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  • UK : Jusqu’à 135 M£ d’économies de temps pour le système de santé londonien grâce au London Care Record

    3,3 millions d’heures économisées grâce au partage de données patients

    57 ETP économisés chaque mois

    Mis en place en 2020 par le partenariat OneLondon, le London Care Record (LCR) centralise l’accès aux informations médicales et sociales des patients pour les professionnels du Grand Londres et des zones limitrophes. Selon une actualisation de l’évaluation économique indépendante réalisée par Queen’s University Belfast pour OneLondon, les gains de temps générés par l’usage du LCR sont estimés à 135 millions de livres sterling depuis son lancement, soit l’équivalent de 3,3 millions d’heures de travail.

    L’analyse s’appuie sur les statistiques actualisées d’usage (près de 71 millions d’utilisations cumulées fin mars 2025) et les dernières données de rémunération du personnel NHS. Le calcul modélise différents scénarios de temps gagné par accès, dont le plus réaliste évalue que 75 % des consultations du LCR permettent un gain d’une minute. En janvier 2025, cela représente jusqu’à 109 000 heures gagnées en un mois, soit l’équivalent de 57,3 ETP (équivalents temps plein).

    Les scénarios les plus prudents estiment les économies à 24 M£ depuis 2020, les plus optimistes à 135 M£. L’actualisation montre un doublement des économies mensuelles par rapport à l’analyse de 2023 (2,1 M£/mois à l’époque).

    London Care Record : un outil plébiscité par les soignants pour sa valeur clinique et organisationnelle

    Le London Care Record réduit les redondances et accélère les décisions

    Les témoignages recueillis illustrent les bénéfices ressentis sur le terrain. Les médecins généralistes, urgentistes, infirmiers, psychiatres et personnels du secteur médico-social saluent l’accès instantané à des données critiques (résultats d’examens, traitements en cours, antécédents hospitaliers, courriers de spécialistes…). Plusieurs situations montrent des évictions d’actes redondants, des décisions plus rapides, et un temps de consultation recentré sur le patient.

    L’estimation des économies repose sur cinq scénarios de modélisation intégrant ;

    • la ventilation des utilisateurs par secteur (28,6 % en soins primaires, 71,4 % en établissements) ;
    • le niveau de rémunération (y compris charges, pensions, majoration londonienne) ;
    • et des hypothèses de temps gagné par accès.

    Ces scénarios ont été reconduits avec les données actualisées pour l’étude 2025. Depuis deux ans, OneLondon a étendu l’accès au LCR à davantage de professionnels et de structures, rendant l’outil plus riche. L’actualisation de l’évaluation confirme la valeur ajoutée du LCR, tant en efficacité opérationnelle qu’en qualité des soins. Elle contribuera à guider les futurs investissements de la région en matière de santé numérique.

    Lawler M, McFerran E, Readman L, Gautama S, Koczan P, Palmer J, Pace E. Economic analysis of digital health infrastructure: The case of OneLondon’s impact on time efficiency and safety in healthcare service. Queen’s University Belfast; 2025.

  • Dispositifs médicaux numériques : la HAS précise ses exigences pour les voies PECAN et LATM

    Remboursement des DMN : la HAS publie ses attentes pour PECAN et la télésurveillance

    Depuis 2023, les dispositifs médicaux numériques (DMN) peuvent être remboursés selon deux modalités spécifiques :

    • La prise en charge anticipée (PECAN) pour les DMN présumés innovants,
    • Et la liste des activités de télésurveillance médicale (LATM) pour les dispositifs utilisés dans un cadre de télésurveillance.

    Ces voies visent à accélérer l’accès des patients aux technologies numériques de santé, sous réserve d’une évaluation préalable par la Haute Autorité de santé (HAS).

    La HAS publie aujourd’hui les principes qui guideront l’évaluation des demandes de remboursement de ces dispositifs. Cette initiative fait suite à l’examen des premiers dossiers reçus par la Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé (CNEDiMTS). L’objectif est d’aider les entreprises du secteur à mieux comprendre les critères attendus, afin d’améliorer la qualité des dossiers et fluidifier les procédures d’instruction.

    LATM : évaluer l’intérêt médical et l’impact organisationnel

    Pour être inscrite sur la LATM, une activité de télésurveillance médicale doit démontrer un bénéfice supérieur à celui du suivi médical conventionnel, ou équivalent à une activité déjà inscrite dans la même indication. Les nouveaux principes précisent les scénarios d’évaluation envisageables et les éléments nécessaires pour étayer la demande. La HAS souligne le rôle transformateur de la télésurveillance sur l’organisation des soins. Toutefois, les impacts organisationnels — souvent invoqués mais peu documentés — doivent faire l’objet d’une démonstration plus structurée. Cette documentation est désormais considérée comme un élément essentiel dans l’appréciation de la réponse au besoin.

    PECAN : sécuriser l’innovation dans l’attente des données complètes

    La voie PECAN permet un remboursement transitoire pour les DMN à visée thérapeutique ou de télésurveillance, lorsque les données cliniques définitives ne sont pas encore disponibles mais que l’intérêt présumé est jugé suffisant. La HAS insiste ici sur la qualité des études en cours et la nécessité d’une planification rigoureuse des étapes d’évaluation jusqu’au droit commun. Les guides publiés intègrent une section pratique listant les points forts attendus dans un dossier de demande PECAN. Comme pour LATM, l’impact organisationnel revendiqué doit être mieux argumenté.

    Webinaire : la HAS détaille les évolutions des voies de remboursement des DMN

    La HAS collabore avec son homologue allemand depuis un accord signé en juin 2025, pour comparer leurs approches d’évaluation (DiGA en Allemagne, PECAN en France) et préparer d’éventuelles évaluations communes au niveau européen. La publication des principes PECAN et LATM est l’occasion pour la HAS de mettre à jour d’autres référentiels d’évaluation, notamment ceux relatifs à la LPPR, à la liste intra-GHS (guide de 2018) et à la prise en charge transitoire PECT (guide de 2022). Ces voies sont également ouvertes, sous conditions, à certains dispositifs numériques.

    Un webinaire intitulé « Rendez-vous de l’innovation » est disponible à destination des exploitants et consultants du secteur, afin de présenter en détail ces principes d’évaluation. Parallèlement, la HAS collabore avec l’Inria pour développer une méthodologie permettant de mieux documenter l’impact organisationnel des DMN. Ce travail vise à offrir davantage de lisibilité aux industriels.

     

  • Utilisation des données : des experts de l’OCDE tentent d’apporter des solutions aux blocages de l’exploitation

    Des experts de l’OCDE alertent sur les blocages persistants à l’exploitation des données de santé

    Chaque jour, les systèmes de soins et de recherche génèrent des volumes massifs de données de santé : dossiers médicaux électroniques, imagerie, génomique, données populationnelles, plusieurs données qui pourraient transformer radicalement la prévention, le diagnostic, le traitement et l’organisation des soins. Pourtant, malgré cette abondance, les données restent sous-exploitées. Dans une analyse publiée par l’OCDE, trois experts – Clarisse Girot, Limor Shmerling Magazanik et Eric Sutherland – ont identifié les causes profondes de cette situation, et tracent des pistes concrètes pour y remédier.

