Articles

  • Numérique et hypertension artérielle : une dynamique naissante mais une adoption encore faible

    Quelles opportunités du numérique dans l’HTA ?

    Seulement 1 % des sujets avec une HTA traitée déclare utiliser une application dédiée à la prise en charge de cette maladie, selon une enquête de la Fondation de recherche sur l’Hypertension Artérielle(FRHTA) datant de 2022. Pourtant, de nombreuses applications mobiles dédiées existent. Souvent disponibles en anglais, certaines de ces solutions affichent de très hauts taux de chargement.

    Que pourrait aujourd’hui apporter le numérique aux patients hypertendus, au-delà des brassards de tension connectés, largement utilisés ? Quelles sont les applications et outils disponibles qui font sens ? La FRHTA a cherché à répondre à ce point et a développé avec l’éditeur Solutions santé digitale un certain nombre d’outils numériques, qu’a décrit le Pr Xavier Girerd dans un entretien exclusif avec Health & Tech Intelligence.

    Les différentes solutions proposées

    📌 Suivi des patients :

    Les solutions mettent à disposition des patients et des professionnels des solutions simples et didactiques, numérisant les outils existants (échelle de Girerd pour l’observance avec EvalObs et EvalObs Pro, évaluation de risques d’hypertension avec PredictHTA), mais aussi chatbot pour apporter des réponses aux patients, et de nombreuses vidéos en ligne pour apporter une information qualifiée aux patients et professionnels.

    L’application Suivi HTA permet d’accompagner le patient au quotidien dans le suivi de sa pathologie et la prise de tension correcte, avec conseils adaptés.

    Lancée dans sa première version en 2020, l’application SuiviHTA en est, en 2023 à plus de 180 000 téléchargements et 100 000 utilisateurs actifs. Didactique et simple d’utilisation, elle permet :

    • de réaliser une automesure ou l’autotest de la tension, selon les bonnes pratiques ;
    • de recevoir des conseils adaptés ;
    • de disposer d’une analyse et d’un rapport sur sa tension ;
    • d’envoyer le rapport de tension (en pdf) à son médecin par messagerie ;
    • et de conserver l’historique des données sur sa tension.

    Une demande pour l’inscription de SuiviHTA au catalogue de Mon Espace Santé a été déposée en 2022.

    📌 Téléexpertise :

    Utilisant l’outil Omnidoc, le Pr Xavier Girerd propose des téléexpertises aux professionnels. Il constate que cette pratique, très peu utilisée il y a quelques années (quelques téléexpertises par an) monte actuellement en puissance (quelques téléexpertises par semaine) du fait de la difficulté de l’accès aux spécialistes dans certaines régions de France.

    📌 Intelligence artificielle (IA) :

    Le Pr Girerd attend beaucoup de l’IA, utilisée avec les tensiomètres automatiques, pour synthétiser les données du patient, et faire gagner du temps aux professionnels.

    📌 Autres exemples :

    D’autres solutions ont été développées et proposées par des professionnels de santé, comme Hy-Résult (numérisation des feuilles de suivi de l’hypertension avec adaptation et personnalisation (8 paramètres) des seuils de normalité aux patients). Des solutions pour l’observance (rappels sms par exemple) ont également été expérimentées.

    👉 Pour accéder à la cartographie H&TI des solutions numériques destinées à l’HTA, cliquez ici.

    Attendre la maturité des acteurs ?

    Pour le Pr Girerd, il faut attendre une trentaine d’année pour que habitudes changent, et que l’adoption de nouveaux outils passent réellement dans la pratique.  L’arrivée de solutions très conviviales et personnalisées, utilisant l’IA pourrait peut être aider à accélérer ces usages, restent à valider également les modèles financiers associés.

     

  • Cartographie des acteurs spécialisés dans l’hypertension artérielle (centres, associations nationales et internationales…)

    Des centres dédiés à la prise en charge des patients

    Dans le cadre de l’hyper tension artérielle (HTA), les patients n’ont pas uniquement besoin d’être pris en charge par des cardiologues, mais aussi par des spécialistes de la médecine cardiovasculaire, de la médecine interne, de la néphrologie et de l’endocrinologie. Pour répondre à cette demande, des centres dits “d’excellence” en hypertension artérielle ont été mis en place pour réunir au sein d’un même lieu, toutes les personnes nécessaires et tous les outils nécessaires pour prendre en charge le patient atteint de HTA de la meilleure des manières. Depuis 2006, la Société européenne de l’hypertension (ESH) a décidé de commencer à reconnaître et d’attribuer un certificat à tous les centres européens d’excellence en hypertension artérielle. À l’heure actuelle, l’ESH a reconnu 19 centres français comme étant d’excellence en matière de HTA. C’est le cas notamment de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, de l’Hôtel-Dieu, ou encore de l’hôpital de la Croix-Rousse qui fait partie des Hospices civils de Lyon (HCL).

    Mais ces centres d’excellence ne sont pas les seuls à se préoccuper de la bonne prise en charge des patients atteints de HTA puisque l’association France HTA défend elle aussi la bonne prise en charge de ces derniers. Cette association a pour objet de “représenter et de défendre les intérêts et les préoccupations des patients atteints de HTA, d’initier ou participer à toute action visant à améliorer la prise en charge de l’HTA en France et d’initier ou soutenir toute action d’information et de communication autour de cette pathologie pour l’ensemble de la population manifestant un intérêt pour ce thème”. Parmi ses missions, on retrouve l’accompagnement des patients et de leur entourage pour soutenir leur implication dans l’acceptation du traitement et de son suivi.

    Des solutions numériques de la Fondation

    En plus de la prise en charge, l’accompagnement des patients atteints de HTA peut se faire aussi par le partage d’une information sûre sur le sujet. C’est le rôle de deux instances principales présentes dans l’hexagone : la Fondation hypertension et le Comité français de lutte contre l’hypertension artérielle (CFLHTA). La première est une fondation reconnue d’utilité publique par les ministères de tutelle français et la seconde est une association a but non lucratif. Agissant dans une optique de partage de l’information sur l’HTA au grand public, ces deux entités s’adressent à la fois aux patients et aux médecins et peuvent apporter des solutions à ces deux profils.

    De plus, la Fondation hypertension s’est aussi donnée pour missions de concevoir des outils de diagnostic et de suivi de l’hypertension (e-santé, télésanté, téléexpertise), d’organiser des actions de dépistage et d’information sur l’hypertension et les maladies associées et de soutenir la recherche sur l’hypertension artérielle en finançant des projets réalisés en France. Pour ce qui est des outils numériques de diagnostic et de suivi, ils ont été conçus en collaboration avec la société Solutions santé digitale et certains sont propres au suivi du patient – comme un outil dédié à l’observance – quand d’autres ont été créés pour faciliter le médecin dans le suivi de son patient.

    👉 Pour accéder à la cartographie H&TI des solutions numériques destinées à l’HTA, cliquez ici.

    Des sociétés savantes en soutien aux médecins

    Pour s’assurer de la meilleure prise en charge des patients, les médecins doivent pouvoir avoir accès à un maximum de connaissances ainsi qu’aux technologies les plus avancées. C’est dans ce cadre qu’interviennent les sociétés savantes françaises et internationales consacrées à l’HTA. Parmi ces sociétés savantes, on retrouve la Société française d’hypertension artérielle (SFHTA), mais aussi la Société européenne d’hypertension (ESH), la Société internationale d’hypertension (ISH), ainsi que la Ligue mondiale contre l’hypertension (WHL). Comme toutes les sociétés savantes, leurs principales missions consistent à soutenir la recherche, la diffusion des connaissances et l’enseignement supérieur. En France, c’est la SFHTA qui s’occupe de ces missions.

    En plus des sociétés savantes, des organismes ont été créés pour fournir le plus d’informations possibles sur les dispositifs médicaux les plus adaptés et les plus performants pour que les médecins puissent avoir toutes les cartes en main pour la prise en charge du patient. Parmi ces organismes, on retrouve Medaval et Dabl Educational Trust.

