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  • Capital-risque : les levées de fonds françaises chutent de 35 % au premier semestre 2025, au plus bas depuis 2019 (EY)

    Un recul inédit depuis six ans (- 24% en volume)

    Selon la dernière étude publiée par EY, le capital-risque en France enregistre un repli sur les six premiers mois de 2025. Au total, 314 start-up ont levé 2,8 milliards d’euros, en baisse de 35 % en valeur et de 24 % en volume par rapport à la même période en 2024. Un niveau inédit depuis 2019. La baisse touche désormais tous les segments, y compris les tours de table inférieurs à 10 millions d’euros, qui restaient jusqu’à présent épargnés par le ralentissement.

    Top 5 des plus grosses opérations (Nabla en 5ème position)

    Le classement des levées de fonds met en tête Knave et Alice&Bob avec 100 millions d’euros chacun, suivis par Pennylane (75 M€), Wandercraft (66 M€) et Nabla (61 M€).

    IA générative : moteur des 891 M€ levés en France

    Le secteur des logiciels domine toujours, avec 891 millions d’euros levés. Si cette performance reste fragile avec une baisse de 39 % des montants investis, le volume des opérations est en hausse (+57 %), représentant 38 % du total tous secteurs confondus. Cette dynamique s’explique par la multiplication des projets liés à l’intelligence artificielle générative et agentique. Les Greentech occupent la deuxième place avec 515 millions d’euros levés (-54 % en valeur, volume stable). Les Fintech ferment le podium avec 487 millions d’euros, en hausse de 53 % en valeur malgré une baisse de 23 % en volume.

    L’Île-de-France concentre les investissements (74%), la France dépassée en Europe, le UK en tête

    Dans un contexte de raréfaction des financements, l’Île-de-France concentre désormais 74 % des montants levés. L’Occitanie (7 %) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (4,8 %) complètent le trio de tête. Sur le plan européen, la France recule. Avec 2,8 milliards d’euros levés, elle perd sa place de leader au profit de l’Allemagne, qui enregistre 3,6 milliards d’euros malgré une légère baisse de 2 %. Le dynamisme du Growth Equity allemand (+17 % en valeur) explique en partie cet écart, alors que les opérations supérieures à 100 millions d’euros chutent de 87 % en France. Le Royaume-Uni reste largement en tête avec 7,4 milliards d’euros levés, malgré un recul de 12 % en valeur et de 36 % en volume.

    Dans un climat économique incertain, la contraction du capital-risque en France pourrait se prolonger. Certains secteurs comme les logiciels ou les technologies basées sur l’IA conservent un pouvoir d’attraction qui pourrait favoriser un rebond.

  • États des lieux du numérique en santé en Afrique subsaharienne : focus sur le Sénégal, le Rwanda et l’Afrique du Sud

    État des lieux du numérique en santé au Rwanda

    Un pays avec 45 000 agents de santé connectés :

    Avec plus de 45 000 agents de santé communautaires, équipés de téléphones mobiles ou de tablettes pour collecter les données de santé des patients lors de leurs différentes interactions (consultations, urgences, etc…) et assurer un suivi des patients jusqu’au niveau des villages, le Rwanda est l’un des systèmes de santé numérique les plus matures d’Afrique. Dans un récent rapport de Iqvia, le cabinet de conseil le considère comme “un système de santé digital très avancé au niveau continental”.

    Ce statut a notamment été permis grâce à des investissements dans les télécommunications qui font qu’aujourd’hui 99 % du territoire est couvert en 4G, alors que seulement 62 % l’était en 2016. Le Rwanda déploie également la 5G et a récemment ouvert le marché à de nouveaux opérateurs pour stimuler la concurrence et l’accessibilité. Cette quasi-ubiquité du réseau mobile est un atout majeur pour les services de santé numériques, y compris dans les zones rurales les plus reculées. Pour renforcer ce statut, le pays a également instauré une carte d’identité nationale obligatoire dès 16 ans pour tous les citoyens, ce qui facilite grandement l’identification des patients dans les systèmes d’information. Parallèlement, un régime d’assurance maladie universelle couvre la majorité de la population, contribuant à améliorer la tenue des dossiers médicaux et à réduire les erreurs liées à l’identification des patients.

    Plusieurs plans stratégiques e-santé mis en place :

    Le gouvernement rwandais fait preuve d’un engagement politique fort en faveur de la e-santé. Sa vision stratégique pour un système de santé technologiquement avancé s’est traduite par l’élaboration de stratégies nationales dédiées. La plus récente est le « Rwanda eHealth Strategic Plan 2018–2023 », un plan stratégique qui cadre le développement du numérique en santé sur cinq ans. Ce plan, et les précédents, fixent des objectifs concrets et des échéances, garantissant une feuille de route claire pour la transformation digitale du secteur.

    En matière de gouvernance, le Rwanda bénéficie d’une administration efficace et stable, créant un terrain favorable à la réussite des initiatives numériques. Toujours dans le récent rapport d’Iqvia sur l’avancée du numérique en santé en Afrique, le Rwanda est l’un des pays affiche parmi les meilleurs scores africains en efficacité gouvernementale et en stabilité politique, ce qui rassure les investisseurs et partenaires extérieurs. Ce contexte de bonne gouvernance a permis d’aligner les acteurs publics et privés sur les priorités e-santé et de mobiliser les financements nécessaires de manière coordonnée.

    Par ailleurs, les partenariats internationaux et la coopération jouent un rôle important dans la gouvernance du numérique en santé. Le Rwanda a su collaborer avec de nombreux bailleurs et organismes mondiaux pour soutenir ses projets digitaux. Des organisations comme Partners in health, Gavi (alliance du vaccin), le Fonds mondial ou USAID ont apporté un appui technique et financier significatif aux initiatives de e-santé rwandaises. Ces collaborations s’inscrivent dans la gouvernance du secteur, le gouvernement définissant les priorités tandis que les partenaires contribuent au renforcement des capacités et des ressources.

    Plusieurs infrastructures propices au développement du numérique en santé :

    En plus d’une infrastructure télécom robuste (couverture nationale en haut débit mobile 4G/5G), plusieurs composantes essentielles de l’infrastructure numérique en santé sont en place au Rwanda, ce qui explique le haut niveau de maturité du pays :

    Parmi ces infrastructures, le Rwanda a implanté de longue date des systèmes informatiques de gestion des données de santé. Notamment, dès 2012 le pays a adopté au niveau national la plateforme DHIS2 (District Health Information Software 2), très répandue à travers le monde pour la collecte et le suivi des indicateurs sanitaires. En parallèle, un dossier médical électronique national unifié a été mis en place il y a plus de dix ans : le Rwanda Health Information Exchange (RHIE). Cette plateforme d’échange de données cliniques a d’abord été déployée pour les services de maternité et de pédiatrie, et elle permet aujourd’hui de rendre les antécédents médicaux des patients accessibles instantanément aux professionnels de santé habilités sur tout le territoire. Le RHIE sert de colonne vertébrale au système d’information sanitaire rwandais, facilitant l’interopérabilité et la communication entre établissements de santé.

    L’infrastructure e-santé profite également de l’identifiant unique national (la carte d’identité à 16 ans) couplé au numéro d’adhérent aux Mutuelles de Santé. Ces outils permettent de lier sans ambiguïté chaque dossier médical à un patient, améliorant la qualité et la fiabilité des données. Ils réduisent les doublons et erreurs d’identification, un aspect fondamental pour le bon fonctionnement des applications numériques en santé.

    Un autre progrès majeur a été récemment accompli en matière d’interopérabilité : en 2022, le Rwanda a intégré le registre électronique des vaccinations avec le système d’enregistrement des naissances (état civil numérique), ce qui représente un jalon important vers des systèmes interconnectés. Cette intégration signifie qu’à la naissance d’un enfant, les informations sont automatiquement partagées avec le registre vaccinal, améliorant le suivi des immunisations. C’est un exemple concret de connectivité entre bases de données de santé autrefois siloées. D’une manière générale, le Rwanda cherche à harmoniser ses différents SIH (dont DHIS2, OpenMRS, etc…), afin d’assurer un échange fluide des données médicales à l’échelle nationale.

    Encore plusieurs barrières à une adoption massive du numérique en santé :

    Malgré de nombreuses avancées, la numérisation du système de santé rwandais bute sur de nombreux obstacles structurels et d’appropriation. Côté infrastructure et organisation, malgré une couverture mobile théorique de près de 100 %, la connexion Internet reste limitée et très inégale, surtout en zones rurales. Le déploiement national de plateformes (comme e-Ubuzima) exige des investissements lourds (environ 25 ordinateurs et une connexion stable par centre) souvent absents dans les dispensaires. Par ailleurs l’alimentation électrique rurale est instable et le coût des communications (SMS, data) reste élevé, freinant par exemple des programmes communautaires de santé mobile. Sur le plan financier et du point de vue de la gouvernance, le Rwanda a certes élaboré des stratégies e-santé et un régime d’assurance-maladie universel, mais la durabilité des projets dépend encore de financements extérieurs et d’une coordination public/privé perfectible (manque de soutien à long terme).

