Capteurs ambiants non intrusifs et “sensing” sans caméra comme colonne vertébrale
Plusieurs acteurs misent sur des capteurs ambiants non portés, sans caméra, qui transforment l’environnement en “radar de santé” : aiCare System exploite le Wi‑Fi sensing pour cartographier l’activité humaine, Missia et Missia Care s’appuient sur de la vision par ordinateur en edge computing sans stockage d’images, Vayyar Care AI et ZoeFall utilisent des capteurs RF/mmWave pour une imagerie 4D ou une analyse des perturbations électromagnétiques.
Ces approches permettent un monitoring 24/7 de la mobilité, du sommeil, des passages en salle de bain ou de la nutrition, avec une promesse de respect de la vie privée (absence de caméras, suppression immédiate des images, pas de dispositifs portés) essentielle pour l’acceptabilité des seniors.
Dispositifs portés intelligents et objets du quotidien augmentés par l’IA
Le paysage intègre également des dispositifs portés et des objets du quotidien augmentés, comme la ceinture airbag connectée Hippy, la montre Dona Care, les wearables de CarePredict ou les lampes intelligentes Aladin+ et Nobi Smart Lamps qui préviennent et détectent les chutes avec des algorithmes d’IA embarqués.
Ces solutions se positionnent à l’interface entre sécurité physique (protection contre les fractures du col du fémur, réduction du temps passé au sol) et soutien à l’autonomie, avec notifications immédiates aux proches ou aux équipes en cas d’événement.
Plateformes d’IA et de coordination pour orchestrer le domicile
Des plateformes telles que Mediáteam, Presage Care, RevealCare, Allo‑DoCs ou INDIC jouent un rôle de “cerveau organisationnel” du maintien à domicile, en croisant données cliniques, sociales et environnementales pour détecter des signaux faibles et orchestrer les interventions.
Elles s’inscrivent dans une logique de coordination territoriale (DAC, CPTS, bailleurs sociaux, collectivités) et de prévention populationnelle, en priorisant les seniors les plus à risque et en proposant des plans d’actions personnalisés orientés “bien vieillir à domicile”.
Opportunités principales
Jusqu’à 76% de chutes évitées
La lampe connectée Aladin+ annonce une diminution du nombre de chutes allant jusqu’à 76%, avec une réduction des coûts liés aux chutes pouvant atteindre 43 000 € par an et par établissement en EHPAD ou résidences services.
Nobi Smart Lamps revendique la prévention de 4 chutes sur 5 et une augmentation de la rapidité d’intervention, ce qui se traduit à la fois par une réduction des hospitalisations et une amélioration de la qualité de vie au travail des soignants (baisse du stress, du turnover).
Réduction directe des hospitalisations non programmées et des urgences
Missia Care, Otono‑me, Nodeus et Presage Care positionnent explicitement leurs algorithmes IA sur la réduction des hospitalisations non planifiées en identifiant précocement des anomalies de comportement (inactivité, agitation nocturne, isolement) ou des risques de dénutrition, de chute ou de décompensation.
DeHealth – AI Health Super App revendique une réduction de 8–12% des passages aux urgences pour les assureurs et systèmes partenaires grâce à une prévention “as‑a‑service”, tandis que Presage Care, inscrit dans le programme PECAN‑2, anticipe un risque d’hospitalisation à 7–14 jours chez les personnes âgées suivies à domicile.
Maintien à domicile prolongé grâce à une surveillance prédictive continue
Des solutions comme HiNounou, aiCare System, Missia, Nodeus, Vayyar Care AI ou Allo‑DoCs proposent un monitoring continu des biomarqueurs, de l’activité et des habitudes de vie, visant à prolonger l’autonomie et à permettre un “aging in place” sécurisé.
L’analyse des routines (lever, sommeil, repas, sorties, hygiène) et des constantes vitales (tension artérielle, poids, saturation, glycémie, rythme cardiaque) permet la détection précoce de fragilités et la mise en place d’interventions ciblées avant la rupture, ce qui est déterminant dans un contexte de tension sur les lits hospitaliers et les places en EHPAD.
Décharge mentale et soutien structuré pour des millions d’aidants
Ximi Family, Elpyoo, Monka, Emilia, DeHealth et les sections “aidants” de solutions comme Lili Smart adressent directement la charge mentale et la coordination vécues par les aidants familiaux.
Ces outils offrent des cahiers de liaison digitaux, des messageries sécurisées, des portails d’information, des communautés d’entraide, des résumés automatisés de consultation et des parcours personnalisés, visant à alléger la charge cognitive, rompre l’isolement et améliorer la qualité de la relation aidant‑aidé.