     

  • Quels cas d’usage de l’IA dans la prévention et la prise en charge de l’hypertension artérielle ?

    10 cas d’usage spécifiques de l’IA

    L’hypertension artérielle (HTA) est un problème de santé mondial croissant, en raison de l’augmentation de l’âge moyen de la population. Cette condition, souvent asymptomatique, est un facteur de risque majeur pour les maladies cardiovasculaires et les accidents vasculaires cérébraux. Le rôle de l’intelligence artificielle (IA) dans la prévention et le traitement de l’HTA est de plus en plus reconnu. L’application de l’IA permet d’améliorer la médecine personnalisée et d’offrir des traitements adaptés à chaque patient.

    Cet article présente les cas d’usage de l’IA dans la gestion de l’HTA, en soulignant les améliorations diagnostiques et thérapeutiques apportées par cette technologie.

    La clinique concentre la majorité des usages :

    L’analyse des cas d’usage révèle une concentration significative d’applications de l’IA dans le domaine clinique. En effet, sur l’ensemble des cas identifiés, sept sont directement liés à des applications cliniques. Cette forte concentration s’explique par l’importance cruciale de l’hypertension dans le cadre des soins primaires et spécialisés, nécessitant des outils avancés pour une gestion optimale.

    3 cas d’usage liés à la prévention et la prédiction :

    En ce qui concerne la prédiction et la prévention, l’IA est utilisée pour prédire l’évolution de l’hypertension artérielle en identifiant les facteurs de risque cardiovasculaires individuels, qu’ils soient émergents ou préexistants. En exploitant des algorithmes sophistiqués et de vastes ensembles de données, les prédictions concernant l’apparition de l’hypertension sont devenues de plus en plus précises au cours de la dernière décennie.

    L’IA permet de réaliser des analyses intégrées en utilisant des données multimodales pour prédire les résultats thérapeutiques, offrant ainsi une compréhension approfondie du pronostic et de la stratification des risques pour les patients hypertendus.

    Elle permet également de prédire les effets individuels des traitements, ce qui aide les cliniciens à identifier les patients les plus susceptibles de bénéficier d’un traitement spécifique.

    2 cas d’usage liés au diagnostic et suivi :

    En matière de diagnostic et de suivi, des études récentes démontrent que les algorithmes de deep learning (DL) et de machine learning (ML) peuvent diagnostiquer des conditions cliniquement significatives telles que l’hypertension masquée non contrôlée ou l’hypertension secondaire. Ces algorithmes exploitent les mégadonnées issues des dossiers de santé électroniques (DSE) ainsi que des caractéristiques cliniques aisément identifiables.

    L’IA permet également d’affiner les objectifs de pression artérielle en identifiant les facteurs associés aux résultats cardiovasculaires et aux événements indésirables, permettant de définir des cibles personnalisées et d’améliorer la sécurité et l’efficacité des traitements.

    2 cas d’usage pour la prise en charge des patients :

    Pour la prise en charge des patients, l’IA analyse les données de santé pour identifier les facteurs influençant l’observance des traitements antihypertenseurs. En examinant les comportements des patients, leurs antécédents médicaux et les données socio-économiques, l’IA peut repérer les obstacles à l’adhésion aux traitements et proposer des interventions personnalisées pour améliorer cette adhésion.

    L’IA permet de déterminer des objectifs de tension artérielle spécifiques à chaque patient et d’identifier le régime de médicaments antihypertenseurs le plus efficace, offrant une approche personnalisée pour la gestion de l’hypertension.

    3 cas d’usage liés aux soins ambulatoires :

    Les soins ambulatoires comportent trois cas d’usage de l’IA :

    1️⃣ Pour le diagnostic et le suivi de la maladie, les algorithmes d’IA renforcent la précision, la cohérence et la reproductibilité du diagnostic et de la gestion de l’hypertension artérielle grâce à l’utilisation de technologies portables. Les options pour surveiller la pression artérielle incluent des dispositifs basés sur des brassards et des capteurs mécaniques et optiques qui analysent les caractéristiques des ondes de pouls pour une surveillance efficace. Parmi ces dispositifs, Lifelight propose une solution de surveillance sans contact basée sur des capteurs de caméra.

    2️⃣ L’IA est également utilisée pour l’accompagnement et l’éducation du patient. Plusieurs études ont montré que les interventions et outils combinant éducation, conseil et gestion, souvent assistées par l’IA, conduisent à une réduction significative de la pression artérielle. Parmi ces solutions, SuiviHTA se distingue par ses fonctionnalités d’analyse et de rapport, d’alertes personnalisées et de conseils. Elle analyse en profondeur les données collectées pour identifier des tendances et des anomalies, permettant aux utilisateurs de recevoir des rapports détaillés et des graphiques clairs illustrant les variations de leur pression artérielle. En cas de lectures anormales ou de tendances préoccupantes, SuiviHTA envoie des notifications personnalisées, permettant ainsi une intervention rapide et proactive. De plus, l’application propose des conseils de santé basés sur les données collectées, offrant des recommandations personnalisées sur l’alimentation, l’exercice physique et les habitudes de vie pour améliorer la gestion de l’hypertension.

    3️⃣ L’IA aide également à améliorer l’adhésion thérapeutique du patient en identifiant les facteurs influençant l’observance des traitements antihypertenseurs et en proposant des interventions personnalisées.

    👉 Pour accéder à la cartographie H&TI des solutions numériques destinées à l’HTA, cliquez ici.

    La recherche axée sur la prévention et de la compréhension de la maladie :

    La prévention et la compréhension de la maladie présente un cas d’usage majeur de l’IA dans la recherche clinique. L’IA explore de vastes ensembles de données pour découvrir de nouveaux facteurs influençant le développement et la gestion de l’hypertension. En utilisant des techniques avancées d’apprentissage automatique et de deep learning, l’IA identifie des corrélations et des tendances non évidentes dans les données génétiques, comportementales et environnementales. Ces découvertes peuvent mener à une meilleure compréhension des mécanismes sous-jacents de l’hypertension, ouvrant la voie à de nouvelles approches thérapeutiques et préventives.

    Limites de l’application de l’IA dans l’HTA

    La mise en œuvre de l’IA dans la gestion de l’hypertension artérielle présente plusieurs défis selon l’étude “Application of artificial intelligence in hypertension” publié en mai sur Biomedcentral (BMC). En effet, selon l’étude, malgré les directives de la FDA et d’autres organismes, il manque un consensus global et des lignes directrices uniformes. Les algorithmes d’IA nécessitent de vastes ensembles de données pour leur formation, soulevant des préoccupations de confidentialité et de sécurité des données. De plus, les biais potentiels dans les données d’entraînement peuvent conduire à des résultats discriminatoires. L’opacité des modèles d’IA, souvent qualifiée de “boîte noire”, complique l’interprétation des décisions diagnostiques et thérapeutiques, ce qui soulève des questions de responsabilité et de confiance parmi les professionnels de santé. Enfin, la précision des algorithmes d’IA dépend fortement de la qualité et de la diversité des données disponibles, limitant ainsi leur applicabilité et leur fiabilité dans des contextes cliniques variés.

    Pour surmonter ces obstacles, la recherche future doit se concentrer sur la médecine de précision pour l’HTA en utilisant des technologies basées sur l’IA. Cette approche vise à réduire le fardeau mondial de l’hypertension en offrant des traitements plus ciblés et personnalisés. Toutefois, il est crucial de ne pas négliger les limites actuelles de cette technologie. Les efforts de recherche doivent inclure le développement de techniques pour atténuer les biais dans les données et les algorithmes, améliorer la transparence des modèles d’IA, et garantir la sécurité et la confidentialité des données des patients.

