Les incitations financières et un fort système de soins primaires sont des leviers solides pour améliorer sa qualité. Prévenir plutôt que guérir, coordonner plutôt que fragmenter… Dans son rapport Charges & Produits 2026, la Caisse nationale d’assurance maladie a présenté, le 9 juillet, 60 propositions pour améliorer l’efficience du système de santé tout en contenant le déficit. Entre montée en puissance de la prévention, renforcement de la coordination des parcours et lutte contre les actes inappropriés, le document trace une feuille de route budgétaire et sanitaire qui cherche l’équilibre entre maîtrise des dépenses et amélioration de la qualité des soins.
Une comparaison des systèmes de santé
Est-ce la bonne recette ? Pour répondre à cette question, la lecture du rapport de l’OCDE, publié en mars, et intitulé « How do health system features influence health system performance? » peut s’avérer utile. En effet, les priorités dessinées par la Cnam rejoignent en partie les enseignements du rapport de l’organisation internationale. Le but de l’OCDE était d’examiner comment différents groupes de pays, partageant des caractéristiques similaires en matière de système de santé, se comparent les uns aux autres. Concrètement, les auteurs du rapport ont donc regroupé les pays dans deux types de clusters : l’un en fonction des caractéristiques structurelles du système de santé (couverture, rôle des prestataires, gouvernance) et l’autre en fonction des caractéristiques fonctionnelles (modes de rémunération des prestataires, notamment incitations à la qualité). Et ils ont analysé l’influence de la conception globale des systèmes de santé sur la performance, le rôle des incitations financières pour les prestataires, et le rôle d’un système de soins primaires solide.
Les incitations à la qualité améliorent la performance
Le rapport de l’OCDE fait ressortir plusieurs points saillants :
- Tous les types de systèmes (centralisés, mixtes, libéraux…) peuvent atteindre des niveaux de performance élevés.
- La performance dépend davantage de politiques ciblées que du design global du système.
- Les systèmes où les prestataires sont rémunérés en fonction de la qualité des soins (plutôt que du volume) présentent une mortalité traitable plus faible et des résultats plus homogènes.
- Les systèmes où les généralistes jouent un rôle de porte d’entrée, avec continuité des soins et incitations à la qualité, ont des taux d’hospitalisation évitables inférieurs (notamment pour asthme, BPCO et insuffisance cardiaque).
La mise en place un dépistage généralisé de l’hypertension artérielle, la fin de prise en charge à 100% en cas de rémission de cancer ou encore l’interdiction des dépassements d’honoraires pour les actes en lien avec les dépistages organisés sont donc autant de propositions figurant dans le rapport ”charges et produits” pour 2026 qui vont dans le sens des conclusions de l’OCDE.
En revanche, le rôle de « gatekeeping » prôné par l’OCDE ne se traduit pas par un passage systématique par le médecin traitant. Quant aux incitations financières à la qualité, elles sont certes présentes dans le système de santé français mais aucune augmentation notable de la ROSP (rémunération sur objectifs de santé publique) n’a été proposée. Ces limites illustrent le double enjeu du moment : transformer des orientations générales en leviers opérationnels, et faire évoluer les mécanismes de financement pour aligner davantage la rémunération sur les résultats en santé.
Des dépenses élevées pour des résultats moyens
Or, comme le souligne l’OCDE, l’efficacité des systèmes de santé est moyenne à légèrement inférieure dans le cluster dont fait partie la France. Les dépenses de santé sont relativement élevées (en % du PIB), tandis que certains indicateurs de résultats (mortalité évitable, admissions hospitalières évitables) sont en moyenne ou légèrement au-dessus de la moyenne OCDE.
Pourtant, « pas besoin de réformes structurelles radicales : des ajustements ciblés (incitations qualité, renforcement de la médecine générale, coordination des soins) peuvent générer des améliorations significatives », indique l’OCDE.
OECD/The Health Foundation (2025), How Do Health System Features Influence Health System Performance?, OECD Publishing, Paris