Gains organisationnels pour les structures médico‑sociales et territoriales
Médiateam, RevealCare, INDIC et Presage Care apportent une valeur organisationnelle forte en permettant la détection précoce des fragilités, la priorisation des cas complexes, la construction de plans personnalisés et la coordination territoriale multi‑acteurs (sanitaire, social, médico‑social).
Ces plateformes améliorent la qualité de vie au travail en automatisant des tâches administratives répétitives, en simplifiant le partage d’informations et en offrant des tableaux de bord décisionnels aux équipes de coordination, aux bailleurs sociaux, aux assureurs et aux collectivités.
Nouveaux modèles économiques fondés sur l’abonnement et le “as a Service”
Nombre d’acteurs se structurent autour de modèles d’abonnement et de “service plutôt que produit” : CarePredict facture 69,90 $/mois pour la surveillance, Otono‑me affiche 45 €/mois, Lili Smart propose des packs “Essentiel” et “Sérénité” entre 60 et 90 €/mois, Nobi Smart Lamps et Aladin+ combinent achat et location, tandis que DeHealth se positionne à 2,99 $/mois côté B2C avec une brique B2B “Prevention‑as‑a‑Service”.
Compan’IA adopte un modèle de “Robot as a Service” avec leasing mensuel incluant intégration, maintenance et supervision, générant un CAPEX faible et une prévisibilité des coûts pour les établissements et les familles.
Différenciation concurrentielle pour les établissements et territoires
Compan’IA, Nobi, Aladin+, Otono‑me, Dona Care ou HiNounou deviennent des leviers de différenciation pour les EHPAD, résidences autonomie ou bailleurs sociaux, en renforçant la sécurité, la continuité de prise en charge et la transparence vis‑à‑vis des familles.
RevealCare et INDIC, en offrant une vision populationnelle des besoins et des risques, permettent aux territoires, mutuelles et bailleurs d’optimiser leurs investissements en prévention et de construire des politiques “Silver Economy” à forte valeur sociétale.
Risques majeurs
Risques réglementaires et de conformité (IA Act, RGPD, DM/DMDIV)
La majorité des solutions de télésurveillance, de détection de chute et d’aide à la décision sont qualifiées de haut risque (DM/DMDIV ou Annexe III – services essentiels/urgence/téléassistance) ou de risque limité soumis à des exigences de transparence, ce qui implique un cadre réglementaire strict.
Compan’IA explicite la nécessité de conformité à l’AI Act, au RGPD, au Règlement Machines et potentiellement au MDR, tandis que des dispositifs comme Hippy, Nodeus, Allo‑DoCs, Nobi, Missia Care ou Dona Care sont explicitement positionnés comme dispositifs médicaux ou assimilés, exposés à des exigences fortes en matière de sécurité, de performance clinique et de supervision humaine.
Dépendance aux données personnelles et risques de confidentialité
Plusieurs solutions centralisent des données sensibles de santé et de vie quotidienne : DeHealth construit une “Data Bank” globale avec stockage décentralisé et monétisation de données anonymisées, HiNounou gère un jumeau numérique de la santé du senior, Allo‑DoCs collecte plus de 70 constantes vitales et psychologiques en continu, et Missia mesure plus de 90 activités quotidiennes.
Même si ces acteurs revendiquent la conformité RGPD, HIPAA ou FHIR, la densité des données collectées accroît les risques de re‑identification, d’usages secondaires non souhaités ou de cyberattaques, ce qui peut fragiliser la confiance des seniors, des familles et des régulateurs.
Surmédicalisation technologique et substitution partielle du lien humain
Certaines solutions, notamment de surveillance intensive (Allo‑DoCs, Vayyar Care AI, Missia, Nodeus, HiNounou), peuvent être perçues comme une “hyper‑médicalisation” du domicile, avec un monitoring continu de la vie quotidienne.
Sans gouvernance claire des usages et des alertes, le risque est de substituer des interactions humaines par des interactions avec des systèmes algorithmiques ou des robots compagnons (Compan’IA, ElliQ), ce qui peut générer un sentiment de déshumanisation ou de “surveillance permanente” chez une partie des seniors.
Charge informationnelle et risque de burn‑out numérique pour les professionnels
Si les solutions promettent généralement une réduction de la charge de travail, la multiplication des boîtiers, portails, dashboards et alertes (Presage, Otono‑me, Nodeus, Missia, HiNounou, Allo‑DoCs, CarePredict, Dona Care, Sidly, etc.) peut entraîner une surcharge informationnelle pour les équipes soignantes et de coordination.
En l’absence de tri automatique des alertes, de priorisation et d’interopérabilité harmonisée, les professionnels peuvent être confrontés à une inflation de notifications difficiles à traiter, ce qui augmente paradoxalement le risque de miss d’événements critiques et de burn‑out.
Modèles économiques parfois opaques et fragmentation de l’offre
Plusieurs solutions ne publient pas ou peu leurs tarifs (HiNounou, Presage Care, Missia Care, INDIC), ou s’appuient sur des modèles complexes (licence par établissement, par territoire, facturation à l’acte de télésurveillance, DPaaS B2B), ce qui peut freiner l’adoption par les services à domicile et les collectivités.
La forte fragmentation de l’offre, mélangeant B2B, B2B2C et B2C (par exemple CarePredict, ElliQ, DeHealth, Ximi Family, Elpyoo, Monka, Lili Smart), rend difficile la construction de parcours intégrés et peut générer des doublons fonctionnels et budgétaires au niveau des territoires.
Inégalités d’accès et risque de fracture numérique
Une partie des solutions suppose un socle numérique et une connectivité robuste (Wi‑Fi dense pour aiCare System, ZoeFall, Missia, Allo‑DoCs, équipement smartphone pour Ximi Family, DeHealth, Elpyoo, Monka), qui ne sont pas systématiquement disponibles dans les zones rurales ou chez les seniors les plus précaires.
En l’absence de modèles subventionnés, de médiation numérique et d’offres simplifiées, ces dispositifs peuvent avant tout bénéficier aux seniors les plus autonomes et aux familles les mieux dotées, accentuant les inégalités d’accès à un maintien à domicile sécurisé.
Nouvelles catégories de valeur : sécurité, coordination, prévention et bien‑être
Sécurité immédiate : détection et prévention des chutes comme use case dominant
Les solutions centrées sur les chutes forment une catégorie très dense : Aladin+, Nobi Smart Lamps, ZoeFall, Nodeus, Dona Care, Sidly, CarePredict, Hippy, Vayyar Care AI, Missia, Otono‑me, aiCare System adressent toutes la détection ou la prévention des chutes via différents capteurs et algorithmes.
Outre la réduction documentée des événements (jusqu’à 76% de chutes en moins pour Aladin+), ces dispositifs réduisent le temps passé au sol, limitent les complications (fractures, syndrome post‑chute) et rassurent les familles, ce qui constitue un argument central pour les établissements et payeurs.
Coordination et partage d’information : du domicile au territoire
Ximi Family, Mediáteam, Presage Care et HiNounou structurent la coordination à plusieurs niveaux – famille, services d’aide à domicile, coordinateurs territoriaux, médecins traitants – en s’appuyant sur des dossiers partagés, des messageries sécurisées et des algorithmes de détection de signaux faibles.
Ces solutions favorisent la continuité de l’information entre domicile, médico‑social et soins primaires, permettent la mise en place de plans personnalisés de coordination (PPC) et contribuent à réduire les ruptures de parcours, condition clé d’un maintien à domicile durable.
Prévention prédictive et médecine des risques
HiNounou, DeHealth, RevealCare, INDIC et Presage Care incarnent une approche centrée sur la prévention des risques chroniques et de la perte d’autonomie via l’analyse de grandes masses de données (plus d’un milliard de données pour RevealCare) et de scores d’autonomie ou de fragilité.
En détectant les risques de diabète, d’hypertension, de maladies cardiovasculaires, de dénutrition, d’isolement social ou de burn‑out des aidants, ces plateformes offrent aux payeurs, collectivités et assureurs une capacité de priorisation et d’optimisation des investissements préventifs.
Bien‑être, cognition et qualité de vie
Certaines solutions se situent en amont du médical strict : Someo Life vise la gestion non médicamenteuse de la douleur, du sommeil et de l’anxiété, tandis qu’Hélie propose des programmes de stimulation cognitive et motrice ludique et non infantilisante pour maintenir l’autonomie.
Les robots compagnons (Compan’IA, ElliQ) ajoutent une dimension de présence, de stimulation cognitive et de soutien moral, combinant rappels thérapeutiques, conversations, médiation familiale à distance et reconstitution de routines rassurantes, notamment pour les patients Alzheimer.
Qualité de vie au travail et attractivité des métiers
Nobi Smart Lamps, Aladin+, Nodeus, Vayyar Care AI, Allo‑DoCs et Mediáteam contribuent à une meilleure qualité de vie au travail en réduisant le stress lié à la gestion des risques (chutes nocturnes, errance) et en automatisant la surveillance et la priorisation des interventions.
Better World, en analysant les verbatims d’expérience patients, résidents, proches et équipes, permet d’identifier les axes d’amélioration et de suivre la qualité de vie au travail, complétant ainsi les dispositifs de sécurité par une mesure fine du ressenti des usagers et professionnels.