    Côté adoption, le principal frein est le faible niveau de littératie numérique parmi les utilisateurs. De nombreux soignants (notamment plus âgés) ne sont pas formés aux outils digitaux. En tout, près de cinq millions de Rwandais manquent des compétences informatiques requises pour utiliser les plateformes numériques, indique une récente enquête publiée par Global dev. Cette absence de compétences, jointe parfois à la méfiance envers les nouvelles technologies ou à l’augmentation perçue des tâches administratives, ralentit fortement l’appropriation des outils digitaux par le personnel médical et les patients. Malgré une volonté politique forte, la numérisation de la santé au Rwanda reste donc freinée par des insuffisances d’infrastructure (connectivité, électricité, matériel), de financement coordonné et de gouvernance, ainsi que par un manque de formation et d’acceptabilité chez les acteurs de terrain.

    État des lieux du numérique en santé en Afrique du Sud

    Une stratégie nationale bien développée :

    Sixième pays le plus peuplé d’Afrique avec 63 millions d’habitants, l’Afrique du Sud est un pays dans lequel le système de santé est dual : le secteur public prend en charge la grande majorité de la population (environ 71,5 % de la population), tandis que le privé dessert essentiellement “l’élite” (10,1 millions de personnes couvertes par des mutuelles privées, soit environ 26 % des ménages).

    Pour ce qui est du numérique, les derniers chiffres montrent que plus de trois quarts de la population du pays a un accès à internet, et la grande majorité des habitants possède un abonnement mobile. Ces taux élevés créent un potentiel pour le numérique en santé, dont une première stratégie nationale a été adoptée dès 2019 : la stratégie nationale de santé numérique 2019–2024 (NDHS) élaborée par le ministère de la Santé (NDoH). Cette stratégie vise à exploiter les technologies numériques pour soutenir la couverture santé universelle et améliorer l’accès aux soins.

    La stratégie propose de renforcer le leadership et la gouvernance aux niveaux national, provincial et local. Par exemple, des structures de pilotage spécialisées (comités techniques, comités par province) sont prévues pour coordonner l’e-santé. Le cadre réglementaire existant comprend déjà la Normes Normatives de Santé (HNSF) de 2014 – un référentiel d’interopérabilité e-santé national -, ainsi que des lois générales telles que la Protection of Personal Information Act (POPIA) sur la confidentialité des données. La NDHS entend étendre ces cadres (notamment l’architecture d’information nationale). Elle prévoit aussi un système d’identifiant patient unique pour faciliter le partage sûr des données de santé. Ces politiques s’inscrivent dans le contexte plus large de la réforme « National Health Insurance » (NHI) qui vise à unifier financement et soins pour tous. En somme, les orientations institutionnelles mettent l’accent sur les standards ouverts et l’interopérabilité, et envisagent des partenariats public-privé pour financer le déploiement numérique.

    De nombreux outils numériques utilisés pour le secteur de la santé :

    Comme pour le Rwanda, le système d’information sanitaire sud-africain s’appuie sur plusieurs outils numériques. Au niveau national, le DHIS2 est largement déployé pour la collecte et l’agrégation des données de santé (statistiques, vaccins, ressources humaines, etc.). DHIS2 est, en effet, « la plateforme de référence utilisée dans 51 pays africains », et l’Afrique du Sud a intégré via ce système des registres comme celui des ressources humaines (RH) en santé avec une interface FHIR. Pour la tenue de dossiers médicaux électroniques, le pays utilise notamment la plateforme OpenMRS (Open Medical Record System), qui permet de concevoir des dossiers adaptés à divers besoins (VIH, tuberculose, soins primaires…). En pratique, des hôpitaux et cliniques ont aussi adopté Bahmni, une suite basée sur OpenMRS pour la gestion hospitalière (images médicales, laboratoire, pharmacie, facturation)eprints.lse.ac.uk. Par exemple, Bahmni a été utilisé dans le projet EndTB pour suivre des traitements complexes de tuberculose résistanteeprints.lse.ac.uk.

    Du côté de l’interopérabilité, celle-ci est encadrée par des normes définies (HL7 FHIR, IHE, SNOMED, LOINC). La NDHS indique explicitement que les systèmes nationaux existants (HNSF 2014) seront étendus pour assurer le partage sécurisé de l’information sanitaire. Une gouvernance technique est également mise en place pour faire communiquer entre eux les DME hospitaliers, le système de statistiques DHIS2 et les applications mobiles.

    De nombreux impacts positifs observés, malgré quelques obstacles encore persistants :

    Les outils numériques commencent à porter leurs fruits bien que leur déploiement complet prenne encore du temps. Parmi les succès mesurables, on retrouve notamment l’impact sur la santé maternelle. En effet, la solution MomConnect a eu un effet significatif dans le pays. Une étude réalisée par le gouvernement sud-africain montre que 96 % des utilisatrices ont réalisé au moins 4 visites prénatales (contre 76 % en moyenne avant le programme). Elle a aussi permis au taux de vaccination des nouveau-nés d’augmenter (89 % des nourrissons recevaient au moins 6 vaccins à 6 semaines, contre environ 75 % auparavant), ce qui contribue directement aux objectifs de réduction de la mortalité maternelle et infantile du pays.

    Selon plusieurs analyses, l’adoption des technologies digitales en Afrique du Sud permettrait un gain d’efficacité d’environ 15 % d’ici 2030. Et même si l’évaluation chiffrée manque encore, la dernière stratégie nationale du numérique en santé publiée indiquait que la mise en place de DME et de services mobiles conduirait à un allègement de certaines tâches administratives (dossiers électroniques remplaçant le papier, rendez-vous par SMS) et a une accélération de la circulation des informations entre établissements.

    Mais malgré une stratégie nationale avancée, l’Afrique du Sud fait face à plusieurs freins à la numérisation de la santé : fragmentation des systèmes entre secteurs public et privé, disparités d’accès au numérique dans les zones rurales, manque de personnel formé aux outils digitaux, et faible interopérabilité entre plateformes. La gouvernance reste complexe, avec des compétences partagées entre niveaux national et provincial. Enfin, comme dans de nombreux pays, d’Afrique ou non, l’adoption reste freinée par une faible littératie numérique parmi certains professionnels de santé et patients, ainsi que par des préoccupations persistantes autour de la confidentialité des données et de la cybersécurité.

    État des lieux du numérique en santé au Sénégal

    Des initiatives interessantes pour le développement du numérique en santé :

    Alors que de nombreux indicateurs de santé sont préoccupants au Sénégal – mortalités infantile et néonatale importantes, fortes inégalités en ce qui concerne la répartition des professionnels de santé qui sont concentrés à Dakar… – le pays dispose d’une stratégie nationale de santé digitale robuste. Ce “plan stratégique santé digitale 2018–2023“, qui était piloté par le ministère de la Santé (MSAS), visait notamment à améliorer l’équité d’accès aux services de santé et à faciliter la couverture sanitaire universelle. Ce plan, qui est le dernier en date dans le pays, incluait de nombreuses priorités telles que la télémédecine, l’innovation technologique des bases de données et les applications mobiles pour réduire la mortalité maternelle, infantile, et combattre le paludisme et les maladies transmissibles. Un de ses objectifs clés était de faciliter la collecte de données sanitaires en temps réel pour une prise de décision éclairée et d’améliorer les indicateurs de performance du secteur.

    Pour venir compléter ce plan, les autorités sénégalaises ont récemment (en avril 2025) annoncé l’élaboration d’un projet de loi sur la santé numérique, dans le cadre du “New Deal Technologique”. Ce texte visera à encadrer l’usage des technologies médicales et à protéger les données de santé (télémédecine, e-identité médicale, cybersécurité). Il prévoit notamment la création d’un dossier patient numérique (DPN) national, qui centraliserait les données médicales des citoyens pour améliorer le suivi personnalisé des patients et la coordination entre professionnels de santé. L’approche est inclusive (consultation des professionnels de santé, société civile) pour bâtir un cadre réglementaire robuste, garantissant l’éthique et la souveraineté des données.

    Des infrastructures numériques en forte progression :

    Le Sénégal bénéficie d’une couverture mobile et internet en forte progression. Début 2023, 58,1 % de la population sénégalaise utilisait internet (10,19 millions d’internautes pour 18 M d’habitants) et le nombre de connexions mobiles actives dépassait la population (20,13 millions de SIM, soit 114,8 %). Les débits moyens sont élevés pour la région – environ 23 Mbps en mobile et 22 Mbps en fixe – ce qui facilite les solutions e-santé (télémédecine, e-learning, etc.).

    Sur le plan des systèmes d’information sanitaire, le MSAS a mis en place un système national intégré de gestion des données : depuis 2014, la division du système d’information sanitaire et sociale gère une plateforme centralisée de remontée et d’analyse des données sanitaires. De plus, le développement de dossiers de santé électroniques est en cours. Par exemple, un “passeport santé digital” (identité biométrique du patient et QR code) a été testé dans le cadre de projets pilotes, dont un lors de la pandémie du Covid-19.

