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  • Dépassements d’honoraires : les trois scénarios du HCAAM pour réformer un système aux limites visibles

    Horizon 2040 : 90 % des spécialistes pourraient être concernés par le secteur 2

    Du côté des patients, elle accroît les restes à charge et entretient une certaine opacité tarifaire, les dépassements d’honoraires restant encadrés par la seule notion de « tact et mesure », recommandée par l’OPTAM/OPTAM-ACO, sans notion de valeur absolue.

    Du côté du système de santé, elle fragilise l’attractivité du secteur 1 et renforce un modèle dual dans lequel coexistent des médecins aux tarifs strictement encadrés et d’autres bénéficiant d’une large liberté tarifaire.

    Face à cette dynamique, le HCAAM présente trois scénarios de réforme réalisables sur 15 ans, définissant les conditions d’exercice de la médecine libérale.

    Scénario 1 : Supprimer les dépassements d’honoraires, 60 % des spécialistes du secteur 2 perdants mais une patientèle gagnante

    Proposer la suppression du modèle dual a pour avantage un gain de lisibilité du système de soins ainsi qu’une réduction des disparités entre patients, garantissant pour tous l’accès à des tarifs opposables. Toutefois, ce modèle entraîne une réduction prévisionnelle moyenne de 28 % des honoraires pour les spécialistes.

    Bien que ce modèle prenne en compte un alignement sur des tarifs du secteur 1 à revoir à la hausse de 280 M€, ainsi que la suppression de certaines cotisations, il ne parvient pas à compenser les 4 Md€ de perte d’honoraires.

    Si, pour les 40 % de membres du secteur 2 appliquant des dépassements faibles, ce modèle ne présente pas de perte majeure, les 60 % de spécialistes appliquant des dépassements forts se verront fortement impactés. Certaines filières très spécialisées à forts dépassements moyens seront donc fortement désavantagées ; une opposition des syndicats est donc à anticiper.

    Scénario 2 : Un secteur 2 à la sélectivité renforcée : quels critères choisir pour revoir à la baisse de 28 % les prévisions de 2040 ?

    Réserver le secteur 2 à une minorité de médecins semble être un moyen de revenir à ses fondements. La question ne porte plus sur l’encadrement des dépassements mais bien sur une tentative d’inversion de la proportion sectorielle pour atteindre non pas 90 %, mais 45 % de médecins en secteur 2 d’ici à 2040 par l’imposition de critères :

    • titre hospitalo-universitaire ;
    • année minimale de pratique ;
    • territoire prioritaire choisi.

    Cette réforme non rétroactive, ne s’appliquerait qu’aux nouveaux spécialistes. Ceci ralentit les effets de la réforme mais reste fidèle au critère qualitatif , permettant une meilleure acceptation à prévoir chez les spécialistes.

    Scénario 3 : Encadrer davantage un système pour le conserver : une baisse prévisionnelle de 60 % des dépassements d’honoraires

    Face à l’importance tant numérique que financière du secteur 2, sa réduction semble présenter nombre d’obstacles. Le HCAAM propose une voie médiane entre une sélectivité accrue mais non féroce et un encadrement plus strict des honoraires sans leur disparition.

    • Un minimum d’activité de 10 ans comme critère d’entrée en secteur 2 ;
    • La fin du « tact et mesure », remplacé par un plafond strict.

    Si une baisse de 1,7 Md€ de dépassements d’honoraires est à prévoir pour les jeunes praticiens, celle-ci peut tomber à 0,9 Md€ pour ceux installés depuis plus de 10 ans. Ceci bénéficierait aux patients les plus précaires tout en cherchant à limiter les pertes chez les médecins par une revalorisation des honoraires du secteur 1.

    Derrière les dépassements d’honoraires se cache une question plus large : quel modèle de santé voulons-nous à l’horizon 2040 ?

    C’est une vision à long terme que cherche à éclairer ce rapport en se demandant s’il faut accepter l’existence durable d’un secteur à honoraires largement libres ou maintenir l’ensemble des spécialistes dans un cadre tarifaire commun. Une question dont la réponse peut être plurielle, laissant entrevoir des croisements entre les scénarios proposés.

    Interrogeant l’attractivité du secteur médical, ces réflexions peuvent s’étendre au cadre universitaire. Si la notion de qualité amène jusqu’à aujourd’hui l’acceptation d’études à forte pénibilité dans l’attente d’une plus forte garantie de liberté économique en secteur 2, quelles influences une révision de ce modèle aurait-elle sur le champ de la formation ?

    Une question croisant les problématiques tant médicales qu’universitaires, deux sujets au cœur des débats qui prendront place en 2027.