    Conciliation difficile entre intérêt général et libertés fondamentales :

    Les auteurs insistent : la question centrale pour les pouvoirs publics est de réussir à concilier l’exploitation des données à des fins de santé publique avec la protection des droits individuels, notamment la vie privée. Dans certains cas, comme les essais cliniques, le consentement éclairé du patient est requis. Mais dans la plupart des situations, les données sont collectées indirectement via les systèmes numériques hospitaliers. Cela rend difficile, voire irréaliste, la sollicitation d’un consentement systématique à chaque nouvelle utilisation.

    Pour répondre à ce dilemme, plusieurs pays comme la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni ou la Finlande ont fait évoluer leur législation. Ils autorisent désormais, sous conditions, la réutilisation des données sans consentement individuel, dès lors qu’un intérêt public est avéré et que des garanties de sécurité sont en place. Pour les experts de l’OCDE, cette évolution est essentielle : le consentement reste important, mais il ne peut à lui seul porter toute la responsabilité éthique de l’usage des données.

    Encadrer les usages sans consentement avec des garanties solides :

    L’OCDE appelle les pays à formaliser ces usages « sans consentement » à travers des cadres juridiques clairs et harmonisés. Les auteurs plaident pour des environnements de traitement sécurisés, des technologies de préservation de la vie privée (anonymisation, pseudonymisation), une formation accrue des personnels, et une traçabilité des accès. Des critères précis doivent encadrer la notion d’intérêt public, pour éviter les dérives. Ce cadre, déjà recommandé dans la Recommandation OCDE sur la gouvernance des données de santé, est aujourd’hui plus nécessaire que jamais.

    Des règles encore trop fragmentées à l’échelle internationale :

    L’un des constats les plus préoccupants de l’OCDE est la fragmentation des cadres de gouvernance entre les pays. Définitions divergentes de l’intérêt public, exigences réglementaires variables, absence de reconnaissance mutuelle des autorisations… Ces écarts ralentissent les projets de recherche internationaux, nuisent à la qualité de la coopération scientifique, et empêchent l’émergence d’un espace global de la donnée en santé.

    Par ailleurs, les auteurs dénoncent une bureaucratie excessive. L’accès à certaines bases de données peut nécessiter jusqu’à 18 mois, plusieurs niveaux d’approbation et de nombreuses démarches administratives redondantes. Pour l’OCDE, la simplification de ces procédures – notamment par l’harmonisation des formulaires et des critères d’évaluation – est un levier immédiat d’efficacité.

    La confiance du public, un pilier encore trop fragile :

    Les experts de l’OCDE rappellent qu’aucune stratégie de valorisation des données ne peut réussir sans la confiance du public. Si les citoyens reconnaissent l’utilité des données pour améliorer la médecine, ils restent méfiants face aux risques de ré-identification, de cyberattaque, ou de mésusage. En 2023, une enquête citée par les auteurs montre que 85 % des personnes interrogées reconnaissent le potentiel de l’IA pour améliorer les soins, mais 75 % craignent des atteintes à la vie privée.

    La transparence sur les usages, la pédagogie sur les bénéfices, et l’implication des citoyens dans les décisions (via des assemblées citoyennes, par exemple) sont des leviers essentiels. Des expériences comme celles menées en France ou au Royaume-Uni montrent qu’un dialogue structuré avec la population renforce l’acceptabilité des projets.

    Une feuille de route en trois priorités selon l’OCDE

    Les auteurs concluent leur analyse par une proposition d’action articulée autour de trois axes. Premièrement, rapprocher les standards et les terminologies, pour rendre les systèmes juridiquement compatibles à l’échelle internationale. Deuxièmement, adopter une approche fondée sur les risques, afin d’accélérer les projets à fort impact sanitaire et à faible risque pour la vie privée. Enfin, renforcer la légitimité des usages en impliquant activement le public, notamment via des démarches participatives et transparentes.

    Pour Clarisse Girot, Limor Shmerling Magazanik et Eric Sutherland, l’exploitation des données de santé n’est pas seulement une question technologique : c’est un enjeu de gouvernance, de confiance et de volonté politique. Et si ces conditions sont réunies, les données pourront enfin tenir leur promesse : transformer les systèmes de santé au bénéfice de tous.

  • MedGPT : une IA française pour les soignants, plus performante que ChatGPT au concours de l’internat

    Conçue avec des cliniciens pour les usages quotidiens

    La start-up bordelaise Synapse Medicine annonce le lancement de MedGPT (disponible depuis le 16 septembre) un assistant conversationnel médical destiné aux professionnels de santé. Entraîné et calibré par des médecins français, l’outil s’adresse aux praticiens de toutes spécialités : généralistes, spécialistes, pharmaciens, infirmiers, sages-femmes, dentistes. Il offre des réponses médicales sourcées, contextualisées, sécurisées, et adaptées aux référentiels français. MedGPT intègre des sources officielles à jour — recommandations HAS, données de l’ANSM, textes réglementaires, consensus professionnels — et fournit des réponses en cohérence avec les usages médicaux en France. Il ambitionne de devenir une alternative souveraine aux grands modèles américains utilisés en médecine. Selon deux études citées par Synapse Medicine, 66 % des médecins américains et 20 % des généralistes britanniques ont déjà recours à ChatGPT dans leur pratique.

    Une évaluation comparative sur les ECNi 2023

    MedGPT a été soumis à une évaluation basée sur les Épreuves Classantes Nationales informatisées (ECNi) 2023, qui servent de référence pour l’affectation des internes en médecine. Résultat : MedGPT surclasse ChatGPT (GPT-5) de 7 points si l’on ne prend en compte que les réponses strictement exactes.

    À score global équivalent :

    • MedGPT atteint le niveau du top 500, soit mieux que 95 % des étudiants candidats à l’internat.
    • GPT-5 se situe aux alentours du top 2000, correspondant à 75–80 % des candidats.

    Autrement dit, MedGPT se positionne parmi les 5 % meilleurs étudiants en médecine, et démontre une capacité d’analyse et de réponse alignée sur les référentiels français. L’outil vise à s’intégrer dans la routine des professionnels – comme un assistant clinique – en facilitant l’accès rapide à une information médicale fiable : posologies, interactions, critères diagnostiques, conduite à tenir … Ce lancement intervient alors que les usages de l’IA générative en santé se développent, tout en soulevant des enjeux de qualité, supervision, responsabilité et souveraineté numérique.

    La bêta est disponible sur la plateforme MedGPT.fr, en libre accès pour les professionnels.

  • e-notice : 600 médicaments en phase pilote pour tester les notices numériques d’ici 2027

    Suppression progressive des notices papier : l’ANSM lance une phase pilote sur 2 ans

    L’expérimentation e-notice démarre officiellement en octobre 2025 avec la mise sur le marché des premières boîtes de médicaments intégrant un QR code. Cette phase pilote, prévue pour durer deux ans, permettra d’évaluer l’accessibilité et l’utilité des notices numériques pour les patients, les professionnels de santé et les industriels. Près de 600 spécialités pharmaceutiques sont concernées, en ville comme à l’hôpital.

