboration renouvelée pour répondre aux enjeux “santé-environnement”

    Fort de son succès lors de la première édition, l’appel à projet (AAP) “La donnée pour la recherche et l’innovation en santé – environnement” a été reconduit en décembre 2023. Cette initiative, portée par le Green data for health (CGDD) et le Health data hub (HDH), vise à répondre à l’engouement croissant pour les enjeux de santé-environnement.

    Un engagement pour la santé et l’environnement :

    Cet AAP s’inscrit dans les priorités du 4e Plan National Santé Environnement ainsi que dans celles de France Nation Verte. Il cible des initiatives dans des domaines prioritaires tels que le changement climatique et la santé publique, dans une démarche “Une seule santé” (One Health). Les cinq projets lauréats illustrent cette ambition.

    Soutien et financement :

    Les cinq équipes lauréates bénéficieront d’un accompagnement humain et technique pour une durée de 18 mois, ainsi que d’un financement maximal de 115 000 euros par projet.

    Une collaboration bénéfique pour la santé publique

    Cette collaboration renouvelée vise à mobiliser les données pour éclairer l’action publique, particulièrement dans les domaines de la prévention en santé et de l’adaptation au changement climatique. Pour Thomas Cottinet, responsable de l’Ecolab au Commissariat général au développement durable (MTECT-Mer), les résultats des projets sélectionnés “seront cruciaux pour déterminer les actions concrètes à entreprendre pour relever les défis environnementaux et sanitaires, notamment dans nos territoires.” L’objectif ultime qu’ils produisent “des résultats significatifs et bénéfiques pour la santé publique”, afin de renforcer “notre résilience aux changements climatiques”.

    De son côté, Stéphanie Combes, directrice du Health data hub, souligne que “ces actions s’inscrivent dans les recommandations de la mission Marchand-Arvier pour améliorer la coopération entre hubs de données, un objectif au cœur de la démarche portée par le GD4H et le HDH.”

    Les 5 projets lauréats

    ➡️ Hhavoc : ce projet évalue les liens entre vagues de chaleur et hospitalisations en France, ainsi que la vulnérabilité du bâti à la chaleur.

    📌 Porteurs du projets :

    ➡️ E-rises : ce projet consiste en le développement d’un modèle de prédiction en temps réel des consultations pour exacerbation d’asthme ou de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) par les services d’urgence en Nouvelle-Aquitaine.

    📌 Porteurs du projet :

    ➡️ Child-environment & development : il s’agit d’une étude de l’impact de l’exposome sur le développement psychomoteur et la santé mentale des enfants.

    📌 Porteurs du projet :

    • Inserm ;
    • UMRAE ;
    • et l’Institut pour l’avancée des biosciences.

    ➡️ Orbe : ce projet est une évaluation de l’impact de l’aménagement urbain sur la santé cardiovasculaire et ses interactions avec les vagues de chaleur.

    📌 Porteurs du projet :

    ➡️ Expothyr : une étude du lien entre l’incidence de l’hypothyroïdie périphérique et les déterminants environnementaux en France.

    📌 Porteurs du projet :

     

  • G7 : mettre en place une IA plus sûre et une approche pluridisciplinaire et globale de la santé

    En plus des chefs d’état ou de gouvernement de la France, de l’Allemagne, du Canada, des États-Unis, de l’Italie, du Japon et du Royaume-Uni, le sommet 2024 du G7 a enregistré, comme le veut la tradition, la participation de représentants d’autres États et organisations internationales invités, à l’image de l’Algérie, l’Argentine ou la Turquie. A l’issue des travaux de cette édition, la déclaration des dirigeants du G7  a porté sur de nombreux sujets, dont l’IA, la “santé unique” et la cybersécurité.

    Dans cet article, Health & Tech Intelligence analyse cette déclaration, avec un focus sur les parties dédiées à l’IA, la santé, la science, la technologie, l’innovation et à la cybersécurité.

    Pour une IA sûre et une libre circulation des données

    Dans le préambule des déclarations finales de ce G7, l’accent est mis sur la nécessité d’approfondir la coopération entre les différents pays dans le domaine de l’IA, afin d’exploiter ses avantages et de gérer ses risques. Concrètement, l’ambition est de promouvoir et mettre en place “une IA sûre, sécurisée et digne de confiance, soutenant une transformation numérique inclusive et centrée sur l’humain”. La gouvernance de l’IA a, elle aussi, été désigner comme une priorité afin de maximiser les bénéfices de cette technologie, tout en gérant les risques et en respectant les droits humains qui peuvent être compromis dans certains mauvais usages.

