L’université Paris-Descartes proposera un diplôme universitaire intitulé « e-santé et médecine connectée » aux médecins généralistes, aux spécialistes et aux ingénieurs dans le domaine scientifique et de la recherche, à la rentrée 2016.
Maxime Elbaz, docteur en neurosciences à l’APHP et Paris-Descartes, EA 7330 VIFASOM, et co-concepteur de l’application iSommeil est à l’origine avec le Pr Damien Léger, de la création de ce diplôme universitaire ouvert aux Bac +5.
Pourquoi créer un diplôme sur la e-santé et la médecine connectée ?
L’idée est née du constat que le marché des objets connectés explose ces dernières années. La plupart de ces objets sont des dispositifs de bien-être, très rarement validés scientifiquement et pourtant vendus à tout le monde sous l’argument santé. Je me souviens de discussions engagées avec des industriels sur un salon à Las Vegas il y a quelques années, où ces derniers étaient plus intéressés par leurs chiffres de ventes que par l’éventuelle validation de leurs produits. Créer une formation pour remettre les choses à plat et voir ce qui se passe réellement dans cet écosystème m’est apparu comme une évidence. Qui fait quoi, quels sont les usages, quels sont les domaines d’application ? Il ne faut pas oublier que dans e-santé, il y a surtout « santé ».
Quels types d’enseignements seront dispensés ?
Nous avons favorisé une approche pluridisciplinaire. Nous proposerons des cours couvrant les aspects juridiques et légaux, l’exploitation et la sécurisation des données « big data », l’utilisation et la manipulation de ces objets, mais aussi leur conception avec notamment des cours de code. Le programme traite les thèmes de la médecine connectée appliquée à la médecine du sommeil, cardiovasculaire, la nutrition, le sport, la médecine du travail et la télémédecine. Notre ambition est de faire se rencontrer les étudiants et des entreprises du secteur triées sur le volet. Nous avons également noué des partenariats avec des écoles d’ingénieur comme l’ISEP et nous proposerons des visites de leurs laboratoires avec accès à leurs plateformes technologiques.
Quel est le public visé ?
Tous les professionnels de santé, médecins généralistes, spécialistes, mais aussi les ingénieurs. Ces derniers n’ont bien souvent aucun vernis médical. Beaucoup de start-ups de l’e-santé sont lancées par des ingénieurs issus de grandes écoles et qui ne sont pas forcément au point sur les processus de validation scientifique.
On entend de plus en plus parler d’applications délivrant des informations peu fiables, particulièrement aux États-Unis. J’ai moi-même testé diverses applications sur le sommeil et les ai comparées avec mes propres recherches et résultats. Les écarts sont édifiants.
Peut-on envisager des formations de ce type intégrées dans des diplômes nationaux ?
Ce diplôme universitaire peut venir en complément des études médicales. Même s’il est sanctionné par un examen, notre démarche n’est pas nécessairement académique. Nous travaillerons avec de grandes entreprises impliquées dans les technologies dans la santé – et non le bien-être, j’insiste sur ce point. L’Union Européenne prépare une directive sur la régulation des dispositifs médicaux. L’HAS réuni en ce moment même un groupe de travail chargé de faire le point sur les dispositifs médicaux et déterminer à quelles classes ils appartiennent. Il se passe beaucoup de choses dans ce domaine. Ce diplôme s’inscrit dans ce contexte.