    Coordonnée par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), la phase pilote repose sur une approche progressive et adaptative. À l’issue d’un appel à candidatures clôturé fin 2024, les laboratoires participants ont été sélectionnés selon un cahier des charges adapté au circuit de distribution.

    • En ville, la notice papier est maintenue mais accompagnée d’un QR code sur la boîte, redirigeant vers la version numérique hébergée sur la base de données publique des médicaments (BDPM).
    • À l’hôpital, la notice papier est supprimée pour les médicaments concernés, jugée peu utilisée en pratique et génératrice de déchets. L’accès numérique reste possible via les logiciels d’aide à la prescription ou à la dispensation (LAP/LAD) et la BDPM.

    420 médicaments à l’hôpital, 170 en ville

    Au total, environ 600 spécialités sont impliquées :

    • 420 en milieu hospitalier, couvrant un large éventail thérapeutique : anticancéreux, immunothérapies, antibiotiques, antiviraux, produits sanguins, gaz médicaux, agents radiopharmaceutiques, médicaments innovants (thérapies géniques et cellulaires), ou encore génériques/biosimilaires à usage hospitalier.
    • 170 médicaments en ville, choisis pour leur fréquence d’usage et leur accessibilité : paracétamol adulte, statines, inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), vaccins du calendrier ou ciblés selon les populations.

    1 500 usagers interrogés pour évaluer l’utilité du format dématérialisé

    L’évaluation s’appuiera sur des indicateurs qualitatifs (questionnaires de satisfaction, enquêtes auprès des utilisateurs, retour ciblé selon les publics) et quantitatifs (fréquentation des notices numériques, origine du trafic, type de support utilisé, usage des contenus enrichis). Deux enquêtes seront conduites auprès d’un panel de 1 500 personnes : une à mi-parcours (mi-2026), l’autre à la fin de l’expérimentation (octobre 2027). Un formulaire de satisfaction sera également accessible directement sur le site de la BDPM. L’approche vise à documenter l’accessibilité réelle des e-notices pour tous les publics et leur utilité perçue par rapport à la version papier.

    Dossier thématique – Une phase pilote, et après ? – ANSM

    Les e-notices séduisent par leur faible impact

    Une étude publiée par la Fédération européenne des industries pharmaceutiques (EFPIA) révèle que les notices électroniques de médicaments (e-notices) présentent un impact environnemental jusqu’à 98 % inférieur à celui des notices papier. Réalisée pour le laboratoire Takeda par le cabinet Long Trail Sustainability, l’analyse s’inscrit dans le contexte de la révision de la législation pharmaceutique européenne, qui envisage la suppression des notices imprimées. Cette perspective suscite toutefois des réticences, notamment en France, où des associations de patients défendent le papier comme support d’information plus accessible.

  • LLM en santé : jusqu’à 83 % de réponses erronées face à une seule donnée inventée, selon Mount Sinai

    Des hallucinations massives dans les modèles d’IA médicale

    Les chercheurs de Mount Sinai alertent sur un phénomène préoccupant : les grands modèles de langage (LLM), largement utilisés dans les contextes médicaux, sont hautement vulnérables aux hallucinations dites « adversariales ». En insérant volontairement un seul élément fictif dans des scénarios cliniques simulés, les chercheurs ont observé que les six modèles testés — dont ChatGPT et DeepSeek R1 — génèrent dans 50 à 83 % des cas des contenus erronés, parfois en détaillant des pathologies, signes cliniques ou résultats biologiques inexistants. Cette étude, publiée dans Communications Medicine en août 2025, complète une première alerte lancée par le Dr Eyal Klang, chef de l’IA générative à Mount Sinai, sur la manière dont les LLM peuvent « halluciner » lorsqu’ils rencontrent un terme inventé. Un seul mot fictif peut suffire à faire dériver la réponse dans une direction entièrement fausse.

    Une évaluation rigoureuse sur 5 400 prompts cliniques

    L’équipe de recherche a conçu 300 cas cliniques validés par des médecins, chacun contenant un unique détail inventé : nom de pathologie, résultat d’examen ou signe clinique. Chaque cas a été décliné en deux formats (court et long), et testé auprès de six LLM selon trois conditions : configuration par défaut, ajustement du paramètre de température à 0, et ajout d’un prompt de mitigation invitant l’IA à se limiter à des informations validées.

    Les résultats sont sans appel :

    • Taux moyen d’hallucination sous configuration par défaut : 65,9 % ;
    • Taux réduit à 44,2 % avec le prompt de mitigation ;
    • Aucun effet significatif de la température zéro (66,5 %)

    Parmi les modèles testés, GPT-4o s’est montré le plus robuste (hallucinations dans environ 50 % des cas par défaut, et seulement 23 % avec mitigation), tandis que Distilled-DeepSeek-R1 affichait les taux les plus élevés (jusqu’à 83 %). Les cas courts génèrent plus d’erreurs que les longs (67,6 % vs. 64,1 %), même si la différence n’est pas toujours significative.

    Des risques bien documentés, mais encore mal maîtrisés

    L’étude met en lumière un comportement connu des LLM : leur tendance à confirmer les données introduites dans le prompt, sans vérifier leur validité, surtout si le ton du prompt est assertif. Ce biais de confirmation automatique rend les IA vulnérables aux erreurs accidentelles (ex. copie erronée, mauvaise orthographe d’un dosage) comme aux manipulations malveillantes. Dans une analyse qualitative complémentaire, les chercheurs ont soumis aux modèles des affirmations erronées bien connues, telles que le lien entre vaccins et autisme ou l’origine 5G du COVID-19. Résultat : la majorité des réponses évitent les hallucinations, mais certains cas ambigus persistent, notamment autour de l’immunité naturelle versus la vaccination.

    Mitigation partielle, mais vigilance indispensable

    La mitigation via prompt spécifique, qui incite l’IA à reconnaître les incertitudes et à ne pas extrapoler, apparaît comme la stratégie la plus efficace à court terme. À l’inverse, les ajustements de température n’ont pas démontré d’impact mesurable. Toutefois, même les meilleurs modèles — GPT-4o compris — ne sont pas exempts de dérives. Ces résultats rejoignent d’autres travaux récents pointant la fréquence des erreurs dans les synthèses médicales, la génération de références fictives ou la mauvaise classification de données cliniques. L’étude souligne que les hallucinations sont probablement enracinées dans l’architecture même des modèles et que, sans supervision humaine, leur usage en santé peut entraîner des risques concrets.