    Cartographie des cas d’usage de l’IA dans l’HTA

    👉 Pour accéder à la base de donnée sur les cas d’usage de l’IA, cliquer sur le tableau interactif ci-dessous :

  • Panorama des solutions numériques de diagnostic, de suivi et de traitement de l’hypertension artérielle

    Plus d’un tiers des solutions utilisent de l’IA

    L’intelligence artificielle (IA) est présente dans de nombreuses solutions pour la détection, la prévention, le suivi et la prise en charge de nombreuses pathologies, et l’HTA ne fait pas bande à part. En effet, plus d’un tiers des solutions recensées dans notre cartographie utilisent cette technologie. Pour l’HTA, l’IA est presque exclusivement présente dans les solutions de détection de la pathologie, ainsi que celles de suivi, qui sont en réalité souvent les mêmes, puisque la détection de l’HTA peut être utilisée pour la mesurer de manière périodique pour une personne qui en souffre.

    Les solutions numériques d’HTA qui utilisent l’IA sont des solutions dîtes de “face video processing” ou de détection de la pathologie par le biais d’une vidéo. Pour quatre d’entre ces solutions – dont celle du canadien Nuralogix (Anura) -, ce sont des applications mobiles qui permettent de détecter l’HTA chez le patient grâce à un selfie vidéo de plusieurs dizaines de secondes : les capteurs du smartphone, de la tablette ou de la webcam vont analyser les flux sanguins du visage des patients grâce à la lumière et aux longueurs d’onde qui sont réfléchies dans les différentes couches sous la peau pour calculer la mesure de leur pression artérielle (PA). D’autres solutions fonctionnent un peu différemment. C’est le cas de la seule a avoir reçu le marquage CE pour une application de monitoring de la pression artérielle sur smartphone : OptiBP de Biospectal. Cette solution développée sous la forme d’une application mobile va utiliser la caméra du téléphone pour enregistrer le flux sanguin d’un individu au bout de son doigt et déterminer sa pression artérielle.

    Des solutions qui présentent des limites :

    À la fin du mois de janvier 2024, la Société européenne d’hypertension (ESH) a publié une recommandation dans laquelle elle recommande de ne pas utiliser des appareils dits “cuffless” qui ne mesurent pas la tension artérielle grâce à un brassard relié à un tensiomètre, même si ce dernier “fournit des valeurs de PA instantanées dans des conditions statiques et ignore la nature dynamique de la PA, c’est-à-dire sa variabilité en réponse aux différents défis et activités au quotidien” indique la Société.

    L’ESH explique sa prise de position en indiquant que “les protocoles de norme universelle AAMI/ESH/ISO, utilisés pour valider les appareils de mesure de PA au brassard, ne sont pas adaptés pour les appareils sans brassard, ce qui signifie que leur précision reste à prouver” et que “la plupart des appareils de mesure de PA sans brassard nécessitent un étalonnage périodique à l’aide de valeurs de PA mesurées par un appareil standard à brassard”, ainsi que “des informations sur l’utilisateur, telles que l’âge, le sexe et d’autres caractéristiques”.

    Différents cas d’usage du numérique

    Mais l’IA n’est pas la seule technologie concernée pour la prise en charge des patients atteints de HTA et la détection de la maladie n’est pas le seul cas d’usage qu’elles permettent, même si les applications alimentées par l’IA sont les seules à permettre cette détection en dehors de l’utilisation d’un tensiomètre. La cartographie de H&TI montre que les solutions numériques sont aussi présentes dans les cas d’usage concernant le suivi, la prévention et la prise en charge de l’hypertension artérielle.

    Pour le suivi de l’HTA, les applications d’IA permettant la mesure de la pression artérielle peuvent être là aussi utilisés, mais d’autres solutions sont spécialisées dans le suivi et dans le partage de données au médecin du patient. C’est le cas d’Omron Connect, du japonais Omron Healthcare, qui est une application mobile qui se connecte au tensiomètre d’Omron pour récupérer les données et les envoyer au médecin du patient. Cette application sert aussi de journal de bord pour le patient et a aussi un objectif d’automédication : Omron explique qu’elle a pour but de faire comprendre au patient ses résultats et la manière dont il va pouvoir gérer son mode de vie pour faire baisser sa pression artérielle et éviter l’état d’HTA.

    Pour la prise en charge, une solution a été recensée : la solution du japonais CureApp. Cette solution se présente sous la forme d’une DTx sur smartphone qui fournit des conseils personnalisés d’hygiène de vie et de traitement (alimentation, activité physique, sommeil, etc.) au patient. Cette application possède aussi un second volet qui s’adresse lui au médecin et permet de suivre l’évolution quotidienne de la pression artérielle du patient et ainsi de gérer rapidement les changements de mode de vie nécessaires au contrôle de la maladie.

    L’application StopSel quant à elle est la seule application recensée par H&TI qui met en place une prévention pour le patient. Développée par Solutions santé digitale, en partenariat avec la Fondation sur la recherche de l’hypertension artérielle (FRHTA), cette application permet aux patients atteints d’HTA de suivre leur consommation de sel et d’éviter une consommation excessive qui pourrait entraîner une rétention d’eau et donc une élévation de la pression artérielle.

    Des solutions numériques reconnues à l’échelle régionales et mondiales

    Malgré les recommandations de l’ESH pour que les appareils de mesure de la PA sans brassard ne soient pas utilisés pour le diagnostic ou la prise en charge de l’HTA en pratique clinique, beaucoup d’entre elles ont montré leur utilité dans le cadre d’études et ont même été récompensées à l’échelle mondiale. C’est le cas notamment des solutions ObtiBP (Biospectal) et Caducy (i-Virtual) qui ont obtenu la certification CE. Le français i-Virtual a aussi été récompensé pour sa solution lors du CES 2023.

  • IA : le bracelet connecté d’Aktiia pour le suivi continu de la pression artérielle

    Une surveillance continue et non invasive

    Aktiia utilise des capteurs photopléthysmographiques (PPG) pour mesurer la pression artérielle en continu, offrant une alternative confortable et précise aux méthodes traditionnelles. Ces capteurs, intégrés dans un bracelet, émettent de la lumière Led qui pénètre la peau et permet de détecter les variations du volume sanguin. Les données collectées sont ensuite traitées par des algorithmes pour fournir des mesures précises de la pression artérielle systolique et diastolique. Le dispositif, composé d’un bracelet et d’une application mobile, permet de mesurer la pression artérielle de manière non intrusive. Cette solution évite l’inconfort et les interruptions fréquentes liées aux brassards gonflables, tout en fournissant des données plus représentatives des conditions de vie quotidienne.

    L’entreprise rapporte des résultats positifs à la suite de plusieurs études cliniques visant à valider la précision et la fiabilité de sa solution. Elle déclare que les mesures de pression artérielle qu’elle réalise sont comparables à celles des appareils de référence utilisés en milieu clinique.

    Une amélioration de l’adhésion des patients :

    Le bracelet Aktiia, facile à porter et à utiliser, favoriserait une meilleure adhésion des patients au suivi de leur tension artérielle, réduisant ainsi les oublis et l’inconfort. Contrairement aux appareils traditionnels qui nécessitent des manipulations complexes et peuvent être gênants à utiliser en public, Aktiia se porte comme un accessoire de poignet assurant une surveillance constante et fiable. Les données sont automatiquement synchronisées avec une application mobile, éliminant la nécessité de noter manuellement les mesures, ce qui simplifie le suivi et le partage des informations avec les professionnels de santé.

    Un meilleur suivi grâce aux données :

    Les mesures prises par Aktiia sont enregistrées en continu, offrant une vue d’ensemble des fluctuations de la pression artérielle au cours de la journée et de la nuit. Cette richesse de données permet de détecter des schémas et des variations que les mesures ponctuelles en cabinet pourraient manquer.

    Tableau comparatif des méthodes de mesure de la pression artérielle - @ Aktiia
    Tableau comparatif des méthodes de mesure de la pression artérielle – @ Aktiia

    Le monitoring ambulatoire de la pression artérielle :

    Des études récentes montrent que la mesure de la pression artérielle à domicile ou en ambulatoire est plus fiable pour prédire les événements cardiovasculaires. L’étude Jamp (Japan Ambulatory Blood Pressure Monitoring Prospective), cette étude a examiné comment l’hypertension nocturne et ses schémas sont liés aux événements cardiovasculaires, y compris l’insuffisance cardiaque, chez les patients hypertendus. Les résultats indiquent que des niveaux élevés de pression artérielle la nuit et des schémas anormaux de pression nocturne sont associés à un risque accru de problèmes cardiovasculaires, soulignant l’importance de surveiller et de traiter la pression artérielle nocturne. Dans un contexte où la surveillance nocturne, souvent ignorée, peut révéler des épisodes d’hypertension nocturne cliniquement significatifs, l’intégration des données d’Aktiia avec les dossiers patients informatisée (DPI) permet une analyse approfondie des chiffres artériels et une personnalisation des traitements.