    Du côté de l’interopérabilité, les ministres en charge de la santé dans le pays ont souligné l’importance de l’harmonisation des normes entre acteurs publics/privés pour garantir une interopérabilité efficace. En parallèle, la création du Répertoire national de l’état civil (RNEC) et la numérisation des actes d’état civil facilitent l’identification unique des patients, préparant le terrain pour un identifiant sanitaire national.

    De nombreux bénéfices ressortent de la mise en place des plans récents :

    Les retours d’expérience montrent que le numérique apporte des gains en termes d’accès, d’efficacité et de qualité des soins. La solution de télémédecine Telewer illustre ces bénéfices : les patients consultent à distance (gain de temps et d’argent, spécialités rares accessibles), reçoivent leur diagnostic et ordonnance en ligne, ce qui améliore la prise en charge en zone rurale et désengorge les structures urbaines. D’autres projets ont également renforcé l’accès des femmes enceintes à l’aide médicale, même sans connexion Internet, et permis un accompagnement plus personnalisé. L’application Wergu a, par exemple, permis de simplifier la recherche de médicaments et pharmacies, répondant à un besoin majeur pour les patients chroniques en zone urbaine.

    Au niveau du système, on constate depuis plusieurs années une meilleure collecte et exploitation des données de santé. Alors que le PSSD 2018–2023 demandait explicitement de faciliter la remontée “en temps réel” les données sanitaires pour éclairer les décisions, les premiers indicateurs montre une amélioration de la complétude des rapports DHIS2, bien que des audits récents soulignent encore des faiblesses (maîtrise des outils informatiques et fiabilité des données) nécessitant plus de formation. De même, la numérisation des paiements dans l’assurance maladie universelle (CMU) contribue à augmenter la couverture tout en contrôlant les dépenses. Enfin, la perspective d’un “dossier patient numérique national” préfigure des impacts futurs : en centralisant les données médicales, il devrait rendre les parcours de soins plus fluides et efficaces, renforcer la coordination entre structures et offrir un suivi continu des patients, et donc une meilleure qualité de soins. Même si les défis restent nombreux (formation du personnel, couverture internet complète, intégration des initiatives privées), le Sénégal tente de tirer parti de son contexte mobile pour bâtir un système de santé plus réactif et équitable.

  • Afrique du Sud : 200 start-ups medtech accélèrent l’accès aux soins

    E-Santé : Plus de 3 millions de Sud-Africains déjà connectés

    Dès 2019, l’Afrique du Sud met en œuvre la première stratégie nationale de santé numérique du continent, articulée autour de la réduction du coût des soins et de la démocratisation de l’accès, avec un accent sur les dossiers médicaux électroniques (EHR) et la télémédecine.

    Près de 1 milliard de rands ont été investis entre 2020 et 2024 pour moderniser les infrastructures, former les professionnels et sécuriser les échanges de données. La stratégie prévoit l’uniformisation du système public pour que chaque citoyen dispose, d’ici 2025, d’un EHR unique, partagé et protégé. Déjà, plus de 3 millions de patients sont enregistrés dans les provinces pilotes de Gauteng et du Western Cape. L’objectif est de rendre la santé sud-africaine 100% interopérable, du smartphone jusqu’aux grands hôpitaux, posant un cadre de de référence pour l’ensemble du continent.

    +200 start-ups et 56 % des soins digitaux portés par les medtechs

    L’écosystème « healthtech » sud-africain compte désormais plus de 200 start-up et hubs actifs, accélérés par des incubateurs tels que mLab, BioPark ou l’initiative public/privé LifeQ. Porté par un modèle hybride : pilotage par l’État, financement croisé et innovation privée.

    Pilotage & gouvernance :

    • Ministère de la Santé : coordinateur national de la stratégie, responsable des standards et du pilotage institutionnel.
    • NHISSA (National Health Information System South Africa) : gestion des données et implémentation de l’architecture nationale des systèmes d’informations.
    • CSIR (Council for Scientific and Industrial Research) : validation, R&D et appui à la sécurisation des innovations.

    Ecosystème d’innovation :

    • mLab, BioPark, LifeQ : incubateurs et hubs technologiques qui accompagnent, accélèrent et fiabilisent la montée en puissance des jeunes pousses.
    • Universités (University of Cape Town, etc.) : partenaires de formation, de recherche et d’intégration de l’innovation dans la pratique médicale.

    Plusieurs start-ups se sont imposées comme des acteurs de la santé numérique :

    • RecoMed : fondée par Sheraan Amod, cette plateforme de réservation médicale dépasse les 100 000 consultations mensuelles. Son partenariat avec Kaelo Health permet un accès rapide à des consultations virtuelles à moindre coût.
    • Impulse Biomedical : la start-up a conçu le ZiBiPen, un auto-injecteur pour les allergies graves, vendu deux fois moins cher que les solutions existantes. Soutenue par Future Growth, elle incarne une e-santé accessible et inclusive.
    • Envisionit Deep AI : pionnière de l’imagerie diagnostique par IA, cette entreprise a levé 1,65 million USD pour développer la plateforme Radify AI, qui facilite les diagnostics rapides et précis même dans les hôpitaux sous-dotés.
    • NOOSi : une solution tech4good qui connecte infirmiers qualifiés et patients à domicile. L’ambition : redynamiser les soins primaires dans les zones périurbaines et rurales.
    • AwezaMed : validée par le CSIR, cette application traduit les données médicales dans les 11 langues officielles, facilitant la communication médecin-patient et réduisant les erreurs liées à la barrière linguistique.
    • Unu Health : plateforme intégrée public-privé, développée avec Intercare, qui couvre à la fois les bénéficiaires de l’assurance privée et du système public.

    mHealth : 65 % d’accès urbain à la santé mobile, moins de 30 % en zone rurale

    En 2024, la santé mobile (mHealth) est devenue un outil important de prévention et de suivi en Afrique du Sud, avec près de 30 millions de consultations et actes de santé réalisés par ce biais, couvrant le VIH, la tuberculose, la santé maternelle et la vaccination. L’innovation réside dans l’utilisation d’applications multilingues comme AwezaMed : elles permettent d’échanger et de traduire automatiquement les données médicales en 11 langues, rendant l’information accessible à tous, y compris dans les hôpitaux publics. Ces services mobiles, qui incluent aussi WhatsApp et SMS pour l’éducation sanitaire ou la gestion des vaccinations, profitent déjà à 65 % des résidents urbains, tandis que moins de 30 % des populations rurales y ont accès, principalement à cause des inégalités d’infrastructures et d’équipements.

    Cybersécurité, formation, financement : les freins de la santé numérique sud-africaine

    Malgré des progrès, plusieurs obstacles freinent l’essor équitable de la e-santé en Afrique du Sud :

    • Inégalités d’accès : Malgré ces bonds, l’accès rural reste le maillon faible : seulement 1 Sud-Africain sur 3 en zone rurale a aujourd’hui accès à un parcours de soins digitalisé.
    • Protection des données : la mise en œuvre de la loi POPIA reste partielle, et les systèmes manquent encore de garanties robustes en matière de cybersécurité.
    • Durabilité des partenariats public-privé : les PPP doivent encore démontrer leur capacité à assurer une couverture nationale équitable et un financement à long terme.
    • Formation et inclusion : le manque de compétences numériques chez les soignants et les patients freine l’adoption des outils, notamment dans les milieux défavorisés.
    • Déficit d’infrastructure numérique : la couverture réseau incomplète limite l’expansion des services mHealth en dehors des centres urbains.

    EHR, IA, télémédecine : 10 ans de modernisation du système de santé sud-africain

    2011-2014: Lancement des premiers projets pilotes de gestion électronique des patients et des applications santé ciblant le VIH/sida. Adoption des premiers standards nationaux pour la collecte de données médicales.

    2013 : Création de Vula Mobile, application d’aiguillage médical entre généralistes et spécialistes, particulièrement utile dans les zones rurales.

    2015-2019: Forte expansion du mHealth et multiplication d’applications pour le suivi des maladies chroniques. Premiers essais de diagnostics assistés par intelligence artificielle, notamment en imagerie médicale. Déploiement des dossiers médicaux électroniques (EHR) sur sites pilotes.

    2019: Adoption officielle de la Stratégie nationale de santé numérique, avec ambition de généraliser l’EHR à tous les citoyens d’ici 2025.

    2020: La pandémie de Covid-19 accélère le recours à la télémédecine, à la prescription électronique et à l’éducation de santé de masse via WhatsApp et SMS.

    2021-2024 : Extension des EHR dans plusieurs provinces, montée en puissance d’acteurs innovants (NOOSi, RecoMed, Envisionit Deep AI, AwezaMed, Unu Health), généralisation des solutions de santé mobile et déploiement d’applications multilingues.

    2024-2025 : Accélération du financement et de la deeptech santé (ex : Envisionit Deep AI lève 1,65 M $), partenariats renforcés entre plateformes de santé et assureurs, et intégration croissante de la traduction automatique pour répondre à la diversité linguistique nationale.

     

     

  • Santé numérique : comment le Rwanda, le Sénégal et l’Afrique du Sud posent les bases d’un modèle continental ?