     

  • G7 2026 : l’industrie pharmaceutique appelle à faire de l’innovation un levier de compétitivité et de croissance

    À l’approche du sommet des dirigeants du G7, qui se tiendra à Évian sous présidence française, la Fédération internationale des fabricants et associations pharmaceutiques et le Leem ont publié un appel commun en faveur d’un renforcement des investissements dans l’innovation pharmaceutique.

    Les deux organisations considèrent que les médicaments et les vaccins innovants constituent des moteurs de croissance économique, de compétitivité et de résilience pour les économies du G7. Elles plaident pour que le secteur des sciences de la vie soit pleinement intégré aux stratégies industrielles et économiques des États membres.

    Trois priorités pour les dirigeants du G7

    L’IFPMA et le Leem identifient trois axes d’action.

    • Le premier consiste à renforcer les investissements dans les médicaments et les vaccins innovants. Les deux organisations estiment que les politiques publiques doivent davantage prendre en compte la valeur sanitaire, économique et sociétale créée par ces innovations afin de soutenir des marchés capables d’attirer et de récompenser les investissements en recherche et développement.
    • La deuxième priorité vise à reconnaître l’industrie pharmaceutique innovante comme un secteur stratégique. Selon les signataires, cette industrie contribue à la création de millions d’emplois qualifiés au sein des pays du G7 et participe à leur résilience économique sur le long terme.
    • Enfin, l’IFPMA et le Leem appellent à préserver le leadership du G7 dans un secteur qu’ils décrivent comme le plus intensif en recherche et développement au niveau mondial. Ils soulignent que la concurrence internationale s’accroît et que cet avantage ne pourra être maintenu sans une stratégie coordonnée en faveur de l’innovation.

    Cet appel intervient dans la continuité du sommet du Business7, organisé récemment à Paris.

    Jean-François Brochard, président du Leem, estime que les dirigeants du G7 ont l’opportunité de faire de la santé une priorité stratégique de leurs politiques économiques. Il souligne que cette ambition passe notamment par des investissements dans l’innovation thérapeutique et par des actions visant à garantir un accès durable aux progrès médicaux.

    Le président du Leem met également en avant plusieurs leviers d’action, parmi lesquels le développement de la recherche clinique, l’amélioration de l’accès à l’innovation, le renforcement de la sécurité d’approvisionnement et l’attractivité industrielle des territoires.

     

     

  • Le NHS déploie Microsoft 365 Copilot auprès de 505 000 agents

    Une généralisation à grande échelle de l’IA générative

    Le NHS England a annoncé le déploiement de Microsoft 365 Copilot auprès de 505 000 cliniciens et personnels de soutien.

    Présentée comme “la plus vaste initiative de ce type dans le secteur de la santé”, l’opération vise à réduire la charge administrative, améliorer l’organisation des établissements et libérer du temps pour les soins. Cette décision s’inscrit dans la stratégie de transformation numérique du système de santé britannique, qui cherche à intégrer l’IA dans les activités quotidiennes des professionnels.

    Un pilote auprès de 30 000 agents à l’origine du déploiement

    La généralisation de l’outil repose sur un programme pilote conduit dans 90 organisations du NHS. Plus de 30 000 agents y ont participé, dans ce qui est présenté comme “le plus grand essai mondial d’IA générative” appliquée aux tâches administratives en santé.

    Selon le NHS England, les résultats font apparaître un gain moyen de 43 minutes par agent et par jour. Rapporté à une année complète, ce gain représente environ cinq semaines de travail récupérées par professionnel.

    200 000 utilisateurs dans les six premiers mois

    Le déploiement s’appuiera sur un programme d’intégration de douze mois. Le NHS prévoit d’équiper 200 000 utilisateurs au cours des six premiers mois avant d’étendre progressivement l’accès au reste des effectifs d’ici octobre 2026.

    Chaque établissement bénéficiera dans un premier temps d’environ 2 000 licences, destinées à amorcer l’adoption de l’outil dans les différents services.

    De multiples usages administratifs ciblés

    Microsoft 365 Copilot sera utilisé pour automatiser ou assister de nombreuses tâches administratives. Les cas d’usage identifiés incluent notamment :

    • la préparation des documents de sortie d’hospitalisation ;
    • la gestion des lits ;
    • la planification des équipes ;
    • la rédaction de comptes rendus de réunions ;
    • la production de documents de direction ;
    • la création de notes de synthèse ;
    • l’analyse de données ;
    • les activités liées aux ressources humaines, aux finances et aux achats.

    Copilot Studio pour développer des agents spécialisés

    Les organisations du NHS disposeront également de Copilot Studio, la plateforme permettant de créer des agents IA adaptés à des besoins spécifiques.

    Ces agents pourront être mobilisés pour automatiser certaines fonctions de support, traiter des réclamations, répondre à des demandes d’accès à l’information ou encore assister les équipes financières dans leurs analyses.

    Le NHS prévoit de développer certains agents au niveau national, tandis que les établissements conserveront la possibilité de créer leurs propres solutions adaptées à leurs contraintes locales.

    Pour encadrer ces développements, la plateforme Agent 365 devra garantir la conformité des agents créés avec les exigences de sécurité et les politiques organisationnelles du NHS.

    Un contrat estimé à 320 millions de livres

    Le NHS England n’a pas communiqué le montant du contrat conclu avec Microsoft. Plusieurs sources du secteur évoquent toutefois un accord pouvant atteindre 320 millions de livres sterling sur trois ans, sans confirmation officielle à ce stade.

    Cette annonce suscite également des réserves du côté des représentants du personnel. Le syndicat Unison a alerté sur le risque d’une utilisation de l’IA à des fins de gestion algorithmique des ressources humaines. L’organisation cite notamment la possibilité d’utiliser des indicateurs tels que la vitesse de saisie des notes cliniques pour évaluer la performance des professionnels.

     

  • Baromètre AFCROs 2026 : la France reste leader européen de la recherche clinique malgré un recul de 10 % des études en 2025

    L’activité de recherche clinique poursuit son recul en Europe

    L’activité de recherche clinique a continué de diminuer en Europe en 2025, prolongeant une tendance observée depuis la fin de la période Covid-19. Selon le Baromètre 2026 de l’AFCROs, cette contraction concerne l’ensemble des principaux pays européens et semble bénéficier aux États-Unis ainsi qu’à la région Asie-Pacifique.

    Parmi les facteurs avancés figurent la mise en œuvre des règlements européens sur les médicaments et les dispositifs médicaux, dont l’appropriation apparaît plus lente qu’anticipé, ainsi qu’une concurrence élevée d’autres régions du monde.

    La France conserve son leadershaip européen

    Avec 2 170 études cliniques recensées en 2025, la France demeure le premier pays européen en nombre d’essais, devant l’Italie (1 417 études), l’Espagne (1 400), le Royaume-Uni (1 170) et l’Allemagne (992). Les auteurs rappellent toutefois que les données 2025 demeurent provisoires et doivent être interprétées principalement en termes de classement.

    Cette position repose principalement sur la robustesse de la recherche académique française. Les études interventionnelles à promotion académique sont les seules à progresser en 2025, avec une hausse de 5 %, alors que les études à promotion industrielle diminuent de 20 %. Au total, les études académiques représentent désormais 75 % des études interventionnelles menées en France.

    Le nombre total d’études en France est passé de 2 402 en 2024 à 2 170 en 2025. La baisse est particulièrement marquée pour les études observationnelles à promotion académique (-18 %). L’AFCROs souligne qu’une partie de cette activité a pu être transférée vers des travaux exploitant les données du Health Data Hub, qui ne sont pas recensés dans ClinicalTrials.gov.

    Les dispositifs médicaux davantage touchés que le médicament

    Les études portant sur les dispositifs médicaux ont reculé de 15 % en 2025, contre 11 % pour les études sur les médicaments. Pour les dispositifs médicaux, la baisse concerne à la fois les études interventionnelles (-14 %) et observationnelles (-21 %).

    L’AFCROs relie cette évolution aux exigences croissantes des règlements européens sur les dispositifs médicaux et les dispositifs de diagnostic in vitro (MDR et IVDR), qui réduisent l’intérêt de certaines études observationnelles traditionnellement utilisées dans ce secteur.

    À l’inverse, dans le domaine du médicament, les études interventionnelles à promotion académique poursuivent leur progression alors que les essais industriels sont orientés à la baisse.

    Oncologie et maladies rares : des positions consolidées

    La France conserve également son leadership européen en oncologie. Tous types d’études, de produits et de promoteurs confondus, elle occupe la première place pour la sixième année consécutive avec 440 études recensées en 2025. Elle devance l’Italie (378 études) et l’Espagne (319).

    La même dynamique est observée dans les maladies rares. Avec 73 études enregistrées en 2025, la France reste en tête devant l’Italie (57) et l’Espagne (52), malgré un recul global de l’activité dans l’ensemble des pays européens.

    L’Espagne domine la recherche clinique industrielle

    La hiérarchie européenne est différente lorsqu’il s’agit des études à promotion industrielle. Pour la troisième année consécutive, l’Espagne occupe la première place avec 631 études en 2025, devant l’Allemagne (582), le Royaume-Uni (572) et la France (522).

    Selon l’AFCROs, cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large de déplacement des initiations d’essais cliniques du nord et de l’ouest de l’Europe vers les pays du sud, notamment l’Espagne, le Portugal et la Grèce.

    Accélérer la mise en œuvre des essais pour regagner en compétitivité

    Pour améliorer l’attractivité de la France dans les études à promotion industrielle, l’AFCROs identifie plusieurs leviers opérationnels :

    • Réduction des délais d’autorisation.
    • Ouverture plus rapide des centres investigateurs.
    • Et accélération de l’inclusion des patients.

    L’association cite notamment les dispositifs Fast-track et le contrat unique parmi les mécanismes susceptibles de renforcer la compétitivité française et estime que ces initiatives devraient être amplifiées.

    Au-delà du cadre réglementaire, elle souligne également l’importance de l’interopérabilité, de la mise en œuvre de l’Espace européen des données de santé, de l’adoption de codes de conduite harmonisés et d’un accès facilité aux financements pour les start-up.

    Ces conditions sont présentées comme des facteurs déterminants pour soutenir le développement industriel et l’accès aux thérapies innovantes.

     

  • Déserts médicaux : SKEMA et Université Côte d’Azur lancent un observatoire national

    Un outil de mesure de l’accès aux soins à l’échelle locale

    Alors que le Sénat examine la proposition de loi portée par le député Guillaume Garot visant à mieux répartir les médecins sur le territoire, SKEMA Business School et l’Université Côte d’Azur annoncent le lancement de l’Observatoire SKEMA-UniCA de l’accès aux soins.

    Développé dans le cadre de la Chaire Prévention et Accès aux Soins, créée par les deux institutions, cet observatoire se présente comme le premier dispositif national permettant de visualiser l’accessibilité de la population aux services de santé depuis le niveau national jusqu’à celui du quartier.

    Accessible librement au public, la plateforme agrège des données issues notamment de la Caisse nationale de l’Assurance maladie (CNAM), de l’Insee et de plusieurs bases publiques gouvernementales. Elle propose une cartographie détaillée de l’offre de soins aux niveaux national, régional, départemental, communal et infra-communal.

    Une couverture de 22 professions et services de santé

    Au total, 22 catégories de professionnels de santé sont intégrées à l’outil. Les utilisateurs peuvent analyser l’évolution de l’accès à trois grandes catégories de services :

    • Les professionnels de santé libéraux.
    • Les services hospitaliers, notamment les urgences et les établissements psychiatriques.
    • Les infrastructures et services essentiels tels que les pharmacies et les EHPAD.

    Selon les indicateurs, la profondeur historique des données peut atteindre quinze ans, permettant de suivre les évolutions territoriales dans le temps.

    Un outil d’aide à la décision pour les collectivités et les acteurs de santé

    Les porteurs du projet visent un usage opérationnel par les décideurs publics et les acteurs de terrain. Les collectivités locales peuvent identifier les spécialités médicales présentes ou absentes dans différents quartiers et comparer leur situation à celle de territoires similaires.

    Les Agences régionales de santé disposent d’un outil d’aide à la décision pour orienter la répartition des professionnels. Les opérateurs publics et privés peuvent, de leur côté, repérer les zones où l’implantation de nouvelles structures de santé apparaît prioritaire.

    Au-delà de la seule démographie médicale, les concepteurs de l’observatoire souhaitent promouvoir une lecture fondée sur l’analyse territoriale et la mesure objectivée de l’accès aux soins.

     

  • Étude : l’IA aide à cibler les patientes prioritaires pour les examens diagnostiques (Nature)

    Le délai médian avant biopsie est passé de 64 à 9 jours chez les patientes orientées vers cette filière accélérée, selon une étude* publiée le 18 mai dans npj Digital Medicine.

    Dans de nombreux programmes de dépistage du cancer du sein, toutes les femmes suivent globalement le même parcours après une mammographie de routine, alors que leur risque réel de développer un cancer varie fortement. Cette approche uniforme peut conduire à mobiliser les mêmes ressources pour des patientes présentant des niveaux de risque très différents, alors même que les capacités diagnostiques (consultations spécialisées, imagerie complémentaire ou biopsies) restent limitées.

    Plusieurs équipes travaillent donc sur des outils capables de mieux hiérarchiser les patientes afin de concentrer les examens les plus rapides sur celles qui ont le plus de chances de développer un cancer.