    Synchronisation des données par bluetooth :

    Le tensiomètre Aktiia se connecte par Bluetooth à une application mobile, permettant la synchronisation des données de tension artérielle et leur visualisation. Pendant que l’utilisateur mène ses activités quotidiennes, Aktiia prend des mesures toutes les heures en arrière-plan. Le port continu du tensiomètre permet ainsi de surveiller la pression artérielle en permanence via l’application, offrant une vue d’ensemble de l’impact des actions de l”utilisateur sur sa tension et sa santé cardiovasculaire. Collectées 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, les données permettent de mettre en évidence les tendances à long terme en fonction des changements d’habitudes. L’utilisateur peut aisément générer et partager des rapports numériques avec son médecin pour évaluer l’efficacité de son programme de gestion de l’hypertension.

    Avec plus de 300 millions de points de données collectés à travers le monde, la base de données sur la pression artérielle d’Aktiia augmente rapidement avec le temps, créant d’innombrables opportunités pour l’apprentissage profond sur les tendances et les modèles de santé publique.

    Fonctionnement du bracelet d’Aktiia :

    Fonctionnement de la solution - @ Aktiia
    Fonctionnement de la solution – @ Aktiia

    Un DM proposé au prix de 230 €

    La collecte de données sur la pression artérielle et la modélisation par apprentissage automatique proposée par Aktiia sont fondées sur plus de 20 ans de recherche. Utilisant l’intelligence artificielle, Aktiia fournit “des données personnalisées, continues et de qualité médicale sur la pression artérielle et le rythme cardiaque”. Grâce à son accessibilité et son efficacité pratique, cette technologie est actuellement utilisée par plus de 60 000 clients et des dizaines d’organisations dans le monde.

    Le tensiomètre Aktiia est proposé au prix de 229,99 euros. Le bracelet, disponible en trois coloris différents, est vendu au prix de 39,99 euros. Marqué CE, il est disponible sur sept marchés européens et approuvé en tant que dispositif médical (DM) dans 44 pays. Il est directement commercialisé auprès des consommateurs.

    Aktiia vise à convaincre les médecins et les assureurs de l’efficacité de son produit, espérant que son produit pourra, à terme, être remboursé par l’Assurance maladie. Selon Olivier Grossenbacher, Core technology lead chez Aktiia, l’entreprise travaille également à perfectionner son produit et à s’implanter sur de nouveaux marchés, notamment aux États-Unis.

    315 Mds€, coût annuel mondial de l’HTA

    Environ 30 % des adultes souffrent d’hypertension, mais 50 % d’entre eux n’en sont pas conscients. De plus, parmi ceux qui ont été diagnostiqués, 50 % ne parviennent pas à maîtriser leur hypertension. Face à cette situation, les directives récentes de la Société européenne d’hypertension et de la Société européenne de cardiologie recommandent de mesurer plus fréquemment la pression artérielle en dehors du cabinet médical pour plusieurs raisons :

    • le diagnostic de l’hypertension artérielle repose souvent sur des mesures éparses et non représentatives, ce qui peut nuire à la précision ;
    • le stress ressenti au cabinet médical peut entraîner des mesures anormalement élevées de la pression artérielle ;
    • certains patients souffrant d’hypertension ne sont pas détectés lors de visites épisodiques au cabinet médical ;
    • et le contrôle fréquent permet une gestion optimale de la santé.

     

  • État des lieux de l’hypertension artérielle : épidémiologie, facteurs de risques, médicaments remboursés…

    Chiffres clés de l’hypertension artérielle

    L’HTA est une maladie chronique caractérisée par une pression sanguine constamment élevée dans les artères. Elle est généralement définie par une pression systolique supérieure ou égale à 140 mmHg et/ou une pression diastolique supérieure ou égale à 90 mmHg (pour les patients de moins de 80 ans), mesurées lors de plusieurs consultations. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publié en 2023 et intitulé “Global report on hypertension: the race against a silent killer” :

    • en 2019, la prévalence de l’hypertension parmi les adultes âgés de 30 à 79 ans était de 33 % (32 % dans les pays riches et 34 % dans les pays pauvres), ce qui représente environ 1,3 milliard de personnes souffrant de cette condition à travers le monde ; 
    • seulement 23 % des personnes hypertendues reçoivent un traitement efficace pour contrôler leur pression artérielle ; 
    • on estime que 10 millions de décès chaque année sont attribuables à des complications de l’hypertension, telles que les maladies cardiovasculaires ; 
    • augmenter le pourcentage de personnes dont l’hypertension est sous contrôle à l’échelle mondiale à 50 % empêcherait 76 millions de décès entre 2023 et 2050 ; 
    • une réduction de l’apport en sel de 30 % à l’échelle mondiale pourrait prévenir environ 1,7 million de décès par an liés à l’hypertension ; 
    • seulement 40 % des pays ont mis en place des systèmes de surveillance efficaces pour suivre la prévalence de l’hypertension et l’efficacité des interventions.

    Ces données soulignent l’urgence d’intensifier les efforts mondiaux pour améliorer la prévention, le diagnostic et le traitement de l’HTA. Il s’agit, en effet, de la maladie chronique la plus fréquente dans le monde. Souvent asymptomatique, elle est connue comme un “tueur silencieux” en raison de son association avec un risque accru de divers maladies : 

    • les maladies cardiovasculaires ; 
    • les accidents vasculaires cérébraux (l’HTA est responsable de 62 % des AVC selon l’OMS) ; 
    • l’insuffisance rénale ; 
    • et des maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer.

    Des objectifs mondiaux fixés par l’OMS en 2023 :

    En août 2023, l’Organisation mondiale de la santé a établi une série d’objectifs mondiaux pour la prévention et le contrôle des maladies non transmissibles, incluant des cibles spécifiques pour l’hypertension artérielle (HTA). Parmi ces objectifs figure une réduction relative de 25 % de la prévalence de l’HTA ou la stabilisation de sa prévalence d’ici 2025. Ces objectifs sont intégrés dans un cadre plus large visant à réduire les facteurs de risque associés à l’HTA, tels qu’une réduction de 30 % de la consommation de sel et une diminution de 30 % de l’usage du tabac. L’OMS vise également une réduction de 20 % de la consommation nocive d’alcool et une réduction de 15 % de l’insuffisance d’activité physique. En plus de ces objectifs, il est prévu que 50 % des personnes éligibles, notamment celles âgées de 40 ans et plus avec un risque cardiovasculaire élevé, reçoivent des traitements et des conseils pour prévenir les crises cardiaques et les AVC. Enfin, l’OMS aspire à garantir une disponibilité de 80 % des technologies de base et des médicaments essentiels pour le traitement de l’HTA dans les établissements de santé publics et privés.

    En France, 17 millions de personnes concernées

    Le panorama 2023 de Santé publique France sur l’HTA montre que cette maladie touche un adulte sur trois en France, soit 17 millions de personnes de plus de 18 ans. Parmi les hypertendus, seulement un sur deux reçoit un traitement pharmacologique, et un sur quatre parvient à contrôler sa pression artérielle. De plus, un hypertendu sur deux ignore qu’il souffre de cette condition. Chaque année, 1,6 million de Français commencent un traitement contre l’HTA, et 84 % de la population a une mesure de la pression artérielle au moins une fois par an. Parmi ceux qui sont traités, 60 % suivent une monothérapie, mais 93 % des patients expriment des réserves lors de la prescription de traitements antihypertenseurs. En termes de suivi médical, 11 % des hypertendus sont suivis par un cardiologue et les hypertendus consultent en moyenne dix fois par an chez leur généraliste. Malgré cela, seulement 43 % des patients reçoivent des conseils hygiéno-diététiques et 40 % des hypertendus traités sont observants. 