Perspectives stratégiques et scénarios de déploiement
Intégration verticale : du capteur au territoire via des plateformes d’orchestration
Les données suggèrent une trajectoire vers des architectures intégrées où capteurs (Nodeus, aiCare System, ZoeFall, Vayyar, Nobi, Aladin+), wearables (CarePredict, Dona Care, Sidly, Hippy), robots (Compan’IA, ElliQ) et plateformes (Médiateam, Presage, RevealCare, HiNounou, DeHealth) sont orchestrés par des couches logicielles territoriales.
Pour les hôpitaux et ARS, l’enjeu stratégique consiste à favoriser des solutions interopérables et modulaires, capables de se connecter à des dossiers partagés et aux systèmes d’information régionaux afin d’éviter les silos et la multiplication de points de contact pour les familles et les professionnels.
Standardisation de la preuve clinique et des indicateurs de performance
Les documents citent des résultats ponctuels (−76% de chutes, −43 000 €/an, précision de 99% pour la détection des chutes, réduction de 8–12% des passages aux urgences), mais la méthodologie et la généralisabilité restent rarement détaillées.
Pour les investisseurs et payeurs, il devient critique d’exiger des protocoles robustes (comme le protocole co‑construit avec le Broca Living Lab pour Compan’IA) et des indicateurs standardisés : taux de chutes, temps passé au sol, hospitalisations évitables, jours d’autonomie supplémentaires, ROI par établissement ou par territoire.
Positionnement stratégique vis‑à‑vis des aidants familiaux
Les solutions centrées sur les aidants (Ximi Family, Elpyoo, Monka, Emilia, DeHealth) montrent que la valeur économique et clinique passe aussi par la réduction de la charge mentale et la prévention du burn‑out des aidants, dimension explicitement prise en compte par Presage Care.
Les acteurs qui réussiront à intégrer nativement un “parcours aidant” – combinant information, coordination, soutien psychologique et outils de suivi – disposeront d’un avantage compétitif décisif pour être adoptés par les familles et par les employeurs soucieux de leurs salariés aidants.
Arbitrages entre intrusivité, performance et acceptabilité
Les solutions varient fortement en termes d’intrusivité perçue : des robots humanoïdes comme Compan’IA aux lampes intelligentes Nobi en passant par les capteurs invisibles de Wi‑Fi sensing d’aiCare System, les dispositifs doivent trouver un équilibre entre granularité des données et respect de l’intimité.
Les solutions qui parviennent à offrir une forte performance prédictive avec un minimum de frictions pour l’utilisateur (pas de port de dispositif, pas de caméra, installation simple, explicabilité des alertes) sont mieux positionnées pour une adoption massive dans les domiciles et les résidences services.
Rôle des hôpitaux et des médecins dans la gouvernance des IA de domicile
Des initiatives comme Broca Living Lab (Compan’IA) ou l’usage d’Hélie dans les centres de rééducation illustrent le rôle possible des hôpitaux dans la validation clinique, le design des parcours et la formation des équipes.
Pour les médecins de ville et gériatres, l’enjeu sera de s’intégrer dans ces écosystèmes en définissant les seuils d’alerte pertinents, les modalités de télésurveillance remboursée (comme pour Presage Care dans PECAN‑2) et le partage de responsabilité avec les opérateurs technologiques.
Synthèse stratégique
Points saillants pour décideurs hospitaliers, investisseurs et médecins
Les solutions d’IA pour le maintien à domicile des personnes âgées structurent un écosystème complet allant de la détection de chutes et la télésurveillance biométrique à la coordination territoriale et au soutien des aidants, avec des impacts chiffrés sur les chutes (jusqu’à −76%), les passages aux urgences (−8 à −12%) et les coûts associés.
Les opportunités majeures résident dans la sécurisation du domicile, la prolongation de l’autonomie, la réduction des hospitalisations évitables, la décharge mentale des aidants et l’amélioration de la qualité de vie au travail des professionnels, dans un cadre de modèles économiques “as a Service” de plus en plus matures.
Priorités stratégiques de mise en œuvre selon les documents
Les risques principaux concernent la conformité réglementaire (IA Act, RGPD, DM/DMDIV), la gouvernance des données sensibles, la possible surmédicalisation technologique du domicile, la charge informationnelle pour les équipes et les inégalités d’accès liées à la fracture numérique.
Les documents convergent vers plusieurs priorités : favoriser des solutions interopérables et non intrusives, exiger une preuve clinique robuste et standardisée, intégrer systématiquement le parcours des aidants, et positionner les hôpitaux et les structures territoriales comme orchestrateurs de ces dispositifs
Tableau interactif des solutions
