Les compétences, enjeu de compétitivité
Réalisé pour le Leem avec Arthur Hunt Consulting et MabDesign, en partenariat avec France BioLead et l’Opco 2i, le Plan Compétences Biotech 2030 part d’un constat : les enjeux de compétences deviennent désormais aussi déterminants que les enjeux scientifiques et technologiques pour l’avenir de la filière française des biotechnologies.
L’essor des thérapies géniques et cellulaires, des vaccins de nouvelle génération, de l’IA et de la bioproduction transforme simultanément les modèles de développement, les capacités industrielles et les organisations. La valeur se déplace vers des activités davantage technologiques, réglementées et transversales, nécessitant des profils à forte expertise.
Selon l’étude, la filière se trouve aujourd’hui à un « point de bascule stratégique », confrontée à des défis scientifiques, industriels, réglementaires, géopolitiques et sociétaux qui redéfinissent les besoins en compétences.
Une France en retrait sur plusieurs segments à forte croissance
L’analyse a porté sur 21 sous-familles de biomédicaments couvrant les anticorps thérapeutiques, les vaccins, les oligonucléotides, les médicaments de thérapies innovantes (MTI) et les thérapies microbiennes.
Le diagnostic met en évidence un contraste entre l’attractivité mondiale de nombreux segments innovants et la capacité de la France à capter cette croissance. Le pays conserve des positions dans certaines activités matures mais reste en retrait dans plusieurs domaines à fort potentiel, notamment
- les thérapies géniques,
- les thérapies cellulaires,
- les vaccins de nouvelle génération
- ou encore les oligonucléotides.
L’étude souligne que les principaux freins relèvent désormais moins de la recherche amont que de l’industrialisation, du passage à l’échelle, des capacités de production conformes aux standards GMP, du financement des phases avancées et de la structuration des chaînes de valeur.
Des métiers transformés par la bioproduction et l’IA
Cinq transformations structurantes sont identifiées :
- l’essor des biothérapies innovantes,
- l’industrialisation des procédés,
- la digitalisation des activités,
- la complexification réglementaire
- et la tension croissante sur les talents.
Les entreprises recherchent de plus en plus des profils capables d’associer expertise scientifique, compréhension industrielle, maîtrise réglementaire et compétences numériques. Les activités d’analyse, de pilotage, d’interprétation des données et de coordination prennent une place croissante, tandis que certaines tâches répétitives tendent à être automatisées.
Les tensions de recrutement concernent particulièrement les spécialistes de la bioproduction, les profils qualité, les experts réglementaires ainsi que les compétences liées à la data et à l’intelligence artificielle.
L’étude estime que ces pénuries pourraient freiner les capacités d’innovation et d’industrialisation des entreprises françaises.

Cinq priorités pour préparer la filière à 2030
Face à ces constats, le plan formule cinq axes stratégiques.
Adapter les formations aux besoins émergents :
Les auteurs recommandent de renforcer l’opérationnalité des formations dans les domaines des bonnes pratiques de fabrication, de la qualité, de la bioproduction, du contrôle qualité et des thérapies innovantes. Ils préconisent également l’intégration systématique des compétences liées à la data, à l’IA, à l’automatisation et aux outils numériques industriels dans les cursus.
Renforcer l’attractivité des métiers :
L’étude souligne la nécessité d’améliorer la visibilité des métiers biotech auprès des publics en formation et en reconversion, en structurant davantage les actions d’information et d’orientation.
Développer la recherche partenariale :
Le plan recommande de renforcer les coopérations entre recherche, formation et industrie, notamment via la création de cadres favorisant les partenariats et le développement de dispositifs de type CIFRE à l’échelle de la filière.
Fluidifier les parcours professionnels :
Les auteurs plaident pour une meilleure anticipation des besoins RH, une coordination accrue entre entreprises et une clarification des passerelles vers les métiers critiques afin de sécuriser les mobilités professionnelles.
Structurer les pratiques RH :
Enfin, le rapport appelle à renforcer l’accompagnement RH des PME biotech, à professionnaliser la fonction RH, à accompagner les transformations organisationnelles et à intégrer les enjeux de qualité de vie au travail et de santé mentale dans les stratégies de gestion des talents.
Industrialiser l’innovation :
Au-delà des besoins de formation, l’étude met en lumière un défi plus large : la capacité de la France à transformer ses avancées scientifiques en développement industriel. La sécurisation des compétences apparaît comme l’un des leviers de la compétitivité de la filière et de la souveraineté sanitaire à l’horizon 2030.