    Les femmes et les + de 65 ans sont les plus touchés :

    L’HTA est une maladie longtemps silencieuse, ce qui rend difficile d’avoir une estimation précise du nombre de personnes qui en souffrent. Selon l’étude ENNS (étude nationale nutrition santé), seuls 50 % des adultes ayant une pression artérielle élevée sont au courant de leur hypertension. La mesure de la prévalence passe donc par la mesure du nombre de personnes traitées par médicament anti-hypertenseur.

    L’hypertension artérielle constitue l’affection cardiovasculaire la plus fréquente selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), touchant environ 20 % de la population adulte. L’âge est facteur d’augmentation de l’incidence, qui atteint 40 % chez les personnes âgées de 65 ans et 90 % chez celles de 85 ans.

    🔍 Prévalence, connaissance, traitement et contrôle de l’HTA par âge et sexe en France :

    Source : Bulletin épidémiologique hebdomadaire, Santé publique France (16 mai 2023)

    Une prévalence élevée chez les femmes dans les Drom :

    Le Baromètre de Santé publique France 2021, mené auprès des populations des quatre départements et régions d’Outre-mer (Drom), a révélé une prévalence déclarée de l’hypertension artérielle (HTA) plus élevée dans les Drom qu’en métropole. Notamment, la Martinique affiche un taux de 31,5 % et la Guadeloupe de 29,39 %, avec une prévalence plus marquée chez les femmes. La proportion de patients traités par un médicament antihypertenseur parmi les adultes se déclarant hypertendus ne variait ni selon le territoire, ni selon le sexe, dépassant les 80 % comme en métropole. Entre 65 % et 73 % des adultes hypertendus dans les Drom déclaraient avoir reçu des conseils pour modifier leur mode de vie, contre 58,5 % en métropole. En Guyane, 51,5 % des hypertendus possédaient un appareil d’automesure tensionnelle à domicile, comparé à 53,8 % à La Réunion et plus de 70 % en Guadeloupe et en Martinique.

    Malgré que la prévalence de l’HTA reste très élevée dans les Drom et particulièrement chez les femmes, on constate que la prise en charge ne différait pas de la métropole avec plusieurs indicateurs comme la dispensation de conseils hygiénodiététiques ou la possession d’appareil d’automesure tensionnelle qui y sont plus fréquents dans certains Drom. Compte tenu de la fréquence et de la gravité de ses complications, l’HTA constitue un enjeu important pour une amélioration de la santé dans les Drom avec un effort tout particulier de prévention nutritionnelle à fournir chez les femmes.

    Comorbidités chez les patients hypertendus :

    Parmi les personnes traitées par antihypertenseurs en 2021, une large proportion présente des comorbidités significatives :

    • 26 % des patients ont également un traitement hypolipémiant ;
    • 21 % sont sous traitement psychotrope ;
    • 12 % des personnes sous traitement antihypertenseur ont également un cancer…

    🔍 Graphique témoignant de la complexité de la prise en charge des patients hypertendus, souvent confrontés à de multiples pathologies chroniques :

    Source : Sniiram/SNDS (tous régimes confondus)

    🔍 16 chiffres clés de l’hypertension :

    Panorama 2023 de l'HTA - @ Santé publique France
    Panorama 2023 de l’HTA – @ Santé publique France

    HTA “essentielle” et facteurs de risques

    Dans la grande majorité des cas, il est difficile de déterminer une cause précise de l’hypertension artérielle, aussi appelée HTA essentielle. Cependant, divers facteurs peuvent en favoriser l’apparition :

    📌 90 % des octogénaires touchés :

    Parmi les facteurs non modifiables, l’âge joue un rôle prépondérant. En vieillissant, la paroi des artères perd de sa souplesse, augmentant ainsi le risque d’hypertension. En effet, environ 40 % des personnes âgées de 65 ans et 90 % des octogénaires sont touchées par l’HTA. De plus, certaines populations, comme les Antillais et les personnes originaires du sud de l’Asie, sont plus susceptibles de développer cette condition. Les antécédents familiaux représentent également un facteur de risque important, certaines formes héréditaires d’HTA étant bien documentées.

    📌 Réduire la consommation de sel, d’alcool et de réglisse :

    L’alimentation joue un rôle crucial dans la gestion de la tension artérielle. Une consommation excessive de sel, souvent caché dans des aliments tels que le pain, les conserves et les produits industriels, peut favoriser l’HTA. Réduire le sel ajouté aux repas et à l’eau de cuisson est une mesure préventive efficace. Par ailleurs, une consommation excessive d’alcool et de réglisse est également associée à une augmentation de la tension artérielle. Le surpoids, l’obésité, et les anomalies du cholestérol sanguin sont des facteurs contributifs. 

    📌 Sédentarité excessive et stress comme facteurs aggravant :

    Le mode de vie influence également la tension artérielle. Une activité physique insuffisante et une sédentarité excessive augmentent le risque d’HTA. En revanche, pratiquer régulièrement une activité physique contribue à la réduction de la pression artérielle. Enfin, la consommation de tabac et un mode de vie stressant sont des facteurs aggravants qu’il est important de contrôler pour prévenir l’HTA.

    Facteurs de risque de l’HTA selon l’Inserm – @ Health & Tech Intelligence

    10 % des cas sont liés à une autre maladie :

    Selon l’Assurance maladie, beaucoup plus rarement, l’HTA est dite « secondaire » et peut être causée par diverses maladies comme par exemple  : 

    • une maladie des reins ou des glandes surrénales ; 
    • la prise de certains médicaments (corticoïdes, antidépresseurs…) ;
    •  la consommation de substances toxiques (cannabis, cocaïne) ;
    • un syndrome d’apnées du sommeil, particulièrement chez les personnes souffrant d’obésité…

    Dans ces cas, le traitement de la condition sous-jacente peut aider à réduire la pression artérielle.

    Prise en charge de la maladie

    3 nouvelles recommandations :

    Les recommandations 2023 introduisent plusieurs nouveautés importantes pour la gestion de l’HTA :

    1️⃣ Pour les patients dont le débit de filtration glomérulaire (DFG) est inférieur à 30 ml/min/m², il est désormais recommandé d’effectuer un double blocage en utilisant à la fois un diurétique de l’anse et un diurétique thiazidique (niveau de recommandation IIB).

    2️⃣ Pour les patients souffrant d’HTA résistante, prouvée malgré une trithérapie bien conduite et sans cause secondaire, la dénervation rénale peut être envisagée si le DFG est supérieur à 40 ml/min/m² (niveau de recommandation IIB).

    3️⃣ Enfin, le patient peut désormais choisir l’heure de prise de son traitement antihypertenseur, offrant ainsi une plus grande flexibilité. Les médecins sont également encouragés à simplifier les ordonnances en limitant le nombre de comprimés et de prises par jour pour améliorer l’observance thérapeutique.

    Prise en charge de l'HTA chez l'adulte, hors grossesse - @ HAS, SFHTA
    Prise en charge de l’HTA chez l’adulte, hors grossesse – @ HAS, SFHTA

    L’enjeu de l’observance médicamenteuse :

    Le baromètre 2021 de Santé publique France identifiait les 10 raisons les plus fréquentes chez les patients hypertendus qui avaient déclaré ne pas prendre systématiquement leur traitement :

    Source : enquête Baromètre de Santé publique France, 2021

    La place des médicaments génériques :

    Les thérapies initiales pour l’HTA incluent des modifications du mode de vie, telles qu’une alimentation équilibrée, une réduction de la consommation de sel, une augmentation de l’activité physique et la gestion du stress. Si ces mesures s’avèrent insuffisantes, des médicaments antihypertenseurs sont prescrits. Les principales classes de médicaments utilisées sont les diurétiques thiazidiques, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IEC), les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ARA II), les inhibiteurs calciques et les bêta-bloquants.