    Des perspectives techniques et réglementaires encore floues

    Alors que l’IA générative se déploie dans les hôpitaux pour soulager la charge administrative et améliorer l’efficience des soins, la question des erreurs reste centrale. Les chercheurs de Mount Sinai plaident pour des garde-fous techniques (prompting, évaluation continue) mais aussi réglementaires. Le récent plan d’action de la Maison Blanche pour l’IA dans les secteurs critiques, dont la santé, est jugé insuffisant sur l’aspect sécurité. Les acteurs du secteur — institutions, start-ups comme Abridge ou Ambience Healthcare, ou coalitions comme Health AI ou Digital Medicine Society — devront conjuguer innovation et rigueur pour garantir une intégration sûre de l’IA dans les pratiques cliniques.

    Omar M, Sorin V, Collins JD, Reich D, Freeman R, Gavin N, Charney A, Stump L, Bragazzi NL, Nadkarni GN, Klang E, et al. Multi‑model assurance analysis showing large language models are highly vulnerable to adversarial hallucination attacks during clinical decision support. Communications Medicine. 2025;5:330. doi:10.1038/s43856-025-01021-3

  • AAP France 2030 : pour soutenir les technologies de rupture dans la santé, l’écologie, la sécurité et l’industrie

    Une structuration en trois phases

    Opéré par Bpifrance en partenariat avec l’Agence de programmes Numérique portée par l’Inria, l’appel à projets (AAP) “Pionniers de l’IA” vise à soutenir des solutions dites AI-native, conçues pour transformer des filières, notamment dans la santé, la transition écologique, la sécurité ou la production industrielle. Contrairement aux précédents dispositifs sur l’IA générative, ce nouveau programme se distingue par un parcours en trois étapes, avec financement progressif :

    • Phase 1 (6 à 12 mois, 100 à 200 k€) : validation de la faisabilité technique ;
    • Phase 2 (6 à 18 mois, 400 à 800 k€) : conception d’un démonstrateur ;
    • Phase 3 (1 à 3 ans, 3 à 8 M€) : industrialisation avec produit minimum viable et premier déploiement.

    Le passage d’une phase à la suivante n’est pas automatique. Il est conditionné à l’atteinte des objectifs, à la soumission d’un nouveau dossier et à une nouvelle sélection. Chaque projet aura un parcours individualisé selon ses objectifs, ses jalons et son niveau de maturité technologique.

    Priorité aux enjeux stratégiques nationaux

    Les projets attendus devront cibler des points critiques de la chaîne technologique de l’IA et produire des effets d’entraînement sur les écosystèmes concernés. Les priorités d’investissement incluent : la santé, la transition écologique, la sécurité, la conception et la production industrielle. Les projets devront aussi préciser les critères de performance visés et les impacts attendus, notamment sur leur filière d’application. Si les thématiques prioritaires sont définies, des projets dans d’autres domaines pourront être admis, de manière moins prioritaire.

    Les porteurs de projets devront s’inscrire dans l’un des trois parcours suivants lors du dépôt initial :

    • Création d’entreprise, opéré par l’Agence de programmes Numérique ;
    • Partenariats industriels, également sous l’égide de l’Agence ;
    • Parcours générique, géré directement par Bpifrance.

    Les dossiers sont à déposer exclusivement sur la plateforme de Bpifrance. Trois relèves sont prévues : 5 novembre 2025, 10 mars 2026, ou le 9 juin 2026.

  • Prévention et santé populationnelle : un manque en investissements et des responsabilités fragmentées, l’IA une opportunité pertinente

    La prévention en santé en France est à un tournant : essentielle face au vieillissement et aux maladies chroniques, elle reste peu financée (2,2% des dépenses de santé, contre 3% en moyenne OCDE) et fragmentée. Les investissements sont au même niveau qu’avant le covid malgré une réalité préoccupante : 46% des adultes asymptomatiques présentent un risque non diagnostiqué et l’obésité coûte déjà 12,7 milliards par an, avec des projections prévoyants 43% de la population atteinte d’une maladie chronique en 2035.

    Pourtant, 77% des Français sont prêts à s’engager et les solutions numériques comme l’IA offrent des outils puissants : prédiction des risques, personnalisation, ou encore télésurveillance. Des initiatives comme PLATINES ou FLUENCE démontrent l’impact organisationnel et économique de ces innovations, même si elles restent dispersées et souvent au stade pilote.

    L’avenir repose sur trois leviers : un financement stable, une gouvernance unifiée entre Assurance maladie, hôpitaux, ARS et mutuelles, et une industrialisation des innovations validées scientifiquement. La prévention peut ainsi devenir un pilier central d’une médecine durable, personnalisée et collective. Découvrez toute l’analyse d’Health&Tech Intelligence sur cette thématique dans cette étude.

    📌Prévention en santé :  45% des adultes présentent des risques non diagnostiqués

    La France ne consacre que 2,2% de ses dépenses de santé à la prévention, soit 7,5 milliards d’euros, loin de la moyenne de l’OCDE (3%).  45,6% des adultes asymptomatiques présentent une pathologie ou un risque non diagnostiqué, et près de la moitié des plus de 50 ans ne participent pas aux dépistages. Le coût socio-économique de l’obésité atteint déjà 12,7 milliards d’euros, tandis que les pathologies chroniques pourraient concerner 43% de la population d’ici 2035. Malgré 77% de Français prêts à suivre un programme de santé personnalisé, les dispositifs comme Mon Bilan Prévention restent encore très peu mobilisés.

    H&T-LOGO👉 Plus de détails sur  “Vers une prévention plus intégrée, incitative et durable : repenser le pilotage et les moyens

    📌IA préventive : 38 études (2024–2025) confirment une montée en puissance, avec des signaux d’efficacité en IPC, cardio et pour le VIH

    Basée sur 38 études parues entre 2024 et 2025, notre revue de la littérature montre que l’IA irrigue l’ensemble de la prévention — prédiction du risque, interventions personnalisées et surveillance — avec une maturité particulièrement avancée en prévention des infections en milieu hospitalier, cardiovasculaire et VIH/IST. Des évaluations structurées rapportent, pour les chatbots alignés sur les guidelines OMS de prévention des infections chirurgicales, des scores moyens d’exactitude 4,03/5, de consistance 4,07/5 et de “harm” 4,29/5, plaçant Claude 3.5 et GPT‑4o en tête, tout en pointant un besoin d’améliorer stabilité et clarté. En milieu hospitalier, un système de vision par ordinateur (Verso Vision) est associé à une réduction du risque de chute de 79% (IRR 0,21; p<0,0001) sur 362 patients, illustrant l’impact potentiel sur les événements indésirables et les coûts. Malgré ces signaux forts, les preuves demeurent hétérogènes et l’implémentation exige une standardisation, une validation multicentrique et une gouvernance éthique et réglementaire robustes pour une prévention personnalisée à grande échelle.

    H&T-LOGO👉 Plus de détails sur “L’IA au service de la prévention : une synthèse transversale des applications actuelles et perspectives (revue de littérature)

    📌PLATINES (HCL) accélère l’intégration du numérique en soins non programmés : 1,6 M€ France 2030, 2 pilotes (FLUENCE, ACIST) et un parcours TRL 0→7 centré usage

    Porté par les Hospices Civils de Lyon, PLATINES est un tiers‑lieu qui transforme des solutions numériques en preuves d’usage puis en déploiements, grâce à une méthode itérative et collaborative centrée sur les besoins partagés des soignants et des usagers. Le dispositif, doté de 1,6 M€ sur 3 ans via France 2030, structure l’accompagnement selon des jalons TRL 0→7 (idéation, faisabilité, tests/évaluation, expérimentation) pour réduire les risques technico‑réglementaires et éviter les POC sans suite. Deux pilotes emblématiques sont lancés: FLUENCE (géolocalisation indoor aux urgences pour fluidifier les flux) et ACIST (aide cognitive en EHPAD pour éviter des passages inutiles aux urgences), avec des évaluations d’acceptabilité et d’impact organisationnel. Fort d’une équipe dédiée (5 personnes), d’un consortium de 12 partenaires et d’un accès potentiel à 24 000 professionnels HCL, PLATINES mise sur l’interopérabilité (Easily) et la preuve d’utilité opérationnelle pour sécuriser l’adoption et le passage à l’échelle.

    H&T-LOGO👉 Plus de détails sur “PLATINES : un tiers-lieu pour intégrer le numérique en santé

    📌Prévention en Europe : gouvernance, généralistes et incitations font la différence, la Finlande et la Suède en modèles intégrés

    L’usage de la prévention reste inégal en Europe, avec un recours plus élevé chez les personnes aisées et éduquées et des écarts persistants malgré la gratuité, notamment pour les dépistages des cancers. La densité de généralistes et des incitations financières bien calibrées favorisent la réalisation d’actes préventifs, tandis que le gatekeeping strict et une gouvernance fragmentée freinent l’accès et la coordination. Les pays performants, comme la Finlande et la Suède, combinent stratégies nationales claires, financement dédié et décentralisé, indicateurs de suivi et réduction des inégalités, quand d’autres peinent faute d’évaluation et de pilotage cohérent. La France progresse mais reste marquée par la fragmentation; l’efficacité passe par un renforcement du rôle des généralistes, des incitations, de l’évaluation et d’une responsabilité partagée, territorialisée.

    H&T-LOGO👉 Plus de détails sur “Prévention en Europe : pourquoi certains pays réussissent là où d’autres peinent ?

    📌🗺️IA populationnelle en France : 14 cas d’usage cartographiés, 5 déjà opérationnels, une majorité encore en pilote ou en recherche

    La cartographie recense 14 cas d’usage français d’IA en santé populationnelle, avec une maturité hétérogène: 3 en recherche (stratification cardiovasculaire, analyses sérologiques post‑Covid, modélisation de stratégies vaccinales), 7 en phase pilote (dépistage du sein et du colorectal, prévention du suicide et santé mentale, perte d’autonomie dans l’Yonne, coordination territoriale), et 5 déjà intégrés au système de santé. Ces usages opérationnels couvrent le dépistage automatisé de la rétinopathie diabétique, la prévention des chutes et passages évitables aux urgences chez les aînés, la télésurveillance des maladies chroniques, la surveillance syndromique en temps réel et l’épidémiologie des eaux usées. L’ensemble couvre les trois niveaux de prévention, de la détection des signaux précoces (surveillance syndromique, eaux usées) à la détection précoce (cancers, risques cardio, suicide) et à la réduction des complications (prévention des chutes, télésurveillance). L’enjeu clé reste le passage à l’échelle: standardisation, évaluations multicentriques, interopérabilité et preuves médico‑économiques conditionnent la diffusion nationale.

    H&T-LOGO👉 Plus de détails sur “Prévention : 14 cas d’usage de l’IA appliquée à la santé populationnelle en France (cartographie)

    📌🗺️IA en prévention : 13 solutions cartographiées, 62% françaises déjà intégrées, du risque individuel à la santé populationnelle

    Sur 13 solutions d’IA étudiées, 8 sont françaises et déjà déployées dans les parcours, couvrant tout le spectre de prévention, de l’évaluation prédictive des risques à la réduction des réhospitalisations évitables. En primaire, Kor Platform évalue en 15–20 minutes plus de 180 indicateurs et s’appuie sur 3 000 règles issues de références internationales, tandis que des modèles américains prédissent le risque d’obésité à partir d’images satellites et de données NHANES (sensibilité 91%, AUC 0,8295) pour guider des actions ciblées. En secondaire, des outils comme Citana, Chronik Care, ACCOORDIA et Presage Care organisent dépistage et interventions précoces, notamment pour le risque suicidaire et les hospitalisations non programmées chez les aînés. En tertiaire, Pred’IC, apTeleCare et RevealCare ciblent la prévention des complications et la maîtrise des réhospitalisations, complétés par des infrastructures populationnelles (IMO Clinical AI, Iomed, GenHealth AI) qui standardisent les données, optimisent la coordination et soutiennent l’évaluation en vie réelle.

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    📌🗺️Prévenir plutôt que guérir : un écosystème puissant mais fragmenté, sans pilote unique, de l’EPS à la coordination territoriale

    La prévention devient un impératif stratégique face aux maladies chroniques, mais aucun acteur n’en porte la responsabilité globale, d’où une mosaïque d’initiatives à articuler entre primaire, secondaire et tertiaire. L’Assurance Maladie joue un rôle pivot avec l’examen de prévention en santé, porte d’entrée vers le dépistage et la réintégration dans des parcours coordonnés autour du médecin traitant. Hôpitaux, mutuelles et entreprises renforcent leurs actions (indicateurs, coordination territoriale, campagnes ciblées en milieu de travail), tandis que Santé publique France et les ARS structurent la veille, l’alerte et les dispositifs territoriaux comme « Mon bilan prévention ». La clé réside dans la coopération opérationnelle, l’interopérabilité et la reconnaissance d’une responsabilité partagée pour convertir la diversité des initiatives en santé populationnelle durable

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  • 13 solutions d’IA en prévention santé : 62% françaises, du dépistage individuel à la santé populationnelle

    Sur les 13 solutions analysées, plus de la moitié sont françaises, validées sur le terrain, et pour la plupart centrées sur la prévention primaire et secondaire. Cinq des 13 solutions sont étrangères ; elles visent des enjeux de santé populationnelle à grande échelle, notamment l’épidémiologie spatiale, le profilage populationnel et l’analyse de données réelles.

    Prévention primaire : anticiper l’apparition des maladies

    La prévention primaire, qui vise à réduire l’incidence des maladies, s’illustre par plusieurs initiatives innovantes. En France, Kor Platform, déployée à l’Hôpital Européen de Marseille et au sein du groupe Elsan, réalises en 15 à 20 minutes une évaluation couvrant plus de 180 indicateurs de santé. Elle s’appuie sur un moteur de recommandations intégrant plus de 3 000 règles médicales issues de l’OMS et d’autres organismes de référence.

    L’Obesity Risk Predictor de l’Université de Washington utilise la vision par ordinateur. Basé sur 150 000 images et 96 catégories de points d’intérêt (POIs), il permet d’analyser les images satellite afin de prédire les zones urbaines à risque d’obésité, soutenant ainsi la prévention territoriale.

    À Chicago, le projet XGBoost + Shap Predictor (Northwestern University) a été construit à partir de l’enquête NHANES 2017–2020, un modèle entraîné sur 6 146 adultes avec 78 variables atteint une sensibilité de 91% et une AUC de 0,8295, en fournissant des prédictions interprétables via SHAP, permettant d’identifier des facteurs clés biologiques et comportementaux pour la prévention et le suivi de l’obésité.

    Prévention secondaire : dépister et agir tôt

    En prévention secondaire, l’IA permet de limiter la prévalence des maladies en agissant de manière précoce. Le logiciel e-santé Citana, conçu pour les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS), les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) et les centres de soins, déployé au CHU de Bordeaux et au CHU de Montpellier, facilite la coordination des soins et organise des actions de prévention et de dépistage.

    L’application mobile française, Chronik Care centralise les données de santé, offre un suivi personnalisé des patients chroniques, en intégrant gamification, rappels et fiches pédagogiques pour renforcer l’adhésion thérapeutique. ACCOORDIA, développé au CHU de Brest, renforce la prévention du risque suicidaire en associant entretiens téléphoniques analysés par IA à une application d’auto-évaluation, personnalisant les interventions et contribuant à la réduction des récidives.

    Presage Care est un dispositif médical de télésurveillance prédictive pour personnes âgées à domicile. Grâce à un algorithme de ML, il analyse les données hebdomadaires des aidants, identifiant 15 risques majeurs (dont chute, dénutrition et isolement) pour anticiper les hospitalisations non programmées sous 7 à 14 jours, et déclencher des alertes aux professionnels de santé.

    Prévention tertiaire : limiter complications et réhospitalisations

    KanopuMed a développé l’outil Pred’IC qui développe d’un POC sur les données de l’entrepôt de données de santé (EDS) du CHU de Montpellier et validation dans le SNDS pour prédire en temps réel le risque de réhospitalisation des patients en insuffisance cardiaque, visant la personnalisation de la prise en charge et son intégration dans le workflow clinique.

    apTeleCare, plateforme française modulable de télésurveillance médicale, 100% personnalisable et modulable, permet amélioration le suivi des pathologies chroniques grâce à la collecte des constantes, une communication sécurisée avec les soignants et des alertes personnalisées. En gériatrie, RevealCare exploite le big data et le machine learning pour identifier et prioriser les besoins des seniors, anticiper les risques liés au vieillissement et optimiser les investissements en prévention.

    Les infrastructures transversales de la santé populationnelle

    Au-delà des solutions par stade de prévention, certaines plateformes constituent l’infrastructure numérique essentielle à la gestion de la santé populationnelle. Aux États-Unis, IMO Clinical AI, propose une gamme de solutions d’intelligence clinique et de gestion des données de santé, standardise et normalise les données cliniques issues de multiples sources, améliorant la qualité des décisions médicales, la recherche et la conformité réglementaire.

    En Espagne, la Data Space Platform d’Iomed facilite l’analyse des données de vie réelle (Real-World Data), soutenant les études observationnelles, le profilage des populations et l’optimisation des essais cliniques. Enfin, GenHealth AI propose des solutions basées sur l’IA générative pour analyser les données historiques de santé, anticiper les risques, coordonner les soins en temps réel et optimiser la gestion des coûts, tout en améliorant les scores de qualité tels que HEDIS et STARS.

     

    @Heatlh & Tech Intelligence

     

  • Prévention en Europe : pourquoi certains pays réussissent là où d’autres peinent ?

    • L’accès à la prévention reste inégal en Europe (les personnes les plus éduquées et les plus aisées recourent davantage aux services de prévention).
    • Ces inégalités existent même lorsque les services sont gratuits (les écarts d’usage sont particulièrement marqués pour les dépistages des cancers).
    • La densité de médecins généralistes est positivement corrélée à l’usage des services de prévention (en revanche, les pays avec système de “gatekeeping” – filtrage par le généraliste- ont un recours plus limité aux soins préventifs).
    • Des incitations financières bien calibrées peuvent augmenter la prescription d’actes préventifs.
    • Les pays performants ont des stratégies nationales claires, avec objectifs précis et pilotage structuré (une gouvernance fragmentée freine la coordination entre les acteurs)
    • L’utilisation d’indicateurs de suivi permet d’évaluer et d’ajuster les actions de prévention.
    • Un financement dédié et décentralisé favorise l’adaptation aux besoins locaux.
    • La réduction des inégalités est un levier essentiel dans les pays les plus avancés.

     

    🧓Prévention chez les plus de 50 ans : des écarts persistants entre les pays européens malgré des recommandations harmonisées

    Des disparités marquées d’un pays à l’autre et selon les profils sociaux

    En Europe, les populations les plus aisées et les mieux éduquées accèdent davantage aux services de prévention, malgré des systèmes de santé publics. À partir des données de l’enquête SHARE et du British Household Panel Survey, une étude conduite par Florence Jusot, Zeynep Or et Nicolas Sirven met en évidence de fortes variations dans l’utilisation des services de prévention chez les personnes âgées de 50 ans et plus dans 14 pays européens. Les services considérés sont la vaccination antigrippale, l’examen ophtalmologique, le dépistage du cancer du sein et celui du cancer colorectal. Les données montrent également une inégalité d’accès à la prévention en fonction du niveau de revenu et d’éducation. Les groupes à revenu élevé et les personnes ayant un niveau d’éducation supérieur ont significativement plus recours aux services de prévention, y compris dans les pays où ces services sont gratuits. Les écarts sont particulièrement marqués pour les examens ophtalmologiques, les consultations de spécialistes et les dépistages des cancers.

    Plus de prévention là où les généralistes sont nombreux et rémunérés à l’acte

    Au niveau des systèmes de santé, la densité des médecins généralistes et le niveau des dépenses publiques de santé sont corrélés à une utilisation plus élevée des services de prévention. En revanche, la densité de spécialistes ne montre pas d’effet significatif. L’organisation des soins joue également un rôle. Dans les pays dotés d’un système de « gatekeeping », où le généraliste filtre l’accès au spécialiste, on observe une moindre utilisation non seulement des soins spécialisés mais aussi de certains actes de prévention.

    Le mode de rémunération des professionnels de santé apparaît aussi important d’après l’étude : la rémunération à l’acte favorise l’usage de l’ensemble des services étudiés, y compris les actes de prévention secondaire comme les coloscopies ou les mammographies. À l’inverse, la rémunération au forfait (capitation) ou au salaire est associée à une moindre utilisation de ces services. Ce résultat est cohérent avec les mécanismes incitatifs attendus : en l’absence de motivation financière directe, les professionnels pourraient moins proposer ou orienter vers ces actes.

    👨‍⚕️Miser sur les généralistes, les incitations et l’équité sociale

    Les politiques de prévention doivent tenir compte de l’âge et du contexte social

    L’étude relève également une baisse de l’usage du dépistage du cancer du sein chez les femmes âgées de 65 à 69 ans, bien que les recommandations européennes préconisent un dépistage régulier jusqu’à 70 ans. Ce recul d’usage avec l’âge, observé également pour d’autres actes, pourrait traduire une forme de désengagement du système ou de moindres sollicitations, y compris dans les pays à couverture universelle.

    Les auteurs insistent sur la nécessité de concevoir des politiques de prévention mieux adaptées aux caractéristiques individuelles et aux structures des systèmes de santé. Les résultats suggèrent que le ;

    • Renforcement du rôle des généralistes.
    • Le calibrage des incitations financière.
    • Et une meilleure prise en compte des freins sociaux pourraient améliorer l’efficacité et l’équité des politiques de prévention à l’échelle européenne.

    En matière de prévention, les pays européens adoptent des approches très différentes. Alors que la France reste marquée par une gouvernance fragmentée, d’autres États membres misent sur des stratégies coordonnées, ancrées dans les territoires et orientées vers la réduction des inégalités sociales de santé.

    🏛️Renforcer l’efficacité par la gouvernance, un financement et des évaluations

    Des écarts d’investissement : 4 % en Finlande et moins de 2,5 % en France

    Les approches de la prévention en Europe divergent d’un pays à l’autre. Le rapport “State of Health in the EU – Companion Report 2023” insiste sur cette hétérogénéité, notant que certaines pays disposent de stratégies nationales cohérentes et financées, tandis que d’autres se focalisent plutôt sur des campagnes ponctuelles ou à des programmes sectoriels.

    Par exemple certains pays comme la Finlande, la Suède ou les Pays-Bas ont mis en place des stratégies nationales de prévention claires, financées et multisectorielles, axées sur la lutte contre les maladies chroniques, la promotion de la santé et la réduction des inégalités. Ces politiques reposent sur des plans opérationnels, des indicateurs de suivi et un ancrage territorial. En Finlande, les municipalités pilotent directement les actions. À l’inverse, des pays comme la France appliquent des approches fragmentées, souvent réduites à des campagnes ponctuelles ou des plans sectoriels. La prévention y reste secondaire par rapport au curatif, freinée par une gouvernance éclatée et un manque d’évaluation.

    Cette diversité se traduit également dans les niveaux d’investissement. Selon l’OCDE et l’Observatoire européen des systèmes de santé, la moyenne européenne des dépenses de santé consacrées à la prévention est de 2,8 %, mais ce chiffre varie. La Finlande, l’Italie et la Croatie y consacrent plus de 4 %, tandis que la France, l’Allemagne ou la Belgique restent sous les 2,5 % [OCDE, Repenser l’évaluation de la performance des systèmes de santé].

    Les structures de gouvernance jouent également un rôle. Les pays nordiques comme la Suède ou la Finlande optent pour des modèles centralisés avec déclinaisons locales, alors que l’Espagne ou l’Allemagne privilégient une mise en œuvre régionale, favorisant une hétérogénéité territoriale dans les résultats.

    🇫🇷 Prévention en France : une ambition à renforcer par la coordination et l’évaluation des mesures

    La prévention gagne en visibilité en France, dans un système historiquement tourné vers les soins. Mais malgré l’existence de nombreux plans nationaux (PNNS, plans tabac, alcool, santé mentale…), ces plans souffrent d’une gouvernance fragmentée (Cour des comptes). Le pilotage national est souvent éloigné des agences régionales de santé, et les collectivités locales sont peu impliquées [State of Health in the EU, 2023].

    La Stratégie nationale de santé (SNS) 2018-2022 a tenté de structurer l’action autour de quatre axes, dont la prévention à tous les âges et dans tous les milieux. Elle s’aligne sur des approches internationales, à l’image de la Finlande ou de la Suisse, mais sans parvenir à résoudre les problèmes structurels de coordination et d’évaluation [DREES, Annexes 4]. Les rôles et responsabilités ne sont pas toujours bien définis, ce qui nuit à l’efficacité des actions sur le terrain. Le manque d’évaluation des actions menées freine l’ajustement des politiques en fonction des résultats.

    Voir aussi l’article : Vers une prévention plus intégrée, incitative et durable : repenser le pilotage et les moyens en France

    🇪🇺 Pays nordiques, Allemagne, Portugal et Slovénie :  les modèles intégrés

    🇫🇮 La Finlande mise sur la durée, la proximité et les résultats

    La Finlande et la Suède figurent parmi les pays européens les plus avancés en matière d’intégration de la prévention dans les politiques de santé publique. Leur force réside dans une approche cohérente, inscrite dans la durée, fondée sur des objectifs définis, un pilotage local fort et un engagement multisectoriel. En Finlande, la Strategy 2030 s’étale sur 12 ans et mobilise les municipalités pour promouvoir la santé au quotidien, avec des indicateurs de suivi.

    L’une des spécificités du modèle finlandais est la mobilisation directe des municipalités. Celles-ci sont responsables de la mise en œuvre des actions de prévention, notamment dans les domaines de la santé mentale, de l’alimentation, de l’activité physique et de la lutte contre les addictions. L’État assure le cadre stratégique et l’évaluation, tandis que les collectivités locales adaptent les interventions aux besoins de leur population.

    Par exemple : La ville d’Helsinki a intégré dans son plan de ville santé des actions contre l’obésité infantile dès l’école maternelle. Le système de suivi repose sur des indicateurs partagés entre les ministères et les municipalités, via des outils comme le National Institute for Health and Welfare’s Sotkanet indicator database.

    🇸🇪 Prévention en Suède : agir sur les inégalités pour améliorer la santé de tous

    La Suède, quant à elle, a lancé en 2018 la politique « För en god och jämlik hälsa » (« Pour une bonne santé et une santé équitable »). Cette stratégie est centrée sur la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé, en s’attaquant directement aux déterminants sociaux : logement, emploi, éducation, environnement.

    Elle repose sur huit domaines prioritaires, parmi lesquels :

    • Des conditions de vie et de travail favorables à la santé.
    • Une petite enfance équitable.
    • Des environnements sociaux sûrs et inclusifs.

    Chaque domaine est décliné localement avec un soutien des 21 régions sanitaires (landsting) et des 290 municipalités du pays. L’État suédois joue un rôle d’impulsion, tandis que, comme en Finlande, les acteurs territoriaux assurent la mise en œuvre, avec des objectifs mesurables. Quelques exemples :

    • Le programme national de dépistage des cancers inclut un volet d’accès renforcé pour les populations rurales et immigrées.
    • Des subventions spécifiques sont allouées aux municipalités qui développent des projets pour réduire les écarts d’espérance de vie entre quartiers défavorisés et zones plus aisées.

    🇩🇪 Prévention en Allemagne : un financement encadré, des actions locales, mais une évaluation à renforcer

    En Allemagne, la prévention en santé a pris un tournant important avec l’adoption, en 2015, de la Loi sur la prévention et la promotion de la santé (Präventionsgesetz). Cette législation marque une volonté de faire de la prévention un axe de la politique de sané, en inscrivant des obligations claires dans le fonctionnement du système d’assurance maladie.