    On observe une forte dynamique de numérisation de la santé au au Rwanda, au Sénégal et en Afrique du Sud. Ces derniers investissent notamment dans la généralisation des dossiers médicaux électroniques, le développement de la télémédecine et l’adaptation des infrastructures. L’Afrique Du Sud possède même un ecosystème healthtech développé avec près de 200 strat-ups. L’étude d’HTI sur la santé numérique en Afrique subsaharienne à travers trois pays abordent trois sujets principaux : la gouvernance et les stratégies nationales, qui assurent coordination et cadre réglementaire adaptés ; l’accès et les inégalités, soulignant les disparités urbain-rural et la nécessité d’inclusion numérique ; et l’innovation technologique, avec le déploiement d’applications multilingues, l’intelligence artificielle et les défis d’interopérabilité et de cybersécurité. Le succès dépend avant tout de la volonté politique, appelant à mutualiser les infrastructures et renforcer la réglementation pour garantir un système de santé numérique efficace, équitable et durable.

    📌Santé numérique en Afrique subsaharienne : le Rwanda, le Sénégal et l’Afrique du Sud accélèrent la transformation grâce à la connectivité et à l’innovation

    Le Rwanda, le Sénégal et l’Afrique du Sud se distinguent par des avancées majeures en santé numérique, portées par des stratégies nationales ambitieuses et des investissements dans la connectivité. Au Rwanda, 99 % du territoire est couvert en 4G et plus de 45 000 agents de santé sont connectés, tandis que l’Afrique du Sud affiche plus de 75 % de taux d’accès à Internet et observe une hausse du taux de vaccination des nourrissons à 89 % grâce à des outils comme MomConnect. Le Sénégal, avec 58 % d’internautes et plus de 114 % de taux de pénétration mobile, déploie un dossier patient numérique national et multiplie les solutions de télémédecine. Malgré des défis persistants (inégalités d’accès, formation, financement), ces pays montrent que la santé digitale peut améliorer l’efficacité, la qualité des soins et l’équité d’accès, tout en posant les bases d’une transformation durable du secteur

    👉 H&TI dresse l’états des lieux de la santé au Rwanda, au Sénégal et Afrique Du Sud ici.

    📌Afrique du Sud : 200 start-ups et 1 milliard de rands investis pour une santé numérique inclusive

    L’Afrique du Sud s’impose comme le leader africain de la santé numérique avec plus de 200 start-ups medtech, 1 milliard de rands investis depuis 2020 et plus de 3 millions de patients déjà enregistrés sur des dossiers médicaux électroniques. Grâce à des applications traduites en 11 langues et à une couverture mobile de 65 % en zone urbaine, près de 30 millions de consultations mHealth ont été réalisées en 2024, couvrant VIH, tuberculose et vaccination. L’écosystème, soutenu par des incubateurs comme mLab et BioPark, favorise l’innovation et l’inclusion, même si l’accès rural reste limité à moins de 30 % et que la cybersécurité, la formation et l’infrastructure demeurent des défis majeurs. L’objectif national est d’atteindre une interopérabilité totale du système de santé d’ici 2025, posant un modèle pour tout le continent.

    👉H&TI dresse le panorama des acteurs de la santé numérique en Afrique Du Sud ici.

    📌Sénégal : 36 milliards FCFA pour unifier et sécuriser la santé numérique d’ici 2025

    Le Sénégal mobilise 36 milliards FCFA pour structurer un système de santé numérique encore fragmenté, avec plus de 50 projets dont 22 ciblent principalement la santé maternelle et infantile mais manquent d’interopérabilité. Le Plan Stratégique Santé Digitale (PSSD) prévoit l’interconnexion des structures sanitaires, la généralisation du dossier patient unique, la digitalisation de la couverture maladie universelle et la formation des professionnels. Un cadre juridique renforcé et une meilleure coordination entre ministères, agences et ONG sont cruciaux pour atteindre ces objectifs. Actuellement, l’offre reste éclatée, les coûts numériques élevés et les infrastructures inégalement réparties sur le territoire.

    👉H&TI analyse la stratégie de santé numérique du Sénégal ici.

    📌Rwanda : huit leviers numériques clés pour transformer et moderniser le système de santé national d’ici 2029

    Le Rwanda vise à digitaliser intégralement son système de santé public d’ici fin 2025, avec 8 priorités ministérielles incluant un portail d’assurance maladie, une application citoyenne et la plateforme e-Ubuzima, déjà adoptée dans 15 districts, plus de 60 hôpitaux et 500 centres de santé. Ce dispositif promet une synchronisation en temps réel des données médicales et des rendez-vous via mobile, facilitant l’accès pour une population de 14 millions d’habitants. L’objectif est d’équiper plus de 520 centres de santé de 25 ordinateurs chacun, tout en renforçant les compétences numériques du personnel. Malgré des défis d’infrastructure et un taux de pénétration internet de 34 %, la stratégie s’accompagne d’un hôpital virtuel et d’initiatives ciblées pour la lutte contre les maladies majeures et l’amélioration de la qualité des soins

    👉Découvrez tous les aspects numérique de la stratégie quinquennal du Rwanda pour son système de santé ici.

    📌Santé numérique en Afrique : Sénégal, Rwanda et Afrique du Sud accélèrent la structuration de leurs cadres réglementaires pour l’IA et les DTx

    Le Sénégal, le Rwanda et l’Afrique du Sud renforcent leurs exigences réglementaires pour l’accès au marché de la santé numérique, imposant des procédures strictes pour les dispositifs médicaux et les technologies d’IA ou DTx. Au Sénégal, l’autorisation de mise sur le marché nécessite au minimum 45 jours et une homologation, tandis que le Rwanda et le Sénégal ont atteint en 2024 le niveau de maturité 3 de l’OMS, gage de qualité de leurs processus réglementaires. En Afrique du Sud, la conformité à la loi POPIA sur les données personnelles et la certification SAHPRA sont obligatoires, dans un contexte où 98,8% de la population urbaine bénéficie de la 4G, mais où l’accès rural reste limité. Aucun des trois pays ne dispose encore de loi spécifique sur l’IA en santé, mais tous préparent des cadres législatifs nationaux, ouvrant des opportunités pour les acteurs étrangers tout en exigeant une adaptation constante aux évolutions locales

    👉 H&TI décrit les modalités de la réglementation et de l’accès au marché de la santé numérique au Rwanda, Sénégal et Afrique Du Sud ici.

    📌Santé numérique en Afrique : 17,75% de digitalisation, mais des champions et de fortes disparités selon IQVIA

    La digitalisation des systèmes de santé africains progresse, atteignant un taux de 17,75%, mais reste très inégale selon les pays, avec le Rwanda, le Maroc et l’Afrique du Sud en tête du classement IQVIA. Le mobile, dont la pénétration atteint 80% à 90%, constitue un levier majeur pour l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales. Le rapport souligne que la réussite dépend avant tout de la volonté politique et de la gouvernance, plus que du niveau de richesse, et alerte sur le risque de fragmentation faute d’harmonisation des politiques publiques. L’Afrique, qui comptera 26% de la population mondiale d’ici 2050, doit mutualiser ses infrastructures et renforcer l’intégration des dossiers patients électroniques pour répondre à la montée des maladies chroniques et garantir la pérennité des innovations numériques

    👉 H&TI analyse les enseignements pour l’Afrique subsaharienne du rapport IQVIA sur la santé numérique en Afrique ici.

  • Sénégal : 36 milliards FCFA pour structurer une santé numérique encore fragmentée

    • 22 solutions numériques concentrées sur la santé maternelle et infantile.
    • 36 milliards FCFA mobilisés pour le déploiement du numérique en santé d’ici 2025.
    • Plus de 50 projets non interopérables recensés dans le pays.
    • Interconnexion des structures sanitaires et généralisation du dossier patient prévues.
    • La Banque africaine évoque fragmentation, absence de coordination et cadre juridique incomplet.
    • Formation et montée en compétences du personnel de santé comme priorité nationale.

    36 milliards FCFA pour déployer télémédecine et CMU numérique d’ici 2025

    Le Sénégal s’est doté en 2018 d’un Plan Stratégique Santé Digitale (PSSD) qui vise à intégrer les technologies de l’information et de la communication dans l’organisation et la délivrance des soins. Cette stratégie, pilotée par le ministère de la Santé et de l’Action sociale (MSAS), s’inscrit dans le cadre du Plan Sénégal Numérique 2025 et du Plan Sénégal Émergent. Doté d’un budget estimé à 36 milliards FCFA, le PSSD vise quatre objectifs prioritaires :

    • Déployer télémédecine et de la m-santé (mobile).
    • Numériser la couverture maladie universelle (CMU).
    • Renforcer les compétences des professionnels.
    • Améliorer la gouvernance sanitaire grâce aux données.

    50 initiatives non interopérables : Le Sénégal vise l’interconnexion des structures et la généralisation du dossier patient

    Le PSSD prévoit l’interconnexion de toutes les structures sanitaires au réseau fibre national, la généralisation des dossiers patients informatisés et le recours au cloud pour la sécurisation des données médicales. Ce déploiement doit s’appuyer sur les opérateurs télécoms et l’Agence de l’Informatique de l’État (ADIE). La question du coût des services numériques, toujours élevé, reste un obstacle à l’universalisation de l’accès aux soins par le numérique.