    Par ailleurs, les membres du G7 ont également mis l’accent sur l’utilisation des données, et cela dans tous les secteurs. Ils ont ainsi réitéré leur volonté de “rendre opérationnelle la libre circulation des données avec confiance” au travers de l’initiative “Data free flow with trust” de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Cette initiative a pour objectif de permettre des flux de données transfrontaliers fiables afin de “revigorer l’économie numérique dans son ensemble, tout en préservant la capacité des gouvernements à répondre à l’intérêt public légitime”.

    Promouvoir la “santé unique”

    Dans le domaine de la santé, les membres du G7 ont renouvelé leur volonté :

    • de mettre en place une couverture sanitaire universelle (CSU) ;
    • de mettre un terme aux grandes pandémies telles que le VIH, la tuberculose et le paludisme ;
    • de soutenir les initiatives régionales de fabrication de vaccins ;
    • et de prendre en compte les effets du changement climatique sur les maladies infectieuses.

    Pour ce faire, le G7 appelle à soutenir de manière continue le Fonds de lutte contre les pandémies, notamment à travers l’élargissement de la base de donateurs et la collecte d’au moins 2 milliards de dollars de dons.

    Les pays du g7 mettent, en outre, l’accent sur l’importance de la prévention tout au long de la vie et du vieillissement en bonne santé. Ils expriment aussi leur volonté de promouvoir des modes de vie et des régimes alimentaires sains, ainsi que de continuer à combattre les causes des maladies non transmissibles, en particulier les troubles mentaux et le cancer.

    L’approche globale des enjeux de santé, “one health“, est le point phare de cette déclaration : les pays du G7 insistent sur la nécessité de la promouvoir. Englobant la santé des animaux, des végétaux et des êtres humains, ainsi que les perturbations de l’environnement générées par l’activité humaine, cette approche soutient que les organismes vivants et les écosystèmes sont interconnectés et que la santé des uns dépend de celle des autres.

    Un groupe de travail sur la cybersécurité

    La déclaration finale du G7 2024 annonce un groupe de travail sur cybersécurité, qui sera piloté par les sept pays ensemble. Ce groupe de travail aura pour objectif de lutter contre les cyberactivités malveillantes :

    • en promouvant un comportement responsable des états dans le cyberespace ;
    • en améliorant la cybersécurité, y compris dans le secteur privé ;
    • et en développant et utilisant des outils pour dissuader et répondre aux comportements malveillant, ainsi qu’aux cybercriminels en perturbant les infrastructures qu’ils utilisent.

     

  • Recherche : lancement du projet Morpheus pour prédire les thromboses veineuses

    L’enjeu de la prédiction des thromboses inexpliquées

    Financé par l’Union européenne et coordonné par le Pr Francis Couturaud, pneumologue au CHU de Brest et coordinateur du réseau “Innovte” (Investigation network on venous thrombo-embolism) de F-Crin, le projet Morpheus se présente comme une étape importante pour l’innovation dans la prédiction des thromboses sans cause identifiable. Il vise à développer un outil prédictif qui sera capable d’identifier les patients à risque de récidive de MVTE.

    Troisième cause de mortalité cardiovasculaire en Europe, cette maladie, qui consiste en des caillots sanguins obstruant une veine des membres inférieurs ou pulmonaires, touche en France entre 50 000 et 150 000 personnes chaque année et cause entre 5 000 et 10 000 décès. Elle survient souvent sans cause identifiable, compliquant ainsi sa prévention et son traitement. Environ 40 % des patients sont victimes d’une récidive après l’arrêt des anticoagulants, une situation mortelle dans 10% des cas. 

    Une approche de recherche multidimensionnelle

    Pour la première fois dans le domaine, 14 cohortes regroupant 20 000 patients issus de 8 pays européens (France, Pays-Bas, Espagne, Allemagne, Suisse, Pologne, Suède et Danemark) sont fusionnées pour la réalisation de l’étude Morpheus. Dans le cadre de ces travaux, les chercheurs s’appuieront sur quatre catégories d’indicateurs :  

    • cliniques : âge, sexe, poids, antécédents médicaux ;
    • biologiques : génétique, dosages de protéines, ARN ;
    • morphologiques : imagerie pour analyser les caillots ;
    • et socio-anthropologiques : préférences des patients, perceptions du risque.

    Se distinguant par son ampleur et son approche multidimensionnelle, le projet Morpheus a un double objectif :

    • créer un outil prédictif pour optimiser la durée et les modalités des traitements anticoagulants au-delà des trois premiers mois, et de personnaliser ces traitements en fonction des profils des patients ;
    • et valider un outil adaptatif et multiniveaux, intégré à un processus de décision médicale partagée, prenant en compte à la fois les avis médicaux et les perceptions des patients pour une prise en charge personnalisée. 
    Organisation du projet Morpheus - @ Innovte
    Organisation du projet Morpheus – @ Innovte

    Un essai clinique dès décembre 2024

    L’outil prédictif de Morpheus devra être finalisé d’ici octobre 2025, sur la base des 20 000 patients issus des cohortes fusionnées. Un essai clinique de validation débutera le premier décembre 2024 pour une durée de quatre ans. Il inclura 2 400 patients. Interdisciplinaire, le projet promet d’avoir des répercussions significatives sur les plans scientifique, clinique, économique et de santé publique. En effet, différentes disciplines cliniques et scientifiques sont impliquées, avec la participation :

    • de cliniciens de diverses spécialités ;
    • de scientifiques en biomolécules et imagerie ;
    • ainsi que de spécialistes en sciences humaines (sociologie, anthropologie).

    👉 Pour participer à l’essai, les inscriptions sont possibles sur ce lien.

    Coordination stratégique du projet Morpheus et de son essai clinique - @ Innovte
    Coordination stratégique du projet Morpheus et de son essai clinique – @ Innovte
  • Gen AI : un nouvel outil de Google diagnostiquerait mieux certaines pathologies que des médecins

    Une IA qui comprend le vocabulaire médical

    Pour un professionnel de santé, le dialogue avec le patient est tout aussi important que les symptômes qu’il présente pour bien cerner le problème du malade. Malgré le développement croissant des applications et logiciels de Gen AI, les chatbots disponibles ne permettent pas toujours d’apporter des réponses concrètes aux médecins car le vocabulaire spécifique au domaine de la santé empêche une bonne compréhension par l’intelligence artificielle (IA). Jusque-là, les grands modèles de langage (LLM), même s’ils sont entraînés sur des millions de données, ne peuvent pas se mettre à la place du médecin et orienter leurs questions au patient de manière à pousser l’investigation à un niveau plus précis.

    Pour relever ce défi, Google a développé Amie, avec l’ambition de rendre la conversation avec le chatbot la plus proche possible d’une conversation réelle entre un médecin et son patient. Le géant américain de la tech s’est appuyé sur l’apprentissage automatique (machine learning) et le traitement du langage naturel (NLP). Amie analyse les symptômes et les antécédents médicaux des patients pour générer des hypothèses de diagnostic, mais aussi suggérer des examens complémentaires pour les vérifier.

    L’IA plus empathique que les médecins ?

    Comme tout chatbot, Amie interagit avec les médecins, avec la particularité qu’elle leur donne, selon Google, des réponses médicalement plus intelligibles à propos des pathologies de leurs patients. Mieux encore, elle poserait des questions pertinentes que le professionnel de santé ne penserait pas spontanément à poser au malade.

    Dans le cadre d’une étude publiée en janvier 2024 par des chercheurs de Google Research et Google Deepmind, Amie a montré une capacité à récolter une quantité d’informations similaire à celle d’un médecin lors d’entretiens médicaux réalisés par messages. Réalisée auprès de 20 “acteurs-patients” qui ont joué, à tour de rôle, 149 scénarios cliniques sans savoir s’ils échangeait des messages avec un médecin ou avec l’IA de Google, l’étude s’est également intéressée à l’empathie du médecin en comparaison avec celle de l’IA. Les patients ont été amené à évaluer cette dimension après leurs entretiens et, dans la majorité des cas, Amie a été perçue comme plus empathique que les médecins. Elle a même réussi à mieux diagnostiquer certaines pathologies cardiovasculaires ou respiratoires.

    ➡️ Amie utilise un nouvel environnement d’apprentissage de dialogue simulé, basé sur le jeu personnel, pour améliorer la qualité du dialogue diagnostique dans de nombreuses de pathologies et spécialités et dans différents contextes cliniques :

    Amie a surpassé les professionnels de santé sur plusieurs axes d'évaluation pour le dialogue diagnostique dans nos évaluations - @ Google
    Amie a surpassé les professionnels de santé sur plusieurs axes d’évaluation pour le dialogue diagnostique – @ Google

    D’autres études nécessaires pour éviter les dérives :

    Les équipes de Google soulignent le besoin de rester prudent face à cet outil qui pourrait être d’une grande utilité pour les médecins, en les aidant à établir un diagnostic plus rapidement. Une prudence exigée car Amie n’a encore été évaluée que par des acteurs jouant le rôle de patients, et devrait à l’avenir être testée sur des personnes souffrant réellement d’affections somatiques. Avant de la proposer aux professionnels de santé dans la vie réelle, Google prévoit de mener d’autres études qui viseront à évaluer les potentiels biais de sa technologie afin de les dépasser.