    Un financement obligatoire, réparti sur quatre domaines clés

    Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, les caisses d’assurance maladie (qui couvrent la majorité de la population allemande dans le cadre du système public) sont tenues de financer des actions de prévention dans quatre grands domaines :

    • Les établissements scolaires, avec des programmes sur la nutrition, l’activité physique ou la prévention des addictions.
    • Les milieux professionnels, via des actions de santé au travail et de lutte contre les troubles musculo-squelettiques ou le stress?
    • Le secteur des soins, en soutenant par exemple la prévention secondaire et la réadaptation?
    • Les communautés locales, pour renforcer la promotion de la santé auprès des populations vulnérables (personnes âgées, quartiers défavorisés, etc.).

    Cette approche contractualisée donne un cadre clair à la prévention, avec des budgets spécifiques alloués par les caisses d’assurance. En 2021, celles-ci ont dépensé environ 600 millions d’euros pour des actions de prévention et de promotion de la santé, soit près de 7,3 euros par assuré (source : GKV-Spitzenverband, rapport annuel).

    Mais une évaluation encore faible

    La force du modèle allemand réside dans sa structuration juridique et la mobilisation systématique des financeurs que sont les assureurs publics. Il garantit ainsi un socle stable de financement pour les actions préventives.

    Malgré cette avancée, le suivi des résultats reste limité. Le rapport “State of Health in the EU – Companion Report 2023” souligne que l’évaluation d’impact des actions mises en œuvre dans ce cadre est encore trop peu développée. Les données disponibles sont souvent parcellaires, peu comparables entre régions, et les résultats ne sont pas systématiquement utilisés pour ajuster les politiques.

    De plus, le caractère fédéral du système de santé allemand, où les Länder ont une large autonomie en matière de santé publique, introduit une grande variabilité territoriale dans la mise en œuvre des programmes. Cela peut freiner une vision nationale cohérente, malgré le cadre législatif.

    🇵🇹 / 🇸🇮 Portugal et Slovénie : ancrage local de la prévention

    Le Portugal et la Slovénie adoptent une orientation vers une prévention ancrée localement. Au Portugal, la stratégie repose sur une approche ascendante, fondée sur les centres de santé de proximité et la mobilisation des communautés locales, qui participent à la mise en œuvre d’actions de promotion de la santé (alimentation, activité physique, vaccination). En Slovénie, ce sont les centres de santé communautaires qui jouent un rôle , en proposant des services de prévention à tous les âges, y compris dans des domaines souvent négligés comme la santé mentale ou la parentalité positive. Ces deux pays montrent qu’une politique de prévention proche des citoyens, intégrée au tissu local, peut renforcer l’équité d’accès et améliorer l’impact sur la santé des populations [State of Health in the EU, 2023].

    Les leviers d’efficacité : ce qui fait la différence

    Les pays européens les plus avancés en matière de prévention — comme la Finlande, les Pays-Bas ou la Suède — présentent des facteurs communs de réussite, identifiés dans plusieurs rapports, notamment celui de l’OCDE et du programme State of Health in the EU.

    • Stratégies nationales claires :Tout d’abord, ils s’appuient sur des stratégies nationales claires, dotées d’objectifs précis, souvent pluriannuels, qui permettent de structurer l’action dans la durée. Ces stratégies ne se limitent pas à des intentions générales : elles sont traduites en plans d’action opérationnels, et déclinés localement.
    • Indicateurs de suivi utilisés pour l’évaluation : l’usage systématique d’indicateurs de suivi, qui permettent non seulement de mesurer l’impact des actions, mais aussi d’ajuster les interventions en fonction des résultats. Par exemple, la Finlande utilise des bases de données partagées entre l’État et les municipalités pour piloter ses politiques locales.
    • Le financement dédié : Il est souvent décentralisé, ce qui renforce la capacité des acteurs locaux à adapter les actions aux réalités de terrain. Aux Pays-Bas, par exemple, les municipalités reçoivent des budgets spécifiques pour déployer des actions ciblées en prévention.
    • Vers la réduction des inégalités : Les politiques de prévention intègrent une volonté de réduire les inégalités sociales et territoriales de santé, en ciblant les publics les plus vulnérables.

    Ces pays réussissent aussi à intégrer la prévention dans les services de santé de première ligne, comme les centres de santé communautaires ou les maisons médicales, afin de toucher plus facilement la population au quotidien.

    ⚠️ Les freins structurels : ce qui limite l’efficacité

    À l’inverse, les pays en difficulté partagent un certain nombre de freins ;

    • Gouvernance éclatée : Le premier frein tient à une gouvernance éclatée et à un cloisonnement institutionnel : plusieurs acteurs interviennent sans coordination suffisante, ce qui dilue les responsabilités et fragilise la cohérence d’ensemble.
    • La mauvaise coordination entre les niveaux national, régional et local freine également la mise en œuvre. Les priorités définies au sommet ne sont pas toujours reprises ou adaptées sur le terrain, ce qui crée un décalage entre la stratégie et la réalité opérationnelle.
    • Culture d’évaluation insuffisante : Peu de pays disposent d’un système structuré pour mesurer les résultats des actions préventives, et encore moins pour les utiliser comme base d’amélioration continue.
    • Prévention marginalisée par rapport au curatif : Dans de nombreux cas, la prévention reste marginale par rapport aux soins curatifs, tant dans les mentalités que dans les financements. Elle est perçue comme un “plus”, et non comme un pilier de la politique de santé.
    • Enfin, certaines stratégies souffrent d’un manque d’objectifs clairs et de temporalités définies, comme en Espagne ou en Italie, ce qui rend difficile le suivi et l’évaluation des progrès dans le temps.

    💶 En somme, les systèmes les plus performants en prévention partagent une approche structurée, pilotée, financée et orientée vers la réduction des inégalités. À l’inverse, l’absence de coordination, d’évaluation et de priorisation limite l’impact des politiques dans de nombreux pays. Des pays comme les États-Unis (non-européens mais inclus dans l’étude) se distinguent avec plus de 1 200 objectifs mesurés dans le cadre du programme Healthy People 2020.

     

    Sources :

    Or, Z., Gandré, C., Jusot, F., & Yilmaz, E. (2024). Variations in preventive care utilisation in Europe. European Journal of Public Health, 34(1), 40–47. doi:10.1093/eurpub/ckad179

    OCDE, Observatoire européen des systèmes et politiques de santé. Repenser l’évaluation de la performance des systèmes de santé [Internet]. Paris: OCDE; 2022 [cited 2025 Sep 16]. Available from: https://www.oecd.org/health/repenser-evaluation-performance-systemes-sante.htm

    DREES. Annexes – Les politiques de prévention en Europe : entre convergence des objectifs et diversité des dispositifs [Internet]. Paris: Ministère des Solidarités et de la Santé; 2023 [cited 2025 Sep 16]. Available from: https://www.drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2023-02/Annexes4.pdf

    Cour des comptes. La prévention en santé : une politique à structurer et à piloter [Internet]. Paris: Cour des comptes; 2021 [cited 2025 Sep 16].

    European Commission, OECD. State of Health in the EU: Companion Report 2023 [Internet]. Brussels: Publications Office of the European Union