    Le Sénégal a identifié le manque de coordination et l’absence de normes communes comme freins : plus de 50 initiatives e-santé non interopérables sont recensées dans le pays. Le PSSD propose la création d’un Comité de pilotage interministériel présidé alternativement par les ministères de la Santé et de l’Économie numérique, et la mise en place d’un Comité technique mixte experts santé/numérique. La Cellule de la Carte sanitaire et sociale, de la santé digitale et de l’observatoire de la santé (CSSDOS) assure la coordination opérationnelle.

    Encadrement des données de santé et montée en compétences : deux chantiers du PSSD

    Le cadre juridique sénégalais sur la protection des données personnelles, déjà existant, doit être renforcé pour couvrir spécifiquement les actes médicaux à distance, la gestion des dossiers patients et l’usage des dispositifs médicaux connectés. Un groupe thématique, adossé à la CSSDOS, est chargé de cette évaluation et de l’élaboration des textes nécessaires.

    La pénurie de professionnels de santé particulièrement en milieu rural représente un frein. Le PSSD prévoit un plan de développement des compétences TIC pour les professionnels, l’intégration d’experts en gestion des données et en infrastructures numériques dans les établissements de santé, ainsi que la formation continue via l’e-learning. L’objectif est aussi de favoriser l’adhésion des personnels à l’évolution numérique des pratiques.

    Les députés formés en vue d’une loi-cadre sur la santé numérique et la télémédecine

    Du 22 au 24 avril, un atelier parlementaire soutenu par ENDA Santé et l’Agence Sen-CSU a réuni les députés pour préparer l’adoption d’une loi-cadre encadrant la santé numérique. Inspiré de la proposition internationale Transform Health, le texte vise à réglementer gouvernance des données, télémédecine et protection des données médicales. Portée par la coalition Transform Health Sénégal, cette initiative s’inscrivait dans le Plan stratégique santé digitale du pays, prévoyant d’intégrer les technologies numériques aux pratiques médicales, de normaliser les outils et de réduire les inégalités d’accès aux soins. Le Dr Papa Djibril Ndoye (ENDA Santé) avait rappelé la nécessité d’un cadre juridique, conforme aux standards internationaux. L’atelier visait à outiller les parlementaires pour structurer un développement numérique sécurisé et accessible à tous.

    Le Sénégal priorise télésanté, m-santé et digitalisation de la CMU

    Le Sénégal vise la cartographie et l’évaluation des initiatives existantes pour assurer leur intégration dans une stratégie unifiée. La priorité est donnée à la télésanté, au mobile santé (m-santé), à la digitalisation de la CMU et au développement de plateformes partagées pour le suivi des patients, la gestion administrative et la collecte des données sanitaires. L’éclatement des projets, les carences en infrastructures, le coût élevé des services numériques et le manque de ressources humaines spécialisées compromettent une mise en œuvre rapide et homogène. La réussite du PSSD dépendra de la capacité des acteurs institutionnels et privés à coordonner leurs efforts.

    Des expérimentations encourageantes

    Si le Sénégal parie sur le numérique pour élargir l’accès aux soins, une étude de la Banque africaine de développement souligne que seules des réformes systémiques permettront une réelle avancée vers la couverture santé universelle (CSU).

    Face à des systèmes de santé sous-financés et inégalement accessibles, le numérique suscite des attentes en Afrique. Au Sénégal, les initiatives de santé mobile, télémédecine ou dématérialisation des paiements se multiplient, à l’image de la plateforme SUNUCMU ou du programme Cellal e Kisal dans le sud du pays. La santé mobile permet de contourner certaines limites d’infrastructures, de pallier la pénurie de personnels et d’améliorer la remontée des données. Toutefois, ces projets restent souvent à l’échelle pilote et peinent à être étendus à l’échelle nationale. L’indice CSU moyen en Afrique reste faible (48/100), bien en deçà de la moyenne mondiale (66/100). Le Sénégal, malgré une dynamique portée par son Plan Sénégal Émergent (PSE), reste confronté aux mêmes enjeux : dépenses de santé limitées (10 % du budget public), inégalités d’accès aux infrastructures et disparités territoriales. La croissance rapide du taux de couverture 3G (79 % en 2019 en Afrique subsaharienne) et l’explosion de la téléphonie mobile ouvrent des perspectives favorables.

    22 solutions de santé numérique identifiées mais peu intégrées au système national, selon Dimagi

    Dans son rapport intitulé ; Analyse du paysage numérique des technologies de la santé au Sénégal, Dimagi (entreprise sociale américaine spécialisée dans le développement de solutions technologiques pour la santé publique et le développement international) recense 22 solutions dans le domaine de la santé numérique au Sénégal, principalement concentrées ; 

    • Sur la santé maternelle.
    • Infantile.
    • Reproductive.
    • Et les maladies chroniques.

    Ces solutions, soutenues majoritairement par des ONG et des partenaires de développement, ont démontré une efficacité ponctuelle en améliorant le suivi médical et l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales. Cependant leur mise en œuvre en silos, sans harmonisation ni cadre réglementaire, limite leur interopérabilité et leur intégration au système national de santé. 

    L’analyse met en évidence une offre insuffisante d’outils numériques dédiés à la gestion des maladies chroniques, tropicales négligées et à la nutrition. L’absence de registre national pour ces pathologies, notamment pour les maladies tropicales négligées, entrave la collecte et l’analyse des données nécessaires à l’élaboration de stratégies sanitaires. Le déploiement de solutions de télémédecine reste limité. Les applications recensées concernent principalement la formation des professionnels via des plateformes e-learning, alors que l’offre clinique reste embryonnaire. 

    Recommandations : mutualisation et extension des solutions 

    Le rapport recommande l’adaptation et la montée en charge de deux solutions locales : 

    • E-Kessal Cellal (ONG AMREF), qui couvre le dossier patient, diagnostic, télémédecine et formation.
    • Saving Live at Birth (Aar Leen) (ONG Africare), qui facilite le suivi des grossesses grâce à une plateforme mobile multilingue.

    À l’international, plusieurs solutions sont identifiées : 

    • Approche intégrée du E-Diagnostic (IEDA), développée avec le ministère de la Santé pour appuyer la prise en charge des maladies infantiles.
    • Data Santé Mali, facilitant le partage de dossiers patients au sein des centres de santé.
    • TT Tracker, application mobile pour le suivi des patients opérés du trachome.
    • Anemiapp, outil de gestion de la drépanocytose en République démocratique du Congo, adaptable aux maladies chroniques sénégalaises.

    DPUP : simplifier les parcours, sécuriser les données, personnaliser les soins

    Porté par Eyone Medical et le Ministère de la Santé, le Dossier Patient Unique Partagé (DPUP) vise à centraliser les données médicales des patients sénégalais pour améliorer la coordination des soins. Accessible aux professionnels de santé, ce dossier numérique regroupe prescriptions, antécédents et analyses afin de simplifier les parcours, renforcer la sécurité des informations et personnaliser les prises en charge. Mais la centralisation des données doit permettre une meilleure planification des politiques de santé publique.

    Le projet mise sur la protection des données, avec un contrôle strict des accès, et entend rationaliser la gestion des ressources en remplaçant les dossiers papier. Intégré au Plan Stratégique Santé Digitale, il s’inscrit dans la stratégie nationale de modernisation du secteur, avec l’objectif affiché d’accélérer la couverture santé universelle

    La Banque africaine pointe l’absence de coordination, un manque d’interopérabilité et de cadre juridique

    Plusieurs freins persistent : absence de coordination entre initiatives, plateformes non interopérables, coûts élevés des services numériques, manque de connectivité en zone rurale, faible alphabétisation numérique et lacunes dans la formation des professionnels de santé. Le cadre réglementaire, notamment pour la protection des données médicales, reste en chantier malgré un projet de loi de 2019.

    Selon la Banque africaine de développement, le Sénégal doit avant tout structurer une stratégie numérique transversale, intégrant les différents ministères concernés et les opérateurs technologiques. L’amélioration de la coordination, du suivi-évaluation des projets et la mobilisation de financements pérennes sont jugées prioritaires. La formation initiale et continue des personnels de santé, l’inclusion des langues locales dans les outils numériques et le renforcement du cadre juridique figurent aussi parmi les recommandations essentielles.

    @ Health & Tech Intelligence
    @ Health & Tech Intelligence

     

     

     

  • Sénégal, Rwanda, Afrique du Sud : des cadres réglementaires en construction pour l’IA et les DTx

    Au Sénégal, au Rwanda et en Afrique du Sud, la commercialisation des dispositifs médicaux et des technologies de santé numérique repose sur des démarches réglementaires spécifiques auprès des agences nationales compétentes : ARP (Sénégal), RFDA (Rwanda) et SAHPRA (Afrique du Sud). La structuration progressive des cadres réglementaires dans ces pays ouvre des opportunités pour les acteurs étrangers, à condition d’anticiper les procédures d’autorisation, les normes techniques et les exigences locales de conformité, en particulier pour les technologies comme les DTx et l’IA.