    La dénervation rénale dans les cas les plus sévères :

    Les patients présentant une HTA résistante malgré une thérapie combinée optimale, des interventions plus invasives peuvent être envisagées. Parmi celles-ci, la dénervation rénale est une procédure prometteuse face à cette forme d’HTA qui ne répond pas de manière adéquate aux traitements pharmacologiques standard et aux modifications du mode de vie, nécessitant des approches thérapeutiques alternatives. Cette technique consiste à utiliser des ondes radiofréquences pour détruire les nerfs sympathiques situés autour des artères rénales, réduisant ainsi l’activité nerveuse qui contribue à l’élévation de la pression artérielle. La dénervation rénale est réservée aux cas d’HTA les plus sévères et résistants aux traitements conventionnels.

    La procédure de dénervation rénale consiste à interrompre l’innervation sympathique des reins, un mécanisme clé dans la régulation de la pression artérielle. Cette intervention est réalisée par voie endovasculaire, généralement via l’artère fémorale. Un cathéter équipé d’un dispositif d’émission d’ondes de radiofréquence ou d’ultrasons est utilisé pour délivrer de l’énergie ciblée aux nerfs sympathiques situés autour des artères rénales. En détruisant ces nerfs, la procédure vise à diminuer l’activité sympathique rénale excessive, contribuant ainsi à une réduction de la pression artérielle.

    Les études cliniques ont démontré que la dénervation rénale peut entraîner une réduction significative et durable de la pression artérielle chez les patients souffrant d’HTA résistante. Cependant, cette intervention comporte des risques potentiels, notamment des complications liées à la procédure endovasculaire elle-même, telles que des saignements, des infections ou des lésions vasculaires.

    La dénervation rénale est actuellement recommandée pour les patients présentant une HTA sévère et réfractaire, souvent après l’échec de multiples combinaisons de traitements antihypertenseurs. Les critères de sélection des patients et les protocoles de la procédure continuent d’évoluer à mesure que de nouvelles recherches et données deviennent disponibles. Les professionnels de la santé doivent suivre de près les développements dans ce domaine afin de fournir les meilleures options de soins à leurs patients.

    Coût et remboursement des médicaments

    🛈 Les chiffres suivants sont tirés du rapport publié en 2021 par la Caisse national d’assurance maladie (Cnam), intitulé “Les personnes traitées par antihypertenseurs”.

    630 € remboursés par personne en moyenne :

    Sur les 185 milliards d’euros de dépenses totales pour tous les régimes confondus de la Cnam, 4 562 millions d’euros (2,5 %) sont consacrés à la prise en charge des traitements antihypertenseurs (hors pathologies spécifiques) :

    • les soins de ville : 3 550 millions d’euros ;
    • les dépenses hospitalières : 238 millions d’euros ;
    • et les prestations en espèces (indemnités journalières maladie, AT/MP, maternité et invalidité) : 774 millions d’euros.

    La dépense annuelle moyenne remboursée est estimée à 630 euros par personne, tous régimes confondus.

    Source : Assurance maladie

    Évolution entre 2015 et 2021 :

    1️⃣ Entre 2015 et 2021, le nombre de personnes traitées par antihypertenseurs a diminué avec un taux de croissance annuel moyen (TCAM) de -0,27 %. La prévalence brute a diminué de -0,89 point, et après ajustement selon la structure de la population de l’Insee, la baisse est de -0,62 point.

    2️⃣ Pendant la même période, les dépenses annuelles moyennes liées aux traitements antihypertenseurs ont augmenté de 1,88 % par an. En 2021, l’âge moyen au décès des personnes traitées par ces médicaments était de 81 ans, avec un âge médian de 84 ans.

    7,26 millions de personnes traitée par antihypertenseurs en 2021 :

    En 2021, 7 265 100 personnes étaient traitées par antihypertenseurs, dont 59 % étaient des femmes. L’âge moyen des patients était de 68 ans, avec un âge médian de 69 ans.

    Les personnes âgées de plus de 75 ans représentaient 32% des patients, parmi lesquelles 68% étaient des femmes. Le taux brut de traitement antihypertenseur pour l’ensemble des régimes était de 105,73 ‰, calculé sur la base des 68 713 100 personnes ayant bénéficié de soins remboursés au moins une fois dans l’année. Après ajustement selon la structure de la population de l’Institut national de la statistique et des études économiques(Insee), ce taux était de 106,15 ‰.

    Chez les moins de 60 ans bénéficiant de la Complémentaire santé solidaire (C2S), 32,98 ‰ étaient traités par antihypertenseurs, contre 39,58 ‰ dans la population générale de même âge et de même sexe (taux standardisés : 43,68 ‰ contre 39,76 ‰).

    🔍 Tableaux des effectifs :

    Source : Sniiram/SNDS (tous régimes confondus)

    🔍 Âge moyen de décès :

    En 2021, l’âge moyen au décès des personnes traitées par antihypertenseurs était de 81 ans, tandis que l’âge médian était de 84 ans.

    Source : Sniiram/SNDS/Régime Général (hors Sections locales mutualistes)

    🔍 Médicaments les plus remboursés par la Cnam :

    Il existe plusieurs classes thérapeutiques pour traiter l’HTA, dont certaines peuvent être associées pour en cumuler les effets. Certains patients ne répondent à aucun traitement malgré l’association de plusieurs classes thérapeutiques incluant un diurétique. On parle d’hypertension résistante. Elle concernerait entre 10 et 30 % des hypertendus selon les études.

    Une nouvelle classe thérapeutique pour traiter les hypertensions résistantes, initialement découverte par des chercheurs du Collège de France, de l’Inserm et du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), est en cours de développement par une société privée : les inhibiteurs d’aminopeptidase A.

    Source : medic’AM 2022

     

  • Médicosocial : aller vers plus de lisibilité (lecture croisée des rapports Woerth et Ravignon)

    Partant du même constat, fait par tous, celui de la complexité et de l’illisibilité de l’action sociale décentralisée, les rapports d’Éric Woerth (“Décentralisation, le temps de la confiance“) et de Boris Ravignon (“Le coût des normes et de l’enchevêtrement des compétences entre l’État et les collectivités“) proposent des solutions tout à fait opposées. Alors que M. Woerth s’oriente vers un encadrement plus strict de l’action locale par l’État, voire une recentralisation partielle, B. Ravignon prône une clarification des compétences par un renforcement de l’échelon décentralisé.

    L’option du retour à l’État

    Sur le sujet du grand âge et de la perte d’autonomie et dans le souci commun d’unifier les compétences et les responsabilités, E. Woerth plaide en faveur d’une certaine recentralisation. Partant du principe que « l’État doit participer plus activement à l’élaboration des politiques sociales au regard des inégalités de traitement entre départements », il préconise la mise en place d’une forme de recentralisation de la tutelle des établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

    Constatant la complexité du système actuel, dans lequel les Ehpad dépendent des départements pour la section dépendance de leur budget et des ARS pour la section soins, ainsi que l’évolution naturelle vers l’augmentation de la part des soins, le rapport  préconise de « recentraliser le financement, les autorisations et la tutelle des Ehpad », ce qui conduirait à un pilotage unique par les agences régionales de santé (ARS).

    Sans méconnaître la discontinuité dans la répartition des responsabilités dans le parcours du domicile à l’établissement, la compétence sur les établissements étant retirée au département, E Woerth propose, en contrepartie, d’étendre la responsabilité du département dans le maintien à domicile, en lui adjoignant l’instruction et le versement du dispositif « Ma Prime Adapt’ » avec le transfert des ressources correspondantes.

    L’option d’une décentralisation complète

    A l’opposé de ces propositions, le rapport Ravignon propose, afin d’unifier la responsabilité de la politique du grand âge, de confier aux départements, déjà compétents pour l’autonomie, le maintien à domicile et le volet dépendance des établissements, la tutelle unique des Ehpad. Ils recevraient pour cela délégation des crédits de l’assurance maladie, actuellement gérés par les ARS.