    Intégrer l’IA dans un parcours de dépistage du cancer

    C’est dans cette logique que s’inscrit Mirai, un modèle d’intelligence artificielle développé par le MIT pour estimer le risque futur de cancer du sein à partir d’une mammographie. Afin d’évaluer sa plus-value, des chercheurs intégré ce score de risque dans l’organisation des soins afin de savoir s’il pouvait accélérer l’accès aux examens diagnostiques chez les femmes identifiées comme les plus à risque.

    Les chercheurs ont testé leur approche au Zuckerberg San Francisco General Hospital, un hôpital public qui accueille une population souvent éloignée du système de soins. Après une mammographie de dépistage, les femmes identifiées comme les plus à risque étaient orientées vers un circuit accéléré leur permettant d’enchaîner rapidement les différentes étapes du diagnostic, parfois au cours d’une même journée, au lieu d’attendre plusieurs semaines entre chaque rendez-vous.

    Au total, quelque 4 145 mammographies ont été analysées. Parmi les femmes identifiées comme les plus à risque, 100 ont accepté d’intégrer ce circuit accéléré. Les chercheurs ont ensuite comparé leurs délais d’accès aux examens complémentaires et aux biopsies avec ceux observés chez des patientes comparables suivies selon l’organisation habituelle du dépistage.

    Les résultats de leur étude ont été publiés le 18 mai dans npj Digital Medicine.

    Résultats : le délai avant biopsie divisé par sept

    • 525 femmes (12,7 %) ont été identifiées comme présentant le risque le plus élevé et contactées pour rejoindre le programme accéléré.
    • 100 femmes ont accepté d’intégrer ce parcours prioritaire.
    • 78 % des participantes appartenaient à des minorités raciales ou ethniques.
    • 17 % n’avaient pas d’assurance maladie.
    • 94 % des participantes ont obtenu une interprétation de leur mammographie le jour même.
    • 26 patientes ont bénéficié d’une évaluation diagnostique le jour même de leur mammographie.
    • 9 jours, c’était le délai médian avant biopsie dans le programme accéléré, contre 64 jours dans le parcours habituel.
    • 1 heure : délai médian avant évaluation diagnostique, contre plusieurs semaines dans le parcours standard.

    Si les délais sont nettement raccourcis, l’intérêt de cette expérimentation ne réside pas seulement là-dessus. Un parcours accéléré permet logiquement d’obtenir plus vite une biopsie ou des examens complémentaires. La question est ailleurs : une IA peut-elle aider à identifier les patientes qui doivent bénéficier en priorité de ces ressources ? Les résultats suggèrent que cette approche est réalisable dans les conditions réelles d’un hôpital public accueillant une population diverse et souvent confrontée à des difficultés d’accès aux soins. Les auteurs estiment ainsi avoir démontré la « faisabilité d’un programme de dépistage guidé par l’IA » dans ce contexte particulier.

    Trier avec l’IA pour l’améliorer l’équité des soins

    Cette étude illustre aussi une évolution du rôle de l’IA en médecine. Pendant des années, les chercheurs ont surtout cherché à montrer que les algorithmes pouvaient lire les images médicales aussi bien, voire mieux, que les spécialistes. Une nouvelle génération de travaux s’intéresse davantage à l’organisation des soins. L’objectif n’est plus seulement de détecter une anomalie, mais d’aider à orienter les patients et à allouer des ressources limitées. Les auteurs soulignent d’ailleurs que leur travail montre comment l’IA peut être utilisée pour « améliorer l’équité et l’efficacité des soins » au-delà de ses seules performances diagnostiques. Reste à savoir si cette stratégie permettra de diagnostiquer les cancers plus tôt et d’améliorer, à terme, le pronostic des patientes. https://www.nature.com/articles/s41746-026-02743-x

    * Prospective deployment of AI-based risk stratification to enable expedited mammography workflow in a safety-net setting.

    Chung, M., Davis, E., Greenwood, H. et al.

    npj Digit. Med. (2026).

  • Télésurveillance : six startups dénoncent jusqu’à plusieurs années d’attente avant le remboursement de leurs solutions

    Des délais administratifs jugés incompatibles avec le rythme de l’innovation

    Nous apprenons, par Franceinfo, que les sociétés Biosency, CareLine Solutions, Implicity, Newcard, Resilience et Tilak Healthcare ont adressé le 11 juin un courrier à la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, pour dénoncer les délais d’accès au remboursement des dispositifs de télésurveillance médicale en France.

    Selon ces entreprises, plusieurs années peuvent s’écouler entre la validation clinique d’une solution et son inscription effective sur la liste des produits et prestations remboursables par l’Assurance maladie. Cette situation freine le déploiement de technologies dont l’efficacité a pourtant déjà été reconnu.

    Les signataires soulignent aussi que ces délais pénalisent les entreprises ayant investi dans la recherche et le développement, mais également les médecins prêts à prescrire ces solutions et les patients susceptibles d’en bénéficier.

    L’exemple d’Implicity

    Parmi les entreprises signataires figure Implicity, spécialisée dans la télésurveillance des patients porteurs de dispositifs cardiaques implantables, notamment les pacemakers.

    Son fondateur, le cardiologue Arnaud Rosier, indique que l’entreprise a obtenu en septembre 2024 un avis favorable de la Haute Autorité de santé par rapport aux technologies existantes. Malgré cette reconnaissance clinique, la société a ensuite attendu près de 600 jours avant l’inscription administrative permettant le remboursement de sa solution.

    Pour l’entrepreneur, cette situation illustre les difficultés rencontrées par un écosystème français pourtant reconnu pour ses compétences médicales, scientifiques et technologiques.

    Un potentiel encore sous-exploité

    Les entreprises rappellent que la télésurveillance médicale demeure peu déployée dans certains domaines. Parmi les 600 000 patients porteurs d’une prothèse cardiaque en France, seuls 25 % bénéficieraient aujourd’hui d’un suivi à distance.

    Les entreprises mettent en avant plusieurs exemples d’usages de la télésurveillance. Dans le cas de l’insuffisance rénale, un suivi à distance pourrait repousser de plusieurs années l’entrée en dialyse. Pour les patients sous chimiothérapie, il pourrait permettre d’identifier plus précocement certains effets indésirables et d’éviter des réhospitalisations.

    Selon les signataires, une généralisation plus rapide de ces dispositifs permettrait d’améliorer le suivi des patients, et de réduire certaines dépenses évitables pour l’Assurance maladie.

     

  • Assistants IA : quand le contexte humain échappe aux algorithmes

    Les tâches transactionnelles offrent les cas d’usage les plus matures

    Deux types d’interactions peuvent être distingués.

    • D’un côté, les échanges transactionnels, comme la prise de rendez-vous, la vérification d’informations ou certaines démarches administratives, reposent sur des données déjà disponibles dans les systèmes de l’établissement.
    • De l’autre, les interactions cliniques et relationnelles mobilisent davantage le contexte humain.

    Les premiers usages se prêtent davantage à l’automatisation. Dans certaines organisations, des agents vocaux sont capables d’identifier un traitement à partir d’informations incomplètes fournies par un patient après consultation de son dossier médical, puis de traiter la demande sans intervention humaine.

    Les limites apparaissent dans les situations cliniques complexes

    Cette approche montre ses limites lorsque l’évaluation repose sur des éléments implicites. En psychiatrie et en santé comportementale, les hésitations, les variations d’affect ou la relation thérapeutique construite dans le temps participent à l’interprétation clinique sans être formalisées dans le dossier médical.

    L’enjeu ne réside donc pas uniquement dans l’accès aux données du patient, mais aussi dans l’absence d’informations permettant de représenter la relation patient-soignant et les nuances qui influencent la prise de décision.

    Les solutions spécialisées répondent mieux aux contraintes métiers

    Les outils généralistes peinent parfois à prendre en compte les spécificités de certaines spécialités. Les scribes IA illustrent cette limite. Si un système peut identifier la durée d’une consultation et proposer un code de facturation, certaines situations nécessitent de distinguer plusieurs actes réalisés au cours d’une même séance.

    Les solutions conçues pour des disciplines spécifiques parviennent davantage à structurer la documentation clinique selon les exigences de codage, de facturation et de suivi. Les besoins diffèrent en outre selon les psychiatres, psychologues ou thérapeutes, ce qui renforce l’intérêt d’approches adaptées aux pratiques de chaque profession.

    La valeur d’un système dépend aussi de sa capacité à interagir avec les logiciels métiers. Une première catégorie d’agents collecte des informations avant de transmettre la demande à un professionnel. Une seconde est capable d’agir directement dans les applications de l’établissement : agenda, assurance, création de dossier ou prise de rendez-vous.

    La différence est déterminante : dans un cas, l’IA assiste le workflow ; dans l’autre, elle le réalise jusqu’à son terme.

    Les projets les plus performants reposent moins sur la sophistication des modèles que sur une définition précise des usages visés, des spécialités concernées et du niveau d’intégration recherché dans les workflows existants.

     

  • Anthropic met sur le marché son modèle (Claude Fable 5) le plus performant

    Anthropic lance Claude Fable 5 (à 10 $ par million de tokens) et réserve Mythos 5 aux acteurs de la cybersécurité

    Anthropic a annoncé, le 9 juin 2026, le lancement de Claude Fable 5, un nouveau modèle de la famille Mythos présenté comme le plus performant jamais rendu accessible au grand public par l’entreprise.

    Selon Anthropic, le modèle obtient les meilleurs résultats sur une large gamme de benchmarks évaluant les capacités des systèmes d’intelligence artificielle, notamment en ingénierie logicielle, analyse documentaire, vision par ordinateur et recherche scientifique.

    En parallèle, l’entreprise dévoile Claude Mythos 5, une version destinée dans un premier temps à un groupe restreint d’organisations intervenant dans les domaines de la cybersécurité et des infrastructures critiques.

    Anthropic indique que l’augmentation des capacités du modèle s’accompagne de risques dans la cybersécurité.

    Pour limiter les usages malveillants, certaines requêtes jugées sensibles sont automatiquement redirigées vers Claude Opus 4.8. L’entreprise explique avoir privilégié une approche prudente afin de permettre un déploiement rapide de Fable 5 tout en conservant des contrôles supplémentaires sur certains usages.

    Selon Anthropic, ces mécanismes concernent moins de 5 % des sessions en moyenne, même s’ils peuvent occasionnellement conduire au rejet de demandes légitimes.

    Mythos 5 déployé dans le cadre du programme Project Glasswing

    Claude Mythos 5 repose sur la même architecture que Fable 5 mais bénéficie d’un assouplissement de certaines restrictions.

    Le modèle est déployé dans le cadre de Project Glasswing, un programme conduit avec le gouvernement américain. Il succède à Claude Mythos Preview.

    Anthropic affirme que Mythos 5 dispose des capacités de cybersécurité les plus avancées parmi les modèles actuellement disponibles. Un programme d’accès élargi à destination d’utilisateurs de confiance doit être lancé dans les prochains mois.

    Des résultats mis en avant en ingénierie logicielle

    Anthropic souligne les performances de Fable 5 dans les tâches de développement logiciel. Lors des tests, Stripe rapporte avoir utilisé le modèle pour mener en une journée la migration complète d’une base de code Ruby de 50 millions de lignes. Selon l’entreprise, une telle opération aurait nécessité plus de deux mois de travail pour une équipe d’ingénieurs.

    Analyse documentaire et raisonnement

    Les performances du modèle sont également mises en avant dans les activités de traitement de l’information. Sur le benchmark financier développé par Hebbia, consacré au raisonnement de niveau senior, Fable 5 obtient les meilleurs résultats grâce à ses capacités d’analyse documentaire, d’interprétation de tableaux et de résolution de problèmes complexes.

    Vision par ordinateur et gestion de contextes étendus

    Anthropic présente Fable 5 comme son modèle le plus performant en vision par ordinateur. Le système serait capable d’extraire des données à partir de figures scientifiques complexes et de reconstituer le code source d’une application à partir de captures d’écran.

    L’entreprise met également en avant des progrès dans la gestion de contextes longs. Fable 5 pourrait maintenir sa cohérence sur plusieurs millions de tokens et améliorer ses performances grâce à l’utilisation d’une mémoire persistante sous forme de fichiers.

    Anthropic affirme que Mythos 5 a permis d’accélérer certaines étapes de conception de médicaments d’un facteur proche de dix.

    Le modèle serait en mesure d’exécuter de manière autonome plusieurs tâches habituellement réalisées par des chercheurs, notamment la sélection de sites de liaison, l’utilisation d’outils de bio-informatique ou la gestion d’échecs expérimentaux.

    Dans une étude interne portant sur 14 cibles protéiques, neuf auraient permis l’identification de candidats jugés prometteurs pour le développement de nouveaux traitements.

    Anthropic indique également que Mythos 5 peut formuler des hypothèses inédites en biologie moléculaire. Lors d’évaluations en aveugle, ses propositions auraient été préférées à celles de modèles de la famille Opus dans environ 80 % des cas.

    Une expérimentation autonome en génomique

    L’entreprise rapporte enfin une expérience de recherche conduite pendant plus d’une semaine de manière largement autonome.

    Selon Anthropic, le modèle a agrégé des données unicellulaires couvrant plusieurs millions de cellules issues de 138 espèces animales avant de développer son propre modèle de machine learning pour identifier des cellules partageant des fonctions biologiques similaires. Le modèle obtenu aurait surpassé une méthode récemment publiée dans la revue Science tout en étant cent fois plus compact.

    Un tarif réduit par rapport à Mythos Preview

    Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 sont proposés au prix de 10 dollars par million de tokens en entrée et 50 dollars par million de tokens en sortie. Anthropic indique que ce niveau tarifaire représente moins de la moitié du coût appliqué jusqu’à présent à Claude Mythos Preview.

     

  • Innovation en santé : le Think Tank Santé Société appelle à une gouvernance nationale pour éviter la dispersion des initiatives

    L’innovation ne manque pas, son déploiement reste insuffisant

    Dans sa recommandation 2026, le Think Tank Santé Société défend l’idée que l’innovation peut constituer un levier de transformation du système de santé, à condition qu’elle soit intégrée dans une stratégie cohérente et pilotée à l’échelle nationale. Face aux tensions démographiques, épidémiologiques et financières qui pèsent sur le système, le groupe considère que l’enjeu n’est plus seulement de produire des innovations, mais de les orienter, les financer, les évaluer et les diffuser.

    Le document souligne que de nombreuses innovations existent déjà, qu’elles soient thérapeutiques, numériques, organisationnelles ou liées à l’IA. Leur impact demeure toutefois limité lorsque les parcours de soins restent fragmentés ou lorsque les patients concernés n’y accèdent pas.

    Diabète, hypertension et insuffisance rénale : trois exemples de décalage entre innovation et résultats

    Le rapport s’appuie sur trois maladies chroniques pour illustrer ce constat.

    Dans le diabète, les progrès technologiques ont été importants, avec notamment les capteurs de glucose en continu, les pompes à insuline connectées et de nouvelles classes thérapeutiques. Pourtant, les amputations et les complications podologiques restent à un niveau élevé.

    Le même constat est dressé pour l’hypertension artérielle. Malgré des traitements efficaces, un hypertendu sur deux ignore sa maladie et seul un patient sur quatre bénéficie d’un contrôle satisfaisant de sa pression artérielle. Le rapport appelle à renforcer la prévention, le dépistage, l’éducation thérapeutique et l’adhésion aux traitements.

    Concernant l’insuffisance rénale chronique, les innovations thérapeutiques permettent désormais de ralentir l’évolution vers le stade terminal. Mais six millions de personnes seraient concernées, souvent sans diagnostic. Les auteurs estiment que la priorité est désormais organisationnelle : repérage des patients à risque, dépistage et accès aux traitements.

    Une vision élargie de l’innovation

    Le Think Tank défend une définition large de l’innovation en santé. Celle-ci ne se limite pas aux médicaments ou aux dispositifs médicaux. Elle englobe également les organisations de soins, les services numériques, la télésanté, l’intelligence artificielle, l’éducation thérapeutique ou encore les nouvelles formes de coopération entre acteurs.

    Le rapport insiste également sur la nécessité d’éviter l’empilement des dispositifs. Une innovation n’a d’intérêt que si elle remplace ou transforme des pratiques devenues obsolètes et s’intègre dans une chaîne de valeur cohérente.

    Onze conditions pour transformer le système

    Pour faire de l’innovation un levier de transformation, les auteurs identifient plusieurs priorités d’action.

    La première consiste à renforcer les capacités de prospective. Le rapport propose de structurer la veille existante au sein d’une instance capable d’identifier les tendances et d’anticiper les impacts organisationnels des innovations. Il cite notamment le programme OSE 2050, lancé en mars 2026 pour explorer les futurs possibles de l’offre de santé.

    Le Think Tank appelle également à hiérarchiser les priorités et à fixer des objectifs mesurables, en s’appuyant sur une stratégie nationale de santé et une programmation pluriannuelle. Selon ses membres, cette visibilité est indispensable pour orienter les investissements, la recherche et l’évaluation.

    Parmi les autres recommandations figurent :

    • Une transparence des données et des indicateurs de performance.
    • Le développement d’un véritable management de l’innovation dans les établissements.
    • La simplification et l’accélération du dispositif d’expérimentation Article 51.
    • La refonte de la nomenclature des actes médicaux afin de mieux valoriser les pratiques pertinentes.
    • L’évaluation des innovations à l’échelle européenne.
    • L’intégration de la soutenabilité financière parmi les critères de décision.
    • Le renforcement de la souveraineté industrielle et technologique.

    Accélérer le passage à l’échelle

    Le document souligne que le principal défi réside désormais dans le déploiement des innovations validées. Les auteurs citent notamment le dispositif Article 51, qui a permis le dépôt de 1 264 projets depuis 2018, dont 158 ont été autorisés et 66 menés à leur terme. Malgré ces résultats, la généralisation des expérimentations jugées concluantes reste lente.

    Pour le Think Tank, l’innovation ne pourra produire ses effets qu’à travers une transformation plus profonde des organisations, des modes de financement et de la coordination des parcours. Le rapport conclut que la soutenabilité du système de santé dépendra moins de l’accumulation de solutions isolées que de la capacité collective à les intégrer dans une stratégie de long terme.