    Sénégal : 45 jours minimum pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché des dispositifs médicaux

    Depuis 2022, l’accès au marché sénégalais est supervisé par l’Agence Sénégalaise de Réglementation Pharmaceutique (ARP). Toute importation de dispositifs médicaux ou de solutions numériques de santé doit faire l’objet d’une autorisation préalable, sans dérogation possible, y compris pour les hôpitaux publics. Les dispositifs médicaux de classes C et D nécessitent également une homologation ainsi qu’un certificat de mise en service. Le marquage CE est recommandé mais non suffisant.
    Les procédures incluent :

    • Le dépôt d’un dossier technique complet
    • Une évaluation administrative et technique par un comité d’experts
    • Une validation finale par la Commission nationale du médicament

    Le délai standard est de 45 jours, extensible de 15 jours, avec une autorisation valable 5 ans.

    DTx et IA : au Sénégal, un cadre juridique encore en construction pour la santé numérique

    Les thérapies numériques (DTx) ne bénéficient pas encore d’un statut spécifique. Elles sont intégrées au cadre des dispositifs médicaux et soumises à la classification par niveau de risque (A à D). Les exigences documentaires incluent notamment une démonstration de conformité aux standards internationaux, dont le CE et l’ISO. Le Sénégal travaille sur un projet de loi sur la santé numérique, qui inclura des dispositions sur l’intelligence artificielle. À ce jour, aucune régulation spécifique de l’IA en santé n’existe, bien que la loi n°2008-12 sur la protection des données personnelles serve de référence générale. La stratégie nationale de santé numérique 2025 prévoit un cadre d’interopérabilité et une gouvernance des données, mais les usages de l’IA restent peu encadrés juridiquement. Pour faciliter l’accès au marché, il est fortement conseillé d’établir des partenariats avec des structures locales, afin de s’adapter aux évolutions du cadre réglementaire et de sécuriser les processus d’homologation.

    Rwanda : autorisation obligatoire auprès du RFDA, le pays impose visa, licence et dossier technique complet pour les DTx

    L’autorité de régulation rwandaise (RFDA) encadre les dispositifs médicaux, les DTx et les solutions numériques. Depuis 2024, elle est reconnue par l’OMS avec un niveau de maturité 3, ce qui garantit la qualité de ses processus. Les entreprises souhaitant accéder au marché doivent :

    • Obtenir un visa d’importation.
    • Puis une licence d’importation finale, réservée aux acteurs agréés (distributeurs, établissements de santé, ONG, etc.).
    • Fournir un dossier technique complet, comprenant les certifications CE ou ISO, une notice multilingue et un étiquetage conforme.

    Des inspections physiques sont possibles à l’arrivée des produits. La centralisation des données est obligatoire pour garantir la traçabilité.

    IA en santé : le Rwanda prépare son cadre législatif avec le soutien du Forum économique mondial

    Le Rwanda ne dispose pas encore de cadre autonome pour les Digital Therapeutics. Elles sont évaluées selon les mêmes procédures que les DM, avec des critères de sécurité, efficacité et conformité technique. Le RFDA valide ces solutions après une évaluation technique approfondie, sans classification distincte. Le Centre pour la Quatrième Révolution Industrielle, en lien avec le Forum économique mondial, pilote la création du cadre législatif IA. Plusieurs projets d’IA sont déjà en déploiement, notamment Babyl, un système de télémédecine utilisé par des milliers de patients. Cependant, la législation reste en cours de développement. Des recommandations internationales (OMS, UNESCO) sont appliquées en attendant un texte national. Toute application intégrant de l’IA doit démontrer sa conformité éthique et technique, et s’assurer de l’hébergement local des données de santé, conformément à la loi de 2021 sur la protection des données.

    Afrique du Sud : les DTx encadrées comme dispositifs médicaux par la SAHPRA

    En Afrique du Sud, le South African Health Products Regulatory Authority (SAHPRA) est l’organisme de référence pour l’enregistrement des produits de santé. Les dispositifs médicaux numériques, y compris les DTx, doivent être certifiés selon les critères nationaux, notamment en matière de :

    • Sécurité clinique
    • Efficacité thérapeutique
    • Conformité au POPIA, la loi sur la protection des données personnelles

    L’absence de classification spécifique pour les DTx implique leur traitement dans le cadre général des DM.

    La conformité au POPIA devient un passage obligé en Afrique du Sud

    L’importation de solutions numériques (IA, DTx, logiciels, capteurs) est conditionnée au respect des réglementations tarifaires, douanières et sanitaires en vigueur. Le Department of Trade, Industry and Competition (DTIC) est l’interlocuteur pour les démarches d’importation, d’investissement et d’établissement local.

    Les technologies importées doivent :

    • Obtenir une certification SAHPRA
    • Respecter les exigences POPIA sur les données sensibles
    • Fournir une documentation complète, traduite si nécessaire

    L’Afrique du Sud a publié en 2024 un cadre stratégique national sur l’IA, actuellement en phase de consultation publique. Il établit des principes autour de la transparence algorithmique, de la non-discrimination, du contrôle humain, et de la protection de la vie privée.

    Sans loi dédiée, les projets IA en santé avancent sous surveillance du DCDT en Afrique du Sud

    À ce jour, aucune loi spécifique sur l’IA en santé n’est encore en vigueur, mais plusieurs outils sont en développement (chatbots, diagnostics automatiques, plateformes prédictives). Les autorités recommandent une veille réglementaire active et la consultation avec le DCDT (Department of Communications and Digital Technologies). L’Afrique du Sud dispose de 98,8 % de couverture 4G, d’un fort taux de connectivité en zones urbaines, mais souffre encore d’un accès limité à Internet dans les zones rurales (39 %), ce qui peut ralentir l’adoption des technologies dans certaines régions.

    Entre cadres réglementaires en construction et exigences techniques, le Sénégal, le Rwanda et l’Afrique du Sud affichent une même tendance : organiser et sécuriser l’accès à leur marché de la santé numérique. Dans un contexte où les DTx et les technologies d’IA restent encore sans statut juridique spécifique, ces trois pays imposent aux opérateurs de composer avec des démarches locales et un environnement en évolution.

  • Leapfrogging en Afrique : Rwanda, Maroc et Afrique du Sud en tête de la santé numérique (rapport IQVIA)

    • La digitalisation des systèmes de santé africains progresse, mais reste très inégale selon les pays.
    • Le taux de digitalisation sanitaire du continent est estimé à 17,75 %.
    • Le développement du numérique en santé repose moins sur le niveau économique que sur la volonté politique et la gouvernance.
    • Le mobile (taux de pénétration de 80 %, voire 90 % selon les pays) constitue un levier.
    • Le phénomène de leapfrogging permet à l’Afrique de contourner les infrastructures physiques.
    • Le Rwanda, le Maroc et l’Afrique du Sud sont identifiés comme les pays les plus avancés par IQVIA.

    Des trajectoires nationales contrastées : IQVIA appelle à renforcer les politiques nationales

    La transition numérique des systèmes de santé en Afrique progresse (le taux de digitalisation sanitaire en Afrique est estimé à 17,75%), mais reste inégale et confrontée à des obstacles (interopérabilité, manque d’équipements et de personnels, manque de formation). C’est ce que met en lumière le rapport « Digital Health Systems in Africa » publié par IQVIA. Le document propose une analyse comparative de la maturité numérique des pays africains et propose des pistes pour renforcer le développement de la santé digitale sur le continent.

    Avec une population appelée à représenter 26% de la population mondiale d’ici 2050, une jeunesse majoritairement connectée (le taux de pénétration du mobile atteint 80% sur le continent, dépassant même 90% dans certains pays). Cela facilite l’accès aux solutions de santé mobile, notamment dans les zones rurales. La pression exercée par les maladies non transmissibles (MNT) s’ajoute à la persistance des maladies infectieuses et aux effets du changement climatique, imposant aux pays africains d’adapter et de renforcer leur système de santé.

    Leapfrogging : l’Afrique contourne les infrastructures physiques pour moderniser sa santé

    Le numérique offre au continent une opportunité de « leapfrogging » (saute-mouton), en contournant les étapes traditionnelles de développement des infrastructures physiques pour investir directement dans des solutions digitales, et contourner les freins : pénurie de personnel, dispersion géographique des populations, sous-investissement chronique.

    Selon IQVIA, en Afrique, le lien de causalité entre niveau de richesse et maturité numérique est relatif. La réussite dépend surtout de la volonté politique et de la capacité des gouvernements à coordonner les ressources. Le continent se partage entre quelques pays en phase de montée en échelle régionale.

    Rwanda, Maroc, Afrique du Sud : les champions africains de la santé numérique

    Le rapport IQVIA établit un score de maturité numérique en santé pour chaque pays, en s’appuyant sur quatorze critères allant des politiques publiques aux infrastructures, en passant par l’usage des données et les compétences des acteurs. Ce classement révèle des disparités :

    • Le Rwanda, l’Afrique du Sud et le Maroc figurent parmi les pays les plus avancés.
    • La majorité des pays d’Afrique subsaharienne restent à un stade dit « en développement » ou « sous-développé », comme le Sénégal, le Niger ou le Burkina Faso.
    • Aucune corrélation n’est observée entre le PIB par habitant et la maturité numérique : la réussite repose principalement sur la volonté politique, la coordination nationale et les partenariats structurés.

    L’exemple du Rwanda est cité comme référence : politique nationale cohérente, investissement dans la connectivité 4G/5G, EHR national, systèmes d’identification numérique des patients et implication des agents communautaires dans la collecte de données.

    @ Extrait du rapport ; Digital Health Systems in Africa (IQVIA)

     

    Rwanda : un système structuré autour du RHIE et des agents communautaires, mais un modèle encore dépendant des partenaires internationaux

    Le Rwanda, qui compte 14 millions d’habitants, dispose d’une stratégie e-santé nationale, soutenue par le gouvernenement. Cette dynamique se traduit notamment par le déploiement du Rwanda Health Information Exchange (RHIE), un système de dossier patient unifié déployé dès 2012. Les infrastructures télécoms nationales, avec une couverture 4G de 99 % atteinte dès 2021, soutiennent également cette politique publique. Sur le terrain, 45 000 agents communautaires de santé équipés de smartphones assurent le suivi des patients en zones rurales. Le Rwanda s’appuie enfin sur des partenariats internationaux, comme ceux noués avec Gavi, USAID ou le Global Fund, pour renforcer ses capacités techniques et financières.

    Afrique du Sud : un modèle de santé numérique privé porté par Discovery Health et DHIS2, mais freiné par l’absence de coordination publique et de DPE national

    En Afrique du Sud, le développement de la santé numérique repose avant tout sur un secteur privé dynamique. Des acteurs comme Discovery Health assurent une part importante des services de télémédecine et des innovations ciblées. Côté infrastructures, le pays a déployé la plateforme DHIS2, intégrant progressivement la gestion des ressources humaines de santé. Mais IQVIA relève une difficulté : la faiblesse de l’intégration avec le secteur public. Les systèmes électroniques restent centrés sur des maladies spécifiques (VIH/sida, tuberculose) et le pays peine à mettre en place un dossier patient national unifié.

    Au Maroc, le développement repose sur le SIH et le télésuivi des patients

    Le Maroc figure également parmi les pays les plus avancés. Les infrastructures numériques progressent, notamment en zones rurales, et l’État pilote le développement de systèmes d’information hospitaliers (SIH) et de dispositifs de télésuivi des patients. La priorité marocaine porte sur l’amélioration de l’interopérabilité et sur la réduction des disparités régionales. Le pays exploite son réseau de soins primaires pour déployer progressivement des solutions mobiles de santé. Toutefois, l’absence d’une stratégie nationale unifiée autour du dossier patient électronique reste une limite identifiée par IQVIA, qui souligne la nécessité d’un cadre plus clair pour favoriser les collaborations public-privé.

    Fragmentation des projets et manque d’EHR limitent les progrès en Afrique

    Le rapport IQVIA identifie cinq défis pour la digitalisation du secteur :

    • Disparité public/privé : Les innovations sont souvent portées par le secteur privé, mieux financé et plus agile. Le secteur public peine à suivre, faute de moyens et de coordination.
    • Dossiers patients électroniques (EHR) sous-développés : Peu de pays disposent d’un système EHR national fonctionnel. Les solutions existantes sont souvent sectorielles (HIV, tuberculose) et peu interopérables. Le manque d’infrastructures informatiques et de compétences limite le déploiement à grande échelle.
    • Mobile Health (mHealth) hétérogène : Les initiatives mobiles sont nombreuses mais dispersées. Bien qu’elles permettent de surmonter les déficits d’infrastructures physiques, leur développement reste inégal selon les pays et les usages.
    • Problèmes de passage à l’échelle (« pilotitis ») : Nombreux projets pilotes peinent à se transformer en solutions nationales. Les initiatives, souvent portées par des bailleurs externes, manquent de financement pérenne et d’intégration institutionnelle.
    • Systèmes peu adaptés aux futures priorités sanitaires : Les systèmes numériques existants restent centrés sur la gestion des maladies infectieuses, alors que les MNT deviennent la première cause de morbidité. Il manque une stratégie anticipant cette évolution.

    DHIS2, OpenMRS, Bahmni : des solutions open source à généraliser

    Pour IQVIA, le développement d’un socle numérique commun passe par l’adoption de solutions open source interopérables, comme DHIS2 (District Health Information System 2), OpenMRS (Open Medical Records System) ou Bahmni. Ces solutions, déjà déployées dans plusieurs pays, permettent de créer des dossiers patients unifiés, de faciliter la surveillance épidémiologique et d’alimenter les systèmes nationaux d’information sanitaire.

    L’intégration de ces outils suppose une politique publique en matière de gouvernance des données, de protection de la vie privée et d’interopérabilité des systèmes. Elle nécessite aussi une mobilisation des ressources humaines, à travers la formation des professionnels de santé et des agents administratifs au recueil et à la gestion des données.

    Le rapport insiste sur la nécessité de développer des partenariats public-privé structurés. Ces collaborations permettent de mobiliser des financements privés tout en garantissant la supervision et l’orientation stratégique par les autorités publiques. Le modèle des infrastructures de télécommunication, où le privé investit sous contrôle réglementaire public, pourrait inspirer les futurs projets numériques en santé.

    @ Extrait du rapport ; Digital Health Systems in Africa (IQVIA)

    Mutualiser les infrastructures et le développement des EHR pour surveiller les maladies chroniques

    Face à la dispersion des initiatives, IQVIA préconise aussi la mise en place de standards régionaux, qui faciliteraient l’interopérabilité des systèmes nationaux et accéléreraient la diffusion des innovations. Le développement d’une infrastructure mHealth open source, intégrée aux systèmes nationaux, est identifié comme un chantier. Cette approche mutualisée permettrait de réduire les coûts et d’éviter la duplication des projets.

    Alors que les maladies cardiovasculaires, le diabète et les cancers prennent le relais des maladies infectieuses dans la charge globale de morbidité, IQVIA alerte sur l’inadéquation des systèmes numériques africains face à cette transition épidémiologique. Le développement d’une information sanitaire fiable et centralisée, via les EHR et les systèmes de surveillance, est jugé indispensable pour planifier et adapter les politiques publiques de prévention et de prise en charge des MNT. Cela implique également une meilleure intégration des dispositifs de télémédecine, pour renforcer l’accès aux soins spécialisés dans les zones reculées.

    Des projets numériques éphémères faute d’intégration dans les politiques nationales

    L’analyse d’IQVIA souligne que les obstacles à la digitalisation ne relèvent pas tant du financement que de la gouvernance. Le financement des systèmes numériques doit reposer sur une planification à long terme, associant investissements initiaux et prévisions de maintenance, pour éviter la multiplication des projets éphémères. L’institutionnalisation des projets – via leur intégration dans les stratégies nationales – est préconisée. L’Afrique a l’opportunité d’accélérer la modernisation de ses systèmes de santé grâce aux technologies numériques. Le développement du mobile et une jeunesse connectée offrent un terrain favorable. Pour transformer l’essai, les pays doivent miser sur des infrastructures partagées, la formation, un cadre juridique et des partenariats équilibrés.

  • Prof. Valmed : première application médicale IA certifiée en Europe pour des recommandations thérapeutiques fondées sur les preuves

    L’IA allemande certifiée pour assister les médecins dans leurs recommandations thérapeutiques

    La start-up allemande Prof. Valmed, installée en Hesse, annonce la certification de son application médicale fondée sur l’intelligence artificielle. Cette reconnaissance constitue une première sur le territoire européen pour un dispositif médical assisté par IA. Destinée à assister les médecins via des recommandations thérapeutiques fondées sur les preuves, l’application pourrait transformer les pratiques dans les cabinets et établissements de santé.

    L’outil est issu de l’AI Quality & Testing Hub, centre fondé par le Land de Hesse et l’association professionnelle allemande de l’électrotechnique (VDE). Prof. Valmed repose sur un grand modèle linguistique conçu pour analyser et synthétiser des données médicales validées. Objectif : fiabiliser les diagnostics et les plans de traitement.

    Des recommandations basées sur PubMed

    Pour alimenter ses analyses, Prof. Valmed intègre une base scientifique composée des publications indexées sur PubMed. Cette intégration permet à l’application de proposer des recommandations thérapeutiques actualisées, appuyées par les dernières références cliniques internationales. Le modèle peut également traduire les résultats et fournir les sources associées.

    Selon la VDE, Prof. Valmed offre un soutien aux professionnels dans les décisions diagnostiques et thérapeutiques en apportant des recommandations « sûres et précises ». L’application est conçue pour structurer les informations médicales dans les situations complexes et faciliter l’élaboration de traitements personnalisés. Déjà déployée dans plusieurs spécialités du CHU de Fribourg, elle accompagne les médecins dans le diagnostic multimodal et la gestion des parcours de soins.

  • Limiter les dépenses, décloisonner les soins, investir dans le numérique : le plan santé du Medef en 6 propositions

    Un pacte intergénérationnel pour un modèle social durable

    Le Mouvement des Entreprises de France (Medef) alerte sur la dégradation des comptes sociaux et lance un appel à une transformation du système de santé*. Constatant que la branche maladie porte l’essentiel du déficit, l’organisation patronale a constitué une task force dédiée. Son rapport propose des mesures “immédiates et structurelles”, élaborées et en concertation avec les fédérations professionnelles du secteur. Objectif affiché : bâtir un nouveau pacte intergénérationnel conciliant viabilité financière et amélioration du service rendu.

    Données, IA, téléconsultation : les priorités technologiques du Medef pour la santé

    • Miser sur le numérique et l’innovation : Le Medef invite à faire du numérique et de l’innovation des leviers pour renforcer l’efficience du système et en améliorer la transparence. Il plaide pour un déploiement accéléré des outils digitaux (données de santé, intelligence artificielle, téléconsultation).
    • Instaurer des indicateurs de qualité et une culture de la performance : Le rapport préconise la mise en place d’indicateurs de qualité partagés pour piloter la transformation du système. Pour le Medef, une gestion orientée vers la performance est essentielle, conditionnant les évolutions organisationnelles et budgétaires futures.

    Limiter les actes inutiles et décloisonner les soins

    • Encadrer la consommation médicale et responsabiliser les acteurs : Pour limiter les dépenses, le Medef recommande une maîtrise renforcée des consommations de soins et de biens médicaux. Il insiste sur la responsabilisation de l’ensemble des parties prenantes — professionnels de santé comme usagers — en intégrant la pertinence des actes et en luttant contre les pratiques inflationnistes.
    • Décloisonner le système de soins et repenser le rôle de l’hôpital : Le décloisonnement des parcours est présenté comme une priorité, avec un renforcement de la coopération entre les acteurs de terrain. Le Medef préconise de repositionner l’hôpital sur ses missions centrales et de favoriser une meilleure articulation avec la ville et le secteur médico-social.

    Renforcer la prévention et clarifier la gouvernance

    • Faire de la prévention un axe stratégique
      Insistant sur le retard de la France en matière de prévention, le rapport appelle à agir simultanément sur les comportements individuels et les facteurs déterminants de santé. Le Medef considère cette approche comme une condition pour infléchir durablement les courbes de dépenses.
    • Clarifier la gouvernance et planifier à moyen terme
      Enfin, l’organisation patronale demande une clarification des responsabilités entre acteurs institutionnels et un pilotage pluriannuel du système. Une vision à moyen terme permettrait, selon le Medef, d’anticiper les besoins et d’organiser l’action publique de manière plus cohérente et prévisible.

    Le Medef annonce ouvrir une réflexion distincte sur le financement du système de santé. Ce sujet, qualifié de “central”, fera l’objet de propositions spécifiques dans un second temps.

    *Qualité et pérennité du système de santé : les propositions du Mouvement des Entreprises de France

  • Ophtalmologie en 2025 : le numérique comme levier pour cette spécialité qui compte 5 749 praticiens pour 45 millions de patients (Rapport Xerfi)

    Demande croissante et diminution des effectifs

    Le rapport de Xerfi montre que l’ophtalmologie est fortement impactée par le vieillissement de la population française, un phénomène démographique qui structure la demande. En 2025, plus de 45 millions de Français souffrent d’un trouble visuel, avec chaque année environ 800 000 nouveaux cas de myopie et 600 000 de presbytie. Par ailleurs, l’usage intensif des écrans accroît la fatigue visuelle et favorise l’apparition de pathologies. Cette explosion des besoins se traduit par une augmentation continue des dépenses remboursées pour les actes d’ophtalmologie, qui atteindront environ 1,16 milliard d’euros en 2025, soit une hausse annuelle prévue de +4%. Cette croissance est en partie portée par les actes techniques à plus forte valeur ajoutée (chirurgie, laser, angiographie).

    Dépenses remboursées des actes des ophtalmologistes libéraux - CNAMTS
    Dépenses remboursées des actes des ophtalmologistes libéraux – CNAMTS

    En parallèle, le secteur fait face à une baisse des effectifs d’ophtalmologistes libéraux, qui ont diminué de 2,6% entre 2017 et 2023, pour s’établir à 5 749 praticiens. Cette contraction s’explique par la suppression récente du numerus clausus (2020) dont les effets ne se feront pleinement sentir qu’après 2030, ainsi que par le départ massif des baby-boomers à la retraite. Cette double dynamique crée un paradoxe : la demande est en forte hausse, alors que l’offre médicale spécialisée se restreint. Cette situation conduit à une pression à la hausse sur les honoraires (prévision +7% en 2025) et à une augmentation des dépassements d’honoraires (environ 30% des revenus des libéraux en 2024).

    Une montée en puissance du numérique et de la télémédecine pour élargir l’accès aux soins

    Pour pallier cette pénurie et répondre à la demande, le secteur s’appuie de plus en plus sur le numérique et la télémédecine, notamment la télé-ophtalmologie. La téléconsultation est désormais bien intégrée dans le parcours de soins : elle permet d’effectuer des consultations à distance, sans passer par un médecin traitant, facilitant l’accès pour des patients isolés ou à mobilité réduite. La régulation récente (depuis 2024) autorise même les plateformes spécialisées (Qare, E-ophtalmo) à salarier des médecins pour assurer ces consultations. La télé-ophtalmologie contribue à réduire drastiquement les délais de rendez-vous, qui sont passés de 43 jours en 2019 à seulement 19 jours en 2024, tout en améliorant l’efficience globale du système. Par ailleurs, la télésanté ne se limite pas aux médecins. Elle intègre aussi les paramédicaux via le télésoin (orthoptistes, pharmaciens), renforçant ainsi la chaîne de soins. Le rapport Xerfi décrit cette évolution comme un changement de paradigme : le numérique devient un facilitateur incontournable de l’accès aux soins dans un contexte de tension structurelle.

    L’IA comme révolution diagnostique et organisationnelle :

    L’intelligence artificielle, notamment via le deep learning appliqué à l’imagerie rétinienne, est identifiée comme un levier technologique majeur. Les algorithmes d’IA sont capables d’identifier des anomalies avec une fiabilité équivalente ou supérieure à celle des spécialistes humains, ce qui ouvre la porte à l’automatisation des phases de dépistage et au tri initial des patients. Cette évolution promet non seulement un gain de temps pour les médecins, mais aussi une amélioration de la qualité et de la sécurité des diagnostics.

    Concrètement, l’IA va permettre de :

    • réduire la charge des actes répétitifs (dépistage systématique) ;

    • prioriser les cas urgents pour un traitement plus rapide ;

    • intégrer de nouveaux outils de suivi à distance.

    Formation, évolution des modèles… plusieurs défis restent cependant à relever :

    Xerfi explique dans son rapport que si le numérique et l’IA offrent des perspectives particulièrement prometteuses pour répondre aux tensions structurelles du secteur ophtalmologique, leur intégration effective dans les pratiques soulève des enjeux majeurs.

    L’un des premiers défis identifiés concerne la montée en compétence des professionnels de santé. La digitalisation croissante des actes (téléconsultation, télé-suivi, diagnostic assisté par IA) suppose que les ophtalmologistes, orthoptistes et assistants médicaux maîtrisent ces outils pour en faire un usage éclairé et sécurisé. Le rapport insiste sur la nécessité d’intégrer ces compétences dès la formation initiale, mais aussi de proposer des dispositifs de formation continue adaptés aux évolutions rapides des technologies. Sans cette acculturation, les outils numériques risquent d’être sous-utilisés ou mal intégrés, réduisant leur impact potentiel sur la qualité des soins et l’efficience organisationnelle.

    Deuxième axe fondamental : la régulation. Xerfi rappelle que le recours croissant à des plateformes de téléophtalmologie et à des algorithmes de deep learning dans le diagnostic implique des exigences strictes en matière de :

    • protection des données personnelles, notamment les images rétiniennes, qui sont des données de santé à caractère hautement sensible ;

    • sécurisation des flux numériques, pour éviter les risques de fuite ou de détournement ;

    • garantie de la fiabilité et de la traçabilité des outils d’IA, afin d’assurer leur usage responsable et de prévenir toute dérive dans la décision médicale.

    Enfin, le rapport met en lumière la nécessité de faire évoluer les modèles économiques du secteur. Les investissements nécessaires à l’achat, la maintenance et l’actualisation des outils numériques ou d’IA doivent être intégrés aux schémas de financement, que ce soit pour les cabinets libéraux, les centres de santé ou les plateformes.

    Par ailleurs, la redistribution des rôles induite par ces innovations – avec une plus grande délégation aux orthoptistes ou aux dispositifs automatisés – pose la question de la valorisation de chaque maillon de la chaîne de soin. Cela suppose :

    • une tarification adaptée des actes numériques ou délégués,

    • un modèle incitatif pour l’usage de la télémédecine et de l’IA,

    • et une reconnaissance des nouveaux modes de collaboration entre professionnels humains et systèmes intelligents.