    Une des principales difficultés liées à la répartition des compétences consiste en effet en un risque de rupture dans le suivi du parcours des personnes âgées entre domicile et établissements. Face à ce risque de discontinuité, B. Ravignon plaide en faveur de la tutelle unique du département sur les Ehpad, déjà compétent sur le maintien à domicile. Serait ainsi créé un bloc de compétence davantage responsabilisant et plus lisible pour les citoyens.

    Le copilotage de la politique du handicap

    Le rapport Woerth accorde un satisfecit à l’organisation actuelle avec les maisons départementales de l’autonomie (MDPH), au travers desquelles s’exerce le pilotage de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). Il se montre favorable également au nouveau dispositif mis en place par loi « Bien vieillir » d’avril 2024, qui prévoit l’instauration du Service public départemental de l’autonomie (SPDA), au travers duquel la CNSA est appelée à renforcer son pilotage de la politique de l’autonomie.

    Devant l’enchevêtrement des compétences entre l’État et le département en matière de handicap, le rapport Ravignon propose a contrario de confier l’intégralité de la politique du handicap au département, sauf l’allocation adulte handicapé (AAH) versée par la Caisse d’allocations familiales (Caf), avec le transfert des moyens correspondants.

    Un contrôle généralisé de l’action sociale des départements ?

    Dans les autres champs de l’action sociale décentralisée, la même logique est à l’œuvre dans le rapport Woerth, qui sonne comme un constat d’échec de la décentralisation de l’action sociale. Le rapport préconise ainsi la création d’un établissement public local 50/50 entre l’État et le département, le Service départemental des solidarités (SDS), à budget non fongible avec celui de la collectivité de rattachement, de façon à ce que l’État copilote désormais l’action sociale générale des départements, comme il le faisait avant les lois de 1982.

    L’Assemblée des départements de France, par la voix de son président, François Sauvadet, estime que « le rôle essentiel des départements est réaffirmé » dans le rapport Ravignon, tandis que « beaucoup de lignes rouges » seraient franchies dans le rapport Woerth, qui présente « une face recentralisatrice avec l’idée d’une reprise en main de l’État sur le social » notamment par la reconstruction des Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) d’antan.

    Les propositions des deux rapports doivent faire l’objet d’une concertation avec les associations représentant les différents niveaux de collectivités, organisée par le Premier ministre. Un premier point d’étape est prévu fin juillet.

     

  • ARS Grand Est : lancement d’un AAP pour renforcer l’accès aux soins par la téléconsultation

    Une baisse de 43 % des téléconsultations en Grand Est

    Au 31 décembre 2023, le bilan de la Feuille de route télémédecine Grand Est #1 a permis à l’ARS de faire deux constats concernant les professionnels de santé sur ses territoires. Si ces derniers sont à l’initiative de nombreux projets de téléconsultations (assistées seulement ou augmentées avec des objets connectés), ils se heurtent toutefois à au moins deux problématiques principales :

    • l’absence de médecins effecteurs disponibles sur leurs territoires pour assurer des téléconsultations ;
    • et une tendance des médecins à réserver la téléconsultation à leur patientèle et à ne la pratiquer qu’en situation de crise comme alternative au présentiel, plutôt que comme une pratique intégrée.

    En effet, en région Grand Est, le nombre de téléconsultations réalisées par les médecins libéraux a baissé de 43 % entre 2021 et 2023. Pour y remédier, un cadre expérimental d’actions – dont cet AAP – est mise en place dans le cadre de la Feuille de route télémédecine, pour les années 2024-2026.

    Les organisations de proximité pour renforcer la téléconsultation :

    Afin de renforcer, grâce à la téléconsultation, l’accès à des praticiens requis en médecine générale et en médecine de spécialité dans la région, l’ARS entreprend de soutenir le développement de solutions organisationnelles territoriales. Ces organisations doivent permettre à ces patients rencontrant des difficultés d’accès aux soins :

    • d’être pris en charge compte tenu de leurs besoins en soins ;
    • d’accéder à un médecin par le biais de téléconsultations, en présence si besoin d’un tiers de confiance qui leur garantira des conditions optimales de qualité, sécurité et efficacité ;
    • et, dans un second temps, de désigner un médecin traitant pour les patients qui n’en ont pas, pour ainsi les réintégrer dans le cadre du parcours de soins coordonné.

    L’AAP a également pour objectif de concourir à apporter une réponse médicale aux sites requérants en téléconsultation identifiés dans le cadre de la Feuille de route.

    Il s’agit donc, pour l’ARS, de soutenir le développement de modèles d’organisations de proximité proposant une offre de téléconsultation intégrée à l’offre de soins du territoire et au parcours de soins.

    Critères d’éligibilité

    Les projets candidats doivent être portés par une ou plusieurs structure(s) opérant dans le Grand Est, qu’elles soient :

    • des associations portant un projet de santé territorialisé (CPTS…) ;
    • des structures juridiques porteuses d’une structure d’exercice collectif (MSP ou centre de santé) ou d’un cabinet de groupe ;
    • des établissements de santé et/ou des établissements et services médico-sociaux (ESMS) ;
    • ainsi que des dispositifs d’appui à la coordination.

    L’ARS précise que les sociétés commerciales de téléconsultation sont exclues des bénéficiaires potentiels de la subvention.

    Cadrage général du projet :

    Les projets candidats à cet AAP doivent :

    • être cohérent avec le Projet régional de santé (PRS) et proposer une offre de service au bénéfice des publics et des territoires prioritaires ;
    • établir un projet territorial d’accès aux soins à l’échelle du bassin de vie sur lequel l’organisation interviendra, s’appuyant sur un diagnostic territorial des besoins de santé/problématiques qui justifient le projet ;
    • et expliquer en quoi le recours à la télémédecine permet d’apporter une valeur ajoutée dans les prises en charge et les parcours.

    Financements et dépenses éligibles

    Une enveloppe de 750 000 euros est réservé aux projets qui seront retenus au titre de cet AAP, sur le Fonds d’intervention régional (Fir) 2024. Ces projets bénéficieront d’une subvention ponctuelle pouvant aller jusqu’à 50 000 euros pour 12 mois d’expérimentation, ou 100 000 euros pour 24 mois d’expérimentation maximum.

    Le versement de la subvention sera fractionné comme suit :

    • 70 % à la signature de la convention de financement ;
    • 30 % sur présentation du rapport intermédiaire d’activité réalisé sur la première année de l’expérimentation.

    Dépenses éligibles :

    La subvention versée par l’ARS permettra au porteur de couvrir tout ou partie du montant du financement demandé au sein du budget prévisionnel. Les dépenses liées au pilotage et à l’amorçage du projet sont éligibles à ce financement. Elles recouvrent :

    • les coûts d’ingénierie et de pilotage du projet : prestataires extérieurs, temps de chef de projet et de mobilisation des membres de l’équipe projet pour cadrer, construire et mettre en place l’organisation ;
    • les coûts de formation ;
    • les coûts de communication ;
    • les dépenses d’investissement logiciel/matériel (acquisition ou location) nécessaires à la mise en œuvre du projet et non déjà prises en charge par le droit commun.

    Calendrier et modalités de participation

    👉 Les dernier délai d’envoi des candidatures est fixé au 10 octobre 2024. Les candidats intéressés sont invités à soumettre leurs candidatures sur ce lien.

    Un webinaire de présentation de l’AAP est prévu le 20 juin 2024 à 11h00. L’instruction et la sélection des projets se feront jusqu’au 25 octobre 2024, et les candidats retenus seront notifiés au plus tard le 31 octobre 2024.

    Le cahier des charges de cet AAP est disponible ici.