     

  • Remboursement : Moovcare retirée de la liste des activités de télésurveillance médicale

    La supériorité de Moovcare par rapport au suivi médical conventionnel non constatée

    Pour bénéficier de son inscription sur la LATM par la Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé (Cnedimts), la solution Moovcare Poumon, de Sivan Innovation, avait été reconnue comme ayant un service attendu suffisant qui permet “une amélioration modérée du service attendu (ASA III) par rapport à la prise en charge conventionnelle seule, à savoir le suivi par imagerie et par consultations médicales en face à face”. Cependant, compte tenu du caractère “quasi monocentrique” de l’étude Sentinel réalisée, la Cnedimts avait insisté sur la nécessité pour la solution de télésurveillance du cancer du poumon de démontrer par d’autres études “l’extrapolation des résultats en termes de survie de l’étude Sentinel en situation réelle d’utilisation”. Condition sine qua non pour que son inscription sur la LATM puisse être renouvelée.

    Après avoir analysé les résultats des dernières études portant sur la solution de Sivan Innovation, la Haute autorité de santé (HAS) a publié, le 13 juin 2024, l’avis de la Cnedimts qui explique que “la supériorité de l’intérêt attendu de l’acti­vité de télésurveillance médicale avec Moovcare Poumon par rapport au suivi médical conventionnel ne peut être établie”. La Commission est, par conséquent, défavorable à l’inscription de cette activité sur la LATM.

    Des données insuffisantes et des événements indésirables

    Pourtant, la solution de Sivan Innovation a fait – et continue toujours de faire – l’objet de plusieurs études depuis le premier avis de la Cnedimts. Au total, cinq nouvelles études ont été menés sur la solution Moovcare Poumon, dont une par la European society for medical oncology. Mais la Cnedimts ne lui reproche rien sur la réalisation des études, mais plutôt sur leur pertinence : elle révèle ainsi que les données récoltées lors de ces études sont exploratoires et “ne permettent aucune conclusion en termes de survie globale en situation réelle d’utilisation”, et « ne permettent donc pas de confirmer les résultats de l’étude pivot initialement fournie”. Ceci même si les résultats peuvent “apporter des éclairages sur l’utilisation pratique et la satisfaction en lien avec l’utilisation” de la solution.

    En plus de ce manque de données prouvant la supérioté de la solution au suivi médical conventionnel, quelques événements indésirables ont été constatés : si la Cnedimts explique qu’aucun effet indésirable lié à l’utilisation de Moovcare Poumon n’a été reporté lors des études et depuis la commercialisation, “les données issues de la matériovigilance transmises par le demandeur rapportent un total de 18 évènements rapportés”. Il s’agit essentiellement de problèmes d’interface praticien (7 événéments) et patient (4) ou de compatibilité d’interface (4).

     

  • DGS : prévention, innovation, territoires et QVCT parmi les 20 nouveaux objectifs stratégiques fixés

    Des opportunités pour les nouvelles technologies

    Changements démographiques, avancées technologiques, défis environnementaux et économiques… Les transformations profondes et rapides que connait la société française, comme beaucoup d’autres à travers le monde, ont une influence directe sur la gestion et l’efficacité du systèmes de santé. La capacité de ce dernier à s’y adapter est essentielle pour garantir des soins de qualité et accessibles à tous.

    Dans son projet stratégique 2024-2026, destiné à guider les politiques de santé publique pour les trois prochaines années, la DGS met en lumière l’importance de l’intégration des nouvelles technologies dans le système de santé pour améliorer les services de soins, dans un contexte externe et interne qu’elle résume en quelques chiffres clés, comme suit :

    • espérance de vie en bonne santé : moins d’un Français sur deux atteint l’âge de 65 ans en bonne santé, conséquence du tabagisme, de la consommation d’alcool, de la sédentarité et d’une mauvaise alimentation ;
    • vaccination contre le HPV : en 2023, 117 000 élèves de 5e ont été vaccinés contre le papillomavirus humain (HPV) dans le cadre d’une campagne inédite dans 7 000 collèges publics et privés ;
    • couverture vaccinale : fin 2023, la couverture vaccinale contre les infections à HPV chez les adolescents de 12 ans a progressé de 17 points par rapport à fin 2022, atteignant 48 % (55 % pour les filles et 41 % pour les garçons) ;
    • personnel de la DGS : la DGS compte 287 agents (dont 68,64 % sont des femmes), parmi lesquels 86 % sont de catégorie A, 8 % de catégorie B et 6 % de catégorie C.

    Les principaux enjeux identifiés :

    📌 Des enjeux démographiques et sociaux :

    Avec une population vieillissante, la demande de soins de longue durée ne cesse d’augmenter, tout comme les maladies chroniques (cardiovasculaires, diabète…). Une telle situation pèse lourd sur le système de santé, tant en termes de capacité à y répondre que de coûts. De plus, avec l’explosion du nombre d’aidants, il est crucial de leur fournir un soutien adéquat pour prévenir l’épuisement et garantir une prise en charge de qualité pour les personnes dépendantes.

    📌 Des enjeux environnementaux et climatiques :

    La mondialisation des échanges et le changement climatique introduisent de nouveaux risques sanitaires. Les maladies émergentes et vectorielles deviennent plus fréquentes, et les événements climatiques extrêmes comme les canicules, les inondations et les désastres naturels affectent directement la santé publique. En raison de la pollution et des conditions environnementales défavorables, l’incidence des cancers et des maladies respiratoires, notamment, est en augmentation.

    📌 Des enjeux technologiques et numériques :

    Des technologies telles que la télémédecine, l’intelligence artificielle (IA) et les systèmes de gestion des données de santé peuvent améliorer la recherche médicale, permettre la détection précoce des maladies, faciliter le suivi des patients et fournir une aide à la décision clinique pour les professionnels de santé. Cependant, ces avancées apportent également de défis à relever en matière de sécurité des données, d’équité d’accès et d’éthique.

    Les 4 axes stratégiques du projet

    La DGS propose quatre axes stratégiques majeurs pour anticiper les défis futurs et agir efficacement pour une meilleure santé de la population :

    1️⃣ Anticipation des actions de santé publique :

    L’un des axes principaux du projet stratégique est l’anticipation. La DGS souligne l’importance de renforcer la capacité de détection, d’analyse et de gestion des alertes sanitaires, tout en intégrant les meilleures pratiques internationales. Une partie essentielle de cette stratégie est l’utilisation accrue des données et des technologies numériques pour prévoir et prévenir les crises sanitaires. Cela inclut le développement de capacités de modélisation et d’utilisation des big data pour identifier les tendances et les risques émergents.

    2️⃣ Promotion de la santé pour tous :

    Le deuxième axe, agir pour la santé de chacun, met en avant l’importance de la prévention et de la promotion de la santé. La DGS propose une approche intégrée et intersectorielle pour améliorer les déterminants de santé, comme la lutte contre les addictions, la promotion d’une alimentation saine, l’encouragement de l’activité physique et la protection de la santé mentale. La technologie joue un rôle clé dans ce domaine, en facilitant l’accès à l’information, en personnalisant les interventions et en soutenant les actions de santé publique à grande échelle.

    3️⃣ Inclusion et équité :

    Le troisième axe stratégique concerne la santé des plus vulnérables. Il met l’accent sur la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé. La DGS insiste sur la nécessité d’adopter une approche de “l’universalisme proportionné”, où les actions sont intensifiées dans les zones les plus défavorisées. Les technologies numériques peuvent aider à atteindre cet objectif en améliorant l’accès aux soins dans les zones rurales et les quartiers prioritaires, et en facilitant la coordination des soins pour les populations vulnérables.

    4️⃣ Collaboration et partenariats :

    Enfin, le dernier axe, agir ensemble, souligne l’importance de la collaboration entre les différents acteurs de la santé publique, y compris les collectivités locales, les agences régionales de santé, les organisations de la société civile, et les partenaires européens et internationaux. La DGS envisage une approche participative et transparente, où les citoyens et les professionnels de santé sont impliqués dans la conception et la mise en œuvre des politiques de santé. Les plateformes numériques peuvent jouer un rôle crucial en facilitant la communication et la collaboration entre ces divers acteurs.

    🔍 Les 20 objectifs stratégiques fixés :

    Projet stratégique 2024-2026 - @ DGS
    Projet stratégique 2024-2026 – @ DGS