     

  • Sénat : 4 axes de recommandations pour des usages de l’IA en santé justes et efficaces

    Des promesses d’efficacité et des défis éthiques

    Dédié à l’IA en santé, ce deuxième rapport thématique de la délégation sénatoriale à la prospective a été publié le 21 mai 2024. Les rapporteurs (Christian Redon-Sarrazy, sénateur socialiste de la Haute-Vienne, et Anne Ventalon, sénatrice apparentée Les Républicains de l’Ardèche) rappellent dans leur introduction que les dépenses publiques en santé et en activités médicales représentent près de 10 % du produit intérieur brut (PIB) en France, ce qui fait de ce secteur un domaine essentiel du service public. En raison de la production massive de données dans le secteur de la santé et de la complexité de leur traitement, l’IA est perçue comme “une aide précieuse pour la pratique médicale”. Cependant, selon le rapport, la transformation rapide qu’elle induit ouvre “de nouveaux champs d’interrogations sur l’éthique, tant la perspective d’une médecine totalement mécanisée et déshumanisée est jugée inacceptable”.

    La technologie de l’IA étant désormais disponible, les deux sénateurs estiment qu’il est ” illusoire de penser qu’on pourra
    échapper aux risques qu’elle comporte par des interdictions”. Toute technologie performante étant forcément utilisée, le véritable enjeu pour eux est de créer un cadre de régulation afin d’en tirer le meilleur parti. Un cadre qui se met progressivement en place, et “l’adoption de l’AI Act à l’échelle européenne constitue à cet égard une étape importante”.

    Le juste milieu entre un “techno-enthousiasme excessif” et un “techno-pessimisme” :

    Sans chercher à fournir une analyse exhaustive des technologies d’IA dans le domaine de la santé, le rapport essaie d’identifier les différents scénarios de déploiement de l’IA, “en s’appuyant sur les utilisations déjà existantes ou celles actuellement développées par des startups en lien avec les professionnels de santé”. Il insiste par ailleurs sur la nécessité d’éviter aussi bien un “techno-enthousiasme excessif” qui verrait dans l’IA une panacée pour le système de santé, que le “techno-pessimisme” qui surestimerait les difficultés et les risques liés aux adaptations nécessaires pour un déploiement généralisé des outils basés sur l’IA. Les rapporteurs prônent ainsi une approche équilibrée pour maximiser les bénéfices de l’IA tout en minimisant ses inconvénients.

    L’exigence de la confiance :

    L’IA a le potentiel de transformer radicalement les modes de vie et de travail dans nos sociétés modernes, comparable aux révolutions technologiques passées comme l’électricité et Internet. Dans le secteur public, cependant, les expérimentations restent limitées et les discours prudents. L’IA générative pourrait améliorer l’efficacité et l’accessibilité des services publics, en les rendant plus équitables et personnalisés. Pour que l’IA soit adoptée avec succès, il est essentiel que les citoyens et les agents publics aient confiance en cette technologie. Cette confiance repose sur la connaissance des possibilités et des limites de l’IA, ainsi que sur des garanties de respect des droits, des libertés et de l’intégrité administrative et démocratique.

    4 axes de recommandations

    Les rapporteurs considèrent qu’à l’avenir, “l’économie de la santé et celle du numérique seront davantage imbriquées”, et concluent en soulignant que “l’enjeu d’une IA souveraine n’est pas à négliger dans les politiques publiques nationale et européenne”. Pour une IA en santé efficace et juste, ils ont identifié 4 axes de travail pour la France :

    1️⃣ Développer une culture de l’IA en santé par la formation initiale et continue des soignants :

    La formation à l’IA doit être intégrée aux cursus universitaires pour les médecins et les professions paramédicales. Il est également nécessaire de renforcer la formation continue pour les personnels de santé en poste. De plus, un nouveau métier d’opérateur de l’IA en santé pourrait émerger pour gérer la complexité et assurer une médiation entre les acteurs du système.

    2️⃣ Accélérer l’accès des chercheurs et des startups aux données secondaires de santé :

    Il est essentiel d’adopter des normes d’interopérabilité pour les producteurs de données de santé afin de faciliter les croisements de données et de renforcer le rôle du Health Data Hub comme fédérateur des différentes bases de données. De plus, des contrats types pourraient lever les obstacles contractuels entre producteurs et utilisateurs de données, en définissant des normes de partage de la valeur.

    3️⃣ Construire un cadre éthique robuste de l’IA en santé :

    Patients et soignants doivent comprendre précisément la portée et les limites des solutions d’IA disponibles. Les exigences éthiques doivent être intégrées dès la conception des dispositifs d’IA (ethics by design) et incluses dans la formation des soignants. Ces exigences doivent également être traduites juridiquement et appliquées concrètement. Les instances nationales de contrôle, comme la CNIL en France, doivent disposer de moyens renforcés pour mener des investigations et appliquer des sanctions efficaces.

    4️⃣ Financer efficacement la “course à l’IA” :

    L’objectif de créer un écosystème autonome en IA pour la santé implique également l’accélération du projet de cloud sécurisé souverain. Cela garantirait que les données de santé, tout comme les données de sécurité et fiscales, ne soient pas exposées au risque de transmission à des puissances étrangères. De plus, pour que la course à l’IA bénéficie concrètement aux patients, il est important de trouver un modèle économique durable pour financer ces nouveaux outils au-delà des investissements initiaux. Une approche envisageable serait de dédier des fonds spécifiques au secteur hospitalier, sur le modèle du financement des missions d’intérêt général, afin de favoriser l’acquisition et la maintenance de solutions logicielles performantes.

     

  • Cloud : un AAP d’AWS pour promouvoir l’équité en santé dans le monde

    60 M$ consacrés à l’équité en santé

    En 2021, AWS s’est engagé à consacrer une enveloppe de 40 millions de dollars sur une durée de 3 ans, pour promouvoir l’équité en matière de santé à travers l’exploitation du cloud. En 2024, un financement supplémentaire de 20 millions de dollars est annoncé par le géant américain, portant son engagement à un total 60 millions de dollars en crédits cloud et en expertise technique. Dans le cadre de ce “Nouveau programme mondial pour aider les clients à développer des solutions cloud visant à faire progresser l’équité en santé”, 229 organisations ont déjà proposé leurs solutions numériques.

    Soutien accordé dans le cadre du programme

    Cette initiative est dirigée par l’équipe “Social responsibility & Impact” d’AWS, qui s’emploie à mettre en place des programmes innovants pour un impact positif durable. Les organisations sélectionnées bénéficieront d’un crédit promotionnel AWS,  aux bénéfice de certaines institutions et entreprises qui s’attaquent aux disparités en matière de santé qui affectent les communautés défavorisées ou sous-représentées à travers le monde. Le financement proposé peut aller jusqu’à 250 000 dollars de crédit promotionnel AWS. Ces crédits offerts peuvent être utilisés pour divers services d’AWS, tels que le stockage de données, l’analyse de données, l’apprentissage automatique et d’autres technologies cloud. 

    AWS précise que les demandes émanant d’organisation du secteur privé doivent être assorties d’une contrepartie d’au moins 25 % de ressources du montant total de la demande.

    Critères d’éligibilité

    Le programme est ouvert aux institutions de recherche accréditées, aux consortiums de recherche, aux organisations à but non lucratif et aux entités privées qui sont des clients actuels ou futurs d’AWS. Les personnes qui soumettent une candidature doivent le faire au nom de leur organisation et non pas à titre personnel. Les membres du réseau de partenaires AWS peuvent également postuler.

    3 domaines cibles :

    Les organisations exploitant l’informatique dématérialisée pour réduire les inégalités en matière de soins et améliorer les résultats en matière de santé sont invitées à soumettre leurs candidatures dans les trois domaines suivants :

    • l’amélioration de l’accès à des services de santé de haute qualité et adaptés à la culture ;
    • l’amélioration de l’accès à un soutien social et communautaire adapté ;
    • et la réduction de l’impact du changement climatique sur la santé et la qualité de vie.

     

    👉 Les candidatures sont à envoyer via ce formulaire en ligne. Les décisions d’AWS seront communiquées aux candidats dans un délai d’environ 60 jours ouvrés après chaque date d’examen de demandes.

    📅 Après une première échéance le 31 mai, les prochaines dates d’examen des demandes de l’année sont fixées au 30 juin et au 15 novembre 2024. Ces dates sont les mêmes chaque année.

    Pour aller plus loin: